BD & romans graphiques

Jeu, set et match pour la BD Suzanne : l’histoire d’une légende du tennis.

En juin dernier, j’ai eu la chance extraordinaire de pouvoir passer une journée à Roland Garros, le temple parisien du tennis international. Ce tournoi où se pressent les acteurs et autres influenceurs car c’est le lieu où il faut être vu au mois de mai à Paris.

Même Emily in Paris choisit Roland-Garros pour y tourner une scène de la série. D’ailleurs la mode sportive a une grande place à Roland-Garros avec les boutiques Lacoste, du nom d’un des trois mousquetaires du tennis des années 1930.

Et les jeunes touristes asiatiques et américaines portent des jupes plissées et des chaussettes de tennis à mi-mollets comme une célèbre Suzanne Lenglen.

Suzanne Lenglen était une tenniswoman qui a marqué son époque par son jeu audacieux mais aussi sa personnalité pugnace et téméraire et son sens de la mode alors que les Années folles battaient leur plein.

D’ailleurs à Roland Garros, j’ai été marquée par son empreinte légendaire un siècle plus tard. Il y avait d’ailleurs une grande statue d’elle devant le court qui porte son nom.Ses tenues ont même inspiré l’architecte du toit couvrant son court. En 2021, Dominique Perrault a imaginé un toit retractable suivant les volutes de ses jupes plissées imaginées par Jean Patou dans les années 1920.

C’est peu dire que Suzanne Lenglen est une personnalité iconique et ce beau roman graphique tombait à pic pour mieux connaître son histoire.

Suzanne, Tom Humberstone, Editions Ankama, 201 pages, 21.90€

Le résumé :

Bien avant de donner son nom au deuxième plus grand court de Roland-Garros, la joueuse de tennis Suzanne Lenglen fut une immense championne, peut-être la plus importante de l’histoire du sport féminin. Au-delà de son palmarès, « la Divine », comme elle était surnommée pour son style de ballerine et ses airs de diva, a révolutionné son époque et son sport, incarnant à la perfection l’énergie sans limite des Années folles.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé lire ce roman graphique très réussi. Il reconstitue avec brio l’intensité de matchs de tennis à très haut niveau. Tout au long de la lecture, on sent une tension permanente tant le rythme de narration est soutenu. Il est à l’image de la sportive qui a vécu une vie à 1000 kms/ heure. Peut être est-ce lié au fait qu’elle a terminé sa vie sur les rotules, terrassée à 39 ans par une leucémie foudroyante ? .

La force de ce roman graphique est de raconter l’ascension sportive d’une jeune femme persévérante qui a réussi à révolutionner un sport grâce à son jeu très énergique et gracieux. C’est une lecture très dense, je le redis. Elle nous plonge dans l’intensité d’un match de tennis au moment de la balle de match.

Ce type de narration est voulu et c’est très réussi. Ensuite le récit est divisé en cinq grands chapitres avec des sous titres bien utiles pour suivre la chronologie de la carrière de Suzanne . On constate bien que Suzanne a eu une relation un peu ambivalente avec son père qui est rapidement devenu son entraîneur. Cela semble être une constante dans le tennis : Richard Williams et ses filles Venus et Serena, le père de Mary Pierce, la mère de Martina Hingis …

J’ai beaucoup aimé ce roman graphique qui ravira les passionnés de tennis. Mais j’ai un peu regretté le manque de profondeur psychologique de cette BD. Les sentiments de Suzanne sont peu développés, on la présente comme une machine de guerre qui remporte trophée après trophée.

Peut être que c’est la réalité, une sportive qui met ses émotions dans sa poche pour bâtir une telle carrière sportive. J’ai aimé son style de jeu, ses tenues sportives tellement iconiques mais j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages de l’histoire, Suzanne en tête.

La vraie valeur ajoutée de ce roman graphique est le beau dossier documentaire à la fin du livre avec photographies d’archives en noir et blanc ainsi que les gravures de mode de Jean Patou.

Il faut souligner que Suzanne Lenglen fut l’une des premières sportives à intégrer le star-system. Elle n’a pas seulement révolutionné le tennis, elle a aussi porté des tenues audacieuses et raffinées sur le court. Suzanne fut une ambassadrice de la mode française et cela compte !

C’est un très beau roman graphique qui nous plonge dans l’atmosphère tellement inspirante de la Belle époque puis des années folles. Le tennis était un sport de privilégiés qui se jouait dans de beaux endroits comme Wimereux, la French Riviera, Nice, Le Touquet.

De nombreux Anglais venaient profiter du soleil de la Côte d’Azur dans les années 1920. Qui sait peut être que les rentiers de Downton Abbey ont eu l’occasion de voir jouer Suzanne Lenglen à Wimbledon ? .

Retrouvez ici mes précédentes chroniques de BD et de romans graphiques ici :

Dali avant les moustaches, un biopic surréaliste signé Julie Birmant et Clément Oubrerie

-Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD, éditions La boite à bulles

Dulcie, portrait en BD d’une militante anti-apartheid, éditions Futuropolis

Droits réservés La boite à bulles
BD & romans graphiques

Dali avant les moustaches, un biopic surréaliste en BD

Quelle joie pour moi de découvrir que le duo de talent Birmant/Oubrerie s’est lancé dans l’écriture d’un biopic BD de la vie de Salvator Dali, douze ans après la série consacrée à Pablo Picasso. Les peintres avant-gardistes espagnols ont la côte !

Leur projet s’est même sacrément étoffé et il a gagné en qualité puisque les couvertures des deux premiers tomes de Dali sont saisissantes de beauté et d’efficacité. Bien évidemment, je vais leur consacrer un petit encart dans ma nouvelle rubrique Emballée par la couv.

