Expos

Derniers jours pour visiter l’expo Art déco, France/Amérique du Nord à la Cité de l’architecture et du patrimoine

Cette expo, j’ai repéré son affiche dans le métro et le thème envoyait du rêve. J’aime beaucoup regarder la série Downtown Abbey qui se déroule entre 1912, le naufrage du Titanic et 1929, le krach boursier en Angleterre.

Cette exposition comment les années folles en France ont inspiré l’Amérique du Nord : les paquebots de luxe, la mode des robes longues, les accessoires de bureau avant l’ordinateur… C’est l’exposition marquante de cet hiver.

Elle fait suite à une autre exposition « 1925, quand l’Art Déco séduit le monde » également à la Cité du patrimoine il y a dix ans. C’est un style très moderne qui rompt avec le style nouille de la Belle époque.

Entre 1900 et 1914, c’est un âge d’or dans toute l’Europe : Marseille, Vienne, Barcelone… Puis la guerre est déclarée, c’est l’horreur dans les tranchées.

En 1918, la paix revient. La révolution industrielle du 19eme siècle prend un tournant dans les années 1920 avec son lot d’innovations. On invente le néon, le téléphone et le cinéma se démocratisent.

Ces innovations provoquent tout un tas de bouleversements sociétaux : au cinéma, dans le noir, on peut draguer sans chaperon… Les filles se coupent les cheveux à la garçonne, on découvre les tableaux de Tamara de Lempicka…

A deux avenues de la cité du patrimoine de l’architecture, se déroule l’exposition Frida Kahlo, au delà des apparences au musée Galliera, également jusqu’au 5 mars. Je vous recommande de faire les deux car elles racontent une période contemporaine mais dans un continent américain bien différent.

Frida Kahlo voue une vraie aversion aux Etats-Unis et elle va valoriser les traditions millénaires de son pays : le Mexique à travers ses robes, ses bijoux et surtout ses tableaux.

J’ai aimé l’ exposition dédiée à l’Art déco pour son culte de la modernité, elle souligne aussi l’influence déterminante de la France aux Etats Unis au début du 20eme siècle. Entre la fin du 19eme siècle et 1930, il y aura d’incessants échanges intellectuels et artistiques des deux côtés de l’Atlantique.

L’exposition s’ouvre avec la Statue de la liberté crée par Auguste Bartholdi, un sculpteur français (Cocorico) en 1886. Cette statue est l’emblème de New York au même titre que les grattes-ciels. Ce genre d’immeubles tout à fait époustouflants sont révélateurs de l’essor du style art Déco.

C’est le premier style artistique totalement industrialisé. Il est beaucoup plus sobre et épuré que l’Art nouveau de la Belle époque. Les formes se géométrisent, elles s’adaptent au règne de la machine. Les motifs sont inspirés par l’art cubiste, avant-garde dans le domaine de la peinture. Le tableau Les Demoiselles d’Avignon de Pablo Picasso a été acheté par le MOMA en 1939.

Joséphine Baker est une figure marquante de cette exposition. C’est d’ailleurs une photographie d’un de ses spectacles de music-hall qui illustre le catalogue d’exposition.

C’est une des figures historiques qui m’inspirent le plus actuellement. J’ai adoré lire sa biographique que j’avais chroniqué ici !

Voici une galerie des œuvres présentées dans l’exposition. J’ai beaucoup aimé la scénographie à la fois très sobre et très classe. On s’attends à monter dans un paquebot transatlantique avec ses espaces feutrés. Les paquebots étaient des vitrines d’exposition de l’art Déco. On pouvait les visiter quand ils faisaient une escale dans une ville…

Ce devrait être une exposition permanente car le palais de Chaillot qui abrite cette exposition est un exemple d’architecture Art déco. Le palais du Trocadéro présente une architecture d’inspiration américaine, très différente du style haussmanien dans le quartier de la Tour Eiffel.

Je vous recommande la lecture de la revue d’art jeunesse Dada qui explique l’élaboration du beffroi de Lille, le grand Rex… Cette revue a été illustrée par Alice Des, qui a conçu un atelier pour les enfants autour de l’exposition.

Droits réservés Alice Des

Je vous recommande les ressources numériques de la Cité de l’architecture et du patrimoine pour réaliser des activités DIY avec vos enfants sur le thème de l’architecture. La librairie du Moniteur a fermé ses portes il y a quelques années mais il y a un petit espace avec des tables pour que les enfants puissent colorier.

Je trouve ça juste un peu dommage ces grands espaces un peu vides pour un musée avec tant de potentiel vu son emplacement. Il y a aussi le théâtre de la Colline juste à côté. Ce coin du 16eme arrondissement est vraiment mon lieu favori avec le musée Galliéra et le musée d’art moderne. Voici le véritable triangle d’or parisien !

Le musée accueille en son sein une magnifique brasserie : Girafe avec vue imprenable sur la Tour Eiffel. Le bar à cocktails pourrait servir de lieu de tournage d’un film comme Gatsby le magnifique. Je rêverai de monter au 9eme étage pour accéder au rooftop : la suite Girafe.

Il s’agit de l’ancien appartement du conservateur des lieux. Mais l’endroit semble réservé à des privilégiés, priés de laisser la perche à selfie au vestiaire.

Pour conserver cette esthétique Art déco, j’ai passé commande auprès de ma compatriote drômoise Mapu picchu avec cette superbe banane fait main arabesques.

Retrouvez-ici mes derniers articles du blog :

-Une vie heureuse, une autobiographie lumineuse, le choix de ne pas laisser la déportation noircir la vie par Ginette Kolinka

-On a testé Tintin, l’aventure immersive en famille à l’Atelier des lumières

-Une reine, être une femme dans le mellah de Casablanca dans les années 1930.

Expos

Un chef d’œuvre dans mon frigo : La laitière de Vermeer.

