Cinéma·Expos

Rétrospective Marilyn Monroe à la Cinémathèque, l’artiste derrière l’image

La Cinémathèque française organise une grande rétrospective dédiée à Marilyn Monroe pour fêter le centenaire de sa naissance le 1er juin 1926. On pourrait se dire, encore une exposition dédiée à Marilyn Monroe comme c’est original ?.

Et bien oui ! cette exposition orchestrée par Florence Tissot, commissaire d’exposition de la Cinémathèque s’applique courageusement à dénoncer l’instrumentalisation du glamour par les studios de Hollywood. Dominé par des hommes au regard souvent libidineux, cette industrie du cinéma considérait les actrices comme des produits de consommation : les pin-up et non des personnes à considérer. Marilyn Monroe en est l’exemple le plus frappant.

Célébrer la star, exposer l’actrice

L’exposition s’ouvre sur ses photos de jeunesse avec son petit visage juvénile. Norma Jean Baker est née en Californie la même année que la reine Elisabeth en juin 1926. De père inconnu avec une maman fragile mentalement, elle vit de foyers d’accueil en foyers d’accueil avec ce fameux trouble de l’ attachement qui la fera souffrir toute sa vie.

En 1945, elle divorce de son premier mari qu’elle a épousé de manière très précoce et elle quitte sa condition d’ouvrière. En 1946, elle signe son premier contrat de mannequin avec la Fox qui en fera une petite starlette dont les hommes punaisent les posters comme Joan Harlow, Rita Hayworth avant elle : ce sont les fameuses pin-up.

Une beauté très normée par les hommes où l’on met en rivalité les actrices : la blonde, la rousse…

Sa transformation physique ne se fait pas sans douleur. Cette énorme machine à permanente exposée judicieusement pourrait s’apparenter à un outil de torture, on demandait aux jeunes femmes de se faire replanter la racine des cheveux ou on leur fracturait volontairement la mâchoire selon des critères de beauté très normés.

Ne manquez pas l’extrait vidéo où Jane Fonda et Kim Novak toutes jeunes à l’époque racontent comment on a instrumentalisé leur beauté naturelle pour en faire des poupées. S’en suit un extrait de la série Madmen, datée de 2006, totalement édifiant…

La série se déroule dans une agence publicitaire à New-York où les hommes classent le physique des femmes qui travaillent avec eux comme des Jackie ou bien des Marilyn. Ils aiment bien les seins en forme d’obus.

J’utilise volontairement cette métaphore à l’artillerie lourde car l’armée aura une grande incidence pour la notoriété à vitesse grand V de Marilyn. En 1954, en plein voyage de noces avec Joe di Maggio (il devait être content, le pauvre), elle se rend en Corée pour remonter le moral des troupes américaines en chantant ses meilleurs tubes devant des milliers de soldats dont Diamonds are a girl’s best friend.

C’est un standard de jazz américain issu du film musical Les hommes préfèrent les blondes dans lequel jouait Marilyn en 1953. L’Histoire retiendra sa célèbre robe rose avec des diamants Tiffany’s ou Harry Winston. Par la suite, elle sera reprise par Madonna avec son iconique clip Material girl en 1985 ou encore Nicole Kidman qui jouera la courtisane Satine dans le film Moulin rouge en 2001.

Une amitié avec Ella Fitzgerald fondée sur la solidarité féminine.

Marilyn a tous les talents car elle est aussi chanteuse. Elle deviendra l’amie d‘Ella Fitzgerald, une légende de la musique jazz noire-américaine dont ma grand-mère Annette m’a rabattu les oreilles pendant des années tellement elle la trouvait talentueuse. Malheureusement, la voix d’Ella n’est pas reconnue à sa juste valeur, elle souffre du racisme et de la misogynie des directeurs de cabarets. Ils la boycottent à cause de son poids et de sa couleur de peau.

Marilyn Monroe qui était tout sauf une blonde idiote prit son téléphone pour leur proposer un arrangement avantageux : elle leur offre sa notoriété en assistant aux concerts au premier rang. Cette belle anecdote de solidarité féminine est décrite dans le beau roman que je suis en train de lire Marilyn et Ella,éditions Harper collins.

Pourquoi j’ai de l’affection pour Marilyn Monroe

Mon premier souvenir de Marilyn Monroe remonte à mes dix ans, en cours de gravure à l’école des Beaux-arts de Valence. J’ai découvert son visage lors d’une initiation au pop art d’Andy Warhol et à la technique de la sérigraphie. Puis dans mon adolescence, j’ai collectionné les produits dérivés de l’icône Marilyn, en particulier un sac à main avec une photographie en noir et blanc de l’actrice que j’avais acheté à Magic system, un magasin de vêtements à la mode à Valence.

Je connais un peu sa filmographie mais j’étais incollable sur ses photographies et ses robes, j’avais l’impression de retrouver de vieux souvenirs. La scénographie du lieu est très réussie : les rideaux rose poudré associés à la moquette dans certaines pièces pour créer une ambiance d’alcôve féminine avec ses photos et ses objets fétiches comme une bouteille de parfum Chanel n°5.

Je me suis attachée à elle car je la trouve marrante avec ses mimiques, c’est une bonne actrice de comédie.

Elle me touche beaucoup dans ses photographies où elle arbore un look sage de new-yorkaise branchée. On aurait tellement envie qu’elle s’en sorte.

Malheureusement, malgré la notoriété et l’argent qui coulait à flots, l’histoire de cette légende du cinéma va se finir tragiquement : un suicide sans doute lié à la pression de vilains bonhommes louches du clan Kennedy.

Oui les mêmes que ceux qui étaient encensés dans la biographie historique La cuisinière des Kennedy, éditions Les escales. Comme quoi, on peut être adorable avec sa cuisinière française qui prépare des bons petits plats et les plus gros mufles du monde avec une maîtresse que l’on se partage.

La société américaine dans son ensemble était totalement schizophrénique dans les années 1950 : très puritaine mais totalement obsédée par la sexualité après la seconde guerre mondiale. C’est très bien expliqué dans le roman historique Donut girl de Lauriane Bordenave que je viens de lire, éditions Les escales.

Portrait de Marilyn Monroe par Richard Avedon,

Les actrices victimes du male gaze : le regard libidineux voire lubrique des hommes qui rapportent des sommes astronomiques aux médias et aux studios.

Cette exposition m’a fait longuement réfléchir au sujet des pièges de la beauté physique, de la starification des femmes sur leur apparence. Etre très belle ne suffit pas, c’est l’intelligence, la répartie et la confiance en soi qui permettent à une femme d’être prise au sérieux surtout dans la société patriarcale.

Dans l’Ancien testament, il est dit « Ton cœur s’est enorgueilli à cause de ta beauté. » (Ezékiel 28.17) : la beauté morale prime sur la beauté physique. Même quand ce sont de gentilles personnes avec les autres, on les cantonne à leur apparence.

J’ai beaucoup pensé à Loana Pétrucciani disparue fin mars ou encore à Brigitte Bardot ou Lady Diana qui ont de nombreux points communs avec Marilyn Monroe. Elles ont été harcelées car elles ont vécu une notoriété soudaine où l’on se permettait de faire des critiques sur leurs corps, leurs émotions. Quel lourd fardeau d’être star, il faut avoir un mental d’acier pour ne pas sombrer.

Expo Marilyn Monroe, Cinémathèque française jusqu’au 26 juillet 2026, rue de Bercy, fermeture les mardis et le 1er mai, 14 € plein tarif, 11€ tarif réduit, programmation spéciale pour la nuit des musées le 23 mai.

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