Biographies et autobiographies·Sociologie

Comprendre l’envers du décor d’un procès hautement médiatique grâce à une autobiographie du métier d’avocate.

Hasard du calendrier, j’ai lu le témoignage personnel de Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pélicot durant le procès en appel des viols de Mazan. Je l’ai lu en trois soirées tant j’ai été happée dans ma lecture par l’autobiographie d’une femme sensible et dotée d’une humanité rare.

Le grand public la connait comme l’avocate du diable comme l’a surnommée ainsi un média d’Amérique latine quand elle a été interviewée en tant qu’avocate de Dominique Pélicot.

Le procès des viols de Mazan qui dura quatre mois a suscité l’intérêt de plus de 180 médias dont 86 médias étrangers présents lors du verdict. Ce sont les médias espagnols qui se sont le plus déplacés mais également le New-York times américain.

Le résumé :

Béatrice Zavarro est l’avocate qui a défendu Dominique Pélicot. Tout en évoquant son parcours de vie, elle raconte le premier contact avec son client, les moments clés de la procédure et les défis nombreux rencontrés tout au long de ce procès pour l’histoire.

Mais surtout, en montrant un immense respect pour la victime, Béatrice Zavarro revient sur les confrontations notamment avec les avocats des coaccusés mais aussi sur les plaidoiries, le verdict, et l’après Mazan…
Qualifiée par la presse d' » avocate du diable « , elle précise sa motivation à défendre l’indéfendable, et révèle les raisons profondes de cet engagement qu’il faut aller chercher dans son histoire personnelle. Un récit d’une grande force qui nous permet de mieux comprendre cette affaire hors norme qui a impacté à jamais la France et le monde.

Mon avis :

Ce livre très bien structuré est organisé en trois grandes parties et en vingt-six chapitres. Il a été coécrit avec Danièle Prieur, avocate.

Le livre s’ouvre sur son histoire personnelle. Elle est marseillaise depuis toujours et on comprend vite que sa petite maison près de la calanque de Morgiou est son refuge, son havre de paix…. Béatrice Zavarro explique que son mari Edouard est son pilier, il l’a accompagné tous les jours du procès pour la soutenir aussi bien moralement que physiquement. Il portait aussi les épais classeurs du dossier car l’avocate marseillaise souffre d’un tassement de vertèbres depuis l’instruction du procès Pélicot il y a quatre ans.

Ce livre raconte comment elle a organisé son cabinet autour de cette affaire hors-norme dans sa carrière car à son grand regret, Dominique Pélicot n’a pas voulu de deuxième avocat pour qu’elle fasse équipe avec quelqu’un. Pendant des mois, elle a multiplié les aller-retour en voiture Marseille- Avignon pour les confrontations avec les cinquante et un coaccusés.

C’est beau de l’entendre expliquer comment la solidarité de sa famille et de ses amis l’ont aidée à tenir. Elle a vécu une véritable épreuve personnelle durant ce procès avec des confrères de la défense qui ne lui ont pas fait de cadeau.

Il y a eu énormément d’articles de presse pour présenter Mme Pélicot, sa fille ou encore Béatrice Zavarro dans les magazines féminins car elles ont eu une vraie carrure morale dont ce porcès avait besoin.

Je n’ai pas lu le livre de Caroline Darian : Et j’ai cessé de t’appeler Papa, quand la soumission chimique touche une famille, éditions Robert Laffont mais je l’ai acheté par solidarité pour son association. J’attends 2026 pour lire l’autobiographie de Gisèle Pélicot, éditée par Flammarion.

Même si ce n’est pas joyeux même insoutenable par moments, j’ai aimé lire ce livre car il explique le déroulé d’un procès expliqué par une des avocates les plus pédagogues et humaines qu’il soit. En annexe du livre, on peut lire la longue plaidoirie de maître Zavarro au procès Pélicot.

Elle compte une dizaine de pages, un exercice oral qui peut durer plusieurs heures durant l’audience. C’est fort intéressant pour l’effort rhétorique que cela demande, on comprend bien mieux le rôle d’un avocat de la défense. La lecture de ce livre m’a énormément éclairée pour comprendre le déroulé du procès Jubillar qui vient de se terminer.

J’ai lu avec intérêt les articles de Pascale Robert-Diard, journaliste judiciaire au Monde car elle a un vrai talent pour montrer les forces et les faiblesses des uns et des autres, comment des relations sont brisées dans la société et comment la justice peut apporter réparation.

