Cinéma·Expos

Belmondo le magnifique, du cinéma d’auteur à Bébel, le héros souriant et populaire honoré par la Cinémathèque française

Comme toujours dans ce musée dédié au cinéma, j’ai passé un excellent moment à l’heure du déjeuner en visitant l’exposition Belmondo, le magnifique qui vient d’ouvrir à la Cinémathèque le 7 octobre dernier.

Quel plaisir de découvrir ses costumes de scène, les affiches de ses films… Ce sont autant de souvenirs d’un cinéma populaire et familial, maintes fois rediffusé à une époque où l’on regardait encore la télévision en famille.

J’ai un souvenir précis du film L’as des as où Belmondo confie le volant d’un bolide au petit garçon qui l’accompagne (interprété par Rachid Ferrache). Je regrette beaucoup qu’à l’heure des réseaux sociaux et des plateformes, on ne se retrouve plus en famille devant la télévision pour rire des mêmes films iconiques comme ceux de Belmondo, de Funès, l’équipe du Splendid…

J’ai beaucoup aimé cette sortie qui a bien distrait une journée automnale sans soleil. Je ressors souvent frustrée voire excédée d’une exposition parisienne : Renoir au musée d’Orsay ou Martin Parr au jeu de Paume dernièrement à cause de l’affluence qui nous empêche d’apprécier les œuvres dans un cadre confortable.

Je vous recommande cette astuce : visiter une exposition populaire dès les premières semaines d’ouverture, de préférence en semaine, à l’heure du déjeuner dans un musée parisien. La scénographie de la Cinémathèque est toujours très travaillée et elle permet une circulation assez fluide pour ne jamais se marcher sur les pieds. C’est vraiment agréable comme expérience de visite.

Jean-Paul Belmondo, fils d’artistes

J’ai lu son autobiographie : Mille vies valent mieux qu’une, publiée en 2018. Visiblement, ce cher Jean-Paul n’a pas eu une vie facile pendant la seconde guerre mondiale où il a côtoyé la mort des autres de près.

Ce livre montre son attachement particulier à sa maman Madeleine Raynaud-Richard qui était artiste peintre. Son père, Paul Belmondo, sculpteur renommé, souffrira d’une baisse de commandes durant l’Occupation. Un musée lui est dédié à Boulogne-Billancourt. J’ai retenu de son témoignage, que privé d’une enfance insouciante à cause de la guerre, il s’est donné comme objectif de toujours déconner, faire des blagues les plus cocasses à ses amis pour vivre le plus intensément possible : à travers ses cascades par exemple.

L’expo le souligne, Belmondo est sans doute l’acteur le plus sympathique et le plus attachant du cinéma français. La preuve, il s’est autorisé tout au long de sa carrière à rester éternellement un enfant. Qu’il joue Michel Poiccard, le voyou au grand coeur ou Le guignolo en caleçon à pois rouge, il a ce naturel gouailleur et fougueux qui lui assure pendant plus de soixante ans la sympathie du public.

Jean-Paul Belmondo a joué dans 90 films dont une trentaine entre 1960 et 1965. Il a été l’ambassadeur de la Nouvelle vague devant la caméra de Jean-Paul Godard avec A bout de souffle, Pierrot le fou. Il a joué un prêtre dans le chef d’œuvre Léon Morin, prêtre adapté du roman de Beatrix Beck.

L’exposition se termine par un album photo avec sa famille et ses copains…

Puis il s’est spécialisé dans le cinéma de divertissement avec L’homme de Rio, Le professionnel, L’as des as. Surtout Belmondo est devenu un acteur majeur du cinéma français qui en avait compris les rouages : il sortait ses films les plus populaires chaque année le troisième week-end d’octobre pour capter le plus de spectateurs.

Belmondo a su révolutionner le jeu d’acteur pour incarner l’homme moderne au cinéma. Ses choix n’ont pas toujours été applaudis par le milieu du cinéma français mais le public l’a toujours adoubé : la tournée internationale de Cyrano de Bergerac, le césar du meilleur acteur en 1988 du film Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch…

Belmondo a été une référence cinématographique pour les cinéastes américains : Martin Scorsese, Quentin Tarantino, Steven Spielberg… Et l’un des rares acteurs à recevoir un hommage international à sa mort en 2021 aux Invalides. Comme le souligne le communiqué de presse de l’exposition : Belmondo est immortel.

La librairie boutique de la Cinémathèque, le lieu idéal pour faire un petit cadeau souvenir d’un bon moment lors d’une exposition.

J’aime beaucoup la librairie boutique de la Cinémathèque où il y a toujours un merch’ de qualité : des tee-shirts à l’effigie de Jean Seberg et Jean-Paul Belmondo, les acteurs du film A bout de souffle par exemple. Il y a un photomaton IA vraiment génial à chaque exposition pour garder un souvenir. La photo que j’avais fait en vamp blonde pour l’expo Marilyn Monroe ne m’avait guère convaincue. Mais j’ai conservé celle avec la fausse affiche du film Le professionnel.

Une astuce à retenir : la librairie boutique vous offre un badge de l’exposition sur présentation de votre storie pour raconter votre expérience de visite à l’#expositionBelmondo. J’aime beaucoup cette initiative participative à laquelle je me plie à chaque fois de bonne grâce.

Les rétrospectives de la Cinémathèque dédiés à des acteurs très populaires, voire iconiques sont toujours de belles sorties culturelles : j’ai visité l’expo Marilyn en avril 2026 pour fêter le centenaire de sa naissance. Mais aussi l’expo Louis de Funès en 2021. Ces expositions sont de qualité car les scénographies en mettent plein les yeux car de nombreux objets sont exposés avec la projection d’extraits de films.

La prochaine fois, j’irai visiter la collection permanente de la Cinémathèque : le musée Méliès. J’ai continué ma balade le long du parc de Bercy en direction du cours Saint-Emilion, les anciens chais de Paris. J’ai découvert une salle d’escalade de blocs couplée avec un café : Le triangle. Le parc de Bercy est un endroit très agréable et peu fréquenté, on peut traverser la Seine à la hauteur de la passerelle Simone de Beauvoir.

Cinéma·Du livre à l'écran

Justin le juste, une toute autre guerre que celle racontée dans La bataille de Gaulle

J’ai visionné ce film au cinéma avec mon mari car nous aimons beaucoup le jeu comique mais aussi dramatique d’Alban Ivanov, un acteur et humoriste qui vient du stand-up. On avait vu un précédent film où il jouait un agriculteur proche de la faillite dans le Cantal : Les folies fermières adapté d’une histoire vraie.

Décidément, les rôles d’agriculteur lui collent à la peau car il interprète ici Justin, un métayer qui prête ses bras à un propriétaire qui l’exploite sans vergogne. Justin vit vraiment en retrait de tout avec sa mère et son fils d’une dizaine d’années.

Il ne sait même pas que la Grande guerre a éclaté un an auparavant quand les gendarmes et le curé de la paroisse viennent se rappeler à leur bon souvenir en 1915. Le fait que Justin n’ai pas jamais pris soin de se déclarer ni à l’état-civil, ni au recensement militaire va lui valoir un déferlement de violence particulièrement scandaleux dans l’une des premières scènes du film. On l’envoie au casse-pipe comme un vulgaire voleur de poules attaché en laisse au train de la calèche des gendarmes.

Le ton de cette fable historique est donné : le patriotisme des mauvaises autorités est intolérable. Justin le juste, c’est l’antithèse des deux volets de La bataille de Gaulle qui exalte l’intelligence des généraux.

