Expos·Ile de France et Paris

Un dimanche de printemps entre 8eme et 16e pour rendre hommage au talent de Lee Miller

J’ai bien envie d’inaugurer dans ce blog un nouveau type de billet : une promenade dans un quartier de Paris à travers deux ou trois monuments emblématiques qui racontent son histoire.

J’ai vécu dans différents quartiers de Paris en fonction des chambres de bonne que je trouvais. C’est donc plus facile de décrire des quartiers dans lesquels j’ai vécu. J’ai habité de 2007 à 2011 dans le 8eme arrondissement, je prenais chaque matin le bus 72 qui longe les quais de Seine, le palais de Tokyo, le Trocadéro avec vue imprenable sur la Tour Eiffel.

J’ai voulu y retourner ce dimanche pour visiter l’exposition de photographies en noir et blanc de Lee Miller, une photographe américaine amoureuse de Paris depuis les années 1920. C’est la plus importante rétrospective depuis vingt ans, elle se déroule au musée d’art moderne, l’ancêtre du musée Pompidou.

Le palais de Tokyo, imposante architecture Art Déco.

J’ai toujours été captivée par le palais de Tokyo non loin du Trocadéro. Il comporte de nombreux points communs avec le palais de la Porte Dorée construit en 1931 : un plan de temple grec avec un immense péristyle, des bas-reliefs vertigineux réalisés par le même sculpteur Janniot. Le lieu est un très bel écrin architectural pour une exposition d’exception.

L’exposition Lee Miller, musée d’art moderne jusqu’au 2 août 2026.

C’est l’exposition photo dont tous les hebdomadaires (Les mille vies de Lee Miller, Stéphanie Gallet, journal La Vie) parlent en ce moment. On ne peut cantonner Lee Miller, mannequin américain née en 1907 à un rôle d’égérie, de muse surréaliste de Man Ray. Elle fut à la fois modèle et photographe dans le magazine de mode américain Vogue.

L’exposition est composée de neuf sections avec des tirages de moyen format des photographies de Lee Miller. Il y a un avertissement fait au public pour les clichés qui ont été pris au camp de concentration de Dachau pour la section bien nommée Il faut le croire.

Face à l’affluence record de cette exposition, j’aurai préféré parcourir un épais catalogue d’exposition de son œuvre car il était difficile d’observer les détails de ses photos parmi la foule présente le dimanche midi.

Elle me fait beaucoup penser à Marie-Claude Vaillant-Couturier qui travaillait avec son père Lucien Vogel pour le magazine Vu. Cette exposition donne bien envie de mieux connaître la vie de Lee Miller à travers une autobiographie et le biopic interprété par Kate Winslet. J’ai bien aimé que l’exposition parle des séquelles et des traumatismes ressentis par cette reporter de guerre hors-pair.

Musée d’art moderne de Paris, 11 Avenue du Président Wilson 75016 Paris, ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h, nocturne le jeudi jusqu’à 21h30

Je vous invite à continuer votre balade du quartier avec le square du jardin du palais Galliera, le temple de la mode à Paris. Une scène du film Le diable s’habille en Prada a été tournée dans le musée. Un peu plus loin, à la station de métro Iéna, se trouve le musée Guimet, dédié aux arts asiatiques. Il faudra que j’aille tester son rooftop qui vient de ré ouvrir aux beaux jours.

Promenade parisienne : musées, Histoire et églises modernes.

J’ai voulu rejoindre les Champs-Elysées à pied par la rue de Chaillot. Tous les samedis matins quand j’étais étudiante, je me chargeais mes sept kilos de linge comme une malheureuse jusqu’à la laverie d’une rue adjacente, qui semble avoir disparu. La Poste, rue de Chaillot a même été remplacée ou réduite par une boutique de mode huppée.

Je me suis engouffrée par curiosité par une porte latérale de l’église Saint-Pierre de Chaillot. J’ai été époustouflée par les volumes extraordinaires de cette église construite entre 1931 et 1938.

L’ église Saint Pierre de Chaillot, classicisme et modernité du béton

C’est un lieu unique qui allie classicisme et modernité car le béton est largement employé dans cette structure très massive. L’église adopte un plan en croix grecque, propre à l’architecture byzantine mais elle comporte également des éléments de style roman, propres au Moyen-âge : un clocher haut de 65 mètres, une église haute et une crypte…

Je me félicite d’avoir fait une telle découverte, en osant pousser la porte de l’église. Les joies de la déambulation dans un quartier que je croyais connaître.

La façade monumentale de l’église donne sur l’avenue de Marceau par laquelle on peut rejoindre en dix minutes de marche les Champs-Elysées. C’est une avenue sans âme avec beaucoup de trafic où l’on n’a pas bien envie de s’attarder. Heureusement, le Publicis drugstore n’est pas bien loin !.

Le Publicis drugstore : le plus beau tabac-presse de Paris.

La beauté des Champs Elysées depuis les hauteurs d’un immeuble voisin.

J’aime beaucoup ce magasin très conceptuel alors que je ne saurai pas bien définir ce qu’est un drugstore. C’est un magasin unique en France qui réunit une pharmacie, un débit de tabac-presse, un restaurant, un cinéma…

Le Publicis drugstore, c’est une vitrine de Paris et j’aime beaucoup y flâner sans forcément acheter quelque chose. Il faut dire que les prix sont très prohibitifs à l’image du quartier : le magasin est le plus proche voisin de l’Arc de Triomphe sur les Champs-Elysées.

« L’idée du drugstore faisait partie du trésor de concepts neufs que j’avais ramené de mon dernier voyage aux Etats-Unis. Il apporte aux parisiens un ensemble de services inédits : de la presse à la pharmacie ouverte jour et nuit, du restaurant à la librairie, de l’épicerie fine aux disques. C’est le lieu de rendez-vous des parisiens de tout âge et de toute condition.« 

Maurice Bleustein-Blanchet, Mémoires d’un lion, 1989

De Lee Miller au Publicis drugstore, la boucle est bouclée : Vogue est partout même à Paris.

Dans un prochain article de blog, j’ai envie d’analyser pourquoi Le diable s’habille en Prada est un film iconique qui s’appuie sur la renommée historique et internationale du magazine Vogue.