J’ai beaucoup de mal à comprendre les jugements hâtifs qui crient haut et fort que les victimes de faits-divers aussi médiatisés cherchent le profit en publiant un livre. C’est un vrai défaut d’empathie de prêter de telles intentions aux victimes.

J’ai lu dans une interview à L’Humanité à propos de ce livre que Béatrice Zavarro était plus intéressée par l’enjeu humain, la trajectoire des individus : « Personne n’est à l’abri d’un mauvais geste, d’une mauvaise décision… »

Le détenu des Baumettes qui a conseillé à Dominique Pélicot de lui demander d’être son conseil a été bien inspiré. Il avait vraiment besoin d’une femme fort et infiniment respectueuse de la victime Gisèle Pélicot. Ce ne fut pas le cas de bien des avocts de la défense qui ont osé plaidé la complicité du couple Pélicot.

L’impact du procès des viols de Mazan : témoignage d’une avocate engagée

L’écriture d’un livre peut avoir un rôle thérapeutique. Gisèle Pélicot a été portée par l’amour et le soutien de milliers d’anonymes qui lui ont écrit, apporté des fleurs, collés des affiches de nuit pour hurler leur solidarité…

J’aime aussi les émissions de Faustine Bollaert où elle invite des inconnus à témoigner de l’impact d’un procès dans leurs vies. J’ai une pensée pour tous ces anonymes collègues de travail, maîtresses d’école, amis qui portent l’histoire de Delphine Jubillar et qui espèrent la vérité depuis 2020.

Ces accusés de grands procès médiatiques font souffrir leurs conjoints, leurs enfants dans leur cercle intime. On les condamne à vingt ans, trente ans de prison pour mettre la société à l’abri de leurs pulsions, leurs agissements.

Mais est-ce que la prison pourra être un enseignement pour eux vers la rédemption ?

Carnets de voyages urbains·Du livre à l'écran

Marcel et Monsieur Pagnol : un biopic animé éblouissant dédié à un formidable conteur

C’est l’ évènement culturel de cet automne : Marcel et Monsieur Pagnol, le film d’animation signé Sylvain Chomet, le réalisateur des Triplettes de Belleville et de L’illusionniste, nominé quatre fois aux Oscars.

Le résumé du film :

A l’apogée de sa gloire, Marcel Pagnol reçoit la commande d’une rédactrice en chef d’un grand magazine féminin pour l’écriture d’un feuilleton littéraire, dans lequel il pourra raconter son enfance, sa Provence, ses premières amours…

En rédigeant les premiers feuillets, l’enfant qu’il a été autrefois, le petit Marcel, lui apparaît soudain. Ainsi, ses souvenirs ressurgissent au fil des mots : l’arrivée du cinéma parlant, le premier grand studio de cinéma, son attachement aux acteurs, l’expérience de l’écriture. Le plus grand conteur de tous les temps devient alors le héros de sa propre histoire.

Nous avons vu ce film d’animation en famille en avant-première au Grand Rex cet après-midi. Marcel Pagnol est un écrivain immensément populaire, ambassadeur de la francophonie dans les écoles du monde entier un peu comme Le petit prince de Saint -Exupéry.

J’ai lu La gloire de mon père et Le chateau de ma mère qui font partie de la trilogie Souvenirs d’enfance publiés en 1957. C’est Hélène Lazareff, la patronne du magazine Elle qui a commandé à Pagnol alors dans le creux de la vague, un feuilleton de Noël sur le thème de la famille. Ce sera un succès immédiat puisque 50 000 exemplaires de cette autobiographie provençale seront vendus le mois suivant sa parution.

Le roman Le chateau de ma mère est de loin mon favori car il raconte une ascension sociale contrariée par une entorse au règlement. Le chef de famille entraine les siens à traverser de riches propriétés pour leur économiser des kilomètres de marche jusqu’à leur résidence secondaire. Il est en tort mais ses bons sentiments lui rendront justice. Je rêve de visiter un jour La bastide neuve sur les hauteurs d’Allauch un jour.

Ma critique du film d’animation Marcel et Monsieur Pagnol de Sylvain Chomet

Il s’agit d’un biopic chronologique et biographique qui raconte l’enfance de Marcel Pagnol vers 1900 dans le Marseille de la Belle époque jusqu’en 1974 date de la mort de l’académicien à Paris. Ce biopic animé montre aussi les doutes du créateur génial : il est devenu romancier à 61 ans quand il doutait de sa créativité.

