BD & romans graphiques

Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD

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Elle vient de sortir en librairies. Sobrement et efficacement intitulée Guernica (ou bien Guernika en langue basque), cette bande dessinée historique retrace la vie paisible d’une petite ville de 5000 habitants avant qu’elle ne devienne un terrain d’entrainement de l’artillerie nazie et franquiste le 26 avril 1937.

Tout le monde connait le nom de cette ville grâce au tableau- plaidoyer de Pablo Picasso, le peintre le plus célèbre du 20eme siècle.

Tout l’intérêt de cette bande dessinée très bien documentée est de confronter la trajectoire artistique du peintre avec la vie toute en simplicité de ces habitants basques qui ne se sont jamais rencontrés. Picasso a apprit le génocide de Guernica par les informations dans un cinéma à Paris quelques jours plus tard.

Guernica

Textes et dessins de Bruno Loth, couleurs de Corentin Loth

La boite à bulles, 2019

80 pages en couleurs

19€

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Le résumé :

Pablo Picasso est choisi pour réaliser un tableau, vitrine de l’Espagne lors de l’exposition universelle de 1937 à Paris.

Militant communiste engagé, il soutient l’Espagne républicaine mais s’est un peu éloigné de son pays d’origine pour se consacrer tout à sa peinture avant-gardiste qui commence à lui apporter la gloire, après de nombreuses années de pauvreté et de bohème à Montmartre (très bien décrite par Clément Oubrerie et Julie Birmant dans la série Pablo, BD éditée par Dargaud).

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Pablo, éditions Dargaud

Ses muses, Marie-Thérèse Walter et Dora Maar, l’encouragent à dénoncer le fascisme qui est en train de se développer en Europe comme une gangrène en 1937.

L’actualité politique de son pays le rattrapera finalement à travers ce génocide. Ce n’est pas tant le nombre de victimes qui provoqueront sa rage mais bien l’acharnement ennemi à déclencher un acte barbare et atroce : plus de 5500 bombes incendiaires ont été envoyées sur le village de Guernica…

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Mon avis :

C’est une bande dessinée passionnante qui vous tient en haleine de la première à la dernière page car elle sait ménager une forme de suspens dramatique, au service d’un message : dénoncer la guerre.

L’auteur Bruno Loth se sert de ce qui s’est passé à Guernica pour souligner à son public que les bombardements de villes se répètent tout au long du 20eme siècle et du 21eme siècle : rien n’a changé. Cette BD forme avec son supplément documentaire un excellent support pédagogique pour les collèges et les lycées qui étudient l’Histoire mais aussi l’histoire de l’art.

J’ai été très touchée par le témoignage du dernier survivant de Guernica, Luis Iriondo et surtout la reproduction d’un tableau qu’il a réalisé et qui représente les retrouvailles poignantes avec sa mère à la fin du bombardement quand il était enfant.

Ce supplément documentaire a aussi reproduit la correspondance entre l’association des survivants de Guernica et les autorités allemandes qui ont reconnu leur responsabilité lors du 60eme anniversaire de cette tragédie.

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Ce n’est pas une BD sur Pablo Picasso, il est l’un des personnages principaux de cette histoire bien sûr, mais le sujet est vraiment le devoir de mémoire envers ce village basque qui a connu l’horreur par manœuvres politiciennes. L’ armée de Franco a voulu faire porter le chapeau de ce massacre aux républicains. Guernica était un symbole de la liberté basque.

Pablo Picasso a montré la frayeur pendant le bombardement, le cheval dans la ville en flammes, la mère qui pleure son enfant mort… Bruno Loth raconte dans cette BD,  l’histoire d’un jeune couple qui se rencontre à Guernica juste avant le drame et qui verra son avenir conjugal voler en éclats par les mutilations et même la mort, une minute plus tard…

Cela m’a rapidement rappelé le roman Pour qui sonne le glas d’Hemingway, que j’ai lu au lycée et j’ai eu la chance de voir le tableau Guernica au musée de la reine Sofia à Madrid.

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Pour qui sonne le glas, éditions Gallimard

L’Espagne est organisé en autonomies qui recherchent de plus en plus leur indépendance politique et culturelle vis à vis du pouvoir central de Madrid. Le fait que ce tableau du massacre d’une ville basque soit exposé dans un musée national en fait un symbole politique évident d’unité nationale.

« La peinture doit aller plus loin que la photographie »

Pablo Picasso

Il n’est pas nécessaire d’être un expert en histoire de l’art pour lire cette histoire. Elle met en valeur le génie de Picasso  à réaliser une oeuvre monumentale de 7m50 x 3m50 dont se dégage un véritable cri de douleur à travers la dominante de gris, les ombres, on devine le sang, les flammes…

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La collaboration photographique de Dora Maar a aidé le peintre à structurer les éléments de son tableau, peint en trois semaines… Pour Picasso, ce tableau représentait une arme contre Franco et le fascisme. Je vous laisse découvrir la légende qui clôture la fin de l’histoire. Douze ans plus tard, son ami Louis Aragon l’encouragea à dessiner la colombe de la paix en 1949…

Ma note : 5/5 sardines

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J’ai lu cette bande dessinée d’une traite, Bruno Loth a choisi un sujet passionnant : je connaissais assez bien Pablo Picasso et Dora Maar à travers leurs nombreuses biographies. Mais c’était vraiment important de découvrir l’histoire de cette petite ville et toutes les démarches liées au devoir de mémoire entreprises depuis 1937, bien détaillées dans le supplément documentaire.

