Expos·Ile de France et Paris

J’ai parcouru en 2,30 minutes l’expo Martin Parr au Jeu de Paume : le surtourisme est aussi au musée !

C’est l’une des expos évènement de ce début d’année : la rétrospective hommage à Martin Parr, décédé le 5 décembre 2025. Ce fut un photographe anglais, emblématique de l’agence Magnum. Né en 1953, il s’est fait photographe de la banalité, captant avec audace et humour la classe moyenne britannique sous l’ère de Margaret Thatcher dans les années 1980.

Cette rétrospective au musée du jeu de Paume à Paris intitulée Global warning réunit 180 clichés de son catalogue photographique. Malheureusement, je n’imprime plus face à son travail et je vous l’explique en trois bonnes raisons :

Martin Parr est sans doute l’un des photographes les plus connus au monde au 21eme siècle. A force de photographier la mondialisation touristique, elle l’a rattrapée.

Photographier le tourisme de masse que l’on subit de plus en plus, n’est plus esthétique, c’est devenu anxiogène pour moi. Je considère la photographie comme un art qui permet de s’élever vers la beauté, s’évader grâce à de beaux paysages, un cadrage harmonieux.

Les couleurs criardes des univers artificiels que Martin Parr photographie me font désormais fuir en courant. Je reconnais que ses photographies étaient une référence pour dénoncer le surtourisme dans mes manuels d’histoire géographie au lycée, mais j’ai besoin de rêve désormais.

Photographie et surtourisme

Je pense que les réseaux sociaux ont considérablement banalisé le travail de Martin Parr : un selfie n’a plus rien d’original. Je préfère de loin quand Martin Parr utilise son esthétique au service de la beauté plutôt que pour dénoncer la médiocrité d’une société.

J’aime beaucoup la pochette de l’album de la chanteuse Louane, réalisée par Martin Parr. Il l’a mise en scène devant le club de plage Joie de vivre, dans un lieu que je connais bien : la plage de sable du Touquet, dans le Pas de Calais. C’est autobiographique car Louane vient du Nord de la France et elle fréquentait ce club de plage quand elle était enfant.

Le musée du Jeu de Paume est un centre d’art dédié à la photographie du 19eme au 21eme siècle. Il a accueilli des rétrospectives de grands artistes internationaux tels que Diane Arbus, Richard Avedon, Robert Capa, Dorothea Lange, Sally Mann, Vivian Maier, Martin Parr, Cindy Sherman

Ce lieu emblématique situé dans le jardin des Tuileries, non lieu de la place de la Concorde et du musée du Louvre, a été un espace de stockage des collections d’art spoliées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. Rose Valland, conservatrice réputée entra en résistance contre l’occupant allemand en recensant tous ces trésors. Elle va ainsi permettre à de nombreuses familles juives de retrouver leurs biens.

C’est donc un musée emblématique du centre de la capitale avec une superbe entrée qui donne sur la plus belle place du monde d’après moi : la place de la Concorde avec son obélisque doré et ses deux fontaines magistrales.

Même si je m’attendais à une pareille affluence un vendredi après-midi, j’étais tout de même dépitée de constater que désormais toutes sorties culturelles au Petit Palais, au musée du Jeu de Paume se déroulent de la même manière : une affluence fleuve dans des salles de musées exiguës.

La librairie Smith and Son : une belle découverte culturelle et historique

Heureusement, je me suis consolée avec une bonne surprise à laquelle je ne m’attendais pas du tout. J’ai redécouvert avec passion la librairie historique Smith and son, située rue de Rivoli, sous les arcades.

Cette librairie anglaise existe depuis 1870 et elle a été rénovée récemment. Depuis la rue, on aperçoit une sorte de petite alcôve avec un papier peint qui rappelle ceux de William Morris et un beau portrait photo de la reine Elisabeth II encadré.

Cela a suscité une telle curiosité chez moi que je me suis régalée à monter les étages. Cette librairie regorge d’idées cadeaux géniales et originales au goût si british. En particulier, les peluches Jelly cat de Londres à l’effigie de cannelés bordelais ou de pigeons parisiens. A l’étage, il y a un tea time jusque 18h30 avec un pianiste de bar à des prix beaucoup plus raisonnables que ceux d’Angélina, le salon de thé voisin.

Et si ma plus belle visite culturelle ce n’était pas finalement cette si belle librairie ce jour là ?

Retrouvez ici d’autres parcours de flâneries urbaines dans Paris :

Expos

Explorer la nature finlandaise au Petit palais grâce aux tableaux naturalistes de Pekka Halonen

Je ne connaissais absolument pas le peintre finlandais Pekka Halonen (1865-1933) et j’ai été subjuguée par sa peinture. Visiblement, je n’étais pas la seule tant il y avait beaucoup de visiteurs dans les salles du Petit palais.

L’exposition se termine le 22 février donc ne manquez pas cette parenthèse méditative toute à fait bienvenue.

Il s’agit d’un peintre amoureux de la nature qui a pourtant été marqué par l’effervescence de la Ville Lumière vers 1900 quand il a été chargé avec d’autres peintres de décorer le pavillon finlandais de l’Exposition universelle.

125 ans plus tard, le Petit Palais, l’un des monuments phares de cette exposition universelle avec le Grand Palais lui organise la première grande rétrospective française.

« La source originale de mon inspiration est la nature. Depuis trente ans, je vis au même endroit avec la forêt à mes pieds. J’ai souvent pensé que j’avais le Louvre ou les plus grands trésors du monde à ma porte. Il me suffit de me rendre dans la forêt pour voir les plus merveilleuses des peintures – et je n’ai besoin de rien d’autre ».

L’exposition se structure en six grandes sections. C’est un très beau voyage intemporel vers la Finlande. Pekka Halonen fut le gardien du paysage national avant l’arrivée de l’industrialisation.

Cette rétrospective compte beaucoup de paysages mais ce n’est pas du tout lassant pour le spectateur car la scénographie architecturée rythme et structure le parcours.

J’ai particulièrement aimé le changement de couleur des cimaises à chacune des salles pour créer un effet de surprise. Il a été particulièrement réussi quand on entre dans une salle avec des lambris pour matérialiser sa maison atelier au milieu de la nature. Ses skis étaient même exposés !

