Cinéma·Du livre à l'écran·Ile de France et Paris

Ces films et séries que j’ai vu en 2025 : qui sera récompensé aux prochains Césars ?

Les nominations pour les prochains Césars viennent de tomber. La cérémonie de remise des prix aura lieu le jeudi 26 février à l’Olympia (un jeudi soir, quelle ineptie !) avec Benjamin Lavernhe en tant que maitre de cérémonie.

D’ailleurs, l’affiche de la cérémonie est une référence à la comédie Le sens de la fête de Nakache et Toledano dans lequel il jouait un marié particulièrement pénible en 2017.

Chaque année, j’écris un article pour débriefer la cérémonie : les robes, les discours des remettants, les sketchs plus ou moins drôles et inspirés, les moments d’émotion quand ça pleure, ça remercie…

Cette soirée de remise des prix, c’est ma tradition chaque année depuis que je suis au lycée. Alors si jamais quelqu’un veut m’y inviter une année, ce sera la consécration d’une vie..

Je trouve que cette année la sélection des nommés est particulièrement qualitative et je vais être sacrément tiraillée quand viendra le moment de récompenser la meilleure actrice.

J’ai énormément aimé deux films en 2025. Il s’agit de Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan ainsi que L’attachement. Ce sont deux adaptations de livres et traitent tout deux de l’amour maternel qu’il soit biologique ou non.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan écrit par Roland Perez, éditions Les escales en 2021

C’est l’histoire vraie d’une famille nombreuse juive originaire de Tunisie. Les parents ne roulent pas sur l’or et le petit-dernier des six enfants naît avec un pied-bot dans les années 1960.

Sa mère Esther, dotée d’une foi extraordinaire et d’un bagout incommensurable va remuer ciel et terre quitte à se mettre à dos les voisins du quartier, les assistances sociales et les enseignants pour faire en sorte que son fils marche un jour.

Et le miracle va avoir lieu grâce aux chansons d’une certaine chanteuse yéyé : Sylvie Vartan. Le petit Roland, totalement déscolarisé va être instruit par ses frères et sœurs avec ses chansons. Et un jour, il deviendra même son avocat.

Je vous recommande le livre et cette comédie familiale si vous avez le cafard. Le personnage haut en couleur et en repartie d’Esther m’ a fait rire aux éclats de nombreuses fois. Et son amour maternel inconditionnel m’a émue aux larmes…

Dans un autre registre, j’ai eu un vrai coup de cœur pour le film L’attachement alors que j’ai eu bien du mal à lire le roman éponyme d’ Alice Fernay.

Carine Tardieu, la réalisatrice a su mettre en avant les moments de vérité et d’émotion de cette histoire d’entraide si particulière. Cécile, la voisine de Sandra (Valéria Bruni Tesdeschi) part à la maternité accoucher avec son mari Alex joué par Pio Marmai.

Et donc elle lui confie quelques jours son fils Eliott alors que Sandra n’a pas particulièrement la fibre maternelle. Hélas, l’issue sera tragique pour cette famille car Alex revient de la maternité avec un bébé dans les bras mais veuf.

Ce livre m’a beaucoup émue car il parle de compassion, d’entraide face au deuil. Le petit garçon du film est animé d’un tel instinct de vie et d’amour qu’il porte tout le film et les personnages qu’il entoure : sa voisine auquel il s’attache viscéralement, son beau-père avec lequel il vit, son père qui s’efface progressivement.

Le titre du roman est parfait : il révèle une notion de psychologie essentielle. C’est assez nouveau qu’on souligne son importance dans les relations familiales. Pio Marmaï est nominé dans la catégorie Meilleur acteur et je pense que c’est son année cette fois-ci !

Je suis aussi sensible aux nominations dans la catégorie films d’animation car j’aime leur créativité visuelle qui me reconnecte avec mon enfance (voila c’est dit !)

La vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi, adapté de la série de romans jeunesse publiée par l’Ecole des loisirs.

La vie de château est un très beau film d’animation signé Clémence Madeleine-Perdrillat, scénariste et Nathaniel H’Limi, dessinateur, tous deux amis. Ensuite, il a été adapté en roman illustré pour les enfants de 7 à 9 ans. C’est une série en six livres publiés par la collection Neuf de l’Ecole des loisirs.

Je suis bien trop vieille pour faire partie du public cible de ces petits livres et pourtant… Le quotidien de cette petite Violette, pupille de la Nation qui doit aller vivre chez son oncle Régis au décès de ses parents, victimes des attentats, m’a beaucoup touchée.

Le secret des mésanges, film d’animation du studio Folimage, sortie le 22 octobre

J’ai beaucoup aimé la variété et la complémentarité des personnages humains comme animaliers. Le chien Mandrin joue un rôle important dans le film car il protège toujours la petite fille intrépide.

Les deux enfants Lucie et Yann n’ont pas le même âge mais ils vont former une bonne équipe pour aider Lucie dans la quête de ses origines. Un secret de famille douloureux éloigne Lucie de sa maman. Mais les mésanges du château vont être d’une aide précieuse. J’ai beaucoup aimé la manière dont sont représentés Lucie et sa maman comme une femme et une petite fille actives et débrouillardes.

Je vous invite à lire ici mon article pour débriefer la cérémonie l’an dernier : j’ai le souvenir du magnifique discours de Karim Leklou sur le pouvoir des gentils et le sketch hilarant de Franck Dubosc avec son Césarillo. D’ailleurs, il est nommé cette année dans la catégorie Meilleur scénario pour Un ours dans le Jura, sa comédie glauque.

Césars 2025 : Une cérémonie sous le signe de l’authenticité et de la vulnérabilité.

Expos

Tautou malgré tout : Superfacial, quand l’actrice redevient artiste

Merci la RATP de m’avoir signalé la tenue de l’exposition de photographies d’Audrey Tautou intitulée Superfacial. Ainsi j’ai découvert que Quai de la photo était une vraie péniche amarrée Quai de la gare.

Cette exposition gratuite est très courte mais très riche.

En fin de compte, plus qu’une exposition photographique, je trouve qu’elle apporte une véritable réflexion sur la notoriété, la médiatisation dans l’industrie cinématographique. Il ne faudrait pas que les acteurs et les actrices deviennent des produits de l’industrie.

« CE QUI M’IMPORTE DANS TOUT ÇA, C’EST DE POUVOIR OBSERVER DES GENS SANS AVOIR À SUBIR LEUR REGARD. »

J’ai bien aimé le texte de présentation dans lequel Audrey Tautou se présente comme une star internationale. C’est la vérité. Elle est devenue un visage connu dans le monde entier grâce aux films Le fabuleux destin d’Amélie Poulain en 2001 puis le moins fabuleux Da Vinci code en 2006.

Il faut dire qu’ Amélie Poulain avec son petit visage poupin tout droit sorti de Montmartre est l’archétype de la Parisienne, la petite Française qui s’exporte partout dans le monde (pour ceux qui résument La France à Oui oui baguette !). Audrey a réunit un cabinet de curiosités avec les nombreuses lettres reçues de ses admirateurs et aussi d’un détracteur.

Je vous invite à consulter le dossier de presse de l’exposition où Audrey Tautou explique plus en détail sa démarche. Il y a une photographie assez marquante où l’actrice est couverte de sacs à main dans une grande pièce.