Le résumé :

1915. La guerre, c’est une terre inconnue où l’on envoie Justin, misérable paysan, à une époque où il doit s’occuper de ses champs. Il doit partir se battre, au nom d’une loi qu’il ignore, contre un ennemi qu’il n’a jamais vu, alors qu’il ne rêve que de rester dans sa ferme. Sa rencontre avec Basile, un tirailleur sénégalais, va lui ouvrir les yeux sur cette guerre qu’il ne comprend pas. C’est avec lui, qu’il va se révolter contre les injustices d’un commandement absurde, et devenir un héros pas comme les autres.

Mon avis :

Il s’agit d’une fable historique qui n’est pas basée sur l’histoire vraie d’une personne : Justin mais adaptée d’un roman antimilitariste qui a recoupé différentes situations inacceptables vécues par des poilus. Justin-le-Juste ou La charrette est le titre de l’unique roman écrit par Jean Pompougnac et édité par les éditions de la Table ronde en 1967.

Un rôle d’idiot : le seul qui n’a pas oublié son humanité même en temps de guerre.

On s’attache rapidement au personnage de Justin. Il est effrayé par la guerre donc il déserte tout simplement. Comme il a bon coeur, il apporte assistance à un aviateur grièvement blessé qu’importe l’uniforme qu’il porte.

Le camp ennemi va lui faire bon accueil donnant lieu à des scènes d’anniversaire et de valses totalement absurdes. Bien évidemment, les choses vont rapidement se gâter pour Justin car chassez le naturel, il revient au galop, la méchanceté humaine va reprendre le dessus avec un supplice de torture inconnu au bataillon mais sacrément redoutable.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Le tirailleur de l’armée coloniale, héros positif des boissons chocolatées Banania, marque crée en 1915.

J’ai beaucoup apprécié le rôle de Basile, le tirailleur sénégalais qui a été inventé par Eric Barbier. Interprété par Birane Ba, pensionnaire de la comédie française, Basile va permettre à Justin de se sortir de cette forme de candeur qui le place dans des situations dangereuses et absurdes. J’étais ravie de retrouver cet acteur fantastique dont j’avais découvert le jeu dans le film Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry.

Il y a une référence au fameux slogan raciste « Y’a bon Banania » dans le film. Grâce à Justin le juste, j’ai appris que Banania est une marque de cacao qui a rapidement conquis les foyers français à sa création en 1915 grâce à son logo clairement identifiable : un tirailleur sénégalais souriant avec son bonnet rouge typique sur fond jaune qui rappelle les bananes.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Personnellement, je trouve que le tirailleur sénégalais est un héros positif et que cette marque que j’ai vu partout autour de moi, m’a même donné une leçon d’Histoire. Banania montre les tirailleurs coloniaux dont on parle très peu dans les manuels d’Histoire. Il a fallu le film Indigènes, présenté au festival de Cannes en 2006 pour que l’Etat français paye enfin les pensions des soldats des anciennes colonies françaises.

La presse écrite, le quatrième pouvoir d’une démocratie.

J’ai voulu voir ce film car il raconte une superbe rencontre. Un homme peu éduqué avec une élocution spéciale et un vocabulaire qui détonne, rencontre une femme journaliste, Marie Barratier, qui travaille pour le Canard enchaîné, un tout nouveau journal né en 1915 qui se distingue de la censure par sa liberté d’informer.

Ces deux personnages vont s’apprivoiser et se faire confiance afin de faire éclater la vérité auprès de l’opinion publique. C’est un beau film qui valorise l’action politique des députés et celle de la presse écrite comme quatrième pouvoir. Je travaille dans une rédaction qui existe depuis quatre-vingt ans, ce film m’a galvanisée et confortée dans mes convictions que la presse sert à dénoncer injustices et combattre les abus de pouvoir. Alexandra Lamy a expliqué dans le dossier de presse du film s’être beaucoup inspirée de Lee Miller, reporter de guerre iconique.

Le film Justin le juste évoque la censure dans les journaux, la manière dont l’opinion publique était manipulée pour accepter les exécutions de soldats dissidents ou déserteurs.

Un long dimanche de fiançailles, le roman de Sébastien Japrisot, adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet, raconte comment cinq condamnés à mort ont été envoyés au casse-pipe par dessus la tranchée pour les punir d’avoir désobéi en les abandonnant, totalement désarmés face à l’ennemi.

La dernière partie du film est la plus intéressante. Comme Basile et Justin sont des frères d’armes, Justin va réaliser un acte héroïque pour sauver son ami mais sa désobéissance envers les hauts gradés de l’armée va être sévèrement réprimée.

Sans divulgâcher l’issue du film, Justin et Basile vont prendre en otage tout le personnel de mairie d’un village car ils n’ont pas eu le choix pour sauver leur peau. Il faut dire qu’ils ont à leurs trousses un officier totalement fou furieux joué par Thierry Hancisse, un acteur brillant que je ne connaissais pas. Pendant la dernière partie du film, je me suis souvent répétée : « Heureusement que ce n’est pas une histoire vraie« .

J’ai fermé les yeux pendant les scènes de guerre dans les tranchées, quand cela canardait sec. Il faut dire que la même semaine, j’ai retrouvé le livret militaire de mon arrière grand père ardéchois Régis qui a combattu à Verdun. Le film a souligné au générique, que 45% des soldats engagés pendant la Grande guerre étaient des agriculteurs, mais aussi 7% de soldats indigènes.

Copyright Julien Panie-SND-Vertigo

Je vous recommande ce film authentique porté par d’excellents acteurs : Alban Ivanov, Alexandra Lamy, Birane Ba, Thierry Hancisse… qui apporte une réflexion utile sur la guerre et la patrie actuellement.

Retrouvez ici mes précédents articles consacrés aux adaptations littéraires : du livre à l’écran.

Du livre à l'écran·Romans

Les petites robes noires, chronique de la construction de la féminité par la mode.

Adapté au cinéma en 2018 (disponible sur la plateforme Netflix), Les petites robes noires est un feel good booking écrit par Madeleine Saint James, publié par Albin Michel. Je connaissais déjà l’existence du livre mais je n’avais pas forcément accroché à cette histoire pour me lancer dans sa lecture. Comme souvent, les adaptations de livres au cinéma me donnent envie ensuite de lire le livre. J’en ai même fait une rubrique ici : Du livre à l’écran.

J’ai bien aimé regarder cette comédie feel good qui m’a fait du bien, elle m’a détendue des informations anxiogènes sur les incendies en Gironde, fin juillet. L’histoire se déroule dans un grand magasin de Sydney en 1959.

Le résumé :
Ce roman historique se déroule dans un grand magasin de Sydney en 1959. Il raconte le parcours de trois vendeuses du magasin : Fay, Patty et Lisa qui sont chacune à leur âge à un carrefour de leur vie. L’influence de Magda, une réfugiée slovène qui s’occupe des robes haute couture va s’avérer déterminante pour l’évolution personnelle de Lisa et de Fay en particulier.

Ce roman a été écrit par Madeleine Saint James, une romancière australienne qui a étudié dans les grandes universités anglaises. Après le succès de son premier roman Rupture et conséquences, elle a refusé que ses romans suivants soient traduits à l’étranger. Ce sera finalement fait après sa mort en 2006.

Le film est très fidèle au roman. On sent que l’auteure règle un peu ses comptes en définissant le mari de Patty Williams comme étant un con de manière assez arbitraire. Le personnage du père de Lisa est fort intéressant également. C’est un homme très nationaliste qui ne comprend pas très bien ce que sa fille irait faire à l’université. Mais mère et fille vont habilement le manœuvrer en douceur.

