Cinéma·Du livre à l'écran

J’écris ton nom, la suite épique et héroïque de La bataille De Gaulle.

Deux semaines après avoir vu L’âge de fer, le premier volet de La bataille de Gaulle, je me suis empressée d’aller voir sa suite J’écris ton nom, en référence au poème clandestin de Paul Eluard. Bon nombre de mes collègues ont également vu le premier film et on a débriefé plusieurs déjeuners de suite nos impressions saupoudrées d’un patriotisme inattendu.

Le second volet est beaucoup plus intense et dramatique que le premier volet où la musique grandiloquente jouait déjà un rôle majeur.

Reprenons le fil de l’Histoire : l’amiral Darland meurt assassiné à Alger par un jeune résistant, Fernand. Les Américains sous la houlette de leur président Franklin Roosevelt, le remplacent par un général de la vieille école : Giraud, sorte de mentor de Leclerc mais il s’est entouré de hauts dignitaires peu recommandables.

Il y a une scène très choquante où les hommes de Giraud vont rafler une famille de militants gaullistes à Alger. Contrairement aux hommes de Leclerc dans le premier volet, ceux-là ne font pas de cas de tuer leurs compatriotes français.

J’ai particulièrement aimé les scènes qui se déroulent dans des hôtels Art déco de Casablanca et d’Alger pour leur intensité dramatique. De Gaulle se trouve tenu en joue par les hommes de main du président américain, son allié supposé.

Comme dans le premier volet, De Gaulle se livre à des retournements de situations totalement inespérés qui mettent en valeur ses talents de stratège, c’est bien un diplomate de haut rang malgré ses colères homériques.

L’adaptation d’une biographie de De Gaulle écrite par un historien anglais.

Plus on avance dans la chronologie de la guerre et donc l’avancée du film, plus j’aurai du mal à chroniquer ce diptyque historique tant j’ai été saisie d’émotions. Dans le second volet, le personnage de Leclerc est beaucoup plus développé.

Catholique pratiquant comme le général de Gaulle, le général Leclerc a livré à ses hommes un vibrant discours déterminant :

« Certes, nous n’avons pas de nouvelles, mais nous avons tous un frère, une sœur, un cousin appuyé dans un mur dans une cave, qui essaie de couper la tête au sommeil pour essayer d’envoyer un renseignement à Londres. On a tous un ami chargé d’une mission de sabotage… »

« Voilà la diva » dixit le général Giraud pour désigner son rival qu’il appelle Gaulle pour le ridiculiser. Antonin Baudry a eu cette bonne idée de confier le rôle de Giraud à Thierry Lhermitte, qui jouait un ministre des affaires étrangères très exalté dans sa mission.

Ce film Quai d’Orsay est l’adaptation d’une BD autobiographique dans laquelle Antonin Baudry raconte son expérience de diplomate aux Etats-Unis. Il a aussi réalisé un second film très réussi Le chant du loup qui se déroule dans l’univers des sous-marins.

Un diptyque qui rend hommage à tous les héros de la France libre, pas seulement De Gaulle.

Ce beau diptyque m’a donné envie de lire des biographies historiques : celle de Félix Eboué, le gouverneur du Tchad qui a rejoint le général de Gaulle en tout premier. Ou bien l’incontournable Jean Moulin alias Rex. Ce film apporte une bonne piqure de rappel : Jean Moulin a fait preuve d’un courage sans limites puisqu’il a été torturé avec barbarie mais qu’il n’a rien dit à ses tortionnaires nazis alors que l’un de ses compagnons l’a trahi dans la banlieue de Lyon.

Des alliés par si fraternels que ça…

J’ai beaucoup aimé ce film, très critique vis à vis du gouvernement de Roosevelt. Ce fin stratège est un allié redoutable qui voit en la France un territoire économique à conquérir plutôt qu’à libérer. Le général de Gaulle a su être intraitable sur la souveraineté de notre pays. Un engagement qui résonne fort actuellement avec les critiques à peine voilées de la présidence Trump/ Vance qui se conduit comme des cow-boys avec la diplomatie européenne.

La fin du film m’a un peu frustrée car on est vite embarqué dans l’Histoire. Antonin Baudry a été un peu avare en scènes de liesse populaire : on aperçoit rapidement le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de ville alors que j’aurai aimé voir la fameuse scène où les cloches de Notre Dame sonnent le Te Deum mais que cela continue de tirer à feux nourris autour du général de Gaulle.

Ces musées parisiens dédiés à la seconde guerre mondiale à découvrir dans le prolongement des films La bataille de Gaulle :

Mémorial de la Shoah,17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4eme. Ouvert du dimanche au vendredi. Entrée gratuite.

Ce beau musée situé en plein coeur du Marais a été inauguré en 2005. Sa « décoration » nous percute dès l’entrée : le mur des noms taillé dans des pierres qui viennent de Jérusalem. Il sert à frapper les esprits et surtout à garder mémoire des 75568 Juifs français et étrangers dont 11400 enfants déportés de France. Les noms sont classés par ordre alphabétique et chronologique de 1942 à 1944. Le mémorial qui se déploie sur plusieurs sites : Clermont-Ferrand, Orléans, Drancy, Le Chambon sur Lignon, Pithiviers… organise des ateliers de médiation culturelle de qualité notamment pour les lycéens.