Cette photo est assez criante pour exprimer la main mise de la mode et du luxe dont les actrices et les acteurs deviennent des porte-manteaux ambulants. C’est un peu rude comme analyse de ma part mais il ne faudrait pas que la publicité, la promotion prenne le pas sur l’art du cinéma.

Superfacial, le catalogue d’exposition, éditions Fisheye, 9791097326265, 38€

Je pense que j’aime beaucoup Audrey Tautou pour son visage poupin même si elle approche la cinquantaine. Elle ressemble beaucoup à Audrey Hepburn et son élégance naturelle lui permet de tout jouer.

Ces six films portés par Audrey Tautou que j’ai tant aimé, parmi les 40 dans lesquels elle a joué :

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, 2001

J’aime beaucoup ce film iconique qui m’a fait aimer Montmartre avant de venir vivre à Paris quatre ans plus tard. Il y a un florilège de très bons acteurs qui portent ce film très poétique et bourré de références franchouillardes. Ce film s’est très bien exporté dans le monde entier. Il a changé la vie d’Audrey Tautou.

Ensemble c’est tout, 2007

J’ai tellement aimé ce roman d’Anna Gavalda et je trouve qu’Audrey Tautou joue à la perfection Camille, ce personnage douée mais sacrément torturée. Son idylle avec Franck joué par Guillaume Canet est très jolie et cette belle histoire d’entraide m’a fait beaucoup de bien pendant mes études.

Un long dimanche de fiançailles en 2004, adaptation du roman de Sébastien Japrisot.

C’est pour moi le plus beau rôle d’Audrey Tautou. Cette jeune femme qui boite et qui traine sa peine dans les tranchées à la recherche de son amoureux. J’ai vraiment aimé passionnément ce film quand j’avais la vingtaine. Il raconte vraiment l’impact de la guerre de 14/18 sur des générations de familles françaises. Audrey y joue Mathilde une femme amoureuse et déterminée.

L’auberge espagnole, Poupées russes, Casse-tête chinois de Cedric Klapisch en 2002-2005 et 2013.

Elle joue Martine, l’amoureuse intermittente de Xavier. Autant dans L’auberge espagnole, son personnage est assez lénifiant à toujours râler. Autant, elle est drôle et lumineuse dans la suite Les poupées russes. Son duo avec Romain Duris fonctionne très bien.

Coco avant Chanel, le biopic de Gabrielle Chanel, en 2009.

Celui-ci, je ne l’ai pas encore vu mais c’est évident qu’Audrey Tautou était l’actrice idéale pour l’interpréter. Elles viennent toutes les deux d’Auvergne. Audrey a une forme de beauté androgyne et c’est naturellement que la maison Chanel la choisie comme égérie.

La délicatesse, 2011 : adaptation du roman éponyme de David Foenkinos.

C’est un beau film qui raconte le deuil d’une jeune femme, Nathalie. Elle va rencontrer un collègue de travail terne et maladroit qu’elle va un jour embrasser de manière irrésistible. Encore une fois, Audrey Tautou était l’actrice idéale pour jouer la délicatesse mais aussi la subtilité.

Exposition Superfacial, jusqu’au 10 septembre, 9 port Quai de la Gare, 75013 Paris, de 12 h à 01 heure. Entrée gratuite.

Cinéma

Pourquoi Les visiteurs est un film iconique pour la génération Y dont je fais partie ?

Il était grand temps de parler de mon attachement personnel à la comédie historique Les visiteurs dans ce blog. Un véritable coup de coeur que je partage avec bon nombre d’amis de ma génération qui connaissent aussi les dialogues par coeur.

Cette comédie est le 5eme succès populaire de l’histoire du cinéma français ( que des comédies, posez vous des questions l’Académie des Césars), il a réunit quatorze millions de spectateurs dans les salles obscures en 1993. Cette chouette comédie est portée par deux piliers de la troupe du Splendid : Marie-Anne Chazel et Christian Clavier mais aussi par Jean Reno et Valérie Lemercier.

Voici le résumé du film pour les rares personnes qui seraient passés à côté de ce film incontournable :

En l’an de grace 1123, le comte de Montmirail et son fidèle écuyer, Jacquouille la Fripouille, se retrouvent propulsés en l’an 1992 après avoir bu une potion magique fabriquée par l’enchanteur Eusaebius, censée leur permettre de se défaire d’un terrible sort.

Après les cassettes de chanson française et Alf, voici le troisième dessin dans mon carnet : la cassette VHS des Visiteurs de mon challenge dessin : Back to les années 1990.

Back to 1993 quand les moyen-ageux font rire des générations d’enfants.

J’ai une dizaine d’années : parfois on s’ennuie le dimanche après-midi avec mon frère car mon père est de garde. Alors on fouille dans les cassettes VHS à la recherche d’un film enregistré à la télé. Si on retrouve les Visiteurs à sa musique si reconnaissable, on n’hésite pas à le regarder, ce n’est que la douzième fois.

J’ai toujours la frousse quand Godefroy décapite l’Anglois ou quand il va déloger la sorcière et ses copines diaboliques. Mais ensuite on se marre comme des baleines quand Godefroy et Jacquouille boivent la potion magique pour actionner la machine à remonter le temps. Ou quand les forces de l’ordre doivent maîtriser le comte de Montmirail devant l’église.

Ce film, c’est ma madeleine de Proust des années 1990 avec ses looks un peu colorés, le Courtepaille en région parisienne et la camionnette jaune de La Poste.

Des placements de produits : Chanel, Renault, Courtepaille très efficaces pour renforcer les anachronismes.

Personnellement, le recours au placement de produits dans ce film ne me choque pas. Il est sacrément efficace puisque le film est drôle à cause des anachronismes et grâce aux références aux codes bourgeois. La scène où les deux moyen-âgeux prennent le deuxième bain de leur vie à grands renforts de Chanel numéro 5 est tellement réussie. Elle fait particulièrement rire les enfants.

Le film a été tourné en région parisienne dans les Yvelines : la caravane de Dame Ginette donne sur un superbe panorama de voie rapide et de pylônes électriques. Mais aussi sur les remparts de Carcassonne pour le début du film qui se déroule au Moyen-Age.

Le film s’appuie sur le patrimoine français familier mais aussi sur des oeuvres d’art : les reliques et les bijoux de famille volés au duc de Pouille, le tableau du Hardi est inspiré par un portrait de Della Francesca d’un chef local italien conservé au musée du Louvre.

Sur les traces du film Les visiteurs : les lieux emblématiques du tournage du film

Je pense que ce film a contribué à ma passion scolaire pour l’Histoire. Les Visiteurs exaltent l’identité française sans nationalisme. Le règne de Louis VI le Gros au 12eme siècle, c’est un peu l’âge d’or du Moyen-Age. Le recours au vieux français est l’un des ingrédients de la réussite de ce film. C’est crédible et on rit beaucoup. Les dialogues sont aussi savoureux que le comique de situations enrichi par les effets spéciaux.

« Longue vie à notre sire » grâce aux effets spéciaux de plus en plus performants en l’an de grâce 1992.

Les Visiteurs est une comédie réussie car elle se fonde sur l’imaginaire d’enfance du duo Poiré /Clavier. Le réalisateur a retrouvé des années plus tard, une petite histoire de quatre pages qu’il avait écrite à 17 ans en cours de mathématiques et qui se déroulait sur la Grand’place d’Arras.

Elle sera la trame du scénario retravaillé par Christian Clavier et lui-même.