Cette BD a été éditée en partenariat avec la fondation Picasso. J’avais déjà chroniqué un ouvrage un peu similaire, lui aussi édité par la Boite à Bulles : John Bost, un précurseur qui suit la même démarche patrimoniale : sensibiliser le grand public aux actions d’une oeuvre à travers la BD.

Enfin, j’aime beaucoup le dessin de Bruno Loth associé aux couleurs choisies par son fils. Ensemble, ils savent entraîner leurs lecteurs dans une machine à remonter le temps à travers les BD historiques de Bruno Loth qui ne manquent pas de rendre hommage à la classe ouvrière. Son trait  me rappelle celui d’Yvan Pommaux et de ses livres Véro en mai, Avant la télé…

Je vous recommande cette BD qui est l’un de mes coups de cœur à la fois BD et livre d’art.

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BD & romans graphiques

Janvier rime avec BD : la BD au féminin !

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Le festival international de la BD d’Angoulême est l’un de mes salons du livre préférés car il met en effervescence toute une ville avec ses vitrines, ses expositions dans différents lieux comme le prix de la BD chrétienne dans l’église Saint Martial ou le temple protestant…

Cette année, l’affiche du festival vue dans le métro m’a tapée dans l’œil puisque j’ai reconnu le trait de Bernadette Després, l’illustratrice de Tom-Tom et Nana dans le magazine J’aime Lire de Bayard, série jeunesse créée en 1977. Cette année, le festival de BD lui consacre une large exposition !

Jolie initiative mais à quand une femme dessinatrice de BD récompensée par un Fauve d’or ?

Elles font un tabac en librairies à l’image des deux tomes des Culottées de Pénélope Bagieu (plus de 50 000 ventes pour le tome 2 et une adaptation en dessin animé en préparation) mais au moment de remettre un prix, le jury BD d’Angoulême les boude.

Personnellement, je lis beaucoup plus de BD écrites par des femmes car j’aime bien les thématiques sociales qu’elles traitent avec humour et légèreté. Force est de constater que l’illustration féminine est beaucoup plus prolixe sur les blogs et les comptes Instagram pour ensuite être publiée.

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Les pionnières du sport mises en valeur par Pénélope Bagieu dans le magazine L’équipe, 18 janvier 2019

Voici ma petite sélection des illustratrices que je suis régulièrement :

Pénélope Bagieu

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C’est la première illustratrice que j’ai découvert avec son blog Pénélope Jolicoeur et j’ai dévoré son livre Ma vie est tout à fait fascinante. J’ai découvert un univers frivole très contemporain qui m’a fait du bien pendant mes études universitaires : cela me détendait de suivre les aventures de cette jeune Parisienne un peu adulescente sur les bords avec ses vêtements à la dernière mode.

Pénélope Bagieu est aussi dessinatrice de pub pour Gemey, les plats Marie ou pour la presse féminine. Forcément, j’ai aussi adoré la trilogie de Joséphine et ses deux adaptations au cinéma. J ‘ai eu un peu de mal avec ses romans graphiques suivants : La page invisible, Cadavre exquis…

Mais elle a vraiment marqué un grand coup avec la série des Culottées, c’est une oeuvre patrimoniale pour l’Histoire des femmes au même titre qu’un essai de sociologie selon moi.9782070601387-475x500-1

Margaux Motin

J’ai lu pour me détendre ses différents romans graphiques : J’aurai adoré être ethnologue, La théorie de la contorsion, La tectonique des plaques mais j’ai vite eu une overdose. J’ai trouvé son double littéraire très caricatural avec ses excès de langage vraiment pénibles à suivre malgré qu’elle dessine vraiment très bien. Mais depuis, j’ai regardé une vidéo où l’on interviewait : elle cassait complètement l’image très parisienne que j’avais d’elle et j’ai beaucoup de plaisir à suivre son compte Instagram et ses illustrations à la planche : elle a un univers très poétique dans la nature du pays basque où elle vit une partie de l’année.

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Mathou

C’est l’illustratrice qui monte en ce moment : sa nouvelle BD Et puis Colette raconte l’histoire d’une trentenaire qui se retrouve tutrice de sa nièce à la mort de sa sœur. Un peu comme le film Amanda avec Vincent Lacoste, cette BD joliment dessinée traite du deuil sans pathos, pour montrer qu’il est possible de recommencer à vivre, à sourire….

Je vais aussi me pencher sur ses précédents romans graphiques aux titres marrants :  Tout plaquer et aller prendre un bain ou encore Les wonder women aussi portent une culotte gainante…

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Mademoiselle Caroline

C’est ma préférée ! J’aime beaucoup ses dessins sur Instagram. Cette ancienne Parisienne s’est installée à la montagne près d’Annecy il y a une dizaine d’années. Elle en a même fait un roman graphique très drôle, Il décrit avec beaucoup de justesse le fossé sociologique entre la capitale et la rase campagne (une vraie fracture territoriale mise en BD) :  ça s’appelle Quitter Paris. Vous en révez? Je l’ai fait !.

Je l’ai découverte à travers sa collaboration avec Julien Blanc-Gras pour l’adaptation de son roman Touriste, puis je me suis prise une belle claque de lecture avec  que j’ai chroniqué il y a peu sur ce blog…

J’ai hâte de lire son roman graphique sur le thème de la dépression : La chute libre, carnet du gouffre.

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Leurs blogs sont leurs propres espaces de création, où la parole est beaucoup plus libre car tout de même le monde de l’édition freine malgré tout la diversité d’expression au nom du marketing. Ce sont les blogs, les comptes Instagram qui relayent directement leur inspiration.