Musée de la libération de Paris, musée Jean Moulin, musée du général Leclerc, place Denfert Rochereau, Paris 14eme arrondissement. Collections permanentes gratuites. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18 heures.

Ce musée municipal a été inauguré en 2019 dans un quartier plus central que la gare Montparnasse où il été situé auparavant. Ce musée d’Histoire a l’avantage de se trouver tout près du poste de commandement du colonel Rol Tanguy. Il fut l’un des acteurs majeurs de l’insurrection de Paris. Ce haut fait historique est bien representé dans le film et j’ai bien envie d’en savoir plus en visitant ce musée. J’avais parcouru l’exposition Les Parisiens sous l’exode en 2020 qui m’avait beaucoup émue car la famille de ma grand-mère a fui le Pas de Calais en juin 1940.

Il y a une statue emblématique du général Leclerc, place de la porte d’Orléans où on le voit avec sa fameuse canne exposée au musée de la Libération.

Musée de l’armée et musée de l’ordre de la Libération, hôtel des Invalides, Paris 7eme arrondissement, ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures. Billet d’entrée pour six lieux d’expositions de l’hôtel des Invalides.

J’ai découvert le musée de l’armée en visitant l’exposition temporaire La haine des clans sur les guerres de religion du 16eme siècle. J’ai très envie de visiter les collections permanentes du musée. Il y a une robe exceptionnelle qui appartenait à la femme du général Dio avec des insignes de la France libre : des drapeaux français en veux-tu, en voila, une affiche A tous les français, signée par le général de Gaulle.

Cette robe très originale en soie s’est inspirée de la tradition des boubous africains où l’on porte des motifs identitaires pour faire passer un message politique. Cette robe est hautement symbolique : le général Louis Dio a succédé au général Leclerc en 1945 après l’avoir secondé dans toutes les batailles de la France libre en Afrique depuis juin 1940.

Et bien entendu un peu plus loin, la maison natale de Charles de Gaulle à Lille

Cinéma

Pourquoi le film La Bataille de Gaulle inspire fierté nationale en 2026

Fin juin 2026, de nombreux spectateurs sont venus s’abriter de la canicule dans les salles de cinéma climatisées et obscures avant même la fête du cinéma.

La remontada inattendue du nombre d’entrées de La bataille de Gaulle.

Ces mauvaises conditions météo ont boosté le nombre d’entrées du film La bataille de Gaulle : l’âge de fer puis J’écrirai ton nom, une fresque historique en deux épisodes, réalisée par Antonin Baudry.

Voir ce film historique m’a fait beaucoup de bien car il exprime une sorte de fierté nationale dont nous avons bien besoin actuellement. Je n’ai pas voulu voir le film Les rayons et les ombres où Jean Dujardin incarne un journaliste collabo Jean Luchaire.

Redécouvrir la seconde guerre mondiale alors que j’avais de bonnes connaissances historiques.

Depuis toujours, l’Histoire est la matière dans laquelle j’ai brillé tout au long de ma scolarité grâce à de brillants professeurs qui m’ont donné confiance en moi alors que je n’en ramais pas une dans les autres matières. Mon frère était aussi sensibilisé à cette matière puisqu’il a été de nombreuses fois lauréat du concours de la Résistance. Je suis persuadée que l’influence de nos grands-parents Jean et Annette qui étaient de fervents gaullistes, a été marquante.

Ils nous ont emmené faire mémoire au mémorial de La Chapelle en Vercors, mon grand-père avait des tomes et des tomes de livres d’Histoire sur le général de Gaulle qui venait du Nord comme lui et qui avait étudié dans le même lycée parisien que lui.

J’ai beaucoup aimé ce film parce que j’ai bien compris pourquoi mes grands-parents admiraient autant Charles de Gaulle : il a une forme de constance et d’intégrité hors du commun, toujours droit dans ses bottes quelques soient les circonstances. C’est un personnage à part dans l’Histoire de France.

Le résumé :

Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.

Mon avis :

Quand j’avais treize ans, j’ai regardé la mini-série en trois téléfilms La bicyclette bleue avec Laetitia Casta en 2000. Au Noël suivant, ma mère nous a offert les romans acheté chez France loisirs (RIP France Loisirs).

Ce roman historique très bien documenté raconte à la perfection le déroulé de la seconde guerre mondiale en France avec le départ des civils sur les routes de l’Exode (c’est l’histoire de ma propre famille), la mise en place de la collaboration sous le régime de Vichy, le rôle déterminant de l’amiral Darlan qui a considérablement compliqué la tâche de la France libre, les débarquements alliés en Afrique du Nord qui ont redonné du moral aux troupes et aux résistants de l’Hexagone…

Dernièrement, j’ai lu le précieux roman historique de Lauriane Bordenave, Donut girl qui explique toute la logistique de l’armée américaine qui préparait le débarquement de 1944 avec ses alliés anglais et français.

