Moments de vie·Sociologie

Comment les RS ont révolutionné l’humour français depuis 2020.

Les réseaux sociaux ont révolutionné le spectacle humoristique en France.

Mon premier souvenir d’un sketch d’humoristes c’est Virginie Lemoine et Laurent Gerra dans Studio Gabriel de Michel Drucker, les soirs de semaine sur France 2. Ensuite, je me rappelle les zéniths de Gad Elmaleh qui s’agitait dans tous les sens pour imiter la perfection du blond et déclamer Brian is the kitchen dans les années 2005.

Puis il y a eu mars 2020 et le confinement total de la population française. Les salles de spectacle ont toutes été fermées pendant de nombreux mois. De nombreux humoristes ont éclos dans leur salon ou leur cuisine. Ils étaient agents immobiliers ou ils travaillaient dans la finance comme François Xavier Demaison. Caroline Vigneaux était avocate. Ils se sont lancés dans l’humour car cela les tentait depuis longtemps.

Instagram leur offre une fenêtre directe en lien avec leur public.

Moi, j’écoute religieusement Diane Segard qui fait l’économie de ses décors et de ses costumes (elle s’habille à la mode comme tous les jours) On voit même dans ses iris le petit cercle blanc de l’outil technique qu’elle utilise pour performer son éclairage chez elle. La force de ses sketchs, ce sont ses textes aiguisés qu’elle écrit avec son binôme Mathilde Guêtré-Rguieg. Tous les jours, une nouvelle vidéo qui me scotche tellement c’est bien vu.

Camille Lavabre, l’humoriste marseillaise qui a fait la conquête du public de France Inter depuis 2022.

J’ai découvert cette actrice et humoriste marseillaise avec la comédie romantique French lover où elle joue une des conquêtes d’Abel, un acteur ultra connu joué par Omar Sy. Elle intervient dans une émission de France Inter chaque semaine et j’aime particulièrement deux personnages : Angelica Rideau, metteuse en scène particulièrement élitiste et condescendante mais aussi Svetlana Piktavodka, ex-mannequin russe particulièrement légaliste et autoritaire. Bizarrement, dans cette époque clivante et décevante, rigoler avec des personnages aussi absurdes et caricaturaux me fait beaucoup de bien.

J’ai également découvert un autre talent de France Inter : Amandine Lourdel.

Amandine Lourdel , balourde et fière de l’être

Ses sketchs où elle campe Agathe, une bourgeoise parisienne désabusée par le désamour de son mari m’a beaucoup plu. J’aime énormément sa mauvaise foi assumée et sa manière d’être lourde et un peu déceptive est une vraie bouffée d’oxygène face au perfectionnisme ambiant. J’ai lu son portrait dans le journal Le Monde, visiblement l’humour a été une véritable planche de salut pour se guérir d’un parcours chaotique et douloureux.

Dans un autre registre, j’aime bien les vidéos de Louise Duck, qui collabore aussi de temps en temps avec Guillaume Guisset.

Louise Duck, les énormités les plus assumées

Elle excelle à interpréter les petites filles riches qui racontent des énormités dans ce contexte social difficile. Elle fait exprès de se maquiller mal avec le rouge à lèvres bien épais et de traviole, avec le petit foulard qui va bien. Rien n’est grave dans son monde puisqu’elle peut se réfugier dans l’une des résidences secondaires de Bonne-Maman.

Deux pseudos psychologues à la déontologie approximative

Il y a deux folles dingues qui me font bien rire en ce moment : Morgane Cadignan : Installez vous et Zazou Dcy : Con fessions. Je n’aime pas tout car elles peuvent être trash mais elles sont quand même époustouflantes car elles jouent des pseudos psychologues qui dépassent totalement les bornes avec leurs patients. Elles s’assoient sur la déontologie du métier de toutes leurs forces, leurs patients sont même obligés de les recadrer régulièrement. Le jeu d’actrice de Morgane Cadignan avec ses deux ou trois paires de lunettes est particulièrement savoureux.

Zoé Le Gavrian qui a crée les vidéos Con fessions où elle se déguise en bonne soeur, en psy ou en diseuse de bonne aventure est aussi très douée. Je l’avais remarqué car sa maman est née sous X et elle a illustré son témoignage : Un merveilleux abandon.

Et puis un jour, ils se lassent de faire des sketches mettant en scène des Parisiens bobo qui vont au yoga ou qui boivent du matcha au coffee shop du coin. Les humoristes que j’aime suivre : Philippine Delaire, Maxime Rocheman, Guillaume et Paul de Saint Sernin… se regroupent pour faire des sketches choraux autour de beaux projets créatifs comme Enchanté(e) de Max Allouche par exemple.

J’aime beaucoup cette trentaine d’histoires courtes filmées en plans séquences qui racontent la rencontre amoureuse dans les rues de Paris. Cela peut paraître ridicule mais c’est assez militant de proclamer que le romantisme n’est pas mort en 2026.

Maxime Allouche, c’est le réalisateur du dernier clip de Céline Dion: Dansons dans lequel apparaissent les humoristes Maxime Rocheman et Philippine Delaire.

Maxime Allouche est également le complice de longue date de Marie Benoliel, anciennement Marie s’infiltre. Elle a réalisé un superbe spectacle autobiographique dédié à sa grand-mère Daisy qui vient de Tunisie. Il s’agit d’une comédie musicale qui parle d’exil et de transmission.

Je profite de ce billet de blog pour vous remercier car ces articles consacrés à l’humour sur Instagram sont les articles les plus lus cette année.

Romans

15 idées de romans refuges en temps de crise.

Au fil de ces confinements et plus particulièrement en mars 2020 quand j’ai dû m’isoler dix jours à cause de cet affreux variant anglais, j’ai constaté à quel point la lecture de romans était le meilleur moyen d’évasion face aux couvre-feux, aux gestes barrières, aux attestations de sortie et tout le tintouin…

Même quand vous êtes parqués à dix kilomètres de votre domicile, en rêvassant aux valises à préparer, aux couloirs d’aéroport ou de gare à arpenter… Un chouette bouquin dans votre nouveau canapé, vous envoie à New-York, dans la jungle ou sur une île déserte. La littérature a ce pouvoir et il n’a pas de prix surtout en ce moment.

Les librairies ont rejoint la liste des commerces essentiels fin février, preuve que le livre est un produit de première nécessité.

J’ai voulu vous lister quinze romans qui m’ont marqué et pourquoi. Je n’ai sélectionné que les romans que je relirai volontiers ou que j’ai déja relu deux ou trois fois…

Les romans young adult de l’Ecole des loisirs

Sauveur et fils, les six épisodes de la série, Marie-Aude Murail, Ecole des loisirs

Je lis les romans de Marie-Aude Murail depuis longtemps : Oh boy ! , La fille du docteur Beaudoin, Papa et Maman sont dans un bateau… car j’aime son acuité à analyser la société française et surtout les relations familiales, les non-dits et les sentiments enfouis. Son apogée est atteinte avec cette série Sauveur et fils à laquelle je ne trouve aucun défaut et que je relis avec plaisir à chaque confinement.

Quatre soeurs, Malika Ferdjouhk, Ecole des loisirs

J’ai découvert ce roman graphique en quatre ou cinq épisodes à la bibliothèque Baudoyer du 4eme arrondissement. J’ai dévoré cette série géniale qui s’adresse aussi bien aux adolescents qu’aux jeunes adultes. Elle décrit une belle fratrie de filles qui habite un grand manoir en bord de mer. Cela parle de deuil, d’entraide et d’amour familial.

Les romans young adult de l’Ecole des loisirs sont ma référence ultime depuis de très nombreuses années, je n’en découvre pas assez à mon goût. Il faut que je creuse leur fonds.

Les feel good ou romans générationnels à la française

L’odeur de la colle en pot, Adèle Breau, J-C Lattès

J’ai découvert cette auteure assez connue dans un recueil de nouvelles : Orgueil et Préjugés version moderne à Noël, un couple enfermé dans un magasin de jouets. Son écriture m’a bien plu, j’ai eu une belle émotion avec son roman qui m’a rapidement fait penser à mon film phare La boum avec Sophie Marceau mais la comparaison était bien agréable. L’auteure m’a cueillie à la fin du livre, je ne vous en dit pas plus.

La vie rêvée des chaussettes orphelines et tous les romans de Marie Vareille, Charleston

J’ai découvert cette auteure grâce à la Kube qui m’a offert une box des libraires fantastique alors que je désespérais du genre feel good que je commençais à juger trop marketing. J’aime la manière dont Marie Vareille dépeint avec beaucoup de finesse la psychologie et les drames intimes de ses personnages. C’est drôle, léger et générationnel mais c’est très subtil.