Les Visiteurs est un film choral où tous les personnages ont un rôle important à jouer. Ils reconstituent en quelque sorte la société très hiérarchisée au Moyen-Age.

Bien évidemment tout repose sur le tandem Godefroy le hardi, le noble et son écuyer pas si fidèle Jacquouille la Fripouille. On rit de leurs déboires mais eux vivent un véritable drame : ils sont coincés à une autre époque parce qu’un mage incompétent a oublié une partie de sa formule. Heureusement, leur plongée dans le futur les rassure sur le fait qu’ils ont eu une descendance.

« Je suis Jacquouille la fripouille, son fidèle écuyer mais je ne sais pas quand je suis né « 

« Béatrice, pourquoi ton mari montre son fessard à une femme« 

« J’chante pas plus mal que Steph’ de Monac’ »

« Ma mère avait pour nom Gwendoline, elle est morte dévorée par les loups… parce que notre père qu’était parti pour boire à la taverne de Duchenot a crevé gelé dans l’étang à cause de son pied-bot.« 


Les femmes ont les rôles les plus louables du film : Dame Ginette se prend d’affection pour Jacquouille sans trop se poser de questions. Béatrice de Montmirail est une chrétienne exemplaire qui a le sens de la famille. Elle ouvre sa maison à ces deux moyen-ageux qui jurent comme des charretiers, ruinent sa maison et effrayent ses enfants.

Et enfin, les petits rôles annexes sont tout aussi importants : le mari dentiste de Béatrice qui est jaloux et méfiant envers Cousin Hubert, l’escadron de flics et les clients de l’hôtel. Mais surtout Jacquart, le nouveau riche tellement hautain avec son blazer jaune poussin. Quand Jacquouille rencontre son descendant, il se rend compte que l’époque dans laquelle il se retrouve coincé lui accorde beaucoup plus de libertés alors pourquoi ne pas y rester…

Je vous recommande la lecture du livre de Jean -Poiré : Rire est une fête, édité par Michel Lafon. Christian Clavier l’a préfacé. Je choisis les yeux fermés un film avec Christian Clavier que je considère comme l’héritier de Louis de Funès. J’ai écrit un article hommage à Michel Blanc en octobre, bientôt, j’écrirai un article sur cinq films marquants de Clavier.

Christian Clavier, héritier de Louis de Funès.

J’avais beaucoup aimé la rétrospective consacrée à Louis de Funès à la Cinémathèque en 2021.

A quand une vaste exposition dédiée à la troupe du Splendid et à Jean-Marie Poiré, le génial réalisateur de Papy fait de la résistance, Le père Noël est une ordure et Les visiteurs ? .

Cinéma

Une cérémonie des Césars 2025 sous le signe de la sincérité et de la vulnérabilité.

Vendredi dernier, c’était la cérémonie des Césars. Interminable comme d’habitude mais avec de beaux moments forts. Je la commente chaque année dans ce blog parce que j’aime ce petit cérémonial de février depuis que je suis au lycée.

J’allume la télévision une trentaine de minutes avant la cérémonie pour voir leur arrivée sur le tapis rouge, je me pâme d’admiration devant les belles robes ou je déplore le manque de style. Bref, je kiffe mon moment.

Jean-Pascal Zadi, un maître de cérémonie désarmant de sincérité

Jean-Pascal Zadi ne s’est pas foulé avec sa fanfare qui joue un air d’Astérix et Obélix mission Cléopâtre devant Julia Roberts à l’Olympia. Mais c’est peut -être cela qui fait son charme. Il est désarmant de sincérité, vanneur mais surtout authentique : « Le plus important c’est de partager des émotions avec le public  »

« Le cinéma m’a sauvé la vie, il m’a fait changer de condition, j’espère que ma présence ce soir pourra donner de l’espoir à tous ceux qui se disent que le cinéma ce n’est pas pour eux « .

Il est le second acteur noir à remporter le césar du meilleur acteur après Omar Sy. J’ai aimé son rôle de maître de cérémonie car il est conscient, même reconnaissant de la manière dont le cinéma a changé sa condition : « Niveau BTS, quelle réussite » .

Le discours d’ Abou Sangare récompensé pour son rôle dans L’histoire de Souleymane, a été l’un des plus beaux moments de la cérémonie. C’est un jeune homme de 23 ans qui vient de Guinée par l’un des chemins les plus dangereux qu’il soit. Il travaille dans un garage à Amiens et il vient de recevoir un titre de séjour d’un an. Il a livré à l’Olympia un vibrant discours qui célèbre la magie du cinéma quand l’espoir est rare quand on vit dans la précarité et la clandestinité.

Le César du meilleur espoir féminin a été attribué à Maïwène Barthélémy, pour son rôle d’agricultrice dans Vingt dieux. Comme Abou Sangare, elle débute totalement au cinéma car elle étudie dans un lycée agricole. Ce beau film qui se déroule dans le Jura a été récompensé du César du meilleur premier film. Il raconte un jeune un peu désœuvré qui se décide à participer à un concours agricole suite à la mort de son père.

Le bémol qui me vient à l’esprit : parfois les remettants de César ou les nommés sont vraiment pas bons dans l’exercice des remerciements ou de la remise des prix. Pio Marmaï et Raphaël Quenard ont été particulièrement lourdeaux alors qu’ils sont brillants dans le film L’attachement de Carine Tardieu.

Bouli Lanners et Alice Belaïdi mériteraient le César des meilleurs remettants car ils ont été à la fois tout en drolerie et en sobriété. C’est également Alice qui avait la plus belle robe de la cérémonie. Franck Dubosc s’est aussi particulièrement illustré avec la remise exceptionnelle du César de celui qui n’a jamais reçu de César (on dirait un titre d’épisode de Friends).

Un sketch hilarant qui se moque avec beaucoup de talent de l’Académie des Césars qui boude chaque année les comédies et leurs réalisateurs au profit de films plus intellectuels. Franck Dubosc est un acteur et réalisateur vraiment doué notamment dans la comédie Tout le monde debout. C’est un humoriste reconnu mais il a su varier les genres en devenant réalisateur et aussi en démontrant qu’il a aussi des talents d’acteur dramatique.

« J’ai aussi fait des comédies qui n’étaient pas drôles « .

Julia Roberts a été très bon public toute la soirée à rire et à sourire aux blagues bien françaises. Chapeau à Julia et son charme naturel, la girl’s next door que l’on aime tant depuis quarante ans de carrière. Coup de foudre à Nothing Hill, Le sourire de Mona Lisa, Erin Brokovitch, Pretty woman ce sont des films marquants des années 1990-2000.

La dernière heure des Césars est bien évidemment la plus intéressante selon moi car elle couronne les catégories meilleurs acteur, actrice, réalisateur et film.

Le discours de Karim Leklou, récompensé pour son rôle de Aymeric dans Le roman de Jim était un des moments forts de la cérémonie. Il y joue un homme qui prend soin dès sa grossesse d’une femme qu’il va aimer et chérir tout au long de l’enfance de cet enfant qui n’est pas le sien. Et un jour, son père biologique va ressurgir…

Karim Leklou est un acteur emblématique du cinéma français actuel : il jouait aussi un second rôle dans L’amour ouf ou la série Hippocrate. Il a eu l’élégance de saluer ses partenaires d’une autre équipe mais aussi ses concurrents au prix dont son ami Tahar Rahim, magistral cette année dans Monsieur Aznavour.