Depuis que je suis enfant, j’aime les tableaux. Deux œuvres m’ont particulièrement marquée : La laitière de Vermeer et les sérigraphies de Marilyn Monroe par Andy Warhol. Puis le pop art m’a lassé, la reproduction en produits dérivés de la société de consommation, ça va bien cinq minutes !

Alors que les scènes de genre de Vermeer du 17eme siècle sont intemporelles. Je suis sûre qu’elles seront encore iconiques au siècle suivant.

Il se trouve que la semaine où j’ai commencé à rédiger cet article, Paris-Match présentait en couverture une nouvelle exposition au Rijksmuseum consacrée à Vermeer.

Les nouvelles technologies aident à percer certains secrets de peinture !

En 2017, je me suis fait un cadeau : une conférence sur l’exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre à l’auditorium du musée du Louvre.

Le prix de l’exposition était exorbitant pour douze tableaux présentés et il y a eu des couacs dans la gestion des flux de visiteurs. C’est ce que je reproche au musée du Louvre : ils organisent des expositions très mainstream avec des peintres super stars comme Vermeer puis Léonard de Vinci. Et c’est le vrai bazar logistique.

Je pense que Vermeer touche beaucoup de gens à travers les siècles car il propose une représentation faussement anodine du quotidien. Il fait poser une laitière absorbée par la préparation du pain perdu (miam ! mon péché mignon) dans une arrière cuisine très froide et sans artifices : on voit les clous fixés dans le mur de chaux.

Pourtant, tous les éléments du décor sont mis en scène de manière savante : le carreau cassé de l’arrière cuisine, le miroir de profil. Elle porte un justaucorps jaune en cuir, les manches retroussées montrent ses bras en plein travail.

J’aime beaucoup La jeune fille à la perle également mais il s’agit d’un véritable portrait, un modèle qui pose. D’ailleurs, on ne sait pas qui est cette fameuse jeune fille. Est ce que c’est une servante comme le suggère Tracy Chevalier dans son roman ou une des filles de Vermeer ?.

Il peint des servantes comme des reines. Les nymphes, déesses de la mythologie ou encore les riches aristocrates que l’on voit depuis très longtemps dans les tableaux de la Renaissance en Italie ou en France ne suscitent pas la même sympathie…

Je pense que ses tableaux parlent aux gens mieux que les nombreux portraits de riches mécènes. Ceux qui commandent les tableaux viennent des élites.

Vermeer masque les inégalités sociales par la lumière. Je suis subjuguée par l’idée que des femmes de l’aristocratie ont pu reconsidérer autrement leurs servantes à travers des tableaux de maîtres.

Le roman La jeune fille à la perle explique très bien ce changement de statut quand le maître hollandais choisit comme modèles des domestiques.

L’arrière cuisine en ville, c’est là où le degré social est le plus bas. Or Vermeer utilise une composition triangulaire comme les Vierges de Raphaël.

Il a le génie de se distancier de la ligne égrillarde, de l’image provocante des filles de cuisine, à qui on prête surement à tort une grande disponibilité sexuelle. Il monumentalise son modèle grâce à des artifices très efficaces : la lumière, la composition…

Pour moi, La laitière est carrément un tableau politique à la gloire de l’apogée économique hollandais au 17eme siècle. Vermeer a peint une figure nourricière exaltée par la grâce de la lumière.

Le pain est un symbole de la réussite des Pays-Bas alors que la France de Louis XIV connaissait alors des famines. La France était alors majoritairement rurale alors que la Hollande est plus citadine.

Mais la France voue une véritable admiration au peintre hollandais. Après une première exposition au Louvre en 1966, cette pastorale devient une star du rayon frais en 1973 avec une marque du groupe Chambourcy.

J’ai beau chercher d’autres œuvres d’art, je pense qu’il s’agit d’un fait unique dans l’histoire du marketing alimentaire. J’achète ces yaourts pour le tableau en premier !

Visiter Delft, ville européenne influente au 17eme siècle

Droits réservés Holland.com

Tout le monde vante la beauté d’Amsterdam comme étant une capitale européenne à absolument visiter. Curieusement, je suis plus attirée par une visite à Delft. Son architecture me rappelle beaucoup Bruges en Belgique…

Delft est renommée car c’était la ville de Vermeer et aussi pour sa fameuse faïence bleue, renommée dans toute l’Europe. Les Hollandais étaient leaders dans le commerce international avec des comptoirs commerciaux dans les Indes.

Je garde un vrai souvenir de la cuisine toute bleue de la maison de Claude Monet à Giverny. Je pense que la manufacture de Rouen qui les a réalisé a été inspirée par Delft.

Depuis longtemps, j’avais à coeur d’écrire cet article car La jeune fille à la perle est un de mes crush lecture. J’aime énormément comment la vie quotidienne au 17eme siècle est décrite : les servantes qui vont chercher de l’eau dans le canal pour faire le ménage…

Je vous invite à lire mes carnets de voyage urbains à Lille et Anvers. L’architecture flamande est vraiment caractéristique de l’identité européenne. J’ai hâte de visiter le beffroi d’Arras dans le Pas de Calais, les grand places sont vraiment extraordinaires et j’aime les façades de maisons avec pignons à gradins.

Pas étonnant que ce soit les images choisies pour les cartes de Noël. Si je ferme les yeux un soir de marché de Noël sur une de ces grand places, je me retrouve direct dans mon imaginaire avec le conte La petite fille aux allumettes

Expos

On a testé en famille Tintin, l’aventure immersive à l’Atelier des Lumières : toutes les générations ont aimé !

Comme ma fille grandit, je commence à avoir envie de lui faire visiter des expos à Paris. Sa première expérience : la Cité des sciences (incontournable pour les gosses) avait été concluante, je lui cherche d’autres sorties adaptées à son âge.

