Sociologie

Affaire Pélicot : quand la justice somme la société de ne pas dépasser les bornes dans l’intimité du couple.

Comment tirer un bilan de 2024 sans parler du procès historique des viols de Mazan ou affaire Pélicot ?

J’ai découvert cette affaire sordide il y a quelques années dans Paris-Match et j’ai mis un mouchoir dessus : j’espérais tellement que ce soit un canular, une fake news tant une telle trahison dans un mariage uni me paraissait scabreuse. Et qu’ on trouve une telle quantité de gros pervers dans un rayon de 50 kilomètres pour participer à cette déviance m’a vraiment découragée de l’humanité. Mazan, c’est un petit village tranquille du Vaucluse.

Un procès historique car la victime de ces viols de masse est une septuagénaire qui proclame que la honte va changer de camp.

Début septembre, la France entière découvre le visage et le nom de Gisèle Pélicot bien protégée un premier temps par ses lunettes de soleil toutes rondes. Les artistes de street art vont rapidement en faire une icône dans leurs collages dans les grandes villes françaises. J’avoue que cela m’a fait du bien de voir les collages de Ladamequicolle à Toussaint à Lille.

Cet article ne va pas s’étendre sur les horreurs perpétrées par Dominique Pélicot et ses co-accusés. J’ai envie de souligner le rôle de tous ces anonymes qui ont refusé de laisser le champs libre aux violeurs, à ceux qui intimident les femmes dans la rue par leurs propos graveleux ou ceux qui filment sous les jupes des femmes dans les supermarchés.

Ce vigile de supermarché qui a permis l’arrestation de Dominique Pélicot n’est pas un héros, il a fait son métier avec conscience professionnelle. Il n’a pas tergiversé, il a nommé un chat un chat et surtout il a encouragé une des clientes à porter plainte.

En septembre, souvent nous parlions du procès Pélicot à table entre collègues car nous avions besoin de digérer ce que nous entendions au journal télévisé et de se révolter ensemble sur cette forme de deshumanisation totalement banalisée.

J’espère que ce procès fera prendre conscience qu’un corps n’est pas un objet mais une personne dont on cherche le regard et donc le consentement.

Dans tout ce désordre éthique, j’ai beaucoup aimé l’éditorial d‘Antoine Nouis, qui est théologien : « La sexualité humaine diffère de la sexualité animale en ce que le partenaire n’est pas qu’un objet sexuel, il est d’abord un visage. Bibliquement, la sexualité n’est pas l’assouvissement d’un besoin, elle est la rencontre de deux solitudes, de deux visages qui se cherchent et se désirent, se rencontrent, s’unissent et parfois se réjouissent« .

Plus tôt dans l’année, j’avais lu l’essai de Thérèse Hargot sur les dommages irrémédiables de la pornographie dans l’imaginaire personnel des adolescents mais aussi des adultes.Il serait grand temps que la société fasse le tri dans son héritage idéologique hérité de Mai 1968 concernant la liberté sexuelle. La thèse de Thérèse Hargot que je partage c’est que la liberté sexuelle aliène beaucoup qu’elle épanouit. Quand elle part en cacahuètes, elle fait surtout de gros dégâts.

On a inventé la justice pour dépasser la vengeance, Béatrice Zavarro.

Trois femmes se sont détachées du lot dans ce procès historique : Gisèle Pélicot bien sûr mais aussi sa fille Caroline Darian, fondatrice de l’association M’endors pas contre la soumission chimique et Maitre Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pélicot. Dans son style sobre et authentique, cette petite dame d’1m45 a eu une stature morale remarquable et elle en imposait par ses mots et sa droiture.

Tout comme les avocats de Gisèle Pélicot : maîtres Stéphane Babonneau et maître Antoine Camus, cette avocate marseillaise qui a une longue expérience derrière elle, a plaidé avec humanité comme une équilibriste sur un fil bien des fois.

Les interventions de ces avocats et des journalistes de terrain ont aidé une France abasourdie par ce fait-divers à retrouver ses repères sur les notions de consentement, d’intimité conjugale, de sexualité.

En 1978, a eu lieu le procès de trois hommes qui ont violé deux femmes en couple dans les calanques marseillaises. Défendues par Gisèle Halimi, elles ont refusé le huit clos pour la même raison que Gisèle Pélicot : que la honte change de camp. Elles ont été insultées, menacées mais ce procès a permit une évolution sociale majeure sur la perception du viol.

« Ce qu’a fait Gisèle Pélicot, c’est un legs pour l’avenir« 

Elle a toujours dit que dans son malheur, elle avait une chance, c’est que les preuves concrètes de ce qu’elle a vécu existaient, car c’est beaucoup plus complexe dans d’autres dossiers. Elle n’a pas cessé, tout au long de ce procès, de nous dire qu’elle avait une pensée pour toutes les femmes, éventuellement les hommes, qui en ce moment font face, seuls, à la justice« 

En ce moment, a lieu le procès de Christophe Ruggia, le réalisateur qui a découvert la talentueuse actrice Adèle Haenel. Il l’a prise sous son aile d’une manière tout à fait déplacée et traumatisante. Gageons que les leçons du procès des viols de Mazan provoquent une onde de choc bénéfique pour les victimes de violences sexuelles comme Judith Godrèche ou Adèle Haenel.

Cela prend vraiment aux tripes d’entendre Adèle Haenel déclarer à la barre : Qui était là autour de cet enfant pour lui dire : ‘Ce n’est pas de ta faute. C’est de la manipulation. C’est de la violence’ ? », s’est interrogé l’actrice, en costume noir. « Tout le monde me demande de pleurer sur le sort de M. Ruggia. Mais qui s’est soucié de l’enfant ? Agresser des enfants comme ça, ça ne se fait pas. Ça a des conséquences. Personne n’a aidé cette enfant ».

