BD & romans graphiques

Se régaler avec un bon roman graphique : Les deux pieds en Afrique.

Depuis cet été, j’ai changé de travail (et de quartier de travail aussi).

Je ne suis plus libraire mais j’occupe un emploi plus administratif mais toujours commercial dans le domaine du livre. Au sein des éditions Biblio, je me charge d’assurer la bonne distribution de nos nouveautés et du fonds en France et à l’étranger.

Ainsi, je suis allée visiter début septembre les entrepôts MDS à Dourdan, distributeur du livre majeur en France et en Belgique. Ce sont eux qui distribuent les éditeurs historiques de BD comme Dupuis… J’en profite ici pour vous dire que cette entreprise cherche quarante caristes pour surcroit d’activité. Depuis les confinements, les gens lisent et achètent plus de livres et je m’en réjouis !

Ce mois-ci, j’ai eu un coup de cœur pour l’une de nos nouveautés. Cela s’appelle Les deux pieds en Afrique écrit par Maya et Manior, deux missionnaires chrétiens au service du Défap au Cameroun pendant un an.

Il s’agit d’un roman graphique totalement polymorphe. Il mêle autobiographie, bande dessiné et reportage photographique d’une expérience personnelle vécue en couple.

Le narrateur est Manior, un « blanc » d’une trentaine d’années, sans enfants à l’époque. Il a passé une année de volontariat pour le Défap afin d’aider des églises au Cameroun dans leur stratégie de communication, comme c’est son métier.

Dessins de Manior- Les deux pieds en Afrique, éditions Scriptura

Ce journal de bord en 365 jours se déroule pendant l’année 2014/2015 durant le mandat de François Hollande, qui vient en visite officielle à Yaoundé pendant son année de volontariat. Manior parle avec beaucoup d’humour des pincettes que l’on doit prendre quand on vit dans une république bananière en Afrique.

Les allusions au président Paul Biya sont assez comiques. On ressent alors le décalage avec la France où l’on ne se prive pas de critiquer sans crainte les personnalités politiques du pays.

Les deux pieds en Afrique n’est pas une BD particulièrement engagée politiquement, elle raconte le quotidien d’un missionnaire blanc du 21eme siècle. Il ne fait pas des campagnes d’évangélisation dans les villages reculés à tour de bras, il aide les églises à communiquer sur Internet.

Un roman graphique c’est quoi?

Un roman graphique, c’est une bande dessinée plus longue et ambitieuse qu’un album BD standard de 46 pages. La plupart du temps, le roman graphique s’adresse plus à un lectorat adulte.

J’ai bien envie dans un prochain article de vous dresser la liste de mes romans graphiques favoris. Il faut dire que je me régale vraiment à les lire car ils allient littérature et dessin sur trois cents pages. Sachez que la BD est en train de supplanter la littérature dans les genres de lecture les plus lus.

Le retour à la terre de Larcenet et Ferri, une référence assumée par l’auteur

Très rapidement, la comparaison avec ma série fétiche Le retour à la terre m’a vite sautée aux yeux. Ce n’est pas un roman graphique mais bien un album de BD traditionnel. Il raconte autobiographiquement le quotidien néorural de l’auteur et de sa femme avec l’arrivée de leur premier enfant.

La dame africaine du marché de Yaoundé ou Mme Mortemont aux Ravenelles manquent toutes les deux de filtre dans leurs conversations, que ce soit en Afrique ou dans les campagnes françaises, l’étranger suscite toujours incompréhensions et situations cocasses qui donnent toujours matière à une BD de qualité.

Même sans être tenté par une expérience humanitaire en Afrique (c’est mon cas), ce roman graphique apporte un très bon moment de lecture. J’ai appris de nombreuses choses sur les réalités en Afrique qui m’ont donné matière à réflexion : les difficultés de connexion à Internet, l’eau potable qui est toujours une denrée rare pour eux ou encore l’état des routes très dangereuses…

Cette lecture m’a bien aidée à relativiser quand je râle après le RER B le matin…

Je vous recommande donc ce roman graphique passionnant qui comprend aussi une partie documentaire avec un très beau travail d’édition pour mettre en valeur cette aventure humaine unique dans une vie.