Ce roman raconte la génèse du formidable Chant des partisans composé par Anna Marly pour la musique, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon pour les textes.

La bataille de Gaulle débute avec une chanson de Charles Trenet : Boum composée en 1938. On est saisi par l’intensité de la guerre dès les premières scènes du film. Lors de la bataille de Montcornet le 17 mai 1940, le général de Gaulle montre la pleine mesure de son caractère téméraire et déterminé en défiant un char allemand avec sa voiture. Malheureusement c’est la débâcle en France, la France du maréchal Pétain se déshonore à collaborer avec Hitler (le même qui a lu les livres du maréchal de Gaulle tout de même).

L’Angleterre est totalement catastrophée par la mise en place du régime de Vichy. Winston Churchill invite donc le général de Gaulle à Londres et l’autorise à lancer son appel du 18 juin 1940 à la BBC.

Churchill lui donne sa chance car il admire son panache de soldat, ils ont de nombreux points communs. Mais son cabinet souffle le chaud et le froid : L’Angleterre, cette grande île avec son empire colonial est vulnérable. Les Anglais attendent fébrilement le soutien des États Unis et le général de Gaulle vient jouer les perturbateurs : en fait c’est un fin stratège qui est capable de faire des choix cornéliens ou d’être stoïque sur ses positionnements. Charles de Gaulle va se confronter à la dureté de la diplomatie dans les salons feutrés de Londres.

Il ne parle pas anglais, à part son ordonnance de Courcel (l’oncle de Bernadette Chirac), il ne représente que lui. Les Français de Londres ne lui font pas de cadeaux car il a désobéi à Pétain ( il est même condamné à mort par contumace). Bref on le prend pour un guignol et pourtant il va persévérer avec droiture. J’ai été très touchée par la scène où il descend dans une cour et qu’il découvre une cinquantaine de pêcheurs bretons de l’île de Sein qui ont tous quitté leur île avec leurs bateaux pour venir le rejoindre. J’avais déjà entendu cette histoire édifiante qui concernait le père de Jane Birkin, un résistant anglais.

« N’oubliez jamais qu’ils (les Anglais) ont brûlé Jeanne d’Arc » De Gaulle répondant à sa femme durant son exil forcé dans une banlieue huppée de Londres.

Il y a eu deux ou trois films biographiques autour du général de Gaulle. Mais la force de ce nouveau long métrage totalement épique est d’avoir humanisé un monument national. Même quand on le ridiculise, je ne pouvais pas m’empêcher de l’admirer. Simon Abkarian l’incarne d’ailleurs avec brio. Je l’ai entendu raconter dans une interview que ses camarades de classe au Liban l’appelaient De Gaulle car il venait de France.

Un film historique burlesque qui reprend les codes de la BD

J’ai compris pourquoi ce nouveau film consacré au chef d’Etat français le plus populaire au monde plait autant au plus grand nombre. Le réalisateur du film, ancien diplomate devenu réalisateur de cinéma et auteur de BD a choisi de déboulonner la statue du commandeur avec des dialogues savoureux et drôles. Avec son épouse Bérénice Vila, qui est historienne, ils se sont basés sur la biographie anglaise de Julian Jackson pour rendre le général un peu gauche mais sacrément attachant.

L’une de mes scènes favorites du film est celle où le général anglais Spears sermonne vertement de Gaulle qui lui rétorque : « Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle » Et dans la scène d’après, comme la case de BD suivante, on voit de Gaulle au lit victime du paludisme.

Désormais, Bir Hakeim ne sera plus jamais une simple station de métro pour moi.

J’ai tout de même un petit reproche à faire à ce film : la musique magistrale tout au long du film devient quand même excessive pour décrire les seize jours de la bataille de Bir-Hakeim, dans le désert de Lybie. Je suis persuadée que les scénaristes de ce superbe film historique se sont considérablement inspirée de la série The crown sur Netflix qui raconte en six saisons le règne d’Elisabeth II d’Angleterre.

La bataille De Gaulle: savoureux comme un maxi épisode de The crown

Cette série anglaise est magistrale et elle m’a aidée à comprendre les ressorts de la seconde guerre mondiale à travers le personnage incontournable de Winston Churchill, ce fin stratège autant décevant qu’attachant. La bataille de Gaulle explique bien l’influence de son cabinet dont celle émergeante d’Anthony Eden, son successeur au 10 Downing street. Eden devra lui aussi porter la responsabilité de nombreux soldats de ses troupes lors de la nationalisation du canal de Suez en 1956 par Nasser.

Charles de Gaulle a une histoire personnelle tellement romanesque qu’il aurait été judicieux de créer toute une série historique autour de lui. Chaque ville même minuscule compte une rue à son nom. Quand je suis rentrée chez moi après le film, mon bus municipal annonçait la station Général de Gaulle…

Je vous recommande la visite de sa maison natale, rue Princesse à Lille. C’est l’une des plus belles maisons bourgeoises avec une multitude d’objets que j’ai visité.