« Je dédie ce César à tous les gentils« . Ce genre de déclaration, nous y sommes tous très sensibles actuellement. Elle est tellement nécessaire dans cette société où on valorise de moins en moins la loi du plus fort (il était temps) mais où ceux qui forcent la main aux autres sont encore puissants.

J’ai aussi bien aimé le discours d’Hafsia Herzi, sacrée meilleure actrice cette année. Elle avait déjà reçu le césar du meilleur espoir féminin il y a douze ans pour le film La graine et le mulet. Depuis, elle est devenue réalisatrice et elle a tourné une quarantaine de films depuis.

Le cinéma français a de gros défauts mais il faut reconnaître aussi qu’il est un formidable ascenseur social pour les jeunes issus de l’immigration : Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Tahar Rahim, Jean-Pascal Zadi, Roschdy Zem… Et leurs discours de remerciements nous redonnent de l’espoir tout de même.

Une journée historique pour la réouverture de Notre Dame de Paris

On débriefe ensemble la cérémonie d’ouverture des JO de Paris

© Cyril Moreau/Bestimage

Biographies et autobiographies

Monsieur Aznavour : ses amis, ses amours, ses emmerdes… en un biopic de grand cinéma

Ce biopic, j’attends sa sortie depuis au moins un an, mais je me rends compte que je ne connais pas si bien que cela ni la vie ni l’œuvre de Charles Aznavour.

J’aime les chansons d’Aznavour en souvenir de ma grand-mère Annette qui l’écoutait énormément comme tous les chanteurs à textes de sa génération. Elle avait vingt ans dans les années 1950 et elle allait écouter les chanteurs à la mode à Deauville-Trouville pendant ses vacances.

Je suis allée voir Charles Aznavour en concert avec ma mère qui fêtait ses 50 ans en 2011 à la halle Tony-Garnier à Lyon. Il avait à l’époque 80 ans bien tassés, mais il a réalisé un concert énergique qui a duré bien trois heures. Avec le film, je me rends compte que c’était vraiment un addict au travail dans la décennie 2010 (il est mort en 2018) puisqu’il donnait des concerts dans toutes les villes d’Europe.

Le résumé :

Fils de réfugiés, petit, pauvre, à la voix voilée, on disait de lui qu’il n’avait rien pour réussir. À force de travail, de persévérance et d’une volonté hors norme, Charles Aznavour est devenu un monument de la chanson, et un symbole de la culture française.

Monsieur Aznavour, biopic réalisé par Grand corps malade et Medhi Idir, avec Tahar RahimBastien BouillonMarie-Julie Baup, 2h13, sortie en salles le 23 octobre 2024

Mon avis :

Ce biopic dure deux heures et quart mais je l’ai trouvé très bien structuré avec une narration en cinq grandes parties. Chaque titre est noté au crayon dans ses fameux carnets rouges où il notait ses chansons. Aznavour a composé plus de 1400 chansons depuis 1940.

Ses années d’enfance avec sa sœur Aïda et ses parents restaurateurs m’ont beaucoup émue. Notamment ces scènes de fête qui se télescopent avec des images d’archives du génocide arménien. Ils ont vécu la pauvreté, le racisme mais ils sont restés sacrément unis. Le couple qui joue les parents de l’artiste sont très touchants.

Copyright Tukimuri

Ils n’ont pas hésité à cacher le couple Manouchian pendant la guerre dans leur appartement du 6eme arrondissement avec l’issue tragique que l’on connait. La scène de liesse à la Libération est un moment fort du film avec ses drapeaux bleu-blanc-rouge même si on voit de loin que les immeubles parisiens sont des décors de studio.

Son amitié avec Pierre Roche, un pianiste issu de la bourgeoisie va lui permettre de rencontrer Edith Piaf, qui se montrera autant de bons conseils que de mauvaise foi un peu méchante et acide. Piaf est superbement jouée par Marie-Julie Baup qui apporte une toute autre interprétation que Marion Cotillard. Plus tôt en octobre, j’avais lu la biographie très authentique de Piaf par sa sœur de rue Simone Berteaut. Charles Aznavour a vraiment été bien fait de lui servir d’homme à tout faire pendant huit ans. La scène où il s’émancipe de Piaf est fascinante.

La France s’est aznavourée dans les années 1960 après lui avoir ri au nez pendant vingt ans

Ce biopic montre sa tenacité face aux salles à moitié vides, aux critiques déplacées sur sa taille, son physique, ses origines. Puis un soir en 1960, il a écrit une chanson géniale Je me voyais déja et sa carrière a enfin décollé à 36 ans.

Aznavour inspire les jeunes générations notamment le rap et le slam. Dr Dre a samplé Parce que tu crois écrit en 1966 et c’est magnifiquement rendu dans le film pour illustrer les années de vaches grasses d’Aznavour après les nombreuses années de vaches maigres.

La série Lupin de Netflix se termine avec un morceau d’Aznavour pour illustrer des retrouvailles familiales : Hier encore.

J’ai découvert qu’une chanson que j’aime tout particulièrement She reprise dans un de mes films favoris Coup de foudre à Nothing Hill a été composé par Charles Aznavour alors que je pensais que c’était un crooner américain. A l’apogée de sa carrière Aznavour est parvenu à obtenir le même cachet que Sinatra.

Et enfin, la plus belle transmission de l’oeuvre d’Aznavour, c’était ce petit moment suspendu cet été où j’ai entendu des fillettes africaines dans mon quartier qui chantaient For me, formidable après la prestation d’ Aya Nakamura avec la garde républicaine lors de la cérémonie d’inauguration des Jeux olympiques de Paris 2024.

Pour moi la magie du cinéma , c’est de donner au spectateur une émotion unique, intemporelle et universelle quand il découvre le processus de création : la genèse d’une chanson mondialement connue. Une chanson est réussie quand elle rappelle des souvenirs, des émotions au monde entier. Le cas du Boléro de Ravel.

Les biopics qui m’ont le plus émue :

Ray, avec Jamie Foxx, 2005

Encore un chanteur dont la musique m’a été transmise par ma grand-mère. Je crois qu’elle l’a vu en concert une fois au casino du Touquet. Il est né en 1930 comme mon grand-père. J’ai beaucoup aimé ce biopic qui raconte l’ascension d’un jazzman aveugle dans un pays sacrément raciste. Ce biopic parle de ses addictions, de ses drames enfant et aussi de la manière dont son Etat d’origine : la Géorgie a fait amende honorable avec lui. On a tous le superbe chant Georgia on my mind en tête.

Walk the line avec Joaquin Phenix, Reese Witherspoon, 2006

J’ai découvert ce biopic par hasard car je connaissais Johnny Cash et June Carter Cash que par leurs rôles dans les séries Docteur Quinn femme médecin et La petite maison dans la prairie. J’aime beaucoup la musique country et cette belle histoire d’amour avec une chanteuse country m’a beaucoup fait rêver. Comme Ray Charles, Johnny Cash a vécu une enfance difficile et précaire avec un accident dramatique qui a tué son frère. Longtemps, Johnny a été dépendant à la drogue pour exorciser son passé puis il a découvert la foi en Jésus qui sauve et restaure…

La môme avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, 2007

Edith Piaf est une légende française par son histoire personnelle et sa voix qui a bouleversé le monde entier comme l’indique sa plaque de lieu de naissance rue de Belleville. J’ai vécu pendant cinq ans dans son quartier d’origine.