Le point d’orgue de cette exposition, c’est bien entendu la sixième section de l’exposition intitulée Symphonie en blanc majeur. On sent bien la sérénité du peintre surnommé à juste titre le poète de la neige. Ses tableaux de neige ne sont jamais monotones. Et j’ai particulièrement aimé la beauté des cadres en bois, sculptés.

Je vous recommande de surveiller la programmation du Petit palais car les collections permanentes du musée sont gratuites et on compte de nombreuses conférences autour des expositions et des ateliers pour enfants de grande qualité.

Et puis quel quartier ! Les Champs-Elysées à partir du rond-point de l’avenue Montaigne est une très belle promenade piétonne avec les statues de Charles de Gaulle, Winston Churchill et Charles de Gaulle…

En janvier, j’ai vu de nombreuses expositions dans le Marais, au Grand Palais et au Petit Palais à retrouver ici :

En sortant de l’exposition, traverser le pont Alexandre III, le fleuron de l’Expo universelle de 1900
Expos·Ile de France et Paris·Lifestyle

Un samedi de janvier ensoleillé sur les Champs Élysées entre musées et théâtre.

De retour de Marseille, je me suis planifiée une sortie solo à Paris avant de reprendre le travail lundi.

J’ai réservé une place de théâtre pour aller me gondoler avec le seule en scène de Valérie Lemercier. Comme le spectacle commençait à 17 heures et que je viens rarement dans ce quartier de Paris, je me suis organisée une grande virée culturelle sur les Champs-Élysées.

Au départ, je comptais visiter la galerie Dior non loin de l’avenue Montaigne mais engouement touristique évident, il n’y avait plus de créneau horaire disponible. Alors je suis allée au Petit palais ! Il me faudra revenir avant fin février pour la rétrospective du peintre de la neige finlandais car c’était complet. Mais j’ai beaucoup aimé la carte blanche à Bilal Hamdad et son exposition Paname.

J’étais persuadée en regardant de loin l’affiche que c’était de la photographie. J’ai été stupéfaite de découvrir de la peinture à l’huile ultra réaliste.

Ce jeune artiste algérien né en 1987 réalise principalement des portraits et des scènes de café parisiens mais aussi des instantanés sur un quai de métro ou dans la rue.

Ses tableaux sont de grands formats qui mettent en scène nos contemporains en train de discuter, de regarder leur portable en attendant de retrouver un ami, ou bien de télé travailler à la terrasse d’un café. Cela pourrait être l’un d’entre nous.

Ses tableaux ont toute leur place au Petit Palais car ils se placent dans la tradition de la peinture naturaliste du 19eme siècle dans la lignée de Courbet, Pelez ou encore Degas qui peignaient aussi la vie des cafés.

Le Paris du 21eme siècle est bien plus cosmopolite et métissé. On le voit avec les vêtements colorés des gens à la sortie du métro Barbes Rochechouart, c’est mon tableau favori de cette série d’une vingtaine de toiles !

Cette exposition était la bonne surprise de mon après-midi pour me consoler de ne pas avoir pu voir la rétrospective du peintre finlandais. Les salles d’exposition un peu bondées ne sont pas plaisantes à vivre. Je l’ai expérimenté dernièrement avec l’exposition Art Déco au musée des Arts décoratifs.

Paname, Bilal Hamdad, Petit Palais, avenue Winston Churchill, jusqu’au 8 février 2026. Entrée libre.

Au spectacle de Valérie Lemercier, honorer trente ans d’admiration pour une rigolote bien barrée.

C’était salle comble également pour le nouveau spectacle de Valérie Lemercier. J’étais vraiment placée dans les combles du théâtre (22 euros la place) mais avec mes voisines, nous avons eu l’idée de génie de prendre les réhausseurs rouges, utilisés d’habitude par les enfants.

Valérie Lemercier seule en scène, jusqu’au 3 janvier 2026, théâtre Marigny

J’ai passé un bon moment à me gondoler comme une baleine sans interruption pendant 1h30 de spectacle. Valérie Lemercier dépeint avec énergie une quinzaine de personnages ultra contemporains. Ce sont en majorité des femmes, de tous âges et de tous milieux sociaux. Enfin, à Paris, les admirateurs de Valoche attendent avec impatience le moment où les grandes bourgeoises vont apparaitre. La fameuse Renardière a été léguée aux Monuments de France pour en tirer plus de profit au détriment des pigeons… euh des touristes.

La mère de famille nombreuse est tout aussi savoureuse dans ses reparties quand elle se plaint de la chambre de ses enfants qui ressemble à une porcherie. Elle essaie de les convaincre de prendre exemple sur Antoine de Saint Exupéry, un aristocrate comme eux.

« C’est pas en bouffant du Galak devant Youtubeur que tu finiras sur un billet de 50 balles« 

Un seule en scène c’est comme un tour de chant, il y a des sketchs incontournables.

Qu’ importe que certains sketches ne soient pas inédits, un spectacle de Valérie Lemercier, c’est un peu comme un tour de chant de Sylvie Vartan. La Renardière c’est l’équivalent de la Maritza, on est forcément déçu si ce n’est pas au programme.

Et puis il y a des nouveaux personnages comme cette grande bourgeoise obnubilée par le lombric-composteur de l’immeuble et qui passe pour la rabat-joie auprès de tous les voisins. Valerie Lemercier est habillée tout en noir avec comme seuls accessoires une écharpe et un colis.

Cette écharpe a damiers indique à différents moments du spectacle les runnings gags efficaces de cette emmerdeuse moderne qui contraint tout son immeuble à s’abonner aux paniers de légumes de l’entreprise bien nommée Mais qu’as-tu donc dans ton panier ?.

Et puis il y a des personnages qui ne font pas rire du tout comme l’agricultrice cauchoise au tout début du spectacle. Elle raconte avec beaucoup de verve ses nouveaux voisins dealers de drogue qui déstabilisent toute la vie quotidienne de sa campagne. C’est drôle mais grinçant quand on réalise que c’est malheureusement une réalité sociale fort préoccupante actuellement.