D’autres idées de balades dans les quartiers de Paris :

– Sous le ciel de Paris : L’île Saint-Louis et le 4eme arrondissement

Vincennes : le bois sacré en gaulois, haut lieu de la royauté française

Expos·Ile de France et Paris

Les échecs innovants : l’expo Flops au musée des arts et métiers à Paris, une belle leçon philosophique.

Avec ma fille de sept ans, nous étions les derniers visiteurs de l’exposition Flops au musée des Arts et Métiers qui affichait complet depuis quinze jours.

Le musée des Arts et Métiers de Paris est l’un des plus vieux musées techniques et industriels au monde. Il a été fondé en 1794 pour documenter le progrès technique à travers plus de 80 000 objets.

Il se trouve dans le centre de Paris non loin de la place de la République et du Centre Pompidou. Ce musée est un symbole de la Révolution française qui glorifie le progrès scientifique. Il a investi une ancienne église : Saint Martin des champs et son prieuré. On se sent vraiment dans un lieu exceptionnel sous la charpente du dernier étage.

En ce moment, vous êtes accueillis à l’entrée du musée par Zeus, le cheval en acier articulé pour naviguer sur la scène lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024. L’œuvre est belle mais le symbole apocalyptique qui me paraît évident m’a donné envie de passer rapidement mon chemin pour entrer dans le musée.

Quelles sont les raisons de ce succès ?

Tout d’abord, le titre de l’expo et son affiche sont accrocheurs. On sent que cette visite sera drôle voire cocasse. Cela nous rappelle ces livres marrants dans les années 1990 qui compilaient les inventions folles de Géo Trouve tout

J’ai voulu voir cette exposition car elle défend un propos original et rigolo. Nous vivons dans une société qui porte aux nues la réussite, la performance. Le sous-titre de l’exposition c’est oser, rater, innover. J’aime beaucoup son parti-pris d’expliquer que neuf inventions sur dix sont des échecs et que les échecs d’hier façonnent les réussites de demain.

Cette exposition porte un message philosophique qui peut être le départ d’une belle discussion avec ses enfants le soir à table. Et puis, en temps de forte fracture numérique, nous avons besoin de voir des objets matériels, d’en faire le tour comme une sculpture, s’interroger à quoi ils servent…

Un sujet d’exposition en or mais une scénographie totalement loupée.

Il faut souligner la participation à l’exposition Flops de Katerina Kamprani, designeuse grecque qui a volontairement saboté des objets du quotidien pour les rendre impratiques : la fourchette molle à chaînette, les bottes – claquettes qui laissent les pieds mouillés.

Cette installation artistique qui se trouve un peu isolée de nulle part dans le parcours permanent est pour moi, le clou de l’exposition mais le sens de la visite est très mal indiqué. Si je n’avais pas préparé ma visite et lu l’article dans le magazine jeunesse Toboggan, je serai passée à côté de ces objets hilarants.

Les planches de Bd qui détaillent les inventions farfelues de Gaston Lagaffe et ses dégâts sur son entourage sont aussi très mal exploitées alors que c’est une mine d’or comique pour le sujet de l’exposition.

Gaston Lagaffe comme son nom l’indique est l’inventeur incompris du lit-voiture ou de la poubelle télécommandé. À chaque fois qu’il se foire, les enfants se bidonnent. Il est l’ambassadeur de cette exposition !

Ce musée est vraiment riche en objets qui ont fait l’Histoire, sous une superbe charpente au dernier étage mais je trouve leur classement : les transports, les techniques un peu rébarbatif et ennuyeux.

Cela manque de fantaisie et d’éclectisme comme c’est le cas au musée de la Chasse et de la nature qui enrichit ses collections permanentes en laissant carte blanche à un artiste contemporain deux fois par an.

L’exposition Flops a fermé ses portes le 17 mai dernier.

Retrouvez ici d’autres idées de sorties en famille à Paris :

Cinéma·Expos

Rétrospective Marilyn Monroe à la Cinémathèque, l’artiste derrière l’image

La Cinémathèque française organise une grande rétrospective dédiée à Marilyn Monroe pour fêter le centenaire de sa naissance le 1er juin 1926. On pourrait se dire, encore une exposition dédiée à Marilyn Monroe comme c’est original ?.

Et bien oui ! cette exposition orchestrée par Florence Tissot, commissaire d’exposition de la Cinémathèque s’applique courageusement à dénoncer l’instrumentalisation du glamour par les studios de Hollywood. Dominé par des hommes au regard souvent libidineux, cette industrie du cinéma considérait les actrices comme des produits de consommation : les pin-up et non des personnes à considérer. Marilyn Monroe en est l’exemple le plus frappant.

Célébrer la star, exposer l’actrice

L’exposition s’ouvre sur ses photos de jeunesse avec son petit visage juvénile. Norma Jean Baker est née en Californie la même année que la reine Elisabeth en juin 1926. De père inconnu avec une maman fragile mentalement, elle vit de foyers d’accueil en foyers d’accueil avec ce fameux trouble de l’ attachement qui la fera souffrir toute sa vie.

En 1945, elle divorce de son premier mari qu’elle a épousé de manière très précoce et elle quitte sa condition d’ouvrière. En 1946, elle signe son premier contrat de mannequin avec la Fox qui en fera une petite starlette dont les hommes punaisent les posters comme Joan Harlow, Rita Hayworth avant elle : ce sont les fameuses pin-up.

Une beauté très normée par les hommes où l’on met en rivalité les actrices : la blonde, la rousse…

Sa transformation physique ne se fait pas sans douleur. Cette énorme machine à permanente exposée judicieusement pourrait s’apparenter à un outil de torture, on demandait aux jeunes femmes de se faire replanter la racine des cheveux ou on leur fracturait volontairement la mâchoire selon des critères de beauté très normés.

Ne manquez pas l’extrait vidéo où Jane Fonda et Kim Novak toutes jeunes à l’époque racontent comment on a instrumentalisé leur beauté naturelle pour en faire des poupées. S’en suit un extrait de la série Madmen, datée de 2006, totalement édifiant…

La série se déroule dans une agence publicitaire à New-York où les hommes classent le physique des femmes qui travaillent avec eux comme des Jackie ou bien des Marilyn. Ils aiment bien les seins en forme d’obus.

J’utilise volontairement cette métaphore à l’artillerie lourde car l’armée aura une grande incidence pour la notoriété à vitesse grand V de Marilyn. En 1954, en plein voyage de noces avec Joe di Maggio (il devait être content, le pauvre), elle se rend en Corée pour remonter le moral des troupes américaines en chantant ses meilleurs tubes devant des milliers de soldats dont Diamonds are a girl’s best friend.

