Comme j’ai un vrai souci pour lire un bon roman jusqu’au bout sans me décourager, je scrute avec attention le blog My pretty books, écrit par Fiona qui est bibliothécaire. Son blog est une vraie mine d’or, ses avis sont souvent ceux d’une critique littéraire aguerrie.
Fiona a un vrai talent pour mettre en valeur le résumé et les thèmes charnières d’une histoire. J’ai voulu lire Ma chérie car cela parle d’une fille pas si paumée que cela en Floride dans les années 1950-1960.
Inspirée par @Mamasdrawings
Bon, le titre de ce roman est nul (ça commence mal) mais la couverture du format poche est jolie. J’ai détesté les deux premiers chapitres qui ne développent pas assez la psychologie d’une femme, Gloria que l’on va suivre pendant deux cent pages tout de même ( mais je les ai relus après avoir fini le livre, cherchez pas la logique…)
Je vous laisse découvrir la chronique de Fiona au sujet de ce roman. J’ai choisi de parler de ce livre dans mon blog pour une raison toute autre : rêver de Miami et de la Floride. C’est un projet pour nos dix ans de mariage d’aller faire un grand voyage aux Etats-Unis.
Dans les films ou les séries, on caricature un peu la Floride comme un repaire pour retraités friqués. Les parties de golf de Donald Trump sur les deniers de l’Etat ne vont pas redorer le blason de la Floride. Ce roman met à l’honneur la richesse architecturale de Miami ainsi que son histoire. C’est un état du Sud, réputé très conservateur.
J’ai appris avec ce roman, ce qu’était un ou une redneck. C’est à dire un péquenaud peu ouvert sur le monde. Cela tombe mal, la Floride c’est un creuset de bon nombre d’ethnies par sa position géographique,aux portes des Caraïbes… Avec ce roman écrit par une Française très bien documentée, j’ai appris qui étaient les Séminoles, ce peuple amérindien qui s’est révolté contre la colonisation anglaise et qui est venu en aide aux esclaves afro-américains.
Mon frère Ugo qui voyage beaucoup pour son travail, a pris la sympathique habitude de nous envoyer des cartes postales du monde entier. Celle de la Nouvelle-Orléans nous a vraiment donné envie d’aller visiter le Sud des Etats-Unis. Je rêve des Keys, du parc Disney et des ballades architecturales à Miami et Tampa. C’est incontournable pour moi d’aller à Venetian pool, cette ancienne carrière transformée en piscine d’eau de source. Je vous en parlais déja dans l’une de mes chroniques du roman La piscine de Rosemary.
Retrouvez ici d’autres articles en lien avec les Etats-Unis ou les piscines de rêve :
Il ne faut jamais se fier à la longueur d’un livre. J’ai tendance à privilégier les gros pavés qui envoient du lourd pour un mois de lecture au moins…. et ça réduit drastiquement mes chances de lire un bon roman (je deviens ultra sélective).
Avec Millésime 54, je me suis accrochée à ma lecture même si je m’ennuyais au démarrage, ces quatre personnages étaient assez sympas donc j’ai poursuivi et j’ai bien fait. Ma lecture suivante dont je ne me souviens même plus du titre (une histoire de lettres en Espagne pour sauver la postière locale) , je ne lui ai pas laissée sa chance, abandon au bout de trente pages !
Le résumé :
Millésime 1954 raconte la rencontre entre quatre personnes que tout oppose mais qui vont devenir amis le temps d’une soirée à partager un verre d’un très bon vin. Hubert, le président du syndicat de copropriété invite deux propriétaires de son immeuble, Magalie et Julien tous deux célibataires à partager sa soirée. Ils l’ont aidé à se sortir d’un cambriolage rocambolesque de sa cave, soutenus par Bob, un Américain débrouillard mais fraîchement accueilli par Hubert. Il vient prendre possession d’un AirBnb, pratique peu appréciée par les Parisiens du quartier. Cette fameuse bouteille de vin les enverra tous les quatre en 1954, un voyage drôle et léger dans les couloirs du temps…
Mon avis :
C’est une histoire simple mais efficace comme un petit beurre à la sortie de l’école. Le ressort de ce roman, c’est la nostalgie du Paris des années 1950. Les anachronismes fonctionnent aussi bien que la comédie populaire Les Visiteurs (sans la visite au vieux mage dégarni). J’ai beaucoup aimé le chapitre où Hubert se rend au Ritz et trouve que la RATP a vraiment fait les choses en grand pour les journées du patrimoine.
Antoine Laurain est un écrivain brillant qui a su me divertir dans le métro avec des trouvailles géniales et des répliques très tendres : notamment quand Bob propose de partager ses dollars avec ses trois amis qui n’ont que des euros et qui ne pourront rien faire avec, en souvenir de La Fayette.
Avec ces quatre personnages, on rencontre Salvator Dali, Jacques Prévert et Robert Doisneau, Audrey Hepburn et le fondateur du Harry’s bar (adresse totalement inconnue alors que je passe dans ce quartier tous les jours), Edith Piaf et Jean Gabin… Ce n’est pas très plausible parfois mais on s’en fout, la magie de la nostalgie opère. Je me suis trouvée des points communs avec cette Magalie, toute émerveillée de se retrouver dans l’animation disparue des légendaires Halles de Paris. Ce roman est une magnifique déclaration d’amour à Paris, j’y ai appris des choses comme la fameuse langue inventée des métiers de bouche dans les Halles.
Ils vont partir tous les quatre à la campagne pour remonter les couloirs du temps en retrouvant le père la soucoupe, l’aïeul de Julien. C’est une histoire de doux dingue bien agréable à lire.
La force de ce livre repose sur l’amitié entre ces quatre personnages qui se connaissent peu et qui vont devenir de vrais amis en quelques jours. On ne passe pas 300 pages à d’étendre sur leur psychologie (même si on comprend vite certaines failles, joies et désillusions de leurs vies) mais on s’attache très vite à eux. Chacun va s’accommoder rapidement à ce voyage dans le temps complètement déstabilisant car il va les aider à donner un sens à leur vie. J’ai aimé particulièrement le personnage d’Hubert. On sent qu’il s’est enfermé dans une routine un peu ennuyeuse, sa femme semble faire peu de cas de lui.Il va s’attacher à Magalie et Julien ainsi qu’à Bob dans un véritable esprit de camaraderie et d’entraide.Il n’y a aucune réplique vacharde entre eux comme on peut les trouver dans des films : Bourvil et De Funès dans La grande vadrouille par ensemble.