Revenons pourtant à Salvador !. Cette série BD est exceptionnelle car on le reconnait tout de suite même sans ses moustaches dans sa jeunesse. Le génie de ces biographies BD que ce soit pour Picasso ou Dali est de montrer l’évolution psychologique de l’homme, artiste en devenir.

Ils sont géniaux et précurseurs mais ils sont surtout sacrément fougueux et exaltés. Ce sont leurs emportements permanents, leurs tourments qui rendent leur vie romanesque.

J’aime ces biographies BD pour le trait génial de Clément Oubrerie. On reconnait tout de suite les peintres des avant-gardes. La palette chromatique est tellement belle.

Ce dessinateur sait magnifier le Paris perdu entre 1900 et 1930 avec ses monuments des expositions universelles disparus, sa vie de bohême entre Montmartre et Montparnasse…

J’ai étudié l’histoire de l’art au lycée puis à l’Ecole du Louvre. Dali et Picasso sont des peintres avant -gardistes mais aussi des célébrités du star-system. On les connait pour leurs innovations picturales mais aussi pour leurs personnalités volcaniques, leurs muses et leurs coups d’éclat.

Ces albums plairont au grand public comme aux connaisseurs d’histoire de l’art. C’est un vrai régal de lire une BD qui magnifie nos imaginaires, qui fait référence à des connaissances apprises pendant notre scolarité.

Droits réservés éditions Dargaud

Et puis ce duo Birmant/Oubrerie donne aussi de l’importance aux personnages de l’ombre comme Fernande Olivier, la première femme de Picasso ou bien Gala, la muse de Dali.

Dali, tome 1 : Avant Gala, Julie Birmant et Clément Oubrerie, 88 pages, septembre 2023, 20.00€

Le résumé :

Nous sommes en 1930 dans l’atelier de Picasso de la rue de la Boétie. Arrive Éluard, radieux. Dali dîne enfin avec sa femme, Gala. « Éluard n’est pas jaloux ? ? Non. », répond le poète.

Picasso est sidéré et met en garde son ami : pour lui, Salvador Dali, du haut de ses 25 ans, est un drôle de coco, vieux et jeune à la fois, un peintre au talent sidérant, à l’intelligence vrombissante, prêt à tout…

Et Picasso de croquer Dali en chat Mephisto, un chat qui prend vie, se frotte aux jambes d’une Gala qui se baisse et le caresse, et le chat aussitôt de l’emmener avec lui dans son passé, sa jeunesse, et pour commencer à Figueras, ville de Catalogne.

Feuilletez l’album ici

Dali, tome 2 : Gala, Julie Birmant et Clément Oubrerie, 88 pages, août 2024, 20€

Le résumé :

Paris. 1929. Salvador Dali s’enfuit avant la projection du « Chien Andalou » qu’il a co-écrit avec son ami Buñuel. Ignorant tout du succès retentissant du film, il quitte Paris, en quête de gloire et de femmes, et embarque ses angoisses avec lui pour retrouver sa catalogne natale. Cet été là, à Cadaquès, il fait la rencontre de Gala Eluard dont l’obsédante existence va changer sa vie.

Feuilletez l’album ici

J’espère que cet article vous aura permis de belles découvertes BD qui se prolongeront par une visite du musée de Montmartre. En 2014, le musée avait organisé une superbe exposition Picasso à Montmartre autour de l’univers de la BD. J’avais beaucoup aimé la maquette du quartier et les crayonnés de la BD. L’exposition se terminait par un audio d’époque où Fernande Olivier, très âgée racontait ses souvenirs de 1900.

Et puis je pense qu’une visite en Catalogue va bientôt s’imposer à nous pour notre prochaine escapade en famille. J’ai visité le musée Dali de Figueras il y a une vingtaine d’années et c’était une visite inoubliable en raison de l’architecture exceptionnelle du lieu.

A quand une série BD sur l’oeuvre d’Antoni Gaudi, un autre génie de l’histoire de l’art en Espagne ?

Retrouvez ici mes précédentes chroniques BD :

Guernica, un plaidoyer pour la paix, éditions La boite à bulles

-Ana Ana, la poésie de l’enfance, éditions Dargaud.

Droits réservés La boite à bulles
BD & romans graphiques·Sociologie

Dulcie, portrait en BD d’une militante réduite au silence par un déferlement de violence.

J’ai découvert ce roman graphique à la médiathèque de Fontenay sous bois où je vis. Sa couverture rouge et son titre : Dulcie sont très efficaces. Le prénom de cette militante de l’ANC est tendre comme un bonbon et pourtant le système contre lequel elle milite n’a rien de doux.

Dulcie, Du Cap à Paris, enquête sur l’assassinat d’une militante anti-apartheid. Textes de Benoît Collombat et dessin de Grégory Mardon, Futuropolis, 304 pages, 26€

Armement nucléaire, « escadrons de la mort », attentats terroristes…, le long processus de libération de Nelson Mandela et son accession à la présidence sud-africaine le 9 mai 1994 n’a pas été un beau chemin bordé de roses pour les militants de l’ANC. D’ailleurs, Dulcie ne verra pas Nelson Mandela président car elle sera assassinée deux ans plus tôt… à Paris sous le mandat de François Mitterrand.

Quelques jours après avoir découvert cette BD à la médiathèque, je parcours les rues de la Courneuve un dimanche matin dont une qui s’appelle Dulcie September comme de nombreuses rues en France… Par curiosité, je regarde la plaque pour regarder l’âge à laquelle est morte comme tant de vieilles dames résistantes. Et là stupeur, je découvre qu’elle est morte à 52 ans, assassinée dans les années 1990 dans un quartier sécurisé de Paris.

