Cinéma·Musique

Moi qui t’aimais, analyse d’une histoire d’amour sous le feu des projecteurs : le couple Signoret/Montand iconique dans les années 1950.

Il serait dommage de passer à coté de ce film Moi qui t’aimais de Diane Kurys. Il raconte l’histoire d’amour vieillissante entre Simone Signoret (Marina Foïs) et Yves Montand (Roschdy Zem), sorti en salles en octobre 2025.

Ce n’est pas un biopic de deux légendes mais le récit intime d’une histoire d’amour douloureuse mais qui tient, malgré les phrases vachardes et les infidélités.

Le film se déroule dans les années 1970 quand le cinéma français a un peu tourné le dos à Simone Signoret alors que Montand multiplie tournages et tours de chant. Elle écrit ses mémoires à cette période pour raconter son engagement international au parti communiste français et les désillusions politiques que le couple Montand connaîtra en URSS dans les années 1950.

Je n’ai vu aucun de ses films en entier mais j’ai dévoré la biographie de Signoret car elle est une des actrices les plus talentueuses des années 1950-1960, reconnue par les plus grandes récompenses du cinéma mondial.

Et surtout, elle formait un couple mythique avec Yves Montand, l’un des plus grands chanteurs et acteurs du patrimoine culturel français.

Simone Signoret a été d’une beauté éblouissante dans sa jeunesse, elle a gagné l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 et pourtant elle se morfond chez elle dans son lit en s’étourdissant dans les volutes de cigarettes et les verres d’alcool. Le film de Diane Kurys égratigne un peu Yves Montand et pourtant c’est elle, Signoret, que je ne comprends pas.

Le couple Montand/Signoret ne vieillit pas pareil et les remarques sont cruelles.

Autant lui peut se montrer rustre et jaloux de sa femme quand elle reçoit un César pour son rôle emblématique de Madame Rosa dans La vie devant soi en 1978, mais Yves Montand croit en son talent et celui de sa femme alors qu’elle tombe dans une dépression sans fond.

J’ai ressenti de la compassion pour elle quand elle souffre terriblement de son déclin physique, son visage bouffi par l’alcool et sa vue qui décline. La fameuse phrase sans doute prononcée par son mari Yves Montand ne lui laisse aucune chance de se relever de ses blessures d’âme : «C’était facile de coucher avec Casque d’or, moins de se réveiller avec Madame Rosa

La dignité de Simone Signoret qui a défendu Marilyn Monroe même quand elle lui vole son mari.

J’ai beaucoup aimé le début du film très original où l’on voit les deux acteurs principaux qui passent à la table de maquillage pour investir leurs personnages. C’est saisissant comme Marina Foïs ressemble à Signoret et ses yeux de chat grâce à un subtil trait d’eye liner bien dessiné. La scène suivante montre une interview de Simone Signoret et de son mari pas très naturelle où l’on questionne le couple sur son actualité : Montand tourne avec Marilyn Monroe Le milliardaire en 1960.

Le journaliste demande si Marilyn n’est pas trop capricieuse (la question con bien misogyne) et Simone Signoret qui est aussi jolie que Marilyn la défend. Elle continuera à la défendre quand Marilyn séduira son mari et que cette infidélité sera reprise par les journaux du monde entier.

Film Moi qui t’aimais. Copyright David Koskas/New Light Films

Tout au long du film Moi qui t’aimais, on sent que Simone Signoret se compare à Marilyn, la star hollywoodienne morte toute seule dans son lit à 36 ans en août 1962. Il se trouve que j’ai visité récemment la rétrospective consacrée à Marilyn Monroe à la Cinémathèque française.

Je me rend compte que c’est difficile d’être une actrice car il faut s’affranchir du regard des autres surtout quand le corps vieillit, personne ne leur fait de cadeaux.

Moi qui t’aimais était un beau film qui m’a donné matière à réflexion sur la confiance en soi qui est une denrée rare à chérir absolument. Est-ce que c’est plus facile pour les hommes ? Je me pose la question.