Cette très belle camaraderie est très agréable à lire dans la scène de pêche miraculeuse qu’ils vivent ensemble à la campagne. Hubert comprend alors la beauté du moment et la vanité de sa vie d’administrateur immobilier régie par des avalanches de mails quotidiennes.
Avec mon mari, on s’est amusé à regarder des vidéos de l’ Ina qui interviewait des adolescents dans les années 1960. Force est de constater le fossé culturel et sociétal entre la manière de parler un peu gauche et l’aplomb d’aujourd’hui. Internet et les réseaux sociaux sont passés par là.
Ma note :
3
Ce petit roman a été une agréable surprise même si j’ai peu accroché à quelques moments qui me paraissaient peu plausibles. Je ne suis pas une passionnée des histoires de soucoupes volantes. Mais j’ai beaucoup aimé les anachronismes et la jolie nostalgie de ce roman. Le personnage de Bob l’Américain qui reconnait le Dieu des miracles dans la guérison de sa femme désespérée est un très joli moment du livre…
Cette veine nostalgique m’a convaincue de me lancer dans un projet d’une grande ampleur. Je vous avais parlé de mon carnet de coloriages de Paris, réalisé par Zoé de las Cases. Pour mes quinze années à Paris en septembre prochain, j’ai décidé de transformer ce carnet assez plat en un carnet de souvenirs avec des collages, des coloriages à l’aquarelle, aux feutres… pour compiler tous les coins de Paris que j’aime et ça sera une sacrée entreprise !
Alors, je colle des cartes géographiques de Paris, des cartes de visite, j’enrichie le carnet d’adresses de cette Zoé avec mes propres souvenirs. Voici un petit aperçu du démarrage de ce grand projet !
L’année 2020 a commencé pour moi avec un enterrement : celui de mon arrière-tante bien aimée, Julienne. Je l’ai raconté dans un article qui était vivant d’après ceux qui l’ont apprécié. Un grand merci à tous pour vos très gentils commentaires, d’ailleurs.
Je suis en train de lire Changer l’eau des fleurs, un roman qui raconte la vie de Violette, une garde-cimetière, dans une petite ville près de Mâcon. C’est vivant et drôle, bien écrit aussi, tout ce qui me fallait pour prendre le métro lundi, affronter les bizarreries sociales du dé-confinement. Ce n’est pas le corona qui va me voler mon rituel agréable de lire dans le métro avant d’aller travailler.
En termes de littérature française surtout et même de littérature tout court, je deviens vraiment de plus en plus sélective. Pour cela, je lis les blogs, principalement celui de Fiona, My pretty books ou alors je feuillette les extraits sur Babelio. Il faut vraiment que le sujet m’intéresse et que les personnages fassent le poids sinon j’abandonne ma lecture au bout de vingt-pages.
Ce roman, je l’ai découvert grâce à Bulle Dop dans ses chroniques vidéo pour C’est au programme sur France 2. Je trouve que l’éditeur lui a fait un bel hommage bien mérité en la citant en premier dans les critiques littéraires de quatrième de couverture. Les booktubeurs sont les nouveaux critiques littéraires 2.0 et je m’en réjouis, vu le travail de dingue qu’ils fournissent par passion de la lecture.
Chapeau bas à Bulle dop, ancienne libraire et formatrice hors-pair en bullet journal, qui a réussi plusieurs coups dans le milieu littéraire dernièrement : #Paye ton auteur avec Samantha Bailly pour dénoncer le bénévolat forcé des conférenciers lors de Livre Paris 2018 ou encore le Bibliothon, douze heures de live sur Instagram pour soutenir le livre et l’édition pendant cette pandémie.
Bon, revenons-en au roman : Changer l’eau des fleurs. Je me méfie de plus en plus des romans feel-good. C’est de plus en plus mauvais et formaté.
Même s’il en emploie les codes : une intrigue autour d’un métier de proximité qui crée du lien social entre les gens, une femme qui va retrouver un sens à sa vie comme héroïne … ce n’est pas tout à fait un roman feel-good. C’est bien écrit, les portraits psychologiques des personnages principaux ou secondaires sont passionnants, c’est sûr, j’irai au bout de cette lecture !
Le résumé :
Violette est garde-cimetière dans une petite ville de province près de Chalons sur Saône . Son mari est parti sans crier gare et on ne peut pas dire qu’elle le regrette. Enfant née sous X, elle n’a pas été épargnée par la vie ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil, mal mariée sous les commentaires cons de sa belle-mère. Son soleil lui est venu de sa maternité et de son appétit pour la lecture qu’ elle a conquis en autodidacte avec la méthode Boscher en même temps que sa petite fille. Comme dirait ma grand-mère Annette, Violette est une femme qui en a dans le sac question force de caractère. Ce roman raconte sa renaissance personnelle provoquée par la rencontre d’un commissaire marseillais en deuil…
Mon avis :
J’écris cette chronique volontairement sans avoir fini le livre, il me reste une dizaine de pages à lire et l’intrigue n’est pas encore dévoilée. Ce roman est déroutant, tout sauf plan-plan. Mon résumé de ce livre ne raconte que 5% de l’intrigue de ce pavé de 600 pages et des brouettes.
Valérie Perrin a trouvé son sujet : la mort et les vivants qui lui rendent visite dans les cimetières. Elle rend hommage aux héros de la pandémie actuelle qui accompagne les gens dans leur processus de deuil. C’est un beau livre qui montre la solidarité, l’esprit de famille entre Violette, la garde-cimetière, le père Cédric, les fossoyeurs et les employés des pompes funèbres. Ils s’épaulent dans le travail mais aussi dans la vie et c’est le plus beau à lire.