Ces dessinatrices s’emparent des sujets de société du moment avec beaucoup d’humour, de tact et de subtilité. Elles apportent beaucoup à la BD, un secteur du livre qui est en train de supplanter le roman !

BD & romans graphiques

La différence invisible, une critique de la sociabilité tyrannique en BD

La semaine dernière, je suis allée faire une pause-goûter au café Joyeux, situé passage de Choiseul, à deux pas de l’opéra Garnier et de la station de métro Quatre Septembre.

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J’avais déjà eu l’occasion de vous parler de ce café qui a du sens dans un précédent billet de blog. J’ai eu envie d’y retourner car ils ont agrandi leurs murs et c’est encore plus agréable de passer un moment de qualité à l’étage du café. Surtout quand il y a de la lecture !

La petite bibliothèque du café réunit des livres qui sensibilisent le grand public sur le handicap, l’altruisme possible dans la société, l’autisme, la trisomie 21, la différence tout simplement aussi !.

Tout en buvant un excellent thé, j’ai ainsi lu dans ses grandes lignes, La vie en bleu de Martin Steffens, éditions Marabout, un bel essai de philosophie sur la foi en général et surtout ce roman graphique génial :

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La différence invisible

Julie Dachez et Mademoiselle Caroline

collection Mirages, Delcourt

2016

23€95

J’ai lu ses 196 pages d’une traite car je connaissais un peu l’avis de blogueuses littéraires comme My pretty books qui en avaient fait une critique dithyrambique tout à fait justifiée.

Le résumé :

La couverture est vraiment bien conçue, elle résume très bien le propos du livre. Ce roman graphique autobiographique raconte l’histoire d’une jeune femme Marguerite qui a 27 ans, un copain et des rituels bizarres.

Cela la rassure d’emprunter toujours le même chemin entre son domicile et son travail, elle préfère manger seule à son bureau le midi parce que les discussions amicales avec ses collègues l’effrayent ou que son manque de filtre social lui joue des tours…

Le ciel va heureusement s’éclaircir pour Marguerite quand on va enfin lui fournir une explication sur son état psychologique et qu’elle pourra compter sur le soutien de sa communauté d’amis autistes Asperger comme elle…

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Mon avis :

C’est l’une des plus belles BD autobiographiques que j’ai eu l’occasion de lire récemment, dans la même veine que celle écrite par le papa d’une petite fille trisomique Ce n’est pas toi que j’attendais par Fabien Toulmé, publié aussi par Delcourt dans la même collection : Mirages.

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Cette collection s’inspire de personnages réels, avis aux amateurs comme moi de récits autobiographiques forts en BD.

J’admire ce rôle de porte-voix de la BD dans la société actuelle pour sensibiliser le grand public à des problématiques qui nous échappent et qui peut ainsi nous aider à faire preuve d’empathie, de compréhension la prochaine fois… Ce sont aussi les blogs comme les BD qui se font les relais des grandes campagnes de santé publique et c’est génial !

Espérons que ce roman graphique fera évoluer les mentalités dans le monde de l’entreprise, notamment dans le domaine des ressources humaines…

La question de la sociabilité un peu forcée en entreprise m’a vraiment interpellée à travers cette histoire. Comme ses collègues se plaignent dans son dos, Marguerite est convoquée par son patron qui lui reproche son manque de sociabilité alors qu’elle effectue son travail avec sérieux et rigueur.

Visiblement, le savoir-faire ne suffit pas, il faut aussi valoriser le savoir-être en traînant à la machine à café ou en participant aux pots de départ des collègues. Ce n’est pas tout à fait faux mais cela peut s’avérer un vrai calvaire pour les personnes autistes qui n’ont pas les mêmes codes sociaux que les autres et à qui on ne fera pas de cadeaux.

Ma note :

5/5 sardines

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Ce roman graphique m’a vraiment emballée sur le plan du dessin : le trait de Mademoiselle Caroline est très subtil et agréable. Elle a eu la grande intelligence de choisir une palette graphique très parlante : les gris, les blancs et le rouge pour exprimer l’absurdité de certaines situations dans lesquelles se retrouvait Marguerite.

Les bulles de textes étaient elles-même de police rouge selon l’intensité de la violence des mots ou des réactions. C’est un roman graphique que l’on ne peut pas lire avec indifférence.

On saluera le talent introspectif de la co-autrice Julie Dachez qui a adapté son histoire en bulles, une démarche pas forcément évidente. La dessinatrice et l’auteur reconnaissent volontiers qu’elles ont eu des moments d’incompréhension mutuels entre elles pour exprimer une situation, un sentiment du livre mais qu’une intermédiaire, professionnelle de l’autisme les a aidées dans cette entreprise éditoriale.

Enfin, j’ai beaucoup apprécié le court livret documentaire illustré qui explique plus en détails ce qu’est l’autisme, une ressource qui peut s’avérer bien utile pour les familles qui viennent d’être confrontées à cette situation parmi leurs proches.

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BD & romans graphiques

La BD réorganise le Panthéon

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Les deux tomes des Culottées de Pénélope Bagieu, un recueil de biographies de femmes sous la forme de BD, a ouvert la voie à un genre qui se développe, de plus en plus, dans le domaine du roman graphique : la biographie ou biopic au cinéma.

