BD & romans graphiques

Tant pis pour l’amour, une BD pour mettre un gros scud à la manipulation dans nos relations

J’ai découvert Sophie Lambda sur Instagram lors de la parution de son roman graphique Le monde au balcon, journal du confinement 2020, publié par Albin Michel. Je l’ai d’ailleurs chroniqué ici.

Ce n’est pas son premier album de BD. Elle avait signé en 2019, un best-seller Tant pis pour l’amour qui a était traduit en de nombreuses langues. Même si je trouve le titre un peu trop cynique à mon goût, je ne peux que louer l’efficacité du visuel associé au sous-titre du livre « Ou comment j’ai survécu à un manipulateur ».

Le terme de survie est loin d’être galvaudé car cet énorme roman graphique raconte une véritable descente aux enfers qui heureusement, s’est bien terminée grâce à une psychothérapie.

Je lis pas mal de romans graphiques et celui-ci sort du lot assurément. A travers ce témoignage autobiographique, il décortique le travail de sape de la manipulation, comment le piège de l’emprise se referme sur elle et détruit toute miette d’estime de soi malgré les avertissements de son ours en peluche Chocolat. Le livret avec des ressources d’aide est une véritable bouée de secours, un matériau utile pour les nombreux centres d’aide psychologiques.

J’en profite d’ailleurs pour déplorer que le dispositif d’aide psychologique offert aux étudiants ne soit plus gratuit en 2023. C’est vraiment dommageable.

Les relations toxiques, on en parle de partout dans les médias mais sait-on vraiment bien les discerner?

Sophie Lambda se sert des codes graphiques de la BD pour mettre en scène un pétage de plombs dans les hautes sphères avec des couleurs criardes, des bulles de BD qui grossissent quand le ton monte, des métaphores imagées pour aider à réaliser cette chute libre, dangereuse et vertigineuse. Pas bien cadrés, l’amour et la passion peuvent avoir un goût amer, toxique.

Après il faut aussi avoir un esprit critique sur la société qui nous entoure. Elle crée des situations de manipulations, d’emprise par les valeurs qu’elle véhicule : être le meilleur, prendre l’ascendant sur les autres, avoir une relation affective sans engagement (impossible selon moi). Je vous recommande également un petit livre passionnant : Le décodeur des violences psychologiques d’Ariane Calvo, éditions First.

J’aime beaucoup ce livre accessible à tous qui analyse les situations d’emprise au lieu de cataloguer les personnalités : les pervers narcissiques, les passifs agressifs…

Droits réservés éditions Delcourt

Tant pis pour l’amour n’est pas une BD où l’on se marre, c’est une BD utile, une bouée de secours pour réaliser que cela n’arrive pas qu’aux autres. Même une personnalité avec un fort caractère, affirmée peut être victime d’un manipulateur. Nous avons tous nos failles, nos vulnérabilités.

Sophie a fait quelques émissions de télévision très bien conçues comme Ca commence aujourd’hui avec Faustine Bollaert et Je t’aime etc de Daphné Bürki.

Je vous invite à regarder le compte Instagram de Sophie Lambda car cette mauvaise expérience ne conditionne pas toute sa vie. J’aime beaucoup ses projets illustratifs comme son challenge d’octobre autour de Friends ou encore le coeur maison qu’elle a dessiné.

Enfin, j’ai acheté cette BD en seconde main à la librairie Gibert Joseph, boulevard Saint Michel à Paris. Elle avait juste un coin un peu cabossé, ce qui m’a permis de faire une économie de 5€ sur le livre neuf. Je pense offrir cette BD à une boite à livres ou à un centre d’écoute psychologique car je pense que c’est un livre à transmettre.

Retrouvez-ici mes meilleures chroniques BD, car en janvier place au festival international de la BD à Angoulême !

–Guernica, ou le devoir de mémoire grâce à la BD

-Rendez-vous dans la forêt, une série de romans graphiques qui entretient la foi et l’amitié avec Dieu

-Janvier rime avec BD

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Les relations familiales sous forme de bulles… de BD

Cela faisait un bon moment que je peinais à trouver une BD qui allait m’inspirer pour le blog. Il y a bien eu Adoleschiante de Marie Donzelli et Mademoiselle Caroline (je lis toutes les BD de Mademoiselle Caroline). Mais pas assez de matière pour écrire un article de blog fleuve.

J’ai eu un vrai de coup de cœur pour Le plongeon de Séverine Vidal et Victor L. Pinel, éditions Grand angle. Autant, j’ai trouvé la couverture un peu glauque mais puissante, autant j’ai trouvé l’album lumineux et vivant.

Les éditeurs de Bamboo ont trouvé une excellente punchline (je déteste les punchlines dans la vraie vie) : « Un EHPAD, des fesses, de l’amour et des rides« . J’aurai rajouté des rires aussi car dans cette maison de retraite, Yvonne, 81 ans va trouver une bande d’amis qui n’a pas perdu son sens de l’humour.

Pourquoi j’ai vraiment aimé ce roman graphique de qualité ?

Au lieu de m’égarer dans un résumé terne et partiel, j’ai voulu aller droit au but. Ce roman graphique m’a énormément plu car il raconte la perte d’indépendance d’une femme qui a du caractère et comment elle va s’adapter à sa nouvelle vie sans ruer dans les brancards.

Car elle a réalisé qu’elle a besoin de l’aide des autres dorénavant car sa mémoire lui glisse des mains. Cet album montre la vulnérabilité de chacun quand on doit s’adapter à la vie en collectivité alors qu’on ne va plus travailler.