C’est un standard de jazz américain issu du film musical Les hommes préfèrent les blondes dans lequel jouait Marilyn en 1953. L’Histoire retiendra sa célèbre robe rose avec des diamants Tiffany’s ou Harry Winston. Par la suite, elle sera reprise par Madonna avec son iconique clip Material girl en 1985 ou encore Nicole Kidman qui jouera la courtisane Satine dans le film Moulin rouge en 2001.

Une amitié avec Ella Fitzgerald fondée sur la solidarité féminine.

Marilyn a tous les talents car elle est aussi chanteuse. Elle deviendra l’amie d‘Ella Fitzgerald, une légende de la musique jazz noire-américaine dont ma grand-mère Annette m’a rabattu les oreilles pendant des années tellement elle la trouvait talentueuse. Malheureusement, la voix d’Ella n’est pas reconnue à sa juste valeur, elle souffre du racisme et de la misogynie des directeurs de cabarets. Ils la boycottent à cause de son poids et de sa couleur de peau.

Marilyn Monroe qui était tout sauf une blonde idiote prit son téléphone pour leur proposer un arrangement avantageux : elle leur offre sa notoriété en assistant aux concerts au premier rang. Cette belle anecdote de solidarité féminine est décrite dans le beau roman que je suis en train de lire Marilyn et Ella,éditions Harper collins.

Pourquoi j’ai de l’affection pour Marilyn Monroe

Mon premier souvenir de Marilyn Monroe remonte à mes dix ans, en cours de gravure à l’école des Beaux-arts de Valence. J’ai découvert son visage lors d’une initiation au pop art d’Andy Warhol et à la technique de la sérigraphie. Puis dans mon adolescence, j’ai collectionné les produits dérivés de l’icône Marilyn, en particulier un sac à main avec une photographie en noir et blanc de l’actrice que j’avais acheté à Magic system, un magasin de vêtements à la mode à Valence.

Je connais un peu sa filmographie mais j’étais incollable sur ses photographies et ses robes, j’avais l’impression de retrouver de vieux souvenirs. La scénographie du lieu est très réussie : les rideaux rose poudré associés à la moquette dans certaines pièces pour créer une ambiance d’alcôve féminine avec ses photos et ses objets fétiches comme une bouteille de parfum Chanel n°5.

Je me suis attachée à elle car je la trouve marrante avec ses mimiques, c’est une bonne actrice de comédie.

Elle me touche beaucoup dans ses photographies où elle arbore un look sage de new-yorkaise branchée. On aurait tellement envie qu’elle s’en sorte.

Malheureusement, malgré la notoriété et l’argent qui coulait à flots, l’histoire de cette légende du cinéma va se finir tragiquement : un suicide sans doute lié à la pression de vilains bonhommes louches du clan Kennedy.

Oui les mêmes que ceux qui étaient encensés dans la biographie historique La cuisinière des Kennedy, éditions Les escales. Comme quoi, on peut être adorable avec sa cuisinière française qui prépare des bons petits plats et les plus gros mufles du monde avec une maîtresse que l’on se partage.

La société américaine dans son ensemble était totalement schizophrénique dans les années 1950 : très puritaine mais totalement obsédée par la sexualité après la seconde guerre mondiale. C’est très bien expliqué dans le roman historique Donut girl de Lauriane Bordenave que je viens de lire, éditions Les escales.

Portrait de Marilyn Monroe par Richard Avedon,

Les actrices victimes du male gaze : le regard libidineux voire lubrique des hommes qui rapportent des sommes astronomiques aux médias et aux studios.

Cette exposition m’a fait longuement réfléchir au sujet des pièges de la beauté physique, de la starification des femmes sur leur apparence. Etre très belle ne suffit pas, c’est l’intelligence, la répartie et la confiance en soi qui permettent à une femme d’être prise au sérieux surtout dans la société patriarcale.

Dans l’Ancien testament, il est dit « Ton cœur s’est enorgueilli à cause de ta beauté. » (Ezékiel 28.17) : la beauté morale prime sur la beauté physique. Même quand ce sont de gentilles personnes avec les autres, on les cantonne à leur apparence.

J’ai beaucoup pensé à Loana Pétrucciani disparue fin mars ou encore à Brigitte Bardot ou Lady Diana qui ont de nombreux points communs avec Marilyn Monroe. Elles ont été harcelées car elles ont vécu une notoriété soudaine où l’on se permettait de faire des critiques sur leurs corps, leurs émotions. Quel lourd fardeau d’être star, il faut avoir un mental d’acier pour ne pas sombrer.

Expo Marilyn Monroe, Cinémathèque française jusqu’au 26 juillet 2026, rue de Bercy, fermeture les mardis et le 1er mai, 14 € plein tarif, 11€ tarif réduit, programmation spéciale pour la nuit des musées le 23 mai.

Expos·Ile de France et Paris

Renoir et l’amour, la modernité heureuse. Le déjeuner des canotiers revient en terre natale, le temps d’une exposition évènement

C’est l’exposition phare de ce printemps pour célébrer les quarante ans du musée d’Orsay. Il s’agit d’une grande rétrospective consacrée à Renoir, le peintre du bonheur et de l’amour. La dernière exposition d’envergure qui lui fut consacrée date de 1985.

Je suis un peu partagée au sujet de l’œuvre de Renoir. Pour moi, ce peintre impressionniste, mondialement connu, s’est retrouvé associé aux boites à gâteaux de mamies avec ses scènes de genre un peu surannées.

Mais c’est aussi un des chefs de file de l’impressionniste dont les tableaux sont partis dans les plus grands musées du monde ou dans les collections privées car leur prix se sont envolés sur le marché de l’art. On évalue la production artistique de Renoir à plus de 4000 tableaux, il était également sculpteur et dessinateur.

Je n’étais pas la seule à aller voir l’expo Renoir et l’amour, un vendredi midi…

Comme je le craignais, j’ai visité l’exposition Renoir et l’amour dès les premiers jours d’ouverture, un vendredi à la pause déjeuner avec 250 paires d’yeux qui se posaient sur les mêmes tableaux que moi, au même moment. Nous n’avons pas joué des coudes (on est civilisés tout de même) mais je ressens vraiment une sorte de frustration face à ce surtourisme constant dans les musées.

