Biographies et autobiographies·Romans

Donut girl, redonner le moral aux troupes avec des pâtisseries qui rappellaient le pays pendant la seconde guerre mondiale en Europe

Depuis quelques années, je suis avec attention les parutions romans de la maison d’édition Les escales. Ce printemps, j’ai repéré quatre romans parmi leurs nouveautés que j’ai envie de lire : Donut girl, Les secrets de cuisine de Mrs Smith, La splendeur des Stockton, et enfin Le plus bel été d’Elin Hilderbrand à paraître en juin.

Autant en littérature française qu’anglo-saxonne, j’aime leur sélection d’auteurs et les sujets qu’ils défendent alors que je suis très difficile pour choisir mes romans.

Je déteste les livres qui parlent de relations toxiques, de meurtres ou de trahisons, la société regorge de faits divers plus scabreux les uns que les autres. La littérature sert à nous évader avec de belles histoires romanesques.

En 2024, j’ai eu un vrai coup de coeur pour le roman La cuisinière des Kennedy écrit par Valérie Paturaud.

C’est l’histoire d’une femme Andrée Imbert, pupille de la Nation qui a cru en son don : la cuisine pour servir les plus belles tables de la bourgeoisie française avant de chouchouter la « famille royale » américaine : Les Kennedy avec ses bons petits plats français.

Ce roman historique a séduit plus de 100 000 lecteurs et a même donné naissance à un livre de recettes publié en 2025.

J’ai aimé ce livre car il s’appuie sur les archives d’une famille : des photos en noir et blanc, une correspondance riche et dense pour raconter ce destin extraordinaire et ce fossé gigantesque entre la gloire éclatante de cette famille branchée en Amérique et la ruralité dans laquelle vit la propre fille d’Andrée dans l’arrière pays drômois.

Alors, j’ai voulu lire Donut girl de Lauriane Bordenave.

C’est l’histoire d’une jeune femme américaine Jane qui s’engage au service de la Croix rouge américaine pour redonner le moral aux troupes à Londres qui s’entrainent pendant deux ans à débarquer sur le sol français pour gagner la guerre. Son rôle : distribuer des donuts et du café pour soutenir l’effort de guerre.

Le résumé :

Milwaukee, 1942. Les États-Unis viennent d’entrer en guerre. Jane Pearson, vingt-cinq ans, prend son courage à deux mains et s’engage dans la Croix-Rouge. Direction : Londres !
Là-bas, Jane et les autres volontaires ont pour mission de soutenir le moral des troupes américaines, jusqu’au Débarquement. Mais comment ? L’idée, pourtant simple, est brillante : en offrant aux soldats un peu de ce pays qui leur manque tant.
Voilà Jane et ses consoeurs chargées de sillonner les bases militaires pour distribuer du café, des cigarettes et… des donuts, qu’elles cuisinent elles-mêmes. Le succès est total, les soldats attendent les jeunes femmes avec impatience.
En pleine guerre, au coeur d’un Londres ravagé par les bombardements, Jane tissera des liens d’amitié profonds… et connaîtra le grand amour, qui la mènera jusqu’en France.

Ce roman a été écrit par Lauriane Bordenave, médecin et passionnée de littérature, elle vit à Paris. C’est à la suite d’une visite guidée en famille sur les plages du Débarquement qu’elle découvre l’histoire incroyable des  » donut girls ». Elle raconte cette anecdote en préambule de son roman.

Mon avis :

J’ai lu rapidement ce roman pendant le week-end de Pâques dans le train vers Cabourg. Le Calvados c’est la porte d’entrée vers les plages du Débarquement, on peut constater que les chars américains ont eu du mal à circuler à travers le bocage normand.

Donut girl raconte les trois années de guerre de Jane Pierson, un personnage fictif inspiré de la vie d’Elizabeth Ann Richardson, enterrée au cimetière américain de Colleville sur mer avec plus de 9000 hommes. Elle faisait partie des 250 femmes qui produisaient 8000 beignets par jour sur les lignes de front.

J’ai aimé ce roman pour la force de ses descriptions : l’horreur du débarquement pour ces soldats qui ont été criblés de balles sur la plage quand ils ne sont pas morts noyés dans l’eau gelée en posant le pied sur le sol français. Le 6 juin au matin, ce n’était pas La grande vadrouille pour ces malheureux.

Lauriane Bordenave raconte aussi l’arrivée des résistants français à Londres comme François, le personnage français mystérieux dont Jane va tomber éperdument amoureuse. Ses compagnons vont composer à l’aide d’une musicienne russe Le chant des partisans et c’était très émouvant de lire la genèse de sa composition.

J’ai également beaucoup apprécié la complicité entre ces trois coéquipières Maggie, Jacqueline et Jane qui seront logées dans un premier temps chez une institutrice anglaise dans un Londres ravagé par les bombardements.

Dorothy va leur expliquer son expérience pour se réfugier dans l’abri au quotidien face aux bombardements. Les petits écoliers anglais étaient aussi formés à se rouler en boule sous leur pupitre pendant le Blitz. J’avais lu un roman historique de Bobby Millie Brown que j’avais chroniqué ici : Dix-neuf marches.

Donut girl est un roman historique qui m’a permis de mettre en lumière des faits de la seconde guerre mondiale que je connaissais déja mais sans faire de rapprochement. J’ai lu dans ma jeunesse La bicyclette bleue de Régine Desforges, une fresque romanesque de la Résistance française. J’ai pu faire le lien avec les résistants français qui ont rejoint Londres pour acquérir une formation militaire plus approfondie afin de débarquer en 1944 avec les troupes alliées et laver l’affront de 1940.

Impossible de ne pas penser également au film Messagères de guerre, sur la plateforme Netflix (2024) avec Kerry Washington dans le rôle du major Charity Adams. Son régiment de soldates afro-américaines a été chargé de trier des millions de lettres non acheminées aux familles de soldats aux Etats-Unis.

Ce régiment a été victime de ségrégation et de sexisme de la part des autorités dont il dépendait. Les trois postières qui ont été tuées dans un accident font partie des trois femmes qui reposent au cimetière de Colleville avec la donut girl.

Quand le donut revient en Europe dans les valises des GI’s américains.

Le donut américain a été importé des Pays-Bas par les colons européens au 17eme siècle. C’est un dérivé du beignet mais il est de forme torique. Durant la première guerre mondiale, deux officières de l’Armée du Salut ont eu l’idée de confectionner ces pâtisseries pour redonner le moral aux militaires mais dans des quantités et une logistique bien moindre que celle développée par la Croix rouge à partir de 1943. L’armée du salut a été pionnière dans la mise en place d’une journée nationale du donut chaque premier vendredi de juin aux Etats-Unis.

Le donut est une institution aux Etats-Unis qui s’est industrialisée à partir des années 1950.

Un roman historique qui renforce l’amitié franco-américaine bien malmenée en 2026

Même si ce texte a des faiblesses (un déroulé chronologique sans relief, le portrait d’une jeune donut girl), je vous recommande cette lecture pour la force de ses descriptions et les faits historiques que ce roman met en lumière. D’une grande finesse psychologique, il montre la rudesse des conditions matérielles dans lesquelles ont vécu hommes et femmes de l’armée américaine et comment l’horreur de la guerre peut faire vriller chacun d’entre nous.

