Biographies et autobiographies·Romans

Donut girl, redonner le moral aux troupes avec des pâtisseries qui rappellaient le pays pendant la seconde guerre mondiale en Europe

Depuis quelques années, je suis avec attention les parutions romans de la maison d’édition Les escales. Ce printemps, j’ai repéré quatre romans parmi leurs nouveautés que j’ai envie de lire : Donut girl, Les secrets de cuisine de Mrs Smith, La splendeur des Stockton, et enfin Le plus bel été d’Elin Hilderbrand à paraître en juin.

Autant en littérature française qu’anglo-saxonne, j’aime leur sélection d’auteurs et les sujets qu’ils défendent alors que je suis très difficile pour choisir mes romans.

Je déteste les livres qui parlent de relations toxiques, de meurtres ou de trahisons, la société regorge de faits divers plus scabreux les uns que les autres. La littérature sert à nous évader avec de belles histoires romanesques.

En 2024, j’ai eu un vrai coup de coeur pour le roman La cuisinière des Kennedy écrit par Valérie Paturaud.

C’est l’histoire d’une femme Andrée Imbert, pupille de la Nation qui a cru en son don : la cuisine pour servir les plus belles tables de la bourgeoisie française avant de chouchouter la « famille royale » américaine : Les Kennedy avec ses bons petits plats français.

Ce roman historique a séduit plus de 100 000 lecteurs et a même donné naissance à un livre de recettes publié en 2025.

J’ai aimé ce livre car il s’appuie sur les archives d’une famille : des photos en noir et blanc, une correspondance riche et dense pour raconter ce destin extraordinaire et ce fossé gigantesque entre la gloire éclatante de cette famille branchée en Amérique et la ruralité dans laquelle vit la propre fille d’Andrée dans l’arrière pays drômois.

Alors, j’ai voulu lire Donut girl de Lauriane Bordenave.

C’est l’histoire d’une jeune femme américaine Jane qui s’engage au service de la Croix rouge américaine pour redonner le moral aux troupes à Londres qui s’entrainent pendant deux ans à débarquer sur le sol français pour gagner la guerre. Son rôle : distribuer des donuts et du café pour soutenir l’effort de guerre.

Le résumé :

Milwaukee, 1942. Les États-Unis viennent d’entrer en guerre. Jane Pearson, vingt-cinq ans, prend son courage à deux mains et s’engage dans la Croix-Rouge. Direction : Londres !
Là-bas, Jane et les autres volontaires ont pour mission de soutenir le moral des troupes américaines, jusqu’au Débarquement. Mais comment ? L’idée, pourtant simple, est brillante : en offrant aux soldats un peu de ce pays qui leur manque tant.
Voilà Jane et ses consoeurs chargées de sillonner les bases militaires pour distribuer du café, des cigarettes et… des donuts, qu’elles cuisinent elles-mêmes. Le succès est total, les soldats attendent les jeunes femmes avec impatience.
En pleine guerre, au coeur d’un Londres ravagé par les bombardements, Jane tissera des liens d’amitié profonds… et connaîtra le grand amour, qui la mènera jusqu’en France.

Ce roman a été écrit par Lauriane Bordenave, médecin et passionnée de littérature, elle vit à Paris. C’est à la suite d’une visite guidée en famille sur les plages du Débarquement qu’elle découvre l’histoire incroyable des  » donut girls ». Elle raconte cette anecdote en préambule de son roman.

Mon avis :

J’ai lu rapidement ce roman pendant le week-end de Pâques dans le train vers Cabourg. Le Calvados c’est la porte d’entrée vers les plages du Débarquement, on peut constater que les chars américains ont eu du mal à circuler à travers le bocage normand.

Donut girl raconte les trois années de guerre de Jane Pierson, un personnage fictif inspiré de la vie d’Elizabeth Ann Richardson, enterrée au cimetière américain de Colleville sur mer avec plus de 9000 hommes. Elle faisait partie des 250 femmes qui produisaient 8000 beignets par jour sur les lignes de front.

J’ai aimé ce roman pour la force de ses descriptions : l’horreur du débarquement pour ces soldats qui ont été criblés de balles sur la plage quand ils ne sont pas morts noyés dans l’eau gelée en posant le pied sur le sol français. Le 6 juin au matin, ce n’était pas La grande vadrouille pour ces malheureux.