Ensuite, j’ai aimé les passages où Violette entrevoit un changement de vie quand elle vadrouille à un mariage avec son amoureux Julien et son fils Nathan. C’est un commissaire marseillais, elle passe tous ses étés dans un cabanon à Sormiou. J’espère qu’ils vont finir ensemble ces deux-là.
Voici pour la galerie des personnages lumineux que j’ai aimé, parce qu’il y a aussi une collection d’affreux : Philippe Toussaint sous l’emprise de sa mère, une femme pleine d’aigreur qui rebaptise sa petite-fille et empoisonne son monde par son emprise et son ingérence, Geneviève Magnan et son mari buveur et cogneur… Ils sont à la fois pervers, malheureux, manipulateurs et tristes. Leur langage est aussi cru que leurs manières. Ce roman est très cru, je ne le mettrai pas dans les mains de jeunes ados ou adultes qui croient en l’amour.
Valérie Perrin a bien fait d’intituler son roman Changer l’eau des fleurs quand elle devient trop trouble, boueuse. C’est l’effet que me font les descriptions scabreuses de parties de sexe du mari de Violette, qui sait pertinemment qu’il sait posséder le corps des femmes.
L’auteure n’est pas vulgaire, loin de là, son analyse imparable : « jouir ne veut pas dire aimer » était intéressante au début du roman, mais rapidement la sexualité désincarnée, l’adultère assumé et valorisé ont vite pris toute la place dans ce roman. Et cela m’a vraiment dérangée, à la fin, je ne lisais même plus les passages du livre en italique, racontant l’histoire entre Irène et Gabriel (c’est qui eux?).
C’est un roman génial qui m’a bluffée par sa qualité d’écriture, on est suspendu au suspens tout au long du livre. Mais à la fin, dégoûtée par la laideur morale de certains personnages très secondaires qui ont pris toute la lumière (je suis sûre que certains peuvent se comporter ainsi dans la non-fiction), je finis ce roman comme en regardant un épisode de Vis ma vie, happée mais en me pinçant le nez.
Ma note : 3/5 sardines
Un excellent roman qui m’a tenue en haleine une semaine entière et qui m’a aidé à oublier l’ambiance surréaliste du dé-confinement à Paris. Mais certains partis-pris du livre m’ont vraiment révoltés comme la valorisation de l’adultère. Je plains ces personnages qui font n’importe quoi parce qu’ils ont préféré penser avec leur chair, leur passion destructive au lieu de prendre soin de leurs proches : la femme ou le mari cocus, les enfants laissés pour compte…
Valérie Perrin est une experte des portraits psychologiques précis et pointus, je n’ose imaginer qui l’a inspirée pour écrire les personnage de Philippe Toussaint et sa mère parce qu’ils sont gratinés et infréquentables dans une famille.
J’ai bien aimé lire ce livre mais il ne rejoindra pas ma bibliothèque car en tant que croyante, je n’ai pas aimé lire le Notre Père, sali dans une version vraiment crado et même retranscrite deux fois. Et je ne suis pas d’accord quand l’auteure fait dire à Violette que Dieu est fait à l’image de l’homme. Encore heureux que non, vu la collection d’affreux qui vient peupler de manière nocive la seconde partie de son roman.
Dans un prochain article, je vous parle de dix romans qui m’ont laissé un vrai souvenir des années plus tard par la beauté de leurs sentiments ou de leur justesse.
Mes dernières chroniques littérature dans ce blog :
Je viens de terminer le roman L’odeur de la colle en pot d’Adèle Bréau et cette chronique s’annonce dithyrambique. Je n’ai pas honte de vous dire que le dernier chapitre du livre m’a cueillie d’une telle manière que j’ai failli en chialer (c’est le terme le plus précis pour décrire cette forte émotion littéraire) dans le bus 76. Chapeau l’artiste !
J’ai découvert Adèle Bréau à travers le recueil de nouvelles Noël et préjugés du collectif d’autrices romcom des éditions Charleston. Son histoire d’amour d’un couple chien et chat enfermé dans un magasin de jouets le soir de Noël m’avait laissé un tel souvenir que je vous en parle ici!
Droits réservés Team Romcom, éditions Charleston
L’odeur de la colle en pot traite aussi du thème de l’histoire d’amour naissante. La narratrice c’est Caroline, 13 ans. Elle rencontre sa future meilleure amie Vanessa, dans son nouveau collège parisien, à la rentrée de septembre en 4eme. Ses parents ont une belle situation financière donc ils emménagent à Paris dans un bel appartement du 17eme arrondissement mais ça ne va pas fort entre eux. Sa sœur Charlotte, 8 ans, l’exaspère autant qu’elle l’attendrit.
Ce roman traite avec beaucoup de finesse et de justesse des premiers flirts, du divorce, de la fin de l’enfance et de l’amitié…
Mon avis :
Cela m’a pris trois ou quatre chapitres avant d’accrocher vraiment à cette histoire hyper réaliste et universelle mais la magie fonctionne grâce au talent littéraire d’Adèle Bréau.
Au début du livre, je pestais beaucoup de trouver autant de points communs avec les comédies iconiques La boum et sa suite avec ma chère Sophie Marceau : la jeune fille qui arrive à Paris en 4eme, la meilleure amie qui ressemble beaucoup à Samantha, le couple des parents qui se délitent, la mamie bourgeoise qui a un appartement de ouf près du Panthéon. J’ai vu La Boum une dizaine de fois avec ma mère, je connais mes classiques…
Copyright La Bäm Filmverleih
Mais finalement ces références nombreuses à La boum m’ont bien plu. J’ai été prise dans l’émotion des deux filles qui sautent comme des démentes sur le lit des parents parce que le garçon que Caroline traquait depuis des mois lui proposait de sortir avec elle. Je me suis rappelée mes souvenirs quand on va au cinéma avec un bon ami comme disait mon grand-père et qu’on est en alerte générale quand on se frôle la main dans le noir…
Et surtout, ce roman m’a plu car il m’a rappelé ma plus petite enfance : j’avais entre trois et dix ans dans les années 1990. Je me suis souvenue du Zapping de Canal +, des cartes à puce pour téléphoner dans les cabines téléphoniques, de la publicité pour la lessive Omo, des sketches de José Garcia et Antoine de Caunes sur Canal +…. Le titre de ce roman est particulièrement efficace.