Les précédents romans que j’ai lu, publiés par les éditions Les escales.

Un été à Nantucket, entre conquête spatiale et guerre du Vietnam vécu par quatre femmes d’une même famille.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, le récit d’un miracle grâce à la foi d’une maman déterminée.

Traverser les montagnes et venir naître ici, un roman difficile à lire mais incontournable.

Biographies et autobiographies·Sociologie

Et la joie de vivre : cette autobiographie thérapeutique que j’ai failli abandonner de lire.

Le 17 février dernier, est paru en librairies l’ouvrage le plus attendu de l’année : l’autobiographie de Gisèle Pélicot, cette femme courageuse et vaillante, qui a décidé que la honte allait changer de camp lors d’un procès retentissant qui a marqué l’année 2025.

J’ai acheté l’autobiographie de Gisèle Pelicot par solidarité féminine : la soutenir financièrement par mon achat. J’ai suivi attentivement le procès des viols de Mazan, j’ai même lu l’autobiographie de l’avocate de la défense : Défendre l’indéfendable écrit par Béatrice Zavarro cet automne. Ces deux autobiographies m’ont brassée et même causé des nuits tourmentées.

Il est facile voire même tentant de qualifier Dominique Pélicot et ses suiveurs de monstres car ils se sont livrés à des actes monstrueux et abominables. Mais c’est toute la société qui doit s’examiner et prendre conscience de ses dérives, de ses silences complices quand elle ne protège pas des enfants.

La plaidorie de Maître Zavarro explique que Dominique Pelicot a assisté à des scènes insoutenables. Son père humiliait et violait à répétitions sa mère sans s’en cacher.

Son père forcera même une jeune femme handicapée qu’il avait adopté à se mettre en couple avec lui. Dominique Pelicot s’est longtemps révolté contre les abus de son père mais il reproduira ce schéma déviant en soumettant chimiquement sa femme Gisèle à des viols en réunion insoutenables et dégradants.

On connaît ce fait divers hautement médiatisé pourtant on ne s’habitue pas à la sauvagerie. Surtout quand c’est la victime qui la raconte. Les chapitres qui expliquent la déflagration de la cellule familiale suite à cette scabreuse découverte m’ ont fait très mal au coeur pour sa famille et ses amis.

Mais j’avais vraiment envie de faire connaissance avec cette Gisèle. Il faut louer le superbe travail d’écriture de Judith Perrignon pour retracer son parcours, celui d’une femme de la classe moyenne née dans les années 1950.

Elle a perdu sa maman très jeune à neuf ans et son foyer familial a été fragilisé par l’arrivée d’une belle-mère d’une grande acidité verbale. Sans doute, Gisèle Pélicot qu’elle s’est précipitée dans les bras de Dominique Pélicot à cause de l’insécurité affective instaurée par cette femme dépourvue d’amour.

La force de Gisèle Pélicot est de vouloir garder mémoire de ses belles années avec Dominique Pélicot malgré sa trahison indéfendable.

C’est un beau portrait de femme ordinaire qui a pris une décision extraordinaire avec des valeurs et des positionnements moraux courageux. Certains demeurés semblent penser que le nom Pélicot est devenue une machine à cash.

Et bien tant mieux si Gisèle gagne beaucoup d’argent avec l’a-valoir de son éditeur et les traductions de son livre dans vingt-deux pays. En plus des sévices physiques et psychologiques, Dominique Pelicot lui a laissé un bon petit dossier de surendettement à assumer.

Le livre de Gisèle Pélicot, c’est une thérapie collective dans un pays abasourdi par ce fait-divers. La première prise de parole de Gisèle Pélicot avec sa co-autrice Judith Perrignon m’a beaucoup émue. Augustin Trapenard, le présentateur de la Grande librairie a mené cet entretien avec grâce et dignité.

Un grand moment de télévision très solennel à La grande librairie

Il y avait une sorte de solennité collective à écouter cette femme qui parle tellement bien de son vécu en toute humilité, avec responsabilité mais sans aigreur. Elle est bien plus forte et puissante que ces 51 accusés qui l’ont méprisée, aidés lamentablement par leurs avocats qui ont cherché à les dédouaner de la façon la plus lâche et la plus lamentable alors que les vidéos les accablaient.

J’ai regardé l’interview de Gisèle dans les émissions Hugo décrypte et Quotidien. J’ai été très touchée par l’émotion contagieuse des journalistes Hugo Travers et Ambre Chalumeau qui étaient en totale empathie manifeste avec elle. Ce n’était pas du tout du buzz, c’était même rassurant pour notre société, cette empathie avec une femme qui a vécu une épreuve atroce qui suscite notre compassion. Je me suis dit que c’était ça aussi la fraternité dans notre pays.

Puis le livre est en train de vivre une aventure internationale puisqu’il a été traduit dans vingt-deux langues. Gisèle Pélicot a été reçue par le premier ministre espagnol qui l’a décorée. L’Espagne a envoyé un grand nombre de journalistes à Avignon pour le procès car notre voisin espagnol vit malheureusement un grand nombre de féminicides actuellement. Le Royaume-Uni a également réservé un accueil exceptionnel à Gisèle Pélicot : une audience avec Camilla d’Angleterre mais aussi une lecture des passages du livre par Kristin Scott-Thomas mais aussi Kate Winslet.

Le souhait d’une démarche restaurative pour Gisèle et sa famille meurtrie

Enfin, je souhaite à la famille Pélicot guérison et justice restaurative à l’image du film Je verrai toujours vos visages. Il est répété à plusieurs passages du livre que Gisèle Pélicot et ses enfants veulent se rendre à la prison des Baumettes à Marseille pour obtenir auprès du patriarche déchu, les réponses aux questions qui les hantent depuis 2020.

C’est d’ailleurs la conclusion du livre Et la joie de vivre. Merci Gisèle de montrer que ce n’est pas aux victimes de courber l’échine !

Biographies et autobiographies

Une voix familière parmi les grands reporters !

En janvier, j’ai eu la grande chance de rencontrer Maryse Burgot venue à la rédaction de La Vie pour une interview vidéo à l’occasion de la sortie de son autobiographie : Loin de chez moi, Grand reporter et fille de paysans qui vient de paraître en livre de poche.

Elle a eu la gentillesse de me dédicacer mon livre et j’ai pu échanger quelques instants avec elle. D’une voix un peu gagnée par l’émotion, j’ai eu l’occasion de lui dire qu’elle était une voix familière pour moi depuis mes treize ans quand je regardais le journal télévisé avec ma mère.

Je me souviens quand elle avait été otage sur l’île de Jolo en Indonésie, j’admire le courage dont elle avait fait preuve. La voir continuer son métier une fois libérée m’a encouragée sur le fait que les oppresseurs perdent toujours à un moment donné comme pour Ingrid Bettencourt.