Droits réservés Café Powell

Les stagiaires et Indéterminés de Samantha Bailly, éditions J-C Lattès.

Dans un autre genre générationnel, mon vrai coup de cœur pour cette trilogie qui se passe dans une entreprise de jeux vidéos autour d’un groupe de stagiaires.

Ce sont des jeunes adultes qui vivent dans l’oisiveté ou la précarité mais tous cherchent un sens à leur vie, trouver le grand amour même si la manière dont ils cèdent à leurs pulsions, papillonnent sentimentalement me heurte de plus en plus dans mes choix de films ou de lectures.

Les auteurs anglo-saxons vendent des histoires d’amour et des relations beaucoup plus loyales et fidèles que dans la culture française. Cela me saute de plus en plus aux yeux.

Les auteurs anglo-saxons qui parlent des relations avec plus de fidélité que l’amour rabelaisien

Brooklyn, Colm Toibin, 10/18

Mon plus beau coup de cœur de cette liste : une histoire d’amour tellement belle et profonde. J’ai découvert ce roman grâce à une affiche du film, son adaptation littéraire au cinéma.

Ce roman qui parle d’exil et de quête identitaire quand on est jeune adulte, je l’ai lu trois fois et je pourrais le relire encore et encore. Il m’a accompagné une semaine de travail assez harassante au salon du livre de Paris en 2016, quand je n’étais pas très motivée par les deux heures de trajet quotidienne entre la porte de Versailles et chez moi.

La chorale des dames de Chilbury,Jennifer Ryan, Albin Michel

Ce livre m’a accompagné une semaine de canicule où j’étais malade à cause de la chaleur, de la climatisation et de la pollution à Paris. J’ai bien aimé ce roman historique anglais qui raconte les bombardements dans un petit village pendant la seconde guerre mondiale et comment les femmes du village ont résisté à la guerre en montant une chorale.

La dernière conquête du major Pettigrew, Helen Simonson, éditions 10/18

Déjà lu deux fois, ce premier roman m’a beaucoup inspirée pour mieux connaître l’Angleterre et notamment son ancien empire colonial auquel le roman fait souvent référence. Il raconte l’histoire d’un major aristocrate et d’une épicière pakistanaise qui vont lier amitié, écœurés par la bêtise humaine et l’opportunisme de leurs descendants.

Une excellente critique du jeunisme à la fois tendre et piquante.

La couleur des sentiments, Kathryn Stockett, Jacqueline Chambron

Mon crush lecture de longue date. J’ai découvert le jeu d’Emma Stone, Octavia Spencer et Jessica Chastain dans ce film de bonnes femmes. Je le dis avec sympathie, les femmes sont omniprésentes dans ce roman et elles ont un choix à faire : l’amour ou la bêtise.

Même quand on est raciste et qu’on vit dans un état du Sud bas de plafond, on s’attache à sa bonne noire qui transmet de l’amour aux enfants blancs avec naturel.

Je comprend pas la polémique qui accuse ce roman de racisme alors qu’il est vraiment formidable : tout est dit dans le titre. Ras le bol de la cancelled culture !

Les personnages des romans de Mitch Albom, Pocket

Une fois n’est pas coutume, c’est mon mari qui m’a fait découvrir cet auteur à la médiathèque Marguerite Duras. Pendant tout un été, trajets Bla bla car, voyage caniculaire en Toscane et transit en Bulgarie, j’ai lu ses cinq livres de poche les plus connus.

Mitch Albom est un auteur très connu aux Etats-Unis, un peu en France aussi. Il écrit des livres très autobiographiques ou très fantastiques pour aborder le thème de la foi chrétienne avec beaucoup de style. Ses personnages sont tous très travaillés et apportent une réflexion sur le sens de la vie. Des livres qui ont intégré notre bibliothèque familiale à jamais.

Nos âmes la nuit, Kent Haruf, Robert Laffont

J’ai découvert ce roman grâce au film, adapté du livre avec Robert Redford et Jane Fonda. Encore une fois, les Américains n’ont pas de tabou à aborder les relations amicales et même sexuelles des seniors alors qu’en France, on envoie les anciens en Ephad comme les salariés au placard : on ne les voit plus, on n’en parle plus.

Dans ce roman, les deux protagonistes approchent les quatre-vingt ans et on leur donne une voix pour parler désir, déceptions familiales, regrets et même projets d’avenir. Un roman qui donne un bon coup de pied aux fesses aux préjugés.

Les anges et tous les saints et Maine de Sullivan, Livre de poche

J’ai lu tous les romans de cette auteure américaine irlandaise que j’ai découvert par hasard dans les rayons de la médiathèque Marguerite Duras dans le 20eme.

A l’époque, j’allais régulièrement rendre visite à une amie Karine, qui était en convalescence chez elle à Choisy-le Roi.

Le trajet en bus et en tramway était un peu long mais passionnant avec ses romans de familles très bien dépeintes sur le plan psychologique. Un régal de littérature !

Les romans français qui me plaisent tout de même

Venise n’est pas en Italie, Ivan Calbérac, Livre de poche

Un bon roman poilade qui m’a bien fait rigoler en imaginant Benoit Poelvoorde et Valérie Bonneton comme les parents déjantés de ce pauvre garçon blond qui veut intégrer un cercle un peu plus distingué que celui de sa famille qui voyage en caravane jusqu’à Venise. Un joli clin d’oeil à Johnny Clegg et à mon enfance !

Le prince à la petite tasse, Emilie de Turckheim, Calmann-Levy

Un récit de vie puissant, une expérience humaine de l’accueil de l’autre avec beaucoup de poésie. Ce n’est pas mon style littéraire habituel mais l’auteure m’a beaucoup touchée par son humanité et sa simplicité à verbaliser l’amour du prochain même quand il n’est pas toujours évident à manifester.

Je vous invite à me recommander vos derniers coups de coeur littéraires car je suis dans un désert de lectures depuis janvier.

N’allez pas croire que je me régale chaque semaine avec un bon roman comme je suis libraire. Je m’avère être une redoutable et intransigeante lectrice qui se décourage vite d’un livre si le style et les thèmes abordés ne me convainquent pas dès les dix premières pages.

J’admire les courageux lecteurs qui persévèrent au bout de 150, 200 pages. Je suis bien embêtée parce que lire chaque semaine un bon roman est tellement agréable pour divertir au mieux mes trajets répétitifs quotidiens en RER.

La routine de la semaine est beaucoup plus agréable à vivre avec un bon pavé passionnant.

Pour trouver une pépite, je sonde le blog de Fiona, bibliothécaire et blogueuse littéraire reconnue de Pretty little books, que j’ai découvert dans Livres Hebdo mais je manque de temps pour faire des recherches plus approfondies.

Cinéma·Du livre à l'écran

Justin le juste, une toute autre guerre que celle racontée dans La bataille de Gaulle

J’ai visionné ce film au cinéma avec mon mari car nous aimons beaucoup le jeu comique mais aussi dramatique d’Alban Ivanov, un acteur et humoriste qui vient du stand-up. On avait vu un précédent film où il jouait un agriculteur proche de la faillite dans le Cantal : Les folies fermières adapté d’une histoire vraie.

Décidément, les rôles d’agriculteur lui collent à la peau car il interprète ici Justin, un métayer qui prête ses bras à un propriétaire qui l’exploite sans vergogne. Justin vit vraiment en retrait de tout avec sa mère et son fils d’une dizaine d’années.

Il ne sait même pas que la Grande guerre a éclaté un an auparavant quand les gendarmes et le curé de la paroisse viennent se rappeler à leur bon souvenir en 1915. Le fait que Justin n’ai pas jamais pris soin de se déclarer ni à l’état-civil, ni au recensement militaire va lui valoir un déferlement de violence particulièrement scandaleux dans l’une des premières scènes du film. On l’envoie au casse-pipe comme un vulgaire voleur de poules attaché en laisse au train de la calèche des gendarmes.

Le ton de cette fable historique est donné : le patriotisme des mauvaises autorités est intolérable. Justin le juste, c’est l’antithèse des deux volets de La bataille de Gaulle qui exalte l’intelligence des généraux.

Le résumé :

1915. La guerre, c’est une terre inconnue où l’on envoie Justin, misérable paysan, à une époque où il doit s’occuper de ses champs. Il doit partir se battre, au nom d’une loi qu’il ignore, contre un ennemi qu’il n’a jamais vu, alors qu’il ne rêve que de rester dans sa ferme. Sa rencontre avec Basile, un tirailleur sénégalais, va lui ouvrir les yeux sur cette guerre qu’il ne comprend pas. C’est avec lui, qu’il va se révolter contre les injustices d’un commandement absurde, et devenir un héros pas comme les autres.