Ce n’est pas simple quand on habite peinard tranquille chez soi à son propre rythme depuis dix ans et qu’il va falloir se fader les ateliers poterie, le couvre-lit rêche de la chambre médicalisée et surtout les repas au réfectoires qui ne sont pas toujours gastronomiques.

Ce départ à la maison de retraite m’a vraiment rappelé l’histoire de ma grand-mère Annette qui a vécu quelques mois dans une maison de retraite à Rouen en 2011. L’endroit n’était pas particulièrement inhospitalier, je n’ai pas été témoin de scènes choquantes avec des résidents mais il y avait une odeur persistante dans les couloirs dont je me rappelle plus de dix ans plus tard.

Cela sentait comme dans les hôpitaux et pas l’odeur d’un bon gâteau dans une maison chaleureuse. Inutile de dire que j’étais bien contente de quitter l’endroit rapidos.

J’ai beaucoup aimé ce roman graphique car il montre comment on infantilise les personnes âgées car on n’a pas le choix quand ils perdent leur indépendance et leur autonomie. La confrontation entre Yvonne et la directrice de la maison de retraite qui n’est pas une mauvaise femme, est savoureuse.

Je vous invite à lire cette magnifique BD pour son état d’esprit agréable à lire, cet album célèbre la vie tout simplement avec des couleurs chaudes et vivantes.

Dans un tout autre genre, il y a un essai très polémique : Les fossoyeurs de Victor Castanet, édité par Fayard qui est utile pour dénoncer les maltraitances envers nos anciens. Je ne l’ai pas lu mais j’ai vu un extrait de Cash investigation où Elise Lucet interviewait un directeur d’un grand groupe de maisons de retraite. Malgré des listings éloquents, il s’est défendu d’affamer des personnes âgées d’une manière vraiment hideuse. Je recommande à ce monsieur de lire cette BD Le plongeon.

Cette BD montre en dessin la qualité des relations humaines qui nous permettent de ne pas couler face à la maladie, la dépression, la solitude… Avec cette BD, j’ai réalisé que le départ en maison de retraite est sans doute le rite de passage le plus difficile de toute une vie et que c’est vraiment un sujet tabou. Alors qu’on en fait des caisses pour les enterrements de vie de jeune fille et les baby shower…

Dans le même genre et avec les mêmes auteurs et dessinateurs, j’ai lu La maison de la plage, éditée par Marabout.

Cette histoire familiale m’a beaucoup touchée. Elle raconte comment une famille se retrouve un été autour de la nièce devenue veuve, avant même de devenir maman. Le tonton un peu en marge de la famille vient un peu casser l’ambiance en voulant vendre sa part de la maison.

Heureusement, les autres frères et belles-sœurs sont intelligents car ils ne se fâchent pas à mort avec lui et arrivent même à préserver l’harmonie familiale. C’est beau à l’heure où l’on brade ses souvenirs au grenier sur l’autel d’AirBNB….

Retrouvez ici mes meilleurs chroniques de romans graphiques !

– Le monde au balcon, le journal de confinement de Sophie Lambda

– Alain Auderset sur le chemin de l’autobiographie : Rendez-vous dans la forêt

-Le roman graphique au service de l’autobiographie : le combo gagnant !

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Le roman graphique au service de l’autobiographie : le combo gagnant !

Samedi dernier , je suis allée à la librairie Le genre urbain à Belleville après mon atelier Dessiner la Bible. J’ai craqué pour deux chouettes romans graphiques assez médiatiques : Papa Situations de Karim Mahfouf, éditions Dupuis et Les strates de Pénélope Bagieu, éditions Gallimard.

Les deux albums étaient bons car authentiques : miser sur l’autobiographie, c’est toujours gagnant selon moi. Mais j’ai bien mieux accroché avec les histoires de Papa situations, finalement !

Papa situations, Karim Mahfouf, Dupuis, 15€

J’ai eu un vrai a-priori au départ : voila le produit dérivé de la chaîne Youtube de Léna Situations, Léna et son père Karim nous prennent pour des pigeons. Mais j’avais lu une longue interview de Lena dans Elle, puis je les ai vu dans l’émission Clique de Mouloud Achour sur Canal+. Je les ai trouvé touchants dans la fameuse rubrique Dos à dos de Catherine Ceylac et j’ai beaucoup aimé cette BD.

Tous les membres de la famille de Léna qu’elle met en scène dans ses vlogs sont sympas car ils sont authentiques : son frère Neyl, son père Karim, son chéri Seb la Frite avec qui elle a escaladé le Kilimandjaro récemment, ses copains Solène, Marcus et Maya… Je me régale à regarder leurs aventures le dimanche soir et ils ne m’ennuient jamais.

Je pense que c’est la recette pour durer dans cette vaste jungle qu’est Youtube : être vrai. Youtube, c’est d’ailleurs le thème de cette BD amusante et attendrissante. Ce sont les dessins de l’auteur, ce n’est pas du tout mon style graphique d’habitude mais comme je connais la chaîne Léna Situations, je me suis régalée à la lire.

Ses dessins respirent l’amour et la fierté d’un père pour ses enfants, pas seulement pour sa fille célèbre. Il mise sur le fossé générationnel creusé par les nouvelles technologies entre les enfants et leurs parents. C’est très malin car c’est ce décalage qui me plait quand je suis leurs aventures familiales.