Je pense que Maryse Burgot est une voix familière pour bon nombre de Français depuis plus de 30 ans et j’apprécie d’entendre sa voix pour nous témoigner de la situation politique en Ukraine actuellement.

Loin de chez moi, Grand reporter et fille de paysans, Maryse Burgot, prix de l’autobiographie, 312 pages, 9782253254034, 8,90 €

Récemment, j’ai vu passer sur les réseaux sociaux, ce reportage de France Info qui m’a émue tout particulièrement. Il s’agit du premier retour au pays (Haïti) de Jerry, un orphelin qui a été victime d’un tremblement de terre en 2010. Il était sérieusement blessé à la tête et il était en train d’agonir.

Maryse Burgot et son équipe ont participé à son sauvetage dans leur voiture de presse en lui donnant de l’eau avec une seringue. Seize ans plus tard, Maryse Burgot l’accompagne à la recherche de ses parents biologiques et de la directrice de l’orphelinat qui l’a recueilli. J’ai beaucoup aimé l’émotion et la pudeur de ce reportage car leurs caméras n’ont pas filmé cette rencontre tellement importante pour cette famille.

Le résumé :

«  Sur une route du Donbass, nous venons d’essuyer un tir d’obus. C’est un miracle que nous soyons en vie. Nous roulons, pied au plancher, pour échapper à une nouvelle attaque. Mon téléphone sonne. Il est dans la poche de mon gilet pare-balles. Impossible de ne pas répondre. C’est l’un de mes fils. Je décroche. Il s’agit d’un problème de cuisson de riz. J’explique ma méthode. Je ne parle pas trop fort, j’ai peur que les membres de mon équipe me prennent pour une folle. Mais ce soir, le riz sera bon à la maison.  »
 
Rien ne prédestinait Maryse Burgot, fille d’agriculteurs bretons, à sillonner le monde au péril de sa vie. Les directs et les reportages de cette évadée de son milieu d’origine sont, depuis les années 1990, des rendez-vous incontournables des téléspectateurs de France 2. Avec sa voix singulière et son approche de l’information, elle s’est définitivement installée dans nos salons le soir à 20  heures.

Des Balkans à l’Ukraine en passant par l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, Maryse Burgot a couvert les plus grands conflits de notre époque. Correspondante de France Télévisions à Londres, puis à Washington, pour concilier ses aspirations familiales et professionnelles, Maryse Burgot montre aussi l’espoir qui résiste au coeur des catastrophes et nous fait vivre le grand reportage dans son versant le plus noble.

Mon avis :

C’est une autobiographie très bien écrite par une figure du journalisme de terrain sur une grande chaîne de télévision nationale. Le premier chapitre raconte sa détention comme otage. J’ai été admirative de son authenticité à aborder cet aspect très désagréable de son parcours.

Maryse Burgot n’avait pas bien envie d’en reparler mais elle l’a fait par honnêteté envers ses lecteurs. Puis les chapitres suivants vont nous emmener en Ukraine, à Haïti, en Syrie, en Irak, en Inde, aux Etats-Unis mais aussi au palais de l’Elysée sous la présidence de François Hollande.

C’est une autobiographie passionnante qui rend hommage à toute une profession et à ses journalistes disparus comme Gilles Jacquier par exemple. Mais c’est aussi un texte éprouvant qui raconte les dures réalités du quotidien en zone de guerre. Ce livre s’adresse à un public à partir de quinze ans.

Retrouvez ici l’interview de Maryse Burgot pour La Vie média, le journal où je travaille.

Biographies et autobiographies·Sociologie

Comprendre l’envers du décor d’un procès hautement médiatique grâce à une autobiographie du métier d’avocate.

Hasard du calendrier, j’ai lu le témoignage personnel de Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pélicot durant le procès en appel des viols de Mazan. Je l’ai lu en trois soirées tant j’ai été happée dans ma lecture par l’autobiographie d’une femme sensible et dotée d’une humanité rare.

Le grand public la connait comme l’avocate du diable comme l’a surnommée ainsi un média d’Amérique latine quand elle a été interviewée en tant qu’avocate de Dominique Pélicot.

Le procès des viols de Mazan qui dura quatre mois a suscité l’intérêt de plus de 180 médias dont 86 médias étrangers présents lors du verdict. Ce sont les médias espagnols qui se sont le plus déplacés mais également le New-York times américain.

Le résumé :

Béatrice Zavarro est l’avocate qui a défendu Dominique Pélicot. Tout en évoquant son parcours de vie, elle raconte le premier contact avec son client, les moments clés de la procédure et les défis nombreux rencontrés tout au long de ce procès pour l’histoire.

Mais surtout, en montrant un immense respect pour la victime, Béatrice Zavarro revient sur les confrontations notamment avec les avocats des coaccusés mais aussi sur les plaidoiries, le verdict, et l’après Mazan…
Qualifiée par la presse d' » avocate du diable « , elle précise sa motivation à défendre l’indéfendable, et révèle les raisons profondes de cet engagement qu’il faut aller chercher dans son histoire personnelle. Un récit d’une grande force qui nous permet de mieux comprendre cette affaire hors norme qui a impacté à jamais la France et le monde.

Mon avis :

Ce livre très bien structuré est organisé en trois grandes parties et en vingt-six chapitres. Il a été coécrit avec Danièle Prieur, avocate.

Le livre s’ouvre sur son histoire personnelle. Elle est marseillaise depuis toujours et on comprend vite que sa petite maison près de la calanque de Morgiou est son refuge, son havre de paix…. Béatrice Zavarro explique que son mari Edouard est son pilier, il l’a accompagné tous les jours du procès pour la soutenir aussi bien moralement que physiquement. Il portait aussi les épais classeurs du dossier car l’avocate marseillaise souffre d’un tassement de vertèbres depuis l’instruction du procès Pélicot il y a quatre ans.

Ce livre raconte comment elle a organisé son cabinet autour de cette affaire hors-norme dans sa carrière car à son grand regret, Dominique Pélicot n’a pas voulu de deuxième avocat pour qu’elle fasse équipe avec quelqu’un. Pendant des mois, elle a multiplié les aller-retour en voiture Marseille- Avignon pour les confrontations avec les cinquante et un coaccusés.

C’est beau de l’entendre expliquer comment la solidarité de sa famille et de ses amis l’ont aidée à tenir. Elle a vécu une véritable épreuve personnelle durant ce procès avec des confrères de la défense qui ne lui ont pas fait de cadeau.

Il y a eu énormément d’articles de presse pour présenter Mme Pélicot, sa fille ou encore Béatrice Zavarro dans les magazines féminins car elles ont eu une vraie carrure morale dont ce porcès avait besoin.

Je n’ai pas lu le livre de Caroline Darian : Et j’ai cessé de t’appeler Papa, quand la soumission chimique touche une famille, éditions Robert Laffont mais je l’ai acheté par solidarité pour son association. J’attends 2026 pour lire l’autobiographie de Gisèle Pélicot, éditée par Flammarion.