J’ai été bien inspirée de prendre une place pour ce seule en scène car son précédent spectacle datait de 2015 au théâtre du Châtelet. Devant le succès populaire de ce nouveau spectacle qui comme les autres n’a pas de nom, Valérie Lemercier prolonge les festivités avec onze dates à l’Olympia en janvier 2026.

Ce nouveau spectacle pourrait s’intitulait Gênante 2.0 à mon avis. J’ai aimé retrouver cette actrice et humoriste que j’aime inconditionnellement depuis bientôt trente ans. Même quand un de ses sketchs me heurte et que je pense en mon intérieur : « Rhoooh quand même elle abuse ». Elle ose aller loin mais son acuité à observer les autres, à capter l’air du temps est tellement juste et sensible qu’elle arrive à faire passer les pires blagounettes de quéquettes pour de l’art lyrique.

Je recommande la critique de son spectacle par Stéphanie Blanchard dans Le Monde. L’énergie d’une petite gamine qui virevolte, fière de ses bêtises y est très bien décrit. Valérie Lemercier nous épate car malgré l’âge qui avance (61 ans cette année), la voix, le ton, l’énergie corporelle restent intacts au service du sens du détail.

C’est une constante dans son travail : on se souvient forcément de ses rôles marquants au cinéma : Aline alias Céline Dion, Agathe Cléry, Béatrice de Montmirail, Armelle de Palais royal, la princesse un peu gourde qui va prendre la revanche sur sa famille, la maman de Boule et Bill ou encore quand elle imite à la perfection Léna situations pour teaser son futur spectacle au théâtre Marigny…

Ces sorties culturelles à Paris en 2025 :
Expos·Ile de France et Paris

Un voyage dans le temps en 1925 au musée des Arts décoratifs

J’ai rapidement pris ma place pour cette exposition très attendue qui vient de démarrer : 1925-2025, cent ans d’art Déco. Ce n’était pas des plus judicieux de m’y rendre un vendredi en fin d’après-midi car les espaces étaient très encombrés. Le musée des arts décoratifs se situe en plein centre de Paris, dans le quartier le plus touristique de Paris.

Art Déco : un siècle d’Histoire

Ce musée est très populaire dans Paris car il organise des expositions de société qui marquent les gens qu’ils soient touristes, provinciaux ou parisiens : L’intime, de la chambre aux réseaux sociaux est la dernière exposition que je suis venue voir ici en décembre 2024.

C’est l’un de mes musées favoris, ici j’ai vu une superbe rétrospective consacrée au travail de Jean-Paul Goude ou au héros de littérature jeunesse Babar en 2011 car ce musée abrite une riche collection d’affiches et aussi de jouets.

Il se situe dans une des ailes du musée du Louvre et donne sur le jardin des Tuileries avec une vue incroyable sur l’aile de Flore où j’ai étudié à l’école du Louvre et le musée d’Orsay plus loin. Cette exposition qui célèbre le centenaire d’un style décoratif et architectural majeur au 20eme siècle fait partie de l’ADN de ce musée.

Il y avait une dame à l’entrée dehors qui cherchait à prendre des billets pour l’expo de l’Orient-express. Elle avait tout dit tant le mythique train monopolise toute la place dans cette exposition : il occupe la nef centrale. J’ai même cru que l’expo lui était entièrement consacré.

Une semaine plus tôt, j’avais visité avec ma mère et ma fille de six ans l’exposition Art déco en régions du musée de Valence.

Je m’attendais à ce que l’exposition du musée des arts décoratifs de Paris soit beaucoup plus magistrale et époustouflante que celle de Valence.

Et bien, cela n’a pas été le cas. L’ Orient express monopolise nos esprits dans la nef centrale et les salles annexes du premier et second étage ne sont qu’une enfilade de pièces sans véritable propos : une collection de meubles, puis des affiches, puis des céramiques.

J’ai trouvé la courte exposition de Valence en six sections beaucoup plus synthétique et incarnée avec son mini film en couleurs des différents pavillons régionaux de l’exposition universelle et surtout son studio photo où l’on pouvait se déguiser avec une canne, un haut de forme ou des fourrures bon marché.

Exposition scientifique ou coup marketing pour la marque Orient express ?

C’est un peu rude comme critique mais cette exposition m’a plutôt fait l’impression d’une vaste opération de marketing autour de la marque Orient express dont le train sera bientôt entièrement rénové par l’architecte Maxime d’Angeac. Et pourtant je suis passionnée par l’Orient express qui stationne chaque semaine juste à côté de mon bureau, gare d’Austerlitz. Je lui ai même consacré un article ici, qui semble vous passionner également.

Malheureusement, l’exposition du musée des arts décoratifs ne m’a rien appris de nouveau sur l’Art déco mais elle a tout de même amorcé toute une passion pour l’Art déco.

En mars 2023, j’avais eu un vrai coup de coeur pour l’exposition de la Cité du Patrimoine : Paris/ Amérique du Nord. Cela me donne bien envie d’aller me balader dans le quartier des Folies Bergères et du Grand Rex sur les Grands boulevards pour une visites guidées expliquant l’édification de ces deux architectures de loisirs emblématiques.

Flâner un vendredi soir avenue de l’Opéra parmi les touristes.

Je suis rentrée à pied chez moi par l’avenue de l’Opéra. J’ai eu l’occasion de passer devant le nouveau lieu de Cédric Grolet : Cédric et la chocolaterie ouvert depuis le 18 octobre dernier. Force est de constater que les pâtisseries et autres cafés chics redynamisent cette avenue emblématique de Paris, autrefois délaissée par les commerçants pendant les années Covid. L’effet JO de l’an dernier est palpable : les touristes du monde entier sont bien là.

Compte Instagram de Cédric et la chocolaterie

Retrouvez ici les précédents articles de blogs consacrés aux expositions.

Expos

L’art Déco en régions célébré au musée de Valence

D’après Robert Bonfils, 1976. Lithographie en couleurs, 59,5 x 39,5 cm,  © Galerie N.C.A.G., Biarritz

L’art déco fête son centenaire en 2025. Grâce aux quotidiens La Croix et le Monde, j’ai ciblé deux expositions à voir : 1925-2025, cent ans d’Art déco au musée des arts décoratifs de Paris et L’art déco des régions au musée de Valence, la ville d’où je viens.