Rappelons qu’ Adèle Haenel a été assez isolée dans son combat contre les violences sexuelles lors de la cérémonie des Césars en 2020. Aujourd’hui, il faudrait que toutes les actrices du cinéma français se lèvent et se barrent de la salle car elles ont ensemble un pouvoir qu’elles ne soupçonnent pas. Gisèle Pélicot l’a bien fait !

Cinéma·Sociologie

En fanfare, fraterniser en musique dans une France fracturée mais qui veut rester unie.

Si vous aimez les histoires de fratrie et que vous avez envie de voir un film qui fait du bien dans le même genre qu’ Envole-moi, je vous recommande En fanfare.

On peut dire que les dix premières minutes du film démarrent… en fanfare (bon ce calembour idiot c’est bon c’est fait…). Il faut dire qu’il y a urgence vitale à rattraper le temps perdu. On sent qu’il y a une complicité immédiate et non feinte entre ces deux frères, ces deux acteurs.

Deux frères de cinéma qui portent le film sur leurs épaules.

Benjamin Lavernhe vient de la Comédie française, il a joué l’abbé Pierre mais aussi un pitoyable responsable de ressources humaines dans la brillante mini série Un entretien de Canal+. Pierre Lottin est immensément connu pour son rôle de Wilfried dans les Tuche. Mais il a aussi joué dans la série Lupin, le dernier film d’Ozon : Quand vient l’automne ou encore Notre Dame brûle de Jean-Jacques Annaud.

Je pense que Jimmy Lecoq dans ce film En fanfare est son plus beau rôle. On s’attache rapidement à ces deux frères pour qui l’annonce de leurs origines est un véritable tsunami émotionnel pour eux. Mais l’amour passionnée pour la musique va les aider à fraterniser tout de suite. Et même à aller de l’avant malgré la maladie et les difficultés professionnelles.

Les seconds rôles féminins de ce film lui apportent beaucoup : Sabrina en tête.

Sabrina c’est une des membres de la fanfare. Jimmy et elle se tournent autour dans la friend zone mais ils ont trop d’ennuis personnels pour se mettre ensemble. Et pourtant le fait de jouer dans une fanfare va les aider… à saisir leurs rêves.

Ensuite, il y a Claudine, la mère adoptive de Jimmy. Mon personnage préféré de ce film. Une dame toute simple de la classe moyenne avec un cœur en or. C’est elle qui va aider les deux frères à faire lien tout au long du film. Et enfin la maman et la sœur de Thibault sont d’une belle humanité elles aussi.

En fanfare, le film pansement de cette France si fracturée.

En fanfare est un grand film qui nous fait tous du bien vu à quel point le pays est fracturé. Il n’y a qu’une seule France et c’est possible d’y vivre ensemble sans s’y taper dessus. Le thème central de ce film c’est le déterminisme social.

Ces deux frères sont torturés par le résultat de la loterie : l’un a tiré le bon numéro en rejoignant une famille aisée dans une banlieue huppée. Il est devenu chef d’orchestre. L’autre a grandi en famille d’accueil. Heureusement, il a été adopté par un couple formidable qui participait à une fanfare. Mais il travaille dans une cantine et il rêve à d’autres horizons.

J’ai beaucoup aimé les références à d’autres films tous aussi sociologiques : ceux du britannique Ken Loach mais aussi Etienne Chatiliez : La vie est un long fleuve tranquille et celui du régional de l’étape Dany Boon : Bienvenue chez les Ch’tis.

En fanfare réunit la musique classique et la chanson populaire de Johnny, Sardou, Aznavour, les musiciens de jazz américains…En avril dernier, j’avais vu le biopic de la vie de Maurice Ravel : Boléro. Il se trouve que ce titre classique est le plus écouté au monde et il a été inspiré par les cadences infernales des machines industrielles dans les usines.

Les fanfares ou les harmonies musicales constituent le patrimoine immatériel de la vie ouvrière dans le Nord de la France. Voici une superbe vidéo de France 3 qui vous expliquera bien mieux que moi leur histoire.

Le film ne se termine pas du tout en queue de poisson comme c’est malheureusement le cas pour de nombreuses comédies françaises avec une bonne idée au début.

En fanfare se termine crescendo en apothéose avec les deux dernières scènes du film. Je ne vais pas vous les dévoiler pour que vous puissiez les savourer au cinéma. J’ai bien failli pleurer avec cette musique d’Aznavour tellement entraînante. Je n’avais pas réalisé de quel nord il parlait avec Emmenez-moi.

La magie du cinéma : l’accueil et l’engouement des spectateurs, la meilleure caisse de résonnance.

Et enfin, la magie de ce film réside sur son authenticité : Benjamin Lavernhe a travaillé d’arrache pied pour devenir chef d’orchestre en deux mois, Pierre Lottin a appris le trombone alors qu’il est un pianiste autodidacte. Les acteurs du film ont rejoint la véritable fanfare pour créer une harmonie musicale.

Cette fanfare joue un vrai rôle dans un coin de France qui s’est pris la désindustrialisation de plein fouet. On met des visages sur ces faits d’actualité un peu lointains au journal télévisé. La beauté du cinéma, c’est que des membres de la fanfare qui n’avaient jamais pris l’avion, sont allés présenter leur film au festival de Cannes.

Retrouvez-ici mes précédents articles consacrés au Nord de la France, d’où viennent mes grands-parents chéris.

