BD & romans graphiques·Cinéma

Pourquoi le Marsupilami captive autant les foules en 2026 à l’heure des comics Marvel…

Treize ans après Alain Chabat, Philippe Lacheau et sa bande partent en Palombie sur les traces du célèbre Marsupilami. En quoi ces nombreuses adaptations au cinéma et en dessins animés traduisent elles un besoin de tendresse, d’exotisme et de mignonnerie ?. Cet animal sauvage et imaginaire crée en 1952 par André Franquin. Il est, selon moi, le pape de la BD belge avec Hergé.

Au départ en 1952, le Marsupilami était un personnage secondaire des aventures de Spirou et Fantasio, scénarisées et dessinées par André Franquin, le créateur de Gaston Lagaffe. A partir de 1987, Marsupilami devient un personnage principal avec sa propre série toujours en cours puisque 42 tomes de ses aventures continuent de divertir différentes générations de lecteurs.

Le marsupilami est la contraction des mots marsupial et ami. Mi-guépard, mi- singe, cet animal sauvage imaginaire doté d’une force surhumaine se sert de sa queue comme une longue liane pour venir en aide aux humains ou pour se sortir lui et sa famille des situations les plus catastrophiques dans sa Palombie natale.

Mon album favori, c’est Le nid du Marsupilami qui date de 1960 (cela ne nous rajeunit pas). Seccotine, la reporter intrépide mais aussi gaffeuse du journal Spirou, organise une conférence de presse pour y annoncer qu’elle a découvert une famille de marsupilamis dans la forêt palombienne. D’affreux jojos comme le chasseur Blackalive vont se lancer à leur poursuite pour leur belle fourrure tant recherchée.

J’aimais beaucoup regarder enfant les dessins animés du Marsupilami sur France 3 car c’était dynamique et joyeux, ses Houba houba avec Madame et les enfants qui le suivent partout. Le marsupilami est un père de famille comme les autres, ses bébés s’éloignent du nid pour faire des bêtises ou se mettre en danger, il les ramène manu militari au bercail..

Mais je trouve que les films d’animation d’ Alain Chabat : Sur la piste du Marsupilami (2012) et Marsupilami de Philippe Lacheau (2025) sont faits pour les adultes avec des blagues un peu olé olé peu compréhensives et osées pour les enfants.

Néanmoins, j’aime beaucoup le film d’Alain Chabat, on sent que c’est un passionné de BD qui a compris les univers créatifs de Franquin et du duo Goscinny/Uderzo quand il adapte leurs BD en films. Et puis Jamel Debbouze a cette âme d’enfant émerveillé devant le Marsupilami…

Franquin, élève de l’école de Marcinelle, celle des gros nez et de la ligne sombre.

André Franquin (1924-1997) est une référence de la bande dessinée belge au même titre que René Goscinny en France. Il fait partie de l’école de Marcinelle qui compte parmi elle Roba, le créateur de Boule et Bill mais aussi Morris, Peyo, Uderzo, Walthéry, le créateur de Natacha… Cette école se distingue de celle de Bruxelles et de la ligne claire menée par Hergé avec Tintin depuis 1929.

A quand une grande rétrospective Franquin dans un musée des Beaux-arts ? .

J’affectionne l’univers de Franquin pour la qualité de son humour, des références poétiques que l’on perçoit dans les albums de Gaston Lagaffe mais aussi le Marsupilami : la luxuriance de la jungle en Palombie par exemple. J’ai beaucoup aimé approfondir mon amour de la lecture avec ses albums entre 7 ans et 9 ans.

On reproche un peu à Franquin de représenter une Amérique du Sud d’opérette mais c’est aussi ça qui me plait !. C’est fantasque et exotique, on s’évade grâce à la BD. André Franquin a été fortement influencé par les dessins animés de Walt Disney mais aussi ceux de Tex Avery.

Je ne comprends pas pourquoi le Grand Palais qui a organisé une vaste rétrospective dédiée à Walt Disney en 2007 puis qui honora Hergé en 2017, ne célèbre pas bientôt l’art d’André Franquin.

La cité des sciences avait pourtant proposé une exposition Le monde de Franquin en 2005 mais elle est passée relativement inaperçue.

Trois albums représentatifs de la ligne sombre de l’école de Marcinelle.

BD & romans graphiques

La plus belle autobiographie que j’ai lu: Rendez-vous dans la forêt- Origine tome 2 d’Alain Auderset

Depuis 2013, j’ai un vrai coup de coeur pour les romans graphiques d’Alain Auderset : Rendez-vous dans la forêt. Il s’agit de recueils de ses plus belles lettres de nouvelles issues de son blog.

Elles sont mises en valeur par des photographies des environs de Saint-Imier, la superbe campagne dans laquelle vit Alain, sa famille et son atelier. Mais aussi de ses meilleurs dessins car Alain Auderset est un dessinateur de BD reconnu et primé par le festival de la BD chrétienne d’Angoulême.

Je dévore ce type d’ouvrages à mi chemin entre le carnet de voyages et l’autobiographie. En l’espace de treize années, Alain Auderset a publié six volumes de Rendez-vous dans la forêt dont deux volumes plus autobiographiques : Origine dont le second volet vient de paraître en décembre 2025.

Droits réservés Atelier Auderset

Le résumé :

Seul ? “En 15 ans d’existence, je n’ai croisé aucun ami de Jésus ! Suis-je donc le seul à avoir vécu une telle rencontre avec Dieu !?” finit par se demander Alain.

Seul et le coeur rempli d’amour pour les gens, ce jeune va s’efforcer de partager à tout le monde l’immense trésor qu’il a eu la chance de trouver dans une poubelle oubliée de son village. Il ne récolte alors qu’oppositions, moqueries, brisements et renoncements. Paradoxalement, cela ne fera qu’accroître son dévouement sans faille pour son Ami invisible.