La manière dont il aide sa fille à bricoler ou qu’il participe avec bonne humeur à ses projets de vidéos est très touchant. Karim apporte même une sacrée valeur ajoutée aux vidéos de sa fille regardées en majorité par des millenials. C’est d’ailleurs, ce qui fait la réussite de cet album : la transmission générationnelle.

Droits réservés Karim Mahfouf

Car avant d’être le père de Léna Situations, Karim Mahfouf est un marionnettiste talentueux de la compagnie des Trois chardons . Mais aussi un ancien dessinateur de presse qui a fui son pays, l’Algérie dans les années 1990. Le confinement de mars 2020 a mis en lumière ses talents pour croquer une société qui a considérablement changé depuis cette pandémie. Le changement de regard sur le travail des caissières est une très bonne chose.

J’ai eu un vrai coup de coeur pour cette BD même si je ne suis pas fan du dessin et qu’elle copie un peu trop les codes de la chaîne Youtube de sa fille Léna. Karim Mahfouf est un artiste intéressant et un papa intelligent qui sait valoriser ses enfants et se mettre à leur portée en ne méprisant pas leur univers. C’est une chronique bien difficile à faire alors je vous encourage à lire le livre !.

Ce qui est comique, c’est qu’à mon bureau, nous avons bien une dizaine d’années d’écart et nous venons de milieux différents mais Léna Situations fait l’unanimité à table au déjeuner le midi.

Dans un autre genre mais toujours aussi autobiographique et médiatisé, Les strates de Pénélope Bagieu, éditions Gallimard.

Toutes les blogueuses que je suis sur Instagram ont lu ce roman graphique dessiné en noir et blanc. Penelope Bagieu est sans doute la dessinatrice de BD la plus influente sur les réseaux sociaux français actuellement.

Je suis épatée par l’ampleur de sa production : une BD par an depuis bientôt quinze ans. Je n’ai pas tout lu ni tout aimé mais je porte attention à ce qu’elle publie car elle a un vrai talent pour l’autobiographie.

Côté fabrication, ce livre en simili cuir façon carnet Moleskine vaut largement son prix : 22€. C’est un très bon choix éditorial car c’est un véritable journal intime d’une enfant des années 1980.

Droits réservés Pénélope Bagieu

Il réunit une douzaine d’anecdotes de la vie de Pénélope enfant ou adolescente sans ordre chronologique précis : les strates de souvenirs. La presse a surtout relevé qu’elle raconte dans une des planches des agressions sexuelles qu’elle a pu vivre lors de ses premiers émois sexuels.

Ce n’est pas joyeux joyeux comme album mais c’est à l’image de ce que vivent les jeunes filles modernes dans une société contemporaine où les repères moraux sont considérés comme rabat-joies et ringardes. Dans une société post soixante-huitarde, pas facile de verbaliser le consentement et de dompter ses pulsions dans des relations intimes désincarnées et déshumanisées.

Je ne regrette pas d’avoir lu Les strates, la réflexion et l’introspection étaient intéressantes. Mais je préfère de loin, Ma vie est tout à fait fascinante ou encore la série Joséphine adaptée au cinéma par Marilou Berry. Avec ses deux films, j’ai passé deux très bons moments de cinéma. Et, j’ai bien envie d’aller acheter rapidos le coffret des Culottées pour ma bibliothèque.

© Simoné Eusebio

Pour finir, Pénélope Bagieu a marqué mon mois de décembre puisque j’ai acheté avec empressement le calendrier de l’Avent A la mère de famille et je me suis régalée ! L’immeuble haussmannien avec ses sucreries variées et originales a bien égayé mon mois de décembre éprouvant.

Retrouvez ici mes meilleurs articles qui chroniquent des romans graphiques :

–Le monde au balcon, quand Sophie Lambda raconte le grand confinement de 2020

–Janvier rime avec BD : La BD au féminin

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Se régaler avec un bon roman graphique : Les deux pieds en Afrique.

Depuis cet été, j’ai changé de travail (et de quartier de travail aussi).

Je ne suis plus libraire mais j’occupe un emploi plus administratif mais toujours commercial dans le domaine du livre. Au sein des éditions Biblio, je me charge d’assurer la bonne distribution de nos nouveautés et du fonds en France et à l’étranger.

Ainsi, je suis allée visiter début septembre les entrepôts MDS à Dourdan, distributeur du livre majeur en France et en Belgique. Ce sont eux qui distribuent les éditeurs historiques de BD comme Dupuis… J’en profite ici pour vous dire que cette entreprise cherche quarante caristes pour surcroit d’activité. Depuis les confinements, les gens lisent et achètent plus de livres et je m’en réjouis !

Ce mois-ci, j’ai eu un coup de cœur pour l’une de nos nouveautés. Cela s’appelle Les deux pieds en Afrique écrit par Maya et Manior, deux missionnaires chrétiens au service du Défap au Cameroun pendant un an.

Il s’agit d’un roman graphique totalement polymorphe. Il mêle autobiographie, bande dessiné et reportage photographique d’une expérience personnelle vécue en couple.

Le narrateur est Manior, un « blanc » d’une trentaine d’années, sans enfants à l’époque. Il a passé une année de volontariat pour le Défap afin d’aider des églises au Cameroun dans leur stratégie de communication, comme c’est son métier.