Depuis, il y a eu quelques ratés comme la sortie ciné de Noël : Ernest et Célestine (très impressionnant le passage du petit au grand écran) ou la non-visite à la Cité de l’architecture et du patrimoine : trop de pièces sombres, un sujet trop sérieux et historique pour une petite fille…

Avec Tintin, l’aventure immersive, j’étais sûre de mon coup. Nous avons profité de la visite de mon oncle et ma tante de Marseille pour les emmener à l’Atelier des lumières que nous visitions également pour la première fois.

Ce musée numérique se trouve entre Saint-Maur et Père Lachaise dans le 11eme arrondissement. Il s’agit d’une ancienne fonderie assez imposante qui peut accueillir entre 200 et 500 personnes pour chaque créneau horaire. Il est fortement recommandé de réserver ses billets à l’avance. On avait choisi notre horaire habituel de 10h30, un peu matinal mais on est des vieux de la vieille pour éviter les foules. A 11h30, la file d’attente s’étendait sur un pâté de maisons…

Tout est très bien organisé pour les flux de visiteurs. Il y a un vestiaire avec des casiers, des toilettes gratuites, un local surveillé pour les poussettes et un passage obligé par l’espace boutique en sortant. On a un peu l’impression de sortir en boite de nuit avec ses enfants, c’est drôle.

Quand nous sommes arrivés, j’étais un peu dépitée par le monde dans le lieu pour un dimanche matin (l’exposition se termine dimanche prochain après prolongations…). Mais rapidement, nous avons trouvé un large plot industriel pour pouvoir s’asseoir confortablement tous les cinq, de nombreux parents et enfants étaient assis par terre. Il y a aussi une tribune pour voir tous les écrans à 360 degrés.

C’était notre première expérience d’exposition immersive et je dois dire que j’ai beaucoup aimé ! C’était vraiment passionnant cette manière de filmer les détails, d’associer des musiques très bien trouvées. Les créateurs de ce film de quarante minutes ont réussi la prouesse de faire vivre l’œuvre de BD et de transmettre des émotions aussi bien à des bébés, qu’à des trentenaires comme moi ou des retraités.

Il faut dire que j’avais mon oncle à côtés de moi qui connaissait tous les titres : Yellow submarine et All you need is love des Beatles, les Pink Floyd, David Bowie… et le final avec Jacques Brel. La musique est très importante dans cette exposition car elle permet de nous indiquer le contexte historique dans lequel Hergé a crée les vingt trois albums de Tintin entre 1930 et 1976.

L’homme a marché sur la Lune en 1969 avec la mission Apollo-13 mais Hergé avait déja imaginé une histoire de conquête spatiale en 1953 avec Objectif lune. Chacun connait les couvertures de ces albums, dont on ne se sépare pas. On les garde dans le grenier de la maison de vacances pour les transmettre à ses enfants.

Les aventures de Tintin continuent à faire le bonheur de son éditeur Casterman avec plus de 270 millions d’albums vendus (totalisés en 2019) et traduits dans plus de 110 langues et dialectes.

Tintin me passionne à double titre car je travaille dans les métiers du livre depuis plus de dix ans et que j’ai étudié l’histoire de l’art à l‘Ecole du Louvre. En 2017, j’avais visité l’exposition dédiée à Hergé au Grand palais et écrit un article à retrouver ici : Tintin au royaume de l’histoire de l’art.

Tintin, le principe de la ligne claire, innovation BD

Hergé est le précurseur de la ligne claire, un graphisme sobre au profit de la netteté du trait. C’est d’ailleurs cette ligne claire qui fait la réussite de cette exposition numérique. Les techniques numériques employées justifient le prix un peu prohibitif du ticket d’entrée : le tarif réduit est à 14 euros à partir de 5 ans. Mais on en a pour son argent ! On peut d’ailleurs rester regarder une deuxième fois le film si on le souhaite…

Je vous recommande la lecture du site officiel de Tintin qui est une mine d’or d’informations. J’aime la BD passionnément depuis mon enfance. Surtout la BD belge avec Gaston Lagaffe, Boule et Bill… Je trouve que le 9eme art se prête vraiment bien à ce genre d’exposition immersive et je réfléchis à la prochaine que j’irai voir.

Tintin a cette richesse d’être un reporter qui parcourt le monde entier avec différentes esthétiques : le Far-West, les chinoiseries du Lotus bleue, l’île Noire, le monde sous-marin… J’ai trouvé que l’univers d’Hergé était beaucoup plus passionnant que des tableaux de peinture qui ont plus de mal à prendre vie qu’un jeune reporter intrépide qui poursuit les méchants…

C’est peu dire que cette exposition m’a emballée. J’avais hâte de vous en faire part. Cela enrichit toute ma réflexion sur la commercialisation des livres dans les musées.

J’ai travaillé pendant trois ans à la librairie RMN du musée du Louvre. Je dois dire que les musées de Culturespaces à travers le monde sont un modèle économique assez bluffant et innovant. Il réussit à capter les publics de toutes les générations. Cela permet de dépoussiérer l’image des musées. Tout un quartier permet de bénéficier du dynamisme de ce lieu. Il y a désormais autre chose à voir que le Père Lachaise dans le coin !

Il y a aussi Clint, le brunch idéal pour se restaurer dans un cadre bien décoré. On avait inauguré cette belle adresse quelques semaines avant de devenir parents début 2019. J’avais même consacré un article à cette chouette adresse. Nous y sommes donc retourné avec plaisir car leur cuisine est très bonne, on sent que c’est fait main même si l’addition est assez salée.

Le seul regret était la pression des serveurs pour nous presser un peu à libérer la table. On comprend quand on voit la file d’attente quand on sort mais ce n’est pas des plus agréables.

Nous avons vraiment apprécié cette virée à Paris un dimanche matin sous le soleil en janvier. Même si les temps de transports en RER en proche banlieue et les files d’attente dans les musées nous conditionnent avec des enfants. Mais c’est le jeu !