Retrouvez ici mes articles qui chroniquent des romans graphiques :

Le monde au balcon, garder mémoire du confinement 2020 dans sa bibliothèque

-La série Rendez vous dans la forêt d‘Alain Auderset pour entretenir une relation privilégiée avec Dieu

-Le retour aux Ravenelles : ma passion pour Le retour à la terre de Larcenet et Ferry.

BD & romans graphiques

Auderset sur le chemin de l’autobiographie

Depuis trois mois, je trépigne d’impatience de lire le nouveau volume de la série Rendez-vous dans la forêt, roman graphique du dessinateur de BD suisse Alain Auderset.

Il faut dire que les extraits du livre qu’il distille sur son blog et son compte Instagram sont particulièrement passionnants…

J’aime suivre son compte Instagram avec ses superbes forêts suisses en automne. C’est le talent d’Alain Auderset : observer la nature et en tirer des enseignements, un peu (beaucoup) dans l’esprit de Jésus qui se servait des paraboles dans le Nouveau testament.

Pour ce 4eme volume d’une série à succès (le premier volume de Rendez-vous dans la forêt s’est vendu à plus de 13 000 exemplaires), Alain Auderset a décidé de revenir aux origines avec son témoignage personnel  riche et sincère.

J’aime les autobiographies (notamment celle de David Gréa, dans un genre plus littéraire),  les romans graphiques et surtout j’aime le dessin très moderne d’Alain Auderset.

Rendez-vous dans la forêt- Origine, Alain Auderset, Atelier Auderset, 360 pages, Novembre 2020. En vente à la librairie 7ici : 20€.

Il révolutionne le genre de la bande dessinée chrétienne avec son trait très contemporain qui tranche avec les productions plus classiques et plus datées.

Ses romans graphiques sont des bijoux de fabrication, avec la petite attention unique : la feuille de sa forêt offerte à chaque livre…

Ce nouveau volume est plus épais que les autres, il contient plus de 360 anecdotes de sa vie depuis sa naissance. Alain Auderset a rencontré Jésus à l’âge de quinze ans alors qu’il était un petit garçon brutalisé par ses camarades d’école.

Il a raconté quelques uns de ses souvenirs dans les précédents tomes de Rendez-vous dans la forêt mais cette fois-ci place totale au témoignage personnel et à l’introspection.

J’aime cette série de romans graphiques pour son ton authentique qui raconte des rencontres humaines extraordinaires entre Alain et les visiteurs de son atelier, grâce à Jésus, leur ami commun. Le terme de communauté n’est pas un vain mot chez les Auderset à Saint-Imier.

Il a une grande communauté virtuelle dans toute la francophonie à travers ses live Youtube et ses posts.

Mais son inspiration lui vient aussi de toute la vie qui se déroule dans son atelier : la main à la pâte de ses enfants, les bénévoles qui viennent apporter leur aide spontanément, les artistes qui se forment chez Auderset et redécouvrent une foi vivante et vraie en allant se balader dans la forêt… Un vrai ministère… !

Ce nouveau volume a été écrit pendant le confinement. Un travail important de lectures et de corrections pour réaliser un livre unique qui retrace au plus juste une rencontre personnelle avec Dieu.

Alain Auderset prend souvent la posture du rigolo mais c’est un incroyable bosseur qui use son poignet à reprendre inlassablement ses illustrations jusqu’à douze heures par jour parfois. Il dessine vraiment très bien et avec l’inspiration de l’Esprit.

Ce livre, je vais l’offrir à mes proches comme compagnon de confinement !

Retrouvez ici mes précédentes chroniques des précédents tomes de RDVF :

– La chronique du volume 2

– La chronique du volume 3

BD & romans graphiques

Le monde au balcon, souvenir sociologique du confinement

J’ai découvert Sophie Lambda et sa bande dessinée Le monde au balcon via le compte Instagram de son éditeur Albin Michel. Ce carnet raconte le début de son année 2020 sans se douter que la moitié de la planète devra se confiner face à Coco le virus deux mois plus tard

Ce carnet, je l’ai acheté rapidement à la librairie Le comptoir des mots à Gambetta, dans le 20eme arrondissement de Paris pour garder un souvenir de cette drôle de période dans ma bibliothèque. J ‘y ajouterai sans doute une petite feuille à carreaux avec mes propres souvenirs. L’être humain a une sacrée capacité de résilience et d’oubli (heureusement sans doute).