Mon avis :

Il s’agit d’une fable historique qui n’est pas basée sur l’histoire vraie d’une personne : Justin mais adaptée d’un roman antimilitariste qui a recoupé différentes situations inacceptables vécues par des poilus. Justin-le-Juste ou La charrette est le titre de l’unique roman écrit par Jean Pompougnac et édité par les éditions de la Table ronde en 1967.

Un rôle d’idiot : le seul qui n’a pas oublié son humanité même en temps de guerre.

On s’attache rapidement au personnage de Justin. Il est effrayé par la guerre donc il déserte tout simplement. Comme il a bon coeur, il apporte assistance à un aviateur grièvement blessé qu’importe l’uniforme qu’il porte.

Le camp ennemi va lui faire bon accueil donnant lieu à des scènes d’anniversaire et de valses totalement absurdes. Bien évidemment, les choses vont rapidement se gâter pour Justin car chassez le naturel, il revient au galop, la méchanceté humaine va reprendre le dessus avec un supplice de torture inconnu au bataillon mais sacrément redoutable.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Le tirailleur de l’armée coloniale, héros positif des boissons chocolatées Banania, marque crée en 1915.

J’ai beaucoup apprécié le rôle de Basile, le tirailleur sénégalais qui a été inventé par Eric Barbier. Interprété par Birane Ba, pensionnaire de la comédie française, Basile va permettre à Justin de se sortir de cette forme de candeur qui le place dans des situations dangereuses et absurdes. J’étais ravie de retrouver cet acteur fantastique dont j’avais découvert le jeu dans le film Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry.

Il y a une référence au fameux slogan raciste « Y’a bon Banania » dans le film. Grâce à Justin le juste, j’ai appris que Banania est une marque de cacao qui a rapidement conquis les foyers français à sa création en 1915 grâce à son logo clairement identifiable : un tirailleur sénégalais souriant avec son bonnet rouge typique sur fond jaune qui rappelle les bananes.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Personnellement, je trouve que le tirailleur sénégalais est un héros positif et que cette marque que j’ai vu partout autour de moi, m’a même donné une leçon d’Histoire. Banania montre les tirailleurs coloniaux dont on parle très peu dans les manuels d’Histoire. Il a fallu le film Indigènes, présenté au festival de Cannes en 2006 pour que l’Etat français paye enfin les pensions des soldats des anciennes colonies françaises.

La presse écrite, le quatrième pouvoir d’une démocratie.

J’ai voulu voir ce film car il raconte une superbe rencontre. Un homme peu éduqué avec une élocution spéciale et un vocabulaire qui détonne, rencontre une femme journaliste, Marie Barratier, qui travaille pour le Canard enchaîné, un tout nouveau journal né en 1915 qui se distingue de la censure par sa liberté d’informer.

Ces deux personnages vont s’apprivoiser et se faire confiance afin de faire éclater la vérité auprès de l’opinion publique. C’est un beau film qui valorise l’action politique des députés et celle de la presse écrite comme quatrième pouvoir. Je travaille dans une rédaction qui existe depuis quatre-vingt ans, ce film m’a galvanisée et confortée dans mes convictions que la presse sert à dénoncer injustices et combattre les abus de pouvoir. Alexandra Lamy a expliqué dans le dossier de presse du film s’être beaucoup inspirée de Lee Miller, reporter de guerre iconique.

Le film Justin le juste évoque la censure dans les journaux, la manière dont l’opinion publique était manipulée pour accepter les exécutions de soldats dissidents ou déserteurs.

Un long dimanche de fiançailles, le roman de Sébastien Japrisot, adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet, raconte comment cinq condamnés à mort ont été envoyés au casse-pipe par dessus la tranchée pour les punir d’avoir désobéi en les abandonnant, totalement désarmés face à l’ennemi.

La dernière partie du film est la plus intéressante. Comme Basile et Justin sont des frères d’armes, Justin va réaliser un acte héroïque pour sauver son ami mais sa désobéissance envers les hauts gradés de l’armée va être sévèrement réprimée.

Sans divulgâcher l’issue du film, Justin et Basile vont prendre en otage tout le personnel de mairie d’un village car ils n’ont pas eu le choix pour sauver leur peau. Il faut dire qu’ils ont à leurs trousses un officier totalement fou furieux joué par Thierry Hancisse, un acteur brillant que je ne connaissais pas. Pendant la dernière partie du film, je me suis souvent répétée : « Heureusement que ce n’est pas une histoire vraie« .

J’ai fermé les yeux pendant les scènes de guerre dans les tranchées, quand cela canardait sec. Il faut dire que la même semaine, j’ai retrouvé le livret militaire de mon arrière grand père ardéchois Régis qui a combattu à Verdun. Le film a souligné au générique, que 45% des soldats engagés pendant la Grande guerre étaient des agriculteurs, mais aussi 7% de soldats indigènes.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Je vous recommande ce film authentique porté par d’excellents acteurs : Alban Ivanov, Alexandra Lamy, Birane Ba, Thierry Hancisse… qui apporte une réflexion utile sur la guerre et la patrie actuellement.

Retrouvez ici mes précédents articles consacrés aux adaptations littéraires : du livre à l’écran.

BD & romans graphiques

Blanche, une victorieuse : évangéliser le Paris de la Belle époque quand on vous prend pour une grenouille de bénitier.

J’aime passionnément les biopics et les romans graphiques de longue date. Comme plus de 500 000 lecteurs, j’avais apprécié le roman de Laetitia Colombani publié en 2019 par Grasset : Les victorieuses.

La valeur ajoutée de ce nouveau projet : un roman graphique Blanche, une victorieuse qui parait le 2 octobre aux éditions Biblio, c’est ce magnifique dossier iconographique qui retrace l’histoire de l’Armée du salut et du Palais de la femme qui fête son centenaire en 2026.

Le résumé :

À travers ce roman graphique de 125 planches, plongez au cœur du destin exceptionnel de Blanche Peyron, figure majeure de l’Armée du Salut et fondatrice du Palais de la Femme.

Dans le Paris de la Belle Époque, tandis que l’Europe célèbre le progrès, l’essor des sciences, des arts et de l’industrie, la pauvreté et les inégalités atteignent des sommets. Derrière les façades brillantes de la modernité, des milliers de femmes et d’enfants vivent dans une extrême précarité.

C’est dans ce contexte que naît la vocation de Blanche Peyron. Femme de conviction, portée par une foi profonde et une énergie hors du commun, elle choisit de consacrer sa vie aux plus vulnérables. Son engagement la conduit à rejoindre les pionniers de l’Armée du Salut et à participer à la création d’une œuvre sociale fondatrice : le Palais de la Femme, lieu d’accueil, de protection et de reconstruction pour les femmes en difficulté.

À la fois fresque historique, portrait de femme et récit d’engagement, cet ouvrage rend hommage à une personnalité visionnaire dont le combat résonne encore aujourd’hui. Il aborde avec force des thématiques profondément actuelles : égalité femmes-hommes, lutte contre la précarité, solidarité, accueil des femmes vulnérables et fraternité sociale.

Dans la lignée de l’émotion suscitée par Les Victorieuses de Laetitia Colombani, ce livre propose une immersion sensible dans une histoire vraie, inspirante et profondément humaine.

Un ouvrage qui éclaire le passé pour mieux interroger les combats du présent.

Mon avis :

Au fil des premières pages, je reconnais que j’ai eu du mal à m’attacher aux physionomies un peu sommaires des personnages en particulier, le visage de l’héroïne durant son enfance en Suisse. Mais cela s’est amélioré par la suite.

La référence à la Goulue, une danseuse de cabaret de Montmartre peinte par Toulouse Lautrec.

Le dessin est beaucoup plus précis pour illustrer l’architecture des immeubles haussmanniens de Paris et ses références artistiques du derniers tiers du 19eme siècle vers 1870. J’ai beaucoup aimé la manière dont des tableaux très connus de l’impressionisme, des pièces de monnaie ou alors des gravures sociétales s’intégraient si bien dans le scénario de ce roman graphique.

Je lis beaucoup de romans graphiques et je n’avais jamais vu une telle prouesse aussi originale. Les colonnes Morris, l’enseigne du chat noir exposée au musée Carnavalet, le cabaret de l’enfer photographié par Doisneau, on les connait tous. Mais c’est un vrai plaisir de les retrouver au fil de sa lecture.

Les uniformes des femmes soldats de l’armée du Salut sont bien réussies avec leurs chapeaux à rubans rouges. On les identifie bien parmi la faune de personnages hargneux, édentés, dont les visages déformés par la haine et l’anticléricalisme sont effrayants. La violence à laquelle ont été exposées Blanche Peyron et ses comparses est représentée de manière réaliste et authentique.