Retour dans le blog sur les plus belles expos parisiennes qui m’ont marquée:

-Gabrielle Chanel, l’îcone mode intemporelle

-Les Parisiens durant l’exode

Expos

Sur les traces de Klimt en Europe centrale

Cet été, j’ai revu avec émotion le film La femme au tableau. C’est une histoire vraie, le combat juridique de Maria Altmann, la nièce d’Adèle Bloch-Bauer, l’une des muses de Gustave Klimt.

Considérée comme la Joconde en Autriche, ses portraits ont été spoliés par les nazis lors de l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne en 1938.

Pendant mes études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre, la restitution des œuvres d’art spoliées aux familles juives m’a passionnée notamment à travers les BD ou le film Monuments men qui racontent le travail remarquable de Rose Valland, conservatrice du musée de Jeu de Paume à Paris.

La chronique de ce film est l’un de mes meilleurs articles : Elle s’appelait Adèle Bloch-Bauer, la Joconde autrichienne était juive… et aussi le plus lu depuis plus de six ans maintenant.

Deux étudiantes en histoire de l’art m’ont fait l’honneur de le citer dans leur mémoire universitaire et j’ai depuis chroniqué le roman de Valérie Trierweiler : Le secret d’Adèle.

Depuis, j’ai lu et offert à ma mère (c’est elle qui m’a fait connaître Klimt quand j’étais enfant) sa formidable biographie, écrite par Serge Sanchez et publiée par Gallimard. Hormis des monographies illustrées, il y a peu d’essais et de biographies sur cet artiste majeur de la Sécession viennoise.

J’ai aussi compris que le riche mécène qui a acheté le portrait d’Adèle à Maria Altmann, une fois son procès contre l’Etat autrichien remporté et ses tableaux restitués, était Ronald Lauder.

C’est le fils d’Estée Lauder, femme d’affaires juive et concurrente historique d’Helena Rubinstein dont j’ai lu la biographie écrite par Michèle Fitoussi, chroniquée ici.

Ce film est aussi un ambassadeur de la beauté architecturale et de la richesse culturelle de Vienne, une des villes les plus chères d’Europe. Les scènes de danse du mariage de Maria sont vraiment très réussies pour montrer l’émulation artistique de la Mitteleuropa dans le domaine littéraire, philosophique, artistique…, un âge d’or brusquement interrompu par la Shoah et le rideau de fer après guerre.

La Sécession viennoise autour des années 1900 est vraiment emblématique de cet âge d’or. L’Art nouveau s’est diffusé partout en Europe occidentale : à Paris avec Guimard, en Belgique avec Horta, à Barcelone avec Gaudi…

J’ai découvert des trésors d’architecture à Budapest grâce au blog Merci pour le chocolat et ses carnets de voyages géniaux. J’ai bien envie d’écrire un prochain article sur l’Art Nouveau en Europe mais ça sera complexe à résumer.

Grâce à mon mari qui vient des Balkans, je suis devenue un peu plus érudite car j’étais un peu extrême. Je pensais qu’il y avait l’Europe de l’est et celle de l’Ouest point barre. Alors que l’Europe centrale a des caractéristiques culturelles et géographiques bien spécifiques qu’il me tarde de découvrir.

J’ai vraiment aimé notre voyage à Budapest en mai 2017 et ce film m’a donné envie de découvrir Vienne et Prague. J’ai même trouvé une étiquette de bière en Bulgarie avec l’architecture des toits de Prague. Donc, je fais le projet d’un beau voyage en famille à Prague en 2022.

Un super marque-page réalisé par Ma Pu Picchu

J’espère que cet article fort décousu vous donnera envie de lire la biographie de Klimt, de vous intéresser à l’Europe centrale et surtout de voir un très bon film La femme au tableau avec Helen Mirren et Ryan Reynolds. Moi j’ai envie d’aller découvrir les cafés et les pâtisseries de Vienne très bientôt.

Retrouvez-ici mes articles sur l’histoire de l’art en général et mes meilleurs carnets urbains !

Budapest, la perle du Danube

La splendeur des de Brunhoff, une famille emblématique du 20eme siècle

Le canal de Suez, un espace cosmopolite qui a inspiré les arts depuis les pharaons égyptiens dans l’Antiquité.

Expos

5 expositions marquantes dans ce blog

Le 19 mai prochain, après plus de six mois d’hibernation forcée, les musées français ré-ouvrent et c’est une vraie bonne nouvelle. C’était vraiment triste de voir chaque matin, l’esplanade de la pyramide du Louvre complètement vide, le musée d’Orsay désert.

Je compatis vraiment pour ces pauvres pick-pockets au chômage technique (je blague) et ces vendeurs à la sauvette avec leurs gadgets improbables. Même les touristes les plus insupportables me manquent… presque.

Entre deux confinements, j’ai vu une ou deux expositions parce que j’adore les musées, ils font partie de ma vie et surtout ils font le charme de Paris dans le monde entier.

Alors, je vous propose cet article qui retrace les cinq expositions qui ont fait mouche dans ce blog.

Gabrielle Chanel, manifeste de mode. Organisée pour la ré-ouverture du palais Galliera, novembre 2020

Pas de bol… je l’ai vue sur Facebook… Je devais y aller avec ma grande pote Alix, grande amatrice de vestes en tweed comme moi mais re-confinement. Merci Manu !

Le dossier de presse fut un régal de lecture. J’aime beaucoup cette couturière pour ses innovations uniques au monde même si ses opinions politiques et son attitude pendant l’Occupation me font horreur.

Cette exposition est une réussite car elle rend hommage à la spécialiste de mode d’un point de vue professionnel sans s’attarder sur son enfance très populaire, ses amants et son mauvais caractère.

C’est le meilleur service à lui rendre pour entretenir sa légende.