En parallèle, il entame une enquête insolite et des plus cocasses pour retrouver ses frères dans la foi. Il les découvrira parfois endormis ou chelous, voire incohérents. La vision de cet ado, bien que très drôle, équivaut à une baffe, propre à nous remettre en question face à un monde en train de se perdre.
Beaucoup d’humour, de bêtises, de beauté, d’authenticité, d’amour et de larmes dans cette quête au cours de laquelle Alain apprendra à se réconcilier avec ses parents et à voir la main de Dieu agir de manière spectaculaire.

Rendez-vous dans la forêt – Origine 2, Alain Auderset, Atelier Auderset, 415 pages, 9782940487721, 25€

Droits réservés Ateliers Auderset

L’atelier Auderset n’est pas un simple studio de dessin, c’est un véritable champ de mission pour l’évangélisation du plus grand nombre à travers la bande dessinée. Alain Auderset vit dans une grande maison, une ancienne église rénovée. Il a une famille nombreuse avec sa femme Lilou et ses enfants travaillent avec lui dans son atelier ou dans son groupe de musique.

Un voyage graphique dans la foi

Il se met en scène dans des spectacles qui voyagent dans la francophonie. Et surtout il accueille des bénévoles pour un temps plus au moins long pour venir se former en bande dessinée ou pour donner un coup de main pour fermer des enveloppes, passer un coup de balai dans l’atelier ou tenir la comptabilité…

C’est une belle aventure humaine qui est racontée à travers ses différents recueils de Rendez-vous dans la forêt qui est intéressante à lire. C’est authentique, les expériences spirituelles avec le Seigneur se font dans le quotidien et révèlent l’extraordinaire bonté de Dieu aussi dans les petits riens.

J’aime ces livres car la Suisse est un pays qui me fascine pour sa beauté géographique et sa richesse culturelle. Je suis tellement peinée pour eux qui vivent un traumatisme national avec la tragédie de Crans-Montana. Je vais surveiller la prochaine newsletter de l’atelier Auderset à ce sujet.

Chaque année, j’achète pour ma maison ce superbe calendrier mensuel avec des illustrations tellement créatives et originales. J’aime énormément ce motif récurrent de maison arbre inspiré par l’illustratrice jeunesse anglaise Jill Barklem dans les années 1980.

En 2025, j’ai également commandé un cahier de coloriages à partir de ses dessins. Ce cahier est très bien fait car les motifs sont gros et c’est idéal à colorier. Les dessins ont tellement de sens que le coloriage est un vrai plaisir inspiré.

J’ai aussi découvert un livre jeunesse par un membre de l’atelier : Ric Rac Roc écrit par Carlo Vairet. C’est une histoire de pierres précieuses polies par le Créateur. Sans tomber dans le prosélytisme chrétien, c’est un livre bien écrit et intelligent pour montrer aux enfants leur valeur.

Enfin, j’achète les BD et les romans graphiques de cet atelier pour les soutenir financièrement car j’apprécie leur travail qui est celui d’un grand studio artistique avec beaucoup de talent. Alain Auderset aime faire le rigolo dans ses vidéos Youtube mais c’est un incroyable bosseur qui peaufine ses dessins pour faire mouche : percuter son lecteur grâce à la Parole de Dieu.

BD & romans graphiques

Icônes de l’enfance : Boule et Bill, fresque de l’harmonie familiale grâce à un facétieux cocker

Une fresque street- art du parcours BD : rue du Chevreuil à Bruxelles

A l’occasion de la parution d’un nouvel album de sketchs de Boule et Bill, je me suis replongée dans ma propre enfance.

Mes parents conservent précieusement dans leur garage quelques albums de Boule et Bill que nous lisions mon frère et moi. En grandissant, j’ai un peu renié Boule et Bill car je trouvais leur vie très classique voire un peu ennuyeuse, heureusement que leur chien Bill vient mettre un peu de pagaille dans cette maison très proprette.

Mais en devenant maman, je me suis rendue compte que j’étais assez attachée à cette BD et que j’avais envie de la transmettre à ma fille. Elle aime beaucoup la série Martine, un autre long seller du patrimoine de la littérature jeunesse belge.

« Boule & Bill, c’est comme un album de photos de famille : on n’y range que le bonheur » Roba

Une œuvre largement autobiographique : une famille classique qui parle au plus grand nombre

Boule et Bill est une série familiale et largement autobiographique créee par Jean Roba en 1959 (la même année qu’Astérix ). Boule est un petit garçon qui vit avec ses parents, son cocker et sa tortue de compagnie dans un pavillon de banlieue. Ses parents font partie de la classe moyenne qui est en train de s’enrichir pendant les Trente Glorieuses avec une maison individuelle, un chien de race et du temps pour les loisirs.

Le père (le double de papier de Roba) travaille dans une agence de publicité avec un patron Mr Coupon Dubois, pas bien commode qui ressemble un peu à Mr de Mesmaeker dans l’univers de Gaston Lagaffe. Mais heureusement, on ne parle pas beaucoup du travail du papa de Boule, la plupart des gags montrent Boule et Bill en train de jouer tous les deux ou avec leurs copains respectifs.

Roba, élève de Franquin va suivre une voie très personnelle au sein de l’école de Marcinelle

Jean Roba (1930-2006) est un ancien publicitaire qui rejoint un studio de dessinateurs de BD sous la houlette du célèbre André Franquin pour contribuer au fameux journal Spirou. Ils feront ainsi partie de l’école de Marcinelle qui pratique une ligne sombre à l’opposée de la ligne claire d’Hergé.

