Cinéma·Sociologie

Je verrai toujours vos visages, retrouver foi en l’humanité

Mardi soir, j’ai assisté à un ciné-débat animé par Jean-Luc Gadreau, pasteur et animateur de l’émission Solae sur France Culture. Cela s’est déroulé au cinéma de L’épée de bois, rue Mouffetard.

Je ne connaissais rien à la justice restaurative et franchement les films qui se déroulent en prison… Mais j’avais vu le précédent film Pupille, un film à la fois fort et émouvant qui célèbre lui aussi le triomphe du collectif.

Jeanne Herry s’est inspirée d’un podcast et d’une histoire qu’elle a un peu connu enfant. Quand elle était à l’école, on lui a parlé d’une femme qui était devenue visiteuse de prison suite à l’assassinat de sa fille. J’avais peur de voir Je verrais toujours vos visages tant je suis horrifiée par tous ces faits-divers atroces qui s’enchainent ces derniers temps.

Je suis sortie de ce film apaisée et un peu plus optimiste envers la société en général. Alors oui il y aura des grincheux pour dire que la justice restaurative c’est bon pour les bisounours. Mais les faits sont là, ils aident à la réparation des victimes et des auteurs. Je l’ai constaté en regardant l’émission Ca commence aujourd’hui de Faustine Bollaert sur France 2.

C’est un processus encadré par la loi du 15 août 2014 et mise en place par Christine Taubira, garde des sceaux de l’époque. J’ai appris grâce aux intervenants présents après la rencontre, qu’ un suivi des détenus est obligatoire même s’ils refusent la justice restaurative ou de parler à un aumonier, un psychothérapeute. Même condamnés, personne n’est oublié de la société.

Sans vouloir donner de leçons, ce serait une bonne chose que les journalistes de faits divers plus ou moins sensationnalistes voient ce film pour informer l’opinion publique au lieu de jeter de l’huile sur le feu avec les multirécidivistes.

Ce film dure deux heures mais on ne s’ennuie pas un seul instant malgré que ça soit presque un huit clos. Jeanne Herry a structuré son scénario avec différents temps forts : la formation des animateurs, les entretiens avec les auteurs et les victimes et enfin l’aboutissement de la médiation ou du groupe de parole.

La médiation entre Chloé (Adèle Exarchopoulos ) et son frère qui l’a violé pendant dix ans est menée par Judith (Elodie Bouchez) : c’est un crescendo. La difficile reconstruction de cette jeune femme est filmée avec beaucoup de pudeur et de respect. Par exemple, Jeanne Herry la filme toute joyeuse de préparer une quiche pour une fête et elle se paralyse au téléphone quand quelqu’un lui apprend que son frère est revenu vivre dans la même ville…

Alors que le groupe de parole en prison est un climax. Il réunit trois victimes : Sabine (Miou-Miou), Nawelle (Leïla Bekti) et Grégoire (Gilles Lellouche) face à des auteurs de braquage : Nassim (Dali Benssalah), Issa (Birane Ba) et Thomas (Fred Testot). C’est fabuleux de voir comment se noue une véritable alliance thérapeutique faite de moments de vérité. On se demande jusqu’au bout si cela va échouer ou faire fleurir des renaissances…

Je suis allée voir le film avec mon amie Valérie. Voici son avis : « Au travers de la parole, les blocages des uns et des autres tombent. La première des réparations est celle de l’interaction avec autrui. Les échanges donnent la capacité à chacun d’entrer dans le vécu de l’autre. »

Après la projection du film de Jeanne Herry, Je verrai toujours vos visages, nous avons eu la chance de partager avec Diane Clémence-Barrero, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, Lydwine Jaulin, animatrice de médiation restaurative et de Rencontre Détenus Victimes /Rencontre Condamnés Victimes et le Père Marc Génin, aumônier de prison orthodoxe.

Ce dernier a raconté qu’un prisonnier lui a confié que rencontrer une victime du type d’infraction qu’il avait commis l’avait totalement bouleversé alors qu’il était suivi de nombreux psychothérapeutes depuis des années. Cela ne veut pas dire que le travail de thérapie n’avait servi à rien, il a préparé le terrain. Une autre animatrice a raconté que lors d’un groupe de parole autour du viol (l’infraction la plus traumatisante selon elle), ses membres ont souhaité se revoir dans un an pour prendre des nouvelles des uns et des autres.

D’ailleurs, le titre du film est très efficace, c’est une des réplique prononcée par un des auteurs de braquage. Il sort de prison et se remémorer les visages du groupe de parole va l’aider à ne pas récidiver. Cette histoire de faire tomber la carapace grâce à la parole m’a bien travaillée. Cela fait écho à une question que j’avais posé sur le site 1001 questions.fr.

Les trois intervenants ont salué la justesse du propos de Jeanne Herry et surtout son travail très rigoureux. La réalisatrice est allée jusqu’à suivre les formations de justice restaurative comme ses personnages à l’écran.

Les questions aux professionnels de la justice restauratrice fusaient. Le public était aussi bien féminin que masculin, ils avaient entre 20 ans et 80 ans. Totale réussite pour mes collègues Ana et Laurène de l’Alliance biblique française.

Copyright Christophe Brachet – 2022 –

D’habitude, nous avons un peu de mal à mobiliser les jeunes générations pour nos soirées débat. C’était très encourageant de voir un public aussi diversifié. Cela s’explique parce que l’explosion de la violence dans la société concerne tout le monde et que cultiver notre empathie est notre meilleure force pour la contrer.

J’espère que cette année l’Académie des Césars récompensera ce film, ses acteurs et sa réalisatrice pour le service qu’il rend à la société civile : restaurer un lien social bien maltraité aujourd’hui.

Cinéma·Lifestyle

Retraitées à la plage : une vie de liberté au Bain des dames, une anse idyllique de la baie de Marseille

© Margaux Fournier / Caviar / Les Films de Nout

J’ai découvert ce court-métrage savoureux et déroutant : Au bain des dames lors de la cérémonie des César qui a récompensé sa cinéaste marseillaise Margaux Fournier. Le titre m’a tout de suite intéressée parce que c’est un court-métrage sociologique sur un des loisirs que j’affectionne le plus : la plage ! .

Au bain des dames montre qu’à Marseille, la plage c’est plus qu’un loisir, c’est un mode de vie pour certaines retraitées délurées.

Il se trouve que pendant les vacances de Noël, nous avions fait un superbe road-trip à Marseille en famille. Je t’invite à le lire ici si tu avais manqué ça !