Comme Sylvain Chomet le remarque dans le dossier de presse de son film, Pagnol est souvent juste. Il sait faire vibrer la bonne corde. Il raconte des tragédies avec des familles qui s’affrontent, des situations dures comme des filles-mères rejetées par leur famille (La fille du puisatier, la trilogie Marius-César-Fanny) ou des rivalités de village qui mènent à la mort (Jean de Florette et Manon des sources) .

Pagnol, l’ambassadeur de Marseille et de la Provence dans le monde entier.

C’est Laurent Laffite, acteur parisien de la Comédie française qui prête sa voix à Marcel Pagnol. A la différence des précédents films de Sylvain Chomet, la voix humaine fait son grand retour car elle a une importance dans l’oeuvre de Pagnol.

L’accent chantant méridional des clients du bar de la Marine fait pleinement partie de la carte postale même caricaturale. Jules Raimu et Fernandel font partie des amis proche de Pagnol, ils viennent tous de la même région : Marseille et Toulon, tous trois ont triomphé à Paris.

Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban, couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. Garlaban, c’est une énorme tour de roches bleues, plantée au bord du Plan de l’Aigle, cet immense plateau rocheux qui domine la verte vallée de l’Huveaune.

Incippit de La Gloire de Mon père, éditions Fortunio, 1957.

Je vous recommande de visiter le site officiel de Marcel Pagnol en attendant l’ouverture de son musée en 2026 dans une ancienne usine d’électricité à Allauch !

Le château de la Buzine, 56 Trav. de la Buzine, 13011 Marseille : le chateau de la mère de Pagnol près du canal de Marseille.

La bastide neuve : 115 Chem. des Bellons, 13190 Allauch

Retrouvez ici mes précédents articles consacrées aux adaptations littéraires : du livre à l’écran mais aussi un carnet de voyages urbain consacré à Marseille.

Séries

Le sens des choses : la théologie à la conquête du grand public grâce à une série Max.

Vendredi dernier, j’ai eu la chance de visionner en avant première le premier épisode de la série Le sens des choses adapté de l’histoire personnelle de la rabbin Delphine Horvilleur et de son best seller Vivre avec nos morts, publié par Grasset.

Cette projection avait lieu dans le cadre du lancement du partenariat entre Le Monde, Télérama et la plateforme Max .

Max fait partie du studio de cinéma HBO crée dans les années 1920 et connu pour avoir fait connaître la série Sex and the city en France. Le sens des choses est une création originale française, l’actrice principale Léa Guedj a reçu le prix de la meilleure actrice lors de Séries Mania 2025 à Lille.

Le résumé :

Léa, 28 ans, décide de devenir l’une des rares femmes rabbins de France et tente de trouver les réponses aux petites et grandes questions de la vie. Entre les demandes parfois improbables, la cohabitation avec un père résolument athée et une vie sentimentale en chantier, Léa jongle entre sa fonction et ses doutes personnels. Comment être un guide pour les autres quand on est soi-même en quête de sens ?

Je n’ai pas lu Vivre avec nos morts, ce best seller qui a dépassé les 300 000 exemplaires vendus. J’ai vraiment découvert Delphine Horvilleur qui intervenait dans le documentaire Invincible été de Stéphanie Pillonca. Elle dialoguait avec Olivier Goy, atteint de la maladie de Charcot sur le sens de la vie et de la mort.

Je connais très mal le judaïsme mais j’aime sa manière de rendre compréhensible la théologie d’après ce que je connais de l’Ancien testament.

Dans le premier épisode du Sens des choses, Léa séjourne chez son père qui est psychanalyste en attendant de trouver un appartement à Strasbourg. Il apprend par les réseaux sociaux qu’elle devient rabbin dans une synagogue libérale achetée par un homme très riche et très décomplexé. Au cours des huit épisodes, Léa va rencontrer différents membres de la synagogue qui veulent organiser des rites de passage comme la circoncision, le mariage ou alors une bar-mitsva. Ce sera l’occasion pour eux d’échanger sur le sens de ces rites et ce qu’ils signifient dans leur vie personnelle.

Une série comique et biographique sur la quête de sens pour chacun d’entre nous

C’est une série fondée sur la comédie pour parler de religion. Le sens des choses s’appuie sur les doutes de Léa, sans doute la plus à même de comprendre les crises existentielles que traversent la myriade de personnages qu’elle va rencontrer et écouter au fil de la série.

Le premier épisode intitulé Trancher démarre sur les chapeaux de roue. Chaque épisode dure trente minutes, le rythme est soutenu, les répliques fusent et les situations cocasses s’emballent. Et pourtant, on a paradoxalement aussi le temps de réfléchir à la portée des mots et des situations.