J’ai éprouvé beaucoup de colère à ce moment là, la France ce n’est pas le Far-West ! Quelle impuissance de ne pas avoir su protéger une réfugiée politique. Mais Dulcie était-elle vraiment en sécurité en France?. Derrière l’assassinat de Dulcie September, se dessine un véritable polar géopolitique, où l’argent et le cynisme font la loi.

J’ai découvert les éditions Futuropolis en travaillant au festival du livre de Paris sur le stand des éditions du musée du Louvre, son co-éditeur. Depuis vingt ans, les musées d’art et la bande dessinée font bon ménage dans une collection.

Cela a même donné lieu à une exposition au musée de la BD à Bruxelles : Bulles de Louvre en 2022. Je vous recommande L’ile Louvre de Florent Chavouet qui raconte la vie quotidienne au musée du Louvre, une île refuge pour des millions de touristes…

Futuropolis, un éditeur engagé qui fête ses 50 ans en 2024

Je vous recommande cette maison d’édition qui est une référence BD pour moi. J’aime énormément les biographies et les récits singuliers comme il les appelle. Futuropolis c’est l’éditeur d‘Etienne Davodeau qui a dessiné et écrit Lulu femme nue porté à l’écran par Karin Viard… J’ai bien envie de lire Jesse Owens, des miles et des miles de Gradimir Smudja.

Enfin, écrire cette chronique de BD sur le militantisme d’une femme contre l’apartheid m’a paru important dans le contexte politique très clivant que nous vivons actuellement.

J’avais envie de lister les différentes BD et romans graphiques qui ont nourri mon rejet de la xénophobie, des idées mortifères où les étrangers et les chômeurs sont pris pour les boucs émissaires … C’est le rôle de la BD de nourrir notre intelligence et notre esprit critique…

Missak et Méliné Manouchian, reconnus par la nation pour leur résistance face à la haine.

Retour à Ravensbruck, le récit de déportation de Ginette Kolinka qui m’a émue aux larmes

Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD

Droits réservés La boite à bulles
BD & romans graphiques

Spoiler alert, j’ai vidé la boite de mouchoirs avec la lecture de ces trois BD : émotion garantie

J’y suis allée un peu fort avec le titre de cette article. Le rôle de ces BD n’est pas de faire pleurer dans les chaumières. Ca, ça s’appelle le pathos, et nous sommes nombreux à détester ça. Mais la lecture sert à réfléchir, mais aussi à émouvoir.

Le point commun entre ces trois BD c’est le lien social, l’amour triomphant par la transmission du devoir de mémoire, l’adoption d’un enfant… L’amour du prochain résiste face aux guerres contemporaines, la déportation massive de tous ceux qui ne convenaient pas aux nazis dans les années 1940…

J’ai trouvé ces trois BD de qualité à la médiathèque de Fontenay sous Bois, ma ville, et j’en profite pour saluer le travail de ces pros des métiers du livre pour ces choix pertinents.

Retour à Birkenau, par Ginette Kolinka, dessiné par Efa, Cesc et Sole, écrit par JD Morvan et Victor Matet, Albin Michel, 112 pages, 21€90

La couverture de cette BD est vraiment splendide, elle résume à la perfection les flash backs permanents qui émaillent ce récit de déportation. Il est difficilement soutenable mais avec la douceur et l’humanité de Ginette, 99 ans qui transmet son histoire à des collégiens, on reprends courage pour oser dire non à la sauvagerie et au tyrannisme.

J’ai une tendresse particulière pour cette petite dame dont il émane une force de caractère exemplaire sur les plateaux de télévision où elle vient parler de ses livres. La dernière émission en date : Les rencontres du papotin sur France 2 m’a émue aux larmes. D’ailleurs la bande dessinée se termine de la même manière. Avec une chanson de Téléphone, Un autre monde car son fils Richard est le batteur de ce groupe emblématique.

L’adoption, tome 1 : Wadji et tome 2 : Les repentirs, Zidrou et Monin, éditions Grand angle

Je n’ai pas encore décidé si je lirai les trois autres volumes de cette série sur différentes adoptions d’enfants du monde. Mais il est sûr que l’histoire de Wadji, petit yéménite de dix ans et de sa famille adoptive à Nantes m’a beaucoup parlé.

J’ai fermé le premier tome un peu révoltée par ma lecture face à ce gâchis relationnel, fait d’incompréhensions à cause de la guerre qui détruit tout sur son passage.

Une phrase de l’éditeur résume vraiment très bien l’histoire : quand on a connu le pire, il faut un peu de temps pour s’habituer au meilleur.

« Jusqu’à présent, sa mère s’appelait « Guerre » et son père « Exil ». Maintenant, ils ont pour nom « trahison » et « abandon » « . C’est ainsi que commence le tome 2 : Les repentirs. Je ne vais pas vous raconter l’intrigue mais j’ai été vraiment très touchée par l’amour que déploie cette famille adoptive pour un petit garçon qu’elle connait à peine et qui a du mal à s’attacher à eux.

Il y a toute une galerie de personnages qui vont s’entraider pour retrouver ce petit gosse fugueur qui ne sait pas qu’il est aimé. C’est une histoire qui valorise le courage qu’on va chercher au plus profond de soi pour les siens et j’ai pleuré bien évidemment !.

Je suis une grande fan des BD scénarisées par Zidrou notamment la série Les beaux étés avec cette famille belge qui descend dans le Sud de la France chaque été sur une décennie.

Je vous recommande les albums des maisons d’édition Dargaud et Grand angle. Pour moi, ce sont les meilleurs dans le domaine.

Retrouvez ici d’autres chroniques de BD du blog Le bal littéraire des sardines :

-Jamais , lutter contre l’érosion des souvenirs

Guernica, un plaidoyer contre la guerre en BD

Droits réservés La boite à bulles
BD & romans graphiques·Biographies et autobiographies

Missak et Mélinée Manouchian, reconnus par la Nation française pour leur résistance face à la haine.