J’avais fait une carte des anses de Marseille le long de la corniche Kennedy. Mais je découvre cette plage du Bain des dames qui se trouve après la Pointe rouge en direction des Goudes (une navette maritime nous y emmènera lors d’un prochain voyage à Marseille).

Le résumé :

Tous les jours, Joëlle rejoint ses amies retraitées sur la plage du Bain des Dames, à Marseille. Comme dans un théâtre à ciel ouvert, elles rient, parlent d’amour, de sexe, de corps qui changent, et refont le monde avec la liberté de celles qui n’ont plus rien à prouver.

Mon avis :

J’ai trouvé ce court-métrage sacrément déroutant. Ces septuagénaires ont une vie très différente d’autres retraités de France : ils profitent chaque minute de la mer et de la plage. Leurs corps sont sacrément bronzés: est-ce bien esthétique une exposition aussi extrême au soleil ?.

Sur une des affiches de film, Joëlle, une des retraitées du Bain des dames porte ces mini-lunettes anti-UV comme cette dame anglaise photographiée comme Martin Parr à l’honneur au musée du Jeu de Paume actuellement. Cet accessoire est vraiment représentatif d’un bronzage à un stade intensif.

« Internet, c’est pas pour les vieilles comme nous »

Le corps, la séduction à tout âge, sont au centre des discussions au Bain des dames. Les rires fusent dans le petit groupe d’amies, à un moment l’une d’elles emballe un homme de son âge sur l’une des terrasses qui surplombe la plage et elles rient comme des adolescentes. Puis l’instant se fait plus grave avec cette Joëlle si solaire qui raconte l’enfer que lui a fait vivre son mari cogneur et jaloux.

Ce film m’a permis de découvrir Margaux Fournier, une jeune cinéaste de 28 ans qui a puisé son inspiration dans sa ville natale : Marseille après une année sabbatique ponctuée de petits boulots éloignés du cinéma. J’ai bien aimé son discours aux César rappelant que le fameux sculpteur du Nouveau réalisme qui a réalisé ces prix compressés en or vient de Marseille.

Margaux Fournier a répondu à une interview de Vanity fair qui résume au mieux son court-métrage. Ce documentaire montre un autre visage de la vieillesse beaucoup plus déroutant de l’image d’Epinal de la Mamie gâteaux avec les bas de contention.

Ce sujet m’avait déjà inspiré un article dans le blog après avoir vu le documentaire : La révolte des vieux. Les réseaux sociaux ont bien des défauts mais ils ont eu le mérite de mettre en avant les seniors : Valérian et ses grands-parents Claude et Josette, Studio Danielle… quand le cinéma et la télévision ont tendance à les mettre au placard.

En toute franchise, j’ai eu du mal à m’attacher à ce groupe de copines très gouailleuses car je ne comprends pas cette obsession du regard des autres quand Joëlle et ses amies parlent de chirurgie esthétique pour un nez, des paupières… Mais quand Joëlle creuse un peu son histoire personnelle avec la réalisatrice, on comprend les ressorts psychologiques qui se cachent derrières les caricatures.

Dans cet article, je vais m’abstenir de qualifier Marseille, cette ville hybride aux 111 villages. Mais je trouve que la scène finale du documentaire est à son image. Joëlle alpague les jeunes qui fréquentent aussi la plage vers les cabanons. On se demande même si ce n’est pas eux qui ont taggué Soutif obligatoire les vieilles sur le mur.

© Margaux Fournier / Caviar / Les Films de Nout

Ils écoutent Jul et cela lui déplait : elle réclame L’envie de Johnny Hallyday sans ménagement. Ils vont se mettre à brailler tous ensemble. C’est un moment de communion intergénérationnelle assez cocasse qui pourtant démarrait mal…

Cette scène finale est un joli pied de nez à une proposition de campagne sidérante. Celle d’un candidat RN aux municipales à Marseille : restreindre l’accès à la plage des Catalans aux familles et aux seniors en privant l’accès aux jeunes sans enfants certaines heures de la journée.

Cinéma

LOL 2.0, La Boum : La famille recomposée ou non, un trésor relationnel

Dix-sept ans après LOL (et les balbutiements de MSN), Lisa Azuelos revient avec LOL 2.0, une comédie populaire qui montre que la génération Z, noyée par ses réseaux sociaux, a toujours besoin de l’amour de sa famille pour se construire. Même caricaturale, cette fresque contemporaine réunit les générations au cinéma autour d’une certaine Sophie Marceau qui vivait ses propres émois adolescents dans La Boum il y a 45 ans.

C’est d’ailleurs Sophie Marceau, interviewée dans Télématin qui m’a donné envie d’aller voir LOL 2.0. Autant le premier film Lol ne m’avait pas emballée car je trouvais la relation mère-fille totalement crispante. La gosse a seize ans, elle vient des beaux quartiers, elle claque des portes, la mère crie toutes les cinq minutes, bonjour la détente !

Mais, j’ai beaucoup aimé LOL 2.0 car Louise, la benjamine de la famille a 25 ans et elle est plus profonde que sa grande sœur Lola partie planter des arbres en Amérique latine. Elle se fait plaquer par son copain qui était aussi son associé dans la tech.

Rien n’est épanouissant, elle rame alors elle est attendrissante car jeunesse dorée ou non, tout le monde cherche son identité à son âge. Thaïs Alessandrin qui est aussi la co-scénariste du film et la fille de la réalisatrice, est authentique et c’est une vraie découverte artistique, un peu comme Victor Belmondo dans Envole-moi.

Ces nepo babies sont malins. Comme les journalistes et le public les attendent au tournant car ils sont des fils et des filles de…, ils jouent des gosses friqués pour se construire une crédibilité artistique et s’ils sont talentueux, cela marche.

Le résumé :

Anne profite enfin de sa liberté après le départ de ses enfants. Mais tout bascule quand sa fille Louise, revient vivre chez elle après un échec professionnel et sentimental. Et comme une surprise n’arrive jamais seule, son fils Théo lui annonce qu’elle va devenir grand-mère !

Entre chocs générationnels, rêves en mutation et nouveaux élans amoureux… Anne comprend que la vie ne suit jamais tout à fait le plan prévu, et qu’à tout âge, on continue toujours d’apprendre à grandir.

Mon avis :

Avant d’aller voir le film, j’ai lu quelques critiques dont celle de la chaîne Expresso critique qui étaient assez rudes avec le cinéma de Lisa Azuelos. On la catalogue vite comme une bourgeoise blanche de cinquante ans qui stigmatise la génération Z. C’est vrai que la bande d’amis de Louise est assez caricaturale.