Je n’ai pu voir que le premier épisode sur la circoncision et j’ai énormément aimé l’explication du rite à travers l’exemple d’Abraham et le fameux tableau du Caravage : Le sacrifice d’Isaac.

Le père du bébé est vraiment doué pour jouer la tension permanente, le tiraillement puis l’apaisement. J’ai aussi beaucoup apprécié le rôle du père de Léa joué par le talentueux Eric Elmosnino. Et j’ai hâte de découvrir les autres personnages de la série.

Extrait du livre Vivre avec nos morts, éditions Grasset

Dans la salle de cinéma, les rires fusaient tant les situations étaient à la fois comiques et profondes. Cette série est sans nulle doute, l’une des meilleures que j’ai vu depuis des années car à travers les excès, elle parvient à montrer toutes les nuances. Télérama titre d’ailleurs que cette célébration des nuances fait un bien fou et je trouve cela très juste.

Romans

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, quand le déni de réalité d’une mère produit des miracles…

Ce dimanche, il pleuvait à Paris. J’avais prévu le coup avec une sortie ciné pour le Printemps du cinéma. J’attendais ce film de longue date depuis que j’avais lu d’une traite le roman autobiographique de Roland Perez : Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, éditions Les escales.

J’ai découvert ce roman en m’intéressant tout particulièrement à la belle carrière de Sylvie Vartan qui vient de prendre sa retraite artistique à 80 ans cette année. Je lis énormément de romans de la maison d’édition Les escales car ils savent mettre en valeur les beaux textes bien écrits, qui transmettent des émotions à leurs lecteurs.

J’ai à la fois ri aux éclats et versé une petite larme à la lecture de ce roman autobiographique découpé en une trilogie. Il faut dire que Roland Perez est un homme fort attachant, doué d’une acuité particulière pour la psychologie et les relations.

Le résumé :

Le récit tendre et détonnant d’une enfance pas comme les autres, bercée par la voix de Sylvie Vartan. Un roman drôle et chaleureux sur la famille et sur la différence. A cinq ans, Roland ne marche toujours pas. Il vit dans un HLM du XIIIe arrondissement de Paris avec sa famille juive séfarade d’origine marocaine. Un appartement plein de vie d’où Roland ne peut sortir, si ce n’est dans les bras de sa mère.


La religion et la culture juives tiennent dans sa vie une place primordiale. Très croyante et surprotectrice, elle le garde à l’écart du monde extérieur. L’appartement est devenu son territoire, d’où il observe avec fascination les va-et-vient de ses frères et sours et de leurs amis. Mais c’est en regardant la télévision qu’il découvre le monde. Il se passionne pour les émissions de variétés et pour Sylvie Vartan,  » étoile parmi les étoiles « . Un jour, alors qu’il a six ans, un miracle se produit : il réussit enfin à marcher. Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan est un roman tendre et loufoque, aux personnage drôles et attachants.
Une histoire vraie, lumineuse et pleine d’espoir.

 » Dieu ne pouvait être partout, alors il a crée les mères » Proverbe juif

Mon avis :

Ce film ne vous laissera pas insensible. On rit et on pleure grâce à cette maman haute en couleurs jouée avec brio par Leïla Bekhti. C’est également l’un des plus beaux rôles de Jonathan Cohen, qui est le narrateur de sa propre histoire.

J’ai préféré le roman même si le film est réussi. Dans le roman, Roland Perez détaille très bien toute la fantaisie et les excès de sa mère. La première partie du film qui raconte l’enfance de Roland Perez dans les années 1960 est très rythmée par une bande originale de qualité. Mais cela se fait aussi au détriment de l’émotion. Esther fait la surprise à ses autres enfants quand le petit dernier se met à marcher à huit ans. La musique est tonitruante et alors on perd l’émotion qui culmine dans cette scène.

Mais par contre, la scène où tous les membres de la famille Perez chantonnent dans leur coin La Maritza, c’est une belle réussite. Mention spéciale au grand frère qui fume dans son bain. Cette chanson est universelle, elle parle d’un fleuve bulgare, les racines de Sylvie en exil, et pourtant elle va comme un gant à cette famille séfarade.