Le monde au balcon, carnet dessiné d’un printemps confiné, Sophie Lambda, Editions Albin Michel, 2020, 96 pages, 14,90 €

Je retiendrai que je me suis vraiment ennuyée pendant ce confinement, surtout les week-ends. Je suis souvent allée dépenser mes dix euros hebdomadaires en revues de décoration et de gommettes pour ma fille et mon mari, leur activité père-fille. J’en ai eu ras le bol de faire le tour du paté de maison, sur le bitume. Je comprends tout à fait la ruée des Parisiens vers la campagne au déconfinement.

Droits réservés Sophie Lambda

J’ai collé l’attestation dérogatoire de déplacement dans mon bullet journal, persuadée que c’était un document historique à conserver. Mais mon plus beau souvenir familial, ce fut les premiers pas hésitants mais décidés de notre Petite biche nationale ! Avec elle, le confinement c’était sport ! On était bien contents lors des siestes et du coucher de pouvoir souffler. Mais de nombreux amis et notre famille nous ont bien envié d’avoir été confinés avec un enfant pour enrichir nos journées. Il parait que d’expérience, Netflix ça va bien cinq minutes.

Netflix, il en est souvent question dans la BD de Sophie. J’ai vraiment aimé son sketch autour de la farine et ses références à des initiatives peu connues du grand public mais relayées par les réseaux sociaux.

Total respect à l’Olympique de Marseille qui a mis à disposition de familles touchées par les violences conjugales les chambres des joueurs de foot et leurs infrastructures sportives pour les enfants. C’est beau la solidarité humaine qui s’organise en moins d’une semaine. Elle relaie aussi la belle lettre des voisins d’un infirmier pour le décharger de ses tâches ménagères en cette période intense pour les soignants.

C’est une BD polymorphe avec du beau dessin mais aussi des captures d’écran de vidéos Youtube et de comptes Instagram. Un média vraiment original et très actuel. C’est vrai qu’au milieu du livre, je me suis un peu lassée et ennuyée. Mais j’ai trouvé ça génial, parce qu’à mi-parcours, vers Pâques, tout le monde trouvait le temps sacrément long.

Cette dessinatrice a un vrai talent de sociologue, elle sait capter l’atmosphère ambiante dans un pas, toutes générations confondues. Sa BD est un documentaire anthropologique passionnant. J’ai beaucoup aimé ses illustrations avec les animaux notamment celle qui annonce le dé-confinement et les pages véridiques où la nature reprend ses droits.

Droits réservés Sophie Lambda

Je suis pas toujours convaincue par son coup de crayon pour dessiner les expressions des visages mais elle croque très bien la société actuelle du 21eme siècle. Le ton est à la fois drôle et juste, léger mais aussi engagé.

Puis je me suis intéressée à sa première BD totalement autobiographique :Tant pis pour l’amour, éditions Delcourt, publiée en 2019. Elle raconte sa reconstruction personnelle après une relation toxique dans les bras d’un manipulateur. Je trouve que le dessin est beaucoup plus travaillé et abouti que celui de son carnet de confinement.

Je me suis régalée à suivre ses stories Instagram où elle racontait ses recherches d’idées pour sa couverture finale. C’est une vraie auteure de BD accomplie avec des débuts très prometteurs. Il ne me reste plus qu’à lire Tant pis pour l’amour, je suis actuellement en troisième position sur la liste d’attente du livre à la bibliothèque Marguerite Duras.

Je vous recommande cette émission de France 2 où Sophie était invitée avec Caroline Diamant et Enora Malagré avec deux femmes psychologues je présume. Les remarques sont très intéressantes et ne tombent pas du tout dans la misandrie (la haine des hommes) parce que l’emprise est aussi bien le fait d’ un homme ou d’ une femme dans un couple. Cette BD a été vendue à plus de 25 000 exemplaires, signe que le sujet est pleinement d’actualité malheureusement.