Ce que j’aime dans les romans graphiques, c’est spécifiquement le dossier iconographique qui approfondit le sujet avec des images d’archives, des cartes…Celui -ci est très documenté et prend appui sur les analyses d’historiens du protestantisme et de l’action sociale.

Nul besoin d’être familier du protestantisme pour être touché par l’action sociale de l’Armée du salut dans notre pays. Au moment de l’Avent 2025, j’ai été touchée par les témoignages de foi chrétienne des bénéficiaires de l’Armée du salut dans les premières pages du Nouvel Observateur.

Pour la petite histoire, j’ai été l’assistante commerciale et administrative des éditions Bibli’o pendant trois ans. On organisait tous les deux mois des séminaires des nouveautés à paraître en librairies religieuses et généralistes. C’est une émotion toute particulière de voir ce roman graphique publié après de nombreuses années de recherches éditoriales et iconographiques de la part de la scénariste Marie-Laure Marshall, du dessinateur Christophe Girard et de l’éditrice Coraline Fouquet.

Blanche, une victorieuse, écrit par Marie Laure Marshall, dessiné par Christophe Girard, Editions Biblio, 25€, 144 pages, parution le 2 octobre.

Retrouvez ici d’autres chroniques de livres publiés par les éditions Bibli’o :

– Deux pieds en Afrique, roman graphique de Manior

– Rendez-vous au puits

– Côte à côte, quand hommes et femmes cheminent ensemble

Blogs, podcasts et applications numériques·Sociologie

Bonheur comme une digue face aux tempêtes de la vie

Passionnée d’anthropologie et de sociologie depuis le lycée, j’ai lu Bonheur de la photojournaliste Stéfania Rousselle, publié par Actes Sud. Il s’agit d’une trentaine de portraits d’hommes et de femmes rencontrés entre janvier 2022 et juin 2025. Ils ont tous été publiés dans la série Le p’tit bonheur du journal Le Monde.

Le résumé :

Quatre ans après avoir abordé des gens au hasard pour leur demander “C’est quoi l’amour ?”, la journaliste Stefania Rousselle revient avec une nouvelle question, simple et vertigineuse…
Quand son père meurt du covid, Stefania veut savoir comment va son voisin, son voisin à lui et ainsi de suite. Elle prend alors la route et, dans sa nouvelle chronique pour Le Monde, elle demande aux Français et aux Françaises : “Êtes-vous heureux·se ?” Au fil de ces récits, elle dresse un tableau vivant de la France d’aujourd’hui – lucide, tendre, souvent dur, mais toujours profondément humain.
Alors c’est quoi le bonheur, leur p’tit bonheur ? On trouvera dans ces pages une infinité de réponses.

Bonheur, textes et photographies de Stéfania Rousselle, 232 pages, Actes Sud, à paraître le 7 octobre 2026,9782330226961, 28€

Mon avis :

C’est curieux mais j’ai été heureuse de retrouver deux portraits que j’avais déja lu dans cette série du Monde : celui de Rawane, la jeune Grenobloise d’origine algérienne qui veut faire des études de médecine et celui du jeune chauffeur de taxi Valentin dans le Cantal.

Ce recueil compte une trentaine de portraits d’hommes et de femmes de tous horizons : le Pas de Calais, le Tarn, l’Isère… Ils ont entre dix-huit et soixante-quinze ans. Certains ont eu une vie heureuse, une ascension sociale possible grâce à leur dur labeur dès le plus jeune âge et un couple solide où l’on s’entraide sur le long terme. D’autres ont eu un parcours chaotique avec des ruptures familiales, économiques lourdes à porter dès le départ.

Plusieurs fois, j’ai laissé échappé un cri d’indignation en lisant qu’une petite jeune fille de quatorze ans n’a pas pu continuer le lycée alors qu’elle était brillante car sa mère l’a placée comme domestique dans une famille aisée pour ramener de l’argent. Cela se passait dans les années 1960/1970, c’était il y a cinquante, soixante ans et c’est révoltant.

Je pèse bien mes mots pour éviter la caricature ou tout impair condescendant. La plupart des personnes interviewées viennent des classes moyennes qui ont vécu dans la pauvreté à différents moments de leur vie et qui ont soulevé des montagnes pour ne pas y retomber. Parfois, il y a des rechutes : une phrase intolérable d’un parent qui renvoie à des vieux traumatismes, une lassitude envers un emploi qui n’a pas de sens ou qui n’est pas valorisé par la société.

Tout le monde ne combat pas avec les mêmes armes la rudesse de la vie

Le livre s’appelle Bonheur mais le quotidien est loin d’être rose pour bon nombre de ces portraits. Ce n’est pas un recueil que l’on lit d’une traite, il y a certains portraits plus longs et plus intenses qui ont suscité chez moi compassion et empathie. Cela m’a même donné une bonne leçon de vie. J’ai lu ce livre tout au long de la semaine et il m’a fallu une petite pause d’un jour ou deux pour « digérer » ces histoires.

Questionner ses contemporains sur les piliers d’une vie : l’amour, le bonheur

J’aime beaucoup l’approche de Stéfania Rousselle, journaliste et réalisatrice indépendante franco-américaine pour écouter et témoigner des vies des autres. Je pense qu’il faut avoir beaucoup de curiosité et d’empathie pour le genre humain pour réaliser d’aussi beaux livres. Dans une interview, elle disait qu’après avoir couvert de nombreux sujets extrêmement difficiles, elle avait eu envie de contrebalancer la cruauté du monde. Son précédent ouvrage Amour paru en 2022, a connu un beau succès.

Stefania Rousselle présentera son dernier livre Bonheur à la librairie L’arbre à lettres, 52 rue du faubourg Saint-Antoine, à Bastille, le jeudi 8 octobre à 18 heures.

Ce week-end, c’est le festival du journal Le monde avec des conférences animées par des journalistes de la rédaction de ce très beau journal, crée en 1944 par Hubert Beuve-Méry. Je vous recommande par exemple les rubriques Une époque et Intimités dans laquelle sont publiées les séries photographiques de Stéfania Rousselle.

Du livre à l'écran·Romans

Les petites robes noires, chronique de la construction de la féminité par la mode.

Adapté au cinéma en 2018 (disponible sur la plateforme Netflix), Les petites robes noires est un feel good booking écrit par Madeleine Saint James, publié par Albin Michel. Je connaissais déjà l’existence du livre mais je n’avais pas forcément accroché à cette histoire pour me lancer dans sa lecture. Comme souvent, les adaptations de livres au cinéma me donnent envie ensuite de lire le livre. J’en ai même fait une rubrique ici : Du livre à l’écran.

J’ai bien aimé regarder cette comédie feel good qui m’a fait du bien, elle m’a détendue des informations anxiogènes sur les incendies en Gironde, fin juillet. L’histoire se déroule dans un grand magasin de Sydney en 1959.

Le résumé :
Ce roman historique se déroule dans un grand magasin de Sydney en 1959. Il raconte le parcours de trois vendeuses du magasin : Fay, Patty et Lisa qui sont chacune à leur âge à un carrefour de leur vie. L’influence de Magda, une réfugiée slovène qui s’occupe des robes haute couture va s’avérer déterminante pour l’évolution personnelle de Lisa et de Fay en particulier.

Ce roman a été écrit par Madeleine Saint James, une romancière australienne qui a étudié dans les grandes universités anglaises. Après le succès de son premier roman Rupture et conséquences, elle a refusé que ses romans suivants soient traduits à l’étranger. Ce sera finalement fait après sa mort en 2006.

Le film est très fidèle au roman. On sent que l’auteure règle un peu ses comptes en définissant le mari de Patty Williams comme étant un con de manière assez arbitraire. Le personnage du père de Lisa est fort intéressant également. C’est un homme très nationaliste qui ne comprend pas très bien ce que sa fille irait faire à l’université. Mais mère et fille vont habilement le manœuvrer en douceur.

Comment une robe peut transformer l’allure d’une jeune fille et l’aider à devenir une femme?. Voila le message de ce film un peu frivole mais qui vous apportera une bonne détente bienvenue en ces temps anxiogènes.

Je me suis régalée avec ce film car il résume bien ce que la mode représente pour moi. Il y a une scène où Magda prête une ceinture à Lisa mais aussi un foulard, elle lui retire ses lunettes et la maquille discrètement. J’ai trouvé cette scène sacrément efficace car elle montre le pouvoir de la mode même la plus courante avec des accessoires pour transformer l’allure et la démarche d’une personne et lui donner de l’assurance.