Copyright Marie-Camille Orlando – 2024 Gaumont – Egérie Productions – 9492-2663 Québec Inc. (filiale de Christal Films Productions Inc.) – Amazon MGM Studios

Leïla Bekhti a aimé ce rôle car on lui offrait de jouer une conviction. C’est une mère qui veut le meilleur pour son enfant quitte à l’étouffer un peu même quand il a la trentaine. Elle sera même médaillée pour son dévouement par Jacques Chirac à l’Hôtel de ville de Paris.

C’est aussi un film qui parle de la foi chevillée au corps qui se concrétise avec ces miracles car le jeune Roland n’a pas seulement été guéri de son pied bot, il deviendra aussi l’avocat des célébrités comme Sylvie Vartan.

Je vous laisse découvrir la superbe chronique de Jean-Luc Gadreau, critique de cinéma et pasteur à propos de ce film beaucoup plus profond sur la spiritualité qu’il n’y parait.

Biographies et autobiographies

Une vie heureuse, ne pas laisser la déportation noircir toute une vie.

J’ai découvert le témoignage de Ginette Kolinka grâce à la télévision à chaque sortie de l’un de ses livres : Retour à Birkenau et Une vie heureuse, écrits avec Marion Ruggieri, publiés par Grasset. Son fils unique est Richard Kolinka, le batteur du groupe mythique Téléphone.

J’ai dû mal à lire les récits de déportés car ces lectures me donne des cauchemars. Ca me débecte quand l’Homme fait des crasses abominables aux autres. Voici une longue interview menée par Laurent Ruquier lors de la sortie du livre Retour à Birkenau.

Je trouve ça formidable que les youtubeurs comme Guillaume Pley, Jeremstar ou Hugo décrypte interviewent également des anciens déportés.

Je remercie les éditions Grasset pour l’envoi de ce livre en service de presse.

La plupart sont nonagénaires et ils n’ont pas tous la vitalité de Ginette Kolinka à traverser la France entière pour aller témoigner dans les classes de primaire ou dans les collèges- lycées.

Pour préparer cet article, je passe toute ma semaine à visionner ses interviews. J’y réfléchis quand je marche dans la rue et que je tombe sur une plaque commémorative dorée dans ma ville : Fontenay sous bois

Droits réservés Gunter Demnig

Ginette Kolinka a écrit ses deux autobiographies avec Marion Ruggieri, journaliste à Elle et chroniqueuse du magazine C’est à vous sur France 5. Il émane une belle complicité entre les deux femmes.

Elles sont venues sur le plateau de l’émission avec Richard Kolinka, son fils. J’ai trouvé cela fort intéressant d’avoir le regard d’un enfant de déporté car c’est un lourd contexte familial pour un enfant.

Ce livre regorge de flash-backs incessants entre différentes périodes de la vie de Ginette. Mais son récit est parfaitement fluide, elle nous guide à travers les années sans encombres.

Cette autobiographie, c’est le portrait d’une famille française du 20eme siècle. Le père de Ginette a combattu pendant la première guerre mondiale. Il fabriquait des imperméables dans son atelier, rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11eme arrondissement. Leur famille tenait depuis des décennies un stand de bonneterie sur un trottoir de la Villette.

Ginette raconte que c’est l’amour de son travail qui l’a sauvée ainsi que l’insouciance qu’elle a retrouvé dans les fêtes au Balajo avec son futur mari. J’aime beaucoup la reproduction de sa photo de mariage en noir et blanc dans le livre. Elle est rayonnante aux côtés de son mari. C’est une belle revanche sur ses années de déportation d’où elle est revenue la peau sur les os (elle pesait 26 kilos).

Au lieu de me galérer à résumer ce livre, je laisse la parole à Olivia de Lamberterie, que je considère comme l’une des critiques littéraires les plus douées. C’est la meilleure ambassadrice des libraires !

Retour à Birkenau et Une vie heureuse sont des textes courts mais intenses, avec des mots bien choisis. Ils ne transpirent aucune haine, ni aigreur. Ginette Kolinka transmet à ses lecteurs sa joie de vivre, un très beau pied de nez à une dictature haineuse qui a tenté de la décimer quand elle avait dix-neuf ans.

Elle raconte en toute sincérité les mécanismes de protection qu’elle a mis en place inconsciemment pour survivre psychologiquement et physiquement dans les camps de la mort. Elle était habituée à travailler dur sur les marchés dans sa jeunesse et a mis son cerveau en pilote automatique pour ne pas laisser ses émotions et ses sentiments la submerger.

Cela m’a beaucoup marquée qu’elle préférait être seule dans le camp. Elle a réalisé que c’était une double peine terrible de partager la déportation avec une mère ou une sœur.

