
Comme ma fille de sept ans est un public exigeant qui exprime rapidement son ennui quand l’exposition est terne et monotone, je lui choisi les rétrospectives de peintres les plus colorées, aux formes simples et accessibles aux enfants.
En août 2025, elle s’était régalée à photographier sous toutes les coutures les arbres et autres paysages du regretté David Hockney à la fondation Louis Vuitton.
Donc, nous ne pouvions pas passer à côté de l’exposition Matisse 1941-1954, au Grand Palais. Henri Matisse, est l’inventeur du fauvisme, une avant-garde artistique qui a révolutionné l’art avec ses couleurs denses et ses formes les plus simples et les plus expressives. Il a considérablement simplifié la peinture au tournant du 20eme siècle.
Cette vaste exposition s’attache à souligner les dernières années de sa longue œuvre, marquée à la fin par la maladie. Même diminué dans un fauteuil roulant, il découpait des papiers dans son lit pour créer.
Je me demande même si sa maladie et donc sa convalescence forcée ne l’auraient pas rendu encore plus inventif entre 1941 et 1954. Cette exposition au Grand palais le démontre.
Henri Matisse fut un peintre et sculpteur, né en 1869 au Cateau-Cambrésis. Il va rapidement poser ses valises au Sud de la France, terre d’inspiration pour bon nombre de ses tableaux.
Matisse est bien moins flamboyant et tapageur que ses contemporains : Picasso et Dali qui ont aussi initié des avants-gardes artistiques.
J’ai ainsi découvert sa biographie personnelle : une vie de famille stable avec des enfants résistants qui ont beaucoup souffert durant la second guerre mondiale : sa fille Marguerite a été défigurée lors d’un interrogatoire cruel et barbare.

J’ai listé cinq œuvres majeures qui m’ont vraiment éblouie dans l’œuvre de Matisse :
La danse peinte en 1910 pour un collectionneur russe se trouve au musée de l’Ermitage.
Il s’agit d’une ronde à la fois très simple et très sophistiquée. C’est le contraste entre le fond bleu et les corps d’hommes et de femmes ocres qui créent la profondeur de la composition. Cette œuvre me laisse sans voix tellement elle est géniale et audacieuse. C’est l’une des peintures les plus caractéristiques du fauvisme.
D’ailleurs, elle a inspiré la couverture de la BD, Matisse, le rêve absolu.
Julie Birmant a d’ailleurs scénarisé chacune des BD ci-dessous avec le dessinateur Clément Oubrerie, qui vient de décéder. Je vous recommande cette série de BD sur les avant-gardes dont fait bien évidemment partie Matisse.



D’ailleurs, il n’y a pas que la BD qui met à l’honneur Matisse puisque les éditions Albin Michel ont choisi des tableaux de Matisse pour illustrer les couvertures de leurs romans de la rentrée littéraire 2026.
Exposition Matisse 1941-1954 : Un voyage coloré
La salle circulaire qui contient les collages très colorés de sa revue Jazz dont le célébrissime Icare est époustouflante : c’est le point d’orgue de cette exposition. Je pense que cette exposition touche autant les spectateurs à cause de sa chronologie.
La France est occupée par les nazis, il y a des rafles d’innocents partout dans le pays y compris dans la famille de Matisse. Le monsieur est âgé, bien malade et donc diminué et pourtant il crée avec ardeur et détermination des oeuvres très colorées. Matisse, c’est le peintre du bonheur et de la résilience.
Le tableau La gerbe daté de 1953, des feuilles de papiers gouachées toutes simples et très colorées se détachent sur un fond blanc. On dirait un collage fait par un enfant de moyenne section. Et pourtant ce grand tableau de 3m x 3m50 vous cueille d’émotion par sa beauté et sa simplicité.
« Le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur. Il ne s’agit pour moi que d’une simplification. Au lieu de dessiner le contour et d’y installer la couleur – l’un modifiant l’autre –, je dessine directement dans la couleur. » Henri Matisse
Les feuilles de couleurs découpées de Matisse ont inspiré des robes d’Yves Saint-Laurent. Cela m’a rappelé de vieux souvenirs d’enfance : un logiciel de jeu éducatif sur la mode qui s’appelait Jeune styliste d’Ubisoft et un cahier de coloriages dédié à Yves Saint-Laurent, publié par Glénat.
Une exposition croisée entre les univers artistiques de YSL et Matisse a d’ailleurs lieu au musée Matisse à Nice.


Un autre grand format : La tristesse du roi, réalisé en 1952 dégage une véritable poésie avec cet assemblage de formes et de couleurs à la fois simple et très efficace. Henri Matisse est sans nulle doute le peintre du 20eme siècle le plus accessible pour les jeunes enfants. Il émeut les plus vieux également.
Je vous recommande le livret-jeux pour enfants conçu par la Réunion des musées nationaux qui permet un parcours de visite exceptionnel.
J’ai été également très surprise d’être autant émue par les vitraux et les vêtements sacerdotaux de la chapelle du Rosaire de Vence. Henri Matisse fut un laïc qui s’est lié d’amitié avec Monique Bourgeois, son infirmière qui va se retirer dans un couvent et ainsi inspirer le maître dans son dernier grand projet artistique.

Matisse, Plein soleil, textes et dessins de Stéphane Manel, Arte éditions/Seghers, 23€
Transmettre à ses enfants des connaissances en histoire de l’art pour former un jour son propre goût artistique.
Je suis ressortie de cette exposition, détendue, avec le sentiment joyeux d’avoir pu partager avec ma fille un moment privilégié autour de la beauté des collages et les dessins de Matisse, comme ma mère l’avait fait avec moi, il y a des années.
Pour moi, l’histoire de l’art est étroitement liée à la transmission des goûts artistiques de nos parents. Je me suis quand même renseignée si ma fille avait apprécié de venir voir une exposition de cette ampleur avec moi : la réponse a été oui.
Ces expositions que j’ai aimé visiter en famille à Paris :