J’ai regardé des tonnes d’épisodes de Nouveau look pour une nouvelle vie animée par Christina Cordula sur M6 avec mon amie Karine. J’aime tellement dépareiller un look pour ne pas avoir l’air uniforme. J’ai eu une mamie qui n’avait pas un gros budget vêtements mais qui s’arrangeait toujours pour trouver le petit collier en toc ou le sac qui va bien pour habiller un look.

L’impact de la mode dans le film Les petites robes noires

Il y a un autre moment clé du film particulièrement réussi. Lisa a une maman un peu nunuche mais qui va faire de sacrés efforts pour laisser sa fille unique voler de ses propres ailes. Elle est touchante car elle a du mal à se rendre compte que sa petite lycéenne est en train de devenir une femme surtout au contact de ses collègues du grand magasin. Elle lui confectionne des robes rose bonbon, terriblement enfantines, limites avec des smocks.

Alors que Lisa rêve d’une robe du rayon haute couture de Magda avec des modèles uniques sur mannequins. Magda cite Jacques Fath, Christian Dior comme des références à l’approche des sixties. Le New look fut une vraie révolution mode même en Australie.

Le titre du roman et donc du film fait référence à l’uniforme des vendeuses du grand magasin mais aussi à cet incontournable de toute femme : la petite robe noire dessinée par Coco Chanel dans les années 1920, c’est aussi le nom d’un parfum de Guerlain ou encore la tenue de scène d’Edith Piaf.

La jeune Lisa me rappelle un peu Eilis, la jeune femme irlandaise qui travaille dans un grand magasin à New York : Brooklyn, l’un de mes livres préférés.

Pourquoi Les petites robes noires est un feel good movie.

Je ne me suis pas attardée sur la belle histoire d’amour que vit Fay, l’une des trois vendeuses de l’histoire avec Rudy, un jeune réfugié hongrois rencontré au nouvel An chez Magda et son mari. C’est attendrissant, cette jeune femme qui n’attirait que les hommes rasoirs et volages se retrouve avec un homme amoureux qui veut s’engager avec elle.

La fin du film est assez ennuyeuse, je trouve la scène du repas assez loupée et peu intéressante mais ce fut quand même un bon moment de détente autour de la mode et de son pouvoir magique pour aider l’estime de soi d’une jeune femme.

Dans un prochain article, je vais expliquer point par point pourquoi Le diable s’habille en Prada est un film iconique où une jeune fille transforme aussi son allure et prend le dessus sur une manager toxique.

Ce que j’ai appris de la mode grâce aux marques de prêt à porter françaises.

Romans

La splendeur des Stockton, derrière les mondanités, la cage dorée du népotisme des beaux quartiers new-yorkais

Habituée aux romans d’été d’Elin Hilderbrand qui tournent en ridicule les riches nantis de Nantucket, je m’attendais à un roman un peu léger, un peu frivole, racontant par le menu les mondanités d’une riche famille new-yorkais du quartier huppé de Brooklyn heights.

La splendeur des Stockton, Jenny Jackson, 352 pages 9782386980428, 22€

Et bien non, c’est même un roman assez militant qui détaille tout un système économique et social peu réjouissant : le népotisme ou héritage dynastique qui conditionne et aliène les Américains de bonne famille dès leur plus jeune âge. Et ce n’est guère reluisant.

En lisant ce livre, je me réjouis d’être française, dans un système plus méritocratique et égalitaire où l’on peut quand même faire de bonnes études même si on ne naît pas avec une cuillère d’argent dans la bouche.

Le résumé :

Îlot imprenable au coeur des quartiers chics de New York, l’impressionnante demeure des Stockton semble indifférente au passage du temps. Symbole de l’âge d’or, elle incarne le prestige d’une certaine aristocratie, un héritage heureux et lourd à porter pour les nouvelles générations.
Entre soirées fastueuses, brunchs dominicaux et week-ends en bord de mer, les trois enfants Stockton tentent de composer avec le poids des traditions familiales, leurs propres désirs et l’effervescence de l’époque.
Darley, l’aînée, a renoncé à ses privilèges pour suivre son coeur. Georgiana, la cadette, partagée entre son emploi dans l’humanitaire et sa fortune, cherche sa voie (et le grand amour). Cord, le fils unique, accorde ses pas sur ceux de son père jusqu’à l’arrivée de Sasha. Entrepreneuse, issue d’un milieu modeste, celle que l’on surnomme  » la Croqueuse de diamants  » va bousculer les codes et redonner des couleurs à cette famille au charme un brin suranné !
Une comédie pleine d’esprit et d’ironie qui pétille comme des bulles de champagne.

Mon avis :

J’avais déja lu quelques articles où des grandes fortunes mondiales comme Bill Gates ou Mark Zuckerberg expliquaient qu’ils avaient pris des dispositions pour ne pas léguer toute leur fortune à leurs enfants afin de leur apprendre le sens du travail et du mérite et surtout de répartir de manière plus équitable les richesses mondiales par le biais de fondations philanthropiques.

J’ai aussi lu des témoignages d’héritiers encore plus courageux et responsables qui décidaient de renoncer à leur fortune qui pesait trop sur leurs épaules : réussir par ses propres moyens étant une source de satisfaction bien plus épanouissante que de marcher dans les pas de ses parents.

La comédie des Stockton : richesse, népotisme et quête d’identité

L’intrigue de ce roman est racontée selon le point de vue des deux filles de la famille : Darley et Georgiana ainsi que la belle-fille Sasha, qui vient de se marier avec l’héritier Stockton alors qu’elle vient d’un milieu plus modeste et aussi plus pragmatique.

« Sasha s’était d’abord imaginé que […] sa belle-famille l’accueillerait à bras ouvert. Or pas du tout. Sa famille à elle était à l’image d’un coin banquette dans un restaurant : on pouvait toujours se serrer pour faire de la place à quelqu’un. Celle de Cord était comme une table entourée de chaises, et ces chaises étaient vissées au sol« .

Les jeunes mariés occupent l’ancienne maison des beaux-parents, Chip et Tilda, sur Pineapple street et cela crée de savoureuses frictions familiales. C’est une famille qui a fait fortune dans l’immobilier de luxe à New-York grâce à son appartenance à la vieille bourgeoisie new-yorkaise : leurs ancêtres étaient les premiers colons anglais à s’installer aux Etats-Unis à bord du bateau Mayflower. Darley est mariée avec Malcolm, un jeune banquier d’origine coréenne qui ne vient pas du sérail mais qui a su faire fortune grâce à son expertise.

« Au lycée, Darley connaissait un groupe de filles avec lequelle elle déjeunait parfois quand ses copines étaient malades ou en voyage. On les appelait les « Rice Girls » parce qu’elles étaient blanches et restaient toujours agglutinées entre elles« .

Georgiana, la benjamine de la famille est le personnage le plus complexe de ce roman. D’abord immature et oisive, elle va considérablement évoluer au fil des pages du livre car elle va vivre un deuil terrible puis une histoire d’amour inattendue qui vont l’aider à trouver sa voie personnelle et son identité.

J’ai lu ce roman car je suis curieuse de la manière de vivre des new-yorkais à travers les séries : Gossip girl, Friends, Sex and the city, Une nounou d’enfer depuis toujours. Même si les séries ne sont pas du tout réalistes par rapport aux standards économiques et sociaux des personnages.

En septembre 2025, j’avais vu un film Matérialists qui m’avait fait froid dans le dos tellement c’était cynique. Il racontait le quotidien d’une chasseuse de têtes pour mariages entre-soi où hommes et femmes présentaient leurs atouts financiers non pas pour décrocher un crédit immobilier mais pour se marier. C’est une histoire vraie, pire, certains hommes très fortunés mais trop petits n’hésitent pas à subir une opération douloureuse pour allonger leurs tibias et ainsi être plus grands au bras d’une jolie femme très regardante sur le physique.

Ce roman est très intéressant car il m’a aidé à réaliser que l’éducation de ces enfants de milieux ultra privilégiés est codifiée et ne laisse aucune place à la liberté ni à la fantaisie.

Dans une scène du livre, Darley emmène ses deux enfants un peu turbulents à la piscine d’un club sportif privé. Le maître nageur les vire du bassin car ils s’éclaboussent un peu trop bruyamment, comme n’importe quels enfants. Leur mère est paniquée à l’idée que leur comportement un peu turbulent ne les conduise à être exclus de ce club sportif ultra-select. Les enfants riches n’ont pas le droit de faire des bombes dans le grand bassin ! Leur avenir en dépend !

Je vous recommande ce livre pour sa liberté de ton militante sur le népotisme et l’inégal partage des richesses aux Etats-Unis à l’heure où le président Donald Trump a annoncé la suppression de 90% des financements de l’USAID, pénalisant lourdement le continent africain.