C’est à travers Les culottées et l’excellent travail documentaire de Pénélope Bagieu (elle sait capter les éléments biographiques les plus marquants pour les retranscrire en dessin) que j’ai découvert le destin d’Hedy Lamarr, grande actrice hollywoodienne autrichienne et pionnière avant-gardiste du wifi !

La plus belle femme du monde, la vie incroyable d’ Hedy Lamarr

Textes de William Roy, illustrations de Sylvain Dorange

La boite à bulles, 2018

176 pages. Illustrations en couleurs

23 €

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Une trajectoire aussi originale se devait d’être racontée aux jeunes générations de filles pour tordre le cou à l’adage tellement répandu : « Sois belle et tais-toi « .

Je remercie beaucoup l’équipe de la Boite à bulles (un grand merci à Anaïs) qui montre une vraie considération pour le travail des libraires. Ils ont envoyé à la librairie où je travaille un exemplaire de la BD La plus belle femme du monde avec un calendrier de l’Avent Kinder bien apprécié.

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J’ai découvert cette maison d’édition BD grâce au roman graphique John Bost, un précurseur (une autre biographie historique…), l’histoire d’un pasteur qui crée des institutions dans un village de Dordogne pour prendre soin des handicapés mentaux au 19eme siècle. J’avais eu la chance d’interviewer ses auteurs Bruno Loth et Vincent Henry lors du salon du roman historique de Levallois-Perret.

 

couv_9782849532720_grande_221_couvsheetPuis, j’ai chroniqué dans le cadre de ce blog, une autre BD : Udama chez ces gens-là. Elle raconte les déboires d’une jeune nounou africaine qui va devoir lutter contre les clichés racistes et la lutte des classes mais aussi l’emprise des émotions, dans une famille bourgeoise parisienne en plein désarroi.

Depuis, je suis attentivement les parutions de cette maison d’édition indépendante qui privilégie les sujets de société avec beaucoup de subtilité et de flair. Choisir cette femme comme héroïne d’un roman graphique était une très bonne idée puisque le livre a rencontré son public : il est en réimpression !

Allez, je vous raconte l’histoire d’ Hedy Lamarr !.

Le résumé :

Ce roman graphique de 176 pages retrace le parcours d’une jeune autrichienne qui s’est échappée de sa prison dorée : son mariage avec un général nazi très jaloux, pour s’embarquer vers les Etats-Unis et démarrer une fulgurante carrière d’actrice hollywoodienne.

Elle rencontre sur le paquebot Louis Meer, le patron de la MGM (la compagnie mythique de cinéma avec le lion qui rugit). Il va faire sa carrière mais elle ne sera pas libre de ses choix artistiques à l’image d’une Marilyn Monroe avant l’heure. Hedy Lamarr sera une grande star des plateaux de cinéma dans les années 1940-1950.

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N’en faisant qu’à sa tête, elle va mettre à profit ses compétences intellectuelles en s’associant à un compositeur de musique de film très novateur, Georges Antheil.

Ensemble, ils vont mettre au point un système de synchronisation des fréquences radio pour aider leur pays en guerre : Hedy Lamarr, pionnière très en avance du wifi. Cependant, les idées reçues ont la vie dure  puisque c’est seulement en 1997 que l’on reconnaîtra son invention….

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Mon avis :

C’est une lecture agréable qui nous fait voyager à travers l’Histoire. Elle retrace l’évolution du cinéma mondial en plein essor au 20eme siècle, un peu à la manière du film The artist avec Jean Dujardin.

J’ai beaucoup aimé les références aux affiches de films, ce roman graphique explique bien comment l’actrice de cinéma et son corps étaient considérés par l’industrie du cinéma dans les années 1940-1950. Le personnage du producteur Louis Mayer est vraiment truculent, il apporte beaucoup à l’histoire.

Enfin, ce roman graphique est un document historique fort intéressant pour les lycéens afin d’expliquer le contexte culturel en Europe et aux Etats-Unis pendant la seconde guerre mondiale.

 

Ma note :

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Ce roman graphique biographique m’a apporté un agréable moment de lecture : les personnages sont bien dessinés, les décors fonctionnent aussi bien qu’une machine à remonter le temps….

Mais au fil des planches, je ne parviens pas à m’attacher à cette grande actrice, les auteurs de cette BD ne sont par parvenus à nous transmettre sa psychologie, son état d’esprit personnel… C’était un personnage fort intéressant mais je ne me suis pas attachée plus que ça à elle contrairement aux Culottées de Pénélope Bagieu. Elle ne se livre pas beaucoup cette Hedy dans ce roman graphique !

BD & romans graphiques

Clément Oubrerie, spécialiste ès biographies BD

interieur-voltaire-amoureux-215x290-inddA chaque fois que Clément Oubrerie publie une nouvelle BD, je suis sur le pont. Dans le cadre de ma collaboration avec la Kube, je recommande principalement des biographies et je suis une grande fan d’adaptations littéraires en BD ou au cinéma.

Clément Oubrerie est un pilier de la BD française depuis une vingtaine d’années puisqu’il a connu de nombreux succès avec la série Aya de Yopougon, Pablo, Il était une fois dans l’Ouest… Il aime les séries et sa nouvelle BD Voltaire amoureux est aussi une série. J’ai lu le premier tome et voici mon avis :

Voltaire amoureux, tome 1

Clément Oubrerie

Editions les Arènes, 2017

20€

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Le résumé : 

1718, sous l’Ancien Régime en France. Le Roi-soleil est mort depuis trois ans, le Régent règne et on peut dire qu’il n’apprécie pas beaucoup Voltaire. Encouragé par sa milice personnelle, il l’a fait embastiller à l’âge de 24 ans. cela ne l’empêchera pas, à sa sortie de prison de devenir l’un des dramaturges les plus en vus du royaume.