Longtemps pendant mes études d’histoire de l’art à l’école du Louvre, j’ai privilégié l’art Nouveau de la Belle époque car j’aimais énormément l’art de Klimt, Mucha, Hector Guimard et Gaudi vers 1900.

Mais depuis que j’ai suivi la série Downton Abbey qui se déroule en Angleterre, la période des années folles (avec Joséphine Baker au casino de Paris) me passionne beaucoup plus. J’aime tellement la modernité de ce style architectural mais aussi décoratif.

Le résumé :

Il y a un siècle, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes signait l’apogée d’un style nouveau, l’Art déco ! Organisée à Paris en 1925, la manifestation est aujourd’hui encore un jalon crucial dans l’histoire de l’art. Pour célébrer ce centenaire, le musée de Valence propose une exposition événement : « L’Art déco des régions. Modernités méconnues ».

Loin de la capitale, plusieurs mouvements artistiques régionalistes ont repris à leur compte le vocabulaire Art déco : géométrie des lignes, stylisation des motifs, couleurs vives. L’exposition révèle ainsi un pan méconnu mais non négligeable du style Art déco et met en lumière les artistes, architectes, décorateurs et artisans qui l’ont développé.

À travers près de 300 œuvres – photographies d’époque, porcelaines et émaux de Limoges, rubans de Saint-Étienne, faïences de Quimper, mobilier basque, plans, dessins, maquettes… –, le visiteur découvre un Art déco régional riche et audacieux. Le parcours se déploie en six séquences, offrant une immersion totale dans une modernité artistique fascinante.

Je vous recommande cette exposition assez succincte mais très dense et complète.

Elle détaille avec de nombreux plans et maquettes l’exposition universelle de 1925 avec ses pavillons régionaux entre les Invalides et le Grand palais. J’ai beaucoup aimé le mini film avec des photos d’architectures en couleurs.

Ensuite, l’exposition s’attache à détailler les styles régionaux en Bretagne, au Pays basque, à Nice en montrant des intérieurs typiques. J’ai repéré tout particulièrement le travail de Clément Goyenèche qui a réalisé des chalets de montagne pour les élites.

L’exposition révèle tout un art de vivre avec de nombreux tissus, des porcelaines mais aussi des réclames pour des gants. La scénographie est très bien étudiée puisque les équipes de conservation ont pensé aux enfants en mettant en place un atelier coloriage avec les motifs de l’art déco. Mais surtout avec un petit studio photo où l’on peut se déguiser avec des chapeaux et fourrures de l’époque.

Station-service Relais du Sud, années 1940, photographie numérisée, collection antarama.free.fr © Tous droits réservés

La dernière salle de l’exposition montre une maquette d’architecture d’une station service à Valence-sud devant laquelle je passais souvent quand j’étais enfant. C’est un vérotable complexe hôtelier avec un restaurant et un toi terrasse en béton armé. Les fenêtres en hublots donnent un style paquebot à cet édifice typique de l’art Déco.

Comme l’indique le dossier de presse du musée, c’est un véritable objet urbain structurant, un repère pour l’automobiliste qui emprunte la RN7 avec les congés payés de 1936 naissants.

L’Art déco, je l’ai eu sous mes yeux quand j’étais enfant avec l’ouverture en 1994 du centre commercial Victor Hugo qui a repris les murs des grands magasins Aux dames de France mais aussi le café Victor-Hugo ou encore des immeubles de la ville avec des balcons incurvés…

Dans un prochain article, je raconterai ma visite de l’exposition du musée des Arts décoratifs, j’ai hâte de visiter le wagon de l’Orient express totalement rénové.

L’art déco des régions. Modernités méconnues. Musée d’art de Valence, Drôme. 9€ plein tarif. Du 28 septembre 2025 au 11 janvier 2026.

Je vous recommande la revue Dada, c’est une revue d’art pour les enfants qui explique bien les caractéristiques du style Art déco.

Expos·Ile de France et Paris·Littérature jeunesse

Le Petit prince, un conte philosophique universel et intemporel à l’honneur à l’Atelier des lumières

L’Atelier des lumières n’est pas un musée comme les autres. Dédié à l’art numérique, il explose tous les codes de la muséographie et c’est la raison de son succès. Les planches de dessins des BD ou oeuvres de littérature jeunesse sont projetées en format XXL sur les différents murs et les sols de cette ancienne fonderie de 1500 m² dans le 11eme arrondissement de Paris.

Ce dimanche, il pleuvait très fort alors que nous espérions l’été indien en septembre à Paris.

Nous nous sommes donc réfugiés à l‘Atelier des lumières car c’était les derniers jours de l’exposition consacrée au Petit prince, le best-seller ambassadeur de la culture française à l’étranger depuis sa publication en avril 1943 à New York.

Après les expositions consacrées à Tintin puis à Astérix, c’était la troisième fois que nous nous rendions à l’ Atelier des Lumières et ce ne sera pas la dernière fois même si les billets d’entrée pour les enfants ne sont pas donnés (15 € à partir de 3 ans).

Je privilégie les expositions dédiées à la BD et aux romans de littérature jeunesse car ils révèlent tout un univers avec ses couleurs, ses personnages accompagnés par des musiques contemporaines. Pour l’exposition du Petit prince, nous avons entendu Stand by me et une chanson interprétée par M. Matthieu Chedid colle tellement à l’univers du Petit prince.

Quand je travaillais il y a quinze ans à la librairie jeunesse du musée du Louvre, je conseillais des touristes du monde entier avec leurs enfants. Le Petit prince a été traduit dans plus de 600 langues et dialectes dans le monde entier. C’est le plus beau succès de la langue française hors de l’Hexagone depuis plus de 80 ans !

L’atelier des lumières, 38 rue Saint-Maur, réservation conseillée. Ouvert le dimanche de 10 heures à 18 heures.