J’ai voulu aller voir cette exposition car Renoir est le peintre du bonheur, la joie de vivre exprimée dans les guinguettes et les bals populaires. Dès le 19eme siècle, Renoir a su capter la solitude croissante de la vie urbaine, un des effets néfastes de l’industrialisation de la société.

J’ai donc choisi deux tableaux emblématiques de cette exposition pour analyser en quoi ils sont révélateurs de cette modernité heureuse, revendiquée par Renoir les vingt premières années de sa carrière (1865-1885).

La grenouillère (1869)

J’aime beaucoup ce tableau qui se déroule sur une petite île de Croissy sur Seine, non loin de Chatou. La composition est vraiment audacieuse et la manière dont sont représentés les mouvements de l’eau sont ingénieux : c’est le génie de l’impressionnisme. Ce tableau est révélateur d’une société parisienne qui vient s’amuser sur les bords de Seine : les fameuses guinguettes !

Le déjeuner des canotiers, 1880-1881 : la plus belle scène de genre de l’histoire de l’art selon moi.

Il fait bon vivre du coté de l’ile des impressionnistes à Chatou, sur les bords de Seine. Le restaurant Fournaise où cette mythique scène a été peinte est toujours en activité, on peut même visiter le hangar à canots et autres yoles, comme à l’époque.

Intense émotion pour moi de l’avoir vu en vrai de vrai tout de même !

Renoir en révait depuis longtemps d’un tableau avec des canotiers. Lui qui aime tant les fêtes galantes peintes par ses ainés du 18eme siècle : Watteau, Fragonard et Boucher. Parmi les treize convives de la plus belle scène de genre de l’histoire de l’art selon moi, on reconnait Aline Charigot, la maîtresse du peintre avec son petit chien, mais aussi Gustave Caillebotte

Ce tableau me fascine depuis le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Amélie a pour voisin Raymond Dufayel, un homme retranché chez lui à Montmartre car il souffre de la maladie des os de verre. Il reproduit chaque année le tableau Le déjeuner des canotiers, conservé à Washington dans une collection privée américaine. Amélie se lie d’amitié avec lui et il va l’aider à briser sa carapace grâce aux personnages du tableau, prétextes pour évoquer l’enfance et les sentiments d’Amélie.

Je voudrais écrire une thèse en quarante pages sur le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain tant il est représentatif du Montmartre de carte postale que nous aimons tant.

Mais le sujet c’est Renoir ! Je pense que Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du film a choisi un tableau de Renoir car il a longtemps vécu une vie de bohème à Montmartre à l’image de l’un de ses tableaux les plus connus : Le bal du moulin de la galette, conservé au musée d’Orsay. Par ailleurs, la balançoire qui a inspiré son tableau du même nom est conservée au musée de Montmartre dans le jardin.

2026, c’est aussi l’année du centenaire de la mort de Claude Monet. Renoir et Monet étaient de la même génération, ils ont tous les deux connus cette gloire sur le tard. Ils étaient amis et Auguste Renoir a réalisé de nombreux portraits de la famille de Claude Monet.

En fin de compte, je réalise que même si je trouve souvent qu’une énième exposition sur l’impressionnisme manque d’originalité, je m’y déplace quand même, c’est affectif. Ce sont des scènes du quotidien familières qui nous rassurent et qui continuent tout de même de nous émerveiller.

Je vous recommande la visite de la maison de Monet à Giverny dès les premiers jours d’ouverture quand le printemps pointe tout juste son nez.

Renoir et l’amour, La modernité heureuse (1865-1885), Musée d’Orsay, du 17 mars au 19 juillet 2026. Nocturnes le jeudi soir jusqu’à 21h45 : tarif réduit 12€.

Ces expositions parisiennes que j’ai vu durant l’hiver 2025 :

Expos·Ile de France et Paris

J’ai parcouru en 2,30 minutes l’expo Martin Parr au Jeu de Paume : le surtourisme est aussi au musée !

C’est l’une des expos évènement de ce début d’année : la rétrospective hommage à Martin Parr, décédé le 5 décembre 2025. Ce fut un photographe anglais, emblématique de l’agence Magnum. Né en 1953, il s’est fait photographe de la banalité, captant avec audace et humour la classe moyenne britannique sous l’ère de Margaret Thatcher dans les années 1980.

Cette rétrospective au musée du jeu de Paume à Paris intitulée Global warning réunit 180 clichés de son catalogue photographique. Malheureusement, je n’imprime plus face à son travail et je vous l’explique en trois bonnes raisons :

Martin Parr est sans doute l’un des photographes les plus connus au monde au 21eme siècle. A force de photographier la mondialisation touristique, elle l’a rattrapée.

Photographier le tourisme de masse que l’on subit de plus en plus, n’est plus esthétique, c’est devenu anxiogène pour moi. Je considère la photographie comme un art qui permet de s’élever vers la beauté, s’évader grâce à de beaux paysages, un cadrage harmonieux.

Les couleurs criardes des univers artificiels que Martin Parr photographie me font désormais fuir en courant. Je reconnais que ses photographies étaient une référence pour dénoncer le surtourisme dans mes manuels d’histoire géographie au lycée, mais j’ai besoin de rêve désormais.

Photographie et surtourisme

Je pense que les réseaux sociaux ont considérablement banalisé le travail de Martin Parr : un selfie n’a plus rien d’original. Je préfère de loin quand Martin Parr utilise son esthétique au service de la beauté plutôt que pour dénoncer la médiocrité d’une société.

J’aime beaucoup la pochette de l’album de la chanteuse Louane, réalisée par Martin Parr. Il l’a mise en scène devant le club de plage Joie de vivre, dans un lieu que je connais bien : la plage de sable du Touquet, dans le Pas de Calais. C’est autobiographique car Louane vient du Nord de la France et elle fréquentait ce club de plage quand elle était enfant.

Le musée du Jeu de Paume est un centre d’art dédié à la photographie du 19eme au 21eme siècle. Il a accueilli des rétrospectives de grands artistes internationaux tels que Diane Arbus, Richard Avedon, Robert Capa, Dorothea Lange, Sally Mann, Vivian Maier, Martin Parr, Cindy Sherman

Ce lieu emblématique situé dans le jardin des Tuileries, non lieu de la place de la Concorde et du musée du Louvre, a été un espace de stockage des collections d’art spoliées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Rose Valland, conservatrice réputée entra en résistance contre l’occupant allemand en recensant tous ces trésors. Elle va ainsi permettre à de nombreuses familles juives de retrouver leurs biens.