Mais la force de Lisa Azuelos est de savoir scénariser les rites de passages, les moments charnières d’une famille : Louise qui se réconcilie avec son père qui va se marier avec une femme du même âge qu’elle, Sophie Marceau qui rencontre un homme de son âge…

« Elle aussi elle sera une grand-mère géniale mais elle ne le sait pas encore « 

Le cinéma de Lisa Azuelos glorifie la maternité imparfaite, elle qui a eu une mère absente.

J’aime le cinéma de Lisa Azuelos parce que malgré ses stéréotypes, elle proclame haut et fort que c’est génial d’être une maman même imparfaite et larguée. Je ris beaucoup des sketchs d’humoristes comme Diane Segard, Mélanie Sitbon, Philippine Delaire avec leurs mamans compétitives ou au bout du rouleau mais elles désacralisent trop la maternité.

© 2026 CURIOSA FILMS – LOVE IS IN THE AIR – APOLLO FILMS DISTRIBUTION

Oui c’est fatigant, usant parfois mais les enfants sont une vraie joie au quotidien. Ce sont des trésors relationnels. Danielle Thompson qui a scénarisé La Boum, un aussi beau succès populaire que LOL , s’est inspirée de ses propres enfants et de leurs copains pour créer une comédie populaire dans laquelle tout le monde se retrouve, toutes classes sociales confondues. Même si les Beretton étaient une famille friquée du quartier d’Odéon.

La beuh , le pire placement produit du film

Il y avait une drôle d’atmosphère dans la salle de cinéma à la fin de la séance. Je pense que nous étions nombreux à être émus par les belles émotions transmises par ce film. Mais j’ai vraiment été révoltée par la promotion de la fumette récréative où mère et fille se passent le joint lors d’une fête à la maison.

Je trouve irresponsable de prôner le message que la beuh permet de passer un moment de félicité, que la fête en ressort plus belle ou que le joint permet de calmer les angoisses existentielles. Mais j’ai bien ri quand même quand le couple Elbaz-Marceau qui ne se connait pas encore très bien file au lit car ils ont mangé par erreur une tablette de chocolat aux champignons hallucinogènes.

Dans La Boum, il n’y pas de chichon qui circule et cela ne les empêche pas de s’amuser.

Ces films feel-good à voir en famille :

French lover, la notoriété compatible avec une histoire d’amour ?

En fanfare : deux frères qui ont pris deux chemins bien différents après un placement.

Envole moi : un gosse de riches qui trouve sa voie en aidant un enfant malade.

Tout le monde debout : une histoire d’amour impossible entre un valide et une femme handicapée ?

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan : comment l’amour inconditionnel d’une mère a permis un miracle. C’est une histoire vraie.

Cinéma

On rembobine la 51eme cérémonie des César, placée sous le signe de l’émotion non feinte

J’attendais cette soirée depuis trois semaines, emballée par les pastilles promotionnelles de la soirée du maître de cérémonie. Mon mari qui travaille juste à côté de l’Olympia me racontait les préparatifs sur le boulevard le jour J avec les invités qui sortaient du RER Auber en smoking et robes de soirées….

J’ai beaucoup aimé les interviews de Laurie Cholewa des nommés avant la cérémonie. Notamment quand elle a donné la parole à Jafar Panahi, le réalisateur iranien nommé pour le scénario d’Un simple accident. Les César sont une tribune politique dont il faut se servir car cette cérémonie est diffusée dans le monde entier par Canal plus.

Canal plus est le grand chef d’orchestre de cette cérémonie qui mobilise 900 personnes de ses équipes. Le producteur majoritaire du cinéma français a fait appel à deux de ses talents maison : Benjamin Lavernhe (Un entretien, Castings) en maitre de cérémonie et Camille Cottin (Connasse et quelques films hollywoodiens) en présidente. Ce beau duo talentueux a mis en scène une cérémonie à la fois drôle, époustouflante, émouvante et digne.

Retour sur les moments forts de ce marathon télévisuel qui me mobilise chaque année 4 heures devant ma télé.

Le tableau d’ouverture en hommage à The Mask : un sacré souvenir de primaire dans les années 1990

Le maître de cérémonie est un fan absolu de Jim Carrey et l’émotion a bien failli le submerger quand il s’est adressé à son modèle. Je le comprends car moi aussi avec mon frère on a regardé quelques fois The mask à la fin de l’année scolaire à l’école quand les profs ont l’esprit qui divague du côté de la plage…

Je me suis régalée à voir danser et chanter Benjamin Lavernhe avec les costumes du film, la fille du Coco bongo et l’orchestre big bang avec les cuivres, les percussions… La mise en scène avec les policiers était tellement réussie dans les allées de l’Olympia. Jim Carrey est un personnage familier de l’enfance et de l’adolescence de bon nombre d’entre nous et c’était sacrément plaisant de le retrouver.

L’émotion de Jim Carrey sera au rendez-vous plus tard dans la soirée quand la salle lui fera une longue standing ovation lors de la remise de son César d’honneur. Jim Carrey s’est fendu d’un discours authentique dans un français parfait qu’il avait bossé comme un dingue (c’est raccord à son personnage de The mask). C’était très émouvant quand il a rendu hommage à ses racines malouines très anciennes et à son père.

C’était très bien amené par la direction artistique de la cérémonie d’inviter Emmanuel Curtil, la voix française de Jim Carrey depuis trente ans qu’il rencontrait pour la première fois. Le sketch avec Benjamin Lavernhe qui se comportait comme un gamin émerveillé par les voix de Chandler de Friends mais aussi de Simba du Roi lion fut très attendrissant. Emmanuel Curtil a pu se faire le porte-parole des voix de doublage menacées par l’IA auprès de la ministre de la Culture nouvellement nommée Catherine Pégard.

Les César, une tribune politique dont il faut se saisir de manière subtile

Toujours dans le registre politique, j’ai beaucoup aimé le discours tout en humour et en authenticité de Camille Cottin. Elle est arrivée avec les lunettes aviateur de Top gun et s’est moquée des propos musclés et sans finesse de dirigeants politiques virilistes et moqueurs : « Tous les films qui font moins de 500 000 entrées devront s’excuser et revenir sur les bancs de l’école de commerce. Les films d’auteur c’est bien mais c’est encore mieux en court-métrage, sur des sujets pas trop niche. Évitez les femmes, les queers… » avant de déclarer son amour et son attachement au cinéma français.

Au bain des dames, court métrage de Margaux Fournier à visionner sur France TV

La cérémonie des César est toujours l’occasion pour moi de découvrir de belles pépites que je n’ai pas eu le temps de visionner au cours de l’année : Nino qui montre un portrait sensible d’un jeune homme malade du cancer. Mais aussi Le bain des dames, ce court métrage marseillais que je vais regarder rapidement sur France télévisions en replay.