On pourrait la qualifier aujourd’hui de personne toxique mais elle reste tout de même assez attachante pour la manière dont elle vivait ses chansons. Elle ne trichait pas et elle a su faire aimer son Paris populaire dans le monde entier : Etats-Unis en tête.

Cloclo avec Jérémie Rénier et Benoit Magimel en 2012,

Ce biopic je l’ai vu avec mon frère, grand fan des chansons de Claude François. Avec ce film on a réalisé que l’homme était vraiment imbuvable et zinzin. Mais c’est un très beau film qui commence par un exil forcé, le revers de fortune du papa en Egypte.

La famille sera obligée de revenir en France sans rien. La performance de danseur et de chanteur de l’acteur est exceptionnelle, elle aurait mérité un César.

Boléro avec Raphaël Personnaz, 2024

C’est plutôt l’histoire du Boléro qui est intéressante ici que celle de Maurice Ravel. C’est l’un des morceaux de musique classique le plus écouté au monde. Sa lente élaboration tout au long du film m’a passionnée.

J’ai vraiment hâte de voir les deux biopics consacrés à Johnny Hallyday . D’ailleurs, Johnny fait une courte apparition dans le film Monsieur Aznavour.

Et vous quelle est votre chanson favorite de Charles Aznavour?

Retrouvez ici mes précédents articles de la rubrique Toute la musique que j’aime et autres hommages :

Le loup, la biche et le chevalier d’Henri Salvador dans la playlist de ma fille

-Hommage à Jane Birkin, la meilleure ambassadrice de la poésie de Gainsbourg

-La Bébel mania, la nostalgie d’une France où tout allait bien

Cinéma

Quand te reverrais-je acteur merveilleux ? Hommage à Michel Blanc en cinq films marquants.

Vendredi matin, j’ouvre le site de Paris Match et là c’est le coup de massue : Michel Blanc est mort. J’ai réalisé avec sa mort à quel point j’aimais sa manière de jouer et je me rendais même pas compte que je choisissais un film car il jouait dedans.

Il est de la même génération que mon père et depuis une vingtaine d’années, ses rôles étaient emprunts de transmission et de bienveillance envers les générations suivantes. Il jouait un père, un prof comme dans Nos 18 ans… On a entendu les hommages de la chanteuse Louane, de Pierre Niney ou d’ Hakim Jemili car Michel Blanc a accompagné leurs premiers rôles au cinéma comme partenaire.

Depuis l’annonce de son décès, je ne cesse que de regarder des reportages qui lui rendent hommage. J’imagine la peine indéfinissable de ses amis de la troupe du Splendid car ils ont connu le succès ensemble depuis cinquante ans. Ils se connaissent depuis leurs 14 ans au lycée Pasteur à Neuilly.

Il se trouve que j’avais lu ce printemps la biographie de Josiane Balasko, une de mes actrices préférées. C’était très émouvant de les voir poser tous ensemble pour fêter les 75 ans de Paris Match. Cette troupe a marqué l’histoire du cinéma, tous sont devenus des vedettes ! Ils sont très touchants par leur amitié éternelle alors qu’ils ont des opinions politiques assez diverses, ils continuent de rire ensemble et de se vanner.

J’ai voulu lister cinq grands films dans lesquels Michel Blanc m’a émue.

Les Bronzés et Les bronzés font du ski par Patrice Leconte : 1978 et 1979 : Jean-Claude Dusse

Ce sont deux films patrimoniaux avec des répliques cultes qui se transmettent de générations en générations. Elles sont même entrées dans le langage commun : « Sur un malentendu », « Je sens que je vais conclure….  »

Michel Blanc était connu pour être le dialoguiste de la troupe du Splendid. Il est indéniable que Jean-Claude Dusse est le personnage le plus marquant des Bronzés avec ses déconvenues amoureuses ou bloqué sur un télésiège.

Il s’est efforcé de changer de registre vers le drame car le rôle de Jean-Claude Dusse tellement iconique était un peu trop encombrant et réducteur. Moi j’adore le début des Bronzés font du ski quand on suit Jean-Claude en train de prendre le métro dans Paris avec ses skis et ses batons vers la gare de Lyon pour rejoindre l’Alpe d’Huez…

Je vous trouve très beau, réalisé par Isabelle Mergault, 2006 : Aymé Pigrenet

J’ai beaucoup aimé cette comédie sociale qui a été tourné dans la Drôme, ma patrie. Elle raconte l’histoire d’un fermier, Aymé, qui se retrouve brutalement veuf et sacrément désappointé car ni la cuisine, ni la lessive ne sont ses points forts.

Il va s’envoler pour la Roumanie avec une responsable d’agence matrimoniale pour trouver plus une fermière qu’une épouse. Il va trouver la perle rare : Elena, une jeune femme solaire qui a du mal à accepter que les sentiments ne feront pas partie de l’équation. L’un des plus beaux rôles de Michel Blanc, celui d’un fermier bourru qui va accepter de vivre la tendresse et l’affection.

Nos 18 ans, 2008, réalisé par Fréderic Berthe : Monsieur Martineau

J’aime énormément cette petite comédie générationnelle qui se déroule à Bordeaux dans les années 1990. C’est l’histoire d’un groupe d’adolescents qui passe le bac et qui vit ses premiers émois amoureux lors de soirées où retentissent les meilleurs sons de Téléphone, Manu Chao… Les petits jeunes de la bande ne sont pas très connus à part Pierre Niney. Ils vont être encadrés par deux belles figures du cinéma français : Michel Blanc et Bernadette Lafont, qui jouent une mère et un fils.

Michel Blanc est un professeur de philosophie un peu rigide, bête noire de l’un de ses élèves Théo. Manque de bol, Théo se ramasse aux rattrapages mais il va pouvoir bénéficier de la main tendue et inespérée de Monsieur Martineau.

Demi-sœur réalisé par Josiane Balasko, 2013 : Paul.

C’est un film très émouvant qui repose sur le duo Balasko/Blanc. Nénette est une petite fille de 60 ans qui retrouve par la force des choses son frère Paul qui est pharmacien et qui ignore tout de son existence. On ne peut pas dire que l’accueil va être des plus chaleureux tant Paul est psychorigide et peu empathique avec les handicapés mentaux.

Josiane Balasko et Michel Blanc sont les deux seuls de la troupe du Splendid à avoir vraiment cherché à jouer des rôles plus dramatiques. C’est un film tendre et profond.

Et enfin Docteur ? de Tristan Séguela, 2019 : Serge

Je l’ai vu avec mon mari et on a vraiment bien aimé cette comédie un peu grinçante qui se moque de l’uberisation de la médecine généraliste. C’est le soir de Noël et Michel Blanc joue un médecin proche de la retraite et un peu désocialisé. Il est débordé par ses gardes et il force sur la piquette pour tenir le coup.

Il a tellement chargé la mule qu’il se bloque le dos et il va devoir faire équipe avec Malek (Hakim Jemili) un livreur Uber eats, lui aussi de service, ce soir là… Ce duo comique qui réunit deux générations d’humoristes fonctionne très bien et on passe un bon moment de cinéma avec ces deux-là.

Jeudi 11 octobre, c’était les obsèques de Michel Blanc dans l’église Saint-Eustache. Un fan s’est présenté en tenue de skieur avec ses skis, ses gants et son masque de ski. Le plus bel hommage à Michel Blanc : Jean-Claude Dusse n’est pas seulement iconique, il est inoubliable dans nos cœurs !