C’est donc un musée emblématique du centre de la capitale avec une superbe entrée qui donne sur la plus belle place du monde d’après moi : la place de la Concorde avec son obélisque doré et ses deux fontaines magistrales.

Même si je m’attendais à une pareille affluence un vendredi après-midi, j’étais tout de même dépitée de constater que désormais toutes sorties culturelles au Petit Palais, au musée du Jeu de Paume se déroulent de la même manière : une affluence fleuve dans des salles de musées exiguës.

La librairie Smith and Son : une belle découverte culturelle et historique

Heureusement, je me suis consolée avec une bonne surprise à laquelle je ne m’attendais pas du tout. J’ai redécouvert avec passion la librairie historique Smith and son, située rue de Rivoli, sous les arcades.

Cette librairie anglaise existe depuis 1870 et elle a été rénovée récemment. Depuis la rue, on aperçoit une sorte de petite alcôve avec un papier peint qui rappelle ceux de William Morris et un beau portrait photo de la reine Elisabeth II encadré.

Cela a suscité une telle curiosité chez moi que je me suis régalée à monter les étages. Cette librairie regorge d’idées cadeaux géniales et originales au goût si british. En particulier, les peluches Jelly cat de Londres à l’effigie de cannelés bordelais ou de pigeons parisiens. A l’étage, il y a un tea time jusque 18h30 avec un pianiste de bar à des prix beaucoup plus raisonnables que ceux d’Angélina, le salon de thé voisin.

Et si ma plus belle visite culturelle ce n’était pas finalement cette si belle librairie ce jour là ?

Retrouvez ici d’autres parcours de flâneries urbaines dans Paris :

Expos

Explorer la nature finlandaise au Petit palais grâce aux tableaux naturalistes de Pekka Halonen

Je ne connaissais absolument pas le peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) et j’ai été subjuguée par sa peinture. Visiblement, je n’étais pas la seule tant il y avait beaucoup de visiteurs dans les salles du Petit palais.

L’exposition se termine le 22 février donc ne manquez pas cette parenthèse méditative toute à fait bienvenue.

Il s’agit d’un peintre amoureux de la nature qui a pourtant été marqué par l’effervescence de la Ville Lumière vers 1900 quand il a été chargé avec d’autres peintres de décorer le pavillon finlandais de l’Exposition universelle.

125 ans plus tard, le Petit Palais, l’un des monuments phares de cette exposition universelle avec le Grand Palais lui organise la première grande rétrospective française.

« La source originale de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grands trésors du monde à ma porte. Il me suffit de me rendre dans la forêt pour voir les plus merveilleuses des peintures – et je n’ai besoin de rien d’autre ».

L’exposition se structure en six grandes sections. C’est un très beau voyage intemporel vers la Finlande. Pekka Halonen fut le gardien du paysage national avant l’arrivée de l’industrialisation.

Cette rétrospective compte beaucoup de paysages mais ce n’est pas du tout lassant pour le spectateur car la scénographie architecturée rythme et structure le parcours.

J’ai particulièrement aimé le changement de couleur des cimaises à chacune des salles pour créer un effet de surprise. Il a été particulièrement réussi quand on entre dans une salle avec des lambris pour matérialiser sa maison atelier au milieu de la nature. Ses skis étaient même exposés !

Le point d’orgue de cette exposition, c’est bien entendu la sixième section de l’exposition intitulée Symphonie en blanc majeur. On sent bien la sérénité du peintre surnommé à juste titre le poète de la neige. Ses tableaux de neige ne sont jamais monotones. Et j’ai particulièrement aimé la beauté des cadres en bois, sculptés.

Je vous recommande de surveiller la programmation du Petit palais car les collections permanentes du musée sont gratuites et on compte de nombreuses conférences autour des expositions et des ateliers pour enfants de grande qualité.

Et puis quel quartier ! Les Champs-Elysées à partir du rond-point de l’avenue Montaigne est une très belle promenade piétonne avec les statues de Charles de Gaulle, Winston Churchill et Charles de Gaulle…

En janvier, j’ai vu de nombreuses expositions dans le Marais, au Grand Palais et au Petit Palais à retrouver ici :

En sortant de l’exposition, traverser le pont Alexandre III, le fleuron de l’Expo universelle de 1900
Expos·Ile de France et Paris·Lifestyle

Un samedi de janvier ensoleillé sur les Champs Élysées entre musées et théâtre.

De retour de Marseille, je me suis planifiée une sortie solo à Paris avant de reprendre le travail lundi.

J’ai réservé une place de théâtre pour aller me gondoler avec le seule en scène de Valérie Lemercier. Comme le spectacle commençait à 17 heures et que je viens rarement dans ce quartier de Paris, je me suis organisée une grande virée culturelle sur les Champs-Élysées.

Au départ, je comptais visiter la galerie Dior non loin de l’avenue Montaigne mais engouement touristique évident, il n’y avait plus de créneau horaire disponible. Alors je suis allée au Petit palais ! Il me faudra revenir avant fin février pour la rétrospective du peintre de la neige finlandais car c’était complet. Mais j’ai beaucoup aimé la carte blanche à Bilal Hamdad et son exposition Paname.

J’étais persuadée en regardant de loin l’affiche que c’était de la photographie. J’ai été stupéfaite de découvrir de la peinture à l’huile ultra réaliste.

Ce jeune artiste algérien né en 1987 réalise principalement des portraits et des scènes de café parisiens mais aussi des instantanés sur un quai de métro ou dans la rue.

Ses tableaux sont de grands formats qui mettent en scène nos contemporains en train de discuter, de regarder leur portable en attendant de retrouver un ami, ou bien de télé travailler à la terrasse d’un café. Cela pourrait être l’un d’entre nous.

Ses tableaux ont toute leur place au Petit Palais car ils se placent dans la tradition de la peinture naturaliste du 19eme siècle dans la lignée de Courbet, Pelez ou encore Degas qui peignaient aussi la vie des cafés.

Le Paris du 21eme siècle est bien plus cosmopolite et métissé. On le voit avec les vêtements colorés des gens à la sortie du métro Barbes Rochechouart, c’est mon tableau favori de cette série d’une vingtaine de toiles !