Ce n’est pas simple de voir sa maman complètement nue surtout dans les années 1940 où l’on était d’une grande pudeur, de s’inquiéter sans cesse qu’elle tombe malade ou d’avoir du mal à partager son pain quand on a tellement faim.

Elle raconte aussi ses camarades de détention : Simone Veil, Marcelline Loridan-Ivans avec qui elle pose en photo lors de nombreuses commémorations. A leur retour des camps, rien n’était prévu pour soutenir psychologiquement les rescapés des camps. Ginette est rentrée toute seule chez elle après avoir attendu des jours et des jours à l’hôtel Lutétia d’inutiles vérifications d’identité.

Le moment où elle retrouve sa maman et ses sœurs qui n’ont pas été déportées, est terrible. Elle a vu tant de morts dans les camps qu’elle ne prends aucune précaution pour leur apprendre que le père de famille et le petit frère ont été gazés dès leur arrivée à Birkenau.

La meilleure des thérapies pour elle fut de retrouver ses cinq sœurs qui avaient la vingtaine et qui aimaient sortir par instinct de vie pour oublier la guerre et ne pas saboter leur jeunesse.

Je dédie cet article à ma grand-mère Annette et Ma Tante Julienne. Elles sont nées en 1920 et en 1937 dans le Pas de Calais. Elles n’ont pas été déportées mais elles ont vécu la faim, les bombardements incessants dans une zone à risque, l’exode sur les routes de France. Et aussi, un petit clin d’œil à ma copine Alix qui fait un travail remarquable de médiation culturelle auprès des scolaires.

Elles m’ont transmis l’amour de la vie, rire et profiter de tout ce que nous pouvons vivre de beau ! Le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un enfant pour l’aider à se construire.

J’ai aimé ce livre car cette arrière grand-mère donne de la force à toute sa famille. Son appartement est une boite à trésors, on s’y ressource en 2023 pour affronter une société actuelle brutale, clivante.

Les personnes lumineuses comme Ginette Kolinka sont les repères d’une humanité bien inspirée.

Retrouvez-ici mes meilleurs articles consacrés à l’Histoire et aux autobiographies :

-Les Parisiens durant l’Exode, une expo du musée de la Libération

-Une reine, être une femme dans le mellah de Casablanca dans les années 1930

Biographies et autobiographies

L’âge bête, l’hyperréalisme pour raconter l’adolescence dans les années 1990

J’ai découvert Géraldine Dormoy par le biais des blogs et d’Instagram. Son analyse de la mode et du monde qui l’entoure m’intéressent beaucoup. D’autant plus qu’elle a quitté Paris pour Montélimar il y a peu de temps. Moi j’ai fait le chemin contraire : je viens de la Drôme et j’ai adopté Paris depuis quinze ans.

Puissance d’Instagram : quand on suit le compte de quelqu’un, on fait connaissance et on s’attache… C’est le moyen idéal pour annoncer à sa communauté la sortie d’un livre : L’âge bête édité par Robert Laffont, 20€.

Il ne faut jamais négliger le sous-titre : Pontoise, 1990. J’ai quatorze ans et deux ou trois incertitudes. C’est aussi lui qui déclenche l’acte d’achat. Je remercie les éditions Robert Laffont de m’avoir envoyé un service de presse pour chroniquer ce livre. J’avais également chroniqué un autre récit Une reine de Judith Elmaleh du même éditeur début décembre.

Je lis régulièrement ses post Instagram et ses newsletters pour sa plume de journaliste très précise. Elle a fait de sa passion pour la mode une expertise qu’elle souhaite partager au plus grand nombre. C’est grâce à elle que j’ai réellement compris ce qu’était la fast fashion. J’ai d’ailleurs écrit un article à ce sujet : Ce que j’ai appris de la mode grâce à Promod, Camaïeu et Bonobo

J’ai réalisé avec cette autobiographie dans laquelle je me suis un peu reconnue, que l’adolescence est un moment charnière pour se construire personnellement à travers les vêtements.