Exposition Louis de Funès, La cinémathèque française, juillet 2020

Cette exposition, j’y serais bien retournée encore deux ou trois fois tellement qu’elle était géniale. J’avais lu au préalable le dossier de presse comme je le fais de plus en plus régulièrement.

Il y a beaucoup d’objets exposés qui font sens : la voiture- canapé dans Fantômas, le costume d’extraterrestre de la soupe aux choux, les casques allemands de la Grande vadrouille, les extraits les plus mythiques en vidéo des aventures de Rabbi Jacob.

Une superbe exposition de société comme je les aime !

Exposition Lu, musée d’Histoire de Nantes, 2020

J’aime beaucoup les histoires d’entreprises racontées dans les expositions de société. Celle-ci raconte l’histoire d’une marque centenaire, attachée à son bassin d’emploi : Nantes.

Les différents gâteaux de la marque portent nos souvenirs d’enfance et sont des cas d’école dans le domaine du marketing. Les différents confinements ont montré l’importance de l’industrie agro-alimentaire. Quoi de mieux qu’un bon biscuit quand on déprime d’être assigné à résidence au bout du 50ieme jour de confinement ?.

René Goscinny, au-delà du rire, Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 2017

Grâce à cette exposition, j’ai découvert ce musée que je ne connaissais pas dans le Marais. J’aime bien leur programmation qui rend hommage à quelqu’un qui a marqué les arts, l’industrie…. Par manque de temps, je n’ai pas visité l’exposition consacrée à Helena Rubinstein mais j’ai lu avec délice sa biographie, écrite par Michèle Fitoussi !

Je suis une inconditionnelle de René Goscinny, depuis l’enfance. Tous les succès littéraires qui plaisent aux enfants, c’est lui ! : Le petit Nicolas, Lucky Luke, Iznogoud, Astérix….

Il est aussi talentueux et génial que Walt Disney ou Hergé dans leur domaine. J’ai trouvé l’exposition très émouvante par sa référence subtile et retenue à la Shoah : une grande partie de sa famille a été déportée. Mais je regrette aussi que l’exposition était un peu trop intello à mon goût : Astérix, c’est vraiment populaire avec ses calembours à deux balles qui font rire la France entière.

Quand j’ai visité l’exposition, il se trouvait un groupe d’handicapés mentaux à qui on proposait une visite guidée. Par curiosité, j’écoutais leur guide et ses explications étaient un peu trop techniques et philosophiques. Alors moi, j’ai voulu écrire un article pour expliquer comment 50 ans après son premier album Astérix le Gaulois en 1959, Astérix est toujours une locomotive éditoriale qui dope les ventes des librairies à Noël !

Exposition Les Parisiens durant l’exode de 1940, musée de la Libération de Paris.

Je ne connaissais pas ce musée et j’ai voulu aller voir cette exposition qui fait écho à l’actualité : un million de Franciliens ont quitté Paris le 17 mars 2021 lors du premier confinement .

J’ai perdu en début d’année mon arrière-tante Julienne avec qui j’avais une relation de qualité et elle a vécu l’Exode, enceinte de son premier enfant accompagnée de ma grand-mère et de leur famille entre le Pas de Calais et la Touraine pendant deux mois d’insécurité totale entre mai et juillet 1940.

Cette exposition est très réussie compte tenue de la multiplicité des objets exposés : des dessins d’enfants, des panneaux pour fluidifier les flux de circulation aux portes de Paris. Quelques mois après cette exposition, nous avons retrouvé avec émotion les cartes de ravitaillement de ma grand-mère dans les albums de famille.

Enfin, je compte bien faire une visite à mes cousins marseillais dès que possible et visiter l’exposition Civilization, quelle époque au Mucem. Elle propose le regard de 120 photographes de toutes nationalités sur la société telle qu’est comprise par le plus grand nombre au 21eme siècle : quels sont nos codes culturels communs et donc globalisés !

J’ai une tendresse particulière pour ce musée car ses conservateurs ont été mes professeurs à l’Ecole du Louvre et qu’ils nous enseignaient la genèse de ce projet culturel européen.

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Dans un prochain article, je vous listerai les biographies que j’ai lu avec plaisir !

Expos

Le canal de Suez en Egypte, terre cosmopolite et enjeu économique international

A moins d’être un ermite dans une grotte du Vercors, personne n’a loupé cette information de l’accident du porte container Evergreen qui s’est échoué en travers du canal de Suez, provoquant un énorme embouteillage pour 12% du commerce mondial au mois de mars.

Maxar Technologies via REUTERS

Rassurez- vous, je ne vais pas analyser cette catastrophe économique qui me dépasse et m’inquiète aussi un peu (aurons-nous assez de papier toilette ?).


J’ai voulu parler dans ce blog de la beauté des photographies de ce canal mythique, de son histoire à travers une superbe exposition à l’Institut du monde arabe en 2018 et aussi de quelques références cinématographiques : The crown saison 2, OSS 117 Le Caire, nid d’espions et surtout le biopic de la vie de Claude François, Cloclo.

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Ce projet a été dirigé sous la direction du diplomate français Ferdinand de Lesseps qui a lancé une importante levée de fonds à la Bourse de Paris, engagea des milliers d’actionnaires la plupart issus de la bourgeoisie française et européenne.

Dans mes lectures de biographies, notamment La splendeur des De Brunhoff de Yseult Williams, éditions Livre de poche, il est courant que soit mentionnée la crise du canal de Suez et les difficultés économiques que cela entraina pour de nombreuses familles aisées.

L’exemple le plus marquant est celui de la famille du chanteur Claude François, sa vie est talentueusement bien racontée dans le biopic Cloclo, réalisé par Florent Emilio Siri. Son père Aimé François, était chef du trafic du canal de Suez, à la suite de son père qui travaillait aussi pour la Compagnie universelle du canal de Suez.

