Moments de vie·Sociologie

Comment les RS ont révolutionné l’humour français depuis 2020.

Les réseaux sociaux ont révolutionné le spectacle humoristique en France.

Mon premier souvenir d’un sketch d’humoristes c’est Virginie Lemoine et Laurent Gerra dans Studio Gabriel de Michel Drucker, les soirs de semaine sur France 2. Ensuite, je me rappelle les zéniths de Gad Elmaleh qui s’agitait dans tous les sens pour imiter la perfection du blond et déclamer Brian is the kitchen dans les années 2005.

Puis il y a eu mars 2020 et le confinement total de la population française. Les salles de spectacle ont toutes été fermées pendant de nombreux mois. De nombreux humoristes ont éclos dans leur salon ou leur cuisine. Ils étaient agents immobiliers ou ils travaillaient dans la finance comme François Xavier Demaison. Caroline Vigneaux était avocate. Ils se sont lancés dans l’humour car cela les tentait depuis longtemps.

Instagram leur offre une fenêtre directe en lien avec leur public.

Moi, j’écoute religieusement Diane Segard qui fait l’économie de ses décors et de ses costumes (elle s’habille à la mode comme tous les jours) On voit même dans ses iris le petit cercle blanc de l’outil technique qu’elle utilise pour performer son éclairage chez elle. La force de ses sketchs, ce sont ses textes aiguisés qu’elle écrit avec son binôme Mathilde Guêtré-Rguieg. Tous les jours, une nouvelle vidéo qui me scotche tellement c’est bien vu.

Camille Lavabre, l’humoriste marseillaise qui a fait la conquête du public de France Inter depuis 2022.

J’ai découvert cette actrice et humoriste marseillaise avec la comédie romantique French lover où elle joue une des conquêtes d’Abel, un acteur ultra connu joué par Omar Sy. Elle intervient dans une émission de France Inter chaque semaine et j’aime particulièrement deux personnages : Angelica Rideau, metteuse en scène particulièrement élitiste et condescendante mais aussi Svetlana Piktavodka, ex-mannequin russe particulièrement légaliste et autoritaire. Bizarrement, dans cette époque clivante et décevante, rigoler avec des personnages aussi absurdes et caricaturaux me fait beaucoup de bien.

J’ai également découvert un autre talent de France Inter : Amandine Lourdel.

Amandine Lourdel , balourde et fière de l’être

Ses sketchs où elle campe Agathe, une bourgeoise parisienne désabusée par le désamour de son mari m’a beaucoup plu. J’aime énormément sa mauvaise foi assumée et sa manière d’être lourde et un peu déceptive est une vraie bouffée d’oxygène face au perfectionnisme ambiant. J’ai lu son portrait dans le journal Le Monde, visiblement l’humour a été une véritable planche de salut pour se guérir d’un parcours chaotique et douloureux.

Dans un autre registre, j’aime bien les vidéos de Louise Duck, qui collabore aussi de temps en temps avec Guillaume Guisset.

Louise Duck, les énormités les plus assumées

Elle excelle à interpréter les petites filles riches qui racontent des énormités dans ce contexte social difficile. Elle fait exprès de se maquiller mal avec le rouge à lèvres bien épais et de traviole, avec le petit foulard qui va bien. Rien n’est grave dans son monde puisqu’elle peut se réfugier dans l’une des résidences secondaires de Bonne-Maman.

Deux pseudos psychologues à la déontologie approximative

Il y a deux folles dingues qui me font bien rire en ce moment : Morgane Cadignan : Installez vous et Zazou Dcy : Con fessions. Je n’aime pas tout car elles peuvent être trash mais elles sont quand même époustouflantes car elles jouent des pseudos psychologues qui dépassent totalement les bornes avec leurs patients. Elles s’assoient sur la déontologie du métier de toutes leurs forces, leurs patients sont même obligés de les recadrer régulièrement. Le jeu d’actrice de Morgane Cadignan avec ses deux ou trois paires de lunettes est particulièrement savoureux.

Zoé Le Gavrian qui a crée les vidéos Con fessions où elle se déguise en bonne soeur, en psy ou en diseuse de bonne aventure est aussi très douée. Je l’avais remarqué car sa maman est née sous X et elle a illustré son témoignage : Un merveilleux abandon.

Et puis un jour, ils se lassent de faire des sketches mettant en scène des Parisiens bobo qui vont au yoga ou qui boivent du matcha au coffee shop du coin. Les humoristes que j’aime suivre : Philippine Delaire, Maxime Rocheman, Guillaume et Paul de Saint Sernin… se regroupent pour faire des sketches choraux autour de beaux projets créatifs comme Enchanté(e) de Max Allouche par exemple.

J’aime beaucoup cette trentaine d’histoires courtes filmées en plans séquences qui racontent la rencontre amoureuse dans les rues de Paris. Cela peut paraître ridicule mais c’est assez militant de proclamer que le romantisme n’est pas mort en 2026.

Maxime Allouche, c’est le réalisateur du dernier clip de Céline Dion: Dansons dans lequel apparaissent les humoristes Maxime Rocheman et Philippine Delaire.

Maxime Allouche est également le complice de longue date de Marie Benoliel, anciennement Marie s’infiltre. Elle a réalisé un superbe spectacle autobiographique dédié à sa grand-mère Daisy qui vient de Tunisie. Il s’agit d’une comédie musicale qui parle d’exil et de transmission.

Je profite de ce billet de blog pour vous remercier car ces articles consacrés à l’humour sur Instagram sont les articles les plus lus cette année.

Blogs, podcasts et applications numériques·Sociologie

Bonheur comme une digue face aux tempêtes de la vie

Passionnée d’anthropologie et de sociologie depuis le lycée, j’ai lu Bonheur de la photojournaliste Stéfania Rousselle, publié par Actes Sud. Il s’agit d’une trentaine de portraits d’hommes et de femmes rencontrés entre janvier 2022 et juin 2025. Ils ont tous été publiés dans la série Le p’tit bonheur du journal Le Monde.

Le résumé :

Quatre ans après avoir abordé des gens au hasard pour leur demander “C’est quoi l’amour ?”, la journaliste Stefania Rousselle revient avec une nouvelle question, simple et vertigineuse…
Quand son père meurt du covid, Stefania veut savoir comment va son voisin, son voisin à lui et ainsi de suite. Elle prend alors la route et, dans sa nouvelle chronique pour Le Monde, elle demande aux Français et aux Françaises : “Êtes-vous heureux·se ?” Au fil de ces récits, elle dresse un tableau vivant de la France d’aujourd’hui – lucide, tendre, souvent dur, mais toujours profondément humain.
Alors c’est quoi le bonheur, leur p’tit bonheur ? On trouvera dans ces pages une infinité de réponses.