Missak Manouchian est le résistant dont je connais le mieux l’histoire car je viens de Valence dans la Drôme, où vit depuis 1919 une importante communauté arménienne. J’ai étudié en cours d’histoire-géo en terminale, sa fameuse lettre d’adieu écrite à sa femme Mélinée avant d’être exécuté au mont Valérien avec son groupe de résistants, il y a quatre-vingt ans.

Je suis vraiment ravie de son entrée ainsi que celle de sa femme au Panthéon que je trouve très symbolique, c’est une vraie reconnaissance pour l’amitié franco-arménienne. Il se trouve que je vais pouvoir voir un petit bout de la cérémonie mercredi car je travaille juste à coté.

J’avais beaucoup aimé l’ambiance dans les rues pour l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker en novembre 2021. Les résistants ne sont pas oubliés par la Nation, même quatre-vingt ans après la fin de la seconde guerre mondiale.

J’ai découvert cette BD grâce au journal municipal de ma ville : Fontenay sous bois, une ville historiquement communiste. Je remercie beaucoup les éditions des Arènes pour l’envoi de cette BD en service de presse.

Missak Manouchian, une vie héroïque de Didier Daeninckx et Mako, éditions Les Arenes,120 pages, 22€

Ecrite par Didier Daeninckx et illustrée par Mako, cette BD a été coéditée par le ministère des armées, un éditeur de livres un peu atypique souvent présent au festival du livre de Paris.

Le graphisme de ce roman graphique est très réussi. Le dessinateur Mako est parvenu à saisir toute la gravité du personnage principal mais aussi la laideur de l’époque, défigurée par la haine et la délation à tout moment.

J’ai énormément apprécié la structure de cette bande dessinée avec le recours aux grandes affiches de cinéma de l’époque pour faire une pause visuelle dans le déroulé de l’histoire.

Beaucoup de BD et de livres ont été écrits sur le groupe Manouchian ces dernières années mais j’ai aimé que cette BD reflète la société avec cette propagande omniprésente dans les rues. L’affiche était alors une véritable arme de guerre dans les rues.

La visée de cette BD est bien entendu d’être un support pédagogique pour les publics scolaires et dans les musées.

L’équipe qui a conçu cette BD va faire une tournée des musées avec une série de conférences au musée de la Libération, place Denfert Rochereau à Paris ( le mercredi 13 mars) ou bien au centre du patrimoine arménien à Valence entre janvier et mars 2024.

En 2019, j’avais chroniqué une BD historique formidable: Guernica de Bruno et Corentin Loth, éditions La boite à bulles. Toute ma scolarité, j’ai beaucoup aimé les cours d’histoire-géographie. Ils m’ont permis de sauver les meubles sur bon nombre de bulletins scolaires car c’était ma passion.

Mais le vrai passionné de la seconde guerre mondiale, c’était mon frère Ugo qui a gagné de nombreuses fois un prix du concours national de la Résistance et de la déportation. Il a visité tous les sites majeurs : Ouradour sur Glane, un camp de concentration en Alsace, les plages du Débarquement…

Moi, je suis plus sensible aux romans graphiques, aux oeuvres de street art vues par tous et les plaques qui nomment les rues (le nom de ma rue est celui d’une grande résistante française) pour entretenir le devoir de mémoire. J’aime aussi énormément les pochoirs de C215 et son engagement pour les prisonniers, les résistants, l’Ukraine…

Retrouvez ici les précédents articles que j’ai écrit sur les biographies marquantes de la Seconde guerre mondiale.

Une vie heureuse de Ginette Kolinka, ne pas laisser la déportation noircir toute une vie.

Aux grands hommes et femmes, la Patrie reconnaissante

La fresque de street art à Belleville pour célébrer l’entrée au Panthéon des résistantes Germaine Tillion et Genevieve Anthonioz-De Gaulle.

BD & romans graphiques

Les films et les livres lus et vus pendant les vacances de Noël

J’ai beaucoup aimé mes congés de Noël cette année avec une escapade de trois jours à Marseille en famille et ensuite le reste de la semaine à Paris.

J’ai été bien inspirée de ne pas aller m’aventurer à Paris pendant les fêtes. Nous sommes restées avec ma fille dans ma bonne vieille ville de Fontenay sous Bois à aller au bowling, à la médiathèque…

J’ai pas mal blogué, dessiné dans mon bullet journal et profité de bonnes soirées devant notre vidéoprojecteur à rattraper ma pile à films.

Les films que j’ai vu pendant les vacances de Noël.

Chicken run, la menace nuggets, sortie sur Netflix le 15 décembre.

J’ai vu Chicken run en 2000 avec mon frère et mon père pour l’inauguration du multiplexe Pathé dans notre petite ville de Valence. Moi je ne suis pas trop Disney, ni Marvel, ni Pixar mais j’éprouve une tendresse particulière pour ce dessin animé en pâte à modeler. Il vient des studios anglais de Bristol, ceux qui ont vu éclore Wallace et Gromit ainsi que Shaun le mouton.

Il raconte comment une communauté de poules ont fomenté un plan pour échapper de leur poulailler aux allures de camp de concentration. En 2023, Ginger, Rocky et leurs amis reviennent sur Netflix avec une suite : La menace nuggets.

C’est toujours la même trame mais le scénario fonctionne toujours aussi bien. J’aime particulièrement cet univers de la débrouille avec des objets du quotidien réemployés avec brio pour réussir une fuite rocambolesque. J’ai fait une vraie boulette en montrant ce dessin animé à ma fille qui n’a pas encore cinq ans. La fermière Mme Tweedy est tellement effrayante qu’elle en a cauchemardé trois soirs d’affilé.