Claude François est né en 1939, dans les quartiers aisés d’Ismaïlia. Il habitait une villa cossue avec domestiques et se mêlait aux enfants des quartiers pauvres avec sa sœur pour apprendre ses premiers pas de danse, au son oriental .

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Droits réservés Studio Canal

Il régnait dans ces villes, un cosmopolitisme très riche au niveau culturel alors que la canal de Suez a vite endossé un statut international tant il attisait des rivalités entre les grands empires coloniaux français et anglais. Depuis 1918, la Grande Bretagne assurait sa protection militaire.

En 1956, en pleine guerre froide et pendant la guerre d’Algérie, le président égyptien Nasser nationalise le canal de Suez. L’Angleterre, la France et Israël répliquent à travers l’opération Mousquetaire qui sera un vrai fiasco diplomatique.

Cet épisode historique est relaté dans la saison 2 de The crown. J’ai trouvé cet épisode vraiment passionnant.

C’est la débâcle générale pour les milliers d’expatriés comme la famille de Claude François qui travaillait pour la compagnie du canal de Suez. Le père de famille est humilié par un général égyptien qui cautionne le pillage de leurs maisons.

Ils fuient l’Egypte avec deux valises et vivront dans la pauvreté à leur retour en France : la scène où la famille mange du pain vinaigrette peu appétissant est particulièrement parlante.

Je comprends mieux pourquoi la comédie potache des aventures d’OSS 117 s’intitule Le Caire, nid d’espions. J’aime beaucoup la scène où Hubert rencontre Larmina avec le canal de Suez en vue panoramique dans le fond. C’est l’un de mes films favoris pour son intérêt historique.

Jean Dujardin distribue à ses employés égyptiens des images du président René Coty dont ils n’ont que cure. On rit de l’idiotie paternaliste de cet espion, parodie de James Bond « un peu de Sean, beaucoup de conneries « 

J’ai bien envie d’aller en voyage en Egypte tout en écoutant Alexandrie, Alexandra (1977) un jour pour l’architecture des villes le long du canal de Suez, cet héritage colonial si cosmopolite durant un siècle entre 1859 et 1956, cela me passionne plus que les pyramides et le Sphinx.

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 Travelers in the Middle East Archive (TIMEA). Collection of Dr. Paula Sanders, Rice University

Retrouvez ici mes précédents articles du blog Le bal littéraire des sardines :

-Comment Claude François s’est inspiré d’Otis Redding pour relancer sa carrière

-La série The Crown sur Netflix

Droits réservés. Netflix

Expos

Retrouver son histoire familiale à travers une exposition consacrée à l’exode en 1940

Hier, c’était l’anniversaire du décès de ma grand-mère Annette. C’est mon second prénom et je parle souvent d’elle ici car elle m’a souvent confié sa vie. Elle est née en 1937, à Saint-Pol sur Ternoise dans le Pas de Calais.

Quand elle avait trois ans, elle est partie sur les routes de l’exode avec sa mère, ses grands-parents, son frère, son oncle et sa tante qui était alors enceinte de son premier enfant. Cette fameuse tante c’est ma bien-aimée Ma Tante Julienne (avec des majuscules à chaque mot tant on s’aimait bien elle et moi).

L’église Saint Paul à St Pol sur Ternoise. Droits réservés La voix du Nord

Elle est partie en janvier dernier et j’avais écrit mon meilleur article dans ce blog pour lui dire au revoir. En juin, mon cousin Victor, l’un de ses petits-enfants a envoyé à toute la famille un cadeau inestimable : une heure d’entretien avec Julienne dans le jardin de son moulin à Wavrans sur Ternoise. Un endroit de rêve.

Julienne y raconte son enfance (elle est née en 1919), son mariage qui n’a failli ne pas avoir lieu à cause de l’entrée en guerre de la France de la seconde guerre mondiale et surtout la fuite sur les routes de France.

Ma Tante Julienne à gauche, ma grand-mère à droite et moi

Une grande partie de la famille s’est réfugiée à Avoine en Touraine pendant plus d’un mois et demie, cachés dans des caves où ils n’ont pas mangé grand chose. Ensuite, on leur a dit de rentrer chez eux dans le Nord. Le retour à la maison ne s’est pas fait sans difficultés : mon arrière-grand mère est rentrée avec ses enfants dans un wagon à bestiaux depuis Longueau près d’Amiens.

Tandis que Julienne est rentrée en voiture avec sa fille sur les genoux depuis Melun mais tous les ponts étaient détruits par les Allemands. Et une fois rentrés, le pire les attendait puisque Saint Pol sur Ternoise était un lieu stratégique pour les Allemands avec une gare de triage très souvent bombardée.

On se croirait véritablement dans les romans Suite française d’Irène Nemirowski ou La bicyclette bleue de Régine Desforges…

Une pareille histoire familiale que je viens de découvrir en intégralité cet été grâce à ce précieux film, me fait bien réfléchir sur le luxe de la liberté en 2020, même confinés !

Huit millions de personnes ont fui le nazisme sur les routes de France dans un chaos total et très soudain. Comment les petites villes de province sont-elles parvenues à nourrir cet afflux soudain de populations effrayées et à bout de force ? Je suis aussi sensible au désarroi de ces familles qui ont confié leurs enfants pour les protéger et qui les ont perdus pendant des années.

Cette bande-annonce du musée de la Libération de Paris est géniale, je vous raconte ma visite de l’exposition 1940, les Parisiens dans l’exode.

C’est une petite exposition de quelques pièces mais très forte sur le plan émotionnel. Elle commence avec des affiches de propagande, des brochures pour expliquer comment se comporter en cas d’attaque aérienne, comment porter le masque à gaz (tiens, tiens, nous aussi nous avons des masques…. mais nous sommes bien mieux lotis qu’eux )…

J’ai lu dans le dossier de presse une référence directe à l’Exode d’Egypte dans la Bible. Cela me parait évident quand j’y réfléchis mais les Hébreux étaient bien mieux guidés par Dieu qui savait exactement où il voulait les emmener et comment les secourir.