Même si ce n’est pas joyeux même insoutenable par moments, j’ai aimé lire ce livre car il explique le déroulé d’un procès expliqué par une des avocates les plus pédagogues et humaines qu’il soit. En annexe du livre, on peut lire la longue plaidoirie de maître Zavarro au procès Pélicot.

Elle compte une dizaine de pages, un exercice oral qui peut durer plusieurs heures durant l’audience. C’est fort intéressant pour l’effort rhétorique que cela demande, on comprend bien mieux le rôle d’un avocat de la défense. La lecture de ce livre m’a énormément éclairée pour comprendre le déroulé du procès Jubillar qui vient de se terminer.

J’ai lu avec intérêt les articles de Pascale Robert-Diard, journaliste judiciaire au Monde car elle a un vrai talent pour montrer les forces et les faiblesses des uns et des autres, comment des relations sont brisées dans la société et comment la justice peut apporter réparation.

J’ai beaucoup de mal à comprendre les jugements hâtifs qui crient haut et fort que les victimes de faits-divers aussi médiatisés cherchent le profit en publiant un livre. C’est un vrai défaut d’empathie de prêter de telles intentions aux victimes.

J’ai lu dans une interview à L’Humanité à propos de ce livre que Béatrice Zavarro était plus intéressée par l’enjeu humain, la trajectoire des individus : « Personne n’est à l’abri d’un mauvais geste, d’une mauvaise décision… »

Le détenu des Baumettes qui a conseillé à Dominique Pélicot de lui demander d’être son conseil a été bien inspiré. Il avait vraiment besoin d’une femme fort et infiniment respectueuse de la victime Gisèle Pélicot. Ce ne fut pas le cas de bien des avocts de la défense qui ont osé plaidé la complicité du couple Pélicot.

L’impact du procès des viols de Mazan : témoignage d’une avocate engagée

L’écriture d’un livre peut avoir un rôle thérapeutique. Gisèle Pélicot a été portée par l’amour et le soutien de milliers d’anonymes qui lui ont écrit, apporté des fleurs, collés des affiches de nuit pour hurler leur solidarité…

J’aime aussi les émissions de Faustine Bollaert où elle invite des inconnus à témoigner de l’impact d’un procès dans leurs vies. J’ai une pensée pour tous ces anonymes collègues de travail, maîtresses d’école, amis qui portent l’histoire de Delphine Jubillar et qui espèrent la vérité depuis 2020.

Ces accusés de grands procès médiatiques font souffrir leurs conjoints, leurs enfants dans leur cercle intime. On les condamne à vingt ans, trente ans de prison pour mettre la société à l’abri de leurs pulsions, leurs agissements.

Mais est-ce que la prison pourra être un enseignement pour eux vers la rédemption ?

Biographies et autobiographies·Romans

Joe Dassin, l’homme en costume blanc qui captait si bien la lumière…

J’ai redécouvert les chansons de Joe Dassin grâce à la coupe du monde de rugby en 2023 mais aussi grâce aux jeux olympiques de Paris 2024. Ses chansons les plus populaires comme Les Champs-Elysées ou encore Les yeux d’Emilie étaient repris en coeur dans les stades pour le grand bonheur des touristes qui les connaissent par coeur sans parler français.

D’ailleurs, mon beau-père bulgare nous chante les chansons de Joe dans la voiture en été car cela lui rappelle son adolescence dans les années 1970. Joe Dassin fut l’artiste français le plus exporté en Europe de l’est. En seize ans de carrière, il a vendu plus de 25 millions d’albums. Une gloire stoppée en pleine apogée car il est mort subitement d’une crise cardiaque à quarante ans.

Comme les textes de Marcel Pagnol, on apprend les chansons de Joe Dassin à l’école

Comme beaucoup d’enfants, je crois que sa chanson Les Champs-Elysées fut l’une des premières du répertoire de la chanson française que j’ai appris grâce aux autres enfants. Et d’ailleurs, je l’ai transmise à ma fille. On ne l’apprend pas vraiment en classe mais dans les cours d’école. C’est une mélodie entrainante, une carte postale de la capitale qui fait rêver au delà de l’Hexagone.

J’aime beaucoup L’Amérique, Le petit pain au chocolat, Siffler La haut sur la colline, Et si tu n’existais pas. Je sais que mon frère connait par coeur L’été indien et qu’il aimait bien faire semblant de se prendre au sérieux pour nous faire marrer.

Dans ce blog, j’ai consacré une rubrique à la chanson française que j’aime tant. Elle s’appelle Toute la musique que j’aime en honneur à notre Johnny national à qui je consacrerai un article quand son biopic sortira en 2026. Cette rubrique analyse l’oeuvre de grands chanteurs et chanteuses dont les parcours m’inspirent : Sylvie Vartan, Jane Birkin, Stromae, Florent Pagny, Charles Aznavour…

« Je fais des chansons pour aider les gens à vivre »

Joe Dassin est donc un chanteur incontournable pour cette rubrique dédiée à la chanson française. Je vais d’ailleurs regarder rapidement le documentaire Un jour, une histoire de Laurent Delahousse sur France 2. Je pense que Joe Dassin est si apprécié car il était l’ambassadeur d’une France où tout allait bien dans les années 1970, il avait la même popularité que Jean- Paul Belmondo au cinéma.

Des chansons solaires : Joe a un climat dans la voix.

Ses plus beaux succès : Joe Dassin les doit à Pierre Delanoe, le plus grand parolier de la chanson française. Il a composé plus de 5000 chansons dont La Maritza pour Sylvie Vartan, Les lacs du Connemara pour Sardou, Nathalie interprétée par Gilbert Bécaud… Ces chansons restent dans le panthéon de la chanson française car elles portent des exils géographiques, racontent des histoires dans lesquelles les gens se reconnaissent.

Jules et Joe, Alexis Salatko, Éditions Denoël, Roman, 230 p., 18 €

J’ai emprunté ce roman biographique à la médiathèque de Vincennes. Il date de la rentrée littéraire 2023. J’ai beaucoup aimé la structure assez originale de ce livre assez court et facile à lire. Il raconte en partie la relation père-fils entre le chanteur et le cinéaste. Joe Dassin est mort le 20 août 1980, ce roman est composé de quarante chapitres qui racontent chaque 20 août de la vie de son fils entre 1938 et 1980.

Joe Dassin n’est pourtant pas le personnage principal de ce roman. Le récit se concentre plutôt sur le couple entre Joe Dassin et sa seconde femme Mélina Mercouri, une actrice grecque passionnée et engagée contre la dictature dans son pays. Intellectuels de gauche, ils ont connu ensemble leur lot d’épreuves et d’humiliations. Joe Dassin, cinéaste reconnu à Hollywood a dû s’exiler avec sa famille en 1950 en Europe à cause de la chasse aux sorcières décidée par le sénateur Maccarthy car il a été un temps encarté au parti communiste.

J’ai ainsi découvert Mélina Mercouri (une des héroïnes de ma grand-mère Annette pour ses engagements politiques), une belle-mère sous le charme de Joe Dassin quand il venait chanter en Grèce pour la soutenir politiquement. Elle deviendra par la suite ministre de la Culture dans son pays.