Droits réservés Netflix

Première année avec Vincent Lacoste et William Lebghil réalisé par Thomas Lilti en 2018

J’ai tardé à voir ce film car les premières années d’université ne sont pas un excellent souvenir pour moi. Je me suis davantage régalée une fois reçue en DUT métiers du livre.

Le thème du film était donc beaucoup plus agréable à suivre, quinze ans après les bancs de l’université pour moi. J’ai bien pensé à mes copines Marie, Mebru, Rebecca qui étaient avec moi au lycée et au foyer la Vigie quand elles me racontaient leur quotidien d’étudiantes en médecine.

Les deux personnages principaux jouent très bien (grande admiration pour Vincent Lacoste), c’était bien mieux que les Beaux gosses mais je sors mitigée de cette soirée cinéma pendant les vacances. A part que c’est une année de vie très difficile pour de très nombreux jeunes, je n’ai pas décelé de vrai message dans ce film.

Cependant, je suis admirative de mes cousins Léna, Robin et Marine qui ont réussi ce rite de passage terrible et en faire un métier si utile dans notre société.

Les trois mousquetaires : D’Artagnan, première partie avec François Civil, Pio Marmaï, Romain Duris, Vincent Cassel, Eva Green, Lyna Khoudri, réalisé par Martin Bourboulon

En juillet dernier, je suis allée voir avec mes collègues de travail une exposition formidable La haine des clans au musée de l’Armée. Elle raconte comment les rivalités politiques et religieuses entre protestants et catholiques ont mis la France à feu et à sang au 16eme siècle.

Cela m’a donné envie de voir l’adaptation cinéma du roman d’ Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires avec un casting des meilleurs acteurs français actuellement. Les trois mousquetaires a été adapté au cinéma une trentaine de fois. A quoi bon une adaptation de plus ? On connait l’histoire par coeur et pourtant on s’y replonge avec plaisir car c’est une histoire familière.

Avec mon frère, on adorait regarder un dessin animé Albert le 5eme mousquetaire sur France 3 qui m’a donné la passion de l’ Histoire de France. J’ai beaucoup aimé cette première partie D’Artagnan pour le suspens procuré par l’histoire, François Civil et Vincent Cassel tirent leur épingle du jeu.

On se passionne pour les ferrets de la reine et ce qu’ils vont devenir. Les scènes tournées dans la cour du Louvre ou au Val de Grâce sont époustouflantes. J’ai hâte de voir le second volet : Milady. Ce premier film a séduit plus de 3 millions de spectateurs dans les salles obscures.

C’était vraiment le bon film, familier pour convaincre les Français de retourner au cinéma après trois ans de pandémie.

Les livres que j’ai lu

Un destin sauvage, si sauvage d’Inga Vesper, éditions de la Martinière

Son précédent livre Un long, si long après-midi était agréable à lire sans être un chef d’oeuvre. Mais j’ai quand même voulu lire le second livre d’Inga Vesper. Il raconte deux trajectoires d’une grand-mère et sa petite-fille.

Cornélia est une jeune veuve de 40 ans qui tire un peu le diable par la queue pour élever sa fille unique tout en maintenant à flots un motel miteux dans un désert américain dans les années 1930, après la ruée vers l’or. Sa mystérieuse disparation va avoir des conséquences directes dans la vie de sa petite fille Glitter qui a installé dans ce motel une communauté hippie totalement rebelle à l’autorité.

J’ai choisi de parler de ce livre ici dans cette sélection non pas pour sa qualité littéraire que j’ai trouvé sommaire mais pour le thème qu’il porte. La relation conflictuelle entre ces jeunes hippies et leurs parents m’a beaucoup questionnée. C’est vraiment le choc des générations entre deux époques aux Etats-Unis.

Les parents nés dans les années 1930-1940 passent vraiment pour de vieux boomers et leurs enfants n’ont plus le moindre respect pour eux. Ils voient une dictature fasciste de partout, l’amour libre ne leur apporte pas seulement épanouissement et liberté : les filles sont terrorisées que la dope les aient conduit à des relations sexuelles débridées et à risque…

Cela m’a fait immédiatement pensé à une autre de mes lectures marquantes en 2022 : Toujours là pour toi de Kristen Hanna , adapté par Netflix. On tord le cou à l’image du gentil hippie pacifique avec les personnages de Cloud, Glitter , Automn…

Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal, Gallimard

Je n’ai pas lu ce roman jusqu’au bout car le style littéraire était bien trop frénétique pour moi. Mais j’ai admiré la manière dont l’auteure sait raconter une jeunesse marseillaise avec sa fougue, ses rêves et son dynamisme.

Elle décrit une réalité sociologique qui perdure : la volonté de s’offrir des sensations fortes, goûter aux risques dans l’un des plus beaux endroits de France : La corniche Kennedy à Marseille.

J’espère qu’en 2024, je parviendrai à lire plus de romans car cela me détends bien dans les transports en commun. Voici le blog qui m’aide bien à choisir des histoires de qualité : My little pretty books. J’ai commencé de lire Le cactus, les piquants sans la fleur de Sarah Haywood.

Plus que de courir à droite à gauche faire des activités en ville, ce sont véritablement les films et les moments lecture qui ont nourris mes vacances.

Et vous quels sont vos pépites livres et films pendant ces congés de Noël ? Est ce que Lagaffe et Astérix étaient au pied du sapin familial cette année?.

Retrouvez ici les précédents articles du blog :

-Comment je me suis convertie à la consommation de seconde main.

Noël au pays des creches

-Commencer 2024 par un bilan de 2023

Si vous avez envie de rejoindre la boite à sardines. C’est possible de s’abonner au blog en haut à droite !