Cr photos: © Culturespaces / C. de la Motte Rouge

J’aime bien l’univers de ce conte d’apprentissage, les aquarelles de Saint-Exupéry pour représenter les planètes, la rose, le désert sont belles mais je n’aime pas particulièrement le trait grossier pour représenter les expressions du Petit prince et du renard roux. Par contre, j’ai beaucoup aimé la relation du petit Prince avec l’aviateur et leurs écharpes qui volent au vent dans le désert. C’est une superbe oeuvre autobiographique où l’auteur a mis toute sa poésie aussi bien dans ses textes que dans ses dessins.

Je n’ai pas lu le roman du Petit prince en entier (sacrilège) mais je me souviens bien du billet de 50 francs à l’effigie d’Antoine de Saint-Exupéry ou encore du spectacle dédié à son oeuvre au cinéma à 360 degrés de la Géode en 1997.

Comme il était un écrivain-aviateur de l’Aéropostale, le spectacle de la Géode montrait des loopings au dessus de la cordillère des Andes, et ce n’est pas mon meilleur souvenir d’enfance car je n’ai pas passé un excellent moment, cela m’a vraiment donné le vertige.

L’expérience avec Saint-Exupéry à l’Atelier des lumières était beaucoup plus sereine et agréable !

Le Petit prince, un phénomène d’édition jamais égalé depuis 1943

On doit ce long seller à un éditeur américain qui avait commandé à Antoine de Saint-Exupéry ce conte philosophique pour les fêtes de Noël. Le livre sera ensuite publié en France par Gallimard en 1946, deux ans après la mort de Saint-Ex dont l’avion a été abattu en mer non loin de Marseille.

On compte plus de 200 millions d’exemplaires du livre vendus à travers le monde, dont douze millions en France. Je ne suis même plus étonnée de découvrir ce livre dans les librairies des pays étrangers que je visite : Italie, Espagne, Bulgarie… et autant de produits dérivés comme de la vaisselle en plastique pour enfants , des trousses, des livres-audio (130 millions de produits dérivés ont été vendus).

En France, l’oeuvre de Saint Exupéry aurait dû tomber dans le domaine public en 2015 mais comme Guillaume Apollinaire, Saint-Exupéry est mort pour la France, alors son oeuvre littéraire est protégée jusqu’en 2032.

Saint-Exupéry, figure iconique française comme Charles de Gaulle

Le général et l’écrivain ont dix ans d’écart. Tous deux viennent d’un milieu bourgeois même noble pour l’écrivain lyonnais. Ils sont tous les deux soldats pendant la seconde guerre mondiale et sont connus pour leur amour des lettres.

Antoine de Saint Exupéry est l’auteur de certaines citations humanistes que l’on retrouve sur des cartes d’anniversaire ou de mariage : « On ne voit bien qu’avec le coeur » , « Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction  » …

Il est mort à l’âge de 44 ans car son avion aurait été abattu par l’ennemi nazi non loin de Marseille et on a mis un certain temps à retrouver l’épave de son avion en mer.

Droits réservés Guilhem Vellut

Sur le chemin du retour pour retrouver le métro à la station Saint-Ambroise, nous avons traversé le square Maurice Gardette qui est d’une grande quiétude. L’Atelier des lumières a dynamisé le quartier avec des coffee-shops et des petits restaurants sympathiques. Le quartier n’est sensiblement plus le même depuis 2018, date d’ouverture du lieu par Culturespaces.

Ce centre d’art numérique a attiré lors de sa première année d’ouverture un million de visiteurs. En rejoignant le métro, nous avons été ébloui par une autre forme d’art : les deux clochers hauts de 68 m de l’église néo-byzantine Saint Ambroise du 19 eme siècle !

Retrouvez mes précédents articles consacrés à des sorties musées en famille !

-J’ai enfin découvert la fondation Louis Vuitton en famille : l’expo David Hockney

-La Cité des sciences en famille : back to mon enfance

Expos·Ile de France et Paris

J’ai enfin découvert en famille la fondation Louis Vuitton et David Hockney

J’ai découvert le travail très coloré de David Hockney au bureau grâce au hors-série de Télérama. J’aime énormément son dessin naïf qui donne espoir à tous ceux comme moi qui dessinent comme des élèves de maternelle.

David Hockney est un vieux monsieur anglais de 88 ans qui porte de petites lunettes rondes et qui a eu une carrière artistique bien remplie puisque sa rétrospective organisée par la fondation Louis Vuitton contient plus de 400 oeuvres réalisées entre 1955 et 2025 (70 ans de carrière).

Il a peint de nombreux portraits et paysages aux couleurs acidulées et attirantes en s’appuyant sur la photographie. Il est un peintre de l’hyper réel.

J’ai beaucoup aimé la vidéo d’introduction sur grand écran où il a tenu à accueillir les visiteurs de l’exposition. Il faut dire que la rétrospective n’a pas désempli entre le 9 avril et le 31 août. Nous attendons les chiffres définitifs (l’exposition termine demain dimanche).

© David Hockney

Je n’avais jamais vu une telle affluence dans un musée, l’exposition attirait aussi les enfants. Dont ma fille de six ans qui a vraiment adhéré à son univers : elle a aimé les grands paysages du Grand canyon, l’installation vidéo avec les danseurs et surtout la grande salle à la fin qui mettait en scène les opéras illustrés par David Hockney. C’était encore plus complet que les expositions de l’Atelier des lumières.

Il faut dire que dans cette grande salle animée, nous pouvions nous allonger sur des grands coussins de la marque Fatboy et ce fut un moment privilégié avec ma fille. Je suis ravie de la voir être sensible si jeune à l’art et aux expositions comme je le suis moi même.

Cet été, nous sommes allées visiter la cité des Sciences avec ma fille pour découvrir la rénovation de la cité des enfants 5-10 ans. Et j’attendais beaucoup de cette visite ensemble, puisant dans mes propres souvenirs. J’ai été sacrément déçue car j’ai trouvé le propos muséographique complètement à coté de la plaque.

Heureusement, nous nous sommes bien rattrapés avec l’exposition Hockney, une rétrospective très riche qui a pris en compte le public jeunesse avec un livret de jeux exceptionnel.