-Les gaufres Rita, ma madeleine de Proust

-Les galériens de la SCNF au déconfinement de juin 2020 : un voyage rocambolesque au Touquet

Le vieux Lille en automne, la machine à remonter le temps

Sociologie

Ces sept humoristes du quotidien que j’ai découvert sur Instagram

J’ai remarqué que les formats courts d’Instagram type stories et réels étaient la rampe de lancement idéale pour les humoristes, une montée en puissance qui leur ouvrira la porte des zéniths complets et des matinales de radio…

Adieux attachés de presse influents et médias prescripteurs, les humoristes dynamitent le game grâce aux réseaux sociaux. A coup de stories quotidiennes, ils séduisent directement leurs nouveaux spectateurs et même ils les fidélisent grâce à Instagram.

L’impact des formats courts sur la carrière des humoristes et des chanteurs

C’est un peu la même chose avec des chanteurs comme Slimane ou Camille Lellouche, ils ramaient pendant des années à écumer les télé-crochets, leurs vidéos amateurs sont devenues virales et ils ont enfin pu accéder à la notoriété. Voici un florilège de sept humoristes que j’ai découvert sur Instagram et que je suis régulièrement car ils me font rire de manière constante.

Force est de remarquer que cette courte liste est essentiellement féminine car les thématiques de la vie de femme moderne ont une dimension fédératrice. « La maternité est un sujet inépuisable et universel  » comme l’analysait une des humoristes de stand-up interviewée dans Elle du 7 novembre 2024 dans l’article : « Mieux vaut en rire ».

Les humoristes Thomas Marty et Florian Lex me font beaucoup rire quand ils se déguisent en femmes sans pour autant se travestir.

Philippine Delaire, la fille sympa qui croque avec talent les mères en compétition

J’ai eu l’occasion d’échanger une ou deux fois avec Philippine sur Instagram pour la féliciter pour ses vidéos de talent. Elle est d’une gentillesse et d’une humilité rare dans sa manière de répondre ! Je suis ravie pour elle qu’elle ait fait la conquête d’une pastille humour dans une matinale d’Europe 1. Elle a un peu explicité son parcours du combattant pour faire vivre son spectacle au festival d’Avignon pour se roder avant de partir en tournée à travers la France.

J’aime beaucoup ses sketchs très précis sur les mamans qui sont en compétition. Elle invite d’ailleurs Mélanie Sitbon à jouer avec elle une autre maman.

Diane Segard, l’héritière d’Audiard et de Béatrice de Montmirail.

Née en 1991, Diane Segard vient d’une famille bourgeoise de Saint-Germain en Laye, où l’on vouvoie ses parents. J’ai découvert son portrait dans l’article d’Emilie Cabot : Diane Segard, la vie en névrose, publié dans Paris Match, le 19 mai 2024.

C’est évident que la filiation avec Béatrice de Montmirail ou bien Jacqueline Maillan saute aux yeux. J’aime beaucoup sa galerie de personnages : essentiellement des mères de famille au bout du rouleau qu’elle arrive à renouveler sans cesse.

Son personnage haut en couleur d’une jeune femme qui annonce à sa mère qu’elle a enfin pu procréer avec son mari après une soirée bien arrosée m’a même fait versé une petite larme tant on percevait la vulgarité certes mais aussi l’émotion.

J’ai un peu de mal avec ses mimiques un peu trop forcées mais je pourrais rapidement me décider pour aller voir son spectacle Parades au Casino de Paris. C’est une belle réussite acquise depuis le confinement de 2020, au rythme d’une vidéo par jour puisque rapidement Diane a conquis plus de 800 000 personnes sur Tiktok puis sur Instagram.

Les vidéos de Morgane, la vie d’insulaire en Corse.

J’aime énormément cette comédienne qui parle avec un accent corse inimitable. Ses vidéos qui montrent son immaturité et la manière dont sa mère va lui faire la leçon sont très réussies. Elle met à contribution son conjoint qui joue souvent le mec pas content. Je la trouve vraiment très douée et sa manière de rire du quotidien me divertit beaucoup.

Maria Moreno, @mariappymeal, la méthode Actor studio

Elle puise en elle même pour vivre ses personnages plutôt que de les jouer. Cela se joue beaucoup sur ses ressentis et la manière d’exprimer sa rage.

Elle interprète avec brio des personnages aussi variés qu’un père de famille lourdeau ou des petites filles un peu hystériques qui rendent dingo leur maman. Son pseudo est très efficace puisqu’il nous rappelle les caprices que l’on faisait enfant pour aller manger à Mc Do ce fameux Happy meal.

Florian Lex, l’exutoire de toutes les mamans exténuées par la charge mentale

C’est vraiment mon préféré. Celui qui joue le mieux la mère de famille totalement désabusée qui pousse un soupir d’énervement unique en son genre. C’est tellement bien joué que j’espère ne jamais lui ressembler. Ses expressions toutes faites comme Bon sang de bonsoir sont tellement savoureuses.

Je sens que je vais montrer ses vidéos à ma mère très bientôt. Histoire de voir si elle fait le rapprochement…

Les ambassadeurs qui dressent un beau portrait des villes dans lesquels ils jouent en tournée

Thomas Marty, celui qui aime faire la bise à tout le monde.

C’est un p’tit gars attachant qui vient du Var. Il s’est reconverti professionnellement car la banque ça le gonflait pour vivre pleinement son rêve : devenir artiste. Lui aussi va éclore pendant le confinement de 2020 avec des vidéos désopilantes de son confinement breton dans la famille de Moumoune, sa future femme. Son spectacle s’appelle Allez la bise en référence à sa manière chaleureuse et fédératrice de conclure ses vidéos.