J’ai beaucoup pensé à l’exode de 1940, quand le 16 mars 2020, Paris s’est vidé de près d’un million d’habitants qui ont fui un confinement dans un logement trop étriqué. Les dangers ne sont pas les mêmes mais les mouvements aussi massifs de populations sont toujours autant significatifs.

J’ai bien aimé la vidéo avec le discours de Churchill, Winston ce héros, les photographies pour mettre à l’abri les œuvres du Louvre…

Puis la catastrophe arrive. On organise la sortie de la population via les portes de Paris mais les avenues sont trop petites pour contenir la foule. J’ai été frappée par les photographies où les gens marquaient leur nom et leur date de leur passage à la craie sur les murs d’une ville de province pour donner des nouvelles à leurs proches. On était loin de la géolocalisation…

On se prend en pleine figure des photographies choc comme l’arrivée d’Hitler et son état-major au Trocadéro le 23 juin 1940. Un gros affreux n’arrivant jamais seul, on trouve ensuite le portait du maréchal Pétain, héros de Verdun devenu un vieux revanchard qui ne fait pas l’unanimité.

Il a mis le genou à terre devant l’ennemi, divisant irrémédiablement le pays pour une vingtaine d’années. J’ai noté une de ses critiques de la société française qui m’a bien interrogée. Pétain dénonce l’esprit de jouissance de la société française. Étonnant pour un homme qui avait des propos moralisateurs mais une vie privée assez olé olé !

Portrait de Charles de Gaulle

Mais dans cette galerie de portraits des principaux protagonistes de la seconde guerre mondiale, il y a aussi une belle photographie en noir et blanc de Charles de Gaulle. C’est le héros de mon grand-père, un gars du Nord comme lui. Il faudra que je lise un jour une de ses biographies tant mes grands-parents m’ont bassinée avec lui et je ne le connais pas tant que ça !

La fin de l’exposition m’a achevée avec un extrait du film Jeux Interdits de René Clément. On y voit une petite fille qui court sur un pont en plein bombardement pour récupérer son petit chien. Ses parents lui courent après et ils se font toucher par les balles des avions. C’est Guernica sur les routes, j’étais vraiment écœurée.

Mon frère Ugo en a dans le sac d’être allé visiter Ouradour sur Glane et un camp de concentration en Allemagne quand il a gagné plusieurs fois le concours national de la résistance et de la déportation quand il était au collège.

Je vous recommande donc cette excellente exposition qui montre de manière très efficace en quoi la guerre est abjecte. Ce musée se trouve place Denfert-Rochereau et il mérite le détour. Le prix d’entrée de l’exposition était de 6€, un tarif très raisonnable.

Retrouvez ici d’autres articles sur le même sujet ou sur les musées de société :

Guernica en BD, plaidoyer pour la paix

Les objets du confinement s’exposent au Mucem

Une journée dans le Pas de Calais pour dire au revoir à une grande dame.

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Respirer une bonne odeur de biscuit à l’exposition Lu à Nantes

J’aime beaucoup les expositions de société sur l’histoire d’une entreprise par exemple. Je ne suis jamais allée à Nantes, l’eldorado immobilier de tous les Parisiens exilés en ce moment.

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J’irai bien découvrir le château des ducs de Bretagne avec ma famille pour visiter l’exposition LU, un siècle d’innovation du 27 juin au 3 janvier 2021. Ce château abrite le musée d’Histoire de Nantes. C’est là où tout a commencé pour le 2eme géant mondial du biscuit, les usines Lu sont incontournables dans le paysage économique et culturel de la ville.

Cette marque de biscuits a marqué l’histoire de l’art avec ses réclames publicitaires réalisées par Alfons Mucha entre autres et le fait que l’enfance soit mise en avant comme argument marketing. Le petit dernier de la famille Lefèvre-Utile a sa bobine tamponnée sur des milliards de Petit-écolier depuis 1882.

Cette exposition me paraît être un bon rappel de l’actualité toute récente. On dénigre l’industrie agro-alimentaire à grands cris actuellement mais on peut surtout remercier Dieu de ne pas avoir vécu de pénurie alimentaire pendant ce confinement. Les biscuits m’ont été d’un grand réconfort (j’assume) quand je me demandais combien de temps cette assignation à résidence allait encore durer. Un livre Routiers publié par les éditions de l’Iconoclaste, rend hommage aux routiers qui nous nourrissent quotidiennement et qui ont été vraiment maltraités sur les aires d’autoroute.

Pendant ce confinement, les sacs de farine étaient aussi recherchés que des lingots d’or car la pâtisserie est une valeur refuge quand l’heure est à la peine. Le petit beurre c’est le biscuit universel de la petite enfance, un plaisir sain à l’image de son packaging simple mais terriblement efficace.

La prouesse technique est là : proposer une exposition en odorama. Moi renifler l’odeur des Paille d’or pendant ma visite, ça me motive à prendre le train. Chacun a un lien affectif avec les biscuits Lu. Mon frère et mes parents sont des fans des Figolu pour le sport et les randonnées. Il y a même eu une pétition quand Lu a retiré des grandes surfaces la recette d’origine des biscuits à la figue en 2015.

J’aime ces expositions de société qui rendent compte de notre vie quotidienne, il y a de la matière à étudier pour les musées sur les manières de vivre qui évoluent. Ce confinement nous l’a montré.

Je vous recommande d’autres belles expositions aussi populaires les unes que les autres :

– Les objets du confinement trouvent refuge au Mucem.

Louis de Funès, meilleur remède contre la sinistrose, à l’honneur à la Cinémathèque française.