© David Hockney

En définitive, j’ai été sacrément impressionnée par la fondation Louis Vuitton. J’avais quelques a-priori car jusqu’à présent leur programmation ne m’ avait pas convaincue. Je trouvais le billet d’entrée cher compte tenu qu’il n’y a pas de collection permanente à visiter en supplément. En fin de compte, le fait que le billet d’entrée (18€) soit couplé avec une entrée au jardin d’Acclimatation (9€ par adulte) est une excellente opération.

La fondation Louis Vuitton est un joyau architectural qui a révolutionné le quartier des Sablons à Neuilly. C’est un musée qui compte dans le paysage culturel parisien et il serait vraiment dommage que vous passiez à côté de ce trésor ! .

Expos

Tautou malgré tout : Superfacial, quand l’actrice redevient artiste

Merci la RATP de m’avoir signalé la tenue de l’exposition de photographies d’Audrey Tautou intitulée Superfacial. Ainsi j’ai découvert que Quai de la photo était une vraie péniche amarrée Quai de la gare.

Cette exposition gratuite est très courte mais très riche.

En fin de compte, plus qu’une exposition photographique, je trouve qu’elle apporte une véritable réflexion sur la notoriété, la médiatisation dans l’industrie cinématographique. Il ne faudrait pas que les acteurs et les actrices deviennent des produits de l’industrie.

« CE QUI M’IMPORTE DANS TOUT ÇA, C’EST DE POUVOIR OBSERVER DES GENS SANS AVOIR À SUBIR LEUR REGARD. »

J’ai bien aimé le texte de présentation dans lequel Audrey Tautou se présente comme une star internationale. C’est la vérité. Elle est devenue un visage connu dans le monde entier grâce aux films Le fabuleux destin d’Amélie Poulain en 2001 puis le moins fabuleux Da Vinci code en 2006.

Il faut dire qu’ Amélie Poulain avec son petit visage poupin tout droit sorti de Montmartre est l’archétype de la Parisienne, la petite Française qui s’exporte partout dans le monde (pour ceux qui résument La France à Oui oui baguette !). Audrey a réunit un cabinet de curiosités avec les nombreuses lettres reçues de ses admirateurs et aussi d’un détracteur.

Je vous invite à consulter le dossier de presse de l’exposition où Audrey Tautou explique plus en détail sa démarche. Il y a une photographie assez marquante où l’actrice est couverte de sacs à main dans une grande pièce.

Cette photo est assez criante pour exprimer la main mise de la mode et du luxe dont les actrices et les acteurs deviennent des porte-manteaux ambulants. C’est un peu rude comme analyse de ma part mais il ne faudrait pas que la publicité, la promotion prenne le pas sur l’art du cinéma.

Superfacial, le catalogue d’exposition, éditions Fisheye, 9791097326265, 38€

Je pense que j’aime beaucoup Audrey Tautou pour son visage poupin même si elle approche la cinquantaine. Elle ressemble beaucoup à Audrey Hepburn et son élégance naturelle lui permet de tout jouer.

Ces six films portés par Audrey Tautou que j’ai tant aimé, parmi les 40 dans lesquels elle a joué :

Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, 2001

J’aime beaucoup ce film iconique qui m’a fait aimer Montmartre avant de venir vivre à Paris quatre ans plus tard. Il y a un florilège de très bons acteurs qui portent ce film très poétique et bourré de références franchouillardes. Ce film s’est très bien exporté dans le monde entier. Il a changé la vie d’Audrey Tautou.

Ensemble c’est tout, 2007

J’ai tellement aimé ce roman d’Anna Gavalda et je trouve qu’Audrey Tautou joue à la perfection Camille, ce personnage douée mais sacrément torturée. Son idylle avec Franck joué par Guillaume Canet est très jolie et cette belle histoire d’entraide m’a fait beaucoup de bien pendant mes études.

Un long dimanche de fiançailles en 2004, adaptation du roman de Sébastien Japrisot.

C’est pour moi le plus beau rôle d’Audrey Tautou. Cette jeune femme qui boite et qui traine sa peine dans les tranchées à la recherche de son amoureux. J’ai vraiment aimé passionnément ce film quand j’avais la vingtaine. Il raconte vraiment l’impact de la guerre de 14/18 sur des générations de familles françaises. Audrey y joue Mathilde une femme amoureuse et déterminée.

L’auberge espagnole, Poupées russes, Casse-tête chinois de Cedric Klapisch en 2002-2005 et 2013.

Elle joue Martine, l’amoureuse intermittente de Xavier. Autant dans L’auberge espagnole, son personnage est assez lénifiant à toujours râler. Autant, elle est drôle et lumineuse dans la suite Les poupées russes. Son duo avec Romain Duris fonctionne très bien.

Coco avant Chanel, le biopic de Gabrielle Chanel, en 2009.

Celui-ci, je ne l’ai pas encore vu mais c’est évident qu’Audrey Tautou était l’actrice idéale pour l’interpréter. Elles viennent toutes les deux d’Auvergne. Audrey a une forme de beauté androgyne et c’est naturellement que la maison Chanel la choisie comme égérie.

La délicatesse, 2011 : adaptation du roman éponyme de David Foenkinos.

C’est un beau film qui raconte le deuil d’une jeune femme, Nathalie. Elle va rencontrer un collègue de travail terne et maladroit qu’elle va un jour embrasser de manière irrésistible. Encore une fois, Audrey Tautou était l’actrice idéale pour jouer la délicatesse mais aussi la subtilité.

Exposition Superfacial, jusqu’au 10 septembre, 9 port Quai de la Gare, 75013 Paris, de 12 h à 01 heure. Entrée gratuite.

Expos·Ile de France et Paris

Le mystère Cléopâtre : pourquoi cette reine antique nous parait si familière 2000 ans plus tard ?

Mercredi soir, j’ai profité d’une nocturne à l’Institut du monde arabe pour visiter l’exposition Le mystère Cléopâtre qui vient d’ouvrir le 11 juin dernier.