Les relations hommes/femmes seront l’objet d’un prochain article dans ce blog car c’est un sujet qui me tient à cœur. Je suis un peu écœurée en ce moment par cette guerre des sexes ambiante, ces insultes qui fusent dans tous les sens pour une tenue vestimentaire ou un regard mal interprété quand hommes et femmes se méfient de l’autre dans la rue. Il y a quelques semaines, j’ai rigolé avec un caissier dans un supermarché. Il se plaignait que le port du masque ne lui facilitait pas la vie comme il aimait bien draguer. C’était drôle !

Alors que la drague retrouve ses lettres de noblesse ! Que les filles puissent se sentir un peu fières, la tête haute, qu’on leur dise des mots flatteurs et non des injures obscènes et ordurières. Pendant le confinement, je me sentais pas bien rassurée toute seule dans la rue en allant chercher mon pain. Même habillée comme un sac, même pas maquillée, je me suis fais draguée un ou deux fois par des gros balourds qui n’avaient pas envie de conter fleurette.

D’autres articles au sujet du confinement dans ce blog :

Les objets du confinement collectés par le Mucem

Ma meilleure routine pendant le confinement : Le Bible journaling

Se détendre à l’ère du coronavirus

BD & romans graphiques

Le retour aux Ravenelles

C’est l’événement BD de ce printemps : la parution du tome 6 du Retour à la terre, la BD champêtre de Manu Larcenet au dessin et Jean-Yves Ferri au scénario après dix ans de silence. Manu Larssinet devait être dans la forêt à méditer avec l’ermite qui l’appelle Coeur-pur.

Je suis vraiment fan de cette couverture très poétique et marrante avec les fleurs de cerisiers et le papa merle qui apporte une boite de nuggets pour nourrir sa nichée !

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Comme des milliers de lecteurs, j’éprouve un fort attachement pour cette série. Si vous ne la connaissez pas, aucun problème à prendre le train en marche. D’ailleurs en parlant de train, il n’y en a plus depuis longtemps pour rejoindre le village de Manu, les Ravenelles, en profonde région parisienne. Il faut prendre un car Macron. Vous l’avez compris, c’est un album de BD très contemporain qui croque en dessins la réalité de bon nombre de Franciliens.

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C’est le cas d’Emma et Fabien, l’un des couples de la série comique à succès Scènes de ménages sur M6 ou la dessinatrice de BD Mademoiselle Caroline qui a raconté le fossé sociétal entre Paris et sa nouvelle vie en montagne dans le roman graphique Quitter Paris. Je lis d’ailleurs en ce moment un blog très bien fait Paris je te quitte mais de là à sauter le pas…

 

Le retour à la terre

Tome 6 : Les métamorphoses

Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Dargaud

Mars 2019

48 pages

12€

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Mon avis :

La structure bien rodée de cette BD vous fait rire ou sourire tendrement à chaque double page. Ce sont quatre vignettes qui déroulent le fil conducteur d’une situation grâce à des sous-titres brefs et efficaces.

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Cette BD commence par un rébus, c’est Manu Larssinet qui raconte la vie de sa petite famille qui tend à s’agrandir. Mais l’auteur est tellement pris dans sa rêverie personnelle, son introspection, qu’il tarde à s’en rendre compte…

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Heureusement, il peut compter sur une amitié improbable : celle de Madame Mortemont, sa voisine atypique qui découvre dans le tome 6 Les métamorphoses les fonctionnalités qu’offre son smartphone. Comme si la technologie pouvait aider les campagnards à faire pousser leurs patates alors qu’ils connaissent la nature depuis la nuit des temps.

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Mon avis :

5/5 sardines

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C’est cette gentille moquerie réciproque entre les néoruraux et les locaux des Ravenelles qui fait tout le sel de cette gentille comédie dessinée. C’est tendre et drôle mais aussi très révélateur de la fracture sociale et technologique que nous vivons à l’ère des gilets jaunes. A l’heure des zones blanches et des déserts médicaux, sommes-nous toujours compatriotes nous autres citadins et campagnards?