Cette exposition était la bonne surprise de mon après-midi pour me consoler de ne pas avoir pu voir la rétrospective du peintre finlandais. Les salles d’exposition un peu bondées ne sont pas plaisantes à vivre. Je l’ai expérimenté dernièrement avec l’exposition Art Déco au musée des Arts décoratifs.

Paname, Bilal Hamdad, Petit Palais, avenue Winston Churchill, jusqu’au 8 février 2026. Entrée libre.

Au spectacle de Valérie Lemercier, honorer trente ans d’admiration pour une rigolote bien barrée.

C’était salle comble également pour le nouveau spectacle de Valérie Lemercier. J’étais vraiment placée dans les combles du théâtre (22 euros la place) mais avec mes voisines, nous avons eu l’idée de génie de prendre les réhausseurs rouges, utilisés d’habitude par les enfants.

Valérie Lemercier seule en scène, jusqu’au 3 janvier 2026, théâtre Marigny

J’ai passé un bon moment à me gondoler comme une baleine sans interruption pendant 1h30 de spectacle. Valérie Lemercier dépeint avec énergie une quinzaine de personnages ultra contemporains. Ce sont en majorité des femmes, de tous âges et de tous milieux sociaux. Enfin, à Paris, les admirateurs de Valoche attendent avec impatience le moment où les grandes bourgeoises vont apparaitre. La fameuse Renardière a été léguée aux Monuments de France pour en tirer plus de profit au détriment des pigeons… euh des touristes.

La mère de famille nombreuse est tout aussi savoureuse dans ses reparties quand elle se plaint de la chambre de ses enfants qui ressemble à une porcherie. Elle essaie de les convaincre de prendre exemple sur Antoine de Saint Exupéry, un aristocrate comme eux.

« C’est pas en bouffant du Galak devant Youtubeur que tu finiras sur un billet de 50 balles« 

Un seule en scène c’est comme un tour de chant, il y a des sketchs incontournables.

Qu’ importe que certains sketches ne soient pas inédits, un spectacle de Valérie Lemercier, c’est un peu comme un tour de chant de Sylvie Vartan. La Renardière c’est l’équivalent de la Maritza, on est forcément déçu si ce n’est pas au programme.

Et puis il y a des nouveaux personnages comme cette grande bourgeoise obnubilée par le lombric-composteur de l’immeuble et qui passe pour la rabat-joie auprès de tous les voisins. Valerie Lemercier est habillée tout en noir avec comme seuls accessoires une écharpe et un colis.

Cette écharpe a damiers indique à différents moments du spectacle les runnings gags efficaces de cette emmerdeuse moderne qui contraint tout son immeuble à s’abonner aux paniers de légumes de l’entreprise bien nommée Mais qu’as-tu donc dans ton panier ?.

Et puis il y a des personnages qui ne font pas rire du tout comme l’agricultrice cauchoise au tout début du spectacle. Elle raconte avec beaucoup de verve ses nouveaux voisins dealers de drogue qui déstabilisent toute la vie quotidienne de sa campagne. C’est drôle mais grinçant quand on réalise que c’est malheureusement une réalité sociale fort préoccupante actuellement.

J’ai été bien inspirée de prendre une place pour ce seule en scène car son précédent spectacle datait de 2015 au théâtre du Châtelet. Devant le succès populaire de ce nouveau spectacle qui comme les autres n’a pas de nom, Valérie Lemercier prolonge les festivités avec onze dates à l’Olympia en janvier 2026.

Ce nouveau spectacle pourrait s’intitulait Gênante 2.0 à mon avis. J’ai aimé retrouver cette actrice et humoriste que j’aime inconditionnellement depuis bientôt trente ans. Même quand un de ses sketchs me heurte et que je pense en mon intérieur : « Rhoooh quand même elle abuse ». Elle ose aller loin mais son acuité à observer les autres, à capter l’air du temps est tellement juste et sensible qu’elle arrive à faire passer les pires blagounettes de quéquettes pour de l’art lyrique.

Je recommande la critique de son spectacle par Stéphanie Blanchard dans Le Monde. L’énergie d’une petite gamine qui virevolte, fière de ses bêtises y est très bien décrit. Valérie Lemercier nous épate car malgré l’âge qui avance (61 ans cette année), la voix, le ton, l’énergie corporelle restent intacts au service du sens du détail.

C’est une constante dans son travail : on se souvient forcément de ses rôles marquants au cinéma : Aline alias Céline Dion, Agathe Cléry, Béatrice de Montmirail, Armelle de Palais royal, la princesse un peu gourde qui va prendre la revanche sur sa famille, la maman de Boule et Bill ou encore quand elle imite à la perfection Léna situations pour teaser son futur spectacle au théâtre Marigny…

Ces sorties culturelles à Paris en 2025 :
Expos·Ile de France et Paris

Un voyage dans le temps en 1925 au musée des Arts décoratifs

J’ai rapidement pris ma place pour cette exposition très attendue qui vient de démarrer : 1925-2025, cent ans d’art Déco. Ce n’était pas des plus judicieux de m’y rendre un vendredi en fin d’après-midi car les espaces étaient très encombrés. Le musée des arts décoratifs se situe en plein centre de Paris, dans le quartier le plus touristique de Paris.

Art Déco : un siècle d’Histoire

Ce musée est très populaire dans Paris car il organise des expositions de société qui marquent les gens qu’ils soient touristes, provinciaux ou parisiens : L’intime, de la chambre aux réseaux sociaux est la dernière exposition que je suis venue voir ici en décembre 2024.

C’est l’un de mes musées favoris, ici j’ai vu une superbe rétrospective consacrée au travail de Jean-Paul Goude ou au héros de littérature jeunesse Babar en 2011 car ce musée abrite une riche collection d’affiches et aussi de jouets.

Il se situe dans une des ailes du musée du Louvre et donne sur le jardin des Tuileries avec une vue incroyable sur l’aile de Flore où j’ai étudié à l’école du Louvre et le musée d’Orsay plus loin. Cette exposition qui célèbre le centenaire d’un style décoratif et architectural majeur au 20eme siècle fait partie de l’ADN de ce musée.

Il y avait une dame à l’entrée dehors qui cherchait à prendre des billets pour l’expo de l’Orient-express. Elle avait tout dit tant le mythique train monopolise toute la place dans cette exposition : il occupe la nef centrale. J’ai même cru que l’expo lui était entièrement consacré.