Le résumé :

« Souvent la nuit je rêve de toi, mon Joe. Nous marchons côte à côte sur une plage de Californie, sur un sentier en Crète, le long d’un trottoir de New York, à Paris au jardin des Tuileries jusqu’à cette statue représentant l’homme et sa Misère. Tu te voyais comme un « divertisseur » qui, à défaut de pouvoir changer le monde, s’était fixé …

« Souvent la nuit je rêve de toi, mon Joe. Nous marchons côte à côte sur une plage de Californie, sur un sentier en Crète, le long d’un trottoir de New York, à Paris au jardin des Tuileries jusqu’à cette statue représentant l’homme et sa Misère. Tu te voyais comme un « divertisseur » qui, à défaut de pouvoir changer le monde, s’était fixé pour mission d’apporter un peu de joie et de légèreté. J’avais une conception différente du métier d’artiste.
Pour moi, la fonction première d’un film, d’un livre ou d’une chanson était de dénoncer les outrages et les injustices ». Hollywood Forever Cemetery, 20 août 1981. Un vieil homme cherche la tombe de son fils. L’homme est Jules Dassin, grand cinéaste américain qui, un an plus tôt, a enterré ici Joe Dassin, chanteur au succès planétaire emporté par un infarctus à l’âge de quarante ans. Au crépuscule de sa carrière, Jules a une idée de documentaire : pour rendre hommage à Joe, il évoquera tous les 20 août de sa vie trop brève.
Portrait croisé de deux artistes farouchement indépendants, ce roman est avant tout une exploration poignante d’une relation père-fils et un voyage nostalgique à travers le XXeme siècle.
« 

Joe Dassin a inspiré les chanteurs plus contemporains comme Garou ou Hélène Ségara qui a composé un album avec douze duos virtuels avec Joe Dassin. Il existe une comédie musicale et l’un de ses fils prépare un biopic, que je regarderai avec attention bien entendu…

Tous les articles de la rubrique Toute la musique que j’aime

Biographies et autobiographies

Monsieur Aznavour : ses amis, ses amours, ses emmerdes… en un biopic de grand cinéma

Ce biopic, j’attends sa sortie depuis au moins un an, mais je me rends compte que je ne connais pas si bien que cela ni la vie ni l’œuvre de Charles Aznavour.

J’aime les chansons d’Aznavour en souvenir de ma grand-mère Annette qui l’écoutait énormément comme tous les chanteurs à textes de sa génération. Elle avait vingt ans dans les années 1950 et elle allait écouter les chanteurs à la mode à Deauville-Trouville pendant ses vacances.

Je suis allée voir Charles Aznavour en concert avec ma mère qui fêtait ses 50 ans en 2011 à la halle Tony-Garnier à Lyon. Il avait à l’époque 80 ans bien tassés, mais il a réalisé un concert énergique qui a duré bien trois heures. Avec le film, je me rends compte que c’était vraiment un addict au travail dans la décennie 2010 (il est mort en 2018) puisqu’il donnait des concerts dans toutes les villes d’Europe.

Le résumé :

Fils de réfugiés, petit, pauvre, à la voix voilée, on disait de lui qu’il n’avait rien pour réussir. À force de travail, de persévérance et d’une volonté hors norme, Charles Aznavour est devenu un monument de la chanson, et un symbole de la culture française.

Monsieur Aznavour, biopic réalisé par Grand corps malade et Medhi Idir, avec Tahar RahimBastien BouillonMarie-Julie Baup, 2h13, sortie en salles le 23 octobre 2024

Mon avis :

Ce biopic dure deux heures et quart mais je l’ai trouvé très bien structuré avec une narration en cinq grandes parties. Chaque titre est noté au crayon dans ses fameux carnets rouges où il notait ses chansons. Aznavour a composé plus de 1400 chansons depuis 1940.

Ses années d’enfance avec sa sœur Aïda et ses parents restaurateurs m’ont beaucoup émue. Notamment ces scènes de fête qui se télescopent avec des images d’archives du génocide arménien. Ils ont vécu la pauvreté, le racisme mais ils sont restés sacrément unis. Le couple qui joue les parents de l’artiste sont très touchants.

Copyright Tukimuri

Ils n’ont pas hésité à cacher le couple Manouchian pendant la guerre dans leur appartement du 6eme arrondissement avec l’issue tragique que l’on connait. La scène de liesse à la Libération est un moment fort du film avec ses drapeaux bleu-blanc-rouge même si on voit de loin que les immeubles parisiens sont des décors de studio.

Son amitié avec Pierre Roche, un pianiste issu de la bourgeoisie va lui permettre de rencontrer Edith Piaf, qui se montrera autant de bons conseils que de mauvaise foi un peu méchante et acide. Piaf est superbement jouée par Marie-Julie Baup qui apporte une toute autre interprétation que Marion Cotillard. Plus tôt en octobre, j’avais lu la biographie très authentique de Piaf par sa sœur de rue Simone Berteaut. Charles Aznavour a vraiment été bien fait de lui servir d’homme à tout faire pendant huit ans. La scène où il s’émancipe de Piaf est fascinante.

La France s’est aznavourée dans les années 1960 après lui avoir ri au nez pendant vingt ans

Ce biopic montre sa tenacité face aux salles à moitié vides, aux critiques déplacées sur sa taille, son physique, ses origines. Puis un soir en 1960, il a écrit une chanson géniale Je me voyais déja et sa carrière a enfin décollé à 36 ans.

Aznavour inspire les jeunes générations notamment le rap et le slam. Dr Dre a samplé Parce que tu crois écrit en 1966 et c’est magnifiquement rendu dans le film pour illustrer les années de vaches grasses d’Aznavour après les nombreuses années de vaches maigres.

La série Lupin de Netflix se termine avec un morceau d’Aznavour pour illustrer des retrouvailles familiales : Hier encore.

J’ai découvert qu’une chanson que j’aime tout particulièrement She reprise dans un de mes films favoris Coup de foudre à Nothing Hill a été composé par Charles Aznavour alors que je pensais que c’était un crooner américain. A l’apogée de sa carrière Aznavour est parvenu à obtenir le même cachet que Sinatra.

Et enfin, la plus belle transmission de l’oeuvre d’Aznavour, c’était ce petit moment suspendu cet été où j’ai entendu des fillettes africaines dans mon quartier qui chantaient For me, formidable après la prestation d’ Aya Nakamura avec la garde républicaine lors de la cérémonie d’inauguration des Jeux olympiques de Paris 2024.

Pour moi la magie du cinéma , c’est de donner au spectateur une émotion unique, intemporelle et universelle quand il découvre le processus de création : la genèse d’une chanson mondialement connue. Une chanson est réussie quand elle rappelle des souvenirs, des émotions au monde entier. Le cas du Boléro de Ravel.