J’aime beaucoup quand il imite sa femme dans ses petites manies : les boites tupperware, sa routine beauté ou ses vidéos géographiques où il parle de la vie d’une ville avec beaucoup de chaleur et d’émotions. Sa vidéo sur Clermont-Ferrand où j’ai passé seulement mon année de CP m’a bien plu. Mais j’aime moins ses blagues vaseuses dont il montre des extraits sur Instagram.

Marie s’infiltre, le culot fait femme.

Je la trouve souvent snob, elle énerve pas mal autour de moi quand je parle d’elle. Mais elle est tout de même sacrément talentueuse. J’aime ses vidéos sociologiques des villes de sa tournée car même si c’est un peu clivant et snob, ses stories pour promouvoir son spectacle Culot sont très efficaces.

On sent que la fille a fait des études de sciences politiques. Je trouve ses tenues de scène sacrément ridicules mais son courage à s’infiltrer sur des terrains assez mouvants pour dénoncer des faits de société suscite mon admiration. Et puis j’aime la manière dont elle rend hommage à sa grand-mère niçoise Daisy…

Enfin, je n’ai pas cité Laura Felpin car je ne l’ai pas découvert par Instagram mais c’est clairement les réseaux sociaux qui m’ont donné envie de découvrir son dernier spectacle : Ca passe !

Le sketch avec la dame du train, sexagénaire qui a des lunettes rouges avec un verre rond et un verre carré me fait mourir de rire. Elle est indéfinissable avec des adjectifs tellement elle est hilarante.

Il est indéniable que les réseaux sociaux : Tiktok, Youtube et Instagram ont révolutionné la notoriété des humoristes en particulier. Ils ont remisé la télévision au placard et c’est tant mieux car le dur labeur des artistes pour se faire connaître est alors récompensé…

J’ai découvert d’autres humoristes iciHumour et critique sociale : ceux et celles qui me font rire sur Instagram .

Retrouvez ici mes précédents articles :

Pourquoi Roule galette est tout sauf un album jeunesse ringard

-L’éternelle icône Martine fête ses 70 ans

BD & romans graphiques·Sociologie

Dulcie, portrait en BD d’une militante réduite au silence par un déferlement de violence.

J’ai découvert ce roman graphique à la médiathèque de Fontenay sous bois où je vis. Sa couverture rouge et son titre : Dulcie sont très efficaces. Le prénom de cette militante de l’ANC est tendre comme un bonbon et pourtant le système contre lequel elle milite n’a rien de doux.

Dulcie, Du Cap à Paris, enquête sur l’assassinat d’une militante anti-apartheid. Textes de Benoît Collombat et dessin de Grégory Mardon, Futuropolis, 304 pages, 26€

Armement nucléaire, « escadrons de la mort », attentats terroristes…, le long processus de libération de Nelson Mandela et son accession à la présidence sud-africaine le 9 mai 1994 n’a pas été un beau chemin bordé de roses pour les militants de l’ANC. D’ailleurs, Dulcie ne verra pas Nelson Mandela président car elle sera assassinée deux ans plus tôt… à Paris sous le mandat de François Mitterrand.

Quelques jours après avoir découvert cette BD à la médiathèque, je parcours les rues de la Courneuve un dimanche matin dont une qui s’appelle Dulcie September comme de nombreuses rues en France… Par curiosité, je regarde la plaque pour regarder l’âge à laquelle est morte comme tant de vieilles dames résistantes. Et là stupeur, je découvre qu’elle est morte à 52 ans, assassinée dans les années 1990 dans un quartier sécurisé de Paris.

J’ai éprouvé beaucoup de colère à ce moment là, la France ce n’est pas le Far-West ! Quelle impuissance de ne pas avoir su protéger une réfugiée politique. Mais Dulcie était-elle vraiment en sécurité en France?. Derrière l’assassinat de Dulcie September, se dessine un véritable polar géopolitique, où l’argent et le cynisme font la loi.

J’ai découvert les éditions Futuropolis en travaillant au festival du livre de Paris sur le stand des éditions du musée du Louvre, son co-éditeur. Depuis vingt ans, les musées d’art et la bande dessinée font bon ménage dans une collection.

Cela a même donné lieu à une exposition au musée de la BD à Bruxelles : Bulles de Louvre en 2022. Je vous recommande L’ile Louvre de Florent Chavouet qui raconte la vie quotidienne au musée du Louvre, une île refuge pour des millions de touristes…

Futuropolis, un éditeur engagé qui fête ses 50 ans en 2024

Je vous recommande cette maison d’édition qui est une référence BD pour moi. J’aime énormément les biographies et les récits singuliers comme il les appelle. Futuropolis c’est l’éditeur d‘Etienne Davodeau qui a dessiné et écrit Lulu femme nue porté à l’écran par Karin Viard… J’ai bien envie de lire Jesse Owens, des miles et des miles de Gradimir Smudja.

Enfin, écrire cette chronique de BD sur le militantisme d’une femme contre l’apartheid m’a paru important dans le contexte politique très clivant que nous vivons actuellement.

J’avais envie de lister les différentes BD et romans graphiques qui ont nourri mon rejet de la xénophobie, des idées mortifères où les étrangers et les chômeurs sont pris pour les boucs émissaires … C’est le rôle de la BD de nourrir notre intelligence et notre esprit critique…

Missak et Méliné Manouchian, reconnus par la nation pour leur résistance face à la haine.

Retour à Ravensbruck, le récit de déportation de Ginette Kolinka qui m’a émue aux larmes

Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD

Droits réservés La boite à bulles
Musique·Sociologie

Eblouie par le phénomène Taylor Swift sans connaître une seule de ses chansons…

Ce printemps au festival du livre de Paris, j’ai été attirée par le stand des éditions Fleurus et sa collection young adult Anthelion.