Enfin, je suis ravie que mon coup de coeur pour L’attachement ait été récompensé du César du meilleur film. J’ai beaucoup aimé le discours puissant et tendre de la réalisatrice Carine Tardieu qui s’adressait à sa fille. Les lauréats des César ont beaucoup remercié leurs enfants parce qu’ils vivent leur passion artistique à fond et que cela demande des compromis à leurs familles.

Dommage pour Pio Marmaï qui méritait le César du meilleur acteur pour ce rôle de père endeuillé. Mais l’émotion de Laurent Laffite qui a été récompensé était aussi belle à voir.

Je vais suivre de près les prochains films de Carine Tardieu car j’avais adoré Du vent dans mes mollets adapté du roman de Raphaëlle Moussafir, sa co-scénariste de L’attachement, récompensée avec elle. Carine Tardieu a un vrai don pour filmer les relations familiales, tellement essentielles dans notre société de plus en plus individualiste.

J’ai beaucoup aimé cette cérémonie où dominaient l’expression des émotions authentiques avec une reconnaissance exprimée pour le système français qui soutient les artistes en début de carrière. Ne nous trompons pas tout de même , le cinéma français est une énorme industrie avec un petit nombre de têtes d’affiche qui raflent la plupart des rôles comme l’a démontré l’hebdomadaire culturel Télérama.

Je trouve qu’il serait juste que les acteurs et actrices payés plus d’un million d’euros par film participent volontairement à un fonds de soutien financier. Dans tous les discours de remerciements des lauréats, on ressent bien que la corde du financement de la culture tire sacrément au risque de casser.

Retrouvez-ici mon debrief de la cérémonie de 2025 animée par Jean-Pascal Zadi

BD & romans graphiques·Cinéma

Pourquoi le Marsupilami captive autant les foules en 2026 à l’heure des comics Marvel…

Treize ans après Alain Chabat, Philippe Lacheau et sa bande partent en Palombie sur les traces du célèbre Marsupilami. En quoi ces nombreuses adaptations au cinéma et en dessins animés traduisent elles un besoin de tendresse, d’exotisme et de mignonnerie ?. Cet animal sauvage et imaginaire crée en 1952 par André Franquin. Il est, selon moi, le pape de la BD belge avec Hergé.

Au départ en 1952, le Marsupilami était un personnage secondaire des aventures de Spirou et Fantasio, scénarisées et dessinées par André Franquin, le créateur de Gaston Lagaffe. A partir de 1987, Marsupilami devient un personnage principal avec sa propre série toujours en cours puisque 42 tomes de ses aventures continuent de divertir différentes générations de lecteurs.

Le marsupilami est la contraction des mots marsupial et ami. Mi-guépard, mi- singe, cet animal sauvage imaginaire doté d’une force surhumaine se sert de sa queue comme une longue liane pour venir en aide aux humains ou pour se sortir lui et sa famille des situations les plus catastrophiques dans sa Palombie natale.

Mon album favori, c’est Le nid du Marsupilami qui date de 1960 (cela ne nous rajeunit pas). Seccotine, la reporter intrépide mais aussi gaffeuse du journal Spirou, organise une conférence de presse pour y annoncer qu’elle a découvert une famille de marsupilamis dans la forêt palombienne. D’affreux jojos comme le chasseur Blackalive vont se lancer à leur poursuite pour leur belle fourrure tant recherchée.

J’aimais beaucoup regarder enfant les dessins animés du Marsupilami sur France 3 car c’était dynamique et joyeux, ses Houba houba avec Madame et les enfants qui le suivent partout. Le marsupilami est un père de famille comme les autres, ses bébés s’éloignent du nid pour faire des bêtises ou se mettre en danger, il les ramène manu militari au bercail..

Mais je trouve que les films d’animation d’ Alain Chabat : Sur la piste du Marsupilami (2012) et Marsupilami de Philippe Lacheau (2025) sont faits pour les adultes avec des blagues un peu olé olé peu compréhensives et osées pour les enfants.

Néanmoins, j’aime beaucoup le film d’Alain Chabat, on sent que c’est un passionné de BD qui a compris les univers créatifs de Franquin et du duo Goscinny/Uderzo quand il adapte leurs BD en films. Et puis Jamel Debbouze a cette âme d’enfant émerveillé devant le Marsupilami…

Franquin, élève de l’école de Marcinelle, celle des gros nez et de la ligne sombre.

André Franquin (1924-1997) est une référence de la bande dessinée belge au même titre que René Goscinny en France. Il fait partie de l’école de Marcinelle qui compte parmi elle Roba, le créateur de Boule et Bill mais aussi Morris, Peyo, Uderzo, Walthéry, le créateur de Natacha… Cette école se distingue de celle de Bruxelles et de la ligne claire menée par Hergé avec Tintin depuis 1929.

A quand une grande rétrospective Franquin dans un musée des Beaux-arts ? .

J’affectionne l’univers de Franquin pour la qualité de son humour, des références poétiques que l’on perçoit dans les albums de Gaston Lagaffe mais aussi le Marsupilami : la luxuriance de la jungle en Palombie par exemple. J’ai beaucoup aimé approfondir mon amour de la lecture avec ses albums entre 7 ans et 9 ans.

On reproche un peu à Franquin de représenter une Amérique du Sud d’opérette mais c’est aussi ça qui me plait !. C’est fantasque et exotique, on s’évade grâce à la BD. André Franquin a été fortement influencé par les dessins animés de Walt Disney mais aussi ceux de Tex Avery.

Je ne comprends pas pourquoi le Grand Palais qui a organisé une vaste rétrospective dédiée à Walt Disney en 2007 puis qui honora Hergé en 2017, ne célèbre pas bientôt l’art d’André Franquin.

La cité des sciences avait pourtant proposé une exposition Le monde de Franquin en 2005 mais elle est passée relativement inaperçue.

Trois albums représentatifs de la ligne sombre de l’école de Marcinelle.

Cinéma·Du livre à l'écran·Ile de France et Paris

Ces films et séries que j’ai vu en 2025 : qui sera récompensé aux prochains Césars ?

Les nominations pour les prochains Césars viennent de tomber. La cérémonie de remise des prix aura lieu le jeudi 26 février à l’Olympia (un jeudi soir, quelle ineptie !) avec Benjamin Lavernhe en tant que maitre de cérémonie.

D’ailleurs, l’affiche de la cérémonie est une référence à la comédie Le sens de la fête de Nakache et Toledano dans lequel il jouait un marié particulièrement pénible en 2017.