C’était une drôle de sensation d’assister à cette exposition car Cléopâtre est à la fois une figure familière : on connait son histoire d’amour contrariée avec Jules César à travers la BD et la comédie d’Alain Chabat mais aussi totalement étrangère : on ne connait que trop peu son rôle fort réussi de cheffe d’Etat de l’Antiquité.

A travers les collections de musées : peintures, sculptures, estampes, manuscrits, objets archéologiques, bijoux et monnaies, costumes, projections, photographies, cette exposition thématique cherche à répondre à une problématique.

Pourquoi Cléopâtre fascine t-elle encore deux mille ans plus tard ?

Je vous recommande cette exposition passionnante que l’on peut visiter avec des enfants à partir de neuf ans. L’exposition est très complète sans être trop longue ni ennuyeuse.

La première partie est consacrée à l’archéologie avec des pièces de monnaie, des miroirs pour signifier à quel point Cléopâtre a marqué son temps. Son règne de vingt ans a été florissant malgré la légende noire bâtie de toutes pièces par des auteurs romains bien misogynes et racistes.

Jean André Rixens (1846-1925), La Mort de Cléopâtre, 1874. Huile sur toile, 200×290 cm.© Mairie de Toulouse, Musée des Augustins. Photo Daniel Martin

Cette image sulfureuse a également été reprise par les peintres orientalistes du 19eme siècle comme Gérôme ou Cabanel. Cléopâtre considérée comme une sorte d’Eve pécheresse, est souvent dénudée. Son suicide retentissant l’a élevée au rang de mythe et a provoqué des répercussions hasardeuses sur son rôle de Cheffe d’Etat.

Cette exposition a aussi voulu rétablir les faits historiques. Les 250 oeuvres présentées viennent du musée du Louvre, de la Bibliothèque nationale, du château de Versailles, d’autres musées de France et d’Espagne, des États-Unis, d’Italie et de Suisse.

Du théatre au cinéma : Cléopâtre, une icône de mode avec ses bijoux, ses parfums, ses onguents et un maquillage caractéristiques.

Cléopâtre fut une reine grecque et égyptienne, ambassadrice d’une civilisation millénaire. On la reconnait rapidement grâce au fard à paupières turquoise très couvrant et au khôl si caractéristique. Le maquillage est l’une des plus belles inventions de l’Egypte antique, bien entendu que Cléopâtre en fut l’ambassadrice comme l’analyse très justement ce billet de blog.

Ce trait esthétique a été repris au théâtre et au cinéma car le bain de la reine est un élément très cinématographique. La sortie du film avec Liz Taylor sous les traits de Cléopâtre en 1963 a fait accroitre sa popularité à travers les frontières. La reine est réputée pour sa beauté et sa sensualité mais elle représente un stéréotype kitsch de l’Egypte antique.

Deux ans après la sortie du film, Goscinny et Uderzo publient une nouvelle aventure d’Astérix le gaulois qui se déroule en Egypte pour venir en aide à l’architecte Numérobis : Astérix et Cléopâtre. La couverture de l’album est une référence directe au péplum hollywoodien dans la posture des personnages.

Cet album de BD s’est venu à 350 000 exemplaires, Astérix étant devenu un phénomène de société depuis sa création en 1959. D’ailleurs, Cléopâtre et Jules César sont des personnages récurrents de la série Astérix avec des références au fils adultérin du couple qu’il faut souvent secourir.

Ce qui m’a particulièrement plu c’est que cette exposition fait appel à la culture populaire que l’on connait tous : le cinéma, la publicité, la bande dessinée…

J’ai été émue de me retrouver devant les costumes et le trône de Monica Bellucci, inoubliable Cléopâtre de l ‘adaptation de la BD en comédie: Astérix et Obélix, mission Cléopâtre.

Ce film iconique datant de 2002 a réalisé 24.8 millions d’entrées dans les cinémas du monde entier. Je l’ai vu quand j’étais au collège, la plus grande salle du Pathé Valence était bondée de collégiens comme moi pour qui ce film est un souvenir inoubliable.

Cléopâtre, reine du marketing contemporain

En lisant le dossier de presse de l’exposition, j’ai réalisé à quel point Cléopâtre était une figure familière grâce à la publicité et au marketing. C’est un peu le même cas de figure avec le Boléro de Ravel à la télévision même si Cléopâtre est une figure bien plus ancienne.

Il existe plus de 1500 marques déposées avec le nom de cette reine d’Egypte incontournable : de l’huile d’olive, des sachets de riz, des cigarettes, du savon. L’exemple le plus évident pour moi, c’est la colle Cléopâtre avec son fameux logo.

Cette colle française au parfum amande existe depuis 1930. On la reconnait de loin avec son bouchon orange et son pinceau pour coller les feuilles. On la surnomme la reine des colles et le choix de Cléopâtre n’est pas anodin : on enseigne l’Antiquité à l’école et Cléopâtre est un personnage historique emblématique comme Napoléon, Jules César, Clovis…

Cléopatra’s kiosk, Shourouk Rhalem, 2025, objets du quotidien recouverts de cristaux Swarovski
Cléopâtre, une reine puissante et érudite dont se réclament les mouvements féministes aujourd’hui

Cléopâtre, un rêve de puissance, Maurice Sartre, éditions Taillandier

On confond souvent Cléopâtre avec Nefertiti dont le fameux buste a été envoyé à Berlin en 1912. Or Néfertiti a vécu au 14eme siècle avant JC, c’était la femme du pharaon Akhenaton qui a eu un règne marquant dans l’histoire de l’Egypte. Alors que Cléopâtre fut l’un des derniers pharaons.

Au 20 eme siècle, l’Egypte a voulu s’ emparer son passé antique, exploité par les colons anglais. En 1954, le président Nasser décide de nationaliser les entreprises et de leur donner des noms de pharaons pour rappeler la gloire de son pays. Ainsi, l’image de Cléopâtre est utilisée pour revendiquer une puissante identité égyptienne.

Aux Etats-Unis, la communauté afro-américaine se reconnait en elle car elle était une cheffe d’Etat africaine. Son image a été utilisée pendant la guerre de Sécession dans la lutte contre l’esclavagisme. Et bien entendu, elle est une figure incontournable du féminisme international.