Ce roman a confirmé une conviction profonde que j’ai depuis un bon moment : le téléphone portable a vraiment révolutionné nos vies en termes d’autonomie et d’ indépendance vis à vis de nos parents. Il est bien loin le temps des Tam-tam, des Mobicartes et des Nokia avec le snake… J’ai bien rigolé devant une récente vidéo de mon youtubeur favori Norman (on a exactement le même âge) qui parlait des années 2000….
Ma note :
4/5 sardines
J’ai beaucoup aimé ce roman générationnel même s’il fait partie d’une certaine mode éditoriale : regrouper tel ou tel souvenirs communs à la génération Y ou Z et que les traits communs à la comédie hyper populaire La Boum sont très nombreux. Je n’ai rien compris à l’épilogue mais j’ai pris une belle claque littéraire avec cette description d’un enterrement où des préadolescents ont fait preuve d’une superbe preuve d’amitié pour un copain. Cela aide à relativiser face à l’individualisme contemporain.
D’autres chroniques de romans avec beaucoup de finesse psychologique :
Cet hiver, j’ai lu plusieurs romans de Marie Vareille édités par Charleston et je me suis bien régalée. Je vous en parlais ici! Cette maison d’édition qui publie de la littérature de qualité m’a gentiment envoyé son recueil de nouvelles Noël et préjugés.
Droits réservés Team Romcom, éditions Charleston
Le recueil de nouvelles est un genre avec lequel je suis assez peu à l’aise et j’ai bien aimé lire ce petit bouquin. Il a été mon compagnon de galère pendant les grèves ce mois-ci.
Je couche ici toute la frustration que je ressens depuis jeudi 5 décembre. Depuis le début de la grève, je ne peux plus lire et me détendre dans le métro, un trajet d’une trentaine de minutes où je me ressourçais en début et en fin de journée. On est en permanence sur le qui-vive et c’est usant !
Allez, je vous raconte le principe de Noël et préjugés, ce nouveau recueil de nouvelles de la TeamRomcom, un collectif de six auteures réunies par les éditions Charleston.
Le résumé :
Six nouvelles autour de la féerie de Noël et une vieille édition d’Orgueil et préjugés que l’on se transmet à chacune des histoires. Chacune de ses auteures avec son style et sa personnalité invente une héroïne moderne qui va se heurter à l’orgueil d’un Mr Darcy d’aujourd’hui pour en tomber éperdument amoureuse ou non…
Sommaire :
Comme une princesse Disney, Noël 2014, par Tonie Behar
L’Hôtel des Monts enneigés, Noël 2015, par Marie Vareille
Le Manoir des Wilfried, Noël 2016, par Isabelle Alexis
Love coach, Noël 2017, par Sophie Henrionnet
Nuit blanche au magasin de jouets, Noël 2018, par Adèle Bréau
Amour, tempête & best-seller, Noël 2019, par Marianne Levy
Mon avis :
J’ai rapidement laissé de côté le principe de la référence à Orgueil et préjugés de Jane Austen car je trouvais cela peu original. L’auteure du journal de Bridget Jones l’avait déja fait avec le succès qu’on lui connait.
Deux nouvelles m’ont laissé un beau souvenir de lecture : L’hôtel des monts enneigés de Marie Vareille et Nuit blanche au magasin de jouets.
Marie Vareille je la connaissais , j’ai déjà lu trois de ses romans. J’ai bien aimé sa nouvelle qui raconte l’histoire de Cassandra, une fille blessée par les intrusions nocives de sa mère dans sa vie privée, il y a dix ans. Je vous laisse lire comment cette maman a été bien reloue et comment elle a essayé de rattraper ses erreurs. C’était une thématique assez originale, les sentiments les plus profonds des personnages sont toujours traités avec beaucoup de psychologie et d’introspection par Marie Vareille.
Dans un autre genre, j’ai vraiment apprécié de découvrir Adèle Bréau et son histoire d’amour passionnante dans un magasin de jouets. C’est selon moi la meilleure version moderne d’ Orgueil et préjugés. On a envie de savoir comment va évoluer le couple de Matthieu et Lara dans les soixante prochaines années.
Cette nouvelle m’a rappelé le film Last Christmas, que j’ai vu dernièrement et que j’ai chroniqué dans ce blog. L’action se passe dans une boutique de décorations de Noël à Londres et comme la nouvelle d’Adèle Bréau, il reflète avec justesse la féerie de Noël. Je compte bien lire le roman d’Adèle Bréau, L’odeur de la colle en pot, qui figure en bonne place dans ma PAL pour 2020.
Ma note :
3/5 sardines
J’ai peur d’être un peu sévère dans ma note, mais je dois avouer que seulement deux nouvelles m’ont vraiment intéressée. J’ai lu l’article de My pretty books, mon blog littéraire de référence, et Fiona qui est bibliothécaire de métier, partage à peu près mon avis.
J’ai bien aimé le principe de la nouvelle autour de Noël, celle qui se passe dans le magasin de jouets m’a vraiment évadée de mon quotidien pénible en décembre mais certains personnages es autres histoires étaient vraiment trop caricaturaux. Mais ce livre a le mérite de m’avoir fait découvrir de nouvelles plumes, venues enrichir ma PAL. Il faut que je me procure la BD Et puis Colette de Mathou et Sophie Henrionnet, l’une des auteures de ce collectif.
Mes précédents articles sur des romans feel-good de qualité :
Dans un précédent article, je vous ai raconté le génial unboxing que j’ai reçu de la part de la Kube, la box littéraire avec laquelle je collabore depuis trois ans. Place maintenant à la chronique du roman, que je considère dans le top 3 de mes meilleures lectures !
La vie rêvée des chaussettes orphelines
Marie Vareille
Charleston,
2019
400 pages
19€
Le résumé :
C’est assez rare pour être souligné : la quatrième de couverture est sacrément efficace pour séduire ses lecteurs. Je salue le travail de l’éditeur en citant mot pour mot son résumé :
« En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface. Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde. La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’ à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler son passé ? «
Dans cette vidéo, Marie Vareille explique les thèmes de son roman et pourquoi elle a voulu l’écrire.