J’aime éperdument les biopics surtout ceux dédiés aux chanteurs comme Ray, Clo-Clo, Monsieur Aznavour ou encore Aline qui rend hommage à Céline Dion.

Comme mes grands-parents, Annette et Jean, j’ai une vraie tendresse pour les chansons d’Yves Montand. J’aime beaucoup sa voix, les paroles de ses chansons racontent un Paris d’autrefois dont je suis nostalgique même si je ne l’ai jamais connu.

Montand et Signoret sont nés la même année : 1921 mais ils viennent de milieux très différents. Simone Signoret est issue d’une famille juive bourgeoise, elle était la camarade de Corinne Luchaire, mais aussi l’élève de Lucie Aubrac au lycée. Elle vient d’un milieu privilégié parisien alors qu’Yves Montand est un immigré italien dont la famille très pauvre s’est installée à Marseille pour fuir le fascisme.

Yves Montand deviendra l’amant d’Edith Piaf qui le prendra sous son aile dans les années 1940 mais son talent fera rapidement de l’ombre à La môme. Montand va connaître une ascension sociale fulgurante en se liant d’amitié avec Jacques Prévert, le grand poète français, l’auteur des Feuilles mortes en 1949. D’ailleurs, le titre du film Moi qui t’aimais est un extrait de cette chanson emblématique :

C’est une chanson qui nous ressemble.
Toi, tu m’aimais et je t’aimais
Et nous vivions tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

Il y a deux scènes du film très touchantes où Simone Signoret voit répéter Yves Montand pour son tour de chant alors qu’il n’est plus aussi alerte qu’antan pour danser avec des claquettes.

Elle ne se rend pas à l’Olympia alors qu’il chante à guichets fermés, mais on sent toute l’admiration et l’amour qu’elle lui porte en l’écoutant à la radio sur son lit. Elle se terre chez elle dans sa maison de campagne à Autheuil car elle se déteste et se détruit à petits feux.

Quelle carrière pour Yves Montand aussi bien acteur que chanteur, engagé politiquement sur tous les fronts : il défendra les réfugiés chiliens face à la dictature de Pinochet et deviendra l’ami de Coluche.

Il s’était éloigné du music-hall à partir de 1963 à cause de tornade Johnny Hallyday qui monopolisait la scène française. Mais il triomphera à de nombreuses reprises à l’Olympia avec des chansons iconiques : A Paris, C’est si bon, A bicyclette en 1968.

Yves Montand magistral dans le rôle du Papet, personnage de Pagnol.

C’est rare un tel artiste qui excelle au cinéma mais aussi dans le domaine de la chanson, la danse… Yves Montand a joué dans trente-neuf films dont le fameux La folie des grandeurs avec Louis de Funès. Mais aussi son rôle emblématique du Papet de Pagnol dans le dyptique tragique Jean de Florette et Manon des sources réalisé par Claude Berri avec Daniel Auteuil et Emmanuelle Béart dans les rôles d’Ugolin et Manon.

Yves Montand y est particulièrement méchant et odieux dans ce rôle taillé pour lui. Ses mauvais sentiments vont se retourner contre lui dans les dernières années de sa vie. La détresse de César Soubeyran quand il découvre la vérité est l’un des grands moments de cette tragédie comme Pagnol sait les écrire. Yves Montand a su capter la noirceur de ce personnage.

Il tourne ces deux films très importants de sa carrière en 1985 et 1986. Entre temps, sa femme Simone Signoret meurt d’un cancer généralisé qu’elle lui avait longtemps dissimulé comme il tournait en Provence. Elle avait 64 ans.

Depuis quelques années, Yves Montand entretenait une relation cachée avec une jeune femme beaucoup plus jeune que lui qui lui donnera son premier enfant à 67 ans. Il décède d’une crise cardiaque sur le tournage d’un film en 1991 à l’âge de 70 ans. C’était à la fois un chanteur, un danseur et un acteur : un artiste engagé politiquement.