Heureusement, qu’il y a des fondations privées comme celle de Georgiana Stockton dans la fiction, pour redistribuer les richesses de manière plus égalitaires dans le monde. Ou Dolly Parton, qui vient d’une famille très pauvre du Tennessee et qui a donné des millions de dollars pour lutter contre l’illettrisme. Merci Dolly !

Ile de France et Paris

Visite inoubliable au parc Astérix : un voyage dans l’Antiquité

J’ai été emballée par ma première visite au parc Astérix en famille, fin août pour fêter la fin de nos vacances d’été avant la rentrée scolaire.

Même si le beau temps n’était pas au rendez-vous et que je n’ai pas compris tout de suite pourquoi les boutiques vendaient des ponchos contre la pluie, le crachin picard ne nous pas empêché de passer un très bon moment dans le second parc d’attractions le plus visité de France (2 900 000 visiteurs en 2025), après Disneyland Paris (16 millions de visiteurs en 2025).

Plailly : la mise en abyme du village gaulois perdu au milieu de la forêt

Le parc Astérix se trouve dans l’Oise et non pas en Bretagne au bord de la mer mais il est entouré par une immense forêt dans lequel on peut se sentir un peu perdu. Mesurant plus d’une cinquantaine d’hectares auxquels on peut ajouter 29 hectares de parking, le parc Astérix se trouve en pleine nature alors que Disneyland est aussi une gare TGV et RER.

Visiblement d’après les articles de presse que j’ai lu dans Le Monde, ce n’est pas une tâche facile de recruter des saisonniers pour travailler au parc Astérix surtout si on n’est pas véhiculé.

Des univers géographiques qui racontent tellement bien l’Antiquité

Pendant que mon mari et ma fille de sept ans se sont rués comme la plupart des familles sur la nouvelle attraction Cétautomatix : des montagnes russes un peu effrayantes pour moi alors qu’accessibles aux enfants à partir d’un mètre, je suis allée me balader en Egypte.

J’ai adoré cet univers qui retrace tellement bien l’album Astérix et Cléopâtre publié en 1965 (cela ne nous rajeunit pas). En 2002, Alain Chabat en a fait une comédie iconique qui a séduit plus de vingt millions de spectateurs en Europe.

Le parc Astérix a su mettre en valeur les personnages les plus secondaires des albums comme un restaurant à l’effigie du goûteur de Cléopâtre soigné par Panoramix ou alors un sbire d’Amonbofils à l’honneur du manège SOS tournevis…

La descente du Nil est un manège très fun à faire avec des bouées. Je vous recommande aussi les balançoires volantes et SOS Tournevis. J’ai bien regretté de ne pas avoir eu l’occasion de faire un selfie sur le trône de la reine d’Egypte ni de voir le spectacle Les offrandes de Cléopâtre mais il s’est mis à pleuvoir. Les décorateurs sont vraiment doués, j’ai vraiment retrouvé mes émotions de lecture face aux albums. Chapeau les gars !

Un parc d’attraction au service d’une œuvre littéraire et artistique patrimoniale : Astérix, la BD la plus vendue au monde ! Cocorico !

J’ai eu une bonne surprise au parc, je ne pensais pas que j’aimerai autant l’univers de la Grèce antique. C’était vraiment très bien décoré avec des jeux de mots autour de stations de métro parisiennes comme le Mont parnos…

Et surtout le lac artificiel avec toutes ces carpes et ces canards m’a éblouie !

Ce qui est très touchant au parc Astérix, c’est de voir les groupes d’amis, les membres d’une famille s’amuser autant ensemble dans les attractions. Je comprends que les amateurs de sensations fortes profitent tellement des attractions les plus sensationnelles : on sent la volonté du propriétaire d’innover et de marquer les esprits avec des manèges époustouflants comme le Discobole, Osiris ou Tonnerre de Zeus.

Une ambiance bon enfant très agréable à vivre

Dans une fête traditionnelle comme la foire du Trône, le moindre manège de cette qualité technique couterait en moyenne trente ou quarante euros, alors une cinquantaine d’euros pour du frisson illimité pendant une journée, le calcul est vite fait…

J’ai bien aimé l’attitude du personnel du parc en particulier la photographe et les hôtesses qui accueillaient et temporisaient la file d’attente des visiteurs qui voulaient une photo avec Astérix et Obélix devant la hutte de Panoramix. Ils prenaient le temps de faire de nombreuses photos et laissaient les familles faire leurs propres photos. Tout le monde était bienveillant au village d’Astérix, personne ne se battait comme c’est le cas dans les albums de BD.

J’ai beaucoup apprécié le mini-musée consacré à la création de la BD née en 1959 dans un HLM de Bobigny. Je vous recommande les tutoriels pour apprendre à dessiner les personnages de la BD sur le site internet.

La reconstitution du village gaulois au milieu du parc est très réussie : la chaumière de Panoramix pour poser avec Astérix et Obélix, le stand de poissons d’Ordralphabétix, la hutte d’Obélix qui dort dans son lit… J’ai eu envie de verser une petite larme de me trouver dans l’univers d’Astérix de mes souvenirs de lecture enfant, reconstitué ici grandeur nature.

Les produits dérivés du parc sont de qualité même si les prix n’étaient pas donnés. Je vais acheter mon petit mug Idéfix en seconde main bientôt . J’aime le parc Astérix car il est au service d’une œuvre littéraire patrimoniale cohérente alors que je sature des licences Disney pour des dessins animés divers et variés, à la qualité artistique aléatoire…

Enfin, j’ai beaucoup aimé le spectacle au théatre d’Assurancetourix qui s’appelait Du rififi dans la basse-cour avec un soldat romain infiltré dans le village gaulois.

Je n’avais pas envie de partir alors que le parc fermait ce jour là à 22 heures comme c’était l’été gaulois. Mais l’automne était déja bien installé en cette veille de rentrée des classes.

Je regrette de ne pas avoir eu le temps de faire l’animation 4D : Attention menhir ! car c’était une bonne alternative quand il pleut ou que vous êtes trempés après une attraction aquatique. Le parc a conçu des abris pour se sécher les vêtements.

Lors des 200 ans du groupe Hachette au palais Brogniart en mars 2026, j’avais assisté à une passionnante conférence qui présentait les secrets de fabrication du dernier album Astérix en Lusitanie animé par Céleste Surugue, le directeur général des éditions Albert-René et Fab Caro le scénariste.

Le directeur général a évoqué le lancement d’une série BD jeunesse autour d’Idéfix avec des chiens tout à fait modernes. J’ai parcouru un peu les albums dans l’une des boutiques du parc et je n’y crois pas du tout. Cela n’a aucun rapport avec l’œuvre de Goscinny et Uderzo, je ne retrouve pas du tout l’ADN d’Astérix lié à l’Antiquité et ses jeux de mots savoureux et anachroniques.

Les irréductibles gaulois face à l’impérialisme américain

Parc Astérix, tous les jours de 10 heures à 18 heures. A 30 km au nord de Paris, autoroute A1 direction Lille. Tarifs : de 49 à 56 € (parking 20€).Navettes 14€ aller-retour par personne depuis la gare routière de Roissy-Charles de Gaulle, terminal 1. www.parcasterix.fr.

Retrouvez ici tous mes précédents articles où je parle sans fin de ma passion pour Astérix depuis l’enfance.

Le coq portugais rencontre son homologue gaulois : que vaut le dernier Astérix en Lusitanie ?

Le mystère Cléopâtre, pourquoi cette reine nous parait si familière, 2000 ans plus tard

Astérix, l’éternelle locomotive de l’édition française

René Goscinny, un génie créatif au delà du rire

Romans

Les secrets de cuisine de Mrs Quinn : Une pâtisserie au bon goût de nostalgie

Comme je l’ai déja indiqué ici, je scrute avec attention les parutions de printemps de littérature française et anglo-saxonne des éditions des Escales. Cette année, j’ai lu quatre livres des Escales, tous des coups de coeur : Donut girl de Lauriane Bordenave, Le plus bel été d’Elin Hilderbrand, La splendeur des Stockton et Les secrets de cuisine de Mrs Quinn !

J’ai passé un très bon moment avec ce premier roman : Les secrets de cuisine de Mrs Quinn car il mêle différents thèmes : dans le cadre d’un concours de pâtisserie en Angleterre, une femme d’un certain âge va se confronter à ses rêves et affronter les secrets du passé avec un courage et une détermination qui l’étonneront elle-même. Assister à la mue d’un personnage principal pétri par ses peurs et ses doutes est un vrai plaisir de lecture.

« Pendant un instant, l’avenir ne lui parut plus être une destination redoutée, un lieu ne promettant que vieillesse et disparition, mais au contraire un espace porteur d’espoir et de possibles. C’était devenu un endroit qu’elle désirait connaître…« .