Les biopics qui m’ont le plus émue :

Ray, avec Jamie Foxx, 2005

Encore un chanteur dont la musique m’a été transmise par ma grand-mère. Je crois qu’elle l’a vu en concert une fois au casino du Touquet. Il est né en 1930 comme mon grand-père. J’ai beaucoup aimé ce biopic qui raconte l’ascension d’un jazzman aveugle dans un pays sacrément raciste. Ce biopic parle de ses addictions, de ses drames enfant et aussi de la manière dont son Etat d’origine : la Géorgie a fait amende honorable avec lui. On a tous le superbe chant Georgia on my mind en tête.

Walk the line avec Joaquin Phenix, Reese Witherspoon, 2006

J’ai découvert ce biopic par hasard car je connaissais Johnny Cash et June Carter Cash que par leurs rôles dans les séries Docteur Quinn femme médecin et La petite maison dans la prairie. J’aime beaucoup la musique country et cette belle histoire d’amour avec une chanteuse country m’a beaucoup fait rêver. Comme Ray Charles, Johnny Cash a vécu une enfance difficile et précaire avec un accident dramatique qui a tué son frère. Longtemps, Johnny a été dépendant à la drogue pour exorciser son passé puis il a découvert la foi en Jésus qui sauve et restaure…

La môme avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, 2007

Edith Piaf est une légende française par son histoire personnelle et sa voix qui a bouleversé le monde entier comme l’indique sa plaque de lieu de naissance rue de Belleville. J’ai vécu pendant cinq ans dans son quartier d’origine.

On pourrait la qualifier aujourd’hui de personne toxique mais elle reste tout de même assez attachante pour la manière dont elle vivait ses chansons. Elle ne trichait pas et elle a su faire aimer son Paris populaire dans le monde entier : Etats-Unis en tête.

Cloclo avec Jérémie Rénier et Benoit Magimel en 2012,

Ce biopic je l’ai vu avec mon frère, grand fan des chansons de Claude François. Avec ce film on a réalisé que l’homme était vraiment imbuvable et zinzin. Mais c’est un très beau film qui commence par un exil forcé, le revers de fortune du papa en Egypte.

La famille sera obligée de revenir en France sans rien. La performance de danseur et de chanteur de l’acteur est exceptionnelle, elle aurait mérité un César.

Boléro avec Raphaël Personnaz, 2024

C’est plutôt l’histoire du Boléro qui est intéressante ici que celle de Maurice Ravel. C’est l’un des morceaux de musique classique le plus écouté au monde. Sa lente élaboration tout au long du film m’a passionnée.

J’ai vraiment hâte de voir les deux biopics consacrés à Johnny Hallyday . D’ailleurs, Johnny fait une courte apparition dans le film Monsieur Aznavour.

Et vous quelle est votre chanson favorite de Charles Aznavour?

Retrouvez ici mes précédents articles de la rubrique Toute la musique que j’aime et autres hommages :

Le loup, la biche et le chevalier d’Henri Salvador dans la playlist de ma fille

-Hommage à Jane Birkin, la meilleure ambassadrice de la poésie de Gainsbourg

-La Bébel mania, la nostalgie d’une France où tout allait bien

Biographies et autobiographies·Romans

A table avec les Kennedy, Albert Camus, Michel Gallimard en attendant les bons plats d’Andrée Imbert…

Cette semaine, j’ai dévoré en quelques jours le roman historique qui retrace le parcours d’Andrée Imbert, pupille de la Nation et cuisinière de la haute société française et américaine.

J’aime beaucoup les romans des éditions Les escales. J’avais lu auparavant Un dernier été et aussi Un été à Nantucket d‘Elin Hilderbrand qui évoque aussi un fait divers concernant le sénateur Ted Kennedy à Nantucket en 1969.

J’en profite pour remercier les éditions Les escales de m’avoir permis de lire ce nouveau roman en service de presse, sous format numérique. Gérard Collard, libraire de La griffe noire à Saint Maur les fossés décrit ce livre comme le roman de l’année et je suis bien d’accord avec lui.

La cuisinière des Kennedy, Valérie Paturaud, 350 pages, avril 2024, 21 euros.

Andrée a servi la famille Berliet à Lyon, des riches industriels qui ont une superbe villa Art nouveau, puis Albert Camus et Michel Gallimard à Paris mais aussi sur la Côte d’Azur. Après guerre, elle travaille pour une famille américaine très sympathique : les Rogers qui lui proposent de partir vivre en Amérique avec eux.

Andrée est tiraillée car elle a une fille Madeleine qui va par la suite devenir mère elle aussi. Mais n’écoutant que son coeur qui lui dicte de tenter sa chance, elle accepte de rejoindre les Etats-Unis. La suite de sa vie sera extraordinaire car elle va ensuite entrer au service de Joe et Rose Kennedy, amis proches des Rogers.

Inutile de présenter cette illustre famille qui va avoir une influence déterminante sur la politique aux Etats Unis entre 1950 et 1990. Andrée va intégrer cette famille secouée par des drames terribles en la cajolant par de bons plats français et en prenant soin des enfants de la famille comme si c’était les siens.

Cette famille saura lui montrer tout son amour et sa reconnaissance en lui donnant une généreuse rente à sa retraite et en se débrouillant pour fleurir sa tombe dans le petit cimetière d’un village drômois.

Mon avis sur ce roman historique :

J’ai énormément aimé ce roman très bien écrit par Valérie Paturaud. Il compte 352 pages mais ne parle de son départ chez les Kennedy qu’à partir des cent vingt pages du livre. C’est peu dire de son parcours déjà exceptionnel en France.

Andrée est un bébé abandonné qui ne connait pas ses parents quand elle nait en 1907 à Marseille. J’ai beaucoup aimé la description pour expliquer comment l’Etat s’occupait des enfants abandonnés au début du 20eme siècle. On se croirait dans le film Pupille de Jeanne Hery.

Je reconnais que j’ai sauté quelques chapitres de son enfance et son adolescence dans la campagne drômoise car je trouvais cela un peu longuet. Mais j’ai été captivée par ma lecture quand Andrée prend sa fille sous le bras pour quitter son mari un peu soulard et peu aventurier pour travailler dans un restaurant à Lyon.

Sa fille va vouloir retourner vivre à Venterol, dans sa campagne auprès de son père car ce qu’elle connait la rassure alors qu’Andrée veut vivre une grande aventure. Elle s’imagine fille de marin pour mieux expliquer ses aspirations.

L’intérêt de ce roman est de montrer le décalage culturel entre la France et les Etats dans les années 1950 à travers cette famille mythique qui fait rêver le monde entier dans les pages sur papier glacé de Paris-Match. Andrée ne peut s’empêcher de trouver sa fille mal fagotée quand elle côtoie les filles et les belles-filles de Rose Kennedy à Hyannis port.

Rose Kennedy est l’un des personnages principaux de ce roman avec le sénateur Ted Kennedy et aussi en filigrane, Joe le patriarche de la famille. Andrée voue à ses patrons une admiration et une reconnaissance sans bornes. Même si elle juge Rose Kennedy sacrément dure avec les écarts et les faiblesses de ses enfants quand ils devient du droit chemin de la religion.

