Romans

Les secrets de cuisine de Mrs Quinn : Une pâtisserie au bon goût de nostalgie

Comme je l’ai déja indiqué ici, je scrute avec attention les parutions de printemps de littérature française et anglo-saxonne des éditions des Escales. Cette année, j’ai lu quatre livres des Escales, tous des coups de coeur : Donut girl de Lauriane Bordenave, Le plus bel été d’Elin Hilderbrand, La splendeur des Stockton et Les secrets de cuisine de Mrs Quinn !

J’ai passé un très bon moment avec ce premier roman : Les secrets de cuisine de Mrs Quinn car il mêle différents thèmes : dans le cadre d’un concours de pâtisserie en Angleterre, une femme d’un certain âge va se confronter à ses rêves et affronter les secrets du passé avec un courage et une détermination qui l’étonneront elle-même. Assister à la mue d’un personnage principal pétri par ses peurs et ses doutes est un vrai plaisir de lecture.

« Pendant un instant, l’avenir ne lui parut plus être une destination redoutée, un lieu ne promettant que vieillesse et disparition, mais au contraire un espace porteur d’espoir et de possibles. C’était devenu un endroit qu’elle désirait connaître…« .

Le résumé :

Les secrets de cuisine de Mrs Quinn, Olivia Ford, traduit par Emmanuelle Aronson, 9782365699082, 22€50, 400 pages.

Un roman délicieux et réconfortant qui célèbre l’amour à travers le temps et qui prouve que les rêves peuvent se réaliser à tout moment.

Jenny a 77 ans, un mari aimant… et un rêve à réaliser. Passionnée de pâtisserie, elle envoie en secret sa candidature à une émission culinaire populaire. Et elle est retenue !
Devant les caméras, Jenny prend son envol. Mais le stress de la compétition réveille des souvenirs enfouis. Des biscuits au chocolat garnis de meringue italienne lui rappellent une alliance qui n’était pas la sienne, et un simple pain de campagne le moment précis où sa vie a basculé pour toujours…
Avec le passé qui s’invite dans le présent et sa célébrité grandissante, Jenny peine à contenir un secret vieux de plusieurs décennies et qui menace aujourd’hui les fondations mêmes de son mariage. En se plaçant sous les feux de la rampe, Jenny a-t-elle créé la recette d’un désastre ?

Mon avis :

J’ai voulu lire ce premier roman qui me rappelait beaucoup Julie and Julia, 2005, un film que j’affectionne énormément avec Meryl Streep, Stanley Tucci et Amy Adams. Il raconte le défi d’une blogueuse culinaire new-yorkaise qui se lance à réaliser les recettes de Julia Child, une célèbre cuisinière qui avait sa propre émission de télévision dans les années 1960 aux Etats-Unis.

J’ai trouvé de nombreuses similitudes entre Julia Child et Jenny Quinn, l’héroïne de ce roman : elles n’ont pas élevé d’enfant, leur mari dans la force de l’âge fut un soutien inconditionnel à leurs projets face à leurs doutes, et enfin elles ont toutes les deux réussi un exploit personnel qui les a transformé en tant que femmes grâce à la cuisine.

Un réseau de personnages attachants qui gravitent autour de Jenny

J’ai particulièrement aimé ce roman parce qu’il décrit avec justesse et tendresse le quotidien d’un couple âgé qui n’a pas accueilli d’enfant sous son toit. Jenny et Bernard jouent un peu le rôle de grands-parents de substitution pour les enfants de leur nièce Rose, Poppy et Max. Mais on perçoit ce décalage social avec leurs voisins Ann et Fred qui ont leur âge et de nombreux petits-enfants.

Ce couple de voisins est savoureux à lire dans ses maladresses et surtout les reparties de la voisine Ann. Elle est pleine de bonne volonté mais elle manque parfois de tact avec Jenny et on sent une forme de comparaison entre les deux femmes, fort intéressante à cerner pour comprendre les richesses et les lacunes humaines.