BD & romans graphiques

Que valent les retours en librairies de Gaston Lagaffe et Astérix?

Cet automne, l’actualité littéraire est marquée par les sorties en librairie des albums de deux locomotives du 9eme art : Astérix (tiré à 5 millions d’exemplaires) et Gaston Lagaffe (800 000 exemplaires édités par Dupuis.

Derrière la bataille des chiffres de vente dont raffolent les journalistes, se cachent des générations de lecteurs comme moi qui ont découvert la passion de la lecture avec Gaston à 7 ans. Avec mon frère, on décalquait les dessins d’Obélix pour faire comme Uderzo…

La qualité du trait graphique : avantage Gaston.

Quand j’étais enfant, j’ai eu un vrai coup de coeur pour l’univers de Gaston Lagaffe : le petit chat tellement mignon, la mouette rieuse, Mademoiselle Jeanne l’amoureuse éperdue, la vieille voiture antique totalement foutraque, le gendarme fou Longtarin, son instrument de musique aux sonorités et aux vibrations insoutenables, ses inventions géniales…

Et surtout cette mise en abyme d’un bureau de dessinateurs de BD. Gaston et Spirou sont les meilleurs ambassadeurs de la BD belge dans le monde entier.

Je pense sincèrement que c’est la lecture de Gaston Lagaffe qui m’ a donné envie de travailler dans une maison d’édition.

André Franquin était réputé pour son sens du rythme pour que les gags qu’il dessinait aient une forme de dynamisme inégalée, sa ligne claire était reconnue dans le milieu de la BD. Cela donna à son successeur québécois Delaf une sacrée pression : quatre ans de travail pour quarante-quatre pages de gags.

Le retour de Lagaffe est donc une réussite : Delaf n’a pas commis d’impair mais cela reste quand même une succession de gags en entreprise tel une compilation d’anciens albums.

Cependant, j’ai bien aimé la chute de l’album avec ce personnage du dessinateur raté qui tire son épingle du jeu…

L’originalité du scenario : avantage Astérix avec ce nouveau album L’iris blanc.

Enfant, je lisais comme tout le monde Astérix mais sans réel attachement aux personnages comme celui que j’avais pour Le petit Spirou, Les Tuniques bleues, Gaston Lagaffe, Natacha, Benoit Brisefer…

J’ai redécouvert le plaisir de lire Astérix il y a quelques années avec les albums de Jean-Yves Ferri et Fab Caro. Pourtant les premières pages de l’Iris blanc. Je trouve sa palette chromatique un peu moche, le César de Vincent Cassel au cinéma avait un port beaucoup plus altier.

Mais la qualité du scénario de l’Iris blanc m’a bluffée. On retrouve totalement le regard critique de Goscinny et Uderzo sur la société de leur temps et les travers de leurs contemporains. Ce nouveau album s’amuse de la parole bienveillante totalement galvaudée au détriment de l’esprit critique et de l’authenticité.

Cet album promet bien des rires mais il apporte une vraie réflexion de fond sur la bienveillance à tout prix. C’est une très bonne étude des relations humaines. Astérix est la BD marquante de mon année 2023 !.

En écrivant cet article, j’ai voulu faire des recherches un peu plus poussées sur ces deux phénomènes éditoriaux que sont Astérix et Gaston Lagaffe. Crées respectivement à la fin des années 1950, Gaston Lagaffe et Astérix cumulent des chiffres de ventes tout à fait démentiels.

La BD est une industrie du livre aussi dynamique que la littérature. Il a été vendu entre 1957 et 1996, date de la mort de Franquin, plus de 32 millions d’exemplaires des 21 albums de Gaston Lagaffe, traduits en 27 langues.

Astérix est la bande dessinée la plus vendue au monde puisque son 40eme volume L’iris blanc, va lui permettre de franchir bientôt la barre des 400 millions d’exemplaires vendus. Cocorico, Astérix vend mieux que le voisin belge Tintin et ses 220 millions d’albums.

Commercialement parlant, c’est donc une très bonne idée de lancer un nouvel album de Gaston Lagaffe en même temps qu’un nouvel Astérix, cela permet des ventes additionnelles !

Les derniers albums de Gaston Lagaffe et Astérix, symboles de la BD francophone vont rejoindre l’Australie pour garnir le sapin de Noël de mon frère et sa famille, installés à Melbourne. Ce sont des souvenirs d’enfance inégalables.

D’autres articles qui célèbrent le 9eme art dans ce blog :

-On a testé l’exposition Tintin, une aventure immersive à l’Atelier des lumières.

Asterix fête ses soixante ans

BD & romans graphiques·Du livre à l'écran

Je suis allée voir Astérix et Obélix, l’empire du milieu de mon plein gré… et c’était un bon moment de détente bon enfant !

Je pense que si on écoutait les critiques de cinéma, on passerait à côté de bon nombre de comédies françaises ! J’y suis allée le premier samedi des vacances de février donc hier, avec mon mari, au cinéma Le Vincennes. C’était la séance des familles avec des enfants de sept- huit ans et ils avaient l’air de passer un bon moment.

La bande de Guillaume Canet : Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Jérôme Commandeur avoisine désormais la cinquantaine. Ils sont devenus parents comme moi. Après Les petits mouchoirs et Les infidèles, ils varient désormais leur registre avec ce film très grand public. Avec Astérix, on retourne tous en enfance.

Alors certes, le scénario connait de nombreuses lacunes car ce n’est pas une adaptation d’un album de BD des aventures d’Astérix et Obélix. Mais la magie opère quand même. Astérix est une œuvre patrimoniale depuis soixante ans.