C’est un roman totalement hagiographique avec la famille Kennedy. Valérie Paturaud ne parle pas des mauvais côtés de Joe Kennedy et de ses accointances avec la mafia. Cette biographie est romancée à partir des archives de la famille d’Andrée Imbert. Mais les lettres et les photographies le prouvent, une belle relation dépassant les rapports hiérarchiques s’est nouée entre la famille de Ted Kennedy et Andrée Imbert.

Le dernier chapitre où les enfants de Ted Kennedy rendent visite à leur ancienne nounou en France est très touchant. C’est un bon roman qui sera être une belle détente pour vous cet été. Il raconte le parcours d’une femme partie de rien qui a cru en ses rêves et en son talent.

J’ai été très touchée par le processus d’écriture de ce livre. L’auteure Valérie Paturaud habite dans le sud de la Drôme. Elle s’est retrouvée dans un diner d’amis avec de nouvelles connaissances dont une des convives qui lui a parlé d’une famille drômoise.

L’importance de conserver les photographies et les lettres pour se constituer une mémoire familiale
Les souvenirs de ma propre famille

Les petits-enfants d’Andrée Imbert lui ont confié tout un carton avec des photographies, des lettres qui ont constitué la matière première pour écrire cette biographie très romanesque.

Moi même, j’ai retrouvé grâce à mes parents ce printemps la carte de rationnement de ma grand-mère quand elle est partie avec sa famille sur les routes de l’exode en juin 1940 mais aussi ses photographies de jeunesse.

C’était très émouvant de découvrir ses aspirations quand elle avait vingt ans et de beaucoup m’y reconnaître : son goût pour les vêtements à la mode qui donnent de l’allure, aller à Trouville avec ses amis, vibrer pour la chanson française et être dans les endroits qui comptent.

Cette Andrée Imbert m’a beaucoup fait pensé à ma grand-mère Annette pour son envie de réussir et de fréquenter des endroits raffinés où le rêve est possible.

Andrée Imbert continue de nous enchanter avec son parcours extraordinaire.

Cathleen Clarity, une cheffe américaine a cuisiné la soixantaine de recettes d’Andrée réunissant le patrimoine culinaire de la Drôme, des bouchons lyonnais, de la Provence, de la Floride selon les lieux de villégiature de ses différents patrons : la Riviera française, Palm Beach, Hyannis Port…

La cuisinière des Kennedy, Cathleen Clarity, éditions Solar, 175 pages, 9782263192029, 29,90€

Mes derniers articles consacrés à la littérature et les biographies :

Des idées de romans pour préparer les beaux jours

Un été à Nantucket, un été 1969 plus tragique qu’érotique

Deux artistes en vedette américaine cet hiver à Paris

BD & romans graphiques·Biographies et autobiographies

Missak et Mélinée Manouchian, reconnus par la Nation française pour leur résistance face à la haine.

Missak Manouchian est le résistant dont je connais le mieux l’histoire car je viens de Valence dans la Drôme, où vit depuis 1919 une importante communauté arménienne. J’ai étudié en cours d’histoire-géo en terminale, sa fameuse lettre d’adieu écrite à sa femme Mélinée avant d’être exécuté au mont Valérien avec son groupe de résistants, il y a quatre-vingt ans.

Je suis vraiment ravie de son entrée ainsi que celle de sa femme au Panthéon que je trouve très symbolique, c’est une vraie reconnaissance pour l’amitié franco-arménienne. Il se trouve que je vais pouvoir voir un petit bout de la cérémonie mercredi car je travaille juste à coté.

J’avais beaucoup aimé l’ambiance dans les rues pour l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker en novembre 2021. Les résistants ne sont pas oubliés par la Nation, même quatre-vingt ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

J’ai découvert cette BD grâce au journal municipal de ma ville : Fontenay sous bois, une ville historiquement communiste. Je remercie beaucoup les éditions des Arènes pour l’envoi de cette BD en service de presse.

Missak Manouchian, une vie héroïque de Didier Daeninckx et Mako, éditions Les Arenes,120 pages, 22€

Ecrite par Didier Daeninckx et illustrée par Mako, cette BD a été coéditée par le ministère des armées, un éditeur de livres un peu atypique souvent présent au festival du livre de Paris.

Le graphisme de ce roman graphique est très réussi. Le dessinateur Mako est parvenu à saisir toute la gravité du personnage principal mais aussi la laideur de l’époque, défigurée par la haine et la délation à tout moment.

J’ai énormément apprécié la structure de cette bande dessinée avec le recours aux grandes affiches de cinéma de l’époque pour faire une pause visuelle dans le déroulé de l’histoire.

Beaucoup de BD et de livres ont été écrits sur le groupe Manouchian ces dernières années mais j’ai aimé que cette BD reflète la société avec cette propagande omniprésente dans les rues. L’affiche était alors une véritable arme de guerre dans les rues.

La visée de cette BD est bien entendu d’être un support pédagogique pour les publics scolaires et dans les musées.

L’équipe qui a conçu cette BD va faire une tournée des musées avec une série de conférences au musée de la Libération, place Denfert Rochereau à Paris ( le mercredi 13 mars) ou bien au centre du patrimoine arménien à Valence entre janvier et mars 2024.

En 2019, j’avais chroniqué une BD historique formidable: Guernica de Bruno et Corentin Loth, éditions La boite à bulles. Toute ma scolarité, j’ai beaucoup aimé les cours d’histoire-géographie. Ils m’ont permis de sauver les meubles sur bon nombre de bulletins scolaires car c’était ma passion.

Mais le vrai passionné de la seconde guerre mondiale, c’était mon frère Ugo qui a gagné de nombreuses fois un prix du concours national de la Résistance et de la déportation. Il a visité tous les sites majeurs : Ouradour sur Glane, un camp de concentration en Alsace, les plages du Débarquement…

Moi, je suis plus sensible aux romans graphiques, aux oeuvres de street art vues par tous et les plaques qui nomment les rues (le nom de ma rue est celui d’une grande résistante française) pour entretenir le devoir de mémoire. J’aime aussi énormément les pochoirs de C215 et son engagement pour les prisonniers, les résistants, l’Ukraine…

Retrouvez ici les précédents articles que j’ai écrit sur les biographies marquantes de la Seconde guerre mondiale.

Une vie heureuse de Ginette Kolinka, ne pas laisser la déportation noircir toute une vie.

Aux grands hommes et femmes, la Patrie reconnaissante

La fresque de street art à Belleville pour célébrer l’entrée au Panthéon des résistantes Germaine Tillion et Genevieve Anthonioz-De Gaulle.

Biographies et autobiographies

Pagny raconté par Florent, quarante ans de carrière raconté en 500 pages

Je viens de terminer une belle autobiographie de 500 pages écrite par Florent Pagny avec son acolyte Emmanuelle Cosso qui lui a écrit de nombreuses chansons. Cela s’appelle Pagny par Florent aux éditions Fayard.

J’ai réalisé récemment à quel point Zazie, Pascal Obispo et Florent Pagny avaient marqué mon enfance dans les années 1990. Je ne suis pas allée écouter Johnny au stade de France chanter Allumez le feu. Mais je me souviens que les chansons Lucie ou Savoir aimer étaient les hits gagnants de nos boums de CM2 à l‘école Léo Lagrange à Valence.