Bonheur, textes et photographies de Stéfania Rousselle, 232 pages, Actes Sud, à paraître le 7 octobre 2026,9782330226961, 28€

Mon avis :

C’est curieux mais j’ai été heureuse de retrouver deux portraits que j’avais déja lu dans cette série du Monde : celui de Rawane, la jeune Grenobloise d’origine algérienne qui veut faire des études de médecine et celui du jeune chauffeur de taxi Valentin dans le Cantal.

Ce recueil compte une trentaine de portraits d’hommes et de femmes de tous horizons : le Pas de Calais, le Tarn, l’Isère… Ils ont entre dix-huit et soixante-quinze ans. Certains ont eu une vie heureuse, une ascension sociale possible grâce à leur dur labeur dès le plus jeune âge et un couple solide où l’on s’entraide sur le long terme. D’autres ont eu un parcours chaotique avec des ruptures familiales, économiques lourdes à porter dès le départ.

Plusieurs fois, j’ai laissé échappé un cri d’indignation en lisant qu’une petite jeune fille de quatorze ans n’a pas pu continuer le lycée alors qu’elle était brillante car sa mère l’a placée comme domestique dans une famille aisée pour ramener de l’argent. Cela se passait dans les années 1960/1970, c’était il y a cinquante, soixante ans et c’est révoltant.

Je pèse bien mes mots pour éviter la caricature ou tout impair condescendant. La plupart des personnes interviewées viennent des classes moyennes qui ont vécu dans la pauvreté à différents moments de leur vie et qui ont soulevé des montagnes pour ne pas y retomber. Parfois, il y a des rechutes : une phrase intolérable d’un parent qui renvoie à des vieux traumatismes, une lassitude envers un emploi qui n’a pas de sens ou qui n’est pas valorisé par la société.

Tout le monde ne combat pas avec les mêmes armes la rudesse de la vie

Le livre s’appelle Bonheur mais le quotidien est loin d’être rose pour bon nombre de ces portraits. Ce n’est pas un recueil que l’on lit d’une traite, il y a certains portraits plus longs et plus intenses qui ont suscité chez moi compassion et empathie. Cela m’a même donné une bonne leçon de vie. J’ai lu ce livre tout au long de la semaine et il m’a fallu une petite pause d’un jour ou deux pour « digérer » ces histoires.

Questionner ses contemporains sur les piliers d’une vie : l’amour, le bonheur

J’aime beaucoup l’approche de Stéfania Rousselle, journaliste et réalisatrice indépendante franco-américaine pour écouter et témoigner des vies des autres. Je pense qu’il faut avoir beaucoup de curiosité et d’empathie pour le genre humain pour réaliser d’aussi beaux livres. Dans une interview, elle disait qu’après avoir couvert de nombreux sujets extrêmement difficiles, elle avait eu envie de contrebalancer la cruauté du monde. Son précédent ouvrage Amour paru en 2022, a connu un beau succès.

Stefania Rousselle présentera son dernier livre Bonheur à la librairie L’arbre à lettres, 52 rue du faubourg Saint-Antoine, à Bastille, le jeudi 8 octobre à 18 heures.

Ce week-end, c’est le festival du journal Le monde avec des conférences animées par des journalistes de la rédaction de ce très beau journal, crée en 1944 par Hubert Beuve-Méry. Je vous recommande par exemple les rubriques Une époque et Intimités dans laquelle sont publiées les séries photographiques de Stéfania Rousselle.

Carnets de voyages urbains·Ile de France et Paris·Sociologie

Comment le RC Lens m’a réconciliée avec le football lors de la finale de la Coupe de France.

J’ai suivi avec ma fille et mon père la demi-finale de la coupe de France qui opposait le RC Lens à Toulouse le 21 avril alors que je me suis beaucoup désintéressée du football français ces dernières années.

J’aime bien le RC Lens, c’est un club assez authentique avec le meilleur public de France. A la fin du match, j’ai écouté l’interview de Florian Thauvin, l’attaquant star du club et champion du monde 2018.

Des joueurs de foot chrétiens : Thauvin, Aguilar, Doué qui ont la faveur de Dieu car ils ont foi en Lui.

Il remerciait Dieu pour la qualification de son club en finale de la coupe de France avec une anecdote édifiante.

Le jour du match, il est allé prier dans une église non loin du stade pour allumer un cierge et sans se concerter un autre de ses coéquipiers Ruben Aguilar a eu la même démarche puisqu’ils se sont retrouvés dans l’église.

J’attends avec impatience la finale de la Ligue des champions PSG/ Arsenal car l’an dernier, Désiré Doué avait aussi remercié le Seigneur pour ses buts et la victoire de son équipe.

Une finale et une fête dans le Pas de Calais qui se sont déroulées sans heurts

La finale du Stade de France a eu lieu le 22 mai avec 55 000 supporters lensois qui ont envahi les allées de la Gare du Nord et les TER régionaux avec leurs chants de supporters et leurs tenues sang et or.

On ne pouvait pas les louper, cela apportait une fièvre régionale bienvenue à Paris. Malheureusement, la veille, une centaine de supporters niçois ont fait preuve d’une violence inacceptable dans le 19eme arrondissement pour un motif inconnu. Peut-être, ils ne le savaient pas eux-mêmes.

Des hymnes régionaux emblématiques joués par la Garde républicaine

La finale de la Coupe de France a été un très beau spectacle qui dépassait le cadre du football. La garde républicaine, cette institution, a joué Emmenez-moi de Charles Aznavour puis l’hymne du RC Lens : Les corons de Pierre Bachelet puis Nissa la Bella, l’hymne de l’OGC Nice.


La finale de la Coupe de France : émotions et fraternité au Stade de France

Le président de la République, Emmanuel Macron, jamais le dernier pour les embrassades, est descendu sur la pelouse saluer les joueurs. Les enfants qui accompagnent les joueurs ont été sacrément sympas et authentiques en le saluant gentiment.

Il y a eu un beau moment de fraternité à la 86eme minute du match avec une belle Marseillaise entonnée avec force par 55 000 Lensois et 12 000 Niçois pour rendre hommage aux 86 victimes de l’attentat de Nice en juillet 2016.

Mais une chanson tire son épingle du jeu : Les corons de Pierre Bachelet, 1982

Les corons, c’est un peu comme la Maritza de Sylvie Vartan. C’est une chanson hautement autobiographique qui saisit d’émotion le public même s’il n’est pas mineur de fond ou bien bulgare. La famille de Bachelet ne travaillait pas dans les mines mais elle a été obligée de venir vivre à Paris car elle était confrontée à la précarité à Calais.