Lauriane Bordenave raconte aussi l’arrivée des résistants français à Londres comme François, le personnage français mystérieux dont Jane va tomber éperdument amoureuse. Ses compagnons vont composer à l’aide d’une musicienne russe Le chant des partisans et c’était très émouvant de lire la genèse de sa composition.

J’ai également beaucoup apprécié la complicité entre ces trois coéquipières Maggie, Jacqueline et Jane qui seront logées dans un premier temps chez une institutrice anglaise dans un Londres ravagé par les bombardements.

Dorothy va leur expliquer son expérience pour se réfugier dans l’abri au quotidien face aux bombardements. Les petits écoliers anglais étaient aussi formés à se rouler en boule sous leur pupitre pendant le Blitz. J’avais lu un roman historique de Bobby Millie Brown que j’avais chroniqué ici : Dix-neuf marches.

Donut girl est un roman historique qui m’a permis de mettre en lumière des faits de la seconde guerre mondiale que je connaissais déja mais sans faire de rapprochement. J’ai lu dans ma jeunesse La bicyclette bleue de Régine Desforges, une fresque romanesque de la Résistance française. J’ai pu faire le lien avec les résistants français qui ont rejoint Londres pour acquérir une formation militaire plus approfondie afin de débarquer en 1944 avec les troupes alliées et laver l’affront de 1940.

Impossible de ne pas penser également au film Messagères de guerre, sur la plateforme Netflix (2024) avec Kerry Washington dans le rôle du major Charity Adams. Son régiment de soldates afro-américaines a été chargé de trier des millions de lettres non acheminées aux familles de soldats aux Etats-Unis.

Ce régiment a été victime de ségrégation et de sexisme de la part des autorités dont il dépendait. Les trois postières qui ont été tuées dans un accident font partie des trois femmes qui reposent au cimetière de Colleville avec la donut girl.

Quand le donut revient en Europe dans les valises des GI’s américains.

Le donut américain a été importé des Pays-Bas par les colons européens au 17eme siècle. C’est un dérivé du beignet mais il est de forme torique. Durant la première guerre mondiale, deux officières de l’Armée du Salut ont eu l’idée de confectionner ces pâtisseries pour redonner le moral aux militaires mais dans des quantités et une logistique bien moindre que celle développée par la Croix rouge à partir de 1943. L’armée du salut a été pionnière dans la mise en place d’une journée nationale du donut chaque premier vendredi de juin aux Etats-Unis.

Le donut est une institution aux Etats-Unis qui s’est industrialisée à partir des années 1950.

Un roman historique qui renforce l’amitié franco-américaine bien malmenée en 2026

Même si ce texte a des faiblesses (un déroulé chronologique sans relief, le portrait d’une jeune donut girl), je vous recommande cette lecture pour la force de ses descriptions et les faits historiques que ce roman met en lumière. D’une grande finesse psychologique, il montre la rudesse des conditions matérielles dans lesquelles ont vécu hommes et femmes de l’armée américaine et comment l’horreur de la guerre peut faire vriller chacun d’entre nous.

Les précédents romans que j’ai lu, publiés par les éditions Les escales.

Un été à Nantucket, entre conquête spatiale et guerre du Vietnam vécu par quatre femmes d’une même famille.

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, le récit d’un miracle grâce à la foi d’une maman déterminée.

Traverser les montagnes et venir naître ici, un roman difficile à lire mais incontournable.

BD & romans graphiques

Lebensborn, un roman graphique à la fois intime et universelle : naître dans une maternité nazie

J’ai découvert Lebensborn, ce roman graphique autobiographique dans les dernières pages du magazine La Croix l’hebdo. Mais c’était difficile de suivre le fil de l’histoire car il était divisé en extraits comme un feuilleton. Je viens de l’emprunter à la médiathèque de ma ville pour le lire en entier cette fois-ci : c’est un vrai joyau à la fois au niveau du dessin mais aussi pour la force du récit inter-générationnel.

Lebensborn, c’est l’histoire de la dessinatrice : Isabelle Maroger. Elle grandit dans les années 1990, à une époque où les relations avec l’Allemagne sont idylliques : c’est l’Europe. Sa maman va alors lui révéler que leur grand-mère qui les a tant choyé l’a adoptée toute petite.

Lebensborn, Isabelle Maroger, Bayard graphic, 9782227500822, 224 pages, 22€

Elle vient de Norvège, issue d’une histoire d’amour entre une jeune norvégienne et un officier allemand. Il n’adhérait pas aux idées raciales des nazis mais il suivait le mouvement. Leur bébé est donc né dans une maternité nazie dans laquelle on lui traçait toute une trajectoire funeste. Heureusement, sa mère biologique a retrouvé ses esprits et elle a fui en traineau grâce à sa soeur en 1945.