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Bonjour l’angoisse, une BD colorée de la douce époque du lycée

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Je réfléchissais tout haut (oui oui ça m’arrive) à un nouvel article sur le bullet journal quand je l’ai repérée… une vraie pépite ! Un OVNI éditorial au rayon BD adulte de ma médiathèque.

Bonjour l’angoisse, mes années lycée ça s’appelle. C’est son format hors du commun qui m’a attirée : un cahier d’écolier à petits carreaux écrit comme au stylo à plume, qui se lit dans un autre sens.

Publié en 2018, ce roman graphique s’adresse à son public-cible : les millenials qui passent le bac cette année mais cela m’a aussi replongée dans mes souvenirs de terminale il y a douze ans maintenant.

Cette BD n’est pas donnée (20€) mais sachant que le pouvoir d’achat d’un lycéen est assez conséquent (entre l’argent de poche des parents, les étrennes de Mamie et quelques baby-sitting) ça serait dommage de passer à coté d’un bon moment de lecture.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Bonjour l’angoisse, mes années lycée

Lucile Gomez

104 pages

2018

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20€

 

Le résumé : 

Il s’agit du journal intime d’une adolescente Marie- Pierre dite Mary-Stone, une sorte de Fifi Brindacier rock n’roll. Elle vient d’une famille un peu bourgeoise qui forcément la flique et ne la comprends pas. Il semble qu’elle soit fille unique et ses lacunes sociales (elle débute laborieusement à utiliser Facebook vers Toussaint) seront vite comblées par la rencontre d’une amie formidable : Plume, une vaporeuse jeune fille beaucoup plus assurée qu’elle avec son look et sa coupe afro. Plume parait beaucoup plus adulte et féminine que Mary-Stone.

Elles délirent à chaque cours, se vannent quand elles sont amoureuses… bref le quotidien de milliers de lycéens à l’heure du web 2.0 dessiné en BD par une illustratrice fort talentueuse : Lucile Gomez.

Cette auteure a déjà publié plusieurs BD de filles avant Bonjour l’angoisse : Tout est possible mais rien n’est sûr, La naissance en BD…. Elle a développé sa chronique de Plume et Mary-Stone, publiée chaque mois dans le magazine pour ados Phosphore en 104 pages de BD.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Mon avis :

Tout d’abord ce roman graphique est une mine d’or à doodles (ces petites icônes qu’on dessine pour illustrer un bullet journal : un cactus, des flèches, un paquet de pop corn, le logo de Facebook…).

Ces petits dessins reflètent une société très occidentale et surtout très consumériste. C’est une BD très générationnelle où les millenials vont vite retrouver en dessins leur quotidien mais qui va vite paumer les vieux de la génération Y comme moi.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Pourtant les thèmes de cette BD sont intemporels : les cours, les garçons, les copies Canson qu’on stabilote et qu’on gribouille… J’ai beaucoup aimé l’originalité de cette BD mais je reconnais qu’au bout d’une trentaine de pages l’intensité graphique et le fourmillement d’idées m’ont perdues en chemin. C’est aussi dense en lecture que le discours ultra rapide d’un adolescent sur sa chaîne Youtube. Mais qu’est ce que c’est réussi !

Lucile Gomez est assurément une illustratrice à suivre dans la lignée de Pénélope Bagieu, Margaux Motin, Mademoiselle Caroline, Mathou...

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Ma note : 4/5 sardines

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J’octroie quatre sardines bien méritées à ce roman graphique plein d’humour et très original. C’est un véritable OVNI éditorial très réussi au niveau du dessin. Tous les petits aspects du cahier d’écolier sont bien là : c’est aussi une belle prouesse d’édition pour publier dans un autre sens de lecture. On actionne volontiers la machine à remonter le temps avec cette BD même si l’intensité des doubles -pages m’a un peu perdue en route (comme les Egyptiens, Lucile Gomez pratique l’horreur du vide) .

Cela m’a fait penser à un roman d’apprentissage que j’ai beaucoup aimé et qui a été adapté au cinéma : Le journal d’Aurore écrit par Marie Desplechin, édité par L’école des loisirs.