Cette ligne se caractérise par des dessins caricaturaux, un gros nez et des bulles de BD arrondies. C’est particulièrement remarquable dans le travail de Peyo , auteur des Schtroumpfs mais aussi de Johan et Pirlouit, Franquin créateur de Gaston Lagaffe, Roba, Albert Uderzo ou encore François Walthéry, assistant de Peyo et créateur de Natacha

Je trouve que Roba a suivi une voie très personnelle en choisissant la veine autobiographique. Propriétaire de sept cockers roux, Roba a puisé dans sa propre histoire pour créer un personnage emblématique de la BD belge depuis bientôt 70 ans.

Bill, Gaston Lagaffe des anti-héros gaffeurs qui plaisent aux enfants

Je pense que c’est ce qui m’a attiré quand j’étais enfant : cet univers rassurant dans lequel ont vécu mes grands- parents. Je n’ai pas connu les années 1970 et cette époque l’intéressait. J’ai appris à lire avec Boule et Bill mais aussi Gaston Lagaffe qui proposaient des univers passionnants pour les enfants : un chien malin et facétieux qui révolutionne la vie d’une famille tranquille, une rédaction de presse où Gaston, l’employé le plus paresseux met sans dessus dessous une entreprise sérieuse…

A travers la quarantaine d’albums de Boule et Bill, on a appris à apprécier (ou non) leur entourage proche ou lointain : la voisine acariâtre et son chat Sénéchal, l’agent de police, le voleur, le facteur, Mr Coupon-Dubois, les copains de l’école de Boule dont Pouf, les copains chiens de Bill…

Moi j’aime beaucoup les mésanges bleues, véritables alliées de Bill et la tortue Caroline. Dans cette série BD très familiale, les animaux prennent leur revanche sur l’Homme.

Comment Bill, le cocker facétieux a séduit le 7eme art

Boule et Bill, c’est une série BD à succès : une quarantaine d’albums, 21 millions d’exemplaires vendus et traduits en une quinzaine de langues.

Boule et Bill ont été adaptés deux fois au cinéma en 2013 et 2017 avec des acteurs français : Franck Dubosc et Marina Foïs puis Mathilde Seigner pour jouer le rôle des parents de Boule.

Je trouve ça un peu dommage que ce ne soit pas des acteurs belges comme François Damiens, Benoit Poelvooerde, Marie Gillain ou Cécile de France pour interpréter ces parents.

Je note que dans l’adaptation ciné, la maman de Boule travaille car la répartition d’origine : le père de famille qui lit son journal pendant que maman est aux fourneaux dans la cuisine n’est plus possible au 21eme siècle.

Les parents de Boule, un couple très stéréotypé, tout sauf moderne

J’ai vu un sacré contraste entre les parents de Boule, assez conservateurs et le couple un peu hippie sur les bords de la BD Les beaux étés de Zidrou et Jordi Lefèvre. Tous belges mais des couples sacrément différents.

Il y a un album de Boule et Bill que j’ai particulièrement aimé car sa couverture est très réussie. Contrairement aux autres albums, Globe-trotters est une histoire complète et non une succession de gags.

Le résumé :

Boule et Bill ont remporté un voyage autour du monde. Ils embarquent avec Papa et Maman et un employé de la société ayant organisé le concours, John-Cadre d’Hinnamich, alias J.C. Mais le voyage ne se déroule pas comme prévu et après quelques escales, Boule, Bill et J.C. se retrouvent séparés des parents de Boule. L’employé va alors tout faire pour réunir la famille et terminer le voyage dans les temps.

Après plusieurs péripéties, Boule et Bill sont enfin réunis avec les parents, et J.C., sa mission accomplie, démissionne et se fait engager dans la légion étrangère. C’est mon album favori de Boule et Bill.

Le chien Bill, de loin mon personnage de BD favori.

Dès que je vois un cocker roux dans la rue, j’ai une tendresse particulière pour lui car il me fait penser à Bill. Une année, j’ai ramené à mon frère qui avait la vingtaine bien tassée, des goodies du festival du livre de Paris : des oreilles de cocker en tissu pour fêter les 60 ans de la BD. Il était fin heureux. Ce Bill est à la fois sacrément cabot et facétieux. Il a mauvais caractère et prend facilement la mouche mais il tombe aussi facilement amoureux. C’est de loin mon personnage de BD favori !

Le chercheur Nicolas Tellop explique que Jean Roba s’est inspiré du beagle américain Snoopy pour créer Bill, son personnage fétiche.

Autant je trouve le couple des parents de Boule très classique et peu intéressant, autant je trouve le héros Bill à la fois cabot, drôle et sacrément moderne !

BD & romans graphiques

Que vaut le dernier Astérix ? En Lusitanie, le coq gaulois rencontre l’emblème du Portugal

C’est l’évènement éditorial de l’année : depuis le 23 octobre, Astérix et Obélix sont de retour dans la totalité des librairies et des hypermarchés français.

Mieux, cette nouvelle aventure en BD a été imprimée en 5 millions d’exemplaires dans dix-neuf langues. Deux millions d’exemplaires pour le marché français et le reste pour le marché international.

C’est un record dans le domaine de l’édition BD. Astérix est une véritable locomotive pour l’édition et la librairie française.

C’est surtout l’ambassadeur de la culture française à l’étranger puisque Astérix est la BD la plus lue dans le monde, 400 millions d’exemplaires vendus depuis 1957 (loin devant Tintin ou les Schroumpfs). De quoi redonner de la vigueur à tous ceux qui désespèrent du rayonnement de la France depuis le vol des bijoux de la Couronne au musée du Louvre dimanche 19 octobre ! .

Cet excellent article du Téléphone sonne, l’émission de France Inter explique l’amour inconditionnel et intergénérationnel des Français envers Astérix, l’anti-héros.

Les ingrédients de la potion magique Astérix : nostalgie, autodérision et heureux anachronismes.