C’est la chanson la plus connue de son répertoire : Pierre Bachelet a vendu plus d’un million d’exemplaires de ce disque. Elle est même chantée par les deux clubs quand Lens rencontre Saint-Etienne (d’autres mineurs) au stade.

J’ai découvert cette chanson à part dans le patrimoine français avec le film Bienvenue chez les Ch’tis, réalisé par Dany Boon, l’enfant du pays en 2008.

C’est très touchant de voir l’enracinement de ces milliers de supporters. Les journalistes ont interviewés de nombreux supporters qui parlaient de leurs grands-parents mineurs. Le RC Lens fête cette année ses 120 ans d’existence (1906).

 » Nous avons la chance de faire un métier qui peut rendre les gens heureux avec un match de foot  » Pierre Sage, entraîneur du RC Lens en 2026.

Je me souviens bien de leur victoire en coupe de la Ligue en 1999 avec Tony Vairelles, le capitaine et Gervais Martel, l’ancien président du club. On sent que les joueurs et leur entraineur Pierre Sage sont portés par les valeurs d’authenticité de leur club surtout quand ils font la chenille avec leurs supporters à quatre heures du matin dans leur propre stade, construit sur le modèle des stades anglais.

D’ailleurs, le logo du club c’est une lampe de mineur. Cela me rappelle beaucoup le beau succès populaire du film En fanfare qui raconte une chorale liée à une ancienne mine dans un village ouvrier du Nord.

Les gens du Nord, un documentaire de qualité qui montre un bel état d’esprit collectif.

J’avais déja vu un documentaire de France 3 consacré à l’histoire de Marseille. Je viens de voir celui consacré aux gens du Nord pour reprendre la chanson d’Enrico Macias, chanteur juif algérien touché par leur gentillesse en 1967. C’est un beau documentaire raconté par Valérie Bonneton, qui vient du Nord.

Il m’a beaucoup brassée (la famille de ma mère vient de là-bas) car il raconte les difficiles conditions de vie des mineurs dans les fameux corons, les risques qu’ils prenaient à descendre au fond de la mine et les sévères destructions matérielles que cette région de France a vécu durant les deux guerres mondiales.

Je prévois un prochain voyage à Roubaix pour visiter la Piscine, ce musée emblématique qui organise une exposition consacrée à La Redoute, ce catalogue de vente par correspondance emblématique.

Il faudra que j’aille également au Louvre-Lens où sera exposée la coupe de France 2026 ainsi que visiter cette chouette ville de l’Arthois. Je pense sans bien me tromper que de nombreux Français vont vouloir aller assister à un match du RC Lens au stade Bollaert pour vivre cette ambiance extraordinaire qui a impressionné l’ensemble du pays pendant ce week-end de Pentecôte.

Cinéma·Sociologie

Juste une illusion, une autobiographie nostalgique de l’adolescence aussi réussie que La boum

Pour la fête du travail, mon mari et moi avons voulu nous récompenser de notre dur labeur de l’année avec une sortie ciné que nous attendions impatiemment : la comédie Juste une illusion, le nouveau film de Nakache et Toledano qui se déroule en 1985.

Nous avons passé un magnifique voyage dans le temps avec un film à la fois drôle et émouvant, léger et profond. Cette comédie familiale dure presque deux heures pendant lesquelles les rires fusaient scènes après scènes : le canular du grand frère pour l’exposé d’histoire est particulièrement savoureux. Pas sûr que j’aurai autant ri avec le film concurrent cette semaine : Le diable s’habille en Prada,suite.

Je pense que j’ai aimé passionnément ce film car il est inspiré des souvenirs de famille des deux réalisateurs qui sont des enfants de la seconde génération pied-noir. Ils avaient douze et quatorze ans en 1985. Cela me fait beaucoup pensé à Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, l’autobiographie de Roland Perez,

Le résumé :

Nous sommes en 1985. Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et « pas encore » un adulte, nous partageons ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux. Une comédie douce-amère sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était peut-être… juste une illusion.

Mon avis :

C’est vraiment satisfaisant de visionner une comédie française qui frise l’excellence comparée à d’autres films qui retombent comme un souffle passés les quinze premières minutes.

Mon mari et moi avons des goûts cinéma assez différents et souvent les films de Nakache et Toledano constituent un bon dénominateur commun : leurs films sont fédérateurs, ils montrent des gens qui s’engueulent pas mal et qui pourtant vont parvenir à trouver une certaine harmonie.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Les rires fusent scènes après scènes car les situations sont cocasses, les dialogues sont savoureux entre les amoureux qui se chamaillent ou les deux frères qui s’attrapent par les cheveux.

Au départ, on était un peu inquiets de la tournure qu’allait prendre le film car les parents Dayan se frittent constamment, l’ambiance est particulièrement tendue les dix premières minutes du film. A tel point que le jeune Simon se réfugie chez son camarade de classe Nino où la maman toute gentille lui prépare des lasagnes dans un calme reposant.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Il y a un malentendu qui perdure dans la famille Dayan : le père, Yves est au chômage et il joue la comédie pour donner le change face à ses enfants. Louis Garrel excelle dans ce rôle de papa paumé par la montée massive du chômage. Le running gag de sa place de parking perdue symbolise la perte de son standing social qu’il essaye de faire perdurer coûte que coûte face au gardien de la résidence : Berger, le talentueux Pierre Lottin.

Cette comédie prend une tournure romanesque quand Simon décide de séduire sa camarade de classe Anne-Karine. J’ai retrouvé les mêmes émotions que les deux films de La Boum : c’est attendrissant et les deux jeunes acteurs Simon Boublil et Jeanne Lamartine sont radieux.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Le grand frère de Simon, Arnaud qui ne lui faisait pas de cadeau au début du film va lui être d’une précieuse aide pour le sortir de sa mélancolie amoureuse. La scène qui évoque le grand concert de 1985 au profit de l’association SOS racisme avec le logo bien connu Touche pas à mon pote est la plus belle du film.

Compte Instagram de Gaumont

Juste une illusion est sans doute la comédie française la plus attendue de l’année, il y a des tonnes de journalistes cinéma et musique qui feront des analyses au cordeau de ce film autobiographique teinté des meilleurs tubes de l’époque : Just an illusion, I’m so excited, Supreme…

Moi, ce que j’ai le plus aimé c’est la référence à la doudoune Chevignon avec le canard dans le dos qui est encore une valeur sûre des ados quarante ans plus tard. Ou encore le gag hilarant avec la VHS du vidéo-club qui joue sur le jeu de mots entre La ruée vers l’or de Charlie Chaplin et La ruée vers Laure, un film beaucoup plus confidentiel et largement oubliable…

Les références au film de Claude Lelouch, Un homme et une femme sont savoureuses : sa musique iconique Chabadabada va bien aider Simon dans sa quête de séduction de sa camarade de classe.