Hommage à Camaïeu et ses bombers stylés…

Il y a plusieurs thématiques fortes dans son livre et j’en ai aimé plusieurs : les relations sociales avec les autres, la construction personnelle d’une adolescente qui a eu rapidement conscience des classes sociales en voulant porter tel ou tel vêtement, pratiquer une activité extra-scolaire pour rejoindre un groupe…

Et puis roman sur l’adolescence oblige, Géraldine parle de l’intime, de la transformation de son corps et de ses sens… Même s’ils sont bien écrits, je ne me suis pas régalée à lire ces chapitres car j’estime qu’il faut préserver son intimité dans une société tellement exhibitionniste aujourd’hui…

Après, sa démarche d’écriture était honnête et authentique mais comme elle explique qu’elle fait lire au fur et à mesure de l’écriture ses chapitres à son mari, ses parents ou sa sœur pour échanger, il peut y avoir malaise…

Cela m’a évoqué le sketch de De Caunes et Garcia à cette époque qui parodiaient les animateurs de Fun Radio : Doc et Difool...J’ai trouvé que la manière dont elle racontait la construction de ses goûts, de ses passions qui lui apporteront une forme d’expertise dans son métier… beaucoup plus intéressantes que son éveil au sexe, maintes fois raconté en littérature.

Elle questionne l’éducation post 1968 transmise par ses parents concernant la pudeur et la nudité. On est très loin de La familia grande de Camille Kouchner car ses parents étaient bien moins égocentrés que ceux de l’ élite germanopratine qui n’auraient jamais dû devenir parents (voila c’est dit).

La lecture de cette autobiographie m’a fait penser à Pierre Bourdieu, à Annie Ernaux, prix Nobel de littérature. J’ai trouvé tellement attendrissant sa manière de raconter le couple de ses parents, leurs origines sociales, sa grand-tante concierge espagnole dans le 16eme arrondissement.

Ces chapitres où elle raconte ses vacances en Espagne, maintenues chaque année malgré le revers de fortune de ses parents m’a beaucoup plu. Surtout le chapitre où elle raconte qu’elle devient une petite vendeuse du dimanche dans la boulangerie du coin pour se financer elle même son argent de poche.

J’ai voulu lire ce roman car il raconte une époque : les années 1980-1990, décennie dans laquelle je suis née. Je suis une fan inconditionnelle des deux films générationnels : La Boum de Claude Pinoteau avec Sophie Marceau et j’ai adoré lire L’odeur de la colle en pot d’Adèle Bréau.

J’aime beaucoup ces romans qui racontent la vie quotidienne dans les familles françaises, qu’on vive à Paris ou en province.

J’ai reconnu des copines dans cette ado qui collectionne des miniatures de parfums pour les exposer dans un cadre en bois en forme de maison au dessus de son bureau.

Il y a quelques jours, je regardais Un dimanche à la campagne, l’émission de télévision géniale de Frédéric Lopez avec Nelson Montfort, Berengère Krief et Slimane. Berengère montrait un magazine Starclub avec les paroles des chansons populaires au dos du livre. Cela m’a rappelé mes souvenirs : Les parfums Eau jeune et Anaïs Anaïs, la Macarena, la victoire de France 98…

La force de ce livre vient également de sa couverture très réussie avec des illustrations dessinées par Isabelle Oziol de Pigniol. On y retrouve toute la saveur des années 1990 : les Bensimon, le walkman, la bouteille de parfum Trésor, les revues de mode…

C’est aussi ce qui m’a incité à vouloir lire ce livre. Je suis persuadée que 95% de l’acte d’achat d’un livre en librairies ou sur les réseaux sociaux dépend de sa couverture. D’autant plus, que ce rose est sacrément tendance…

Enfin, j’ai trouvé cette lecture très originale et différente des autobiographies plus classiques que j’ai l’habitude de lire. Géraldine Dormoy fait des aller retours dans le temps entre les chapitres. Elle alterne le temps du récit comme elle l’a vécu avec le temps de l’écriture et la manière dont ses proches reçoivent son récit.

Mes recommandations de lectures si vous aimez les autobiographies :

-Devenir de Michelle Obama

– La tolérance ne sauve pas, l’amour oui : l’autobiographie de Frédérique Bedos

-Vers la liberté de Mahtob Mahmoody

On va éviter de vous recommander l‘autobiographie du prince Harry, Le suppléant, dont le déballage totalement idiot bête sera difficile à oublier…

Romans

Tout un été avec les personnages de Mitch Albom

20170807_080934Cet été, j’étais à court de romans pour la plage alors je suis aller fouiner dans la case de mon mari dans notre bibliothèque.

J’y ai trouvé les romans de l’auteur américain Mitch Albom qui m’ont fait rire, sourire, presque pleurer tant ils étaient passionnants.

Ces romans et leurs personnages furent de fidèles accompagnateurs pendant les longs trajets en voiture ou les heures d’attente dans les aéroports cet été.