J’ai passé un excellent moment à l’Institut du monde arabe car cette exposition très concise et efficace m’a apporté un bon souvenir de mes études à l’Ecole du Louvre sans tomber dans l’exposition universitaire et académique. En faisant appel à la culture populaire, cette exposition est accessible au grand public. Un excellent moment de culture au milieu de ma semaine de travail grâce aux nocturnes du mercredi.

La programmation de l’Institut du monde arabe autour de l’exposition Le mystère Cléopâtre.

Chaque jeudi, auront lieu des tables-rondes réunissant des conservateurs de musées et des universitaires pour débattre de débattre de l’importance de Cléopâtre dans l’Antiquité.

Ne loupez pas le photomaton thématique avec l’IA qui propose des mises en scène sympathiques avec costumes d’époque. C’est une chouette photo souvenir de l’expo pour 3€.

N’oubliez pas de vous hisser en fin de visite en haut de l’Institut du monde arabe sur la terrasse qui offre une vue imprenable sur le chevet de Notre Dame de Paris et l’île Saint-Louis. Jamel Debbouze s’est associé à Laurent de Gourcuff pour créer un restaurant oriental tenu par sa maman : Dar Mima- Ziryab.

Le mystère Cléopâtre, Institut du monde arabe, 11 juin 2025 au 11 janvier 2026, nocturne le mercredi soir, 15 € (plein tarif),7€ pour les 12-26 ans.

Le Mystère Cléopâtre, catalogue de l’expostion, SKIRA, 240 p., 29 €

Retrouvez-ici d’autres idées de visites de musées :

-Croisière sur la Loire: Aventures à Blois, la capitale de la Renaissance sous François 1er

L’exposition Ravel à la Philharmonie de Paris

-Le canal de Suez en Egypte, un carrefour géopolitique et culturel majeur.

Expos·Sociologie

Les papiers d’agrumes, de la cagette du marché au musée

J’ai découvert dans le numéro de juin du Monde diplomatique un article passionnant consacré aux papiers décoratifs autour des agrumes : oranges, citrons… C’est d’ailleurs, l’objet d’une brillante exposition de société : Superbemarché qui se déroule au Musée international des arts modestes (MIAM) de Sète du 11 avril 2025 au 8 mars 2026.

La force de cette exposition est de détailler tout le circuit économique du commerce mondialisé des agrumes : de l’agriculture, au transport et à la consommation.

Ce n’est pas un hasard que cette exposition qui parle d’import-export ait lieu à Sète, important port de commerce français. J’aime beaucoup les ports de marchandises : Marseille, Le Havre, j’ai travaillé dans ce domaine et je suis incollable sur les containers désormais. J’ai même lu une trilogie littéraire qui se déroule au port du Havre : Souviens toi Angie de Marie-Aude Murail.

Mais revenons à nos oranges et nos agrumes. Aujourd’hui, on consomme au quotidien des oranges en grande quantité. On peut trouver à chaque coin de rue une supérette qui propose de presser des oranges pour un bon shot de vitamines, comme la potion magique d’Astérix avant d’aller au bureau. Mais ce fruit n’a pas toujours été si accessible que ça.

L’orange, un produit luxueux et rare venu d’un pays lointain et exotique.

Certes, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on ne trouve plus d’oranges au pied du sapin pour les enfants. Mais très longtemps, ce fruit a été considéré comme luxueux et rare.

A la fin du 19eme siècle, l’industrialisation des agrumes s’est intensifiée. On a alors emballé les oranges principalement dans des papiers de soie que l’on froisse facilement. Ces motifs à dominante circulaire ont été illustrés par les exploitations d’agrumes pour détailler leur provenance géographique mais aussi créer leur image de marque.

Des emballages publicitaires comme des cartes postales ensoleillées.

Les papiers d’agrumes pourraient tout à fait rejoindre le catalogue de mythologies du philosophe et sémiologue Roland Barthes. Ce papier travaillé artistiquement (le contenant) illustre son contenu : l’orange et sa mythologie ensoleillée.

Personnellement, cela me fait rêver comme une carte postale et j’ai envie de les coller dans mes carnets personnels. A l’ère des réseaux sociaux, je pense qu’on a besoin de revenir à ces esthétiques plus anciennes. C’est une exposition totalement instagrammable.

Fonds du MIAM

Papiers d’agrumes est une exposition de société comme je les aime. Elle retrace l’imagerie populaire, la mythologie des agrumes car c’est un commerce mondialisé qui a de belles heures devant lui.

L’usage de camions frigorifiques remet en cause le recours aux papiers de soie pour emballer les agrumes. On leur reproche de polluer, de coûter cher et donc on a recours au vilain filet de fruits bien moche. Heureusement, on continue d’en trouver et de les collectionner.

Les papiers d’agrumes, du marché au musée.

Avide de trouver de beaux imprimés pour mes collages dans mon bullet journal, je suis le compte de la dessinatrice @Julie adore qui collecte les étiquettes sur les bananes, les clémentines.

C’est beau aussi mais cela n’a pas la même esthétique que les superbes papiers de soie. J’en trouve sur les mandarines Orri Soculente qui viennent d’Espagne au moment de Noël.

J’aime éperduement les packaging dessinés sur les Pannetone, les petits bonbons russes que je trouve dans un supermarché à Bourgas, Bulgarie avec des iconographies intemporelles.

Je choisis les mandarines avec le papier de soie même si elles sont plus chères car le packaging les rend plus attractives. A travers leur esthétique chatoyante, elles sont la vitrine d’une industrie agroalimentaire mondialisée qui a bien besoin de cette publicité séduisante. Le recours au papier de soie revêt une dimension érotique : il cache le fruit défendu.

Je vous recommande de découvrir les musées de société qui retracent notre quotidien, les emballages publicitaires d’agrumes sont une belle source iconographique, porteuses d’Histoire et de mythologies.

Musée International des Arts Modestes, 23 quai Maréchal de Lattre de Tassigny, 34200 Sète. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h00. 5,60 euros par adulte, enfants et étudiants : 2,60 euros.

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Le canal de Suez en Egypte, terre cosmopolite et enjeu économique international

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