© 2026 ADNP – TEN CINEMA – GAUMONT – TF1 FILMS PRODUCTION -QUAD+TEN

Pourquoi le cinéma de Nakache et Toledano est si populaire en France ?

Eric Toledano et Olivier Nakache sont amis depuis leurs seize ans, ils ont réalisé ensemble neuf films qui ont réunis plus de 30 millions de spectateurs dans les salles obscures.

J’aime autant Nos jours heureux que Tellement proches, Intouchables ou Le sens de la fête. Même Une année difficile qui a été boudé par les spectateurs est un film intéressant avec ses punchlines sur l’engagement politique.

On le sait moins mais le duo de réalisateurs est aussi à l’origine des Rencontres du papotin sur France 2, une rédaction de journalistes porteurs du spectre autistique qui posent des questions atypiques. Ils ont également réalisé un documentaire racontant l’aventure du Café Joyeux, ces cafés qui emploient des personnes trisomiques aidés par leurs encadrants. Il est grand temps que je voie leur film Hors-normes qui a ému de nombreux spectateurs.

Le duo Nakache/Toledano c’est un peu le même cas de figure qu’avec les films de Jeanne Hery (Pupille, Je verrai toujours vos visages). Ces films nous font du bien car ils sont fédérateurs dans une société française de plus en plus clivante. On attend avec impatience quel sera le sujet de leur prochain film car ça sera forcément bien.

DIY·Sociologie

Réaliser de manière artisanale son arbre généalogique avec la technique des collages

En 2024, j’ai beaucoup pensé à mon grand-père Jean alias Papilo qui a eu un grand rôle dans ma vie : avec son tempérament joyeux malgré les épreuves, il a été un modèle important dans la construction de ma philosophie de vie.

C’était l’année des vingt ans de sa mort et donc depuis deux ans je vais en pèlerinage sur les terres de mes origines : à Boulogne sur mer mais aussi dans d’autres villes du Pas de Calais : Montreuil sur mer, Montcavrel, Saint Pol sur Ternoise…


Des racines aux souvenirs : L’histoire de ma famille

J’ai décidé d’écrire un livre numérique sur l’histoire de ma famille maternelle qui a connu les affres de deux guerres mondiales, la bataille de Dunkerque, être réfugiée dans sa toute petite enfance sur les routes de l’Exode en 1940…, la guerre d’Algérie et toutes les mutations économiques et sociales qui ont transformé cette France qu’ils aimaient tant.

J’ai donc choisi de réaliser mon arbre généalogique sur cinq générations depuis 1880. Je ne cherchais pas à remonter plus loin dans le passé car je voulais m’attacher à raconter ceux dont on se souvient et avec qui mes grands-parents avaient eu des souvenirs tout au long de leur vie.

Ce travail de mémoire familiale m’a permis de réaliser que chaque personne parle beaucoup plus facilement de sa relation avec ses grands-parents que de celle avec ses propres parents. Je ne fais pas exception.

Le roman graphique Lebensborn, le récit d’une maternité nazie, Bayard éditions

J’ai commencé à réaliser mon arbre généalogique sur le logiciel gratuit Canva mais je me suis vite heurtée à la froideur et à la rigidité de l’outil informatique. Je voulais faire des médaillons dorés pour mettre en valeur ces photographies anciennes comme dans Downton Abbey ou la Bd Lebensborn qui m’avait inspirée.

J’ai abandonné l’idée des médaillons dorés car c’était compliqué à mettre en place en termes de cadrage. Puis j’ai carrément abandonné l’ordinateur, un jour d’ennui et de convalescence de la grippe. Je me suis lancée à l’arrache sans filet et c’était la meilleure chose à faire. J’ai pris une feuille de Canson A4 que j’ai plié en deux. Le grain de la feuille donnait un peu de cachet à mon projet artistique.

J’ai du faire des choix un peu drastiques car je ne pouvais pas mettre tous les membres de ma famille. J’ai fait deux arbres généalogiques : paternel et maternel en partant du couple de mes grands-parents. J’ai cherché les photos de leurs parents et de leurs grands-parents.

Comme je n’ai pas retrouvé tout le monde, j’ai juste indiqué leurs noms et leurs dates avec des photographies des lieux d’où ils venaient ou des expressions familiales transmises à la génération suivante.

Tes coudes Albert ! C’était une expression récurrente de mon grand-père Jean pour nous dire sans ménagement de nous tenir correctement à table pour que nous ayons une bonne éducation.

Il imitait alors sa belle grand-mère (la seconde femme de son grand-père, c’est une longue histoire…) qui était très à cheval sur les bonnes manières. Elle reprenait son mari comme un gosse au début du 20eme siècle dans une maison bourgeoise du Nord, et c’est resté comme un souvenir de famille.

Enfin, je suis très contente de ces deux arbres généalogiques fait maison car ils sont volontairement imparfaits mais ils sont un peu comme une carte d’identité, c’est beaucoup mieux qu’un document sans âme un peu lisse sur un ordinateur.

Je suis très contente d’avoir trouvé cette astuce des languettes de kraft et des noms écrits avec un stylo noir pour donner du rythme et du style à ma feuille. Et puis le kraft ça aide à planquer les défauts si on se trompe ! Vive le papier Canson et les collages !

Il y a un grand nombre de films et de romans inspirés par cette démarche généalogique, chercher d’où l’on vient, qui nous sommes…

Dernièrement, j’ai lu l’autobiographie de Vanessa Springora qui s’appelle Patronyme. Son grand-père avait une histoire sombre mais c’est plutôt cette démarche d’enquête plutôt que le secret de famille qui m’a intéressée. On se sent vraiment comme un fin limier quand on fouille les archives départementales à la recherche des actes de naissance de sa famille. Surtout que la plupart ont été numérisées.

Carnets de voyages urbains·Sociologie

Le temps n’est jamais perdu à Cabourg en famille début avril

Pendant longtemps je ne connaissais que Trouville-Deauville où j’aimais particulièrement venir en hiver pour le calme de sa plage si revigorant même par temps gris.

Puis, j’ai découvert Cabourg. Nous n’avons pas de voiture personnelle et les stations balnéaires de Normandie sont souvent de vrais entonnoirs infernaux pour se garer et circuler. Alors on privilégie le train.

Je vous recommande le trajet en TER Trouville-Deauville/Cabourg qui dure 40 minutes et qui coûte 13€20 l’aller pour un adulte. C’est le plus beau trajet en TER que j’ai fait avec vue plongeante sur la plage d’Houlgate et cette Manche si proche.

La vue depuis notre studio dans la rue principale, avenue de la Mer

Une station balnéaire accessible en train depuis les années 1870.