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Hommage à Belmondo, la Bébelmania ou la France où tout allait bien.

Cinéma·Expos

Rétrospective Marilyn Monroe à la Cinémathèque, l’artiste derrière l’image

La Cinémathèque française organise une grande rétrospective dédiée à Marilyn Monroe pour fêter le centenaire de sa naissance le 1er juin 1926. On pourrait se dire, encore une exposition dédiée à Marilyn Monroe comme c’est original ?.

Et bien oui ! cette exposition orchestrée par Florence Tissot, commissaire d’exposition de la Cinémathèque s’applique courageusement à dénoncer l’instrumentalisation du glamour par les studios de Hollywood. Dominé par des hommes au regard souvent libidineux, cette industrie du cinéma considérait les actrices comme des produits de consommation : les pin-up et non des personnes à considérer. Marilyn Monroe en est l’exemple le plus frappant.

Célébrer la star, exposer l’actrice

L’exposition s’ouvre sur ses photos de jeunesse avec son petit visage juvénile. Norma Jean Baker est née en Californie la même année que la reine Elisabeth en juin 1926. De père inconnu avec une maman fragile mentalement, elle vit de foyers d’accueil en foyers d’accueil avec ce fameux trouble de l’ attachement qui la fera souffrir toute sa vie.

En 1945, elle divorce de son premier mari qu’elle a épousé de manière très précoce et elle quitte sa condition d’ouvrière. En 1946, elle signe son premier contrat de mannequin avec la Fox qui en fera une petite starlette dont les hommes punaisent les posters comme Joan Harlow, Rita Hayworth avant elle : ce sont les fameuses pin-up.

Une beauté très normée par les hommes où l’on met en rivalité les actrices : la blonde, la rousse…

Sa transformation physique ne se fait pas sans douleur. Cette énorme machine à permanente exposée judicieusement pourrait s’apparenter à un outil de torture, on demandait aux jeunes femmes de se faire replanter la racine des cheveux ou on leur fracturait volontairement la mâchoire selon des critères de beauté très normés.

Ne manquez pas l’extrait vidéo où Jane Fonda et Kim Novak toutes jeunes à l’époque racontent comment on a instrumentalisé leur beauté naturelle pour en faire des poupées. S’en suit un extrait de la série Madmen, datée de 2006, totalement édifiant…

La série se déroule dans une agence publicitaire à New-York où les hommes classent le physique des femmes qui travaillent avec eux comme des Jackie ou bien des Marilyn. Ils aiment bien les seins en forme d’obus.

J’utilise volontairement cette métaphore à l’artillerie lourde car l’armée aura une grande incidence pour la notoriété à vitesse grand V de Marilyn. En 1954, en plein voyage de noces avec Joe di Maggio (il devait être content, le pauvre), elle se rend en Corée pour remonter le moral des troupes américaines en chantant ses meilleurs tubes devant des milliers de soldats dont Diamonds are a girl’s best friend.

C’est un standard de jazz américain issu du film musical Les hommes préfèrent les blondes dans lequel jouait Marilyn en 1953. L’Histoire retiendra sa célèbre robe rose avec des diamants Tiffany’s ou Harry Winston. Par la suite, elle sera reprise par Madonna avec son iconique clip Material girl en 1985 ou encore Nicole Kidman qui jouera la courtisane Satine dans le film Moulin rouge en 2001.

Une amitié avec Ella Fitzgerald fondée sur la solidarité féminine.

Marilyn a tous les talents car elle est aussi chanteuse. Elle deviendra l’amie d‘Ella Fitzgerald, une légende de la musique jazz noire-américaine dont ma grand-mère Annette m’a rabattu les oreilles pendant des années tellement elle la trouvait talentueuse. Malheureusement, la voix d’Ella n’est pas reconnue à sa juste valeur, elle souffre du racisme et de la misogynie des directeurs de cabarets. Ils la boycottent à cause de son poids et de sa couleur de peau.