Chacun a lu les albums de BD en vacances au fond du grenier quand il était petit. Comme cette BD a été traduite dans des milliers de langues, elle a aussi séduit d’autres enfants du monde entier comme Zlatan ou mon mari.

J’ai trouvé des exemplaires d’Astérix en bulgare dans une brocante à Sozopol, Bulgarie cet été. C’était marrant car Sozopol c’est vraiment une ancienne cité antique. La boucle était bouclée !

Ce film réussit son pari : celui de nous faire vivre un bon moment de détente au cinéma. Chacun imagine le village gaulois comme il le veut. Moi j’étais curieuse de voir la poissonnière, la femme d’Ordralphabetix : Ielosubmarine jouée par un visage très connu du cinéma français. C’est la boulangère parisienne d’Emily in Paris.

C’est un film choral qui réunit bon nombre de célébrités de l’humour, du sport, de la chanson : Big Flo et Oli, M, Angèle, Florent Manaudou, Zlatan… Je ne comprends pas pourquoi les critiques du film critiquent cela alors que c’est l’essence du film.

Tous ces personnages secondaires avec des noms marrants enrichissent le jeu comique. Les deux petits généraux chinois Dancing queen et Riqi qi sont les deux méchants de l’aventure. César joué par Vincent Cassel est parfait !

Les deux actrices asiatiques qui jouent la princesse chinoise et sa garde du corps sont très élégantes dans leur jeu, leurs gestes de kung fu. Leur noblesse tranche avec ces deux vieux garçons gaulois bien lourdeaux flanqués de Graindemaïs, marchand phénicien aussi veule que bête.

Même si Uderzo et Goscinny n’ont pas envoyé leurs héros de papier en Chine, c’était une bonne idée d’inventer une histoire d’Astérix dans l’empire du Milieu.

La bataille finale en costumes, avec les chevaux et l’impératrice qui débarque avec toute son armée (comme dans Astérix et Obélix, mission Cléopâtre). Tout fonctionne pour nous plonger dans l’époque antique.

Il y a vingt ans sortait au cinéma Astérix et Obélix, mission Cléopâtre. J’avais quinze ans. Tous les ados de Valence étaient dans la salle 12 du Pathé flambant neuf de la ville. L’humour Canal+ associé à l’Egypte fonctionnait à fond avec les ados.

En 2023, Guillaume Canet touche les enfants avec un conte qui se déroule dans l’empire du Milieu. C’est la magie intemporelle d’Astérix depuis plus de soixante ans !

Retrouvez ici mes précédents articles consacrés à Astérix mais aussi Tintin, mes deux titres BD favoris depuis trente-cinq ans !

On a testé en famille l’exposition Tintin, une aventure immersive à L’atelier des lumières

-Astérix fête ses soixante ans !

René Goscinny, génie français de la BD occidentale !

BD & romans graphiques

Tant pis pour l’amour, une BD pour mettre un gros scud à la manipulation dans nos relations

J’ai découvert Sophie Lambda sur Instagram lors de la parution de son roman graphique Le monde au balcon, journal du confinement 2020, publié par Albin Michel. Je l’ai d’ailleurs chroniqué ici.

Ce n’est pas son premier album de BD. Elle avait signé en 2019, un best-seller Tant pis pour l’amour qui a était traduit en de nombreuses langues. Même si je trouve le titre un peu trop cynique à mon goût, je ne peux que louer l’efficacité du visuel associé au sous-titre du livre « Ou comment j’ai survécu à un manipulateur ».

Le terme de survie est loin d’être galvaudé car cet énorme roman graphique raconte une véritable descente aux enfers qui heureusement, s’est bien terminée grâce à une psychothérapie.

Je lis pas mal de romans graphiques et celui-ci sort du lot assurément. A travers ce témoignage autobiographique, il décortique le travail de sape de la manipulation, comment le piège de l’emprise se referme sur elle et détruit toute miette d’estime de soi malgré les avertissements de son ours en peluche Chocolat. Le livret avec des ressources d’aide est une véritable bouée de secours, un matériau utile pour les nombreux centres d’aide psychologiques.

J’en profite d’ailleurs pour déplorer que le dispositif d’aide psychologique offert aux étudiants ne soit plus gratuit en 2023. C’est vraiment dommageable.

Les relations toxiques, on en parle de partout dans les médias mais sait-on vraiment bien les discerner?

Sophie Lambda se sert des codes graphiques de la BD pour mettre en scène un pétage de plombs dans les hautes sphères avec des couleurs criardes, des bulles de BD qui grossissent quand le ton monte, des métaphores imagées pour aider à réaliser cette chute libre, dangereuse et vertigineuse. Pas bien cadrés, l’amour et la passion peuvent avoir un goût amer, toxique.

Après il faut aussi avoir un esprit critique sur la société qui nous entoure. Elle crée des situations de manipulations, d’emprise par les valeurs qu’elle véhicule : être le meilleur, prendre l’ascendant sur les autres, avoir une relation affective sans engagement (impossible selon moi). Je vous recommande également un petit livre passionnant : Le décodeur des violences psychologiques d’Ariane Calvo, éditions First.

J’aime beaucoup ce livre accessible à tous qui analyse les situations d’emprise au lieu de cataloguer les personnalités : les pervers narcissiques, les passifs agressifs…

Droits réservés éditions Delcourt

Tant pis pour l’amour n’est pas une BD où l’on se marre, c’est une BD utile, une bouée de secours pour réaliser que cela n’arrive pas qu’aux autres. Même une personnalité avec un fort caractère, affirmée peut être victime d’un manipulateur. Nous avons tous nos failles, nos vulnérabilités.

Sophie a fait quelques émissions de télévision très bien conçues comme Ca commence aujourd’hui avec Faustine Bollaert et Je t’aime etc de Daphné Bürki.