La gare de Dives-Cabourg est minuscule, elle se trouve à quinze minutes à pied du centre-ville. On compte environ 3700 Cabourgeais qui vivent ici à l’année. Dans les années 1870, le chemin de fer a drainé les Parisiens les plus aisés qui venaient humer le meilleur air iodé sans encore se jeter à l’eau.

Cette manière d’apprivoiser la plage est très bien documentée par un petit film en noir et blanc diffusé en introduction de l’exposition permanente de la Villa du temps retrouvé.

Un cousin a retracé l’arbre généalogique de ma famille dans le Pas de Calais depuis le 17eme siècle. Je me demande bien si mes ancêtres nés dans les années 1870 allaient déja à la plage du côté de Merlimont et dans quelles tenues…

La villa du temps retrouvé ne m’a pas vraiment épatée par son architecture mais j’ai beaucoup aimé son exposition permanente et ses jardins. Son parti-pris est original : il s’agit d’un musée Belle époque qui se visite comme une maison avec une exposition qui se réinvente chaque année depuis son inauguration en 2021 grâce aux prêts de musées régionaux.

Renoir, Bonnard, Monet sont ainsi exposés dans la villa qui conserve aussi des objets d’époque comme un téléphone du 19eme siècle ou les premières machines de cinéma.

C’est très didactique pour les enfants. J’ai également beaucoup aimé l’exposition temporaire dédiée à l’Orient express, ce train de légende ! .Le musée a reconstitué un wagon restaurant en bois du mythique train. Tous les visiteurs disaient la même chose devant cette reconstitution : « Qu’est ce que c’est chic !. »

Une statue en bronze de Marcel Proust pour accueillir les visiteurs du musée.

Je connais très mal l’œuvre de Marcel Proust a part l’incippit du Côté de chez Swann que j’ai étudié à l’université : « Longtemps je me suis couché de bonne heure ».

Mais il faut reconnaître que Marcel Proust est l’ambassadeur de Cabourg comme Monet à Giverny. La promenade qui porte son nom est un lieu remarquable du littoral normand que nous avons beaucoup aimer arpenter pendant deux jours.

Je me souviens que l’un des personnages du film américain Little Miss Sunshine : l’oncle gay interprété par Steve Carell était un spécialiste de l’œuvre de Marcel Proust a l’université. Proust est tellement iconique qu’un anonyme a fait une mini mosaïque style manga de l’écrivain sur un des murs de l’entrée de la villa.

D’autres villas cossues du front de mer montrent l’opulence de Cabourg au 19eme siècle.

Cette station balnéaire réputée était le lieu de rendez-vous de la bourgeoisie européenne : française, suisse, anglaise, belge et russe entre 1870 et 1914, avant que la première guerre mondiale n’éclate. Il y a une villa qui m’a coupé le souffle par son faste. Il s’agit de la Villa Marie-Antoinette avec son porche en bois sculpté, ses épis faîtières en céramique, typiques du pays d’Auge, ses tourelles et ses colombages.

C’était aussi beau que l’hôtel Normandy à Deauville. Je réfléchirai à y réserver une nuit une prochaine fois. Si vous êtes un fana d’architecture balnéaire, je vous recommande le circuit de visite guidée des villas de Cabourg organisé par l’office du tourisme de la ville.

Cabourg, la reine des plages familiales.

Cabourg est la plage idéale pour les familles avec sa promenade-jetée très accessible pour les poussettes. C’est très différent des magasins de luxe de Deauville : ce sont les villas Belle époque cossues qui volent la vedette à Dior, Chanel ici…

Il y a une rue principale l’avenue de la Mer qui débouche sur le casino et le Grand- hôtel cher à Marcel Proust. Nous avons déjeuné au Café de la jetée, un des plus anciens cafés de Cabourg avec une très belle vue et un accueil très sympathique. Mais malheureusement, on ne s’est pas régalé avec nos plats: on s’est demandé si ce n’était pas industriel.

Par contre le soir, c’était bien meilleur ! Nous avons diné au restaurant La factory situé avenue de la Mer. Nous sommes restés deux nuits à Cabourg lors du week-end de Pâques. Nous étions logés avenue de la Mer dans un studio très lumineux qui donnait sur la rue. Heureusement, les restaurants de Cabourg ont une bonne capacité d’accueil lors des ponts de printemps.

Train Paris Saint-Lazare/ Dives-Cabourg via le TER Nomad, environ 2h57, correspondance à Trouville-Deauville et Lisieux. Achat personnel.

Il se trouve que pendant notre week-end à Cabourg, je lisais le roman Donut girl de Lauriane Bordenave, publié par les éditions Les escales. Il se déroule pendant le débarquement allié sur les plages de Normandie, non loin du Calvados.

Quand on traversait les paysages de bocages normands, on peut se rendre compte que les chars américains ont eu du mal à progresser les semaines suivants le 6 juin 1944.

Émerveillés par la vue sur la plage d’Houlgate en train, ce sera notre prochaine destination pour les beaux jours. Retrouvez ici nos précédentes excursions en famille, à moins de deux heures de Paris.

La carte du Calvados, dans la gare de Trouville-Deauville

Cinéma·Sociologie

Je verrai toujours vos visages, retrouver foi en l’humanité

Mardi soir, j’ai assisté à un ciné-débat animé par Jean-Luc Gadreau, pasteur et animateur de l’émission Solae sur France Culture. Cela s’est déroulé au cinéma de L’épée de bois, rue Mouffetard.

Je ne connaissais rien à la justice restaurative et franchement les films qui se déroulent en prison… Mais j’avais vu le précédent film Pupille, un film à la fois fort et émouvant qui célèbre lui aussi le triomphe du collectif.

Jeanne Herry s’est inspirée d’un podcast et d’une histoire qu’elle a un peu connu enfant. Quand elle était à l’école, on lui a parlé d’une femme qui était devenue visiteuse de prison suite à l’assassinat de sa fille. J’avais peur de voir Je verrais toujours vos visages tant je suis horrifiée par tous ces faits-divers atroces qui s’enchainent ces derniers temps.

Je suis sortie de ce film apaisée et un peu plus optimiste envers la société en général. Alors oui il y aura des grincheux pour dire que la justice restaurative c’est bon pour les bisounours. Mais les faits sont là, ils aident à la réparation des victimes et des auteurs. Je l’ai constaté en regardant l’émission Ca commence aujourd’hui de Faustine Bollaert sur France 2.

C’est un processus encadré par la loi du 15 août 2014 et mise en place par Christine Taubira, garde des sceaux de l’époque. J’ai appris grâce aux intervenants présents après la rencontre, qu’ un suivi des détenus est obligatoire même s’ils refusent la justice restaurative ou de parler à un aumonier, un psychothérapeute. Même condamnés, personne n’est oublié de la société.