Il s’agit d’un nouveau label destiné à la génération Z (Livres Hebdo du 4 mars 2024) qui inaugure sa ligne éditoriale avec trois ouvrages dédiés à Taylor Swift : un beau livre de ses plus belles tenues, un livre de coloriages et de jeux ainsi qu’un guide.

Les éditions Fleurus ont su capter l’engouement de milliers de jeunes filles qui s’échangent des bracelets d’amitié à la Défense et viennent avec leurs plus belles tenues pailletées, santiags inclues.

Moi même, je suis allée acheter des perles avec des lettres chez Sostrene Grene pour faire un bracelet d’amitié pour la maîtresse de maternelle de ma fille pour le cadeau de fin d’année.

Un mois plus tard, Tay-tay subjuguait Paris et la France avec une série de concerts somptueux.

Des shows qui duraient plus de 3 heures avec plus de 46 chansons issus de ses onze albums. Les places de concert sont onéreuses mais bien moins chères qu’aux Etats-Unis puisque 20% du public étaient ses compatriotes.

Son triomphe avec le Eras tour est le fruit de longues années de travail, ponctuées d’échecs. En 2011, elle n’avait pas rempli le Zénith de Paris. La force des réseaux sociaux est indéniable, ils ont crée une véritable communauté planétaire autour de ses chansons.

Mais le raz de marée Taylor Swift s’explique aussi par son professionnalisme et son talent inouï : c’est une véritable musicienne qui compose elle même ses textes et ses mélodies. Elle parcourt les Etats-Unis depuis ses douze ans avec sa petite guitare Gibson (ils ont d’ailleurs crée toute une gamme très féminine autour de son nom). Elle a même convaincu ses parents de venir vivre à Nashville, la capitale du country à ses seize ans.

Taylor Swift lors de sa tournée The Eras Tour à Inglewood, Californie. – Michael Tran / AFP

Pour moi Taylor Swift est l’héritière de Johnny Cash et d’Elvis Priestley. J’ai bien envie d’aller visiter Nashville un jour. Le country est vraiment un symbole de l’identité américaine. J’aime énormément le nouveau titre de Beyoncé : Texas Hold’ em dans l’album Cowboy Carter.

Il y a d’ailleurs une grande solidarité féminine entre Beyoncé et Taylor Swift. En 2009, lors d’une remise des prix, Beyoncé a invité Taylor Swift à finir son discours de remerciements interrompu l’année précédente par un rappeur tout à fait indélicat.

Je vous recommande le documentaire Miss americana sur Netflix qui détaille le parcours de Taylor Swift depuis son adolescence avec des images d’archives. Elle retrouve ses journaux intimes où elle y confiait ses rêves de devenir artiste. On la voit en compagnie de sa mère, son chat dans son jet privé…

Les moments les plus intéressants de ce documentaire sont ceux dans son studio d’enregistrement. Avec son parolier, elle compose ses chansons. Je connais toujours pas les tubes de Taylor Swift comme je connais Flowers de Miley Cyrus ou Run the world de Beyoncé

Mais grâce à ce documentaire, j’ai compris combien les jeunes filles du monde entier peuvent s’identifier aux paroles profondes et introspectives de cette musicienne de talent. Elle sait capter les rêves et les défis de milliers de femmes de sa génération.

Enfin, j’aime énormément les biopics d’artistes pour voir les coulisses de leurs carrières, comment une de leurs chansons a constitué un tournant dans leurs vies. Je vous recommande le film Walk the line. Il retrace la vie de June Carter et Johnny Cash, deux grandes célébrités country de Nashville.

Rappelons que Taylor Swift est une artiste qui a su se renouveler et bâtir une carrière extraordinaire. Elle a même dépassé les records des Beatles et de Michael Jackson. On a critiqué sa jeunesse, elle a été humiliée publiquement par les journalistes sur ses relations sentimentales, ses positions politiques … et pourtant elle domine l’industrie musicale mondiale.

©AFP – CHRIS DELMAS

C’est une industrie qui porte aux nues les chanteuses mais qui ne leur fait pas de cadeaux quand elles doutent ou traversent une mauvaise passe. J’ai lu l’autobiographie de Britney Spears, La femme en moi de JC Lattes. Elle a pris sa retraite à quarante ans, écœurée par cette industrie et une famille dysfonctionnelle qui l’enfonce plus dans ses problèmes de santé mentale que de la soutenir.

A travers ce documentaire, j’ai trouvé que Taylor Swift avait un sacré mental pour vivre cette notoriété envahissante qui ne doit pas être géniale tous les jours. Elle confesse avoir des troubles alimentaires et cesser de manger quand on l’a prend trop souvent en photo et que les médias font des projections idiotes sur sa silhouette.

Quel sera l’avenir de Taylor Swift ? Est ce qu’elle continuera à parcourir le monde avec des shows si exigeants? Dans un extrait du documentaire Miss Americana, elle parle avec une de ses amies d’enfance de la maternité d’une copine à elles. Taylor Swift a organisé sa vie autour des concerts comme elle l’indique dans Paris Match du 16 au 22 mai 2024.

Est ce qu’un jour la vie de scène sera toujours aussi exaltante ?.

Dans ce blog, j’ai pensé à une rubrique qui me tient beaucoup à coeur : Toute la musique que j’aime pour décrire les univers des artistes que j’aime et pourquoi ils sont connus dans le monde entier.

-Hommage à Jane Birkin, la meilleure ambassadrice de la poésie de Serge Gainsbourg

Stromae en dix coups d’éclats

-Pagny raconté par Florent

Cinéma·Sociologie

Un petit miracle : les gens reviennent au cinéma kiffer avec Artus et ses copains

Comme quatre millions de Français, je me dépêchée d’aller voir Un petit truc en plus au cinéma ce week-end. La plupart de mes collègues l’ont déjà vu et le bouche à oreille a joué son merveilleux et efficace rôle de prescription.