– René Goscinny, le génie de l’humour, trésor national français.

Expos

Retourner au musée en compagnie de Louis de Funès.

Il a été l’amuseur de bon nombre d’après-midi télévision pendant le confinement, avec même des records d’audience.

Louis de Funès est un grand enfant qui plait à toutes les générations, même celles qui ne connaissent ni le Minitel, ni Georges Pompidou. C’est la réflexion que je me suis faite ce matin en visitant l’exposition de Funès à la Cinémathèque française.

Il y avait des enfants et ils n’avaient pas l’air de s’ennuyer comme moi quand on me traînait dans des galeries interminables pour regarder des céramiques antiques ou des tableaux barbants (j’en ai redemandé plus tard pendant cinq ans à l’Ecole du Louvre comme quoi…).

Ils avaient même l’air de bien s’amuser à faire des photographies dans la DS de Fantomas ou en regardant des extraits de La soupe aux choux ou bien la danse de Rabbi Jacob.

Cette exposition est une grande réussite populaire, elle touche toutes les tranches d’âge. Après avoir écrit un précédent article sur Louis de Funès, je récidive tellement cette exposition m’a plu pour sa scénographie très intelligente et actuelle.

La première salle est très dense, elle a même provoqué un bouchon en ces temps de distanciation sociale.

On est accueilli par les répliques phares de Louis : « Ma biche », « Foutez moi le camp », « Vous me le paierez« … La première salle fait grand honneur aux génies comiques du siècle dernier qui ont inspiré De Funès : Buster Keaton, Laurel et Hardy, Charlie Chaplin avec des citations du comédien sur les murs…

La deuxième salle très bien conçue met en scène des extraits de La traversée de Paris avec Jean Gabin et Bourvil, mais c’est en noir et blanc, un film légendaire certes mais qui ne m’a pas marquée.

Puis, c’est une avalanche de couleurs dans les salles suivantes avec une large chronologie qui montre en quoi Louis de Funès fut le héros des Trente Glorieuses. Le musée a été généreux en objets et c’est la vraie valeur ajoutée de l’exposition. J’ai étudié au Mucem et j’aime vraiment les objets : le costume extra-terrestre de Jacques Villeret dans La soupe aux choux, les casques de soldats allemands de La Grande Vadrouille, la 2CV toute déglinguée du film Le corniaud. La plus belle pièce est bien sûr la voiture de Fantomas transformée en divan pour les spectateurs…

« J’ai toujours joué ma mère  » Louis de Funès

C’est une exposition très moderne qui se sert des écrans numériques pour toucher les jeunes générations : un écran tactile propose au spectateur de découvrir toutes les expressions du visage de Louis (c’est vraiment une idée de génie), un autre compare les costumes de scène de La folie des grandeurs avec les tableaux de Velasquez, au siècle d’or.

Je me suis vraiment régalée avec cette exposition. Il y avait même une équipe de tournage pour filmer un reportage.

En sortant de l’exposition, je me suis dis que c’était bien dommage de ne pas l’avoir visité avec mon petit frère Ugo. Quand nous étions à l’école primaire, on avait le droit de regarder chaque veille de jour férié un film de Louis de Funès. Et on ne faisait pas les fines bouches à chaque rediffusion, même lycéens, on regardait encore ses films.

Puis, je suis sortie du musée par la rue de Bercy. Les pavillons en pierre meulière étaient superbes et imposants. Je me suis dis qu’il faudrait vite revenir dans le cour, visiter le parc de Bercy et retourner au cours Saint-Emilion depuis le temps.

Expos

Les objets du confinement au Mucem

J’ai trouvé cette idée vraiment géniale et même indispensable compte tenu de cette période historique mais néanmoins assez traumatisante : récolter les objets du quotidien pendant le confinement. Elle émane du MUCEM, un musée de société national qui se trouve à Marseille, dans un lieu unique !

Pendant mes études à l’école du Louvre, les conservateurs du musée furent mes professeurs de la spécialité Anthropologie sociale et culturelle de l’Europe. C’est peu dire que je suis restée à l’Ecole malgré mes nombreux redoublements et échecs parce que cette spécialité me passionnait.

J’ai même eu la chance de faire un stage pour collaborer à l’élaboration de l’exposition Masculin /féminin, le bazar du genre à la caserne du Muy et au fort Saint-Jean en juillet 2011.

Lors de ce stage, j’ai eu la chance d’assister au feu d’artifice du 14 juillet en haut de la tour du roi-René.

Droits réservés. Office de tourisme de Marseille.

Moi, ce que j’aimais étudier c’était les comportements sociaux, les modes de vie tout court. On prend à la rigolade les anthropologues généralement; mais cette discipline s’est révélée vraiment indispensable pour affronter le choc sociétal du confinement.

J’imagine que le Mucem va recevoir une collection d’attestations de déplacement, des casseroles comme instruments de musique pour communier ensemble à 20 heures, des banderoles artisanales pour remercier les soignants, des masques et du gel hydro-alcoolique. Mais aussi des témoignages moins glorieux comme les lettres anonymes des voisins des soignants par exemple.

Le rôle d’un musée de société comme je l’ai compris lors de mes études, c’est de témoigner d’un fait historique particulièrement marquant (le confinement à l’échelle mondiale) en exprimant les mouvements de peur ou de rejets mais aussi les manifestations de solidarité, l’ entraide. Ce n’est pas une mince affaire de sélectionner des objets à la fois esthétiques et porteurs de sens.

Il y a un article de blog qui m’a particulièrement aidée pendant ce confinement, c’est celui écrit par Antoine Nouis, théologien protestant. Il explique que danser et applaudir les soignants, c’est une forme de protestation contre le virus et contre la mort.

Retrouvez ici mon article sur le MUCEM, il y a bien longtemps !

Une banderole de soignants en Dordogne qui remercient les gens qui les applaudissent.