Fabrice Caro, le scénariste à la suite de René Goscinny explique que son tandem alterne les albums de village et les albums de voyage. Après l’Iris blanc où un pseudo gourou de développement personnel mettait un sacré bazar dans le village gaulois, on retrouve nos trois compères Astérix, Obélix et Idéfix appelés à l’aide en Lusitanie.

Cet album se moque gentiment de la mondialisation en abordant les échanges commerciaux en Méditerranée autour du garum (une sauce salée de poissons) aussi recherchée que le chocolat Dubaï aujourd’hui.

Le résumé :

Du bateau du Phénicien Epidemais, déjà croisé dans Astérix et Cléopâtre, débarque Boulquiès. Ce personnage d’origine portugaise vient demander l’aide d’Astérix et Obélix. Chez lui, un de ses amis producteurs de garum (une sauce salée de poissons) est accusé d’avoir voulu empoisonner César… Les célèbres Gaulois embarquent pour le Portugal afin de résoudre cette affaire.

« Les ennemis de nos ennemis sont nos amis« 

J’ai beaucoup aimé cet album Astérix en Lusitanie car il poursuit le message de ses fondateurs Goscinny et Uderzo. Le village des irréductibles gaulois n’est pas marxiste mais il est toujours d’accord pour jouer des coudes et castagner afin de venir en aide aux peuples persécutés par l’empire romain.

C’est toujours le foutoir monstre dans le village avec leur chef sur son bouclier qui a du mal à canaliser ses ouailles qui sont bagarreurs, envieux, de mauvaise foi les hommes comme les femmes et pourtant il y a une harmonie entre eux, ils sont solidaires et communient toujours avec un grand banquet composé de bonnes bières et de sangliers. Les banquets des Gaulois et de leurs alliés sont fédérateurs et bon enfant, ceux de la Rome antique sont individualistes et ostentatoires.

Droits réservés Editions Albert René
Un tandem qui n’a pas voulu jouer le jeu du body shaming
Droits réservés Editions Albert René

Le tandem Conrad/Fabcaro a mis un soin tout particulier à évacuer les clichés racistes en faisant évoluer en un clin d’œil le personnage de Baba, le pirate africain.

lls ont manié les stéréotypes sur le Portugais avec bienveillance en insistant sur le patrimoine portugais immatériel : le fado, la saudade cette douce nostalgie, les pasteis de nata, les azulejos… mais les clichés sur l’accent portugais ou la pilosité prononcée ont été heureusement abandonnés. Obélix est un peu lourd avec la morue mais il est pleinement dans son rôle.

J’ai beaucoup aimé le couple de Parisiens retraités au Portugal qui aident les deux héros en leur vantant les mérites de pasteis de nata qui seront employées de manière non conventionnelle pour semer les Romains. Ils vont aussi les aider à parcourir le pays de manière incognito, ce qui est une première dans la saga Astérix mais je ne vais rien vous divulgacher.

Astérix : une BD indémodable qui rassemble les générations

Au prochain printemps, j’ai bien envie d’aller visiter le parc Astérix en famille car je n’y suis encore jamais allée. Plus que pour les attractions, j’ai envie de voir comment l’oeuvre artistique de Goscinny et Uderzo a été adaptée en parc d’attractions. Je m’attends à une toute autre expérience que Disneyland Paris qui regroupe des dessins animés et des univers bien différents des uns des autres.

Les chiffres de ventes des nouveaux albums qui paraissent tous les ans et des autres titres du fonds sont tellement exceptionnels qu’il faudra veiller à ce qu’Astérix reste avant tout une oeuvre littéraire et non une marque, un produit marketing.

Astérix le gaulois a évidemment toute sa place dans la série Icônes de l’enfance de ce blog ! C’est une rubrique qui me tient à coeur dans ce blog. J’aime analyser les recettes de succès comme ces long sellers : Le Petit prince, Babar, Le petit Nicolas , Les Schroumpfs, Natacha, Martine qui se transmettent de générations en générations…

BD & romans graphiques

Natacha, hôtesse de l’air

Quand j’étais enfant, j’aimais beaucoup lire les albums de Natacha parce que c’était rare une femme comme héroïne de BD et le métier d’hôtesse de l’air était sacrément romanesque. Je trouvais ces BD grâce au fameux bibliobus de l’Ardèche qui alimentait la simple étagère qui servait de bibliothèque municipale dans le village où je passais mes vacances.

Natacha, Walter et l’équipage de l’avion égayait mes journées d’été pluvieuses quand le brouillard jouait les trouble-fête en août sur le plateau ardéchois.

Natacha est une série d’albums BD franco-belge crée par Gos et Walthéry et publiée par les éditions Dupuis. François Walthéry est aussi le dessinateur de Benoit Brisefer, Johan et Pirlouit, Les Schtroumpfs… Une vingtaine d’albums de BD ont été publiés en 1970 et 1998. J’ai bien envie de lire le dernier album de Natacha : L’épervier bleu, paru en 2018 pour me confrontrer à mes souvenirs de lecture.

En avril prochain, Natacha va partir à la conquête du cinéma sous les traits de Camille Lou et de Vincent Dedienne qui jouera Walter. Le film s’est inspiré d’un album : Natacha et Monna Lisa. Il se moque un peu du métier d’hôtesse de l’air de l’héroïne.

« Distribuer des Cocas à des gens qui ont les chevilles gonflées c’est ça votre rêve ? »

Une fresque street art en l’honneur de Natacha et Walter a été inaugurée à Bruxelles en 2009, signe que cette série BD fait partie du patrimoine national au même titre que Tintin, Gaston Lagaffe ou encore Martine.

Littérature jeunesse

Ana Ana ou la poésie de l’enfance

Septembre marque la rentrée des classes pour les écoliers et leurs parents.

Alors j’ai eu envie de faire un petit shooting photo avec les billes, les seaux et les pelles au bac à sable, les marrons…

Rien n’est trop beau pour mettre en scène les albums d’ Ana Ana et ses doudous, série écrite par Dominique Roques (la mère) et illustrée par Alexis Dormal (le fils) , éditions Dargaud.