Mon avis :
En recevant ce livre, je me suis dis un feel good book de plus, terrain connu, je vais m’ennuyer. Eh bien non, Alice ne va pas jouer à la marchande ou à la fleuriste dans un petit commerce de proximité, théâtre attendu de bons nombre de feel-good books convenus : La pâtissière de Long Island, La bibliothèque des cœurs cabossés.
Le thème récurrent du feel-book c’est la jeune femme très diplômée qui se reconvertit dans un autre métier pour redonner un sens à sa vie. Et bien, la force de ce livre se trouve dans le titre. Alice va rejoindre une start-up parisienne qui développe une application totalement farfelue et ça pourrait être plausible : réunir les chaussettes orphelines.
Je te laisse faire connaissance avec les personnages de cette histoire formidable : Alice, sa soeur Scarlett, Angela l’amie new-yorkaise d’Alice, Chris le patron farfelu de l’application et son associé Jeremy, le prince charmant de ce roman, les collègues de bureau Reda et Victoire, Saranya, l’amie indienne qui met souvent les pieds dans le plat pour sortir Alice de son concubinage toxique avec les médicaments….
En six grands points, je vais t’expliquer en quoi c’était une lecture exceptionnelle à laquelle je repense encore alors que j’ai refermé le livre. Je te préviens lecteur, cet article a été difficile à synthétiser tant ce roman m’a captivée.
C’est un roman hyper contemporain où les personnages pourraient être des collègues de travail ou des amis tant Marie Vareille sait observer et croquer nos comportements ultra-connectés, nos réactions sentimentales actuelles….
On passe du rire aux larmes d’un chapitre à l’autre grâce aux personnages secondaires comme Victoire ou Saranya qui ont une répartie tordante ou alors Scarlett, la fameuse sœur dont on perçoit toute la personnalité à travers le journal d’ Alice : une étoile du rock pas si écervelée et farfelue que ça. J’ai aussi beaucoup aimé le passage du livre où les employés de la start-up partent en séminaire dans un éco-lodge en Bretagne, c’était tellement cocasse.
J’aime la subtilité psychologique de l’auteure pour traiter de la cassure identitaire que vivent les enfants de divorcés : la structure familiale qui s’écroule pour Scarlett et Alice comme pour la petite Zoé, le rejet et le désamour d’une mère, la co-dépendance d’une sœur qui s’en veut d’avoir été la préférée …
Il y a une grande cohérence structurelle et un rythme très soutenu dans ce roman. On jongle entre trois pays, il y a tout le temps des flash-backs et pourtant on s’y retrouve. C’est dû à un astucieux système de double narration. C’est toujours Alice, la narratrice qui parle à la première personne. Les chapitres alternent entre son passé aux Etats-Unis et à Londres écrit dans son journal intime en italique et son présent à Paris.
Ce roman renoue avec le personnage du prince charmant page 286 et ça fait du bien ! J’en avais marre de lire des histoires de garçons pas bien courageux et de filles qui se blindent en pensant que la sexualité désincarnée ça les rend fortes et indépendantes alors que ça bousille le cœur et la confiance en soi. La vie rêvée des chaussettes orphelines raconte une vraie histoire d’amour naissante avec du romantisme, de la bienveillance envers l’autre : voila le véritable érotisme !
« Une étincelle de désir assombrit ses yeux et pourtant il ne bouge pas. Je remarque pour la première fois que sa pupille est entourée d’un peu de gris clair qui vient se fondre dans ce bleu limpide qui me fait penser à un lac de montagne l’été. Bêtement, cette petite découverte me donne envie de sourire comme s’il venait de me confier quelque chose de très intime, un secret connu de lui seul. «
Marie Vareille a su entretenir l’art du suspense tout au long de ce roman de 400 pages qui m’a tenu en haleine comme jamais. Je me suis retrouvée scotchée sur ma chaise pendant la pause de midi pour grappiller quelques chapitres jusqu’au dénouement de l’histoire. Et là j’ai pensé tout haut « Non mais l’auteure ne m’a pas fait ce coup ! « . Je me suis sentie aussi aussi déboussolée, dupée que l’amie fidèle de l’histoire Angela, dans le même timing du ressenti et de la lecture. Et ça c’est très fort. Ce livre parle de séances chez le psychologue. C’est exactement pareil entre l’auteure et ses lecteurs : au fur et à mesure se crée une alliance thérapeutique à travers les personnages, qui va être rompue de manière assez rude ! Mais je ne vous en dis pas plus.
Exceptionnellement, mon système de notation avec les cinq petites sardines est complètement caduque. Un immense merci à l’équipe de la Kube qui m’a fait découvrir le meilleur roman que j’ai aimé chroniquer dans ce blog. J’ai hâte que vous vous me partagiez vos impressions sur ce roman exceptionnel. Je vais bientôt commencer Je peux très bien me passer de toi et enfin, je regarderai les romans un peu étiqueté feel-good d’un œil moins critique désormais.
Ce mois-ci, nous commençons une activité bébé nageurs formidable et je lis La piscine de Rosemary d’après les bons conseils du blog My pretty books.
Je l’avais noté bien précieusement dans ma Pile à lire en pleine canicule en juillet à la recherche d’un bon livre pour la plage.
Et bien entendu, je l’ai trouvé à la bibliothèque Marguerite Duras, la bonne surprise pour aborder la rentrée et se détendre le matin dans le métro !
La piscine de Rosemary
par Libby Page
éditions Calmann-Lévy,
364 pages,
20€50
Le titre est assez simpliste mais la couverture est très efficace : la police du titre vend du rêve. On s’imagine partir en croisière ou dans une architecture d’époque avec des cabines de bain en bois comme aux bains à Budapest, à la piscine Molitor ou bien dans le musée d’art contemporain La piscine de Roubaix.
Un établissement thermal très emblématique de Budapest !
La piscine municipale est un lieu social intemporel, Libby Page a choisi un excellent sujet pour planter le décor de ce feel good book de grande qualité.
Le résumé :
C’est une histoire d’amitié transgénérationnelle. Rosemary, une veuve de 86 ans habite Brixton, ce quartier de Londres depuis l’après-guerre. Elle vient chaque jour à la piscine, en hommage aux moments de qualité passés avec son défunt mari, George.