Sans vouloir donner de leçons, ce serait une bonne chose que les journalistes de faits divers plus ou moins sensationnalistes voient ce film pour informer l’opinion publique au lieu de jeter de l’huile sur le feu avec les multirécidivistes.

Ce film dure deux heures mais on ne s’ennuie pas un seul instant malgré que ça soit presque un huit clos. Jeanne Herry a structuré son scénario avec différents temps forts : la formation des animateurs, les entretiens avec les auteurs et les victimes et enfin l’aboutissement de la médiation ou du groupe de parole.

La médiation entre Chloé (Adèle Exarchopoulos ) et son frère qui l’a violé pendant dix ans est menée par Judith (Elodie Bouchez) : c’est un crescendo. La difficile reconstruction de cette jeune femme est filmée avec beaucoup de pudeur et de respect. Par exemple, Jeanne Herry la filme toute joyeuse de préparer une quiche pour une fête et elle se paralyse au téléphone quand quelqu’un lui apprend que son frère est revenu vivre dans la même ville…

Alors que le groupe de parole en prison est un climax. Il réunit trois victimes : Sabine (Miou-Miou), Nawelle (Leïla Bekti) et Grégoire (Gilles Lellouche) face à des auteurs de braquage : Nassim (Dali Benssalah), Issa (Birane Ba) et Thomas (Fred Testot). C’est fabuleux de voir comment se noue une véritable alliance thérapeutique faite de moments de vérité. On se demande jusqu’au bout si cela va échouer ou faire fleurir des renaissances…

Je suis allée voir le film avec mon amie Valérie. Voici son avis : « Au travers de la parole, les blocages des uns et des autres tombent. La première des réparations est celle de l’interaction avec autrui. Les échanges donnent la capacité à chacun d’entrer dans le vécu de l’autre. »

Après la projection du film de Jeanne Herry, Je verrai toujours vos visages, nous avons eu la chance de partager avec Diane Clémence-Barrero, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, Lydwine Jaulin, animatrice de médiation restaurative et de Rencontre Détenus Victimes /Rencontre Condamnés Victimes et le Père Marc Génin, aumônier de prison orthodoxe.

Ce dernier a raconté qu’un prisonnier lui a confié que rencontrer une victime du type d’infraction qu’il avait commis l’avait totalement bouleversé alors qu’il était suivi de nombreux psychothérapeutes depuis des années. Cela ne veut pas dire que le travail de thérapie n’avait servi à rien, il a préparé le terrain. Une autre animatrice a raconté que lors d’un groupe de parole autour du viol (l’infraction la plus traumatisante selon elle), ses membres ont souhaité se revoir dans un an pour prendre des nouvelles des uns et des autres.

D’ailleurs, le titre du film est très efficace, c’est une des réplique prononcée par un des auteurs de braquage. Il sort de prison et se remémorer les visages du groupe de parole va l’aider à ne pas récidiver. Cette histoire de faire tomber la carapace grâce à la parole m’a bien travaillée. Cela fait écho à une question que j’avais posé sur le site 1001 questions.fr.

Les trois intervenants ont salué la justesse du propos de Jeanne Herry et surtout son travail très rigoureux. La réalisatrice est allée jusqu’à suivre les formations de justice restaurative comme ses personnages à l’écran.

Les questions aux professionnels de la justice restauratrice fusaient. Le public était aussi bien féminin que masculin, ils avaient entre 20 ans et 80 ans. Totale réussite pour mes collègues Ana et Laurène de l’Alliance biblique française.

Copyright Christophe Brachet – 2022 –

D’habitude, nous avons un peu de mal à mobiliser les jeunes générations pour nos soirées débat. C’était très encourageant de voir un public aussi diversifié. Cela s’explique parce que l’explosion de la violence dans la société concerne tout le monde et que cultiver notre empathie est notre meilleure force pour la contrer.

J’espère que cette année l’Académie des Césars récompensera ce film, ses acteurs et sa réalisatrice pour le service qu’il rend à la société civile : restaurer un lien social bien maltraité aujourd’hui.

Biographies et autobiographies·Sociologie

Et la joie de vivre : cette autobiographie thérapeutique que j’ai failli abandonner de lire.

Le 17 février dernier, est paru en librairies l’ouvrage le plus attendu de l’année : l’autobiographie de Gisèle Pélicot, cette femme courageuse et vaillante, qui a décidé que la honte allait changer de camp lors d’un procès retentissant qui a marqué l’année 2025.

J’ai acheté l’autobiographie de Gisèle Pelicot par solidarité féminine : la soutenir financièrement par mon achat. J’ai suivi attentivement le procès des viols de Mazan, j’ai même lu l’autobiographie de l’avocate de la défense : Défendre l’indéfendable écrit par Béatrice Zavarro cet automne. Ces deux autobiographies m’ont brassée et même causé des nuits tourmentées.

Il est facile voire même tentant de qualifier Dominique Pélicot et ses suiveurs de monstres car ils se sont livrés à des actes monstrueux et abominables. Mais c’est toute la société qui doit s’examiner et prendre conscience de ses dérives, de ses silences complices quand elle ne protège pas des enfants.

La plaidorie de Maître Zavarro explique que Dominique Pelicot a assisté à des scènes insoutenables. Son père humiliait et violait à répétitions sa mère sans s’en cacher.

Son père forcera même une jeune femme handicapée qu’il avait adopté à se mettre en couple avec lui. Dominique Pelicot s’est longtemps révolté contre les abus de son père mais il reproduira ce schéma déviant en soumettant chimiquement sa femme Gisèle à des viols en réunion insoutenables et dégradants.

On connaît ce fait divers hautement médiatisé pourtant on ne s’habitue pas à la sauvagerie. Surtout quand c’est la victime qui la raconte. Les chapitres qui expliquent la déflagration de la cellule familiale suite à cette scabreuse découverte m’ ont fait très mal au coeur pour sa famille et ses amis.

Mais j’avais vraiment envie de faire connaissance avec cette Gisèle. Il faut louer le superbe travail d’écriture de Judith Perrignon pour retracer son parcours, celui d’une femme de la classe moyenne née dans les années 1950.

Elle a perdu sa maman très jeune à neuf ans et son foyer familial a été fragilisé par l’arrivée d’une belle-mère d’une grande acidité verbale. Sans doute, Gisèle Pélicot qu’elle s’est précipitée dans les bras de Dominique Pélicot à cause de l’insécurité affective instaurée par cette femme dépourvue d’amour.

La force de Gisèle Pélicot est de vouloir garder mémoire de ses belles années avec Dominique Pélicot malgré sa trahison indéfendable.