Cette BD est le roman d’apprentissage d’un jeune ambitieux, qui se rebelle contre sa famille bourgeoise et qui tombe souvent amoureux de marquises ou de comédiennes de théâtre…

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Mon avis :

Je trouve que cette série serait intéressante pour un cours de littérature, de philosophie, ou d’Histoire sur l’Ancien Régime et la philosophie des Lumières.

Comme à son habitude, Clément Oubrerie croque avec talent les contemporains de Voltaire : les marquises, les aristocrates ou encore le simple peuple. C’est un régal de parcourir le Paris du 18eme siècle avec ses aquarelles…

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On s’attache rapidement au jeune Voltaire qui réussit ou qui se prend les pieds dans le tapis bien comme il faut.

Mais le vrai bémol, c’est que je ne me suis pas passionnée pour cette série comme ce fut le cas pour Pablo car je ne suis pas une passionnée de l’époque. Il faut vraiment être passionné par les Temps modernes pour suivre toute cette série.

Ma note :

3/5 sardines

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Clément Oubrerie a crée un BD très réussie tant sur le plan du dessin, du scénario. On retrouve dans chacune de ses BD d’époque un réel travail de documentation sur les manières de vivre, les architectures des quartiers de Paris….

Je n’ai pas été emballée par le premier tome comme je m’y attendais mais je persévérerai avec la suite car le premier tome de Pablo était aussi un peu déroutant avant l’emballement affectif pour les trois tomes suivants.

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Jamais, la lutte contre l’érosion des souvenirs

Sa couverture est d’une grande beauté, son titre est très efficace. Je savais que je lirai rapidement cet album de BD Jamais après avoir vu un bandeau publicitaire dans Livres-Hebdo en janvier.

Et bien, j’ai été la toute première à l’emprunter à la nouvelle bibliothèque Assia Djebar dans le 20eme arrondissement. Bravo les bibliothèques de la Ville de Paris, encore bien joué !

J’ai lu l’avis de Fiona du blog My pretty books et j’ai eu à peu près les mêmes impressions qu’elle alors je vous les partage.

Jamais

Benoît Duhamel

Grand angle, Bamboo

60 pages en couleurs, 24 x 32 cm

15€90

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Le résumé : 

Troumesnil, une petite ville fictive de pêcheurs sur la Côte d’albâtre entre Fécamp et Dieppe avec son marché aux poissons, son café, ses falaises. Une vieille dame, Madeleine, 95 ans, aveugle de naissance, s’engage dans un bras de fer avec la mairie de son village, en dépit du bon sens.

Elle veut rester coûte que coûte dans sa maison, celle qu’elle a construit avec son mari Jules, un pécheur disparu en mer. L’érosion menace sa maison d’un éboulement imminent à cause de la canicule mais Madeleine s’en moque, elle s’accroche à ses souvenirs et à son chat Balthazar.

C’est une fable humoristique sur l’écologie qui fait la part belle aux paysages de la campagne du pays de Caux, le coin d’où vient le dessinateur et scénariste de cette BD, Benoît Duhamel.

Mon avis :

C’est un agréable moment de lecture mais ce n’est pas une histoire inoubliable. Le personnage de Madeleine est traité de manière trop caricaturale selon moi pour que je m’y attache. Pourtant, le dessinateur a été adroit pour raconter ses souvenirs avec des flash-backs subtils.

Mais l’aspect irréductible gauloise qui résiste à l’envahisseur prend trop le dessus. Dès les premières planches au marché aux poissons, les références à Astérix, l’oeuvre BD de Goscinny et Uderzo sont assumées.

Et j’ai bien aimé cela,  mais le scénario manque vraiment de profondeur, le seul suspense est le suivant : la falaise va t’ elle oui ou non s’ effondrer et emporter Madeleine et son chat avec elle?

J’ai aussi bien apprécié le rôle du pompier noir Ouedraogo qui joue le rôle de médiateur mais c’est vraiment un rôle secondaire, pas assez développé dans l’histoire à mon  goût.

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La vraie richesse de cet album, c’est le dessin de l’élément naturel. On s’y croit et moi je connais ces endroits. Cela m’a ramenée à Criel sur mer et ses plages de galets, les maisons condamnées par la mairie en bord de falaise, je les connais bien. Ou alors les valleuses près de Fécamp et leurs escaliers impressionnants.

Ce ne sont pas les coins les plus touristiques, même en été, vous n’y croisez pas foule mais vraiment ça vaut le détour, ce sont des paysages de cartes postales.

J’ai eu la bonne surprise de retrouver la pataugeoire de la plage de Criel sur mer, photographiée par Raymond Depardon dans un magnifique recueil de photographies en couleurs. Il a photographié la France périphérique, celle qui ne se trouve pas dans les grands axes mais en bordure, qui nécessite un détour….

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Extrait du catalogue d’exposition La France de Raymond Depardon, BNF.

Ma note : 3/ 5 sardines

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Je donne à cet album BD la note de trois sardines car je trouve que le dessin tellement expressif de la nature en bord de mer compense les faiblesses de scénario. C’est jovial, on se retrouve à la campagne se prendre une bouffée d’air frais.