Dessins de Manior- Les deux pieds en Afrique, éditions Scriptura

Ce journal de bord en 365 jours se déroule pendant l’année 2014/2015 durant le mandat de François Hollande, qui vient en visite officielle à Yaoundé pendant son année de volontariat. Manior parle avec beaucoup d’humour des pincettes que l’on doit prendre quand on vit dans une république bananière en Afrique.

Les allusions au président Paul Biya sont assez comiques. On ressent alors le décalage avec la France où l’on ne se prive pas de critiquer sans crainte les personnalités politiques du pays.

Les deux pieds en Afrique n’est pas une BD particulièrement engagée politiquement, elle raconte le quotidien d’un missionnaire blanc du 21eme siècle. Il ne fait pas des campagnes d’évangélisation dans les villages reculés à tour de bras, il aide les églises à communiquer sur Internet.

Un roman graphique c’est quoi?

Un roman graphique, c’est une bande dessinée plus longue et ambitieuse qu’un album BD standard de 46 pages. La plupart du temps, le roman graphique s’adresse plus à un lectorat adulte.

J’ai bien envie dans un prochain article de vous dresser la liste de mes romans graphiques favoris. Il faut dire que je me régale vraiment à les lire car ils allient littérature et dessin sur trois cents pages. Sachez que la BD est en train de supplanter la littérature dans les genres de lecture les plus lus.

Le retour à la terre de Larcenet et Ferri, une référence assumée par l’auteur

Très rapidement, la comparaison avec ma série fétiche Le retour à la terre m’a vite sautée aux yeux. Ce n’est pas un roman graphique mais bien un album de BD traditionnel. Il raconte autobiographiquement le quotidien néorural de l’auteur et de sa femme avec l’arrivée de leur premier enfant.

La dame africaine du marché de Yaoundé ou Mme Mortemont aux Ravenelles manquent toutes les deux de filtre dans leurs conversations, que ce soit en Afrique ou dans les campagnes françaises, l’étranger suscite toujours incompréhensions et situations cocasses qui donnent toujours matière à une BD de qualité.

Même sans être tenté par une expérience humanitaire en Afrique (c’est mon cas), ce roman graphique apporte un très bon moment de lecture. J’ai appris de nombreuses choses sur les réalités en Afrique qui m’ont donné matière à réflexion : les difficultés de connexion à Internet, l’eau potable qui est toujours une denrée rare pour eux ou encore l’état des routes très dangereuses…

Cette lecture m’a bien aidée à relativiser quand je râle après le RER B le matin…

Je vous recommande donc ce roman graphique passionnant qui comprend aussi une partie documentaire avec un très beau travail d’édition pour mettre en valeur cette aventure humaine unique dans une vie.

Retrouvez ici mes articles qui chroniquent des romans graphiques :

– Le monde au balcon, garder mémoire du confinement 2020 dans sa bibliothèque

-La série Rendez vous dans la forêt d‘Alain Auderset pour entretenir une relation privilégiée avec Dieu

-Le retour aux Ravenelles : ma passion pour Le retour à la terre de Larcenet et Ferry.

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Auderset sur le chemin de l’autobiographie

Depuis trois mois, je trépigne d’impatience de lire le nouveau volume de la série Rendez-vous dans la forêt, roman graphique du dessinateur de BD suisse Alain Auderset.

Il faut dire que les extraits du livre qu’il distille sur son blog et son compte Instagram sont particulièrement passionnants…

J’aime suivre son compte Instagram avec ses superbes forêts suisses en automne. C’est le talent d’Alain Auderset : observer la nature et en tirer des enseignements, un peu (beaucoup) dans l’esprit de Jésus qui se servait des paraboles dans le Nouveau testament.

Pour ce 4eme volume d’une série à succès (le premier volume de Rendez-vous dans la forêt s’est vendu à plus de 13 000 exemplaires), Alain Auderset a décidé de revenir aux origines avec son témoignage personnel  riche et sincère.

J’aime les autobiographies (notamment celle de David Gréa, dans un genre plus littéraire),  les romans graphiques et surtout j’aime le dessin très moderne d’Alain Auderset.

Rendez-vous dans la forêt- Origine, Alain Auderset, Atelier Auderset, 360 pages, Novembre 2020. En vente à la librairie 7ici : 20€.

Il révolutionne le genre de la bande dessinée chrétienne avec son trait très contemporain qui tranche avec les productions plus classiques et plus datées.

Ses romans graphiques sont des bijoux de fabrication, avec la petite attention unique : la feuille de sa forêt offerte à chaque livre…

Ce nouveau volume est plus épais que les autres, il contient plus de 360 anecdotes de sa vie depuis sa naissance. Alain Auderset a rencontré Jésus à l’âge de quinze ans alors qu’il était un petit garçon brutalisé par ses camarades d’école.

Il a raconté quelques uns de ses souvenirs dans les précédents tomes de Rendez-vous dans la forêt mais cette fois-ci place totale au témoignage personnel et à l’introspection.

J’aime cette série de romans graphiques pour son ton authentique qui raconte des rencontres humaines extraordinaires entre Alain et les visiteurs de son atelier, grâce à Jésus, leur ami commun. Le terme de communauté n’est pas un vain mot chez les Auderset à Saint-Imier.

Il a une grande communauté virtuelle dans toute la francophonie à travers ses live Youtube et ses posts.

Mais son inspiration lui vient aussi de toute la vie qui se déroule dans son atelier : la main à la pâte de ses enfants, les bénévoles qui viennent apporter leur aide spontanément, les artistes qui se forment chez Auderset et redécouvrent une foi vivante et vraie en allant se balader dans la forêt… Un vrai ministère… !