C’est la marraine de ma fille qui nous a fait découvrir cette série avec un album de toute beauté : Une virée à la mer. C’est un format à l’italienne avec des illustrations très classiques à l’aquarelle et pourtant, on est vite happé par les petites histoires du quotidien de cette joyeuse petite bande.

J’aime beaucoup la littérature jeunesse notamment la ligne éditoriale de l’Ecole des loisirs en général. Mais la lecture de l’histoire du soir, c’est souvent une corvée pour moi. Je passe pourtant un bon moment de lecture avec ma fille de cinq ans le soir avec cette série BD.

Les histoires sont assez bien rythmées, avec du suspens. On se demande quels types de bêtises les doudous ont bien pu inventer et comment Ana Ana et ses amis vont se sortir de cette situation. Dans cette série, les parents et le grand-frère Pico Bogue sont totalement absents, Ana Ana anime ses aventures avec ses doudous .

Par le recours à l’aquarelle et le classicisme des illustrations, l’univers d’Ana Ana me fait un peu pensé à Sempé, mais Ana Ana et Pico Bogue sont bien différents du Petit Nicolas. Ce sont des enfants très réfléchis dans lequel l’auteure et l’illustrateur ont mis des traits de personnalités de leurs enfants ou frères et sœurs.

« Avec Ana Ana et ses doudous, j’ai recréé le microcosme d’une société, dans une chambre d’enfant »

Alexis Dormal, Le nouvel Observateur, 16 août 2024

Les séries Pico Bogue et Ana Ana sont de belles histoires dans le domaine de l’édition. C’est une mère et son fils qui travaillent ensemble pour mettre en scène des petites chroniques de l’enfance vivantes et profondes qui suscitent les émotions de leurs lecteurs.

La mère d’Alexis Dormal : Dominique Roques a decidé de lui donner un coup de pouce en lui apportant des histoires à illustrer, connaissant la précarité du métier de son fils. Leur complicité créative a convaincu les éditeurs de Dargaud puisqu’ils ont crée deux séries à succès Pico Bogue (16 albums depuis 2008) et Ana Ana, sa petite soeur (25 albums depuis 2012).

Les éditions Dargaud proposent aux parents un plein d’idées d’activités pour occuper les enfants autour des personnages de leurs univers BD, sur leur site Internet.

Retrouvez-ici d’autres succès d’édition qui m’ont marquée et que j’ai envie de partager avec vous :

-Martine, icône intemporelle, fête ses 70 ans à la galerie Casterman

-Roule galette : un album jeunesse tout sauf ringard

Emballée par la couv’ : l’édition bulgare du journal de Bridget Jones

BD & romans graphiques

Spoiler alert, j’ai vidé la boite de mouchoirs avec la lecture de ces trois BD : émotion garantie

J’y suis allée un peu fort avec le titre de cette article. Le rôle de ces BD n’est pas de faire pleurer dans les chaumières. Ca, ça s’appelle le pathos, et nous sommes nombreux à détester ça. Mais la lecture sert à réfléchir, mais aussi à émouvoir.

Le point commun entre ces trois BD c’est le lien social, l’amour triomphant par la transmission du devoir de mémoire, l’adoption d’un enfant… L’amour du prochain résiste face aux guerres contemporaines, la déportation massive de tous ceux qui ne convenaient pas aux nazis dans les années 1940…

J’ai trouvé ces trois BD de qualité à la médiathèque de Fontenay sous Bois, ma ville, et j’en profite pour saluer le travail de ces pros des métiers du livre pour ces choix pertinents.

Retour à Birkenau, par Ginette Kolinka, dessiné par Efa, Cesc et Sole, écrit par JD Morvan et Victor Matet, Albin Michel, 112 pages, 21€90

La couverture de cette BD est vraiment splendide, elle résume à la perfection les flash backs permanents qui émaillent ce récit de déportation. Il est difficilement soutenable mais avec la douceur et l’humanité de Ginette, 99 ans qui transmet son histoire à des collégiens, on reprends courage pour oser dire non à la sauvagerie et au tyrannisme.

J’ai une tendresse particulière pour cette petite dame dont il émane une force de caractère exemplaire sur les plateaux de télévision où elle vient parler de ses livres. La dernière émission en date : Les rencontres du papotin sur France 2 m’a émue aux larmes. D’ailleurs la bande dessinée se termine de la même manière. Avec une chanson de Téléphone, Un autre monde car son fils Richard est le batteur de ce groupe emblématique.

L’adoption, tome 1 : Wadji et tome 2 : Les repentirs, Zidrou et Monin, éditions Grand angle

Je n’ai pas encore décidé si je lirai les trois autres volumes de cette série sur différentes adoptions d’enfants du monde. Mais il est sûr que l’histoire de Wadji, petit yéménite de dix ans et de sa famille adoptive à Nantes m’a beaucoup parlé.

J’ai fermé le premier tome un peu révoltée par ma lecture face à ce gâchis relationnel, fait d’incompréhensions à cause de la guerre qui détruit tout sur son passage.

Une phrase de l’éditeur résume vraiment très bien l’histoire : quand on a connu le pire, il faut un peu de temps pour s’habituer au meilleur.

« Jusqu’à présent, sa mère s’appelait « Guerre » et son père « Exil ». Maintenant, ils ont pour nom « trahison » et « abandon » « . C’est ainsi que commence le tome 2 : Les repentirs. Je ne vais pas vous raconter l’intrigue mais j’ai été vraiment très touchée par l’amour que déploie cette famille adoptive pour un petit garçon qu’elle connait à peine et qui a du mal à s’attacher à eux.