Retrouvez ici d’autres hommages à des acteurs et des chanteurs qui m’ont marquée !

-Hommage à Belmondo, la Bebel mania, nostalgie d’une France où tout allait bien !

-Jane Birkin, la meilleure ambassadrice de la poésie de Serge Gainsbourg dans le monde entier.

Cinéma·Sociologie

Un petit miracle : les gens reviennent au cinéma kiffer avec Artus et ses copains

Comme quatre millions de Français, je me dépêchée d’aller voir Un petit truc en plus au cinéma ce week-end. La plupart de mes collègues l’ont déjà vu et le bouche à oreille a joué son merveilleux et efficace rôle de prescription.

Le résumé du film :

Pour échapper à la police, un fils et son père en cavale sont contraints de trouver refuge dans une colonie de vacances pour jeunes adultes en situation de handicap, se faisant passer pour un pensionnaire et son éducateur spécialisé. Le début des ennuis et d’une formidable expérience humaine qui va les changer à jamais.

Il y a plein de comédies sympas qui sortent sur les écrans : Chasse gardée, Ici et là-bas et pourtant le film d’Artus a un petit truc en plus (elle était facile, c’est vrai).

Je parlerai peu du film en lui même car je pense que la France entière connait un peu l’intrigue du film. J’avais surtout envie de parler du phénomène autour de ce film. C’est un film réconfortant en cette actualité effroyable et pesante.

On sent dans son discours l’envie de faire changer les perceptions collectives sur les handicapés aussi bien physiques que mentaux. J’ai lu dans le dossier de presse du film que quand il avait une dizaine d’années, il avait invité un de ses copains de classe autiste, à son anniversaire. La maman lui avait téléphoné pour s’assurer qu’il invitait son fils pour de bonnes raisons car elle craignait qu’on ne se moque de lui une fois de plus.

Ce film symbolise aussi la revanche de certains parents d’adultes trisomiques comme la maman d’Arnaud, un des acteurs du film. Arnaud travaille comme équipier au café Joyeux, il a 45 ans. Mais dans les années 1980-1990, ses parents ont subi les regards malveillants au restaurant, quand on s’arrête de manger et qu’on se donne un petit coup de coude car un enfant trisomique entre dans la salle.

Heureusement que la société française a beaucoup évolué depuis avec la création des Cafés Joyeux, l’émission Les rencontres du papotin ou encore le film Le huitième jour qui a reçu le prix d’interprétation masculine attribué à Daniel Auteuil et Pascal Duquenne en 1996.

Cette troupe de comédiens accompagnés de leurs éducateurs et de leurs parents sur le tournage ont réalisé quelque chose de grand. Ils ont appris leur texte avec une oreille ou selon la technique du perroquet alors qu’ils ont des difficultés d’élocution et que ça n’est pas leur métier. Mieux, ils ont remis au goût du jour une chanson aux paroles un peu idiotes mais sacrément sympa quand on part en colo !

Je pense que la spontanéité exprimée, le joyeux bazar et le fait de kiffer simplement leur réussite sur les marches du festival de Cannes a été leur meilleure carte pour donner envie aux spectateurs d’aller voir ce film. Ils sont beaucoup plus souriants que toutes ces stars impassibles qui contrôlent leur image.

Ce film est un petit miracle, une belle expérience humaine collective. On sent que les acteurs principaux : Artus Belaïdi, Clovis Cornillac pourtant habitués aux rouages du cinéma français ont vécu une aventure exceptionnelle bien plus intense que les films dans lesquels ils ont l’habitude de jouer.

Cette intensité émotionnelle se retrouve aussi dans les salles de cinéma : des gens qui ne se connaissent pas rient ensemble. On a applaudit l’équipe à la fin du film. Certes, les Français sont des râleurs mais quand on leur propose des comédies qui touchent au coeur, ils sont touchés. J’ai vécu une expérience similaire en allant voir au cinéma Intouchables ou Envole-moi.

Enfin, j’ai été personnellement touchée par ce film car il a été tourné à Valence, la ville dont je viens et le Vercors, que j’aime particulièrement. La fameuse route des Goulets est assez éprouvante en car. Le gîte sur les hauteurs est superbe, cela m’a rappelé mes colos chrétiennes quand j’étais collégienne. Surtout quand on leur sert des plâtrées de lasagnes peu ragoutantes.

Je suis même arrivée à convaincre mes parents d’aller au cinéma voir le film cette semaine. On souhaite à toute cette équipe de franchir le cap des dix millions de spectateurs. Ce serait une réussite bien méritée.

Retrouvez-ici mes précédents articles qui parlent de la trisomie 21 et comment la société doit changer son regard pour être à la page.

-L’extraordinaire Marcel, témoignage d’une famille qui a médiatisé son quotidien pour encourager les autres parents d’enfants porteurs de trisomie 21

Mongolien toi même, Chronique de la BD Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé

La différence invisible, chronique de l’autisme Asperger

-Une autre forme de convivialité, bien plus authentique au café Joyeux Opéra.

Cinéma

Quand les actrices et les réalisatrices font exploser la chape de plomb aux Césars 2024

Vendredi soir, j’étais bien évidemment devant Canal+ pour suivre la 49eme cérémonie des Césars. J’aime énormément la chanson française, pourtant je ne suis jamais les Victoires de la musique. La cérémonie des Césars se déroule toujours dans un beau théâtre dans le centre de Paris : l’Olympia depuis quelques années.

Cependant, je commence quand même à me lasser des éditions précédentes où l’on coupait la parole aux récompensés au bout d’une minute avec une musique d’ascenseur. Mais avec Valérie Lemercier comme présidente de cérémonie, la soirée a été un bon moment de télévision, et même un moment historique pour les femmes actrices et réalisatrices.

J’ai vraiment aimé sa belle robe noire longue en velours ainsi que sa coiffure. C’était drôle et très à propos quand elle a poussé la chansonnette sur du Gérard Lenormand. Valérie Lemercier n’est pas qu’une rigolote, c’est une actrice et réalisatrice maintes fois récompensée par les Césars. Elle a réalisé un film marquant Aline, inspiré par la carrière magistrale de Céline Dion. J’ai aimé qu’elle ait une parole forte pour la vague Me-too qui secoue le cinéma français :

« Je ne quitterai pas ce plateau sans louer celles et ceux qui font bouger les us et coutumes d’un très vieux monde où les corps des uns étaient implicitement à la disposition des corps des autres »

Puis le premier César de la soirée : celui de la meilleure actrice dans un second rôle a été remis à Adèle Exarchopoulos. Elle qui a joué cette année le personnage qui m’ a le plus touchée dans le film Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry.

Chloé a été victime d’inceste de la part de son grand-frère et elle entame un parcours de justice restaurative avec une juriste jouée par Elodie Bouchez. J’ai vu ce film lors d’un ciné-débat avec des aumoniers de prison et c’est un des moments forts de mon année.

Les journalistes désignent le discours de cinq minutes d’émotion de Judith Godrèche comme le plus marquant de l’histoire des Césars et je pense que cela n’est pas exagéré. J’ai trouvé cette prise de parole très digne et courageuse.

