J’ai visionné ce film au cinéma avec mon mari car nous aimons beaucoup le jeu comique mais aussi dramatique d’Alban Ivanov, un acteur et humoriste qui vient du stand-up. On avait vu un précédent film où il jouait un agriculteur proche de la faillite dans le Cantal : Les folies fermières adapté d’une histoire vraie.
Décidément, les rôles d’agriculteur lui collent à la peau car il interprète ici Justin, un métayer qui prête ses bras à un propriétaire qui l’exploite sans vergogne. Justin vit vraiment en retrait de tout avec sa mère et son fils d’une dizaine d’années.


Il ne sait même pas que la Grande guerre a éclaté un an auparavant quand les gendarmes et le curé de la paroisse viennent se rappeler à leur bon souvenir en 1915. Le fait que Justin n’ai pas jamais pris soin de se déclarer ni à l’état-civil, ni au recensement militaire va lui valoir un déferlement de violence particulièrement scandaleux dans l’une des premières scènes du film. On l’envoie au casse-pipe comme un vulgaire voleur de poules attaché en laisse au train de la calèche des gendarmes.
Le ton de cette fable historique est donné : le patriotisme des mauvaises autorités est intolérable. Justin le juste, c’est l’antithèse des deux volets de La bataille de Gaulle qui exalte l’intelligence des généraux.
Le résumé :
1915. La guerre, c’est une terre inconnue où l’on envoie Justin, misérable paysan, à une époque où il doit s’occuper de ses champs. Il doit partir se battre, au nom d’une loi qu’il ignore, contre un ennemi qu’il n’a jamais vu, alors qu’il ne rêve que de rester dans sa ferme. Sa rencontre avec Basile, un tirailleur sénégalais, va lui ouvrir les yeux sur cette guerre qu’il ne comprend pas. C’est avec lui, qu’il va se révolter contre les injustices d’un commandement absurde, et devenir un héros pas comme les autres.
Mon avis :

Il s’agit d’une fable historique qui n’est pas basée sur l’histoire vraie d’une personne : Justin mais adaptée d’un roman antimilitariste qui a recoupé différentes situations inacceptables vécues par des poilus. Justin-le-Juste ou La charrette est le titre de l’unique roman écrit par Jean Pompougnac et édité par les éditions de la Table ronde en 1967.
Un rôle d’idiot : le seul qui n’a pas oublié son humanité même en temps de guerre.
On s’attache rapidement au personnage de Justin. Il est effrayé par la guerre donc il déserte tout simplement. Comme il a bon coeur, il apporte assistance à un aviateur grièvement blessé qu’importe l’uniforme qu’il porte.
Le camp ennemi va lui faire bon accueil donnant lieu à des scènes d’anniversaire et de valses totalement absurdes. Bien évidemment, les choses vont rapidement se gâter pour Justin car chassez le naturel, il revient au galop, la méchanceté humaine va reprendre le dessus avec un supplice de torture inconnu au bataillon mais sacrément redoutable.

Le tirailleur de l’armée coloniale, héros positif des boissons chocolatées Banania, marque crée en 1915.
J’ai beaucoup apprécié le rôle de Basile, le tirailleur sénégalais qui a été inventé par Eric Barbier. Interprété par Birane Ba, pensionnaire de la comédie française, Basile va permettre à Justin de se sortir de cette forme de candeur qui le place dans des situations dangereuses et absurdes. J’étais ravie de retrouver cet acteur fantastique dont j’avais découvert le jeu dans le film Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry.
Il y a une référence au fameux slogan raciste « Y’a bon Banania » dans le film. Grâce à Justin le juste, j’ai appris que Banania est une marque de cacao qui a rapidement conquis les foyers français à sa création en 1915 grâce à son logo clairement identifiable : un tirailleur sénégalais souriant avec son bonnet rouge typique sur fond jaune qui rappelle les bananes.

Personnellement, je trouve que le tirailleur sénégalais est un héros positif et que cette marque que j’ai vu partout autour de moi, m’a même donné une leçon d’Histoire. Banania montre les tirailleurs coloniaux dont on parle très peu dans les manuels d’Histoire. Il a fallu le film Indigènes, présenté au festival de Cannes en 2006 pour que l’Etat français paye enfin les pensions des soldats des anciennes colonies françaises.

La presse écrite, le quatrième pouvoir d’une démocratie.
J’ai voulu voir ce film car il raconte une superbe rencontre. Un homme peu éduqué avec une élocution spéciale et un vocabulaire qui détonne, rencontre une femme journaliste, Marie Barratier, qui travaille pour le Canard enchaîné, un tout nouveau journal né en 1915 qui se distingue de la censure par sa liberté d’informer.
Ces deux personnages vont s’apprivoiser et se faire confiance afin de faire éclater la vérité auprès de l’opinion publique. C’est un beau film qui valorise l’action politique des députés et celle de la presse écrite comme quatrième pouvoir. Je travaille dans une rédaction qui existe depuis quatre-vingt ans, ce film m’a galvanisée et confortée dans mes convictions que la presse sert à dénoncer injustices et combattre les abus de pouvoir. Alexandra Lamy a expliqué dans le dossier de presse du film s’être beaucoup inspirée de Lee Miller, reporter de guerre iconique.
Le film Justin le juste évoque la censure dans les journaux, la manière dont l’opinion publique était manipulée pour accepter les exécutions de soldats dissidents ou déserteurs.
Un long dimanche de fiançailles, le roman de Sébastien Japrisot, adapté au cinéma par Jean-Pierre Jeunet, raconte comment cinq condamnés à mort ont été envoyés au casse-pipe par dessus la tranchée pour les punir d’avoir désobéi en les abandonnant, totalement désarmés face à l’ennemi.
La dernière partie du film est la plus intéressante. Comme Basile et Justin sont des frères d’armes, Justin va réaliser un acte héroïque pour sauver son ami mais sa désobéissance envers les hauts gradés de l’armée va être sévèrement réprimée.
Sans divulgâcher l’issue du film, Justin et Basile vont prendre en otage tout le personnel de mairie d’un village car ils n’ont pas eu le choix pour sauver leur peau. Il faut dire qu’ils ont à leurs trousses un officier totalement fou furieux joué par Thierry Hancisse, un acteur brillant que je ne connaissais pas. Pendant la dernière partie du film, je me suis souvent répétée : « Heureusement que ce n’est pas une histoire vraie« .
J’ai fermé les yeux pendant les scènes de guerre dans les tranchées, quand cela canardait sec. Il faut dire que la même semaine, j’ai retrouvé le livret militaire de mon arrière grand père ardéchois Régis qui a combattu à Verdun. Le film a souligné au générique, que 45% des soldats engagés pendant la Grande guerre étaient des agriculteurs, mais aussi 7% de soldats indigènes.

Je vous recommande ce film authentique porté par d’excellents acteurs : Alban Ivanov, Alexandra Lamy, Birane Ba, Thierry Hancisse… qui apporte une réflexion utile sur la guerre et la patrie actuellement.
Retrouvez ici mes précédents articles consacrés aux adaptations littéraires : du livre à l’écran.