Le résumé du film :

Pour échapper à la police, un fils et son père en cavale sont contraints de trouver refuge dans une colonie de vacances pour jeunes adultes en situation de handicap, se faisant passer pour un pensionnaire et son éducateur spécialisé. Le début des ennuis et d’une formidable expérience humaine qui va les changer à jamais.

Il y a plein de comédies sympas qui sortent sur les écrans : Chasse gardée, Ici et là-bas et pourtant le film d’Artus a un petit truc en plus (elle était facile, c’est vrai).

Je parlerai peu du film en lui même car je pense que la France entière connait un peu l’intrigue du film. J’avais surtout envie de parler du phénomène autour de ce film. C’est un film réconfortant en cette actualité effroyable et pesante.

On sent dans son discours l’envie de faire changer les perceptions collectives sur les handicapés aussi bien physiques que mentaux. J’ai lu dans le dossier de presse du film que quand il avait une dizaine d’années, il avait invité un de ses copains de classe autiste, à son anniversaire. La maman lui avait téléphoné pour s’assurer qu’il invitait son fils pour de bonnes raisons car elle craignait qu’on ne se moque de lui une fois de plus.

Ce film symbolise aussi la revanche de certains parents d’adultes trisomiques comme la maman d’Arnaud, un des acteurs du film. Arnaud travaille comme équipier au café Joyeux, il a 45 ans. Mais dans les années 1980-1990, ses parents ont subi les regards malveillants au restaurant, quand on s’arrête de manger et qu’on se donne un petit coup de coude car un enfant trisomique entre dans la salle.

Heureusement que la société française a beaucoup évolué depuis avec la création des Cafés Joyeux, l’émission Les rencontres du papotin ou encore le film Le huitième jour qui a reçu le prix d’interprétation masculine attribué à Daniel Auteuil et Pascal Duquenne en 1996.

Cette troupe de comédiens accompagnés de leurs éducateurs et de leurs parents sur le tournage ont réalisé quelque chose de grand. Ils ont appris leur texte avec une oreille ou selon la technique du perroquet alors qu’ils ont des difficultés d’élocution et que ça n’est pas leur métier. Mieux, ils ont remis au goût du jour une chanson aux paroles un peu idiotes mais sacrément sympa quand on part en colo !

Je pense que la spontanéité exprimée, le joyeux bazar et le fait de kiffer simplement leur réussite sur les marches du festival de Cannes a été leur meilleure carte pour donner envie aux spectateurs d’aller voir ce film. Ils sont beaucoup plus souriants que toutes ces stars impassibles qui contrôlent leur image.

Ce film est un petit miracle, une belle expérience humaine collective. On sent que les acteurs principaux : Artus Belaïdi, Clovis Cornillac pourtant habitués aux rouages du cinéma français ont vécu une aventure exceptionnelle bien plus intense que les films dans lesquels ils ont l’habitude de jouer.

Cette intensité émotionnelle se retrouve aussi dans les salles de cinéma : des gens qui ne se connaissent pas rient ensemble. On a applaudit l’équipe à la fin du film. Certes, les Français sont des râleurs mais quand on leur propose des comédies qui touchent au coeur, ils sont touchés. J’ai vécu une expérience similaire en allant voir au cinéma Intouchables ou Envole-moi.

Enfin, j’ai été personnellement touchée par ce film car il a été tourné à Valence, la ville dont je viens et le Vercors, que j’aime particulièrement. La fameuse route des Goulets est assez éprouvante en car. Le gîte sur les hauteurs est superbe, cela m’a rappelé mes colos chrétiennes quand j’étais collégienne. Surtout quand on leur sert des plâtrées de lasagnes peu ragoutantes.

Je suis même arrivée à convaincre mes parents d’aller au cinéma voir le film cette semaine. On souhaite à toute cette équipe de franchir le cap des dix millions de spectateurs. Ce serait une réussite bien méritée.

Retrouvez-ici mes précédents articles qui parlent de la trisomie 21 et comment la société doit changer son regard pour être à la page.

-L’extraordinaire Marcel, témoignage d’une famille qui a médiatisé son quotidien pour encourager les autres parents d’enfants porteurs de trisomie 21

Mongolien toi même, Chronique de la BD Ce n’est pas toi que j’attendais de Fabien Toulmé

La différence invisible, chronique de l’autisme Asperger

-Une autre forme de convivialité, bien plus authentique au café Joyeux Opéra.

Sociologie

Revivre, le combat gagnant de Lorie Pester contre l’endométriose

Ce témoignage, je l’ai lu d’une traite dans un train de banlieue pendant le week-end de Pâques. Rédigé dans un style fluide et agréable à lire, il explique en deux cent pages les moments éprouvants que peut vivre une femme qui souffre d’endométriose.

Sur les réseaux sociaux, je remarque que bon nombre de femmes souffrent de cette maladie qui ruine leur quotidien.

Je me souviens un jour d’avoir croisé une femme au comptoir d’une pharmacie qui était en larmes à cause de son bas ventre. Elle avait un peu honte de raconter ce qu’elle avait, je pense que ça ne devait pas être la première fois qu’elle venait car elle était un peu désemparée mais elle était vraiment dans une forme de supplication qu’on la soulage rapidement. Moi j’avais juste une colopathie fonctionnelle qui me cassait les pieds de temps à autre quand mon stress prenait le dessus sur toutes mes émotions.