Comment une robe peut transformer l’allure d’une jeune fille et l’aider à devenir une femme?. Voila le message de ce film un peu frivole mais qui vous apportera une bonne détente bienvenue en ces temps anxiogènes.

Je me suis régalée avec ce film car il résume bien ce que la mode représente pour moi. Il y a une scène où Magda prête une ceinture à Lisa mais aussi un foulard, elle lui retire ses lunettes et la maquille discrètement. J’ai trouvé cette scène sacrément efficace car elle montre le pouvoir de la mode même la plus courante avec des accessoires pour transformer l’allure et la démarche d’une personne et lui donner de l’assurance.

J’ai regardé des tonnes d’épisodes de Nouveau look pour une nouvelle vie animée par Christina Cordula sur M6 avec mon amie Karine. J’aime tellement dépareiller un look pour ne pas avoir l’air uniforme. J’ai eu une mamie qui n’avait pas un gros budget vêtements mais qui s’arrangeait toujours pour trouver le petit collier en toc ou le sac qui va bien pour habiller un look.

L’impact de la mode dans le film Les petites robes noires

Il y a un autre moment clé du film particulièrement réussi. Lisa a une maman un peu nunuche mais qui va faire de sacrés efforts pour laisser sa fille unique voler de ses propres ailes. Elle est touchante car elle a du mal à se rendre compte que sa petite lycéenne est en train de devenir une femme surtout au contact de ses collègues du grand magasin. Elle lui confectionne des robes rose bonbon, terriblement enfantines, limites avec des smocks.

Alors que Lisa rêve d’une robe du rayon haute couture de Magda avec des modèles uniques sur mannequins. Magda cite Jacques Fath, Christian Dior comme des références à l’approche des sixties. Le New look fut une vraie révolution mode même en Australie.

Le titre du roman et donc du film fait référence à l’uniforme des vendeuses du grand magasin mais aussi à cet incontournable de toute femme : la petite robe noire dessinée par Coco Chanel dans les années 1920, c’est aussi le nom d’un parfum de Guerlain ou encore la tenue de scène d’Edith Piaf.

La jeune Lisa me rappelle un peu Eilis, la jeune femme irlandaise qui travaille dans un grand magasin à New York : Brooklyn, l’un de mes livres préférés.

Pourquoi Les petites robes noires est un feel good movie.

Je ne me suis pas attardée sur la belle histoire d’amour que vit Fay, l’une des trois vendeuses de l’histoire avec Rudy, un jeune réfugié hongrois rencontré au nouvel An chez Magda et son mari. C’est attendrissant, cette jeune femme qui n’attirait que les hommes rasoirs et volages se retrouve avec un homme amoureux qui veut s’engager avec elle.

La fin du film est assez ennuyeuse, je trouve la scène du repas assez loupée et peu intéressante mais ce fut quand même un bon moment de détente autour de la mode et de son pouvoir magique pour aider l’estime de soi d’une jeune femme.

Dans un prochain article, je vais expliquer point par point pourquoi Le diable s’habille en Prada est un film iconique où une jeune fille transforme aussi son allure et prend le dessus sur une manager toxique.

Ce que j’ai appris de la mode grâce aux marques de prêt à porter françaises.

Cinéma·Du livre à l'écran

J’écris ton nom, la suite épique et héroïque de La bataille De Gaulle.

Deux semaines après avoir vu L’âge de fer, le premier volet de La bataille de Gaulle, je me suis empressée d’aller voir sa suite J’écris ton nom, en référence au poème clandestin de Paul Eluard. Bon nombre de mes collègues ont également vu le premier film et on a débriefé plusieurs déjeuners de suite nos impressions saupoudrées d’un patriotisme inattendu.

Le second volet est beaucoup plus intense et dramatique que le premier volet où la musique grandiloquente jouait déjà un rôle majeur.

Reprenons le fil de l’Histoire : l’amiral Darland meurt assassiné à Alger par un jeune résistant, Fernand. Les Américains sous la houlette de leur président Franklin Roosevelt, le remplacent par un général de la vieille école : Giraud, sorte de mentor de Leclerc mais il s’est entouré de hauts dignitaires peu recommandables.

Il y a une scène très choquante où les hommes de Giraud vont rafler une famille de militants gaullistes à Alger. Contrairement aux hommes de Leclerc dans le premier volet, ceux-là ne font pas de cas de tuer leurs compatriotes français.

J’ai particulièrement aimé les scènes qui se déroulent dans des hôtels Art déco de Casablanca et d’Alger pour leur intensité dramatique. De Gaulle se trouve tenu en joue par les hommes de main du président américain, son allié supposé.

Comme dans le premier volet, De Gaulle se livre à des retournements de situations totalement inespérés qui mettent en valeur ses talents de stratège, c’est bien un diplomate de haut rang malgré ses colères homériques.

L’adaptation d’une biographie de De Gaulle écrite par un historien anglais.

Plus on avance dans la chronologie de la guerre et donc l’avancée du film, plus j’aurai du mal à chroniquer ce diptyque historique tant j’ai été saisie d’émotions. Dans le second volet, le personnage de Leclerc est beaucoup plus développé.

Catholique pratiquant comme le général de Gaulle, le général Leclerc a livré à ses hommes un vibrant discours déterminant :

« Certes, nous n’avons pas de nouvelles, mais nous avons tous un frère, une sœur, un cousin appuyé dans un mur dans une cave, qui essaie de couper la tête au sommeil pour essayer d’envoyer un renseignement à Londres. On a tous un ami chargé d’une mission de sabotage… »

« Voilà la diva » dixit le général Giraud pour désigner son rival qu’il appelle Gaulle pour le ridiculiser. Antonin Baudry a eu cette bonne idée de confier le rôle de Giraud à Thierry Lhermitte, qui jouait un ministre des affaires étrangères très exalté dans sa mission.

Ce film Quai d’Orsay est l’adaptation d’une BD autobiographique dans laquelle Antonin Baudry raconte son expérience de diplomate aux Etats-Unis. Il a aussi réalisé un second film très réussi Le chant du loup qui se déroule dans l’univers des sous-marins.

Un diptyque qui rend hommage à tous les héros de la France libre, pas seulement De Gaulle.

Ce beau diptyque m’a donné envie de lire des biographies historiques : celle de Félix Eboué, le gouverneur du Tchad qui a rejoint le général de Gaulle en tout premier. Ou bien l’incontournable Jean Moulin alias Rex. Ce film apporte une bonne piqure de rappel : Jean Moulin a fait preuve d’un courage sans limites puisqu’il a été torturé avec barbarie mais qu’il n’a rien dit à ses tortionnaires nazis alors que l’un de ses compagnons l’a trahi dans la banlieue de Lyon.

Des alliés par si fraternels que ça…

J’ai beaucoup aimé ce film, très critique vis à vis du gouvernement de Roosevelt. Ce fin stratège est un allié redoutable qui voit en la France un territoire économique à conquérir plutôt qu’à libérer. Le général de Gaulle a su être intraitable sur la souveraineté de notre pays. Un engagement qui résonne fort actuellement avec les critiques à peine voilées de la présidence Trump/ Vance qui se conduit comme des cow-boys avec la diplomatie européenne.

La fin du film m’a un peu frustrée car on est vite embarqué dans l’Histoire. Antonin Baudry a été un peu avare en scènes de liesse populaire : on aperçoit rapidement le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de ville alors que j’aurai aimé voir la fameuse scène où les cloches de Notre Dame sonnent le Te Deum mais que cela continue de tirer à feux nourris autour du général de Gaulle.

