
J’ai découvert Lebensborn, ce roman graphique autobiographique dans les dernières pages du magazine La Croix l’hebdo. Mais c’était difficile de suivre le fil de l’histoire car il était divisé en extraits comme un feuilleton. Je viens de l’emprunter à la médiathèque de ma ville pour le lire en entier cette fois-ci : c’est un vrai joyau à la fois au niveau du dessin mais aussi pour la force du récit inter-générationnel.
Lebensborn, c’est l’histoire de la dessinatrice : Isabelle Maroger. Elle grandit dans les années 1990, à une époque où les relations avec l’Allemagne sont idylliques : c’est l’Europe. Sa maman va alors lui révéler que leur grand-mère qui les a tant choyé l’a adoptée toute petite.

Elle vient de Norvège, issue d’une histoire d’amour entre une jeune norvégienne et un officier allemand. Il n’adhérait pas aux idées raciales des nazis mais il suivait le mouvement. Leur bébé est donc né dans une maternité nazie dans laquelle on lui traçait toute une trajectoire funeste. Heureusement, sa mère biologique a retrouvé ses esprits et elle a fui en traineau grâce à sa soeur en 1945.
Ce beau roman graphique de 200 pages, est une succession de flash-backs qui raconte comment une mère et sa fille sont parties ensemble en famille à la recherche de leurs origines entre Norvège et Allemagne.

Le résumé :
Un jour, Isabelle Maroger se promène avec son fils sur le ventre et elle se fait interpeller par une femme qui la complimente pour ce bel enfant blond aux yeux bleus et ajoute « ça devient rare comme race » … Un choc pour Isabelle, qui réalise qu’il est temps pour elle de raconter son histoire. Car si elle est, elle aussi, grande, blonde et aux yeux bleus, c’est parce qu’elle est à moitié norvégienne.
Sa mère est née, pendant la guerre, dans un Lebensborn, ces maternités mises en place par les nazis pour produire à la chaîne de bons petits aryens. « Un roman graphique d’une rare puissance sur son histoire familiale, une enquête bouleversante sur les maternités nazies ».

Mon avis :
J’ai beaucoup aimé ce roman graphique très dense en petits dessins, en émotions. Sa lecture m’a donné matière à réflexion les semaines suivantes en pensant à cette chronique que j’avais très envie d’écrire. L’auteure montre comment leur histoire familiale s’est retrouvée prisonnière d’un grand délire racial façonné par ces fous furieux nazis. Mais ce n’est pas une BD historique avec une chronologie linéaire.
Feuilletez ici un extrait du roman graphique.
La force de cette BD est de montrer les sentiments, les émotions d’une famille à la recherche de ses origines. L’histoire commence très fort avec cette discussion terriblement gênante autour des traits physiques d’un nourrisson dans un bus en 2014. Le vrai sujet de cette BD, c’est avant tout la transmission des souvenirs, d’une histoire bien plus que la génétique. Cette histoire parle d’adoption, de retrouvailles avec des frères et soeurs quarante ans plus tard…
Le style graphique d’Isabelle Maroger est très graphique, contemporain et même féminin. J’ai beaucoup aimé les petits dessins pour illustrer un changement de chapitres. Les vignettes sont foisonnantes : on peut en compter trois sur une même page. Elle se sert de la couleur alternée au noir et blanc pour définir le temps du récit et ceux des souvenirs.
D’autres BD et films qui traitent de la seconde guerre mondiale :
Guernica, plaidoyer pour la paix en BD, éditions La boite à bulles
Adele Bloch-Bauer, la Joconde des nazis était juive















Ensuite, j’ai eu la chance d’interviewer les deux auteurs du livre : Vincent Henry et Bruno Loth au salon du roman historique de Levallois-Perret (une chouette manifestation culturelle gratuite).