J’ai beaucoup aimé le making-off d’une dizaine de pages à la fin de l’album, il montre les esquisses préparatoires du dessinateur pour le chat Balthazar, la couverture du livre… Au début, dans les pages de garde, vous pouvez scanner une vidéo de musique électronique autour de l’album. La BD attire les autres disciplines…

Si vous aimez les grandes étendues naturelles en bord de mer ou en pleine nature, je vous recommande l’exposition prochaine de mon ami Peter Morris. Il exposera du 25 au 28 mai aux Ateliers d’artistes de Belleville, dans le temple protestant, 97 rue Julien Lacroix, Paris 20eme de 14 heures à 20 heures.

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Panique dans le XVI : La fronde pour préserver le ghetto du gotha.

Mardi soir, je suis allée à la rencontre organisée par la librairie Le genre urbain, rue de Belleville autour d’ un roman graphique qui avait suscité un fort engouement médiatique à sa parution en septembre 2017 :

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Panique dans le XVeme

Scénario de Monique et Michel Pinçon-Charlot

Dessins de Etienne Lécroart

Editions La ville brûle – 2017

96 pages – 16€

Le résumé : 

C’est une enquête sociologique en dessins à partir d’un événement public où l’insulte a pris le pas sur la bienséance. Le couple de sociologues Monique et Michel Pinçon-Charlot s’est rendu à une réunion publique d’information à l’université Paris-Dauphine le 16 mars 2016.

Elle réunissait 700 habitants du XVIeme arrondissement, la maire de Paris, Anne Hidalgo, l’un de ses adjoints, Ian Brossat… Ces autorités municipales ont été copieusement sifflées et insultées par des habitants totalement hostiles à l’installation d’un centre d’hébergement d’urgence.

Ce déferlement de violence, filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, est le point de départ d’une grande enquête sociologique menée par le couple Pinçon-Charlot, pourtant habitué à sonder ces grands bourgeois maîtres dans l’art de la retenue, du verbe haut et policé….

Mon avis :

J’ai découvert les essais sociologiques du couple Pinçon- Charlot pendant mes études d’anthropologie sociale et culturelle de l’Europe sur le thème de la ville. Ce sont de grands spécialistes de la bourgeoisie française à travers leurs livres : Les ghettos du gotha, Les millionnaires de la chance, Quinze promenades sociologiques à Paris

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C’est leur deuxième collaboration à une bande dessinée après Riche, pourquoi pas toi? une fiction de Marion Montaigne aux éditions Dargaud en 2013.

Je trouve que le roman graphique est vraiment un bon support pour démocratiser l’approche sociologique universitaire qui s’ouvre alors au grand public.

En six grandes parties, les auteurs et le dessinateur explique les enjeux de pouvoir qui découlent de cette initiative municipale obligatoire dans toutes les communes de France. C’est simple à comprendre car cela concerne tous les citoyens, dans l’actualité politique et sociale immédiate.
Au premier abord, cette BD est traitée sous un angle humoristique à travers sa couverture : on rit du bourgeois. Mais à bien y réfléchir, finalement cela m’a plutôt fait froid dans le dos de constater une pareille fracture sociale, un refus total de toute forme de solidarité.

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C’est d’ailleurs ce qui me gêne avec ce livre, ce n’est plus une enquête sociologique mais une BD politiquement orientée.

Elle décrit une réunion publique qui tourne à la mascarade car le XVIeme arrondissement est un ghetto où l’on pense avoir tous les droits, être les plus puissants pour oser insulter publiquement les autorités.

Mais même si ce n’est pas son intention, cette BD tombe dans un écueil : son lecteur risque de mettre tous les riches du XVIeme arrondissement dans le même panier.

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J’avais lu dans Paris-Match un témoignage édifiant d’une mère de famille qui avait hébergé toute une famille de Roms dans son appartement bourgeois du XVIeme arrondissement. Un soir, en promenant leur chien dans le parc avec sa fille, elles avaient constaté l’immense détresse d’une autre mère de famille à la rue qui douchait ses deux petites filles dans une des fontaines du parc…

Un dernier mot sur la librairie Le genre urbain à Belleville. C’est un endroit très agréable et lumineux pour flâner. J’aime beaucoup leur fonds dédié à l’architecture et à la sociologie urbaine.

Je pense que c’est là bas que j’ai acheté un livre génial : Sociologie de Paris de Monique et Michel Pinçon-Charlot, Editions La découverte.

Je vous recommande leur chaîne Youtube et leurs chroniques de livres avisées : ça s’appelle La minute urbaine.

 

 

 

BD & romans graphiques

Mongolien toi même ! Un autre regard sur la trisomie en BD.

Cet imposant roman graphique, je l’ai découvert grâce au blog de Fiona, elle est bibliothécaire et elle publie chaque semaine des articles très complets sur l’actualité BD et littérature. Son blog My pretty books est vraiment prescripteur pour moi.

Moi qui aime les romans graphiques un peu consistants, j’ai été servie : 243 pages ! La thématique est très originale et personnelle.

La bande dessinée devient alors le support d’un témoignage. Mieux qu’un simple tract chez le pédiatre, cet album sensibilise les proches de parents d’enfants trisomiques sur toutes les petites marques d’affection à leur prodiguer ou les maladresses humaines à éviter.

Ce n’est pas toi que j’attendais

Fabien Toulmé, 2014

Delcourt, 243 pages

18,95€

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Le résumé :

Fabien et Patricia, un couple franco-brésilien, attendent leur deuxième enfant. Le suivi médical avant la naissance procède à toutes les vérifications, pourtant à la naissance c’est le choc pour les parents : Julia est trisomique. A chaque saison, cette BD alterne les couleurs : une ambiance grise pour l’hiver ou des tons orangers quand c’est l’été.