Jenny va également rencontrer des personnes marquantes lors du concours de pâtisserie, Carys, la productrice de l’émission qui va avoir un coup de coeur pour elle et surtout Azeez, l’un de ses concurrents du concours qui est bien plus jeune qu’elle et qui va aider Jenny à « accoucher » d’un secret qui la tourmente depuis plus de cinquante ans.

Des recettes de pâtisseries qui convoquent des souvenirs du passé.

Les secrets de Mrs Quinn, c’est un gros pavé de 400 pages comme je les affectionne. La narration se structure en trente-quatre chapitres qui portent le titre d’une recette de cuisine. Chaque recette de cuisine rappelle un souvenir de Jenny plus ou moins récent, heureux ou malheureux. Tout au long du roman, on observe à chaque chapitre une alternance entre le passé de Jenny signifié en italique au début du chapitre puis sa vie quotidienne pendant sa participation au concours Passion pâtisserie.

Ce procédé est particulièrement efficace surtout pour un premier roman. Olivia Ford est une productrice de télévision qui habite à Londres, elle a su décrire avec brio un environnement familier pour elle : le concours de pâtisserie, de la télé-réalité bienveillante et familiale décliné dans tous les pays. On s’attendrait même à voir surgir Mercotte et Cyril Lignac, de l’émission Le meilleur pâtissier sur M6.

Les secrets de Mrs Quinn est un excellent feel good roman car il raconte l’intimité affective d’un couple âgé, à l’automne de sa vie.

La douceur des pâtisseries, le meilleur des remèdes face aux traumatismes du passé.

Jenny a perdu sa mère jeune et elle a dû supporter le caractère difficile de sa tante qui s’est occupée d’elle en essayant de remplacer sa mère de façon très maladroite : elle portait même l’un des cardigans de la défunte. Jenny travaillait dans un boutique alors qu’elle était au lycée et elle est tombée sous le charme d’un beau parleur qui l’a mené tout droit à la chambre à coucher alors qu’il était marié.

La manière dont il accueille la nouvelle de sa grossesse surprise est écœurante : il lui fait bien comprendre qu’elle a fait une sacrée erreur tout en la laissant lâchement tomber.

Jenny va se retrouver dans un pensionnat pour filles-mères totalement inhospitalier quelques mois le temps de préparer le trousseau pour son futur bébé et d’y accoucher sans aucun accompagnement humain de la part du personnel de ce pensionnat. Pire, on évitait de soulager leur douleur quand il était possible de le faire comme pour les « punir » de leur « faute ». Personne ne cherchait à blâmer celui qui était aussi à l’origine d’une naissance et qui n’avait pas assumé ses responsabilités. Olivia Ford a mis en lumière avec ce roman la situation de 185 000 filles mères qui vécurent ce traumatisme en Angleterre et au Pays de Galles entre 1949 et 1976.

Enfin, j’ai passé un excellent moment de lecture cet été grâce à ce beau roman qui m’a un peu réconciliée avec la télé-réalité quand elle prône de bons sentiments conviviaux. Il s’agit d’un très beau portrait de femme et plus largement d’une belle vision de l’amour quand le couple vieillit ensemble après cinquante ans de mariage.

« Je dirais que ma véritable réussite, c’est mon union avec mon mari Bernard – nous célébrons cette année nos noces de diamant et je l’aime de tout mon cœur. Cependant, alors qu’il s’achemine dignement vers le crépuscule de sa vie, j’ai commencé à me demander ce que j’avais accompli. Quand l’heure sonnera, que laisserai-je derrière moi sur cette terre ? Rien, sinon peut-être quelques recettes dans le placard de ma cuisine « .

Extrait du livre Les secrets de cuisine de Mrs Quinn.

Une liste de tous les romans et les films que j’aime qui se déroulent en Angleterre :

La dernière conquête du major Pettigrew, tomber amoureux à n’importe quel âge

Rendez-vous ici, comment une randonnée boueuse fait éclore une histoire d’amour.

Romans

J’ai lu Les magnolias de Myrtle Lane : deuil, introspection et secrets de famille.

Cette semaine, j’ai lu le premier roman de Cat Shook, Les magnolias de Myrtle Lane. J’aime énormément les romans des éditions Les escales : Hôtel Nantucket d’Elin Hilderbrand ou encore La cuisinière des Kennedy que j’ai lu en juin. Je les remercie pour l’envoi de ce service de presse.