C’est un beau portrait de femme ordinaire qui a pris une décision extraordinaire avec des valeurs et des positionnements moraux courageux. Certains demeurés semblent penser que le nom Pélicot est devenue une machine à cash.

Et bien tant mieux si Gisèle gagne beaucoup d’argent avec l’a-valoir de son éditeur et les traductions de son livre dans vingt-deux pays. En plus des sévices physiques et psychologiques, Dominique Pelicot lui a laissé un bon petit dossier de surendettement à assumer.

Le livre de Gisèle Pélicot, c’est une thérapie collective dans un pays abasourdi par ce fait-divers. La première prise de parole de Gisèle Pélicot avec sa co-autrice Judith Perrignon m’a beaucoup émue. Augustin Trapenard, le présentateur de la Grande librairie a mené cet entretien avec grâce et dignité.

Un grand moment de télévision très solennel à La grande librairie

Il y avait une sorte de solennité collective à écouter cette femme qui parle tellement bien de son vécu en toute humilité, avec responsabilité mais sans aigreur. Elle est bien plus forte et puissante que ces 51 accusés qui l’ont méprisée, aidés lamentablement par leurs avocats qui ont cherché à les dédouaner de la façon la plus lâche et la plus lamentable alors que les vidéos les accablaient.

J’ai regardé l’interview de Gisèle dans les émissions Hugo décrypte et Quotidien. J’ai été très touchée par l’émotion contagieuse des journalistes Hugo Travers et Ambre Chalumeau qui étaient en totale empathie manifeste avec elle. Ce n’était pas du tout du buzz, c’était même rassurant pour notre société, cette empathie avec une femme qui a vécu une épreuve atroce qui suscite notre compassion. Je me suis dit que c’était ça aussi la fraternité dans notre pays.

Puis le livre est en train de vivre une aventure internationale puisqu’il a été traduit dans vingt-deux langues. Gisèle Pélicot a été reçue par le premier ministre espagnol qui l’a décorée. L’Espagne a envoyé un grand nombre de journalistes à Avignon pour le procès car notre voisin espagnol vit malheureusement un grand nombre de féminicides actuellement. Le Royaume-Uni a également réservé un accueil exceptionnel à Gisèle Pélicot : une audience avec Camilla d’Angleterre mais aussi une lecture des passages du livre par Kristin Scott-Thomas mais aussi Kate Winslet.

Le souhait d’une démarche restaurative pour Gisèle et sa famille meurtrie

Enfin, je souhaite à la famille Pélicot guérison et justice restaurative à l’image du film Je verrai toujours vos visages. Il est répété à plusieurs passages du livre que Gisèle Pélicot et ses enfants veulent se rendre à la prison des Baumettes à Marseille pour obtenir auprès du patriarche déchu, les réponses aux questions qui les hantent depuis 2020.

C’est d’ailleurs la conclusion du livre Et la joie de vivre. Merci Gisèle de montrer que ce n’est pas aux victimes de courber l’échine !

Ile de France et Paris·Sociologie

Un dimanche après midi au musée de la chasse et de la nature dans le Marais

Je suis ravie de ma découverte : le musée de la chasse et de la nature, rue des Archives dans le Marais. C’est un musée de taille moyenne très bien mis en valeur par une scénographie élégante et réfléchie. Je suis d’autant plus récompensée de mes modestes efforts car cette visite a emballé toute la famille dont ma fille de six ans !

Les hôtels particuliers Guenegaud et Mongelas, écrins d’exception du musée

Ce musée a été inauguré par André Malraux en 1957 dans un hôtel particulier réalisé par Mansart au 17eme siècle. En 2007, il a été agrandi dans l’hôtel Mongelas du 18eme siècle. Et enfin en 2019, un étage mansardé a été ajouté. J’aime énormément les poutres apparentes, les boiseries et les papiers peints de ce lieu très chaleureux. Comme en témoigne cette salle ci dessous où l’on peut s’asseoir dans de moelleux canapés verts.

© Musée de la Chasse et de la Nature – David Giancatarina

Cela ressemble plus à une douillette demeure bourgeoise qu’à un musée académique et c’est sans doute pour cela que l’on se sent si bien dans cet endroit. Ce musée rend hommage à deux de ses mécènes et collectionneurs les plus importants : le couple Sommer qui a crée une fondation dans les Ardennes en 1966.

Cette fondation oeuvre à la construction d’un discours apaisé d’une saine utilisation de la nature entre chasseurs et non chasseurs, dans le cadre d’une écologie humaniste.

J’ai beaucoup aimé la reconstitution de leur cabane en bois grandeur nature dans une des salles du musée. Mes grands-parents avaient construit une cabane de chasse non loin d’un étang de Montcavrel dans le Pas de Calais et c’était un lieu privilégié pour eux.

L’effet cabinet de curiosités est vraiment très réussi notamment les petits coffrages en bois qui présentent les principaux animaux sauvages : les plus connus de la littérature comme le loup, le renard, le hibou… Un tiroir vitré conserve leurs crottes. Cela plait beaucoup aux enfants.

Ce serait génial si ce musée organisait une belle exposition mettant en scène l’imaginaire populaire dans les livres jeunesse, la publicité avec le loup d’Intermarché ou Roule galette qui met en scène un renard.

Trois fois par an, le musée de la chasse et de la nature fait appel à des artistes contemporains pour enrichir le propos et dialoguer avec les œuvres de la collection permanente.

L’exposition La licorne, l’étoile et la lune de Lamarche-Ovize jusqu’au 8 mars 2026

Je ne connaissais pas l’univers de ce couple d’artistes mais j’ai vraiment été emballée par leur univers onirique, coloré et foisonnant que je vous recommande de découvrir !.

Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize, c’est un couple des plasticiens qui allient dessin, céramique, lithographie, textile et objet dans un esprit de collages. Un univers qui m’a séduite d’emblée. On perçoit dans leur travail un héritage artistique solide : les papiers peints de William Morris, décorateur anglais de la seconde moitié du 19eme siècle.

Pour préparer cette belle exposition poétique, les deux artistes ont relu Le bestiaire de l’amour écrit par Richard de Fournival vers 1250 et Grenouilles, un texte d’Aristophane (5eme siècle avant JC)

J’ai beaucoup aimé leur microcosme tellement poétique notamment leurs lithographies très colorées dans une salle carrée. Puis, soixante-dix œuvres ont investis les collections permanentes du musée de la chasse et de la nature. J’aime beaucoup ce dialogue récurrent entre tradition et modernité, art académique et art contemporain. Dans ce musée, j’ai découvert l’art cynégétique même si je ne suis pas admiratrice de la chasse, j’ai apprécié l’aspect naturaliste de ce beau musée.