J’admire son sang-froid pour ne pas flancher compte tenu des violences psychologiques terribles qu’elle a vécu dans son adolescence : «L’image de nos pères idéalisés s’écorche. Mais ne faut-il pas regarder la vérité en face ? (…) Depuis quelque temps, je parle mais je ne vous entends pas, ou à peine. Où êtes-vous, que dites-vous ? Un chuchotement, un demi-mot, ce serait déjà ça. Je sais que ça fait peur, moi aussi j’ai peur. J’ai arrêté l’école à 15 ans, je n’ai pas le bac, rien. Ce serait compliqué d’être black listé de tout»

Les ministres Aurore Bergé et Rachida Dati ont bondi de leurs sièges à la fin de son discours pour lancer une nouvelle standing ovation car il fallait avoir la bonne réaction face à un pareil message. Vanessa Springora, auteure du livre Le consentement, était également dans la salle.

Je ne peux m’empêcher de penser également à l’histoire de Flavie Flament qui a été abusée adolescente par un photographe de mode célèbre : histoire racontée dans le livre La consolation, adapté à la télévision.

La conclusion du discours de Judith Godrèche était parfaite et pose réflexion sur notre attitude à chacun dans un cadre amical, professionnel : « Cette fois, cela ne se passera pas comme ça » !.

Ce discours constitue un véritable tournant idéologique pour le cinéma français. En septembre 2022, cette couverture de revue professionnelle 100 % masculine faisait scandale pour sa maladresse et son impunité flagrante.

Depuis, Justine Triet a raflé toutes les récompenses : Palme d’or à Cannes, César du meilleur scénario, de la meilleure réalisation, du meilleur film, les Bafta et peut être les Oscars dans 17 dodos comme le disait si bien Valérie Lemercier.

Je n’ai pas vu Anatomie d’une chute, le sujet glauque du film m’a beaucoup rebuté. Mon coup de coeur de l’année, je l’ai déjà dit c’est Je verrai toujours vos visages pour le travail de reconstruction possible et l’humanité de Jeanne Herry.

Mais j’ai beaucoup aimé le discours de Justine Triet : « Je voudrais dédier ce César à toutes les femmes (…) à celles qui réussissent et celles qui ratent, celles qu’on a blessées et qui se libèrent en parlant, et celles qui n’y arrivent pas ».

L’académie des Césars a également récompensé les carrières d’ Agnès Jaoui et Christopher Nolan par un César d’honneur. Le discours de Jamel Debbouze était parfait, il m’a beaucoup ému contrairement à l’année dernière où il avait fait de la provoc’ un peu inutile à mon goût en temps que maître de cérémonie en 2023.

Gageons que la cérémonie de l’an prochain sera enfin égalitaire pour assister à une réelle compétition de réalisateurs entre Jacques Audiard, Justine Triet, Cedric Klapisch et Jeanne Herry…

Retrouvez-ici mes précédents articles sur ce blog :

-Quelle fraternité pour notre siècle ?

-Dix-neuf marches, un roman young adult efficace pour raconter le Blitz à Londres.

Expos·Musique

Hommage à Jane Birkin, meilleure ambassadrice de la poésie de Serge Gainsbourg

Je suis une enfant des années 1990 et quand j’étais petite, je me rappelai de Jane Birkin qui chantait La gadoue avec un délicieux accent anglais, plaisant pour les enfants.

Il y avait une blague un peu nulle sur sa petite poitrine qui circulait :  » des œufs sur le plat comme Jane Birkin »…

Mes parents n’étaient pas des grands fans de Serge Gainsbourg mais ils appréciaient sa poésie comme tout le monde. Ses chansons font partie du patrimoine culturel français et on regardait avec plaisir les images d’archives des émissions de variétés chez Drucker ou dans l’émission d’Arthur Les enfants de la télé.

Mais dernièrement avec #Metoo, l’étoile de Gainsbourg a pâli. Ses grossièretés envers la regrettée Whitney Houston ne font plus rire, elles sont même gênantes.

Jane Birkin vient de nous quitter et bon nombre de médias féministes s’offusquent qu’on la réduise à un statut de muse de Gainsbourg, qu’on ne montre que ses photos de jeunesse pour illustrer sa beauté…

Gala était la muse de Salvator Dali, Fernande Olivier celle de Picasso… Jane Birkin était une artiste complète qui a su mettre en valeur la poésie des textes de Serge Gainsbourg. Ils étaient un vrai duo artistique.

La preuve, elle a continué de composer d’autres chansons après sa mort en 1991. Elle a eu une très belle carrière internationale alors qu’elle était bien malade.

Jane Birkin était aussi une femme engagée, un excellente comédienne sachant jouer aussi bien la comédie que le drame classique. Et puis elle a eu trois filles qui excellent toutes les trois dans les domaines artistiques : la photographie, le cinéma et la chanson…

En lisant pas mal d’articles et en visionnant un superbe documentaire Jane Birkin et nous, j’ai réalisé à quel point les Français se sont attachés à elle. J’étais bien peinée devant ma télévision de la découvrir si diminuée à la dernière cérémonie des Césars avec sa fille et sa petite-fille.

Serge et Jane, une famille à laquelle on s’attache.

Serge Gainsbourg et Jane Birkin ont vingt ans d’écart. Mais ils ont tous les deux une histoire personnelle marquée par la seconde guerre mondiale. Serge Ginsburg vient d’une famille juive qui a perdu sa nationalité française, il a dû se cacher quand il était petit, une pleine nuit en forêt car l’internat dans lequel il était caché, fut fouillé par les nazis.

Jane Birkin est la fille d’un officier de la Navy qui a aidé des milliers de Français à rejoindre l’Angleterre depuis la Bretagne en traversant dangereusement la Manche la nuit.

Serge Gainsbourg était un pianiste classique renommé dans les pianos-bar du Touquet. Jane a épousé très jeune le compositeur John Barry mais ça n’a pas collé entre eux.

En 1969 (la fameuse année…), elle s’enfuit en France avec sa petite fille Kate et rencontre Serge. Ils vont former une famille recomposée qui attirera tous les regards pendant une dizaine d’années. Andrew, son frère, va publier un très bel album de famille chez Albin Michel…

La France va rapidement adopter cette petite Anglaise éprise de liberté qui va inventer une nouvelle féminité, à mi chemin entre Londres et Paris. Dans les années 1960, Londres attire tous les regards dans le domaine de la mode mais aussi de la musique…

Jane Birkin, figure de style, Vanity fair

J’ai lu un excellent article écrit par Anne Bouley dans Vanity fair, intitulé « Jane Birkin, figure de style » : « Jane B a invité le bohême cool en misant sur de belles matières comme le lin ou le cachemire. Elle a revisité des basiques comme le marcel blanc, la chemise d’homme trop grande et surtout les marier avec des couleurs douces comme le vert d’eau, le marine, le gris et toujours du noir. Jamais de couleurs vives qui à mon sens vieillissent les gens. Elle a revisité le vestiaire masculin de son homme pour lui donner du style : le total look denim et les Repetto blanches, c’est elle ».

Elle, la petite anglaise des sixties a su se créer un style tout particulier, renouvelant ainsi l’image de la Parisienne devant le monde entier. Le plus fou c’est qu’elle avait toujours une mode d’avance entre ses vingt et quarante ans. Monter les marches de Cannes en robe de soirée et panier en osier portugais, c’est tellement novateur et original.

Vu sur le site Nana Toulouse

Il fallait me voir devant le documentaire à plisser les yeux pour scanner tous ses looks entre 20 et 70 ans. Jane Birkin a misé toute sa vie sur le look androgyne qui se révèle être sexy contre toute attente.