Une semaine plus tôt, j’avais visité avec ma mère et ma fille de six ans l’exposition Art déco en régions du musée de Valence.

Je m’attendais à ce que l’exposition du musée des arts décoratifs de Paris soit beaucoup plus magistrale et époustouflante que celle de Valence.

Et bien, cela n’a pas été le cas. L’ Orient express monopolise nos esprits dans la nef centrale et les salles annexes du premier et second étage ne sont qu’une enfilade de pièces sans véritable propos : une collection de meubles, puis des affiches, puis des céramiques.

J’ai trouvé la courte exposition de Valence en six sections beaucoup plus synthétique et incarnée avec son mini film en couleurs des différents pavillons régionaux de l’exposition universelle et surtout son studio photo où l’on pouvait se déguiser avec une canne, un haut de forme ou des fourrures bon marché.

Exposition scientifique ou coup marketing pour la marque Orient express ?

C’est un peu rude comme critique mais cette exposition m’a plutôt fait l’impression d’une vaste opération de marketing autour de la marque Orient express dont le train sera bientôt entièrement rénové par l’architecte Maxime d’Angeac. Et pourtant je suis passionnée par l’Orient express qui stationne chaque semaine juste à côté de mon bureau, gare d’Austerlitz. Je lui ai même consacré un article ici, qui semble vous passionner également.

Malheureusement, l’exposition du musée des arts décoratifs ne m’a rien appris de nouveau sur l’Art déco mais elle a tout de même amorcé toute une passion pour l’Art déco.

En mars 2023, j’avais eu un vrai coup de coeur pour l’exposition de la Cité du Patrimoine : Paris/ Amérique du Nord. Cela me donne bien envie d’aller me balader dans le quartier des Folies Bergères et du Grand Rex sur les Grands boulevards pour une visites guidées expliquant l’édification de ces deux architectures de loisirs emblématiques.

Flâner un vendredi soir avenue de l’Opéra parmi les touristes.

Je suis rentrée à pied chez moi par l’avenue de l’Opéra. J’ai eu l’occasion de passer devant le nouveau lieu de Cédric Grolet : Cédric et la chocolaterie ouvert depuis le 18 octobre dernier. Force est de constater que les pâtisseries et autres cafés chics redynamisent cette avenue emblématique de Paris, autrefois délaissée par les commerçants pendant les années Covid. L’effet JO de l’an dernier est palpable : les touristes du monde entier sont bien là.

Compte Instagram de Cédric et la chocolaterie

Retrouvez ici les précédents articles de blogs consacrés aux expositions.

Expos

L’art Déco en régions célébré au musée de Valence

D’après Robert Bonfils, 1976. Lithographie en couleurs, 59,5 x 39,5 cm,  © Galerie N.C.A.G., Biarritz

L’art déco fête son centenaire en 2025. Grâce aux quotidiens La Croix et le Monde, j’ai ciblé deux expositions à voir : 1925-2025, cent ans d’Art déco au musée des arts décoratifs de Paris et L’art déco des régions au musée de Valence, la ville d’où je viens.

Longtemps pendant mes études d’histoire de l’art à l’école du Louvre, j’ai privilégié l’art Nouveau de la Belle époque car j’aimais énormément l’art de Klimt, Mucha, Hector Guimard et Gaudi vers 1900.

Mais depuis que j’ai suivi la série Downton Abbey qui se déroule en Angleterre, la période des années folles (avec Joséphine Baker au casino de Paris) me passionne beaucoup plus. J’aime tellement la modernité de ce style architectural mais aussi décoratif.

Le résumé :

Il y a un siècle, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes signait l’apogée d’un style nouveau, l’Art déco ! Organisée à Paris en 1925, la manifestation est aujourd’hui encore un jalon crucial dans l’histoire de l’art. Pour célébrer ce centenaire, le musée de Valence propose une exposition événement : « L’Art déco des régions. Modernités méconnues ».

Loin de la capitale, plusieurs mouvements artistiques régionalistes ont repris à leur compte le vocabulaire Art déco : géométrie des lignes, stylisation des motifs, couleurs vives. L’exposition révèle ainsi un pan méconnu mais non négligeable du style Art déco et met en lumière les artistes, architectes, décorateurs et artisans qui l’ont développé.

À travers près de 300 œuvres – photographies d’époque, porcelaines et émaux de Limoges, rubans de Saint-Étienne, faïences de Quimper, mobilier basque, plans, dessins, maquettes… –, le visiteur découvre un Art déco régional riche et audacieux. Le parcours se déploie en six séquences, offrant une immersion totale dans une modernité artistique fascinante.

Je vous recommande cette exposition assez succincte mais très dense et complète.

Elle détaille avec de nombreux plans et maquettes l’exposition universelle de 1925 avec ses pavillons régionaux entre les Invalides et le Grand palais. J’ai beaucoup aimé le mini film avec des photos d’architectures en couleurs.

Ensuite, l’exposition s’attache à détailler les styles régionaux en Bretagne, au Pays basque, à Nice en montrant des intérieurs typiques. J’ai repéré tout particulièrement le travail de Clément Goyenèche qui a réalisé des chalets de montagne pour les élites.

L’exposition révèle tout un art de vivre avec de nombreux tissus, des porcelaines mais aussi des réclames pour des gants. La scénographie est très bien étudiée puisque les équipes de conservation ont pensé aux enfants en mettant en place un atelier coloriage avec les motifs de l’art déco. Mais surtout avec un petit studio photo où l’on peut se déguiser avec des chapeaux et fourrures de l’époque.

Station-service Relais du Sud, années 1940, photographie numérisée, collection antarama.free.fr © Tous droits réservés

La dernière salle de l’exposition montre une maquette d’architecture d’une station service à Valence-sud devant laquelle je passais souvent quand j’étais enfant. C’est un vérotable complexe hôtelier avec un restaurant et un toi terrasse en béton armé. Les fenêtres en hublots donnent un style paquebot à cet édifice typique de l’art Déco.

Comme l’indique le dossier de presse du musée, c’est un véritable objet urbain structurant, un repère pour l’automobiliste qui emprunte la RN7 avec les congés payés de 1936 naissants.