Ces musées parisiens dédiés à la seconde guerre mondiale à découvrir dans le prolongement des films La bataille de Gaulle :

Mémorial de la Shoah,17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4eme. Ouvert du dimanche au vendredi. Entrée gratuite.

Ce beau musée situé en plein coeur du Marais a été inauguré en 2005. Sa « décoration » nous percute dès l’entrée : le mur des noms taillé dans des pierres qui viennent de Jérusalem. Il sert à frapper les esprits et surtout à garder mémoire des 75568 Juifs français et étrangers dont 11400 enfants déportés de France. Les noms sont classés par ordre alphabétique et chronologique de 1942 à 1944. Le mémorial qui se déploie sur plusieurs sites : Clermont-Ferrand, Orléans, Drancy, Le Chambon sur Lignon, Pithiviers… organise des ateliers de médiation culturelle de qualité notamment pour les lycéens.

Musée de la libération de Paris, musée Jean Moulin, musée du général Leclerc, place Denfert Rochereau, Paris 14eme arrondissement. Collections permanentes gratuites. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18 heures.

Ce musée municipal a été inauguré en 2019 dans un quartier plus central que la gare Montparnasse où il été situé auparavant. Ce musée d’Histoire a l’avantage de se trouver tout près du poste de commandement du colonel Rol Tanguy. Il fut l’un des acteurs majeurs de l’insurrection de Paris. Ce haut fait historique est bien representé dans le film et j’ai bien envie d’en savoir plus en visitant ce musée. J’avais parcouru l’exposition Les Parisiens sous l’exode en 2020 qui m’avait beaucoup émue car la famille de ma grand-mère a fui le Pas de Calais en juin 1940.

Il y a une statue emblématique du général Leclerc, place de la porte d’Orléans où on le voit avec sa fameuse canne exposée au musée de la Libération.

Musée de l’armée et musée de l’ordre de la Libération, hôtel des Invalides, Paris 7eme arrondissement, ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures. Billet d’entrée pour six lieux d’expositions de l’hôtel des Invalides.

J’ai découvert le musée de l’armée en visitant l’exposition temporaire La haine des clans sur les guerres de religion du 16eme siècle. J’ai très envie de visiter les collections permanentes du musée. Il y a une robe exceptionnelle qui appartenait à la femme du général Dio avec des insignes de la France libre : des drapeaux français en veux-tu, en voila, une affiche A tous les français, signée par le général de Gaulle.

Cette robe très originale en soie s’est inspirée de la tradition des boubous africains où l’on porte des motifs identitaires pour faire passer un message politique. Cette robe est hautement symbolique : le général Louis Dio a succédé au général Leclerc en 1945 après l’avoir secondé dans toutes les batailles de la France libre en Afrique depuis juin 1940.

Et bien entendu un peu plus loin, la maison natale de Charles de Gaulle à Lille

Cinéma

Pourquoi le film La Bataille de Gaulle inspire fierté nationale en 2026

Fin juin 2026, de nombreux spectateurs sont venus s’abriter de la canicule dans les salles de cinéma climatisées et obscures avant même la fête du cinéma.

La remontada inattendue du nombre d’entrées de La bataille de Gaulle.

Ces mauvaises conditions météo ont boosté le nombre d’entrées du film La bataille de Gaulle : l’âge de fer puis J’écrirai ton nom, une fresque historique en deux épisodes, réalisée par Antonin Baudry.

Voir ce film historique m’a fait beaucoup de bien car il exprime une sorte de fierté nationale dont nous avons bien besoin actuellement. Je n’ai pas voulu voir le film Les rayons et les ombres où Jean Dujardin incarne un journaliste collabo Jean Luchaire.

Redécouvrir la seconde guerre mondiale alors que j’avais de bonnes connaissances historiques.

Depuis toujours, l’Histoire est la matière dans laquelle j’ai brillé tout au long de ma scolarité grâce à de brillants professeurs qui m’ont donné confiance en moi alors que je n’en ramais pas une dans les autres matières. Mon frère était aussi sensibilisé à cette matière puisqu’il a été de nombreuses fois lauréat du concours de la Résistance. Je suis persuadée que l’influence de nos grands-parents Jean et Annette qui étaient de fervents gaullistes, a été marquante.

Ils nous ont emmené faire mémoire au mémorial de La Chapelle en Vercors, mon grand-père avait des tomes et des tomes de livres d’Histoire sur le général de Gaulle qui venait du Nord comme lui et qui avait étudié dans le même lycée parisien que lui.

J’ai beaucoup aimé ce film parce que j’ai bien compris pourquoi mes grands-parents admiraient autant Charles de Gaulle : il a une forme de constance et d’intégrité hors du commun, toujours droit dans ses bottes quelques soient les circonstances. C’est un personnage à part dans l’Histoire de France.

Le résumé :

Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.

Mon avis :

Quand j’avais treize ans, j’ai regardé la mini-série en trois téléfilms La bicyclette bleue avec Laetitia Casta en 2000. Au Noël suivant, ma mère nous a offert les romans acheté chez France loisirs (RIP France Loisirs).

Ce roman historique très bien documenté raconte à la perfection le déroulé de la seconde guerre mondiale en France avec le départ des civils sur les routes de l’Exode (c’est l’histoire de ma propre famille), la mise en place de la collaboration sous le régime de Vichy, le rôle déterminant de l’amiral Darlan qui a considérablement compliqué la tâche de la France libre, les débarquements alliés en Afrique du Nord qui ont redonné du moral aux troupes et aux résistants de l’Hexagone…

Dernièrement, j’ai lu le précieux roman historique de Lauriane Bordenave, Donut girl qui explique toute la logistique de l’armée américaine qui préparait le débarquement de 1944 avec ses alliés anglais et français.

Ce roman raconte la génèse du formidable Chant des partisans composé par Anna Marly pour la musique, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon pour les textes.

La bataille de Gaulle débute avec une chanson de Charles Trenet : Boum composée en 1938. On est saisi par l’intensité de la guerre dès les premières scènes du film. Lors de la bataille de Montcornet le 17 mai 1940, le général de Gaulle montre la pleine mesure de son caractère téméraire et déterminé en défiant un char allemand avec sa voiture. Malheureusement c’est la débâcle en France, la France du maréchal Pétain se déshonore à collaborer avec Hitler (le même qui a lu les livres du maréchal de Gaulle tout de même).

L’Angleterre est totalement catastrophée par la mise en place du régime de Vichy. Winston Churchill invite donc le général de Gaulle à Londres et l’autorise à lancer son appel du 18 juin 1940 à la BBC.

Churchill lui donne sa chance car il admire son panache de soldat, ils ont de nombreux points communs. Mais son cabinet souffle le chaud et le froid : L’Angleterre, cette grande île avec son empire colonial est vulnérable. Les Anglais attendent fébrilement le soutien des États Unis et le général de Gaulle vient jouer les perturbateurs : en fait c’est un fin stratège qui est capable de faire des choix cornéliens ou d’être stoïque sur ses positionnements. Charles de Gaulle va se confronter à la dureté de la diplomatie dans les salons feutrés de Londres.

Il ne parle pas anglais, à part son ordonnance de Courcel (l’oncle de Bernadette Chirac), il ne représente que lui. Les Français de Londres ne lui font pas de cadeaux car il a désobéi à Pétain ( il est même condamné à mort par contumace). Bref on le prend pour un guignol et pourtant il va persévérer avec droiture. J’ai été très touchée par la scène où il descend dans une cour et qu’il découvre une cinquantaine de pêcheurs bretons de l’île de Sein qui ont tous quitté leur île avec leurs bateaux pour venir le rejoindre. J’avais déjà entendu cette histoire édifiante qui concernait le père de Jane Birkin, un résistant anglais.