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BD & romans graphiques

Mon père ce poivrot, une BD qui botte le cul de l’alcoolisme festif

Mon père, ce poivrot.pngCette BD je l’ai découverte par hasard chez mon marchand de journaux, rue Belgrand dans le 20 arrondissement, pas très loin de la place Edith Piaf où l’on croise des hommes et des femmes tellement abîmés par l’alcool qu’ils dorment parfois à même le sol.

Je connaissais déjà la maison d’édition Grand angle pour avoir chroniqué avec bonheur la BD normando-climatique Jamais qui a reçu un prix de lecteurs récemment ! J’aime beaucoup leur ligne éditoriale et cette tendance actuelle : peindre la société dans des petites cases de BD.

J’ai trouvé que cette BD librement inspirée de la vie de son auteur était bien plus efficace qu’une campagne de santé publique pour les jeunes. Allez, je vous raconte son histoire sous la forme d’un résumé.

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Mon père, ce poivrot

Stéphane Louis et Daviet

Editions Grand angle

Janvier 2019

70 pages

16€90

Le résumé :

Lucien vit à Saint-Denis en région parisienne. Il a bien soixante-dix ans et a perdu tout contact avec son ex-femme et son fils Rémy, un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui vit dans la région de Nantes. Il traîne son ennui dans un vieux bouge du quartier entouré d’amis de beuverie, le gagne-pain du patron qui doit aussi les chaperonner pour qu’ils rentrent sans danger chez eux.

C’était la cuite de trop puisque cette BD prend la tournure d’une enquête policière avec des flash back où l’on interroge le patron et les piliers de bar. Un événement médiatique a fait sortir Lucien de sa torpeur et de sa léthargie alcoolique mais on ne sait pas ce qu’il est devenu : disparition inquiétante ou l’occasion unique de prendre sa vie en main après de nombreux errements ?.

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Mon avis :

Cette BD a réussit le tour de force d’exprimer en dessins la grande détresse physique et psychologique de Lucien. Il se retrouve complètement désorienté sur le quai de la gare Montparnasse avec ses bruits, les va et viens de la foule nombreuse. On se doute bien que le personnage a fait un effet surhumain pour se lever de son lit et sortir de son quartier? Va-t-il abandonner ou prendre ce fameux train pour endosser ses responsabilités parentales ?

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Je vous recommande de lire deux fois cette histoire (70 pages en tout) en évitant de lire l’avant-propos personnel de l’auteur lors de votre première lecture. Votre seconde lecture aura une saveur toute particulière. Celle de la fiction autobiographique, du ressenti personnel, de l’émotion de l’auteur qui se transmet avec contagion à son lecteur.

C’est une BD beaucoup plus utile qu’un vague essai foireux de développement personnel. Cette forme de préface m’a vraiment marquée, j’ y ai vu un hommage à un père où la BD permet de rendre justice aux qualités de quelqu’un masquées par cet ennemi pernicieux : l’alcoolisme.

« Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire ».

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Son titre accrocheur tranche avec l’adage Mon père, ce héros. La puissance visuelle de la couverture évoque le capharnaüm d’une maison délabrée mais aussi la confusion des pensées que provoquent les vapeurs de l’alcool quand on s’est enchaîné à cette addiction depuis des décennies.

On a tous dans notre entourage amical ou familial quelqu’un qui s’est fait prendre au piège de l’alcoolisme festif ou mondain. Au lieu de fédérer, il isole des autres, il fait plonger dans la solitude. C’est le cas de Lucien, sa femme l’a quitté, son fils ne veut plus entendre parler de lui.

Ma note :

4/5 sardines

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J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette fiction aux éléments biographiques. Le scénario patine un peu au fil des soixante-dix pages. Ce n’est plus un secret dans ce blog que je préfère de loin les romans graphiques aux albums de BD car ils développent beaucoup plus le portrait psychologique des personnages.

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Mais cet album a le mérite d’avoir su mettre en relief la détresse psychologique du héros très profonde et très ancienne avec ce nom d’emprunt très difficile à porter, qui l’a plongé dans une confusion identitaire sérieuse.