Ce changement de saison reflète aussi les sentiments ambivalents qui secouent ce couple : le papa qui n’arrive pas à se réjouir d’avoir une seconde fille, la maman qui pleure beaucoup, la fille aînée qui accepte sa petite sœur sans problèmes…  C’est une très jolie histoire où sincérité et franc-parler autour du handicap sont de mise.

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La plus belle scène est celle d’une consultation chez le pédiatre et les conseils d’éducation précieux qu’il leur donne : ne pas surprotéger leur fille car elle est handicapée et comment aborder son avenir une fois adulte.

Mon avis :

J’ai vraiment réfléchi à une multitude de détails en lisant cette bande dessinée. La première séquence s’ouvre sur l’enfance de Fabien et son malaise quand il n’a pas su se positionner face à ses copains qui se moquaient d’un enfant trisomique.

Mongolien, gogole sont des insultes que l’on entend souvent dans les cours d’école mais aussi dans la bouche d’adultes qui parlent vraiment sans filtre.

L’entourage d’enfants trisomiques souffre beaucoup du regard des autres, de cette autonomie que l’on attend de ses enfants. Ce roman graphique est un hommage à tous les parents d’enfants handicapés qui ont eu des conversations pénibles avec leur conjoint, tiraillés par leur culpabilité de ne pas avoir la bonne réaction au bon moment.

Les scènes où la famille Toulmé se moque des jugements des autres, où elle invente ses propres codes en fonction de l’identité de chacun de ses membres m’a vraiment émue.

Au début du livre, j’étais pas bien rassurée parce que la trisomie c’est pas super fun comme sujet, mais l’auteur ne fait pas du tout pleurer dans les chaumières, au contraire on rit et c’est comme ça que cette famille affronte le regard des autres, les nombreux rendez-vous médicaux, la peur du lendemain et ça donne une sacrée leçon de vie.

Dernière chose, ce roman graphique est vraiment à part car il est écrit par un père à la première personne. Il est rare que les hommes s’emparent du sujet de la parentalité en BD et c’est une très bonne chose !

Je vous partage l’avis d’une booktubeuse que j’aime bien : Les bêtises de Manu, elle sait conseiller un livre et elle met les livres de Mitch Albom, un excellent auteur en arrière plan de ses vidéos dans sa bibliothèque.

Ma note : 5/5 sardines

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Ce roman graphique marque vraiment les mentalités pour ce récit introspectif à la première personne du singulier. Le message est simple : encouragez les parents d’enfants trisomiques par des paroles valorisantes, des marques d’affection. C’est le jugement des autres qui est le plus redoutable. C’est très touchant de voir quelques photos de famille de Julia bébé à la fin du livre.

Mon seul petit bémol est que la colorisation du roman graphique est un peu sommaire mais cela sert l’histoire.

C’est un premier roman graphique très prometteur : quand on parle de soi, les lecteurs repèrent toujours la sincérité et l’authenticité d’un livre.

BD & romans graphiques

Vocation globe trotter

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Dessin préparatoire de Sofia, par Marion Ferlay  https://www.facebook.com/mapupicchu/

J’ai découvert le récit de voyage Touriste de Julien Blanc-Gras (un nom typiquement français et marrant ! ) à travers mes recommandations pour la box littéraire Kube car les Kubers que l’on me confie, aiment les récits de voyages.

Julien Blanc-Gras, il est un peu du même tonneau qu’Antoine de Maximy, le journaliste loufoque de l’émission télé J’irais dormir chez vous sur France 5, Sarah Marquis, Mike Horn ou encore Sylvain Tesson… Certains fuient les villes, d’autres y sont attirés comme des aimants…

Ce roman graphique Touriste alimente toute une réflexion  (oui rien que ça), fruit de mon cursus d’anthropologie sociale et culturelle de l’Europe au sujet du tourisme international et en particulier celui des plages. Une exposition sur ce thème très actuel au MUCEM de Marseille, ça serait chouette non?.

 

Le résumé :

C’est l’histoire d’un trentenaire parisien qui a décidé que sa profession serait touriste. Ce roman graphique reprend la trame de son roman publié en 2011 au Diable vauvert.

Chacun de ses voyages : l’épisode colombien, indo-népalais, tunisien dans une usine à soleil de Djerba, puis dans le désert marocain avec des Bretons normaux, dans les favelas brésiliennes, en Chine ou à Madagascar … est présenté avec une carte géographique introductive et une courte citation philosophique.

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Mon avis :

J’ai  aimé ce récit masculin au dessin féminin (pas besoin de regarder la couverture : la palette graphique et la police toute calligraphiée en arrondie des dialogues n’y trompent pas : c’est une nana de la veine de Pénélope Bagieu, Margaux Motin et consorts qui a dessiné cet album). Elle s’appelle Mademoiselle Caroline et son blog vaut le détour . J’ai bien envie de lire ses autres albums de BD.

Le scénariste et la dessinatrice de ce roman graphique sont deux globe-trotters aguerris, ils ont colorié la moitié des pays du globe visités, le tourisme est aussi bien une passion féminine que masculine (n’est ce pas Ma pu picchu, l’univers des petites choses).