J’ai été contente de pouvoir lui témoigner un peu d’empathie par une parole réconfortante qu’elle a eu l’air d’apprécier. C’est d’ailleurs tout le propos de Lorie Pester. Elle insiste sur le regard des autres qui joue beaucoup pour supporter le moins mal possible cette maladie sacrément handicapante.

J’ai aimé que son livre commence avec son adolescence et ses premières règles. Elle explique les cours d’éducation sexuelle dispensés en classe. Je pense que le gouvernement devrait lui confier une mission de santé publique pour accompagner les jeunes filles qui se tordent en deux quand elles ont leurs règles ados. C’est assez révoltant qu’on leur dise que c’est normal d’avoir mal au ventre en éludant leurs plaintes lors des visites chez le gynécologue.

On pourra trouver ce récit très réaliste car il raconte vraiment les petits détails qui pourraient paraître insignifiants. Oui mais quand on souffre en continu, chaque chose devient compliqué même traverser le passage clouté.

J’ai bien aimé ce livre bien écrit et je ne peux que tirer mon chapeau à Lorie pour son courage à mener à bien ses projets artistiques et une belle carrière après la chanson, malgré un quotidien aussi infernal.

J’en retiens que se montrer coriace face à la douleur n’est pas forcément une bonne idée car elle a été longtemps tiraillée par son mental mais elle a accepté de suivre les conseils de son médecin et de son entourage. Elle s’est délestée de son utérus sur la table d’opération, le choix a été difficile à faire psychologiquement et on le comprend parfaitement. Mais elle y a gagné une liberté inestimable d’où le titre : Revivre.

Revivre, Lorie Pester, Robert Laffont, 21 mars 2024, 192 pages, 18 euros

Les autres livres publiés par Robert Laffont que j’ai chroniqué dernièrement :

-Une reine, être femme dans le mellah de Casablanca dans les années 1930

-Dix-neuf marches, un roman young adult efficace pour témoigner du Blitz aux jeunes générations

Sociologie

Quelle fraternité pour notre siècle ?

La semaine dernière, je chroniquais la BD Missak Manouchian, une vié héroïque publiée par les Arènes, à l’occasion de son entrée au Panthéon avec sa femme Mélinée, le 21 février dernier.

Cette semaine, j’ai envie de parler de fraternité avec ce nouveau volume de la collection La Bible toute en nuances des éditions Bibli’o. Je m’occupe de leur diffusion en librairies francophones partout dans le monde.

La couverture de ce livre est vraiment belle et puissante. L’année 2023 a été difficile et douloureuse pour la fraternité. La lecture de ce livre est plus que nécessaire pour ne pas désespérer face à l’individualisme qui mène à la barbarie quand on n’a plus aucune considération pour l’autre.

La Bible tout en nuances propose un parcours biblique à trois voix. Isabelle Grellier-Bonnal, professeur de théologie, montre comment la fraternité est une relation à construire dans la Bible.

Puis, la parole est donnée à Bruno Lachnitt, aumonier de prison, qui voit les enjeux de la fraternité en prison, le lieu où l’on met à l’écart de la société. Et enfin, le témoignage fécond de Pierre Servent, journaliste politique, spécialiste en stratégie militaire et en analyse de conflit.

Comme dans le précédent ouvrage de La Bible toute en nuances : Rendez vous au puits consacré à la rencontre humaine en général, j’aime en ce moment lire la Bible de manière thématique. La première partie de ces volumes de La Bible tout en nuances sont de véritables mines d’or théologiques pour moi.

Les histoires de fratrie dans la Bible : Esäu et Jacob, Caïn et Abel, Marthe et Marie… me fascinent. Je suis passionnée par les histoires de famille, la manière dont un Père aime ses enfants aussi égalitairement qu’il le peut… Moi, j’ai un frère qui a un an de moins que moi et je suis vraiment contente de la relation de qualité que nous avons développé ensemble une fois adulte, même s’il vit bien loin en Australie depuis deux ans.

Je vous recommande donc la lecture de ce livre qui va vous redonner confiance en l’humanité capable de la plus belle fraternité. De toute manière, nous n’avons pas le choix si nous voulons vivre ensemble en harmonie. La fraternité c’est une sacrée paire de manches et ça vaut le coup et inspirés par Dieu, tout est possible.

Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! Matthieu, 5 verset 9.

S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes, Romains 12 verset 18.

Retrouvez-ici mes précédentes chroniques des ouvrages des éditions Bibli’o, la maison d’édition dans laquelle je travaille depuis 2021 :

-Rendez-vous au puits pour les assoiffés de Dieu

-Côte à côte, un discours à contre-courant de la guerre des sexes ambiante

-Lance-toi, l’engagement n’entrave pas la liberté.

Sociologie

Rendre l’amour plus fort que le porno : le combat de Thérèse Hargot

C’est l’un des livres qui a fait le plus de bruit dans les médias en janvier. Surement parce que Thérèse Hargot met les pieds dans le plat et j’espère que ce livre incitera les pouvoirs publiques à censurer l’accès des plus jeunes à l’industrie pornographique. Elle fait gagner des milliards mais elle coûte très cher à la Sécurité sociale car elle bousille des vies.

J’ai découvert le travail de Thérèse Hargot en 2015 à travers un beau portrait d’elle dans l‘hebdomadaire La Croix. Puis j’ai lu son essai Une jeunesse sexuellement libérée ou presque publiée en 2016.

J’ai énormément aimé le ton de son livre, ses nuances et son humour pour transmettre son message : responsabiliser les gens sur le respect à porter à son partenaire tout en louant l’aspect ludique et épanouissant de la sexualité…quand elle est bien cadrée.

En 2016, Thérèse Hargot tirait la sonnette d’alarme sur les ravages du porno sur la santé mentale et affective. Le porno détruit nos capacités à aimer. Huit ans plus tard, les plateformes et les réseaux sociaux ont révolutionné notre rapport à l’image, la violence se banalise, l’estime de soi est profondément dégradée.