La piscine de Brockwell, ce lieu de sociabilités en plein air est menacé par l’appétit immobilier d’une société qui veut cimenter le bassin pour en faire un club de sport privé. Rosemary va trouver une alliée en la personne de Kate, cette trentenaire mal assurée, en prise à des crises de panique et une mauvaise appréciation de son corps.
Un beau roman qui parle d’une communauté qui s’entraide autour d’un lieu qu’ils chérissent parce qu’il leur fait du bien. L’union fait la force !.
La véritable piscine de Brockwell à Londres
Mon avis :
Difficile de juger en quelques lignes ce roman tant il est riche des différents thèmes qu’il aborde : le deuil, la mauvaise appréciation de soi, l’angoisse qui monte à la gorge et qui tétanise en pleine rue, la gentrification des grandes villes européenne, la solitude dans une société ultra connectée à l’heure des réseaux sociaux…
Je résumerai en quelques mots ses points faibles tant ils sont peu nombreux : l’histoire d’amour entre Kate et Jay est un peu faiblarde alors que celle de Rosemary et George est tellement bien racontée qu’elle traîne en longueur. Et aussi la structure du roman est un peu trop classique avec ses flash-backs du vivant de George et l’alternance des points de vue des deux héroïnes. Mais pour un premier roman, c’est une vraie réussite.
Je n’ai pas encore fini de le lire et pourtant j’ai hâte de vous en parler ici tellement il m’a emballé. C’est une lecture très agréable parce que l’auteure a vraiment trouvé un sujet romanesque, un univers qui suscite la rêverie. C’est un roman sensoriel et émotionnel qui parle de balnéothérapie comme le moyen de trouver le bonheur. Et ça se tient comme argument.
Je suis un peu lassée par les feel good books très marquetés qui mêlent littérature bon marché et développement personnel type La bibliothèque des cœurs cabossés ou La librairie de la place aux herbes qui vantent la biblio-thérapie comme la source du bonheur moderne, qui réunit les gens autour d’un commerce où il fait bon vivre…
La piscine de Rosemary suit un peu ce filon, il ne faut pas se mentir mais c’est traité de manière subtile et grande cynique que je suis, j’ai été prise par l’intrigue du livre. Est ce que la piscine va fermer ou les manifestants vont arriver à la sauver?. Après quelques recherches sur Internet, j’ai compris que fiction et réalité n’étaient pas bien éloignées puisque cette fameuse piscine existe bien et figure parmi les endroits les plus emblématiques de la vie londonienne.
Pour terminer, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteure rend hommage au couple de Rosemary et George, véritables marathoniens de l’amour. Je pense que c’est deux là ont dû s’aimer soixante ans. Elle aborde avec beaucoup de poésie leur sexualité même âgés, on ressent toute la tendresse qu’ils ont partagé dans le bonheur comme dans l’épreuve.
Les écrivains anglo-saxons comme Libby Page ou Helen Simonson, l’auteure de mon coup de cœur La dernière conquête du major Pettigrew (que j’ai relu cet été avec grand plaisir) , ont beaucoup de talent pour raconter des couples qui s’aiment sur le long terme.
Je reproche beaucoup à la littérature et au cinéma français de mettre en scène des personnages adultérins qui sont souvent agités entre deux ou trois passions amoureuses contraires, cela me fatigue rapidement et j’abandonne ma lecture. Je caricature à grands traits mais j’ai trouvé cela assez flagrant pour en faire la remarque ici.
Ma note :
4/5 sardines
J’ai hésité à mettre cinq sardines à ce fabuleux roman que je n’ai pas envie de terminer tant il est un bon compagnon de métro. Je lui reproche un peu son étiquette feel good un peu trop flagrante mais c’est une excellente histoire pour un premier roman. La manière dont l’auteure décrit les crises d’angoisse insupportables que vit Kate et comment elle arrivera à les surmonter est remarquable. Libby Page est une auteure que je vais suivre par la suite, c’est indéniable !
Cela m’a donné envie de lister des plus belles piscines du monde, celles où je ne suis encore jamais allée : j’ai repéré Bondi Beach près de Sydney, Venitian Pool près de Miami que j’ai découvert grâce au compte Instagram de Pénélope Bagieu…
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En ce moment, je peine à trouver un bon roman à dévorer : un sujet thématique intéressant, des personnages qui évoluent au fil de l’histoire, un cadre historique et géographique qui me fait rêver… Je suis une cliente assez difficile pour la littérature, la BD actuelle répond mieux à mes attentes.
Alors je relis les romans de Marie-Aude Murail : Sauveur et fils, Oh boy tellement bien écrits pour leur empathie envers les enfants et aussi je découvre l’oeuvre de J.C Sullivan, une auteure et journaliste new-yorkaise qui excelle dans l’analyse psychologique de ses personnages.
Elle a écrit quatre romans, j’en ai lu trois : Maine, Les liens du mariage et son dernier paru en français en 2018 : Les anges et tous les saints. J’ai abandonné la lecture de son premier livre Les débutantes (cet univers d’université de filles dans les années 1980 ne m’a pas passionnée).
J’ai lu Les anges et tous les saints il y a trois semaines dans le train et j’ y repense de temps en temps. C’est le signe d’un bon roman et c’est l’un de mes critères principaux pour chroniquer de la littérature dans ce blog.
Ce n’était pas gagné au début car l’auteure a fait une sacrée impasse sur la situation initiale. Le roman débute sur les chapeaux de roue avec l’annonce faite à une vieille dame, Nora, que son fils de cinquante ans, Patrick, est mort dans un accident de voiture.
Je ne comprenais pas trop qui étaient ce Patrick et cette Nora, alors j’ai sauté un chapitre pour enfin m’attacher à l’histoire de Nora et sa sœur qui ont fui la précarité en Irlande dans les années 1950 pour tenter leur chance à Boston en rejoignant le fiancé de Nora, Charlie et sa famille.
Dans les années 1950, deux sœurs irlandaises aux caractères diamétralement opposés embarquent pour les Etats-Unis à la recherche d’une vie meilleure. Nora, l’aînée fera un mariage de raison avec Charlie, Theresa cherche à profiter de sa jeunesse avec insouciance et légèreté.