Le résumé :

Les secrets de cuisine de Mrs Quinn, Olivia Ford, traduit par Emmanuelle Aronson, 9782365699082, 22€50, 400 pages.

Un roman délicieux et réconfortant qui célèbre l’amour à travers le temps et qui prouve que les rêves peuvent se réaliser à tout moment.

Jenny a 77 ans, un mari aimant… et un rêve à réaliser. Passionnée de pâtisserie, elle envoie en secret sa candidature à une émission culinaire populaire. Et elle est retenue !
Devant les caméras, Jenny prend son envol. Mais le stress de la compétition réveille des souvenirs enfouis. Des biscuits au chocolat garnis de meringue italienne lui rappellent une alliance qui n’était pas la sienne, et un simple pain de campagne le moment précis où sa vie a basculé pour toujours…
Avec le passé qui s’invite dans le présent et sa célébrité grandissante, Jenny peine à contenir un secret vieux de plusieurs décennies et qui menace aujourd’hui les fondations mêmes de son mariage. En se plaçant sous les feux de la rampe, Jenny a-t-elle créé la recette d’un désastre ?

Mon avis :

J’ai voulu lire ce premier roman qui me rappelait beaucoup Julie and Julia, 2005, un film que j’affectionne énormément avec Meryl Streep, Stanley Tucci et Amy Adams. Il raconte le défi d’une blogueuse culinaire new-yorkaise qui se lance à réaliser les recettes de Julia Child, une célèbre cuisinière qui avait sa propre émission de télévision dans les années 1960 aux Etats-Unis.

J’ai trouvé de nombreuses similitudes entre Julia Child et Jenny Quinn, l’héroïne de ce roman : elles n’ont pas élevé d’enfant, leur mari dans la force de l’âge fut un soutien inconditionnel à leurs projets face à leurs doutes, et enfin elles ont toutes les deux réussi un exploit personnel qui les a transformé en tant que femmes grâce à la cuisine.

Un réseau de personnages attachants qui gravitent autour de Jenny

J’ai particulièrement aimé ce roman parce qu’il décrit avec justesse et tendresse le quotidien d’un couple âgé qui n’a pas accueilli d’enfant sous son toit. Jenny et Bernard jouent un peu le rôle de grands-parents de substitution pour les enfants de leur nièce Rose, Poppy et Max. Mais on perçoit ce décalage social avec leurs voisins Ann et Fred qui ont leur âge et de nombreux petits-enfants.

Ce couple de voisins est savoureux à lire dans ses maladresses et surtout les reparties de la voisine Ann. Elle est pleine de bonne volonté mais elle manque parfois de tact avec Jenny et on sent une forme de comparaison entre les deux femmes, fort intéressante à cerner pour comprendre les richesses et les lacunes humaines.

Jenny va également rencontrer des personnes marquantes lors du concours de pâtisserie, Carys, la productrice de l’émission qui va avoir un coup de coeur pour elle et surtout Azeez, l’un de ses concurrents du concours qui est bien plus jeune qu’elle et qui va aider Jenny à « accoucher » d’un secret qui la tourmente depuis plus de cinquante ans.

Des recettes de pâtisseries qui convoquent des souvenirs du passé.

Les secrets de Mrs Quinn, c’est un gros pavé de 400 pages comme je les affectionne. La narration se structure en trente-quatre chapitres qui portent le titre d’une recette de cuisine. Chaque recette de cuisine rappelle un souvenir de Jenny plus ou moins récent, heureux ou malheureux. Tout au long du roman, on observe à chaque chapitre une alternance entre le passé de Jenny signifié en italique au début du chapitre puis sa vie quotidienne pendant sa participation au concours Passion pâtisserie.

Ce procédé est particulièrement efficace surtout pour un premier roman. Olivia Ford est une productrice de télévision qui habite à Londres, elle a su décrire avec brio un environnement familier pour elle : le concours de pâtisserie, de la télé-réalité bienveillante et familiale décliné dans tous les pays. On s’attendrait même à voir surgir Mercotte et Cyril Lignac, de l’émission Le meilleur pâtissier sur M6.

Les secrets de Mrs Quinn est un excellent feel good roman car il raconte l’intimité affective d’un couple âgé, à l’automne de sa vie.

La douceur des pâtisseries, le meilleur des remèdes face aux traumatismes du passé.

Jenny a perdu sa mère jeune et elle a dû supporter le caractère difficile de sa tante qui s’est occupée d’elle en essayant de remplacer sa mère de façon très maladroite : elle portait même l’un des cardigans de la défunte. Jenny travaillait dans un boutique alors qu’elle était au lycée et elle est tombée sous le charme d’un beau parleur qui l’a mené tout droit à la chambre à coucher alors qu’il était marié.

La manière dont il accueille la nouvelle de sa grossesse surprise est écœurante : il lui fait bien comprendre qu’elle a fait une sacrée erreur tout en la laissant lâchement tomber.

Jenny va se retrouver dans un pensionnat pour filles-mères totalement inhospitalier quelques mois le temps de préparer le trousseau pour son futur bébé et d’y accoucher sans aucun accompagnement humain de la part du personnel de ce pensionnat. Pire, on évitait de soulager leur douleur quand il était possible de le faire comme pour les « punir » de leur « faute ». Personne ne cherchait à blâmer celui qui était aussi à l’origine d’une naissance et qui n’avait pas assumé ses responsabilités. Olivia Ford a mis en lumière avec ce roman la situation de 185 000 filles mères qui vécurent ce traumatisme en Angleterre et au Pays de Galles entre 1949 et 1976.

Enfin, j’ai passé un excellent moment de lecture cet été grâce à ce beau roman qui m’a un peu réconciliée avec la télé-réalité quand elle prône de bons sentiments conviviaux. Il s’agit d’un très beau portrait de femme et plus largement d’une belle vision de l’amour quand le couple vieillit ensemble après cinquante ans de mariage.

« Je dirais que ma véritable réussite, c’est mon union avec mon mari Bernard – nous célébrons cette année nos noces de diamant et je l’aime de tout mon cœur. Cependant, alors qu’il s’achemine dignement vers le crépuscule de sa vie, j’ai commencé à me demander ce que j’avais accompli. Quand l’heure sonnera, que laisserai-je derrière moi sur cette terre ? Rien, sinon peut-être quelques recettes dans le placard de ma cuisine « .

Extrait du livre Les secrets de cuisine de Mrs Quinn.

Une liste de tous les romans et les films que j’aime qui se déroulent en Angleterre :

La dernière conquête du major Pettigrew, tomber amoureux à n’importe quel âge

Rendez-vous ici, comment une randonnée boueuse fait éclore une histoire d’amour.

Musique

Renaud, le poète de la paternité, monument de la chanson française.

C’est une surprise, je pensais pas du tout à Renaud pour un nouvel épisode de Toute la musique que j’aime, une série d’articles dédiée à la chanson française. Mais un poignant documentaire m’a rappelé de beaux souvenirs d’adolescence dans les années 2000.

La fille du chanteur Renaud, Lolita Séchan, est à l’initiative d’un documentaire poignant Renaud à coeur perdu, co-écrit avec Tancrède Ramonet, qui parle pour la première fois de sa santé mentale avec justesse et précision.

Renaud a composé vingt-six albums vendus à 20 millions d’exemplaires dont le fameux album Boucan d’enfer en 2002 qui raconte sa renaissance artistique et personnelle. Il est de notoriété publique que l’alcool handicape beaucoup sa carrière mais cet homme sensible et authentique a aussi été fragilisé par des secrets de famille et une paranoïa terrible à vivre pour ses proches.

Ce documentaire m’a scotché tellement c’était beau et passionnant. J’avais déjà eu des frissons d’émotions en regardant de courts extraits du documentaire : quand son ex-femme Dominique Quilichini explique la genèse de Mistral gagnant, la chanson préférée des Français. Ou encore celle de l’une de ses plus belles chansons En cloque.

Un documentaire unique d’un artiste incontournable de la chanson française.

Renaud est l’un de mes chanteurs préférés car il est auteur-compositeur comme Charles Aznavour et surtout je suis émue par l’amour qu’il traduit à ses enfants en chansons. Mistral gagnant est la plus belle chanson du répertoire français selon moi.

Forcément, je vais encore vous parler de Mamie Annette, ma fameuse grand-mère qui m’a inculqué l’amour de la chanson française. Ses goûts personnels sont ma principale inspiration pour cette rubrique Toute la musique que j’aime.

Je connaissais très mal Renaud car mes parents ne nous faisaient pas forcément écouter ses chansons : eux, ils aimaient plutôt Jacques Higelin, Julien Clerc ou encore Johnny Clegg. J’ai découvert Renaud en 2002 avec le fameux disque de se renaissance personnelle : Boucan d’enfer, annoncé lors de la grande messe dominicale suivie chaque semaine à la maison : Vivement dimanche de Michel Drucker.

