BD & romans graphiques

Blanche, une victorieuse : évangéliser le Paris de la Belle époque quand on vous prend pour une grenouille de bénitier.

J’aime passionnément les biopics et les romans graphiques de longue date. Comme plus de 500 000 lecteurs, j’avais apprécié le roman de Laetitia Colombani publié en 2019 par Grasset : Les victorieuses.

La valeur ajoutée de ce beau roman graphique Blanche, une victorieuse, c’est ce magnifique dossier iconographique qui retrace l’histoire de l’Armée du salut et du Palais de la femme qui fête son centenaire en 2026.

Le résumé :

À travers ce roman graphique de 125 planches, plongez au cœur du destin exceptionnel de Blanche Peyron, figure majeure de l’Armée du Salut et fondatrice du Palais de la Femme.

Dans le Paris de la Belle Époque, tandis que l’Europe célèbre le progrès, l’essor des sciences, des arts et de l’industrie, la pauvreté et les inégalités atteignent des sommets. Derrière les façades brillantes de la modernité, des milliers de femmes et d’enfants vivent dans une extrême précarité.

C’est dans ce contexte que naît la vocation de Blanche Peyron. Femme de conviction, portée par une foi profonde et une énergie hors du commun, elle choisit de consacrer sa vie aux plus vulnérables. Son engagement la conduit à rejoindre les pionniers de l’Armée du Salut et à participer à la création d’une œuvre sociale fondatrice : le Palais de la Femme, lieu d’accueil, de protection et de reconstruction pour les femmes en difficulté.

À la fois fresque historique, portrait de femme et récit d’engagement, cet ouvrage rend hommage à une personnalité visionnaire dont le combat résonne encore aujourd’hui. Il aborde avec force des thématiques profondément actuelles : égalité femmes-hommes, lutte contre la précarité, solidarité, accueil des femmes vulnérables et fraternité sociale.

Dans la lignée de l’émotion suscitée par Les Victorieuses de Laetitia Colombani, ce livre propose une immersion sensible dans une histoire vraie, inspirante et profondément humaine.

Un ouvrage qui éclaire le passé pour mieux interroger les combats du présent.

Mon avis :

Au fil des premières pages, je reconnais que j’ai eu du mal à m’attacher aux physionomies un peu sommaires des personnages en particulier, le visage de l’héroïne durant son enfance en Suisse. Mais cela s’est amélioré par la suite.

La référence à la Goulue, une danseuse de cabaret de Montmartre peinte par Toulouse Lautrec.

Le dessin est beaucoup plus précis pour illustrer l’architecture des immeubles haussmanniens de Paris et ses références artistiques du derniers tiers du 19eme siècle vers 1870. J’ai beaucoup aimé la manière dont des tableaux très connus de l’impressionisme, des pièces de monnaie ou alors des gravures sociétales s’intégraient si bien dans le scénario de ce roman graphique.

Je lis beaucoup de romans graphiques et je n’avais jamais vu une telle prouesse aussi originale. Les colonnes Morris, l’enseigne du chat noir exposée au musée Carnavalet, le cabaret de l’enfer photographié par Doisneau, on les connait tous. Mais c’est un vrai plaisir de les retrouver au fil de sa lecture.

Les uniformes des femmes soldats de l’armée du Salut sont bien réussies avec leurs chapeaux à rubans rouges. On les identifie bien parmi la faune de personnages hargneux, édentés, dont les visages déformés par la haine et l’anticléricalisme sont effrayants. La violence à laquelle ont été exposées Blanche Peyron et ses comparses est représentée de manière réaliste et authentique.

Ce que j’aime dans les romans graphiques, c’est spécifiquement le dossier iconographique qui approfondit le sujet avec des images d’archives, des cartes…Celui -ci est très documenté et prend appui sur les analyses d’historiens du protestantisme et de l’action sociale.

Nul besoin d’être familier du protestantisme pour être touché par l’action sociale de l’Armée du salut dans notre pays. Au moment de l’Avent 2025, j’ai été touchée par les témoignages de foi chrétienne des bénéficiaires de l’Armée du salut dans les premières pages du Nouvel Observateur.

Pour la petite histoire, j’ai été l’assistante commerciale et administrative des éditions Bibli’o pendant trois ans. On organisait tous les deux mois des séminaires des nouveautés à paraître en librairies religieuses et généralistes. C’est une émotion toute particulière de voir ce roman graphique publié après de nombreuses années de recherches éditoriales et iconographiques de la part de la scénariste Marie-Laure Marshall, du dessinateur Christophe Girard et de l’éditrice Coraline Fouquet.

Retrouvez ici d’autres chroniques de livres publiés par les éditions Bibli’o :

– Deux pieds en Afrique, roman graphique de Manior

– Rendez-vous au puits

– Côte à côte, quand hommes et femmes cheminent ensemble

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