Musée de la chasse et de la nature, 62 rue des Archives, ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18 heures, plein tarif : 13€ exposition et collections permanentes, 11€: tarif réduit. Gratuit pour les moins de 18 ans et le premier dimanche du mois.

Retour en images sur mes précédentes sorties culturelles en famille à Paris.

Romans·Sociologie

Ces livres que j’ai aimé lire en 2025

Cette année, j’ai quelque peu délaissé les romans car il était rare que je trouve mon bonheur. Il manque du rêve et de la féerie dans la littérature actuellement. C’est à l’image de la société pour dénoncer des abus de pouvoir mais c’est sacrément pesant. Le raz de marée de La Femme de ménage m’a beaucoup déprimée : c’est glauque, mal écrit et cela entame notre confiance en notre prochain.

Voici quelques pistes essais, romans et BD si vous cherchez quelque chose de joyeux et qui redonne espoir en l’humanité !

Des récits de vie écrits par des personnes courageuses qui aiment leur prochain

Mamie charge, Brigitte Lips avec Anne-Marie Taillandier, éditions Salvator, 16€

J’ai découvert ce très beau livre en janvier en débutant mon travail au journal La Vie à travers sa rubrique phare Les essentiels qui donnent la parole à des anonymes comme des célébrités pour expliquer en quoi leur spiritualité guide leur quotidien.

J’ai tellement aimé lire le parcours de cette retraitée qui se dévoue pour ouvrir son garage aux migrants qui tentent de traverser la manche. Elle met sa foi chrétienne en pratique chaque jour. J’ai retrouvé les valeurs du Pas de Calais chères à ma grand-mère, dans son parcours. L’histoire personnelle de Brigitte m’a fait penser à celle de Roseline Hamel qui vient aussi du Pas de Calais.

Sœurs de douleur, Roseline Hamel et Nacera Kermiche, XO éditions


Elle est la sœur du père Hamel assassiné pendant la messe dans son église : Roseline Hamel. Elle est la mère de l’un des deux terroristes tués lors de l’assaut : Nassera Kermiche. Elles sont devenues amies alors que le pire devait les séparer. Sœurs de douleur, on ne pouvait pas trouver meilleur titre pour résumer ce livre.

Il s’agit d’un récit à trois voix puisqu’un journaliste de Pèlerin magazine les accompagne dans ce récit d’une grande pudeur et sensibilité. En sept chapitres où s’alternent les récits de Roseline et de Nacera, Samuel Liéven retrace plus de huit années de deuil pour l’une et pour l’autre depuis l’attentat qui a eu un retentissement médiatique dans le monde entier.

Y’aura t’il un paradis pour moi, Frère Benoît Dubigeon, éditions Artège.

J’ai découvert ce formidable récit en lisant le dossier sur l’action de Robert Badinter dans les prisons, un dossier du journal La Vie à l’occasion de son entrée au Panthéon début octobre. Frère Benoit Dubigeon fut longtemps aumônier de prison à Fleury-Mérogis. Il raconte sa rencontre authentique avec Théo, un jeune homme qui a tué une mère de famille dont il été amoureux. Il n’a pas supporté qu’elle l’abandonne comme tous ses proches avant elle. Théo va vivre un très beau chemin de foi en expérimentant le pardon et la rédemption. Sans conteste, le livre le plus poignant que j’ai lu cette année ! .

Au château de l’ogre, Marie France Bokassa, Flammarion.

J’ai découvert son témoignage poignant dans l’émission Ça commence aujourd’hui de Faustine Bollaert sur France 2. C’est l’histoire de Marie-France, l’un des dix-sept enfants du dictateur de Centre-Afrique Bokassa. Elle a grandi un temps dans un pensionnat en Suisse avec un chauffeur et des domestiques mais elle a aussi connu la faim et les brimades. C’est une voisine du village qui l’a hébergé et l’a éduquée comme sa propre fille a qui elle doit son salut. Son récit m’a bouleversée car elle n’a jamais connu sa maman qui était asiatique et son géniteur l’a privé de tous contacts avec elle.

De beaux romans avec des histoires d’amour, une maman dévouée à son fils handicapé…

Rendez-vous ici, David Nicholls, Belfond

Au fil des chapitres, on se laisse rapidement embarquer par cette randonnée avec ses étapes interminables où ils terminent chaque jour trempés comme des soupes. Les personnages connexes à l’histoire vont rapidement abandonner le projet mais les deux solitaires de l’équipée n’ayant pas d’autres échappatoires vont persévérer ensemble car c’est très important pour eux.

Traverser les montagnes et venir naître ici, Marie Pavlenko, éditions Les escales

Un roman poignant et lumineux qui raconte le deuil, la solidarité et l’espoir. Astrid a tout perdu. A quarante ans, plus rien ne la retient, alors elle part. Elle achète sans l’avoir visitée une maison isolée dans la région montagneuse et sauvage du Mercantour. Parmi ses bagages, un carton marqué d’une croix rouge, ce qu’il lui reste de sa vie passée. Soraya a tout laissé derrière elle. Sa Syrie natale, sa famille, ses amis, son insouciance.
Elle traverse la montagne pour rejoindre la frontière française en se cachant de la police. Dans son ventre, une vie qu’elle déteste grandit.

Deux destins de femmes inoubliables. Deux douleurs indicibles qui se rencontrent et s’apprivoisent. Un roman magistral qui malmène nos émotions tout au long de l’histoire. J’ai été secouée par sa lecture car les épreuves traversées par ces deux femmes sont révoltantes. Mais on ne peut pas lire que des romans feel good, c’est la réalité actuelle de bon nombre de migrants.

La vie qui reste,Roberta Recchia, J’ai lu

J’ai tout de suite accroché à ce roman car la situation initiale est parfaitement écrite et accrocheuse. Condition sine qua non pour que je poursuive ma lecture. Pour un première roman, j’ai été impressionnée par le style de l’auteure : la force de la narration et de l’expression des émotions. Dès les premières pages, on plonge rapidement dans l’ambiance du roman. C’est un roman typiquement italien où l’on exprime pleinement ses sentiments sans détour.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, Roland Perez, Les escales, 2021, 19€

C’est de loin mon plus beau coup de coeur cinématographique et littéraire de cette année. Je l’ai lu d’une traite car le personnage d’Esther, la maman juive m’a captivée. Son entêtement et ses mensonges éhontés m’ont fait éclater de rire. Ils sont le témoignage émouvant d’un amour maternel inconditionnel et d’une foi qui déplace les montagnes. J’ai eu la grande chance de rencontrer son auteur au festival du livre de Paris en avril.

J’espère que cette sélection de livres vous apportera espoir et inspiration pour 2026 !