Mamie était dithyrambique du retour courageux de Renaud sur scène, car c’était le symbole d’une âpre victoire contre l’alcool. Revoir la captation télé de Renaud et Axelle Red qui chantent Manhattan-Kaboul à Vivement dimanche m’a donné la chair de poule car cela m’a rappelé de bons souvenirs de mon adolescence.

Mamie s’est empressée d’aller l’applaudir au Zénith de Rouen, cela m’a un peu étonnée car les opinions politiques de ma grand-mère étaient plutôt de droite. grâce à ce documentaire, j’ai mesuré à quel point Renaud était populaire dans les années 1970/1980. Il se définit lui même comme un chanteur énervant pour son engagement politique à gauche toute.

Tout est logique dans son parcours : une maman ouvrière d’usine, un grand-père du Nord de la France syndicaliste, une jeunesse sur les barricades de Mai 1968 à occuper la Sorbonne.
En 1993, Renaud joue un mineur Etienne Lantier dans la fresque historique Germinal d’Emile Zola, film réalisé par Claude Berri avec Gérard Depardieu et Miou-Miou. Cela va lui permettre de renouer avec racines. Il composera même par la suite un album avec des chansons traditionnelles en ch’ti. Germinal, c’est vraiment le film qui le définit le mieux : on sent que la révolte est dans les gènes de la famille Séchan.

Contrairement à son ami Coluche, la carrière cinématographique de Renaud sera par la suite en pointillés.

J’avais déjà vu un épisode d’Un jour, une histoire consacré à Renaud. Mais la richesse de ce nouveau documentaire est d’avoir été conçu par ses plus proches : sa fille Lolita qui est aussi sa manager a ouvert des archives totalement inédites au réalisateur. Son cercle le plus proche : son frère, son ex-femme, ses meilleurs amis racontent leur Renaud.

Une histoire familiale lourde de sens.

C’est la première fois qu’ on parle de la santé mentale du chanteur de manière aussi précise. On y apprend que Renaud souffre de paranoïa depuis un voyage à Cuba en 1985 qui a été fort néfaste pour son équilibre psychique. Le documentaire raconte aussi son enfance quand une bombe de l’OAS a neutralisé un appartement de son immeuble.

Renaud est né en 1952 dans une famille nombreuse et recomposée. Son père a perdu sa première famille dans un bombardement de la seconde guerre mondiale, ce qui a donné lieu à de nombreux secrets de famille, lourds à vivre pour un enfant.
Le documentaire explique tres bien les rapports compliqués avec son père Olivier, qui était un intellectuel qui travaillait pour la radio collaborationniste Radio Paris. Tout au long de sa vie, Renaud a cherché à gagner la reconnaissance de son père à travers ses chansons.

Renaud, le poète de la paternité

C’est son rapport à la paternité qui m’émeut le plus dans son oeuvre. Renaud a deux enfants, Lolita née en 1980 et Malone né en 2006. Il a écrit plus d’une vingtaine de chansons qui font allusion à sa petite fille : Morgane de toi, Mistral gagnant…

Morgane de toi écrite en 1983 est une déclaration d’amour à sa fille qui a trois ans à l’époque. Morganer cela veut dire être mordu d’amour pour quelqu’un dans un vieil argot du 19eme siècle mais c’est aussi une expression manouche.

Y’a un mariole, il a au moins quatre ans
Y veut t’piquer ta pelle et ton seau
Ta couche-culotte avec les bombecs dedans
Lolita défends-toi fous-y un coup d’rateau dans l’dos.

Mistral gagnant, l’hymne à l’enfance à la fois personnel et universel.

En 1985, loin de sa famille, esseulé dans un studio d’enregistrement, il compose sa chanson la plus personnelle : Mistral gagnant, évocation d’une ancienne confiserie disparue.

Il cite des bonbons d’enfance : Cocoboer, Roudoudou, Car en sac et Mint’ho pour raconter sa mélancolie face au temps qui passe et que l’on ne peut rattraper. Parfois, Renaud a besoin de faire appel à la perspicacité de son entourage quand il doute. Sa femme menace alors de le quitter en plaisantant s’il ne l’enregistre pas. En 2015, un sondage a élu Mistral gagnant, chanson préférée des Français.

À m’asseoir sur un banc, cinq minutes, avec toi
Et regarder les gens, tant qu’y en a
Te parler du bon temps, qui est mort ou qui reviendra
En serrant dans ma main tes petits doigts

Pis donner à bouffer à des pigeons idiots
Leur filer des coups de pied pour de faux
Et entendre ton rire qui lézarde les murs
Qui sait surtout guérir mes blessures

Dès que le vent soufflera, 1983

« C’est pas l’homme qui prend la mer
C’est la mer qui prend l’homme »
Moi la mer elle m’a pris
Je m’souviens, un mardi

J’ai troqué mes santiag’
Et mon cuir un peu zone
contre une paire de dockside
Et un vieux ciré jaune
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Renaud souhaite s’évader sur les mers à l’instar d’Antoine et de Jacques Brel car sa notoriété lui pèse. Il se lance donc dans un tour du monde avec femme et enfant mais ce n’est pas un navigateur-né. Sa femme et sa fille souffrent souvent du mal de mer.

Mais cette expérience va lui permettre de créer l’une de ses plus belles chansons : Dès que le vent soufflera. Renaud est ami avec Dominique Lavanant, l’une des comédiennes de la troupe du Splendid.

C’est elle qui lui cite Joseph Kessel : « C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme« . Renaud s’est également inspiré de Santiano, d’Hugues Aufray, l’une de ses idoles avec Bob Dylan. J’aime beaucoup cette chanson car elle est révélatrice de la gouaille de Renaud.

En 2003, la renaissance artistique de Renaud est étroitement liée au fait qu’il a retrouvé l’amour et qu’il va bientôt se remarier avec Romane Serda.

Docteur Renaud, mister Renard en 2002

Sur une mélodie blues rock, Renaud livre un texte plein d’auto-dérision où il raconte à la manière de Gainsbourg et Gainsbarre, qu’il vit lui aussi un rapport de forces intérieur entre des facettes contradictoires de sa personnalité.

Comme y a eu Gainsbourg et Gainsbarre
Y a le Renaud et le Renard
Le Renaud ne boit que de l’eau
Le Renard carbure au Ricard

Un côté blanc, un côté noir
Personne n’est tout moche ou tout beau
Moitié ange et moitié salaud
Et c’est ce que nous allons voir
Docteur Renaud, Mister Renard

La référence du titre de la chanson à Docteur Jekyll et mister Hyde est bien trouvée. Cette vérité authentique, pas forcément bien jojo a conquis le public : 2 millions de personnes en Europe ont acheté son album Boucan d’enfer, le record de sa carrière.

Et enfin, Manhattan/Kaboul en 2002.

Ce duo avec Axelle Red a été composé par Renaud à la suite des attentats à New-York du 11 septembre 2001. Elle a été récompensée par le prix de la chanson francophone de l’année aux Victoires de la musique 2003.

Axelle et Renaud donnent de leurs voix pour évoquer deux victimes collatérales de l’attentat : un Portoricain trader dans l’une des tours et une petite fille afghane tuée par les bombardements américains. Cette chanson a trouvé un écho dans la société française, traumatisée par cet attentat de masse si spectaculaire et la guerre qui en découla en Afghanistan par la suite.

Petit Portoricain
Bien intégré, quasiment New-Yorkais
Dans mon building, tout de verre et d’acier
Je prends mon job, un rail de coke, un café

Petite fille Afghane
De l’autre côté de la terre
Jamais entendu parler de Manhattan
Mon quotidien, c’est la misère et la guerre

Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant
Pulvérisés sur l’autel, de la violence éternelle

Renaud est un chanteur engagé depuis plus de cinquante ans, il a dédié une chanson à Ingrid Bettancourt, longtemps otage des FARC en Colombie.

Malgré sa voix de plus en plus affaiblie à cause d’un mauvais combo alcool et cigarettes, son public lui reste fidèle comme une belle histoire d’amour qui dure depuis plus de cinquante ans… Il chante avec lui pour l’encourager, il se rue acheter son disque Boucan d’enfer quand il renait de ses cendres tel un phénix..

Renaud est un artiste à part de la chanson française avec son look bien à lui : le bandana rouge sur blouson de cuir et surtout sa gouaille parisienne si spécifique : Renaud c’est tout un vocabulaire à part dans la chanson française.

Retrouvez ici les précédents articles de la série Toute la musique que j’aime.