Chaque année, j’écris un article pour débriefer la cérémonie : les robes, les discours des remettants, les sketchs plus ou moins drôles et inspirés, les moments d’émotion quand ça pleure, ça remercie…

Cette soirée de remise des prix, c’est ma tradition chaque année depuis que je suis au lycée. Alors si jamais quelqu’un veut m’y inviter une année, ce sera la consécration d’une vie..

Je trouve que cette année la sélection des nommés est particulièrement qualitative et je vais être sacrément tiraillée quand viendra le moment de récompenser la meilleure actrice.

J’ai énormément aimé deux films en 2025. Il s’agit de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan ainsi que L’attachement. Ce sont deux adaptations de livres et traitent tout deux de l’amour maternel qu’il soit biologique ou non.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan écrit par Roland Perez, éditions Les escales en 2021

C’est l’histoire vraie d’une famille nombreuse juive originaire de Tunisie. Les parents ne roulent pas sur l’or et le petit-dernier des six enfants naît avec un pied-bot dans les années 1960.

Sa mère Esther, dotée d’une foi extraordinaire et d’un bagout incommensurable va remuer ciel et terre quitte à se mettre à dos les voisins du quartier, les assistances sociales et les enseignants pour faire en sorte que son fils marche un jour.

Et le miracle va avoir lieu grâce aux chansons d’une certaine chanteuse yéyé : Sylvie Vartan. Le petit Roland, totalement déscolarisé va être instruit par ses frères et sœurs avec ses chansons. Et un jour, il deviendra même son avocat.

Je vous recommande le livre et cette comédie familiale si vous avez le cafard. Le personnage haut en couleur et en repartie d’Esther m’ a fait rire aux éclats de nombreuses fois. Et son amour maternel inconditionnel m’a émue aux larmes…

Dans un autre registre, j’ai eu un vrai coup de cœur pour le film L’attachement alors que j’ai eu bien du mal à lire le roman éponyme d’ Alice Fernay.

Carine Tardieu, la réalisatrice a su mettre en avant les moments de vérité et d’émotion de cette histoire d’entraide si particulière. Cécile, la voisine de Sandra (Valéria Bruni Tesdeschi) part à la maternité accoucher avec son mari Alex joué par Pio Marmai.

Et donc elle lui confie quelques jours son fils Eliott alors que Sandra n’a pas particulièrement la fibre maternelle. Hélas, l’issue sera tragique pour cette famille car Alex revient de la maternité avec un bébé dans les bras mais veuf.

Ce livre m’a beaucoup émue car il parle de compassion, d’entraide face au deuil. Le petit garçon du film est animé d’un tel instinct de vie et d’amour qu’il porte tout le film et les personnages qu’il entoure : sa voisine auquel il s’attache viscéralement, son beau-père avec lequel il vit, son père qui s’efface progressivement.

Le titre du roman est parfait : il révèle une notion de psychologie essentielle. C’est assez nouveau qu’on souligne son importance dans les relations familiales. Pio Marmaï est nominé dans la catégorie Meilleur acteur et je pense que c’est son année cette fois-ci !

Je suis aussi sensible aux nominations dans la catégorie films d’animation car j’aime leur créativité visuelle qui me reconnecte avec mon enfance (voila c’est dit !)

La vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi, adapté de la série de romans jeunesse publiée par l’Ecole des loisirs.

La vie de château est un très beau film d’animation signé Clémence Madeleine-Perdrillat, scénariste et Nathaniel H’Limi, dessinateur, tous deux amis. Ensuite, il a été adapté en roman illustré pour les enfants de 7 à 9 ans. C’est une série en six livres publiés par la collection Neuf de l’Ecole des loisirs.

Je suis bien trop vieille pour faire partie du public cible de ces petits livres et pourtant… Le quotidien de cette petite Violette, pupille de la Nation qui doit aller vivre chez son oncle Régis au décès de ses parents, victimes des attentats, m’a beaucoup touchée.

Le secret des mésanges, film d’animation du studio Folimage, sortie le 22 octobre

J’ai beaucoup aimé la variété et la complémentarité des personnages humains comme animaliers. Le chien Mandrin joue un rôle important dans le film car il protège toujours la petite fille intrépide.

Les deux enfants Lucie et Yann n’ont pas le même âge mais ils vont former une bonne équipe pour aider Lucie dans la quête de ses origines. Un secret de famille douloureux éloigne Lucie de sa maman. Mais les mésanges du château vont être d’une aide précieuse. J’ai beaucoup aimé la manière dont sont représentés Lucie et sa maman comme une femme et une petite fille actives et débrouillardes.

Je vous invite à lire ici mon article pour débriefer la cérémonie l’an dernier : j’ai le souvenir du magnifique discours de Karim Leklou sur le pouvoir des gentils et le sketch hilarant de Franck Dubosc avec son Césarillo. D’ailleurs, il est nommé cette année dans la catégorie Meilleur scénario pour Un ours dans le Jura, sa comédie glauque.

Césars 2025 : Une cérémonie sous le signe de l’authenticité et de la vulnérabilité.

Cinéma

Le secret des mésanges, un chef d’oeuvre made in Drôme/ Ardèche fabriqué par Folimage

Ce week-end, j’ai vécu un excellent moment de cinéma avec ma fille grâce à un film d’animation en papier découpé. Il faut dire qu’en général les films d’animation pour enfants ne sont pas vraiment ma tasse de thé.

C’était le premier film du studio Folimage que j’allais voir au cinéma. Pourtant, nous surveillons leur production car c’est un studio d’animation drômois connu dans le monde entier, et les fondateurs de Folimage, le couple Girerd sont des camarades de promotion des Beaux-arts de ma mère.

Cette fois-ci, je me suis laissée embarquée par cette belle histoire rurale sur fond de douleurs intimes et de secret de famille, exprimée avec de superbes papiers découpés. Le secret des mésanges s’adresse particulièrement aux enfants à partir de cinq ans mais c’est surtout film profond et introspectif qui parlera à toutes les générations.

Le secret des mésanges, film d’animation d’Antoine Lanciaux, produit par Folimage, sortie en salles le 22 octobre, 1h17.

Le résumé :

Lorsque Lucie, 9 ans, arrive à Bectoile pour les vacances, elle n’a aucune idée des aventures qui l’attendent ! Sa mère Caro y mène des fouilles archéologiques avec son collègue Pierrot. Cette dernière a grandi dans ce même village qui est aussi le théâtre d’un secret de famille que Lucie s’apprête à découvrir. Guidée par un couple de mésanges et avec l’aide de son nouvel ami Yann, Lucie est bien décidée à se plonger dans son histoire familiale. Des sous-sols d’un château en ruine à une vieille caravane oubliée à l’orée des bois, cette aventure les mènera de surprises insolites en fabuleuses découvertes !