Marilyn Monroe qui était tout sauf une blonde idiote prit son téléphone pour leur proposer un arrangement avantageux : elle leur offre sa notoriété en assistant aux concerts au premier rang. Cette belle anecdote de solidarité féminine est décrite dans le beau roman que je suis en train de lire Marilyn et Ella,éditions Harper collins.

Pourquoi j’ai de l’affection pour Marilyn Monroe

Mon premier souvenir de Marilyn Monroe remonte à mes dix ans, en cours de gravure à l’école des Beaux-arts de Valence. J’ai découvert son visage lors d’une initiation au pop art d’Andy Warhol et à la technique de la sérigraphie. Puis dans mon adolescence, j’ai collectionné les produits dérivés de l’icône Marilyn, en particulier un sac à main avec une photographie en noir et blanc de l’actrice que j’avais acheté à Magic system, un magasin de vêtements à la mode à Valence.

Je connais un peu sa filmographie mais j’étais incollable sur ses photographies et ses robes, j’avais l’impression de retrouver de vieux souvenirs. La scénographie du lieu est très réussie : les rideaux rose poudré associés à la moquette dans certaines pièces pour créer une ambiance d’alcôve féminine avec ses photos et ses objets fétiches comme une bouteille de parfum Chanel n°5.

Je me suis attachée à elle car je la trouve marrante avec ses mimiques, c’est une bonne actrice de comédie.

Elle me touche beaucoup dans ses photographies où elle arbore un look sage de new-yorkaise branchée. On aurait tellement envie qu’elle s’en sorte.

Malheureusement, malgré la notoriété et l’argent qui coulait à flots, l’histoire de cette légende du cinéma va se finir tragiquement : un suicide sans doute lié à la pression de vilains bonhommes louches du clan Kennedy.

Oui les mêmes que ceux qui étaient encensés dans la biographie historique La cuisinière des Kennedy, éditions Les escales. Comme quoi, on peut être adorable avec sa cuisinière française qui prépare des bons petits plats et les plus gros mufles du monde avec une maîtresse que l’on se partage.

La société américaine dans son ensemble était totalement schizophrénique dans les années 1950 : très puritaine mais totalement obsédée par la sexualité après la seconde guerre mondiale. C’est très bien expliqué dans le roman historique Donut girl de Lauriane Bordenave que je viens de lire, éditions Les escales.

Portrait de Marilyn Monroe par Richard Avedon,

Les actrices victimes du male gaze : le regard libidineux voire lubrique des hommes qui rapportent des sommes astronomiques aux médias et aux studios.

Cette exposition m’a fait longuement réfléchir au sujet des pièges de la beauté physique, de la starification des femmes sur leur apparence. Etre très belle ne suffit pas, c’est l’intelligence, la répartie et la confiance en soi qui permettent à une femme d’être prise au sérieux surtout dans la société patriarcale.

Dans l’Ancien testament, il est dit « Ton cœur s’est enorgueilli à cause de ta beauté. » (Ezékiel 28.17) : la beauté morale prime sur la beauté physique. Même quand ce sont de gentilles personnes avec les autres, on les cantonne à leur apparence.

J’ai beaucoup pensé à Loana Pétrucciani disparue fin mars ou encore à Brigitte Bardot ou Lady Diana qui ont de nombreux points communs avec Marilyn Monroe. Elles ont été harcelées car elles ont vécu une notoriété soudaine où l’on se permettait de faire des critiques sur leurs corps, leurs émotions. Quel lourd fardeau d’être star, il faut avoir un mental d’acier pour ne pas sombrer.

Expo Marilyn Monroe, Cinémathèque française jusqu’au 26 juillet 2026, rue de Bercy, fermeture les mardis et le 1er mai, 14 € plein tarif, 11€ tarif réduit, programmation spéciale pour la nuit des musées le 23 mai.