Ce beau roman graphique de 200 pages, est une succession de flash-backs qui raconte comment une mère et sa fille sont parties ensemble en famille à la recherche de leurs origines entre Norvège et Allemagne.

Le résumé :

Un jour, Isabelle Maroger se promène avec son fils sur le ventre et elle se fait interpeller par une femme qui la complimente pour ce bel enfant blond aux yeux bleus et ajoute « ça devient rare comme race » … Un choc pour Isabelle, qui réalise qu’il est temps pour elle de raconter son histoire. Car si elle est, elle aussi, grande, blonde et aux yeux bleus, c’est parce qu’elle est à moitié norvégienne.
Sa mère est née, pendant la guerre, dans un Lebensborn, ces maternités mises en place par les nazis pour produire à la chaîne de bons petits aryens. « Un roman graphique d’une rare puissance sur son histoire familiale, une enquête bouleversante sur les maternités nazies ».

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé ce roman graphique très dense en petits dessins, en émotions. Sa lecture m’a donné matière à réflexion les semaines suivantes en pensant à cette chronique que j’avais très envie d’écrire. L’auteure montre comment leur histoire familiale s’est retrouvée prisonnière d’un grand délire racial façonné par ces fous furieux nazis. Mais ce n’est pas une BD historique avec une chronologie linéaire.

Feuilletez ici un extrait du roman graphique.

La force de cette BD est de montrer les sentiments, les émotions d’une famille à la recherche de ses origines. L’histoire commence très fort avec cette discussion terriblement gênante autour des traits physiques d’un nourrisson dans un bus en 2014. Le vrai sujet de cette BD, c’est avant tout la transmission des souvenirs, d’une histoire bien plus que la génétique. Cette histoire parle d’adoption, de retrouvailles avec des frères et soeurs quarante ans plus tard…

Le style graphique d’Isabelle Maroger est très graphique, contemporain et même féminin. J’ai beaucoup aimé les petits dessins pour illustrer un changement de chapitres. Les vignettes sont foisonnantes : on peut en compter trois sur une même page. Elle se sert de la couleur alternée au noir et blanc pour définir le temps du récit et ceux des souvenirs.

D’autres BD et films qui traitent de la seconde guerre mondiale :

Guernica, plaidoyer pour la paix en BD, éditions La boite à bulles

Adele Bloch-Bauer, la Joconde des nazis était juive

Droits réservés La boite à bulles
Expos

Retrouver son histoire familiale à travers une exposition consacrée à l’exode en 1940

Hier, c’était l’anniversaire du décès de ma grand-mère Annette. C’est mon second prénom et je parle souvent d’elle ici car elle m’a souvent confié sa vie. Elle est née en 1937, à Saint-Pol sur Ternoise dans le Pas de Calais.

Quand elle avait trois ans, elle est partie sur les routes de l’exode avec sa mère, ses grands-parents, son frère, son oncle et sa tante qui était alors enceinte de son premier enfant. Cette fameuse tante c’est ma bien-aimée Ma Tante Julienne (avec des majuscules à chaque mot tant on s’aimait bien elle et moi).

L’église Saint Paul à St Pol sur Ternoise. Droits réservés La voix du Nord

Elle est partie en janvier dernier et j’avais écrit mon meilleur article dans ce blog pour lui dire au revoir. En juin, mon cousin Victor, l’un de ses petits-enfants a envoyé à toute la famille un cadeau inestimable : une heure d’entretien avec Julienne dans le jardin de son moulin à Wavrans sur Ternoise. Un endroit de rêve.

Julienne y raconte son enfance (elle est née en 1919), son mariage qui n’a failli ne pas avoir lieu à cause de l’entrée en guerre de la France de la seconde guerre mondiale et surtout la fuite sur les routes de France.

Ma Tante Julienne à gauche, ma grand-mère à droite et moi

Une grande partie de la famille s’est réfugiée à Avoine en Touraine pendant plus d’un mois et demie, cachés dans des caves où ils n’ont pas mangé grand chose. Ensuite, on leur a dit de rentrer chez eux dans le Nord. Le retour à la maison ne s’est pas fait sans difficultés : mon arrière-grand mère est rentrée avec ses enfants dans un wagon à bestiaux depuis Longueau près d’Amiens.