« Un film aussi foisonnant que délicat (…) Un véritable travail d’orfèvre (…) L’une des plus belles surprises de l’automne » Télérama

« Une délicieuse comédie rurale (…) émouvante œuvre intime découpée dans le papier de ses secrets familiaux » La Croix

Mon avis :

J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce film d’animation car c’était très beau : j’aime énormément le papier, l’histoire était poignante et l’intrigue passionnante : on ne s’ennuie pas du tout au cours du film. Et ensuite les thématiques évoquées : les douleurs, secrètes, la quête des origines et la guérison des traumatismes étaient abordées de manière sensible et intelligente.

Le précédent film que j’ai vu avec ma fille c’était Lilo et Stich, le film et c’était vraiment une corvée tant c’était pauvre et limité d’un point de vue créatif et artistique.

J’ai beaucoup aimé la variété et la complémentarité des personnages humains comme animaliers. Le chien Mandrin joue un rôle important dans le film car il protège toujours la petite fille intrépide.

Les deux enfants Lucie et Yann n’ont pas le même âge mais ils vont former une bonne équipe pour aider Lucie dans la quête de ses origines. Un secret de famille douloureux éloigne Lucie de sa maman. Mais les mésanges du château vont être d’une aide précieuse. J’ai beaucoup aimé la manière dont sont représentés Lucie et sa maman comme une femme et une petite fille actives et débrouillardes.

La maman réalise des fouilles archéologiques avec son collègue Pierrot mais quelque part elle fouille aussi les vestiges de son passé. Le réalisateur Antoine Lanciaux signe ici son projet le plus personnel car ce long métrage fait écho à l’histoire de sa maman qui a été abandonnée par ses parents.

 » Devenu adulte, je réalisais combien cette expérience qui prenait pourtant racine dans un drame avait été pour moi d’une grande richesse. Je réalisais aussi que la singularité de cette histoire avait orienté mes choix de vie personnels et professionnels. Je peux dire que cette histoire familiale est sans aucun doute à l’origine de mes dessins, des thématiques de mes scénarios et des films d’animation que je réalise  » Il a su tirer d’un drame familial, un trésor d’inspiration.

Nos studios d’animation : une exception culturelle française de qualité au service de films familiaux

L’équipe de réalisation du film aurait pu se servir de l’ordinateur pour simplifier son processus de création mais elle a choisi de perpétuer la manière artisanale traditionnelle des pantins et des décors en papier découpés. Le précédent film en papiers découpés datait de 1926 : Les aventures du prince Ahmed de la réalisatrice allemande Lotte Reiniger.

Le studio Folimage a pu bénéficier du partenariat de son voisin ardéchois, Canson, fabriquant historique de papier basé à Annonay. Cette entreprise a offert 800 kg de papier à l’équipe du film, un soutien économique précieux.

Chaque personnage a été décliné sous différents angles : de face, de profil, en gros plan, en différentes échelles selon les besoins de la mise en scène. Il y a une dizaine de personnages dans l’histoire mais les différents plans de ce long métrage a nécessité la création de 2000 pantins. Dix sept personnes ont ainsi crée un pantin par jour. La beauté du papier se voit tout de suite à l’écran grâce aux reliefs, aux superpositions. Je vous invite aussi à visiter le site de Laure de Papierpapierpapier.

Le rôle de la musique acoustique pour raconter une intimité familiale.

J’ai beaucoup aimé le recours à la musique acoustique toute aussi artisanale que la technique du papier découpé. Les cuivres accompagnent l’action quand elle s’intensifie sous une pluie battante et que les enfants vont résoudre l’énigme eux même. La chanson La mauvaise réputation de Brassens montre le lien de transmission invisible entre le vieil homme de la forêt et Lucie quand ils se savent pas encore qu’ils sont de la même famille. Cette chanson contestataire de 1952, souvenir de l’enfance du réalisateur colle très bien à cette ruralité heureuse décrite dans le film.

Tous mes aprioris sur les films d’animation sont en train de tomber les uns après les autres : je suis allée voir dernièrement Marcel et Monsieur Pagnol au Grand Rex et j’ai beaucoup aimé les livres jeunesse La vie de chateau de l’Ecole des loisirs adapté en film.

Ce film fait partie de la sélection officielle du festival international du film d’animation d’Annecy. Compte tenu de la qualité de ce travail artisanal qui a nécessité huit ans de conception et des milliers d’heures de travail, une récompense aux Césars ne serait pas de trop !

Enfin, il est possible de découvrir le Hollywood français du dessin d’animation : cela s’appelle La Cartoucherie à Bourg-les Valence.

La Cartoucherie, Pôle de l’image Animée – La Cartoucherie, 33, rue de Chony 26500 Bourg-Lès-Valence

Du livre à l'écran

Marcel et Monsieur Pagnol : un biopic animé éblouissant dédié à un formidable conteur

C’est l’ évènement culturel de cet automne : Marcel et Monsieur Pagnol, le film d’animation signé Sylvain Chomet, le réalisateur des Triplettes de Belleville et de L’illusionniste, nominé quatre fois aux Oscars.

Le résumé du film :

A l’apogée de sa gloire, Marcel Pagnol reçoit la commande d’une rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton littéraire, dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours…

En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, lui apparaît soudain. Ainsi, ses souvenirs ressurgissent au fil des mots : l’arrivée du cinéma parlant, le premier grand studio de cinéma, son attachement aux acteurs, l’expérience de l’écriture. Le plus grand conteur de tous les temps devient alors le héros de sa propre histoire.

Nous avons vu ce film d’animation en famille en avant-première au Grand Rex cet après-midi. Marcel Pagnol est un écrivain immensément populaire, ambassadeur de la francophonie dans les écoles du monde entier un peu comme Le petit prince de Saint -Exupéry.

J’ai lu La gloire de mon père et Le chateau de ma mère qui font partie de la trilogie Souvenirs d’enfance publiés en 1957. C’est Hélène Lazareff, la patronne du magazine Elle qui a commandé à Pagnol alors dans le creux de la vague, un feuilleton de Noël sur le thème de la famille. Ce sera un succès immédiat puisque 50 000 exemplaires de cette autobiographie provençale seront vendus le mois suivant sa parution.

Le roman Le chateau de ma mère est de loin mon favori car il raconte une ascension sociale contrariée par une entorse au règlement. Le chef de famille entraine les siens à traverser de riches propriétés pour leur économiser des kilomètres de marche jusqu’à leur résidence secondaire. Il est en tort mais ses bons sentiments lui rendront justice. Je rêve de visiter un jour La bastide neuve sur les hauteurs d’Allauch un jour.