Ce nouveau volume a été écrit pendant le confinement. Un travail important de lectures et de corrections pour réaliser un livre unique qui retrace au plus juste une rencontre personnelle avec Dieu.

Alain Auderset prend souvent la posture du rigolo mais c’est un incroyable bosseur qui use son poignet à reprendre inlassablement ses illustrations jusqu’à douze heures par jour parfois. Il dessine vraiment très bien et avec l’inspiration de l’Esprit.

Ce livre, je vais l’offrir à mes proches comme compagnon de confinement !

Retrouvez ici mes précédentes chroniques des précédents tomes de RDVF :

– La chronique du volume 2

– La chronique du volume 3

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Le monde au balcon, souvenir sociologique du confinement

J’ai découvert Sophie Lambda et sa bande dessinée Le monde au balcon via le compte Instagram de son éditeur Albin Michel. Ce carnet raconte le début de son année 2020 sans se douter que la moitié de la planète devra se confiner face à Coco le virus deux mois plus tard

Ce carnet, je l’ai acheté rapidement à la librairie Le comptoir des mots à Gambetta, dans le 20eme arrondissement de Paris pour garder un souvenir de cette drôle de période dans ma bibliothèque. J ‘y ajouterai sans doute une petite feuille à carreaux avec mes propres souvenirs. L’être humain a une sacrée capacité de résilience et d’oubli (heureusement sans doute).

Le monde au balcon, carnet dessiné d’un printemps confiné, Sophie Lambda, Editions Albin Michel, 2020, 96 pages, 14,90 €

Je retiendrai que je me suis vraiment ennuyée pendant ce confinement, surtout les week-ends. Je suis souvent allée dépenser mes dix euros hebdomadaires en revues de décoration et de gommettes pour ma fille et mon mari, leur activité père-fille. J’en ai eu ras le bol de faire le tour du paté de maison, sur le bitume. Je comprends tout à fait la ruée des Parisiens vers la campagne au déconfinement.

Droits réservés Sophie Lambda

J’ai collé l’attestation dérogatoire de déplacement dans mon bullet journal, persuadée que c’était un document historique à conserver. Mais mon plus beau souvenir familial, ce fut les premiers pas hésitants mais décidés de notre Petite biche nationale ! Avec elle, le confinement c’était sport ! On était bien contents lors des siestes et du coucher de pouvoir souffler. Mais de nombreux amis et notre famille nous ont bien envié d’avoir été confinés avec un enfant pour enrichir nos journées. Il parait que d’expérience, Netflix ça va bien cinq minutes.

Netflix, il en est souvent question dans la BD de Sophie. J’ai vraiment aimé son sketch autour de la farine et ses références à des initiatives peu connues du grand public mais relayées par les réseaux sociaux.

Total respect à l’Olympique de Marseille qui a mis à disposition de familles touchées par les violences conjugales les chambres des joueurs de foot et leurs infrastructures sportives pour les enfants. C’est beau la solidarité humaine qui s’organise en moins d’une semaine. Elle relaie aussi la belle lettre des voisins d’un infirmier pour le décharger de ses tâches ménagères en cette période intense pour les soignants.

C’est une BD polymorphe avec du beau dessin mais aussi des captures d’écran de vidéos Youtube et de comptes Instagram. Un média vraiment original et très actuel. C’est vrai qu’au milieu du livre, je me suis un peu lassée et ennuyée. Mais j’ai trouvé ça génial, parce qu’à mi-parcours, vers Pâques, tout le monde trouvait le temps sacrément long.

Cette dessinatrice a un vrai talent de sociologue, elle sait capter l’atmosphère ambiante dans un pas, toutes générations confondues. Sa BD est un documentaire anthropologique passionnant. J’ai beaucoup aimé ses illustrations avec les animaux notamment celle qui annonce le dé-confinement et les pages véridiques où la nature reprend ses droits.

Droits réservés Sophie Lambda

Je suis pas toujours convaincue par son coup de crayon pour dessiner les expressions des visages mais elle croque très bien la société actuelle du 21eme siècle. Le ton est à la fois drôle et juste, léger mais aussi engagé.

Puis je me suis intéressée à sa première BD totalement autobiographique :Tant pis pour l’amour, éditions Delcourt, publiée en 2019. Elle raconte sa reconstruction personnelle après une relation toxique dans les bras d’un manipulateur. Je trouve que le dessin est beaucoup plus travaillé et abouti que celui de son carnet de confinement.

Je me suis régalée à suivre ses stories Instagram où elle racontait ses recherches d’idées pour sa couverture finale. C’est une vraie auteure de BD accomplie avec des débuts très prometteurs. Il ne me reste plus qu’à lire Tant pis pour l’amour, je suis actuellement en troisième position sur la liste d’attente du livre à la bibliothèque Marguerite Duras.

Je vous recommande cette émission de France 2 où Sophie était invitée avec Caroline Diamant et Enora Malagré avec deux femmes psychologues je présume. Les remarques sont très intéressantes et ne tombent pas du tout dans la misandrie (la haine des hommes) parce que l’emprise est aussi bien le fait d’ un homme ou d’ une femme dans un couple. Cette BD a été vendue à plus de 25 000 exemplaires, signe que le sujet est pleinement d’actualité malheureusement.