Le sens du devoir poussera Nora à prendre les responsabilités qui incombaient à Theresa. C’est un roman passionnant qui raconte les conséquences d’un secret de famille non révélé aux trois enfants de Nora : Patrick, Bridget et John. A l’approche de la cinquantaine, les deux enfants survivants Bridget et John apprennent l’existence de cette tante à l’enterrement de leur frère aîné.
Comme le montre sa couverture, le thème central de ce roman parle de la difficulté d’être une sœur dans une fratrie mais aussi religieuse dans une communauté monacale retirée de la vie terrestre et de ses tentations.
Mon avis :
Même si ce nouveau roman comporte de nombreuses similitudes avec le précédent Maine : la sœur aigrie et difficile à vivre pour ses enfants car elle porte un secret de famille douloureux, les relations familiales tendues à cause des rivalités entre frères et sœurs qui se comparent entre eux…
J’ai trouvé que l’auteure allait encore plus loin dans l’exercice du portrait psychologique de grande qualité. J. C Sullivan excelle dans ce genre et c’est pour cela que je lis ses romans les yeux fermés.
Les tourments intérieurs que vit la jeune novice Théresa quand elle décide d’entrer dans les ordres sont le sujet principal de ce roman. Il explique comment cette fille- mère et son amie new-yorkaise ont renoncé aux plaisirs terrestres quand elles avaient vingt ans et suivre la règle de Saint Benoit toute une vie.
La couverture du livre illustre parfaitement la problématique du roman : la difficulté d’être une mère, d’être une sœur dans une famille mais aussi dans une communauté de religieuses. Cette manière de renoncer totalement à la vie civile m’a beaucoup questionnée, c’est assurément l’intérêt de ce roman si talentueux.
Ma note :
5/5 sardines
Ce roman était captivant : à chaque chapitre, je trépignais d’impatience de savoir quand le fameux secret de famille allait être révélé. Je lui donne bien volontiers cette note magnifique : il m’a même conduite à faire des recherches sur l’immigration irlandaise aux Etats-Unis. J’ai compris pourquoi il y avait beaucoup de jeunes filles irlandaises comme Eilis (l’héroïne du roman Brooklyn de Colm Toibin) qui prenaient le bateau pour aller vivre en Amérique dans les années 1950.
La communauté irlandaise est très importante dans la région de Boston depuis 1870 : plus de 4,2 millions d’Irlandais ont émigré vers le Nouveau monde dont la famille du président Kennedy. L’identité américaine est la grande absente de ce roman. J.C Sullivan est une auteure de grand talent et il est sûr que je vais surveiller son prochain roman sur le site de son éditeur français Rue Fromentin.
J’ai découvert Maine de J.C Sullivan un peu par hasard grâce à Babelio. Tout de suite, j’ai été conquise par son style très fluide, féminin et sensible ainsi que par les thématiques qu’elle traitait : la famille, les souvenirs, le couple…
Il faut dire que j’aime beaucoup la littérature américaine ou les romans qui se déroulent aux Etats-Unis ( Nos âmes la nuit de Kent Haruf, Brooklyn de Colm Toibin…).
La côte Est des Etats-Unis autour de New York, Long Island (ses cocktails ) et les Hamptons me font rêver depuis que j’ai découvert ces coins huppés dans Sex and the city ou le film Petites confidences (à ma psy).
Maine
J.C Sullivan
Editions Rue Fromentin
2013
450 pages
22€
Le résumé :
Le mois de juin arrive et la famille Kelleher planifie ses vacances dans le cottage familial du Maine bon gré, mal gré pour tenir compagnie à Alice, 83 ans, la matriarche peu commode. Le narrateur omniscient nous retrace quatre portraits croisés de quatre femmes de cette famille aux caractères diamétralement opposés : Alice, la grand-mère, Kathleen, sa fille, Maggie sa petite-fille et enfin Ann- Marie, la bru d’Alice.
Depuis une trentaine d’années, la famille se réunit, se déchire et se retrouve toujours comme dans bon nombre de familles de tous les continents. Mais cet été passé ensemble sera- t’il le dernier dans le Maine ? Cette maison cristallise l’appétit immobilier des uns, les souvenirs heureux et douloureux de chacun…
Pourquoi Maine est mon crush lecture ?
Pour son titre qui vend du rêve. Maine est un Etat des Etats-Unis un peu sauvage près de la frontière avec le Quebec. L’action de ce roman se déroule dans une station balnéaire un peu huppée, les habitants de Boston y viennent tout l’été : leurs résidences secondaires ont leur propre plage privée comme c’est le cas de la famille Kelleher dans ce roman. Qui n’a pas révé d’avoir une maison de plage comme celle ci ou celle des californiennes Grace et Frankie, la série Netflix.
Ensuite la structure du roman avec l’introspection des quatre personnages est passionnante. C’est un trait caractéristique du travail littéraire de l’auteure, un trait commun à deux autres romans : Les débutantes et Les liens sacrés du mariage.
Et surtout, j’aime la grande richesse thématique de ce roman qui ne se borne pas à décrire des rivalités familiales (la médisance ne fournit rarement matière à un bon roman). Maine traite de l’amour maternel, du secret de famille qui ronge une personne toute une vie, de l’attachement de cette famille américaine friquée à ses racines irlandaises, de l’alcoolisme féminin et aussi de la maison de famille, le dernier lien familial distendu quand on quitte ses parents et ses frères et sœurs pour fonder sa propre famille.
Mon avis :
L’ auteure excelle pour construire de solides portraits psychologiques de ses personnages, le critère majeur d’un bon roman pour moi. Ces quatre femmes parviendront-elles à préserver l’entente familiale malgré les différences sociales et les blessures du passé ?.
Le personnage d’ Alice est le plus intéressant même si j’ai eu beaucoup de mal à ressentir de l’empathie pour elle. C’est une fervente catholique qui est rongée depuis plus de soixante ans par une culpabilité dévastatrice. Elle s’est interdit de s’attacher affectivement à ses enfants et elle a basculé complètement dans l’amertume et la méchanceté avec ses proches à la mort de son mari.
