BD & romans graphiques

Séduite comme toujours par l’univers miniaturiste de Camille Jourdy qui donne voix aux cabossés de la vie.

Je suis admirative de la qualité éditoriale des livres illustrés d’Actes Sud. Après avoir chroniqué avec joie le recueil de portraits photographiques Bonheur de la journaliste du Monde Stefania Rousselle le mois dernier, j’ai dévoré le dernier roman graphique de Camille Jourdy. Sa première BD Rosalie Blum adaptée au cinéma en 2016 est l’un de mes plus beaux coups de coeur.

J’aime énormément l’univers artistique de Camille Jourdy qui dessine et peint à la peinture acrylique et aux pastels, ses planches de BD. Elle a un style et un trait unique qui donnent toute leur place aux petits détails qui font tout : l’expressivité de ses personnages, l’ambiance de la maison dans laquelle se retrouvent les membres de cette famille… L’homme de fer-blanc démontre une prouesse artistique : 240 pages réalisées à la main avec une multitude de petits détails.

C’est un roman graphique aussi riche qu’un dessin animé.

Le résumé :

Au village, on prépare la fête de l’homme de fer-blanc.
Allongée sur son lit, Billie s’ennuie. Elle joue avec les reflets d’un miroir pour aveugler son père. Elle a douze ans et voudrait bousculer ce père désinvesti de tout, mais, agacé, il l’envoie balader. Alors, Billie cherche du réconfort auprès des trois femmes de la maison en plein chambardement. Et si ça ne suffit pas, elle ira voir ailleurs…

L’Homme de fer-blanc signe le grand retour de Camille Jourdy, après Rosalie Blum et Juliette, les fantômes reviennent au printemps. L’autrice scrute une fois encore, au peigne fin, la sphère familiale pour révéler, tout en finesse et en couleur, les faux-fuyants et les subterfuges absurdes mis en place pour éviter de parler des choses qui fâchent.

L’homme de fer-blanc, dessiné et scénarisé par L’Homme de fer-blanc, éditions Actes Sud Bd, parution le 7 octobre 2026, 9782330226053, 240 pages, 28€

Mon avis :

J’ai beaucoup de mal à mettre des mots sur ce que je ressens quand je lis ses romans graphiques : il y a de la grâce dans ses dessins, une vraie subtilité pour aborder avec précaution les secrets de famille qu’ils soient douloureux ou non. Même la structuration des pages est inédite : Camille Jourdy écrit à la main ses textes, il y a des pauses dans son récit et ses dialogues puisque ses personnages font silence pour laisser toute la place aux paysages qui ont une vraie incidence sur l’histoire.

J’ai tout de suite accroché à cette histoire de maison familiale que l’on vide en famille parce que les anciens prennent de l’âge et que les lieux ne sont plus adaptés. Je pense que c’est très répandu cet attachement aux maisons. J’ai longtemps rêvé que je continuais à me rendre dans la maison de ma grand-mère vidée de tous ses meubles à coté de Rouen alors qu’elle avait été vendue à sa mort de longue date.

Les romans graphiques de Camille Jourdy sont à la croisée de plusieurs disciplines : l’anthropologie avec cette référence aux fêtes de village un peu ancestrales, la sociologie : l’histoire se passe loin des grands centres urbains, dans un village qui semble protégé de l’individualisme moderne et enfin la psychologie avec l’étude tout en finesse des relations de cette famille, où la transmission ne coule pas toujours de source mais qui est bien là tout de même.

 » L’envie d’être ensemble, de se parler et de faire des concessions« 

Samedi 31 octobre, je me suis retrouvée dans un village un peu perché dans les monts d’Ardèche, dans la vallée de l’Eyrieux, à Saint Michel de Chabrillanoux pour une rôtie de châtaignes suivie d’un bal folk. Cette idée de sortie avait été initiée par mes parents qui sont familiers des bals folks du coin.

Nous sommes arrivés en pleine représentation de l’association de théâtre locale pour un spectacle de l’absurde super réussi. Cela fait tellement de se retrouver avec d’autres générations à rire dans une salle des fêtes un soir d’automne. Les fêtes de villages ont une vraie importance dans la construction du lien social.

C’est un peu le message de Camille Jourdy en abordant cette tradition un peu mystérieuse de l’homme de fer-blanc.