Il y a toute une galerie de personnages qui vont s’entraider pour retrouver ce petit gosse fugueur qui ne sait pas qu’il est aimé. C’est une histoire qui valorise le courage qu’on va chercher au plus profond de soi pour les siens et j’ai pleuré bien évidemment !.

Je suis une grande fan des BD scénarisées par Zidrou notamment la série Les beaux étés avec cette famille belge qui descend dans le Sud de la France chaque été sur une décennie.

Je vous recommande les albums des maisons d’édition Dargaud et Grand angle. Pour moi, ce sont les meilleurs dans le domaine.

Retrouvez ici d’autres chroniques de BD du blog Le bal littéraire des sardines :

-Jamais , lutter contre l’érosion des souvenirs

Guernica, un plaidoyer contre la guerre en BD

Droits réservés La boite à bulles
Bullet journal

Compiler ses lectures, les films, les expos et les séries qui m’ont marquée dans l’année dans mon bujo…

Ca y est ! Je suis enfin en mode vacances ! A moi bucket list et projets d’été en attendant que mon mari soit aussi en vacances pour pouvoir s’envoler en famille pour la Bulgarie !

Ce printemps, un projet d’envergure m’a mobilisé pour mon blog et mon bullet journal. Pour l’instant, je l’ai un peu laissé tomber car compiler cinq ans de lectures, films et séries sur une page de blog s’est avéré beaucoup trop ambitieux.

Mais je trouverai le bon format car quand j’entends au bureau la petite phrase « Je n’ai plus rien à lire, j’ai fini ma dernière série Netflix« , cela me motive pour la rentrée.

J’avais déjà fait cette petite liste de 15 romans marquants pendant le confinement. Mais elle ne demande qu’à être enrichie. Merci pour tous vos partages, vos échanges en commentaires qui me font découvrir de nombreux livres. Mes trajets quotidiens en RER A et RER B ont une toute autre atmosphère grâce à un bon roman !

Chaque mois je dessine des livres sur la tranche ou en piles et je note leur titre. Mais c’est beaucoup mieux quand j’y ajoute une miniature de leur couverture. J’ai une mémoire visuelle et sans la couverture, je vais rapidement oublier le livre en question.

Ces pages culture sont vraiment de bons aide-mémoires pour moi pour écrire des articles de blog. J’aime bien les agrémenter de tableaux ou de collages trouvés dans des magazines comme Flow ou Vanity Fair. Avec ces pages, je me suis rendue compte de l’importance de la culture dans ma vie. Avec une ville aussi belle et dynamique que Paris, je suis servie !

Pour les films et les séries, longtemps j’ai dessiné une pellicule en noir et blanc. Mais c’est un peu laborieux à dessiner et pas si joli que ça finalement. Je préfère dessiner désormais des tickets de cinéma qui sont beaucoup plus esthétiques et faciles à réaliser.

Enfin, j’ai même pensé à faire un carnet qui serait consacré seulement à mes lectures et les films et séries que j’ai regardé dans l’année. J’ai abandonné cette idée car j’ai déja cinq bujos depuis 2017 et cela prend de la place sur mon bureau.

Alors je fais attention à faire toute une page pour noter mes ressentis pour une lecture marquante (voir ci dessous mes impressions du roman Un dernier été, que j’ai reçu des éditions Les escales en service de presse en mai dernier).

Un grand merci à mon amie Sophie du foyer La Vigie pour ses encouragements. On s’est revues en juin après un bout de temps et j’espère que cet article lui donnera envie de sauter le pas pour créer son propre bullet journal !

Retrouver ici mes précédents articles qui parlent de bullet journal :

-Buller en dessinant dans son bujo

-Tenir un bullet journal autour de la naissance de son enfant

BD & romans graphiques·Du livre à l'écran

Je suis allée voir Astérix et Obélix, l’empire du milieu de mon plein gré… et c’était un bon moment de détente bon enfant !

Je pense que si on écoutait les critiques de cinéma, on passerait à côté de bon nombre de comédies françaises ! J’y suis allée le premier samedi des vacances de février donc hier, avec mon mari, au cinéma Le Vincennes. C’était la séance des familles avec des enfants de sept- huit ans et ils avaient l’air de passer un bon moment.

La bande de Guillaume Canet : Gilles Lellouche, Marion Cotillard, Jérôme Commandeur avoisine désormais la cinquantaine. Ils sont devenus parents comme moi. Après Les petits mouchoirs et Les infidèles, ils varient désormais leur registre avec ce film très grand public. Avec Astérix, on retourne tous en enfance.

Alors certes, le scénario connait de nombreuses lacunes car ce n’est pas une adaptation d’un album de BD des aventures d’Astérix et Obélix. Mais la magie opère quand même. Astérix est une œuvre patrimoniale depuis soixante ans.

Chacun a lu les albums de BD en vacances au fond du grenier quand il était petit. Comme cette BD a été traduite dans des milliers de langues, elle a aussi séduit d’autres enfants du monde entier comme Zlatan ou mon mari.

J’ai trouvé des exemplaires d’Astérix en bulgare dans une brocante à Sozopol, Bulgarie cet été. C’était marrant car Sozopol c’est vraiment une ancienne cité antique. La boucle était bouclée !

Ce film réussit son pari : celui de nous faire vivre un bon moment de détente au cinéma. Chacun imagine le village gaulois comme il le veut. Moi j’étais curieuse de voir la poissonnière, la femme d’Ordralphabetix : Ielosubmarine jouée par un visage très connu du cinéma français. C’est la boulangère parisienne d’Emily in Paris.

C’est un film choral qui réunit bon nombre de célébrités de l’humour, du sport, de la chanson : Big Flo et Oli, M, Angèle, Florent Manaudou, Zlatan… Je ne comprends pas pourquoi les critiques du film critiquent cela alors que c’est l’essence du film.