J’ai lu en diagonale les deux premières pages de ce gros pavé. J’en retiens que comme Pascal Obispo qui le raconte très bien dans l’émission Un dimanche à la campagne sur France 2, Florent Pagny a connu une longue période de vaches maigres dans les années 1980. Il a percé avec une belle chanson N’importe quoi qui dénonce les ravages de la drogue, qui a détruit les trajectoires de quelqu’uns de ses copains.

Lire un extrait du livre ic

J’ai beaucoup aimé lire son histoire car je ne savais pas qu’il avait été un acteur de cinéma de premier plan. C’était bien agréable d’avoir son ressenti sur son histoire d’amour avec Vanessa Paradis plutôt que les racontars de Gala ou Voici.

Florent Pagny a longtemps été un chanteur sans chansons, il a pris une très belle revanche dans les années 1990. Il raconte ses amitiés avec Pascal Obispo, Johnny, Zazie, Calogero qui lui a écrit une chanson marquante : Chatelet les Halles. Vu le peu de poésie de cet endroit sans âme où je passe tous les matins, il fallait le faire, chapeau l’artiste.

Mes chansons préférées de Florent Pagny sont bien évidemment Savoir aimer, Bienvenue chez moi, Si tu veux m’essayer, Et un jour une femme

C’est un grand romantique qui s’est inspiré dans sa musique de son mariage avec sa femme argentine Azucena. Ils sont mariés depuis plus de 25 ans et elle est son pilier face à ce cancer redoutable auquel il est confronté depuis ses soixante ans. C’est beau de voir le public prendre de ses nouvelles de cette manière, quand on grandit avec un chanteur, il devient un peu comme un membre de la famille.

La lecture de cette autobiographie a été un bon moment, une sorte de machine à remonter le temps dans les années 1990. J’aime beaucoup cette manière de raconter la genèse d’une chanson iconique comme Savoir aimer. Florent Pagny se sert aussi de son autobiographie pour se justifier par rapport à ses soucis avec le fisc.

Il ne m’a pas toujours convaincue mais j’ai bien aimé le ton de son livre entre humour potache et autodérision. C’est assurément une personne sympathique qui sait d’où il vient et qui montre de la reconnaissance à ceux qui l’ont fait débuté dans le métier.

Aussi, Florent Pagny est de longue date un des membres du jury du concours à l’aveugle The voice. C’est une émission de qualité qui permet de faire des ponts entre chanteurs de différentes générations. J’aime bien retrouver les talents de The voice qui font une surprise à leur coach en interprétant un medley de ses chansons.

Je profite de cet article pour vous annoncer la création d’une nouvelle rubrique dans ce blog : Toute la musique que j’aime, une page dédiée à mes coups de coeur de la chanson française : Stromae, Jane Birkin, Andrée Grise

Je vais bientôt aller voir l’exposition patrimoniale consacrée à Johnny Hallyday, porte de Versailles.

Biographies et autobiographies·Romans

Pourquoi Dix-neuf marches est un roman young adult efficace qui raconte le Blitz aux jeunes générations.

J’ai découvert ce roman sur le compte Instagram de son éditeur Robert Laffont. En 2023, j’avais eu la chance de chroniquer L’âge bête de Géraldine Dormoy et Une reine de Judith Elmaleh, grâce à leurs envois en services de presse. J’en profite pour remercier chaleureusement l’éditeur pour ce nouvel envoi.

Une reine et Dix-neuf marches ont un point commun : deux auteures qui racontent les conditions de vie difficiles de leurs grands-mères. Mimi, la grand-mère de Judith Elmaleh a été la seconde épouse d’un homme beaucoup plus âgé pour lui donner des enfants dans le mellah de Casablanca dans les années 1930. La grand-mère de Milly Bobby Brown, Ruth, a vécu les bombardements incessants dans son quartier populaire de l’East End à Londres.

Moi, j’ai voulu lire ce roman historique car il m’a fait penser à ma famille maternelle du Pas de Calais notamment à Julienne, mon arrière-tante et à Annette, ma grand-mère qui ont dû fuir leur maison pendant lexode pour se réfugier en Touraine en juin 1940. Ma grand-mère avait trois ans et sa tante était enceinte de son premier enfant.

Mon avis sur ce roman historique :

La beauté de cette couverture de roman est époustouflante : cette vue brumeuse du parlement et de Big ben survolée par deux avions militaires est sacrément efficace. On se plonge tout de suite dans l’atmosphère de ce roman. Il me rappelle un tableau de Monet qui a peint de nombreuses fois le Parlement anglais.

C’est l’histoire d’une famille issue d’un quartier populaire qui tente de vivre normalement malgré les sirènes incessantes qui les obligent à se ruer dans la station de métro la plus proche, transformée en abri anti-bombardements. Nellie, la jeune fille de la famille est secrétaire de mairie et essaie de vivre sa jeunesse malgré la guerre. Elle va rencontrer l’amour de sa vie, Ray, un aviateur américain qui doit prendre des risques incroyables pour gagner la guerre et libérer l’ Angleterre.

Le style littéraire de ce roman est assez sommaire, il creuse peu les émotions et les aspirations intimes de chacun . Pour résumer, la psychologie des personnages est peu développée. Dix-neuf marches est clairement un roman young adult pour ceux qui suivent de près Milly Bobby Brown.

Cependant, j’ai beaucoup aimé cette manière de raconter aux jeunes du 21eme siècle, le quotidien d’une jeune fille de leur âge dans les années 1940. Cela m’a beaucoup fait pensé à une scène de la saison 6 de The Crown. Les jeunes princesses Elisabeth et Margaret décident de filer en douce de Buckingham palace pour aller fêter la victoire et la Libération avec des soldats américains au sous-sol du palace Ritz.

Ce roman raconte un fait historique particulièrement tragique : 173 morts dans une énorme bousculade pour rejoindre en toute hâte un abri anti-bombardement dans un quartier populaire de Londres.

Cela m’a fait pensé à ma série favorite Call the midwife qui raconte les mémoires d’une sage-femme confrontée aux réalités sociales d’un autres quartiers de l’East End. Comme quoi, on les décrit beaucoup mais les cockneys sont des personnages de romans captivants.

Retrouvez-ici mes coups de coeur pour la culture anglaise. Hugh Grant a cité en ambassadeurs David Beckham, Harry Potter, Shakespeare et Sean Connery dans son mythique discours de Premier ministre dans le film Love Actually.

Je vous invite à découvrir ma passion pour la culture anglaise dans ce blog, j’écris des articles en attendant patiemment que mon mari m’organise un week-end à Londres ou à Brighton

-La piscine de Rosemary, un roman qui rend hommage à une piscine municipale mythique

-La dernière conquête du major Pettigrew, un roman aussi dépaysant qu’un voyage en Eurostar

-Au bout de quatre saisons de The Crown, on a bien fait connaissance avec la reine Elisabeth II