Son première concert sur scène au Bataclan en 1987 à 40 ans est vraiment saisissant. Elle a choisi de se débarrasser de tous les artifices féminins comme le maquillage, elle a taillé ses longs cheveux pour que le public ne se concentre que sur les chansons de Gainsbourg… Et pourtant elle a une présence scénique incroyable…

Dernièrement j’ai lu un recueil de nouvelles Un jeudi saveur chocolat avec un personnage japonais très intéressant. Une femme publicitaire qui portait un sac Birkin crée par Hermès. Ce sac symbolise le luxe mais aussi la France.

Birkin c’est la France. Elle est plus connue ici que dans son pays d’origine. Avec son interprétation joyeuse et sensible des chansons de Serge Gainsbourg, elle a su conquérir le cœur de plusieurs générations de Français.

Gainsbourg, un grand cynique qui créait de si belles chansons d’amour

Les chansons un peu provoc de Birkin et Gainsbourg sont marrantes (et encore) : Je t’aime moi non plus, 1969, année érotique… mais c’est de l’esbrouffe ! Moi j’aime leurs chansons d’amour superbes comme Fuir le bonheur avant qu’il ne se sauve, La javanaise, Je suis venu te dire que je m’en vais… Même Couleur café est une chanson d’amour !

Jane Birkin était une fausse ingénue qui chantait des paroles simplistes mais divertissantes à la télévision comme avec Jacques Dutronc ou La Gadoue qui lui va comme un gant. Et puis il y a aussi des chansons où sa voix proche de la fêlure est aussi puissante que celle de Johnny Hallyday dans l’extrême inverse.

J’aime beaucoup Ex fan des sixties, petite baby doll, qui est toute simple mais qui donne autant d’émotions qu’une diva… Il faut que je mette la main sur son disque Arabesque où elle allie les textes de Serge Gainsbourg avec des mélodies orientales…

J’ai eu du mal à écrire cet article cette semaine tant la personnalité en question était fantastique. Avec son décès, j’ai découvert à quel point l’artiste me fascinait. Ses engagements politiques et sociétaux sont tout aussi louables et représentatifs d’une femme qui se soucie des autres.

Jane Birkin est allée à Sarajevo pendant la guerre civile, elle est allée chanter pour les sinistrés de la centrale nucléaire au japon en 2011…

Cet automne, j’ai hâte de visiter l’exposition Johnny à la porte de Versailles, ou encore la Maison Gainsbourg, rue de Verneuil. J’aime beaucoup le street-art mais cette façade d’hôtel particulier dans le 7eme arrondissement est sacrément repoussante.

Je comprends pas bien au nom de quel art, les fans de Serge Gainsbourg viennent apposer leurs graffitis. Faites au moins une œuvre d’art collective !

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Dans ce blog, j’aimerai accorder une plus grande place à la chanson française que j’aime tant… Je suis quelqu’un qui aime beaucoup lire les biographies des chanteurs, des acteurs. Je lis Paris-Match chaque semaine.

J’ai commencé à écrire quelques articles dans le domaine de la chanson et du cinéma :

-Andrée Grise, Demain, j’irai mieux, un album inspiré…

-Stromae et ses chansons incontournables de la décennie 2010.

-Hommage à Belmondo et à une France qui n’existe plus…

Cinéma

La Bébel mania ou cette nostalgie de « la France qui allait bien dans les années 1970 »

L’expression « La France qui allait bien » n’est pas de moi. Elle titrait un article du Figaro pour rendre hommage à Jean-Paul Belmondo mais elle m’a inspiré un article.

Pochoir de C215

Je connaissais très peu l’homme ainsi que sa filmographie pourtant l’hommage national qui lui a été rendu aux Invalides m’a énormément plu. Je suis née à la fin des années 1980 et j’ai davantage vu les multiples rediffusions des comédies de Louis de Funès ou les films de Sophie Marceau en famille.

C’est plus tard quand j’ai eu vingt ans, quand je suis venue faire mes études à Paris que je l’ai vraiment découvert. J’ai suivi un cours de cinéma de la Ville de Paris vraiment génial à l’Ecole du Louvre (c’était gratuit en plus). Ce cours présentait ses meilleurs films comme A bout de souffle, Peur sur la ville avec Paris en tête d’affiche.

Je me souviens d’une super soirée entre copines au foyer La Vigie où on avait regardé A bout de souffle (en noir et blanc, c’est dire). Je ne suis pas une inconditionnelle de Godard et la Nouvelle vague mais j’avais bien aimé. Jean-Paul Belmondo était un pilier du cinéma français avec Claude Brasseur, Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle…

L’hommage que l’académie des Césars lui avait rendu en 2017 m’avait beaucoup impressionnée.

Handicapé sérieusement dans son élocution à cause d’un AVC foudroyant il y a une vingtaine d’années, Jean-Paul Belmondo avait livré un très beau discours où il rendait hommage à ses parents d’une manière très jolie.

Son père, Paul Belmondo fut un grand sculpteur classique et son fils s’est battu pour l’ouverture d’un musée dédié à son œuvre en 2010 à Boulogne-Billancourt.

Entre-temps, j’ai découvert le jeu d’acteur de son petit-fils Victor dans le film Envole-moi de Christophe Barratier. C’est mon coup de cœur cinéma de 2021, le film qui m’a décidé de retourner dans les salles obscures à leur réouverture. J’ai trouvé cela très fin de jouer un fils à papa totalement oisif à qui on va confier de grandes responsabilités pour apprendre la vie.

Je lui souhaite de vivre un deuil serein à l’abri des magazines people et qu’on évite de chercher sans cesse la comparaison avec son grand-père. Il y a des héritages artistiques bien difficiles à porter.

La famille Belmondo ne manque pas d’argent mais j’aime beaucoup la simplicité, l’unité et l’authenticité qu’ils dégagent. On ne peut s’empêcher de comparer avec les obsèques de Johnny Hallyday qui étaient aussi très réussies avec l’hommage blues de ses musiciens dans l’église de la Madeleine.

C’est actuellement la grande mode des hommages nationaux à Jean d’Ormesson, Charles Aznavour, Jacques Chirac ou encore le gendarme ultra courageux Arnaud Beltrame aux Invalides. C’était très émouvant de voir ces anonymes sur les pelouses de l’esplanade qui pleuraient l’acteur avec lequel ils avaient grandi.

J’ai regardé au moins quatre fois le long extrait qui clôture la cérémonie avec la bande originale du film Le professionnel. Il s’agit du thème Chi mai composé par Ennio Morricone en 19 et joué par l’orchestre de la Garde républicaine sous les applaudissements de 700 personnes, anonymes et stars de cinéma réunies pour un au revoir profane tout en grâce et en simplicité.

Cela avait plus de grâce que la pub Royal Canin. Je connais une grande clarinettiste de la Garde républicaine et on a beaucoup de chance d’avoir un tel orchestre en France.

Le cinéma actuel manque de grandes musiques de films comme celles d’Ennio Morricone ou de Vladimir Cosma avec des thèmes qui donnent des frissons. Ces hommages nationaux sont bien plus solennels et forts que le moment nécrologie des Césars, une cérémonie qui me déplait de plus en plus.

Du côté de la télévision, on trouve de belles émissions comme La boite à secrets animé par Faustine Bollaert sur France 3. Elle réunit des célébrités à qui on fait de belles surprises : les gens qu’ils aiment viennent pousser la chansonnette et les émotions sont au rendez-vous. On les célèbre…de leur vivant !