« N’oubliez jamais qu’ils (les Anglais) ont brûlé Jeanne d’Arc » De Gaulle répondant à sa femme durant son exil forcé dans une banlieue huppée de Londres.

Il y a eu deux ou trois films biographiques autour du général de Gaulle. Mais la force de ce nouveau long métrage totalement épique est d’avoir humanisé un monument national. Même quand on le ridiculise, je ne pouvais pas m’empêcher de l’admirer. Simon Abkarian l’incarne d’ailleurs avec brio. Je l’ai entendu raconter dans une interview que ses camarades de classe au Liban l’appelaient De Gaulle car il venait de France.

Un film historique burlesque qui reprend les codes de la BD

J’ai compris pourquoi ce nouveau film consacré au chef d’Etat français le plus populaire au monde plait autant au plus grand nombre. Le réalisateur du film, ancien diplomate devenu réalisateur de cinéma et auteur de BD a choisi de déboulonner la statue du commandeur avec des dialogues savoureux et drôles. Avec son épouse Bérénice Vila, qui est historienne, ils se sont basés sur la biographie anglaise de Julian Jackson pour rendre le général un peu gauche mais sacrément attachant.

L’une de mes scènes favorites du film est celle où le général anglais Spears sermonne vertement de Gaulle qui lui rétorque : « Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle » Et dans la scène d’après, comme la case de BD suivante, on voit de Gaulle au lit victime du paludisme.

Désormais, Bir Hakeim ne sera plus jamais une simple station de métro pour moi.

J’ai tout de même un petit reproche à faire à ce film : la musique magistrale tout au long du film devient quand même excessive pour décrire les seize jours de la bataille de Bir-Hakeim, dans le désert de Lybie. Je suis persuadée que les scénaristes de ce superbe film historique se sont considérablement inspirée de la série The crown sur Netflix qui raconte en six saisons le règne d’Elisabeth II d’Angleterre.

La bataille De Gaulle: savoureux comme un maxi épisode de The crown

Cette série anglaise est magistrale et elle m’a aidée à comprendre les ressorts de la seconde guerre mondiale à travers le personnage incontournable de Winston Churchill, ce fin stratège autant décevant qu’attachant. La bataille de Gaulle explique bien l’influence de son cabinet dont celle émergeante d’Anthony Eden, son successeur au 10 Downing street. Eden devra lui aussi porter la responsabilité de nombreux soldats de ses troupes lors de la nationalisation du canal de Suez en 1956 par Nasser.

Charles de Gaulle a une histoire personnelle tellement romanesque qu’il aurait été judicieux de créer toute une série historique autour de lui. Chaque ville même minuscule compte une rue à son nom. Quand je suis rentrée chez moi après le film, mon bus municipal annonçait la station Général de Gaulle…

Je vous recommande la visite de sa maison natale, rue Princesse à Lille. C’est l’une des plus belles maisons bourgeoises avec une multitude d’objets que j’ai visité.

Du livre à l'écran

De la ferme au plus grand cabaret du département : la belle revanche des Folies fermières.

Je dis merci à l’algorithme de Netflix. Il nous a proposé une charmante comédie française, Les folies fermières, adapté d’une histoire vraie dont j’avais vaguement ouï dire.

Le duo de comédie Alban Ivanov/ Sabrina Ouazani m’a convaincu et nous avons passé un bon moment divertissant. Compte tenu de la lourdeur de l’actualité, c’est appréciable.

Le résumé :

David, jeune paysan du Cantal, vient d’avoir une idée : pour sauver son exploitation de la faillite, il va monter un cabaret à la ferme. Le spectacle sera sur scène et dans l’assiette, avec les bons produits du coin. Il en est sûr, ça ne peut que marcher ! Ses proches, sa mère et surtout son grand-père, sont plus sceptiques.

Mon avis :

Une grande partie de la réussite de ce film repose sur les épaules d’Alban Ivanov. Il joue le rôle de David, un jeune agriculteur trentenaire du Cantal coincé entre son grand-père, fou à lier et sa mère qui est sacrément avare en encouragements. Pourtant porté par l’énergie du désespoir, il va se lancer dans un projet totalement fou : monter un cabaret au soin de sa ferme.

Il réussit à convaincre Bonnie, une danseuse de pole dance découragée par les mensonges de son ancien manager, de devenir la directrice artistique de son cabaret. Ce film est touchant car il montre une aventure humaine qui valorise le lien social et l’entraide,

Je ne connaissais pas du tout le potentiel dramatique d’Alban Ivanov et je dois avouer qu’il est vraiment authentique dans ce rôle d’agriculteur acculé face à ses difficultés. Il va même parvenir à reconquérir son ex avec ce projet fou de cabaret alors qu’elle le prenait pour un vrai toqué et n’hésitait pas à se moquer de lui avec la propre mère de David.

Cette jolie comédie s’appuie sur le fait qu’il s’agisse d’une histoire, une success-story dont on a bien besoin actuellement surtout dans les campagnes françaises. Cette réussite collective a été largement médiatisée au niveau national. David Caumette, l’agriculteur dont l’histoire a été portée à l’écran, a reçu plus de huit projets de films dont celui de Jean-Pierre Améris, entre autres réalisateur de la comédie Les émotifs anonymes.

Je n’ai absolument pas repéré ce film à sa sortie en salles en 2022 alors que le casting est quand même ambitieux avec des acteurs reconnus, Netflix m’a permis une séance de rattrapage bienvenue.

Cette semaine, c’est la fête du cinéma et je vous invite à découvrir de belles pépites comme La bataille de Gaulle par exemple. Les salles de cinéma ont pris une belle revanche sur les plateformes avec leurs salles climatisées et obscures prises d’assaut par ces temps caniculaires.

Cinéma

JR et Agnès Varda : Un duo créatif à la rencontre des Français en périphéries, portraiturer et rendre hommage.

Quarante ans après Christo et Jeanne-Claude, le génial JR emballe de nouveau le pont-Neuf avec une caverne monumentale. L’ouverture de ce lieu atypique est reportée car une récente tempête l’a considérablement endommagé. En attendant cet événement phare, j’ai eu envie de regarder son documentaire Visages villages coréalisé avec la réalisatrice star de la Nouvelle Vague, Agnès Varda en 2017.

J’ai beaucoup aimé l’aspect transgénérationnel de ce film (Il a 33 ans, elle 88 ans). Leur choix d’aller à la rencontre des gens de la campagne m’a rappelé la démarche photographique de Raymond Depardon qui a publié en 2010, le livre La France de Depardon, éditions Le Seuil.

Agnès Varda et JR ont sillonnés ensemble les campagnes, la France périphérique à bord du camion photomaton de l’artiste qui est une œuvre d’art en lui même. Avec ce drôle d’engin, JR réalise des collages monumentaux qu’il développe et qu’il colle sur une grange, une façade d’immeubles, en noir et blanc, la plupart du temps. Le résultat est très graphique et sacrément esthétique.

Moi qui suis une passionnée de collages depuis mes quinze ans, j’ai été émerveillée par ce beau documentaire.

Le résumé :

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air.

Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés.

Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

Mon avis :

Le film débute dans le Pas de Calais, à la rencontre de Jeannine, l’une des dernières habitantes d’un coron qui logeait toute une communauté de mineurs. Cela tombe à pic, je venais d’écrire un article sur la beauté de la victoire si symbolique du RC Lens en Coupe de France. L’émotion de cette femme qui découvre son portrait sur sa maison m’a beaucoup touchée.

Film Visages villages. DR Le pacte.