Les relations hommes/femmes seront l’objet d’un prochain article dans ce blog car c’est un sujet qui me tient à cœur. Je suis un peu écœurée en ce moment par cette guerre des sexes ambiante, ces insultes qui fusent dans tous les sens pour une tenue vestimentaire ou un regard mal interprété quand hommes et femmes se méfient de l’autre dans la rue. Il y a quelques semaines, j’ai rigolé avec un caissier dans un supermarché. Il se plaignait que le port du masque ne lui facilitait pas la vie comme il aimait bien draguer. C’était drôle !

Alors que la drague retrouve ses lettres de noblesse ! Que les filles puissent se sentir un peu fières, la tête haute, qu’on leur dise des mots flatteurs et non des injures obscènes et ordurières. Pendant le confinement, je me sentais pas bien rassurée toute seule dans la rue en allant chercher mon pain. Même habillée comme un sac, même pas maquillée, je me suis fais draguée un ou deux fois par des gros balourds qui n’avaient pas envie de conter fleurette.

D’autres articles au sujet du confinement dans ce blog :

– Les objets du confinement collectés par le Mucem

– Ma meilleure routine pendant le confinement : Le Bible journaling

–Se détendre à l’ère du coronavirus

BD & romans graphiques

Le retour aux Ravenelles

C’est l’événement BD de ce printemps : la parution du tome 6 du Retour à la terre, la BD champêtre de Manu Larcenet au dessin et Jean-Yves Ferri au scénario après dix ans de silence. Manu Larssinet devait être dans la forêt à méditer avec l’ermite qui l’appelle Coeur-pur.

Je suis vraiment fan de cette couverture très poétique et marrante avec les fleurs de cerisiers et le papa merle qui apporte une boite de nuggets pour nourrir sa nichée !

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Comme des milliers de lecteurs, j’éprouve un fort attachement pour cette série. Si vous ne la connaissez pas, aucun problème à prendre le train en marche. D’ailleurs en parlant de train, il n’y en a plus depuis longtemps pour rejoindre le village de Manu, les Ravenelles, en profonde région parisienne. Il faut prendre un car Macron. Vous l’avez compris, c’est un album de BD très contemporain qui croque en dessins la réalité de bon nombre de Franciliens.

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C’est le cas d’Emma et Fabien, l’un des couples de la série comique à succès Scènes de ménages sur M6 ou la dessinatrice de BD Mademoiselle Caroline qui a raconté le fossé sociétal entre Paris et sa nouvelle vie en montagne dans le roman graphique Quitter Paris. Je lis d’ailleurs en ce moment un blog très bien fait Paris je te quitte mais de là à sauter le pas…

 

Le retour à la terre

Tome 6 : Les métamorphoses

Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Dargaud

Mars 2019

48 pages

12€

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Mon avis :

La structure bien rodée de cette BD vous fait rire ou sourire tendrement à chaque double page. Ce sont quatre vignettes qui déroulent le fil conducteur d’une situation grâce à des sous-titres brefs et efficaces.

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Cette BD commence par un rébus, c’est Manu Larssinet qui raconte la vie de sa petite famille qui tend à s’agrandir. Mais l’auteur est tellement pris dans sa rêverie personnelle, son introspection, qu’il tarde à s’en rendre compte…

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Heureusement, il peut compter sur une amitié improbable : celle de Madame Mortemont, sa voisine atypique qui découvre dans le tome 6 Les métamorphoses les fonctionnalités qu’offre son smartphone. Comme si la technologie pouvait aider les campagnards à faire pousser leurs patates alors qu’ils connaissent la nature depuis la nuit des temps.

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Mon avis :

5/5 sardines

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C’est cette gentille moquerie réciproque entre les néoruraux et les locaux des Ravenelles qui fait tout le sel de cette gentille comédie dessinée. C’est tendre et drôle mais aussi très révélateur de la fracture sociale et technologique que nous vivons à l’ère des gilets jaunes. A l’heure des zones blanches et des déserts médicaux, sommes-nous toujours compatriotes nous autres citadins et campagnards?

BD & romans graphiques·Bullet journal

Bonjour l’angoisse, une BD colorée de la douce époque du lycée

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Je réfléchissais tout haut (oui oui ça m’arrive) à un nouvel article sur le bullet journal quand je l’ai repérée… une vraie pépite ! Un OVNI éditorial au rayon BD adulte de ma médiathèque.

Bonjour l’angoisse, mes années lycée ça s’appelle. C’est son format hors du commun qui m’a attirée : un cahier d’écolier à petits carreaux écrit comme au stylo à plume, qui se lit dans un autre sens.

Publié en 2018, ce roman graphique s’adresse à son public-cible : les millenials qui passent le bac cette année mais cela m’a aussi replongée dans mes souvenirs de terminale il y a douze ans maintenant.

Cette BD n’est pas donnée (20€) mais sachant que le pouvoir d’achat d’un lycéen est assez conséquent (entre l’argent de poche des parents, les étrennes de Mamie et quelques baby-sitting) ça serait dommage de passer à coté d’un bon moment de lecture.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Bonjour l’angoisse, mes années lycée

Lucile Gomez

104 pages

2018

Vraoum

20€

 

Le résumé : 

Il s’agit du journal intime d’une adolescente Marie- Pierre dite Mary-Stone, une sorte de Fifi Brindacier rock n’roll. Elle vient d’une famille un peu bourgeoise qui forcément la flique et ne la comprends pas. Il semble qu’elle soit fille unique et ses lacunes sociales (elle débute laborieusement à utiliser Facebook vers Toussaint) seront vite comblées par la rencontre d’une amie formidable : Plume, une vaporeuse jeune fille beaucoup plus assurée qu’elle avec son look et sa coupe afro. Plume parait beaucoup plus adulte et féminine que Mary-Stone.