Ma critique du film d’animation Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet

Il s’agit d’un biopic chronologique et biographique qui raconte l’enfance de Marcel Pagnol vers 1900 dans le Marseille de la Belle époque jusqu’en 1974 date de la mort de l’académicien à Paris. Ce biopic animé montre aussi les doutes du créateur génial : il est devenu romancier à 61 ans quand il doutait de sa créativité.

Comme Sylvain Chomet le remarque dans le dossier de presse de son film, Pagnol est souvent juste. Il sait faire vibrer la bonne corde. Il raconte des tragédies avec des familles qui s’affrontent, des situations dures comme des filles-mères rejetées par leur famille (La fille du puisatier, la trilogie Marius-César-Fanny) ou des rivalités de village qui mènent à la mort (Jean de Florette et Manon des sources) .

Pagnol, l’ambassadeur de Marseille et de la Provence dans le monde entier.

C’est Laurent Laffite, acteur parisien de la Comédie française qui prête sa voix à Marcel Pagnol. A la différence des précédents films de Sylvain Chomet, la voix humaine fait son grand retour car elle a une importance dans l’oeuvre de Pagnol.

L’accent chantant méridional des clients du bar de la Marine fait pleinement partie de la carte postale même caricaturale. Jules Raimu et Fernandel font partie des amis proche de Pagnol, ils viennent tous de la même région : Marseille et Toulon, tous trois ont triomphé à Paris.

Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban, couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. Garlaban, c’est une énorme tour de roches bleues, plantée au bord du Plan de l’Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l’Huveaune.

Incippit de La Gloire de Mon père, éditions Fortunio, 1957.

Je vous recommande de visiter le site officiel de Marcel Pagnol en attendant l’ouverture de son musée en 2026 dans une ancienne usine d’électricité à Allauch !

Le château de la Buzine, 56 Trav. de la Buzine, 13011 Marseille : le chateau de la mère de Pagnol près du canal de Marseille.

La bastide neuve : 115 Chem. des Bellons, 13190 Allauch

Retrouvez ici mes précédents articles consacrées aux adaptations littéraires : du livre à l’écran mais aussi un carnet de voyages urbain consacré à Marseille.

Cinéma

Omar Sy dans le sillage de Hugh Grant pour jouer un French lover le 26 septembre sur Netflix – mon avis !

Fin août, j’ai emmené mon mari au cinéma pour une sortie en amoureux voir Matérialists avec Dakota Johnson, Pedro Pascal et Chris Evans.

Une jeune et ambitieuse match-makeuse new-yorkaise se retrouve dans un triangle amoureux complexe, tiraillée entre le  » match  » parfait et son ex tout sauf idéal. Grosses déception, une histoire moche et cynique, le romantisme et l’altruisme avaient pris leurs jambes à leurs cous.

Nous sommes sortis du cinéma écœurés et désorientés : pourquoi en 2025, les cinéastes n’arrivent plus à proposer des belles comédies romantiques comme Coup de foudre à Nothing Hill, Hitch ou encore The holiday ?

Le romantisme c’est le pari de la nouvelle comédie Netflix : French lover avec Omar Sy et Sara Giraudeau, réalisée par Nina Rives associée à Hugo Gélin, le scénariste de Mon inconnue . Et nous on a très envie d’y croire.

Le résumé :

Abel Camara est la grande star du moment. Alors lorsque Marion, l’incarnation parfaite de la « Girl next door » lui rend un service un jour, aucun des deux ne soupçonne que c’est le début d’une grande histoire d’amour.

Contre toute attente, j’ai beaucoup aimé cette comédie romantique. Honnêtement, j’étais très sceptique car très souvent des comédies françaises prometteuses me déçoivent au bout de quinze minutes exception faite de L’arnacoeur avec Romain Duris et Vanessa Paradis en 2010.

La scène d’ouverture est très drôle car Abel joue dans une publicité très caricaturale, torse nu pour un déodorant qui s’appelle French lover. On se croirait dans le clip de Stromae : Mon amour qui parodie La villa des cœurs brisés. J’ai beaucoup aimé cette auto-dérision très française.

French lover : un amour moderne

Le thème de ce film est vraiment exactement le même que Coup de foudre à Nothing Hill en 1999 : comment trouver l’équilibre dans un couple quand la notoriété s’en mêle. Mais les deux films sont aussi intéressants l’un que l’autre car ils montrent deux cultures différentes. Contrairement aux tabloïds anglais, les paparazzis français sont pénibles mais beaucoup plus encadrés par la loi.

Droits réservés Netflix

J’ai trouvé que l’ensemble des acteurs principaux et des seconds rôles étaient très bons chacun dans leur partition. A l’exception de l’ancien petit ami et la sœur de Marion aussi antipathiques que caricaturaux.

La réussite de cette comédie repose sur la solide expérience de cinéma d’Omar Sy, Sara Giraudeau, Alban Ivanov et Pascale Arbillot qui devient de plus en plus incontournable au cinéma. J’avais beaucoup aimé son jeu dans le film Souriez pour la photo en 2022. Revenons à nos amoureux : Abel et Marion !

Ils ont quarante ans et leur vie sentimentale est un champ de ruines. Abel est en proie à des addictions et à une rude concurrence avec un autre acteur en vogue : Louis Latour joué par Alexandre Kominek.

Droits réservés Netflix

Malgré sa voiture décapotable, ses beaux costumes griffés, son sourire ravageur et son rire inégalable, il va avoir du mal à séduire Marion. Elle va vite s’apercevoir de ses failles et s’énervera rapidement de ses caprices de star immature. Le garçon a du mal à se débrouiller pour faire la cuisine ou gérer une fuite d’eau dans sa salle de bain.

C’est toujours son agente Camille qui prend tous les aspects de sa vie en main y compris sa vie sentimentale.

Droits réservés Netflix

Grâce à Marion, Abel va arriver à s’émanciper peu à peu sans couper les ponts avec ceux qui l’ont fait briller par le passé… Omar Sy porte une grande part du film sur ses épaules et il est brillant.

J’avais déjà cerné son potentiel romantique à travers son couple chien/chat avec Ludivine Sagnier, la mère de son fils Raoul dans la série Netflix Lupin.

French lover est un film très réussi aussi car il résonne aussi dans la vie personnelle d’Omar Sy, il est marié depuis vingt ans à Hélène avec qui il forme un couple inter-culturel, il a reçu un César historique en 2012 pour son rôle de Driss dans Intouchables…

En résumé, French lover n’est pas du tout une pâle copie de Coup de foudre à Nothing Hill. Cette comédie parle aussi du décalage dans un couple quand un est ultra médiatisé et que l’autre est totalement inconnu du grand public. Mais le propos est différent mais tout aussi intéressant.