Tous ces personnages secondaires avec des noms marrants enrichissent le jeu comique. Les deux petits généraux chinois Dancing queen et Riqi qi sont les deux méchants de l’aventure. César joué par Vincent Cassel est parfait !

Les deux actrices asiatiques qui jouent la princesse chinoise et sa garde du corps sont très élégantes dans leur jeu, leurs gestes de kung fu. Leur noblesse tranche avec ces deux vieux garçons gaulois bien lourdeaux flanqués de Graindemaïs, marchand phénicien aussi veule que bête.

Même si Uderzo et Goscinny n’ont pas envoyé leurs héros de papier en Chine, c’était une bonne idée d’inventer une histoire d’Astérix dans l’empire du Milieu.

La bataille finale en costumes, avec les chevaux et l’impératrice qui débarque avec toute son armée (comme dans Astérix et Obélix, mission Cléopâtre). Tout fonctionne pour nous plonger dans l’époque antique.

Il y a vingt ans sortait au cinéma Astérix et Obélix, mission Cléopâtre. J’avais quinze ans. Tous les ados de Valence étaient dans la salle 12 du Pathé flambant neuf de la ville. L’humour Canal+ associé à l’Egypte fonctionnait à fond avec les ados.

En 2023, Guillaume Canet touche les enfants avec un conte qui se déroule dans l’empire du Milieu. C’est la magie intemporelle d’Astérix depuis plus de soixante ans !

Retrouvez ici mes précédents articles consacrés à Astérix mais aussi Tintin, mes deux titres BD favoris depuis trente-cinq ans !

On a testé en famille l’exposition Tintin, une aventure immersive à L’atelier des lumières

-Astérix fête ses soixante ans !

René Goscinny, génie français de la BD occidentale !

Romans

Mon bilan lecture et ciné de cet été : varier les genres et découvrir…

Cet été, j’ai pris les devants car j’ai réalisé que j’étais une véritable boulimique de lecture toute l’année : dans le RER quand je vais travailler, sur mon transat le soir depuis mon beau balcon fontenaysien et surtout à la plage au bord de la mer Noire, en famille en Bulgarie.

En Bulgarie, c’est un peu compliqué car les romans et la presse française ne courent pas les rues malgré les librairies francophiles. Alors j’ai pris deux gros pavés qui j’espère, me tiendront les deux semaines de congés. J’avais même prévu d’emprunter la liseuse Kobo de mon père mais je me suis dégonflée. Cependant, en tant que vraie lectrice, je tenterai un jour l’expérience numérique…

Les heureux élus de cet été sont :

Une grande partie de cette sélection à lire et à visionner vient de ma médiathèque à Fontenay sous bois. Je salue leur travail de qualité pour nous proposer de quoi nous évader l’esprit l’été, on sous-estime le rôle socioculturel de ces bibliothécaires : voici un article de blog qui présente leur métier.

A visionner avec une bonne glace quand la brise du soir chasse la canicule.

Holy Lola de Bertrand Tavernier en 2005 avec Isabelle Carré et Jacques Gamblin

Un couple auvergnat rejoint le Cambodge et tout un hôtel avec d’autres adoptants français pour rencontrer leur petite fille : Holy Lola. On suit leur parcours du combattant où les nerfs et les émotions sont mises à rude épreuve face à la corruption qui monnaye avec cynisme et intéressement le désir d’enfant. Je l’ai revu ces jours-ci alors que je suis devenue maman depuis et ma compréhension de leurs ressentis était indéniablement plus forte.

La lutte des classes de Michel Leclerc avec Leïla Bekti et Edouard Baer.

Je suis avec attention tous les films de Michel Leclerc, l’un des réalisateurs de ma série préférée Fais pas ci, fais pas ça car je trouve qu’il décrit avec beaucoup de justesse la société actuelle. Et puis, c’est comique mais habitant l’est parisien populaire, je pourrai me retrouver dans la situation de ces parents dans quelques années.

Un bon film poil à gratter pour questionner notre xénophobie ordinaire. J’aime beaucoup le jeu authentique et sensible de Leïla Behkti. Ne la cantonnons pas à son rôle de psychopathe mal dégrossie dans La flamme et Le flambeau

Ces deux films étaient dans ma liste à voir, j’ai hâte de regarder Antoinette dans les Cévennes, Elvis et puis Downtown abbey une nouvelle ère grâce à Eureka, la formidable plateforme numérique des bibliothèques du Val de Marne…

A lire dans un bon transat en ville, à la plage ou dans un pré qui sent bon l’herbe coupée.

Encore une fois, je salue l’initiative de tous ces maires qui développent les initiatives estivales comme Paris plages, Fontenay sous soleil ou l’été anti-rouille à Créteil. C’est très agréable de lire des revues prêtées par la médiathèque en attendant que son enfant ait fini de se dépenser sur un château gonflable.

Pour cet été, j’ai décidé de sortir de mes habitudes de lectures avec une enquête policière sur Action directe, un roman historique pendant la dictature de Franco en Espagne, un feel-good un peu plan plan mais qui décrit bien Brighton et l’Italie, un autre roman historique sur les biens artistiques spoliés aux familles juives pendant la seconde guerre mondiale et surtout le dernier roman de JC Sullivan…

Les âmes sélectives, J.C Sullivan, éditions Les escales, 23€

Je vais commencer par celui-ci car c’est celui que j’avais le plus envie de lire. Malheureusement, grosse déception. Je n’ai pas retrouvé la finesse psychologique des personnages que j’avais tant aimé dans Maine, Les liens du mariage ou encore Les anges et tous les saints. Les dialogues entre les personnages étaient soporifiques et creux.

Je ne me suis attachée à aucun des personnages tant ils respiraient le cynisme et la déprime. Cette amitié entre Elisabeth et Sam, la mère de famille et la étudiante nounou ne m’a rien apporté de fécond. D’ailleurs, cela se termine en eau de boudin entre elles. Oups, spoiler. J’ai même sauté 400 pages pour lui donner une ultime chance mais cette vision sinistre de la maternité m’a beaucoup rebutée. Mais je remercie beaucoup la maison d’édition Les escales pour l’envoi de ce livre en service de presse.