Ma note :

3/5 sardines

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Même si ce roman graphique était agréable à lire, je ne me suis pas esclaffée à tout bout de champs, l’humour m’a clairement manquée dans cette lecture. C’est pour cette raison que je lui mettrais la petite note de trois sardines…

C’est surtout car il est le point de départ d’une réflexion sur le tourisme de masse que ce roman graphique m’intéresse. Avec les vols low cost, les réservations d’hôtels sur Internet et l’explosion du phénomène Air BNB, le touriste n’est plus autant le bienvenu qu’avant.

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Cet été, j’ai lu un article du Monde comme quoi le centre-ville de Barcelone était complètement vidé de ses habitants au profit des touristes et de leurs valises à roulettes. C’est moche ! J’espère qu’il n’arrivera pas la même chose à Sozopol, ma ville touristique d’adoption. Je n’ y suis pas tout à fait touriste, c’est le coin d’où est originaire la famille de mon mari en Bulgarie. C’est fantastique comme endroit mais chut ! je n’ai pas envie que la moitié de l’Europe y débarque.

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SardinesPssst ! Si cet article t’a plu, rejoins le club des abonnés du blog  ou plutôt la boite à sardines pour qu’on chante tous ensemble la chanson énervante de Patrick Sébastien : « Ah qu’est ce qu’on est serré, au fond de cette boite, chantent les sardines ». C’est en haut à droite !

 

 

BD & romans graphiques

Février rime avec BD : Udama chez ces gens-là

J’ai découvert les éditions La boite à bulles grâce à une émission de France Inter consacrée au roman graphique John Bost, un précurseur.

COUV_JOHN-BOST-e1488888620802Ensuite, j’ai eu la chance d’interviewer les deux auteurs du livre : Vincent Henry et Bruno Loth au salon du roman historique de Levallois-Perret (une chouette manifestation culturelle gratuite).

C’était un bon sujet et un bon souvenir éditorial : la première fois que j’étais citée dans une revue de presse. Depuis, ce formidable roman graphique a obtenu le prix de la BD chrétienne d’Angoulême 2017. Voici le lien vers cette chronique ici

La ligne éditoriale de la Boite à bulles me plait pour son traitement subtil des questions contemporaines avec psychologie et surtout du beau dessin. Ce sont mes trois critères principaux pour dévorer un roman graphique.

Udama chez ces gens-là – Zelba

La boite à bulles – 2017

104 pages – 20€

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Celui-ci, je l’ai lu d’une traite. Pendant mes études, j’ai été baby-sitter, j’ai fréquenté quelques fois les squares de l’Ouest parisien. Et j’entendais ces conversations de nounous immigrées qui se racontaient entre elles les tactiques de leurs employeuses pour ne pas les déclarer.

Le résumé : 

Udama est une superbe et jeune mère célibataire africaine. Sans diplôme et ayant une famille à nourrir au fin fond de la banlieue parisienne, elle accepte de se charger de toutes les tâches que sa patronne préfère payer que de faire…

Ce couple parisien sans espérance, habite dans un immeuble cossu du 16eme arrondissement avec des masques africains comme déco (ce n’était pas ma partie préférée de la lecture, l’ombre dérangeante de ces masques). Ils ont tout matériellement mais il leur manque la tendresse, l’entraide, l’amour…. et ainsi tout va dérailler dans cet appartement.

« Si je n’ai pas l’amour, je ne suis qu’une cymbale qui résonne «  1 Corinthiens 13.

Mon avis :

Cet album n’est pas un pamphlet qui dénonce l’exploitation des travailleurs pauvres par les bourgeois. Le titre de ce livre est très efficace : il dénonce le racisme à double sens. On se caricature réciproquement : les bourgeois n’ont pas de cœur : ils sont sans foi, ni loi,  la nounou africaine aura des drôles de coutumes dont elle va contaminer leur petite fille….

Mais la xénophobie, l’exploitation sociale n’est qu’une partie du sujet de ce roman graphique : il parle aussi de la souffrance d’un couple qui n’ arrive pas à se retrouver à la naissance de son enfant, la pression sociale et professionnelle sur les jeunes mères, le baby blues…

Personne n’est tout blanc dans cette histoire : ni Udama qui va trahir une autre nounou par nécessité, ni Hervé, le mari délaissé. Même Claire, la mère carriériste et dirigiste nous émeut.

« J’aurai jamais pensé que des femmes pouvaient en payer d’autres pour ne pas avoir à faire l’amour avec leur mari« .

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Copyright Zelba- La boite à bulles

 

Cette vie de dure labeur que mène Udama est la réalité de milliers de femmes qui font le ménage dans des hôtels dans des conditions inacceptables car elles n’ont pas le choix  elles font la toilette des personnes âgées dans les maisons de retraite ou à domicile. On leur confie l’intime, les tâches ingrates que d’autres ne voudraient pas faire tout en leur rappelant bien qu’elles sont tout en bas de l’ascenseur social.

Or, dans cette histoire, c’est le dominé qui devient dominant. Cette histoire finit bien pour tout le monde : chacun des personnages a eu assez d’intelligence pour garder la tête haute et faire les bons choix pour sauver son équilibre. Et sans vouloir vous spoiler la fin, le seul homme de l’histoire a évité de justesse l’étiquette misandre #Balance ton porc. 

Ma note :

5/5 sardines

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Je vais retenir le nom de Zelba, cette scénariste et dessinatrice d’origine allemande. Elle a signé un très beau roman graphique qui rend hommage à toutes ces femmes qui travaillent dur et subissent une pression sociale qu’elles soient cadres supérieures ou techniciennes de surface. La subtilité psychologique avec laquelle elle dessine les traits de ses personnages, m ‘incitent à surveiller ses prochains livres avec plaisir et curiosité !