J’ai commencé ma lecture avec Pour un jour de plus, un roman qui m’a passionnée pendant les dix heures de route d’un long trajet Paris- Valence en voiture le 14 juillet.

Pour un jour de plus

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Le résumé :

C’est l’histoire de Charley, un ancien joueur de base-ball alcoolique. Il retourne dans la ville de son enfance pour en finir avec la vie. A la suite d’un accident de voiture, un événement surnaturel lui permet de gagner quelques jours perdus avec sa mère disparue. Il va alors actionner la machine à remonter le temps pour redonner du sens à sa vie, grâce à toutes les leçons de vie que sa mère lui a inculqué pendant sa jeunesse.

Mon avis :

J’ai beaucoup aimé la structure de ce livre avec l’alternance de chapitres : les fois où ma mère m’a défendu, les fois où je n’ai pas défendu ma mère…. Mitch Albom raconte les discriminations morales vécues par une mère divorcée dans les années 1950 et 1960.

Ainsi, le narrateur fait l’éloge funèbre de sa mère, son héros, à sa manière. C’est un thème littéraire rare et original, cela m’a rappelé le sujet du livre La couleur des sentiments dans l’Amérique glorieuse et florissante de l’après-guerre.

 

La dernière leçon

510uWqpXr-L._SX210_Ce livre a été difficile à lire car il traite de la déchéance physique, la perte de la dignité, l’indépendance et tout ce que vole la maladie à quelqu’un qui meurt à petit feu.

Mitch Albom retrouve Morrie, son ancien professeur d’université qui participe à une émission de télévision un peu sensationnelle pour toucher le cœur des gens.

Sous forme d’entretiens sur le sens de la vie, Morrie va transmettre à Mitch le goût de vivre.

Lui, le petit immigré juif, orphelin de mère pendant la Grande dépression, qui a tant manqué d’amour pendant son enfance va en offrir à grands bouillons aux inconnus qui lui écrivent des lettres après l’émission de télévision qui se déroule chez lui. C’est un très beau livre sur la préciosité de l’amour.

Après Morrie, son ancien professeur d’université, Mitch Albom retrouve un autre mentor de sa vie : Albert , le vieux rabbin qui s’occupait de son éducation religieuse quand il était enfant dans le roman autobiographique Le vieil homme qui m’a appris la vie. 

Le vieil homme qui m’a appris la vie

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Ce roman m’a particulièrement touché car il croise les trajectoires de deux hommes de foi  :  Al, le rabbin et Henry, l’ancien caïd new-yorkais devenu pasteur à Détroit durant la dramatique crise des subprimes de 2008.

Mitch retrouve le rabbin qui lui fait une demande déroutante : passer du temps ensemble pour écrire un jour son éloge funèbre.

Al lui raconte son enfance durant la Grande dépression, le deuil d’une de ses filles, ses expériences avec Dieu…

C’est un magnifique livre sur la foi qui m’a vraiment marquée.

Et enfin mon été s’est achevé avec un livre unique, déroutant mais tellement talentueux :

La guitare magique de Frankie Presto

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C’est un gros pavé qui vous tient en haleine pendant toute une semaine. Mitch Albom a imaginé une fiction fantastique qui débute dans les heures sombres de l’Espagne franquiste.

Le narrateur est la musique, elle s’est penchée comme une fée sur le berceau de Francisco pour lui donner un don unique. Francisco sera un guitariste de génie, ce don lui sauvera la vie à de multiples reprises.

Il aura une vie hors norme en gagnant très jeune l’Amérique pour collaborer avec les  plus grands artistes des années 1950 et 1960. Ce livre montre le grand talent de Mitch Albom et sa maîtrise des flash-backs qui ne perdent jamais en route ses lecteurs.

 

Les chapitres s’alternent entre récit biographique et courte interview de musiciens qui ont voulu rendre hommage à Frankie lors de ses funérailles.

Ainsi Mitch Albom réunit dans ce livre plusieurs caractéristiques qui reflètent son oeuvre littéraire :

–  le recours aux souvenirs du passé pour se construire en tant qu’individu

–  l’hommage aux mentors lors d’un éloge funèbre

–  le thème incontournable de la transmission du savoir, des valeurs par un professeur de guitare, un professeur d’université, un vieux  rabbin, une maman divorcée…

Désormais, je coche les romans de Mitch Albom que j’ai déja lu, je me dresse une liste des livres qu’il me manque et je scrute le site web de son éditeur français s’il publie un nouveau roman.

Alors à vous de vous laisser séduire par son écriture…