Heureusement, je me suis régalée à regarder sur Netflix le film Journal d’une baby sitter. C’est une comédie de qualité qui étudie sous un angle anthropologique les riches familles de New-York dont les rejetons pourraient s’appeler Blair, Serena ou Chuck dans Gossip girl.

Dans un tout autre genre, j’ai lu La fille de Deauville de Vanessa Schneider, éditions Grasset, 20€

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai trouvé fort intéressante cette traque policière qui devient obsessionnelle pour un policier, Luigi Pareno. Ce roman raconte la trajectoire de Joëlle, une jeune fille de la haute bourgeoisie qui hait au plus haut point ses parents et d’où elle vient. Elle rallie l’autre camp, celui des violents qui abat les riches d’une balle dans la tête sans sommation, en se planquant dans un coin sombre de leurs allées privées.

Cette structure assez décousue m’a un peu déstabilisée mais elle illustre bien la perte de tous repères, cette vie clandestine et meurtrière dans laquelle se perdent les terroristes d’Action directe.

J’aime beaucoup la plume de cette journaliste judiciaire du Monde qui a réussit son coup : montrer l’errance des êtres quand ils épousent une cause idéologique violente qui mène à avoir du sang sur les mains. Ce n’était pas une lecture très joyeuse mais elle m’a permis une saine réflexion philosophique.

Puis j’ai lu Hôtel Castellana (écrit par Ruta Sepetys, Gallimard Jeunesse, 19€), un roman historique que j’avais envie de lire depuis un bon moment. Lui aussi parle d’idéologie qui enferme les gens dans la souffrance mais à l’échelle d’une dictature d’Etat.

A travers une histoire d’amour contrariée entre Ana et Daniel, on comprend toute la pesanteur psychologique vécue par des millions d’Espagnols sur plusieurs générations entre 1936 et 1975. Ils ont la vingtaine mais portent le poids du monde sur les épaules.

Il est un riche héritier texan d’origine espagnole, elle est une très jolie fille pauvre qui va se sortir toute seule du ruisseau. Ce roman passionnant et bien écrit m’a tellement parlé sur une époque noire de l’Histoire en Europe que je réfléchis à un article pour chroniquer en détail ce roman. Pour résumer, ce roman donne la parole à tout un peuple meurtri à l’image des martyrs de Guernica, immortalisés par Picasso.

Ne sous-estimez jamais la richesse de la littérature young adult, j’avais vraiment envie de rajouter à ce bilan lecture deux très bons livres que j’ai lu en juin : Angie et Souviens-toi de septembre de Marie-Aude Murail, éditions Ecole des loisirs.

Chaque tome raconte une enquête policière menée par un trio de choc : Augustin Maupetit, commissaire beau gosse de la brigade des stupéfiants, Angie sa petite voisine de quinze ans et surtout Capitaine dite Capi, le berger allemand qui renifle les containers du port pour faire tomber les trafiquants de drogue du port.

C’est une trilogie ultra contemporaine qui se déroule pendant le grand confinement, celui du printemps 2020. La France était sidérée, éloignée de ses repères. Les policiers, les infirmières à domicile continuaient de travailler tout comme les acteurs d’une économie parallèle bien connue au Havre : la drogue. Avec de l’argent facile, on corrompt les dockers pour qu’ils mettent à l’abri de la douane un container.

Ces romans racontent avec talent la lutte des classes : la bourgeoisie havraise qui vit dans les villas sur les hauteurs comme dans un tableau de Monet à Sainte-Adresse et les prolos qui vivent dans les quartiers pauvres.

Et enfin, je ne pouvais pas finir ce bilan lecture sans une chronique BD : Les beaux étés de Zidrou et Jordi Lafebre, éditions Dargaud, 35€.

J’ai découvert cette saga familiale en six tomes dans le journal gratuit de Dargaud, trouvé à la Procure (ils font tous les deux partie du groupe Média participations). C’est exactement le genre de roman graphique que j’aime lire. Cela allie nostalgie, vacances, Histoire grande et petite, souvenirs et beau dessin attachant.

Cela raconte par de nombreux flash-back le départ en vacances d’une famille belge qui attend que le père ait fini ses planches de BD pour décoller de leur Belgique pluvieuse direction le sud de la France et le soleil… Cela m’a fait pensé au film Bienvenue à Marly Gomont de Kamini qui se passe dans le même coin et à la même époque mais aussi c’est l’antithèse de Boule et Bill.

Ici, les parents Falderault sont des soixante-huitards qui s’aiment goulument devant leurs enfants, ils pratiquent une vie bohême teintée d’humour et de naturisme alors qu’on se demande ce que font les parents de Boule et Bill au lit.

J’aime beaucoup cette saga qui explique comment la génération née après guerre s’est débrouillée pour se débarrasser des traumatismes de leurs parents : l’un des grands père est un réfugié espagnol de la dictature franquiste alors que l’autre papi a travaillé au STO.

Enfin, je vais continuer sur ma lancée de l’été en me sélectionnant à nouveau sept-huit romans et films pour l’automne. Pendant mes congés d’été, on a appris le décès de Jean-Jacques Sempé, sans doute l’un des dessinateurs les plus connus et apprécié en France depuis plus de soixante ans. Il est impensable pour moi de ne pas lui rendre hommage dans ce blog dans un prochain article.

Retrouvez-ici mes derniers articles BD et romans :

-Des chroniques familiales sous forme de bulles de BD

Entretenir le devoir de mémoire en BD : Guernica, éditions La boite à bulles

-Marie Vareille, spécialiste du genre feel good et young adult