Les magnolias de Myrtle Lane, écrit par Cat Shook, éditions Les escales,368 pages, parution le 6 juin 2024, 22€

C’est un roman très contemporain qui raconte une famille américaine avec ses forces et ses failles. Les enfants et les petits-enfants du couple Williams se réunissent autour d’Ellen, la veuve de Gerry. Il vient de mourir après soixante ans de mariage à ses côtés. Ils vivaient dans une ville de Géorgie : Eulalia où tout le monde se connaît.

Pendant une semaine mouvementée, chaque membre de la famille va faire sa propre introspection sur ses souvenirs et la manière dont ils veulent mener leur vie après ce moment de deuil. Il faut dire que l’enterrement du grand-père a été assez explosif. Son meilleur ami de toujours Fred a fait une révélation fracassante lors de l’éloge funèbre…

Mon avis :

J’ai failli abandonner ce roman au bout d’une centaine de pages. L’histoire était intéressante mais pas passionnante. Et surtout je n’arrivais pas à mémoriser les liens de parenté entre les personnages et à les différencier. Puis la romancière a mieux développé le personnage de la grand-mère qui devient veuve et les tourments que ce changement majeur dans sa vie aller provoquer.

Cela m’ a fait penser aux personnages de Nos âmes la nuit, un roman que j’ai aimé passionnément. Alors, cette profondeur psychologique m’a tenue en haleine pour finir le roman et l’apprécier.

Je suis persuadée que cette auteure saura en écrire d’autres meilleurs par la suite. Elle vient de Géorgie, et elle s’est inspirée de sa complicité avec sa grand-mère pour écrire ce premier roman. Cat Shook a su montrer l’état d’esprit un peu étriqué de cet État du sud.

Ce roman parle de deuil mais aussi de coming out et de conformisme matériel. Certains petits-enfants ont une véritable phobie de l’engagement comme Grant ou sa cousine Alice, d’autres comme Dellia souffrent d’une rupture douloureuse à surmonter.

J’ai voulu connaître l’avis d’une autre critique littéraire : Luciole in books sur Youtube

J’ai beaucoup aimé les personnages des deux sœurs Wilma et Carol Anne, les filles d’Ellen. Il y en a une qui est raisonnable et empathique avec les autres tandis que l’autre est totalement autocentrée. Certains personnages comme JJ ou son fils Grant sont traités de manière très superficielle. Cette auteur sait mieux faire vivre de ses mots les maux féminins.

Ce roman était une bonne surprise mais pas non plus la lecture de l’année. La littérature est un art mais je ne doute pas que l’auteure va monter en puissance par la suite. Je vais suivre son actualité comme celle de Kristin Hanna, JC Sullivan, Elin Hilderbrand ou encore Kristan Higgins qui a écrit Retrouvailles à la librairie de Wellflet.

Forcément, le titre du roman m’a fait pensé à cette bleuette Netflix que je regarde avec cynisme mais fidélité : A l’ombre des magnolias. Cela se déroule aussi dans un état du Sud des Etats-Unis avec ses valeurs religieuses un peu bigotes.

Droits réservés Netflix

J’attribue à ce roman Les magnolias de Myrtle Lane la note de 3.5 sardines. C’était agréable à lire pendant l’été mais certains personnages masculins étaient vraiment traités de manière caricaturaux. Il y a eu de sacrées longueurs les cent premières pages. Mais je n’ai pas abandonné ma lecture car ensuite, la relation familiale entre des petits-enfants et leurs grands-parents a été bien mise en valeur par la littérature. C’est d’ailleurs le premier roman de l’auteure et je lui accorderai ma lecture sans souci pour un prochain roman.

Ces coups de cœur que j’ai lu cet été :

Emballée par la couverture des romans de l’été

A la table des Kennedy, Gallimard et Camus : La cuisinière des Kennedy, éditions Les escales

– Hôtel Nantucket, quand des individualités se regroupent autour d’un challenge commun, éditions Les escales