Cependant, je regrette que dans cette comédie très contemporaine, le couple se parle de manière agressive quand ils se disputent. Je pense que c’est typiquement français et il y a de quoi se questionner sur ce mauvais travers !

Ne pas banaliser l’amour-haine dans les comédies romantiques

D’ailleurs, c’est bien ce qui m’a particulièrement énervée dans les derniers épisodes de ma série fétiche HPI sur TF1. En toute transparence, je regarde cette série bien plus pour le romantisme du couple Keradec-Morgane que pour les enquêtes policières.

A l’heure où les relations toxiques et les violences conjugales sont heureusement dénoncées, je considère qu’il est de la responsabilité des scénaristes de mettre de l’amour courtois dans les dialogues entre hommes et femmes. Il est irresponsable de valoriser cette forme d’amour -haine dans les comédies romantiques. Voila c’est dit !

Ce matin, j’ai écouté un très beau podcast avec un couple qui a failli se louper, interviewé par le talentueux Jonathan Langlois pour Les lueurs sur Youtube.

Et comme nous avons tous besoin de lire aussi de belles histoires d’amour, voici l’une de mes dernières chroniques consacrée au roman Rendez-vous ici de David Nicholls !

Cinéma·Du livre à l'écran

Toutes ces adaptations de romans au cinéma que j’ai aimé pour rendre hommage à Robert Redford

Robert Redford, acteur américain bien aimé de son public français, s’est éteint le 16 septembre 2025 à l’âge de 89 ans dans ses montagnes de l’Utah.

Je me souviens que ma grand-mère Annette avait mis une affiche de cinéma qui couvrait tout le mur dans son escalier : Out of Africa de Sydney Pollack (1985) avec Meryl Streep et Robert Redford. C’est l’adaptation ciné du roman mythique Une ferme africaine de Karen Blixen. Je sais que Robert Redford etait l’un de ses acteurs préférés.

Son mari (mon grand-père) aimait tout particulièrement Et au milieu coule une rivière avec Brad Pitt réalisé par Robert Redford en 1992. C’est également une adaptation d’un roman : deux frères du Montana qui ont une éducation très stricte au début du 20eme siècle et qui sont passionnés de chasse à la mouche. Comme Papy était un passionné de chasse à la mouche, ce film avait ses faveurs et la télévision française l’a rediffusé quelques fois.

John Kelly/Getty Images

J’ai listé trois films que j’ai particulièrement aimé pour rendre hommage à Robert Redford. Ce sont tous des adaptations de romans au cinéma : du livre à l’écran. Et ils ont été partagés en famille devant notre télévision. C’est assez rare de tels films aussi fédérateurs.

L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (1998) réalisé par Robert Redford à partir du roman éponyme de Nicholas Evans.

J’ai vu ce film au cinéma avec mes parents quand j’avais onze ans. Le début du film avec l’accident de la route, la mort de la meilleure amie, l’amputation de l’ado et le cheval qui devient fou, comme je suis émotive, cela m’avait quelque peu traumatisée. Mais c’est un film marquant avec un beau message.

Le combat de cette maman, bourgeoise new-yorkaise, qui fait des pieds et des mains pour redonner goût à la vie à sa fille et à son cheval m’a beaucoup plu. Il est indéniable que ce film m’a fait aimer le continent américain : il se déroule dans le Montana car il montre les contrastes géographiques et sociologiques entre les différents Etats. Robert Redford porte le film, il met en lumière le rôle des chuchoteurs qui conjuguent des compétences d’éthologie et d’équitation. Un beau film qui réconcilie l’Homme et l’animal.

Promenons-nous dans les bois adapté du récit autobiographique de Bill Bryson en 2015

C’est une comédie basée sur l’amitié entre deux retraités qui ont parcouru l’Europe ensemble dans leur jeunesse. Ils décident de se lancer dans une randonnée ardue de 3500 kms : le sentier des Appalaches qui relie la Géorgie au Maine. Leur condition physique n’est pas au top mais cette aventure rocambolesque va leur permettre de consolider leur amitié.

Ce film, c’est mon mari qui me l’a fait découvrir. Je l’ai regardé car il est assez fidèle à la personnalité de Robert Redford qui a été un militant écologiste mondialement connu pour son engagement également. J’ai un vrai problème avec la culture américaine très citadine et matérialiste qui montre son argent et démontre son statut social à travers le cinéma. Ainsi la personnalité de Robert Redford m’a bien plu car il était cohérent avec ses rôles : il a fondé un festival de cinéma indépendant à Sundance dans l’Utah et il était très critique face aux sirènes trompeuses d’Hollywood.

Et enfin, un de mes films favoris : Nos âmes la nuit avec Jane Fonda, adapté du roman de Kent Haruf sur Netflix en 2017.

Cette fois-ci, c’est moi qui ai fait découvrir un nouveau film avec Robert Redford à mes parents. C’est l’histoire de deux veufs qui décident de dormir ensemble la nuit pour rompre leur solitude dans une petite ville du Colorado. Cette intimité du lit sans pourtant passer à la casserole va faire sacrément jaser leur entourage.

Ce film m’a fait beaucoup réfléchir sur la manière dont la société française considérait les personnes âgées et j’en ai même profité pour écrire un article sur le jeunisme. Il s’appelle Bannir Ok boomer de notre vocabulaire. A Hollywood, des acteurs comme Robert Redford ou Jane Fonda ne sont pas mis au placard à cause de leur âge, on les valorise. Alors qu’en France, on aurait tendance à les stigmatiser, la sexualité du 3eme âge est taboue. On ressent une tendresse pour ce couple de cinéma car il se trouve qu’ils avaient déja joué un couple cinquante ans auparavant dans le film Pieds nus dans le parc en 1967.

Je vous invite à lire la nécrologie de Robert Redford dans le quotidien Le Monde, spécialiste du domaine. En 2019, il avait reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Kad Merad, le maître de cérémonie avait fait une boutade comme quoi c’était la plus belle gueule du cinéma.

Cet acteur charismatique n’avait pas seulement un physique, il avait aussi un message qui a touché des générations d’amoureux du cinéma.

Retrouvez-ici les précédents hommages du blog aux acteurs de cinéma

-Hommage à Belmondo : La Bébel mania ou cette nostalgie de la France qui allait bien

-Quand je te reverrais- je acteur merveilleux : hommage à Michel Blanc