Tandis que Julienne est rentrée en voiture avec sa fille sur les genoux depuis Melun mais tous les ponts étaient détruits par les Allemands. Et une fois rentrés, le pire les attendait puisque Saint Pol sur Ternoise était un lieu stratégique pour les Allemands avec une gare de triage très souvent bombardée.

On se croirait véritablement dans les romans Suite française d’Irène Nemirowski ou La bicyclette bleue de Régine Desforges…

Une pareille histoire familiale que je viens de découvrir en intégralité cet été grâce à ce précieux film, me fait bien réfléchir sur le luxe de la liberté en 2020, même confinés !

Huit millions de personnes ont fui le nazisme sur les routes de France dans un chaos total et très soudain. Comment les petites villes de province sont-elles parvenues à nourrir cet afflux soudain de populations effrayées et à bout de force ? Je suis aussi sensible au désarroi de ces familles qui ont confié leurs enfants pour les protéger et qui les ont perdus pendant des années.

Cette bande-annonce du musée de la Libération de Paris est géniale, je vous raconte ma visite de l’exposition 1940, les Parisiens dans l’exode.

C’est une petite exposition de quelques pièces mais très forte sur le plan émotionnel. Elle commence avec des affiches de propagande, des brochures pour expliquer comment se comporter en cas d’attaque aérienne, comment porter le masque à gaz (tiens, tiens, nous aussi nous avons des masques…. mais nous sommes bien mieux lotis qu’eux )…

J’ai lu dans le dossier de presse une référence directe à l’Exode d’Egypte dans la Bible. Cela me parait évident quand j’y réfléchis mais les Hébreux étaient bien mieux guidés par Dieu qui savait exactement où il voulait les emmener et comment les secourir.

J’ai beaucoup pensé à l’exode de 1940, quand le 16 mars 2020, Paris s’est vidé de près d’un million d’habitants qui ont fui un confinement dans un logement trop étriqué. Les dangers ne sont pas les mêmes mais les mouvements aussi massifs de populations sont toujours autant significatifs.

J’ai bien aimé la vidéo avec le discours de Churchill, Winston ce héros, les photographies pour mettre à l’abri les œuvres du Louvre…

Puis la catastrophe arrive. On organise la sortie de la population via les portes de Paris mais les avenues sont trop petites pour contenir la foule. J’ai été frappée par les photographies où les gens marquaient leur nom et leur date de leur passage à la craie sur les murs d’une ville de province pour donner des nouvelles à leurs proches. On était loin de la géolocalisation…

On se prend en pleine figure des photographies choc comme l’arrivée d’Hitler et son état-major au Trocadéro le 23 juin 1940. Un gros affreux n’arrivant jamais seul, on trouve ensuite le portait du maréchal Pétain, héros de Verdun devenu un vieux revanchard qui ne fait pas l’unanimité.

Il a mis le genou à terre devant l’ennemi, divisant irrémédiablement le pays pour une vingtaine d’années. J’ai noté une de ses critiques de la société française qui m’a bien interrogée. Pétain dénonce l’esprit de jouissance de la société française. Étonnant pour un homme qui avait des propos moralisateurs mais une vie privée assez olé olé !

Portrait de Charles de Gaulle

Mais dans cette galerie de portraits des principaux protagonistes de la seconde guerre mondiale, il y a aussi une belle photographie en noir et blanc de Charles de Gaulle. C’est le héros de mon grand-père, un gars du Nord comme lui. Il faudra que je lise un jour une de ses biographies tant mes grands-parents m’ont bassinée avec lui et je ne le connais pas tant que ça !

La fin de l’exposition m’a achevée avec un extrait du film Jeux Interdits de René Clément. On y voit une petite fille qui court sur un pont en plein bombardement pour récupérer son petit chien. Ses parents lui courent après et ils se font toucher par les balles des avions. C’est Guernica sur les routes, j’étais vraiment écœurée.

Mon frère Ugo en a dans le sac d’être allé visiter Ouradour sur Glane et un camp de concentration en Allemagne quand il a gagné plusieurs fois le concours national de la résistance et de la déportation quand il était au collège.

Je vous recommande donc cette excellente exposition qui montre de manière très efficace en quoi la guerre est abjecte. Ce musée se trouve place Denfert-Rochereau et il mérite le détour. Le prix d’entrée de l’exposition était de 6€, un tarif très raisonnable.

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