Ce documentaire est efficace car il croise le témoignage d’anciens mineurs avec des cartes postales d’époque intitulées La toilette du mineur, précieusement conservées par Agnès Varda, chez elle, rue Daguerre.

Puis ce fameux duo créatif se dirige vers le Sud de la France dans le Vaucluse. Nathalie, une serveuse de bar accepte de poser pour eux, elle devient un personnage poétique avec une ombrelle, pieds nus. JR réalise un pochoir noir et blanc à son effigie qui occupe toute la longueur d’un immeuble. Ses enfants sont fiers d’elle mais cette célébrité un peu soudaine, effraie la grande timide qu’elle est.

Un agriculteur qui gère tout seul 800 hectares de récoltes avec ses machines dernier cri est mis à l’honneur sur la façade de sa grange.

Dans une usine à risque industriel, on célèbre le travail collectif par une gigantesque mêlée de travailleurs dont un qui part à la retraite. Ailleurs, ce sont un facteur ou les femmes de dockers du port du Havre qui sont magnifiés par des portraits à échelle monumentale.

Ce magnifique documentaire m’a permis de découvrir la personnalité d’Agnès Varda, que je connaissais très mal alors que c’est une icône du cinéma français : une des rares femmes réalisatrices de l’époque de la Nouvelle vague.

Les plages d’Agnès, film de 2008

Moi aussi, j’aime passionnément faire des collages mais je préfère la couleur et les petits formats que je colle dans des carnets tous les ans. En ce moment, Paris fait honneur aux artistes qui excellent dans les collages : l’exposition Matisse jusqu’au 26 juillet au Grand Palais, JR et sa caverne au Pont-neuf qui mêle collages et land art.

Vous pouvez retrouver ici mes différents articles consacrés aux collages.

-Exceller dans les collages à l’image de Braque, Matisse ou Picasso

–J’ai testé le challenge Februllage ce mois-ci

Cinéma·Musique

Moi qui t’aimais, analyse d’une histoire d’amour sous le feu des projecteurs : le couple Signoret/Montand iconique dans les années 1950.

Il serait dommage de passer à coté de ce film Moi qui t’aimais de Diane Kurys. Il raconte l’histoire d’amour vieillissante entre Simone Signoret (Marina Foïs) et Yves Montand (Roschdy Zem), sorti en salles en octobre 2025.

Ce n’est pas un biopic de deux légendes mais le récit intime d’une histoire d’amour douloureuse mais qui tient, malgré les phrases vachardes et les infidélités.

Le film se déroule dans les années 1970 quand le cinéma français a un peu tourné le dos à Simone Signoret alors que Montand multiplie tournages et tours de chant. Elle écrit ses mémoires à cette période pour raconter son engagement international au parti communiste français et les désillusions politiques que le couple Montand connaîtra en URSS dans les années 1950.

Je n’ai vu aucun de ses films en entier mais j’ai dévoré la biographie de Signoret car elle est une des actrices les plus talentueuses des années 1950-1960, reconnue par les plus grandes récompenses du cinéma mondial.

Et surtout, elle formait un couple mythique avec Yves Montand, l’un des plus grands chanteurs et acteurs du patrimoine culturel français.

Simone Signoret a été d’une beauté éblouissante dans sa jeunesse, elle a gagné l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 et pourtant elle se morfond chez elle dans son lit en s’étourdissant dans les volutes de cigarettes et les verres d’alcool. Le film de Diane Kurys égratigne un peu Yves Montand et pourtant c’est elle, Signoret, que je ne comprends pas.

Le couple Montand/Signoret ne vieillit pas pareil et les remarques sont cruelles.

Autant lui peut se montrer rustre et jaloux de sa femme quand elle reçoit un César pour son rôle emblématique de Madame Rosa dans La vie devant soi en 1978, mais Yves Montand croit en son talent et celui de sa femme alors qu’elle tombe dans une dépression sans fond.

J’ai ressenti de la compassion pour elle quand elle souffre terriblement de son déclin physique, son visage bouffi par l’alcool et sa vue qui décline. La fameuse phrase sans doute prononcée par son mari Yves Montand ne lui laisse aucune chance de se relever de ses blessures d’âme : «C’était facile de coucher avec Casque d’or, moins de se réveiller avec Madame Rosa.»

La dignité de Simone Signoret qui a défendu Marilyn Monroe même quand elle lui vole son mari.

J’ai beaucoup aimé le début du film très original où l’on voit les deux acteurs principaux qui passent à la table de maquillage pour investir leurs personnages. C’est saisissant comme Marina Foïs ressemble à Signoret et ses yeux de chat grâce à un subtil trait d’eye liner bien dessiné. La scène suivante montre une interview de Simone Signoret et de son mari pas très naturelle où l’on questionne le couple sur son actualité : Montand tourne avec Marilyn Monroe Le milliardaire en 1960.

Le journaliste demande si Marilyn n’est pas trop capricieuse (la question con bien misogyne) et Simone Signoret qui est aussi jolie que Marilyn la défend. Elle continuera à la défendre quand Marilyn séduira son mari et que cette infidélité sera reprise par les journaux du monde entier.

Film Moi qui t’aimais. Copyright David Koskas/New Light Films

Tout au long du film Moi qui t’aimais, on sent que Simone Signoret se compare à Marilyn, la star hollywoodienne morte toute seule dans son lit à 36 ans en août 1962. Il se trouve que j’ai visité récemment la rétrospective consacrée à Marilyn Monroe à la Cinémathèque française.

Je me rend compte que c’est difficile d’être une actrice car il faut s’affranchir du regard des autres surtout quand le corps vieillit, personne ne leur fait de cadeaux.

Moi qui t’aimais était un beau film qui m’a donné matière à réflexion sur la confiance en soi qui est une denrée rare à chérir absolument. Est-ce que c’est plus facile pour les hommes ? Je me pose la question.

J’aime éperdument les biopics surtout ceux dédiés aux chanteurs comme Ray, Clo-Clo, Monsieur Aznavour ou encore Aline qui rend hommage à Céline Dion.

Comme mes grands-parents, Annette et Jean, j’ai une vraie tendresse pour les chansons d’Yves Montand. J’aime beaucoup sa voix, les paroles de ses chansons racontent un Paris d’autrefois dont je suis nostalgique même si je ne l’ai jamais connu.

Montand et Signoret sont nés la même année : 1921 mais ils viennent de milieux très différents. Simone Signoret est issue d’une famille juive bourgeoise, elle était la camarade de Corinne Luchaire, mais aussi l’élève de Lucie Aubrac au lycée. Elle vient d’un milieu privilégié parisien alors qu’Yves Montand est un immigré italien dont la famille très pauvre s’est installée à Marseille pour fuir le fascisme.

Yves Montand deviendra l’amant d’Edith Piaf qui le prendra sous son aile dans les années 1940 mais son talent fera rapidement de l’ombre à La môme. Montand va connaître une ascension sociale fulgurante en se liant d’amitié avec Jacques Prévert, le grand poète français, l’auteur des Feuilles mortes en 1949. D’ailleurs, le titre du film Moi qui t’aimais est un extrait de cette chanson emblématique :

C’est une chanson qui nous ressemble.
Toi, tu m’aimais et je t’aimais
Et nous vivions tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

Il y a deux scènes du film très touchantes où Simone Signoret voit répéter Yves Montand pour son tour de chant alors qu’il n’est plus aussi alerte qu’antan pour danser avec des claquettes.