Je vous invite à regarder le compte Instagram de Sophie Lambda car cette mauvaise expérience ne conditionne pas toute sa vie. J’aime beaucoup ses projets illustratifs comme son challenge d’octobre autour de Friends ou encore le coeur maison qu’elle a dessiné.

Enfin, j’ai acheté cette BD en seconde main à la librairie Gibert Joseph, boulevard Saint Michel à Paris. Elle avait juste un coin un peu cabossé, ce qui m’a permis de faire une économie de 5€ sur le livre neuf. Je pense offrir cette BD à une boite à livres ou à un centre d’écoute psychologique car je pense que c’est un livre à transmettre.

Retrouvez-ici mes meilleures chroniques BD, car en janvier place au festival international de la BD à Angoulême !

Guernica, ou le devoir de mémoire grâce à la BD

-Rendez-vous dans la forêt, une série de romans graphiques qui entretient la foi et l’amitié avec Dieu

-Janvier rime avec BD

BD & romans graphiques

Les relations familiales sous forme de bulles… de BD

Cela faisait un bon moment que je peinais à trouver une BD qui allait m’inspirer pour le blog. Il y a bien eu Adoleschiante de Marie Donzelli et Mademoiselle Caroline (je lis toutes les BD de Mademoiselle Caroline). Mais pas assez de matière pour écrire un article de blog fleuve.

J’ai eu un vrai de coup de cœur pour Le plongeon de Séverine Vidal et Victor L. Pinel, éditions Grand angle. Autant, j’ai trouvé la couverture un peu glauque mais puissante, autant j’ai trouvé l’album lumineux et vivant.

Les éditeurs de Bamboo ont trouvé une excellente punchline (je déteste les punchlines dans la vraie vie) : « Un EHPAD, des fesses, de l’amour et des rides« . J’aurai rajouté des rires aussi car dans cette maison de retraite, Yvonne, 81 ans va trouver une bande d’amis qui n’a pas perdu son sens de l’humour.

Pourquoi j’ai vraiment aimé ce roman graphique de qualité ?

Au lieu de m’égarer dans un résumé terne et partiel, j’ai voulu aller droit au but. Ce roman graphique m’a énormément plu car il raconte la perte d’indépendance d’une femme qui a du caractère et comment elle va s’adapter à sa nouvelle vie sans ruer dans les brancards.

Car elle a réalisé qu’elle a besoin de l’aide des autres dorénavant car sa mémoire lui glisse des mains. Cet album montre la vulnérabilité de chacun quand on doit s’adapter à la vie en collectivité alors qu’on ne va plus travailler.

Ce n’est pas simple quand on habite peinard tranquille chez soi à son propre rythme depuis dix ans et qu’il va falloir se fader les ateliers poterie, le couvre-lit rêche de la chambre médicalisée et surtout les repas au réfectoires qui ne sont pas toujours gastronomiques.

Ce départ à la maison de retraite m’a vraiment rappelé l’histoire de ma grand-mère Annette qui a vécu quelques mois dans une maison de retraite à Rouen en 2011. L’endroit n’était pas particulièrement inhospitalier, je n’ai pas été témoin de scènes choquantes avec des résidents mais il y avait une odeur persistante dans les couloirs dont je me rappelle plus de dix ans plus tard.

Cela sentait comme dans les hôpitaux et pas l’odeur d’un bon gâteau dans une maison chaleureuse. Inutile de dire que j’étais bien contente de quitter l’endroit rapidos.

J’ai beaucoup aimé ce roman graphique car il montre comment on infantilise les personnes âgées car on n’a pas le choix quand ils perdent leur indépendance et leur autonomie. La confrontation entre Yvonne et la directrice de la maison de retraite qui n’est pas une mauvaise femme, est savoureuse.

Je vous invite à lire cette magnifique BD pour son état d’esprit agréable à lire, cet album célèbre la vie tout simplement avec des couleurs chaudes et vivantes.

Dans un tout autre genre, il y a un essai très polémique : Les fossoyeurs de Victor Castanet, édité par Fayard qui est utile pour dénoncer les maltraitances envers nos anciens. Je ne l’ai pas lu mais j’ai vu un extrait de Cash investigation où Elise Lucet interviewait un directeur d’un grand groupe de maisons de retraite. Malgré des listings éloquents, il s’est défendu d’affamer des personnes âgées d’une manière vraiment hideuse. Je recommande à ce monsieur de lire cette BD Le plongeon.

Cette BD montre en dessin la qualité des relations humaines qui nous permettent de ne pas couler face à la maladie, la dépression, la solitude… Avec cette BD, j’ai réalisé que le départ en maison de retraite est sans doute le rite de passage le plus difficile de toute une vie et que c’est vraiment un sujet tabou. Alors qu’on en fait des caisses pour les enterrements de vie de jeune fille et les baby shower…

Dans le même genre et avec les mêmes auteurs et dessinateurs, j’ai lu La maison de la plage, éditée par Marabout.

Cette histoire familiale m’a beaucoup touchée. Elle raconte comment une famille se retrouve un été autour de la nièce devenue veuve, avant même de devenir maman. Le tonton un peu en marge de la famille vient un peu casser l’ambiance en voulant vendre sa part de la maison.

Heureusement, les autres frères et belles-sœurs sont intelligents car ils ne se fâchent pas à mort avec lui et arrivent même à préserver l’harmonie familiale. C’est beau à l’heure où l’on brade ses souvenirs au grenier sur l’autel d’AirBNB….

Retrouvez ici mes meilleurs chroniques de romans graphiques !

Le monde au balcon, le journal de confinement de Sophie Lambda

Alain Auderset sur le chemin de l’autobiographie : Rendez-vous dans la forêt

-Le roman graphique au service de l’autobiographie : le combo gagnant !