Elle n’a rien compris à ce qu’est la foi malgré ce qu’essaie de lui expliquer le jeune prêtre Donnelly. Pour elle, le pardon de Dieu ne peut s’acheter que par les œuvres au lieu d’ouvrir son cœur et de dire la vérité à ses enfants.
J’ai beaucoup plus apprécié le personnage de Kathleen : l’auteure fait un cadeau à ses lecteurs avec l’évolution positive de ce personnage torturé. Et pourtant ce n’était pas gagné, tant j’avais envie de lui mettre des claques quand elle se montrait toxique et possessive avec sa fille Maggie. L’auteure rend un bel hommage au travail des Alcooliques anonymes qui ont permis à cette femme de devenir enfin adulte et de choisir de pardonner au lieu de se venger. Les Alcooliques anonymes est une oeuvre chrétienne à ses origines, le personnage de Kathleen expérimente une foi vivante et authentique.
Le personnage d’ Ann-Marie aurait pu être caricatural : c’est la belle-fille bon chic bon genre qui arrondit toujours les angles entre les membres de cette famille volcanique et qui s’attire toujours les foudres. C’était passionnant de la voir se rebeller contre sa belle-mère et construire une relation sincère avec sa nièce Maggie en pleine errance affective. On n’arrive même pas à trouver ridicule sa passion pour les maisons de poupées.
Il est très probable que ce roman se soit inspiré d’éléments autobiographiques : les racines irlandaises, les relations familiales houleuses, l’attachement à une maison de famille… Cela sent le vécu comme on dit souvent !
J’aime bien lire les romans de J.C Sullivan en grand format. Cela a été l’occasion de découvrir les éditions rue Fromentin que je ne connaissais pas. Chapeau à eux de publier de la littérature de grande qualité. On voit tout de suite le grand écart avec les feel good formatés et marketés qui pullulent sur les tables de librairies actuellement. Je dis cela sans aucun mépris pour les amateurs de ce genre de lecture mais ça ne cultive pas le goût de la lecture selon moi, ça lasse très rapidement.
Ma note :
5/5 sardines
J’ai beaucoup aimé la qualité des portraits psychologiques de ces quatre femmes. Ce roman questionne l’évolution des relations familiales quand on s’affranchit de son éducation pour fonder son propre foyer.
Maine fait indéniablement partie de mes crush lecture : c’était très agréable de relire ce roman très bien écrit. Mon seul petit regret : l’auteure parle beaucoup de la foi mais elle loupe un peu le tir car elle décrit beaucoup plus la religion catholique avec ses travers humains que la foi, la relation personnelle à Dieu.
J’ai bien envie de lire Les Débutantes et son dernier roman Les anges et tous les saints. Chronique littérature à suivre…
J’ai découvert ce récit de vie à travers le portrait de son auteure, publié dans l’hebdomadaire protestant Réforme.
Le prince à la petite tasse
Emilie de Turckheim
Calmann Lévy, 2018
195 pages
17€
Le résumé :
Il s’agit d’un journal publié chaque jour pendant neuf mois, où Emilie de Turckheim raconte comment avec son mari Fabrice et ses deux jeunes garçons : Noé et Marius, elle a accueilli Reza, un jeune migrant Afghan de 21 ans, dans son appartement parisien en 2017.
Il a quitté seul son pays en guerre à l’âge de douze ans, pour traverser SOUS un camion l’Europe afin de rejoindre la Norvège, terre d’accueil temporaire. Là bas, il a été baptisé protestant, sa mère afghane est une tadjik chrétienne dont il n’a plus de nouvelles depuis longtemps.
Son nom de baptême est Daniel, c’est lui qui l’a choisi en parcourant la Bible de long en large. Emilie est protestante et elle accueille à sa grande surprise, un frère chrétien venu de très loin…
La famille d’Emilie de Turckheim lui aménage une chambre, lui fait de la place dans le frigo familial, enlève de ses murs les nus artistiques photographiés, sans céder à la peur de cacher ses chéquiers, ses ordinateurs portables et autres objets de valeur.
Mon avis :
Il s’agit d’un récit de vie authentique où l’auteure livre ses émotions les plus nobles (ce roman est écrit de son point de vue, à la première personne du singulier) mais aussi les mauvaises réactions qu’elle peut ressentir et qu’elle essaye de freiner pour ne pas heurter son invité.
Elle ne comprend pas pourquoi Reza-Daniel donne de grosses sommes d’argent à d’autres migrants, des quasi-inconnus alors qu’il pourrait les économiser pour lui seul.
Le récit de cette année particulière est structuré par des chapitres aux titres forts : Putain de camion, Qu’as-tu fait de ton frère, Le Prince à la petite tasse, Ma maman, Sourire rézien, Fluctuat nec mergitur…, émaillé par les réflexions enfantines des deux petits garçons qui parlent avec leur cœur. Ils s’insurgent que leur « grand frère d’adoption » n’ait pas eu la même enfance insouciante que la leur.
On reconnaît ici le talent littéraire de cette écrivaine aguerrie (elle a déjà publié une dizaine de romans).
Elle recourt à la poésie dans ce journal : la beauté des mots, des rimes rend alors plus supportable la réalité face aux situations terribles dont Reza leur fait part : le racisme, la peur d’avoir perdu sa famille à tout jamais, l’avenir…
Emilie de Turckheim sait rendre romanesque les petites choses du quotidien sans tricher, ni embellir la réalité.
Un passage du livre m’a particulièrement marqué. C’est celui où Reza annonce à ses hôtes qu’il va bientôt les quitter : il a trouvé un travail dans un lycée assez loin en banlieue.
Il explique difficilement au couple que le directeur du lycée qui ne le connaît que depuis une semaine, a décidé de lui faire confiance comme eux il y a neuf mois, en lui procurant un logement gratuitement.
Ma note :
5/5 sardines
C’est un grand livre que j’ai bien envie de relire très prochainement. C’est un récit de vie qui incite à retrouver la fraternité, cette valeur républicaine essentielle qui s’est égarée en chemin.
Chacun a une âme princière quand on décide de tendre la main, offrir son hospitalité malgré ses peurs !