L’Art déco, je l’ai eu sous mes yeux quand j’étais enfant avec l’ouverture en 1994 du centre commercial Victor Hugo qui a repris les murs des grands magasins Aux dames de France mais aussi le café Victor-Hugo ou encore des immeubles de la ville avec des balcons incurvés…

Dans un prochain article, je raconterai ma visite de l’exposition du musée des Arts décoratifs, j’ai hâte de visiter le wagon de l’Orient express totalement rénové.

L’art déco des régions. Modernités méconnues. Musée d’art de Valence, Drôme. 9€ plein tarif. Du 28 septembre 2025 au 11 janvier 2026.

Je vous recommande la revue Dada, c’est une revue d’art pour les enfants qui explique bien les caractéristiques du style Art déco.

Expos·Ile de France et Paris·Littérature jeunesse

Le Petit prince, un conte philosophique universel et intemporel à l’honneur à l’Atelier des lumières

L’Atelier des lumières n’est pas un musée comme les autres. Dédié à l’art numérique, il explose tous les codes de la muséographie et c’est la raison de son succès. Les planches de dessins des BD ou oeuvres de littérature jeunesse sont projetées en format XXL sur les différents murs et les sols de cette ancienne fonderie de 1500 m² dans le 11eme arrondissement de Paris.

Ce dimanche, il pleuvait très fort alors que nous espérions l’été indien en septembre à Paris.

Nous nous sommes donc réfugiés à l‘Atelier des lumières car c’était les derniers jours de l’exposition consacrée au Petit prince, le best-seller ambassadeur de la culture française à l’étranger depuis sa publication en avril 1943 à New York.

Après les expositions consacrées à Tintin puis à Astérix, c’était la troisième fois que nous nous rendions à l’ Atelier des Lumières et ce ne sera pas la dernière fois même si les billets d’entrée pour les enfants ne sont pas donnés (15 € à partir de 3 ans).

Je privilégie les expositions dédiées à la BD et aux romans de littérature jeunesse car ils révèlent tout un univers avec ses couleurs, ses personnages accompagnés par des musiques contemporaines. Pour l’exposition du Petit prince, nous avons entendu Stand by me et une chanson interprétée par M. Matthieu Chedid colle tellement à l’univers du Petit prince.

Quand je travaillais il y a quinze ans à la librairie jeunesse du musée du Louvre, je conseillais des touristes du monde entier avec leurs enfants. Le Petit prince a été traduit dans plus de 600 langues et dialectes dans le monde entier. C’est le plus beau succès de la langue française hors de l’Hexagone depuis plus de 80 ans !

L’atelier des lumières, 38 rue Saint-Maur, réservation conseillée. Ouvert le dimanche de 10 heures à 18 heures.

Cr photos: © Culturespaces / C. de la Motte Rouge

J’aime bien l’univers de ce conte d’apprentissage, les aquarelles de Saint-Exupéry pour représenter les planètes, la rose, le désert sont belles mais je n’aime pas particulièrement le trait grossier pour représenter les expressions du Petit prince et du renard roux. Par contre, j’ai beaucoup aimé la relation du petit Prince avec l’aviateur et leurs écharpes qui volent au vent dans le désert. C’est une superbe oeuvre autobiographique où l’auteur a mis toute sa poésie aussi bien dans ses textes que dans ses dessins.

Je n’ai pas lu le roman du Petit prince en entier (sacrilège) mais je me souviens bien du billet de 50 francs à l’effigie d’Antoine de Saint-Exupéry ou encore du spectacle dédié à son oeuvre au cinéma à 360 degrés de la Géode en 1997.

Comme il était un écrivain-aviateur de l’Aéropostale, le spectacle de la Géode montrait des loopings au dessus de la cordillère des Andes, et ce n’est pas mon meilleur souvenir d’enfance car je n’ai pas passé un excellent moment, cela m’a vraiment donné le vertige.

L’expérience avec Saint-Exupéry à l’Atelier des lumières était beaucoup plus sereine et agréable !

Le Petit prince, un phénomène d’édition jamais égalé depuis 1943

On doit ce long seller à un éditeur américain qui avait commandé à Antoine de Saint-Exupéry ce conte philosophique pour les fêtes de Noël. Le livre sera ensuite publié en France par Gallimard en 1946, deux ans après la mort de Saint-Ex dont l’avion a été abattu en mer non loin de Marseille.

On compte plus de 200 millions d’exemplaires du livre vendus à travers le monde, dont douze millions en France. Je ne suis même plus étonnée de découvrir ce livre dans les librairies des pays étrangers que je visite : Italie, Espagne, Bulgarie… et autant de produits dérivés comme de la vaisselle en plastique pour enfants , des trousses, des livres-audio (130 millions de produits dérivés ont été vendus).

En France, l’oeuvre de Saint Exupéry aurait dû tomber dans le domaine public en 2015 mais comme Guillaume Apollinaire, Saint-Exupéry est mort pour la France, alors son oeuvre littéraire est protégée jusqu’en 2032.

Saint-Exupéry, figure iconique française comme Charles de Gaulle

Le général et l’écrivain ont dix ans d’écart. Tous deux viennent d’un milieu bourgeois même noble pour l’écrivain lyonnais. Ils sont tous les deux soldats pendant la seconde guerre mondiale et sont connus pour leur amour des lettres.

Antoine de Saint Exupéry est l’auteur de certaines citations humanistes que l’on retrouve sur des cartes d’anniversaire ou de mariage : « On ne voit bien qu’avec le coeur » , « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction  » …

Il est mort à l’âge de 44 ans car son avion aurait été abattu par l’ennemi nazi non loin de Marseille et on a mis un certain temps à retrouver l’épave de son avion en mer.

Droits réservés Guilhem Vellut

Sur le chemin du retour pour retrouver le métro à la station Saint-Ambroise, nous avons traversé le square Maurice Gardette qui est d’une grande quiétude. L’Atelier des lumières a dynamisé le quartier avec des coffee-shops et des petits restaurants sympathiques. Le quartier n’est sensiblement plus le même depuis 2018, date d’ouverture du lieu par Culturespaces.

Ce centre d’art numérique a attiré lors de sa première année d’ouverture un million de visiteurs. En rejoignant le métro, nous avons été ébloui par une autre forme d’art : les deux clochers hauts de 68 m de l’église néo-byzantine Saint Ambroise du 19 eme siècle !

Retrouvez mes précédents articles consacrés à des sorties musées en famille !

-J’ai enfin découvert la fondation Louis Vuitton en famille : l’expo David Hockney

-La Cité des sciences en famille : back to mon enfance