Elle ne se rend pas à l’Olympia alors qu’il chante à guichets fermés, mais on sent toute l’admiration et l’amour qu’elle lui porte en l’écoutant à la radio sur son lit. Elle se terre chez elle dans sa maison de campagne à Autheuil car elle se déteste et se détruit à petits feux.

Quelle carrière pour Yves Montand aussi bien acteur que chanteur, engagé politiquement sur tous les fronts : il défendra les réfugiés chiliens face à la dictature de Pinochet et deviendra l’ami de Coluche.

Il s’était éloigné du music-hall à partir de 1963 à cause de tornade Johnny Hallyday qui monopolisait la scène française. Mais il triomphera à de nombreuses reprises à l’Olympia avec des chansons iconiques : A Paris, C’est si bon, A bicyclette en 1968.

Yves Montand magistral dans le rôle du Papet, personnage de Pagnol.

C’est rare un tel artiste qui excelle au cinéma mais aussi dans le domaine de la chanson, la danse… Yves Montand a joué dans trente-neuf films dont le fameux La folie des grandeurs avec Louis de Funès. Mais aussi son rôle emblématique du Papet de Pagnol dans le dyptique tragique Jean de Florette et Manon des sources réalisé par Claude Berri avec Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart dans les rôles d’Ugolin et Manon.

Yves Montand y est particulièrement méchant et odieux dans ce rôle taillé pour lui. Ses mauvais sentiments vont se retourner contre lui dans les dernières années de sa vie. La détresse de César Soubeyran quand il découvre la vérité est l’un des grands moments de cette tragédie comme Pagnol sait les écrire. Yves Montand a su capter la noirceur de ce personnage.

Il tourne ces deux films très importants de sa carrière en 1985 et 1986. Entre temps, sa femme Simone Signoret meurt d’un cancer généralisé qu’elle lui avait longtemps dissimulé comme il tournait en Provence. Elle avait 64 ans.

Depuis quelques années, Yves Montand entretenait une relation cachée avec une jeune femme beaucoup plus jeune que lui qui lui donnera son premier enfant à 67 ans. Il décède d’une crise cardiaque sur le tournage d’un film en 1991 à l’âge de 70 ans. C’était à la fois un chanteur, un danseur et un acteur : un artiste engagé politiquement.

Retrouvez-ici les autres articles de la série Toute la musique que j’aime.

Hommage à Belmondo, la Bébelmania ou la France où tout allait bien.

Cinéma·Sociologie

Juste une illusion, une autobiographie nostalgique de l’adolescence aussi réussie que La boum

Pour la fête du travail, mon mari et moi avons voulu nous récompenser de notre dur labeur de l’année avec une sortie ciné que nous attendions impatiemment : la comédie Juste une illusion, le nouveau film de Nakache et Toledano qui se déroule en 1985.

Nous avons passé un magnifique voyage dans le temps avec un film à la fois drôle et émouvant, léger et profond. Cette comédie familiale dure presque deux heures pendant lesquelles les rires fusaient scènes après scènes : le canular du grand frère pour l’exposé d’histoire est particulièrement savoureux. Pas sûr que j’aurai autant ri avec le film concurrent cette semaine : Le diable s’habille en Prada,suite.

Je pense que j’ai aimé passionnément ce film car il est inspiré des souvenirs de famille des deux réalisateurs qui sont des enfants de la seconde génération pied-noir. Ils avaient douze et quatorze ans en 1985. Cela me fait beaucoup pensé à Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, l’autobiographie de Roland Perez,

Le résumé :

Nous sommes en 1985. Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et « pas encore » un adulte, nous partageons ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux. Une comédie douce-amère sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était peut-être… juste une illusion.

Mon avis :

C’est vraiment satisfaisant de visionner une comédie française qui frise l’excellence comparée à d’autres films qui retombent comme un souffle passés les quinze premières minutes.

Mon mari et moi avons des goûts cinéma assez différents et souvent les films de Nakache et Toledano constituent un bon dénominateur commun : leurs films sont fédérateurs, ils montrent des gens qui s’engueulent pas mal et qui pourtant vont parvenir à trouver une certaine harmonie.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Les rires fusent scènes après scènes car les situations sont cocasses, les dialogues sont savoureux entre les amoureux qui se chamaillent ou les deux frères qui s’attrapent par les cheveux.

Au départ, on était un peu inquiets de la tournure qu’allait prendre le film car les parents Dayan se frittent constamment, l’ambiance est particulièrement tendue les dix premières minutes du film. A tel point que le jeune Simon se réfugie chez son camarade de classe Nino où la maman toute gentille lui prépare des lasagnes dans un calme reposant.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Il y a un malentendu qui perdure dans la famille Dayan : le père, Yves est au chômage et il joue la comédie pour donner le change face à ses enfants. Louis Garrel excelle dans ce rôle de papa paumé par la montée massive du chômage. Le running gag de sa place de parking perdue symbolise la perte de son standing social qu’il essaye de faire perdurer coûte que coûte face au gardien de la résidence : Berger, le talentueux Pierre Lottin.

Cette comédie prend une tournure romanesque quand Simon décide de séduire sa camarade de classe Anne-Karine. J’ai retrouvé les mêmes émotions que les deux films de La Boum : c’est attendrissant et les deux jeunes acteurs Simon Boublil et Jeanne Lamartine sont radieux.

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Le grand frère de Simon, Arnaud qui ne lui faisait pas de cadeau au début du film va lui être d’une précieuse aide pour le sortir de sa mélancolie amoureuse. La scène qui évoque le grand concert de 1985 au profit de l’association SOS racisme avec le logo bien connu Touche pas à mon pote est la plus belle du film.

Compte Instagram de Gaumont

Juste une illusion est sans doute la comédie française la plus attendue de l’année, il y a des tonnes de journalistes cinéma et musique qui feront des analyses au cordeau de ce film autobiographique teinté des meilleurs tubes de l’époque : Just an illusion, I’m so excited, Supreme…

Moi, ce que j’ai le plus aimé c’est la référence à la doudoune Chevignon avec le canard dans le dos qui est encore une valeur sûre des ados quarante ans plus tard. Ou encore le gag hilarant avec la VHS du vidéo-club qui joue sur le jeu de mots entre La ruée vers l’or de Charlie Chaplin et La ruée vers Laure, un film beaucoup plus confidentiel et largement oubliable…

Les références au film de Claude Lelouch, Un homme et une femme sont savoureuses : sa musique iconique Chabadabada va bien aider Simon dans sa quête de séduction de sa camarade de classe.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Pourquoi le cinéma de Nakache et Toledano est si populaire en France ?

Eric Toledano et Olivier Nakache sont amis depuis leurs seize ans, ils ont réalisé ensemble neuf films qui ont réunis plus de 30 millions de spectateurs dans les salles obscures.

J’aime autant Nos jours heureux que Tellement proches, Intouchables ou Le sens de la fête. Même Une année difficile qui a été boudé par les spectateurs est un film intéressant avec ses punchlines sur l’engagement politique.

On le sait moins mais le duo de réalisateurs est aussi à l’origine des Rencontres du papotin sur France 2, une rédaction de journalistes porteurs du spectre autistique qui posent des questions atypiques. Ils ont également réalisé un documentaire racontant l’aventure du Café Joyeux, ces cafés qui emploient des personnes trisomiques aidés par leurs encadrants. Il est grand temps que je voie leur film Hors-normes qui a ému de nombreux spectateurs.

Le duo Nakache/Toledano c’est un peu le même cas de figure qu’avec les films de Jeanne Hery (Pupille, Je verrai toujours vos visages). Ces films nous font du bien car ils sont fédérateurs dans une société française de plus en plus clivante. On attend avec impatience quel sera le sujet de leur prochain film car ça sera forcément bien.