Avant, il y avait le buraliste ou le caissier du cinéma qui faisaient office de garde-fou pour protéger les mineurs. Face aux plateformes, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité de l’avertissement du CSA interdit aux moins de 18 ans.

La pornographie est une drogue dure particulièrement nocive pour notre cerveau, notre imaginaire. Elle détruit le couple et même nos relations amicales entre garçons et filles. C’est la société qui façonne la culture du viol avec la pornographie comme arme massive et industrielle. On ne peut pas dénoncer la culture du viol si on ne s’attaque pas à la pornographie. Vive le sujet casse gueule actuellement.

Tout le monde en regarde ou presque est un excellent livre, bien argumenté avec de nombreux chiffres à l’appui et des témoignages poignants récoltés dans son cabinet.

En fin d’ouvrage, Thérèse apporte dix pistes pour trouver un échappatoire salutaire à la pornographie. J’ai lu différents témoignages de ses patients sur son site Internet et je ne suis pas étonnée de lire pour plusieurs d’entre eux que c’est aussi leur foi en Dieu qui les a aidé à se tirer de ce bourbier mortifère.

Extrait Tout Le Monde En Regarde Ou Presque Therese Hargot

Je reçois assez régulièrement des livres en service de presse car j’en fais la demande auprès des éditeurs pour les chroniquer. Cette fois-ci, j’ai voulu aller l’acheter en librairie pour récompenser un travail intellectuel mais aussi un engagement remarquable sur le terrain avec des conférences aux quatre coins de la France à la rencontre de collégiens et de lycéens.

Les précédents articles que j’ai publié au sujet du couple :

Plaidoyer pour une union à durée indéterminée

-Côte à côte, un ouvrage très personnel à contre courant de la guerre des sexes

-Tant pis pour l’amour, une BD pour mettre un gros scud à la manipulation dans nos relations.

Lifestyle·Sociologie

Comment je me suis convertie à la consommation de seconde main

Ma jolie carafe achetée sur Vinted 15 €

Et pourtant ce n’était pas gagné au départ. Je voyais les recycleries et autres ressourceries d’un œil très circonspect, alors que mes parents étaient convaincus de longue date par ce mode de consommation.

Et puis de nombreux commerces que j’appréciais beaucoup ferment leurs portes : Camaïeu, Tati, Gap… On trouve de moins en moins facilement des chaussures de qualité, des vêtements qui donnent envie de les garder longtemps dans ses placards.

C’est mal taillé, il y a vite rupture de stock car les boutiques de vente en ligne trustent toutes les bonnes tailles…

Bref, j’en ai eu ma claque et j’ai commencé à faire du lèche-vitrines sur Vinted pour me trouver des chaussures Gola en liberty, un manteau Gisèle de Promod , des boots Vanessa Wu que j’avais découvert à Quai 71…

Je ne suis pas non plus totalement convaincue par Vinted qui concurrence sérieusement des oeuvres comme Emmaüs ou bien les commerces de centre-ville. Je considère que ce n’est pas mon métier de prendre des photos pour vendre mes vêtements (je trouve cela bien fastidieux en plus), je préfère les donner pour faire plaisir.

Mais j’achète en seconde main car retrouver des anciens modèles que l’on aimait porter et que l’on sait de bonne qualité, sont de bons repères pour ne pas gaspiller son argent.

J’ai véritablement sauté le pas d’acheter mes vêtements en ressourcerie avec l’ouverture de l‘association Habitudes à Val de Fontenay.

Le lieu est assez sombre mais les bénévoles de l’association ont su en faire un lieu chaleureux avec des portants, des cabines d’essayage… comme un vrai magasin.

Quel plaisir de pouvoir s’acheter deux ou trois vêtements pour 20 euros et de regarder si les vêtements que j’ai donné ont été achetés…

C’est une forme d’économie circulaire et solidaire que je ne connaissais pas et qui me plait beaucoup.

En seconde main, j’ai aussi acheté sur Vinted, une carafe glouglou et un DVD des deux premières saisons d’HPI. J’ai eu une mésaventure avec ce petit modèle ci dessous que je vais recycler en soliflore. Je me suis fait avoir par ses dimensions miniatures : 18 cm de haut.

Mais j’ai été plus chanceuse la deuxième fois avec une superbe carafe poisson(tout en haut de l’article). J’ai même pu l’acheter en main propre en rencontrant la vendeuse à Chatelet les Halles. C’était un cadeau qu’elle avait reçu et ça lui plaisait moyennement.

Ce que j’aime avec la seconde main c’est de chercher l’histoire d’un objet que j’aime. Pour moi, Vinted c’est une brocante 2.0.

Ces fameuses carafes glouglou sont à la mode depuis quelques années sur Instagram, j’en ai vu chez Sostrene Grene et je l’ai testée chez mon amie Rachel. Mais je les trouvais assez lourdes à porter et surtout un peu onéreuses : environ 60 euros.

C’est un modèle anglais qui date de 1870, il a séduit la reine Elisabeth lors d’une de ses visites dans une manufacture de céramique. La carafe est arrivée en France dans les années 1930.

On observe un véritable tournant écologique car il y a cinq ans, il était impensable d’offrir des cadeaux de Noël de seconde main.

Et vous dans quels domaines avez-vous pris l’habitude d’acheter de la seconde main ?

Retrouvez ici les derniers articles du blog :

-Noël en Provence au pays des crèches

-Que valent les derniers Astérix et Gaston Lagaffe en librairies ?

-Terminer 2023 et préparer 2024 dans son bujo.