Elles délirent à chaque cours, se vannent quand elles sont amoureuses… bref le quotidien de milliers de lycéens à l’heure du web 2.0 dessiné en BD par une illustratrice fort talentueuse : Lucile Gomez.

Cette auteure a déjà publié plusieurs BD de filles avant Bonjour l’angoisse : Tout est possible mais rien n’est sûr, La naissance en BD…. Elle a développé sa chronique de Plume et Mary-Stone, publiée chaque mois dans le magazine pour ados Phosphore en 104 pages de BD.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Mon avis :

Tout d’abord ce roman graphique est une mine d’or à doodles (ces petites icônes qu’on dessine pour illustrer un bullet journal : un cactus, des flèches, un paquet de pop corn, le logo de Facebook…).

Ces petits dessins reflètent une société très occidentale et surtout très consumériste. C’est une BD très générationnelle où les millenials vont vite retrouver en dessins leur quotidien mais qui va vite paumer les vieux de la génération Y comme moi.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Pourtant les thèmes de cette BD sont intemporels : les cours, les garçons, les copies Canson qu’on stabilote et qu’on gribouille… J’ai beaucoup aimé l’originalité de cette BD mais je reconnais qu’au bout d’une trentaine de pages l’intensité graphique et le fourmillement d’idées m’ont perdues en chemin. C’est aussi dense en lecture que le discours ultra rapide d’un adolescent sur sa chaîne Youtube. Mais qu’est ce que c’est réussi !

Lucile Gomez est assurément une illustratrice à suivre dans la lignée de Pénélope Bagieu, Margaux Motin, Mademoiselle Caroline, Mathou...

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Ma note : 4/5 sardines

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J’octroie quatre sardines bien méritées à ce roman graphique plein d’humour et très original. C’est un véritable OVNI éditorial très réussi au niveau du dessin. Tous les petits aspects du cahier d’écolier sont bien là : c’est aussi une belle prouesse d’édition pour publier dans un autre sens de lecture. On actionne volontiers la machine à remonter le temps avec cette BD même si l’intensité des doubles -pages m’a un peu perdue en route (comme les Egyptiens, Lucile Gomez pratique l’horreur du vide) .

Cela m’a fait penser à un roman d’apprentissage que j’ai beaucoup aimé et qui a été adapté au cinéma : Le journal d’Aurore écrit par Marie Desplechin, édité par L’école des loisirs.

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BD & romans graphiques

Mon père ce poivrot, une BD qui botte le cul de l’alcoolisme festif

Mon père, ce poivrot.pngCette BD je l’ai découverte par hasard chez mon marchand de journaux, rue Belgrand dans le 20 arrondissement, pas très loin de la place Edith Piaf où l’on croise des hommes et des femmes tellement abîmés par l’alcool qu’ils dorment parfois à même le sol.

Je connaissais déjà la maison d’édition Grand angle pour avoir chroniqué avec bonheur la BD normando-climatique Jamais qui a reçu un prix de lecteurs récemment ! J’aime beaucoup leur ligne éditoriale et cette tendance actuelle : peindre la société dans des petites cases de BD.

J’ai trouvé que cette BD librement inspirée de la vie de son auteur était bien plus efficace qu’une campagne de santé publique pour les jeunes. Allez, je vous raconte son histoire sous la forme d’un résumé.

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Mon père, ce poivrot

Stéphane Louis et Daviet

Editions Grand angle

Janvier 2019

70 pages

16€90

Le résumé :

Lucien vit à Saint-Denis en région parisienne. Il a bien soixante-dix ans et a perdu tout contact avec son ex-femme et son fils Rémy, un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui vit dans la région de Nantes. Il traîne son ennui dans un vieux bouge du quartier entouré d’amis de beuverie, le gagne-pain du patron qui doit aussi les chaperonner pour qu’ils rentrent sans danger chez eux.

C’était la cuite de trop puisque cette BD prend la tournure d’une enquête policière avec des flash back où l’on interroge le patron et les piliers de bar. Un événement médiatique a fait sortir Lucien de sa torpeur et de sa léthargie alcoolique mais on ne sait pas ce qu’il est devenu : disparition inquiétante ou l’occasion unique de prendre sa vie en main après de nombreux errements ?.

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Mon avis :

Cette BD a réussit le tour de force d’exprimer en dessins la grande détresse physique et psychologique de Lucien. Il se retrouve complètement désorienté sur le quai de la gare Montparnasse avec ses bruits, les va et viens de la foule nombreuse. On se doute bien que le personnage a fait un effet surhumain pour se lever de son lit et sortir de son quartier? Va-t-il abandonner ou prendre ce fameux train pour endosser ses responsabilités parentales ?

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Je vous recommande de lire deux fois cette histoire (70 pages en tout) en évitant de lire l’avant-propos personnel de l’auteur lors de votre première lecture. Votre seconde lecture aura une saveur toute particulière. Celle de la fiction autobiographique, du ressenti personnel, de l’émotion de l’auteur qui se transmet avec contagion à son lecteur.

C’est une BD beaucoup plus utile qu’un vague essai foireux de développement personnel. Cette forme de préface m’a vraiment marquée, j’ y ai vu un hommage à un père où la BD permet de rendre justice aux qualités de quelqu’un masquées par cet ennemi pernicieux : l’alcoolisme.

« Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire ».

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Son titre accrocheur tranche avec l’adage Mon père, ce héros. La puissance visuelle de la couverture évoque le capharnaüm d’une maison délabrée mais aussi la confusion des pensées que provoquent les vapeurs de l’alcool quand on s’est enchaîné à cette addiction depuis des décennies.

On a tous dans notre entourage amical ou familial quelqu’un qui s’est fait prendre au piège de l’alcoolisme festif ou mondain. Au lieu de fédérer, il isole des autres, il fait plonger dans la solitude. C’est le cas de Lucien, sa femme l’a quitté, son fils ne veut plus entendre parler de lui.

Ma note :

4/5 sardines

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J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette fiction aux éléments biographiques. Le scénario patine un peu au fil des soixante-dix pages. Ce n’est plus un secret dans ce blog que je préfère de loin les romans graphiques aux albums de BD car ils développent beaucoup plus le portrait psychologique des personnages.

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Mais cet album a le mérite d’avoir su mettre en relief la détresse psychologique du héros très profonde et très ancienne avec ce nom d’emprunt très difficile à porter, qui l’a plongé dans une confusion identitaire sérieuse.

Enfin, c’est une BD très contemporaine qui parle des jeunes militants engagés dans les ZAD. Sans juger leur engagement, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité cette situation. Compte tenu des dommages collatéraux, cette BD incite ses lecteurs à réfléchir avant d’aller tout feu tout flammes se rebeller contre les forces de l’ordre.

 

Sardines

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BD & romans graphiques

Astérix le gaulois a 60 ans cet année, l’éternelle locomotive de l’édition française

Cette année, c’est l’anniversaire d’un héros emblématique de la culture populaire française : Astérix. Ses albums servent de locomotive à toute l’économie du livre francophone quand une nouvelle histoire parait. Le 38eme album sortira le 24 octobre 2019, dessiné et scénarisé par le tandem Didier Conrad et Jean-Yves Ferri…

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A l’heure où les studios de dessins animés comme Marvel, Pixar ou Disney rivalisent de techniques 3D en choisissant des super-héros, les enfants de 2019 continuent de lire les albums d’Astérix ou d’aller voir au cinéma les adaptations en dessins animés : Astérix et le secret de la potion magique, Le domaine des dieux… Des histoires qui remontent aux calendes grecques et qui continuent à plaire. Comme quoi les vieux druides et les Gaulois qui se réunissent aux banquets de sangliers à la fin de chaque aventure ne sont pas si ringards que ça !

C’est là l’expression de la transmission générationnelle autour du livre : nos parents lisaient Astérix et nous transmettront ces albums à nos enfants. Les chiffres témoignent d’un véritable phénomène de société : plus de 320 millions d’albums d’Astérix vendus dans 111 langues, 14 millions d’entrées pour l’adaptation cinéma d’Astérix et Cléopâtre réalisée par Alain Chabat…

Astérix, le David français.

Si Astérix et son village plaisent tant aux Français depuis plus de 60 ans, c’est parce qu’il reflètent l’identité française dans ses traits les plus drôles. Goscinny, à grands renforts de calembours et autres gags, tire le portrait d’un monde gaulois qui résiste à l’envahisseur, c’est une parodie de l’Histoire de France.

Il joue avec les anachronismes entre la société antique et celle plus contemporaine des années 1960. L’exemple le plus flagrant (détaillé dans le dossier de presse de l’exposition Goscinny et le cinéma de la Cinémathèque) est la couverture de mon album favori Astérix et Cléopâtre. Elle s’inspire des péplums contemporains dont le célèbre film avec Elisabeth Taylor en 1963 : la pose à la romaine, le nez grecque, la police du titre…

Jules César, l’empereur romain triomphant est ridiculisé par un village d’irréductibles Gaulois qui possèdent une arme secrète : la potion magique. Astérix est l’ anti-héros typiquement français en opposition aux super-héros des comics américains. Il est petit, moustachu, flanqué d’un acolyte Obélix, qu’il doit raisonner comme un enfant.

Mais son portrait psychologique fait toute sa force : même quand il est vulnérable sans potion magique, son tempérament héroïque, sa bravoure et son sens de l’honneur sont reconnus et appréciés par ses lecteurs.

Au 19eme siècle , les arts que ça soit la peinture, la sculpture ou encore les objets d’art au musée d’Orsay ont revalorisé la place de Vercingétorix dans l’Histoire de France.

D’ailleurs, le prochain album d’Astérix conçu par Conrad et Ferri s’intéressera à l’expression souvent utilisée à tort et à travers : Nos ancêtres les gaulois.

Rendez- vous en octobre en librairies pour souhaiter un joyeux 60eme anniversaire à Astérix, le héros de BD le plus populaire de la francophonie.

Dans un prochain article, je vous parlerai de ma passion pour les dessins de Sempé, un autre collaborateur de René Goscinny, avec qui il publia Le Petit Nicolas. Ce chef d’oeuvre des cours d’école ( dans la même veine littéraire que les souvenirs d’enfance autobiographiques de Marcel Pagnol). Plus de 15 millions d’albums du Petit Nicolas ont été vendus.

Au mois d’avril, sort un film formidable avec Edouard Baer et Benoît Poelvoorde : Raoul Taburin a un secret, l’adaptation de l’oeuvre dessinée de Sempé, éditée par Denoël.