Cinéma·Expos

Rétrospective Marilyn Monroe à la Cinémathèque, l’artiste derrière l’image

La Cinémathèque française organise une grande rétrospective dédiée à Marilyn Monroe pour fêter le centenaire de sa naissance le 1er juin 1926. On pourrait se dire, encore une exposition dédiée à Marilyn Monroe comme c’est original ?.

Et bien oui ! cette exposition orchestrée par Florence Tissot, commissaire d’exposition de la Cinémathèque s’applique courageusement à dénoncer l’instrumentalisation du glamour par les studios de Hollywood. Dominé par des hommes au regard souvent libidineux, cette industrie du cinéma considérait les actrices comme des produits de consommation : les pin-up et non des personnes à considérer. Marilyn Monroe en est l’exemple le plus frappant.

Célébrer la star, exposer l’actrice

L’exposition s’ouvre sur ses photos de jeunesse avec son petit visage juvénile. Norma Jean Baker est née en Californie la même année que la reine Elisabeth en juin 1926. De père inconnu avec une maman fragile mentalement, elle vit de foyers d’accueil en foyers d’accueil avec ce fameux trouble de l’ attachement qui la fera souffrir toute sa vie.

En 1945, elle divorce de son premier mari qu’elle a épousé de manière très précoce et elle quitte sa condition d’ouvrière. En 1946, elle signe son premier contrat de mannequin avec la Fox qui en fera une petite starlette dont les hommes punaisent les posters comme Joan Harlow, Rita Hayworth avant elle : ce sont les fameuses pin-up.

Une beauté très normée par les hommes où l’on met en rivalité les actrices : la blonde, la rousse…

Sa transformation physique ne se fait pas sans douleur. Cette énorme machine à permanente exposée judicieusement pourrait s’apparenter à un outil de torture, on demandait aux jeunes femmes de se faire replanter la racine des cheveux ou on leur fracturait volontairement la mâchoire selon des critères de beauté très normés.

Ne manquez pas l’extrait vidéo où Jane Fonda et Kim Novak toutes jeunes à l’époque racontent comment on a instrumentalisé leur beauté naturelle pour en faire des poupées. S’en suit un extrait de la série Madmen, datée de 2006, totalement édifiant…

La série se déroule dans une agence publicitaire à New-York où les hommes classent le physique des femmes qui travaillent avec eux comme des Jackie ou bien des Marilyn. Ils aiment bien les seins en forme d’obus.

J’utilise volontairement cette métaphore à l’artillerie lourde car l’armée aura une grande incidence pour la notoriété à vitesse grand V de Marilyn. En 1954, en plein voyage de noces avec Joe di Maggio (il devait être content, le pauvre), elle se rend en Corée pour remonter le moral des troupes américaines en chantant ses meilleurs tubes devant des milliers de soldats dont Diamonds are a girl’s best friend.

C’est un standard de jazz américain issu du film musical Les hommes préfèrent les blondes dans lequel jouait Marilyn en 1953. L’Histoire retiendra sa célèbre robe rose avec des diamants Tiffany’s ou Harry Winston. Par la suite, elle sera reprise par Madonna avec son iconique clip Material girl en 1985 ou encore Nicole Kidman qui jouera la courtisane Satine dans le film Moulin rouge en 2001.

Une amitié avec Ella Fitzgerald fondée sur la solidarité féminine.

Marilyn a tous les talents car elle est aussi chanteuse. Elle deviendra l’amie d‘Ella Fitzgerald, une légende de la musique jazz noire-américaine dont ma grand-mère Annette m’a rabattu les oreilles pendant des années tellement elle la trouvait talentueuse. Malheureusement, la voix d’Ella n’est pas reconnue à sa juste valeur, elle souffre du racisme et de la misogynie des directeurs de cabarets. Ils la boycottent à cause de son poids et de sa couleur de peau.

Marilyn Monroe qui était tout sauf une blonde idiote prit son téléphone pour leur proposer un arrangement avantageux : elle leur offre sa notoriété en assistant aux concerts au premier rang. Cette belle anecdote de solidarité féminine est décrite dans le beau roman que je suis en train de lire Marilyn et Ella,éditions Harper collins.

Pourquoi j’ai de l’affection pour Marilyn Monroe

Mon premier souvenir de Marilyn Monroe remonte à mes dix ans, en cours de gravure à l’école des Beaux-arts de Valence. J’ai découvert son visage lors d’une initiation au pop art d’Andy Warhol et à la technique de la sérigraphie. Puis dans mon adolescence, j’ai collectionné les produits dérivés de l’icône Marilyn, en particulier un sac à main avec une photographie en noir et blanc de l’actrice que j’avais acheté à Magic system, un magasin de vêtements à la mode à Valence.

Je connais un peu sa filmographie mais j’étais incollable sur ses photographies et ses robes, j’avais l’impression de retrouver de vieux souvenirs. La scénographie du lieu est très réussie : les rideaux rose poudré associés à la moquette dans certaines pièces pour créer une ambiance d’alcôve féminine avec ses photos et ses objets fétiches comme une bouteille de parfum Chanel n°5.

Je me suis attachée à elle car je la trouve marrante avec ses mimiques, c’est une bonne actrice de comédie.

Elle me touche beaucoup dans ses photographies où elle arbore un look sage de new-yorkaise branchée. On aurait tellement envie qu’elle s’en sorte.

Malheureusement, malgré la notoriété et l’argent qui coulait à flots, l’histoire de cette légende du cinéma va se finir tragiquement : un suicide sans doute lié à la pression de vilains bonhommes louches du clan Kennedy.

Oui les mêmes que ceux qui étaient encensés dans la biographie historique La cuisinière des Kennedy, éditions Les escales. Comme quoi, on peut être adorable avec sa cuisinière française qui prépare des bons petits plats et les plus gros mufles du monde avec une maîtresse que l’on se partage.

La société américaine dans son ensemble était totalement schizophrénique dans les années 1950 : très puritaine mais totalement obsédée par la sexualité après la seconde guerre mondiale. C’est très bien expliqué dans le roman historique Donut girl de Lauriane Bordenave que je viens de lire, éditions Les escales.

Portrait de Marilyn Monroe par Richard Avedon,

Les actrices victimes du male gaze : le regard libidineux voire lubrique des hommes qui rapportent des sommes astronomiques aux médias et aux studios.

Cette exposition m’a fait longuement réfléchir au sujet des pièges de la beauté physique, de la starification des femmes sur leur apparence. Etre très belle ne suffit pas, c’est l’intelligence, la répartie et la confiance en soi qui permettent à une femme d’être prise au sérieux surtout dans la société patriarcale.

Dans l’Ancien testament, il est dit « Ton cœur s’est enorgueilli à cause de ta beauté. » (Ezékiel 28.17) : la beauté morale prime sur la beauté physique. Même quand ce sont de gentilles personnes avec les autres, on les cantonne à leur apparence.

J’ai beaucoup pensé à Loana Pétrucciani disparue fin mars ou encore à Brigitte Bardot ou Lady Diana qui ont de nombreux points communs avec Marilyn Monroe. Elles ont été harcelées car elles ont vécu une notoriété soudaine où l’on se permettait de faire des critiques sur leurs corps, leurs émotions. Quel lourd fardeau d’être star, il faut avoir un mental d’acier pour ne pas sombrer.

Expo Marilyn Monroe, Cinémathèque française jusqu’au 26 juillet 2026, rue de Bercy, fermeture les mardis et le 1er mai, 14 € plein tarif, 11€ tarif réduit, programmation spéciale pour la nuit des musées le 23 mai.