Enfin, c’est une BD très contemporaine qui parle des jeunes militants engagés dans les ZAD. Sans juger leur engagement, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité cette situation. Compte tenu des dommages collatéraux, cette BD incite ses lecteurs à réfléchir avant d’aller tout feu tout flammes se rebeller contre les forces de l’ordre.

 

Sardines

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Astérix le gaulois a 60 ans cet année, l’éternelle locomotive de l’édition française

Cette année, c’est l’anniversaire d’un héros emblématique de la culture populaire française : Astérix. Ses albums servent de locomotive à toute l’économie du livre francophone quand une nouvelle histoire parait. Le 38eme album sortira le 24 octobre 2019, dessiné et scénarisé par le tandem Didier Conrad et Jean-Yves Ferri

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A l’heure où les studios de dessins animés comme Marvel, Pixar ou Disney rivalisent de techniques 3D en choisissant des super-héros, les enfants de 2019 continuent de lire les albums d’Astérix ou d’aller voir au cinéma les adaptations en dessins animés : Astérix et le secret de la potion magique, Le domaine des dieux… Des histoires qui remontent aux calendes grecques et qui continuent à plaire. Comme quoi les vieux druides et les Gaulois qui se réunissent aux banquets de sangliers à la fin de chaque aventure ne sont pas si ringards que ça !

C’est là l’expression de la transmission générationnelle autour du livre : nos parents lisaient Astérix et nous transmettront ces albums à nos enfants. Les chiffres témoignent d’un véritable phénomène de société : plus de 320 millions d’albums d’Astérix vendus dans 111 langues, 14 millions d’entrées pour l’adaptation cinéma d’Astérix et Cléopâtre réalisée par Alain Chabat

Astérix, le David français.

Si Astérix et son village plaisent tant aux Français depuis plus de 60 ans, c’est parce qu’il reflètent l’identité française dans ses traits les plus drôles. Goscinny, à grands renforts de calembours et autres gags, tire le portrait d’un monde gaulois qui résiste à l’envahisseur, c’est une parodie de l’Histoire de France.

Il joue avec les anachronismes entre la société antique et celle plus contemporaine des années 1960. L’exemple le plus flagrant (détaillé dans le dossier de presse de l’exposition Goscinny et le cinéma de la Cinémathèque) est la couverture de mon album favori Astérix et Cléopâtre. Elle s’inspire des péplums contemporains dont le célèbre film avec Elisabeth Taylor en 1963 : la pose à la romaine, le nez grecque, la police du titre…

Jules César, l’empereur romain triomphant est ridiculisé par un village d’irréductibles Gaulois qui possèdent une arme secrète : la potion magique. Astérix est l’ anti-héros typiquement français en opposition aux super-héros des comics américains. Il est petit, moustachu, flanqué d’un acolyte Obélix, qu’il doit raisonner comme un enfant.

Mais son portrait psychologique fait toute sa force : même quand il est vulnérable sans potion magique, son tempérament héroïque, sa bravoure et son sens de l’honneur sont reconnus et appréciés par ses lecteurs.

Au 19eme siècle , les arts que ça soit la peinture, la sculpture ou encore les objets d’art au musée d’Orsay ont revalorisé la place de Vercingétorix dans l’Histoire de France.

D’ailleurs, le prochain album d’Astérix conçu par Conrad et Ferri s’intéressera à l’expression souvent utilisée à tort et à travers : Nos ancêtres les gaulois.

Rendez- vous en octobre en librairies pour souhaiter un joyeux 60eme anniversaire à Astérix, le héros de BD le plus populaire de la francophonie.

Dans un prochain article, je vous parlerai de ma passion pour les dessins de Sempé, un autre collaborateur de René Goscinny, avec qui il publia Le Petit Nicolas. Ce chef d’oeuvre des cours d’école ( dans la même veine littéraire que les souvenirs d’enfance autobiographiques de Marcel Pagnol). Plus de 15 millions d’albums du Petit Nicolas ont été vendus.

Au mois d’avril, sort un film formidable avec Edouard Baer et Benoît Poelvoorde : Raoul Taburin a un secret, l’adaptation de l’oeuvre dessinée de Sempé, éditée par Denoël.

 

BD & romans graphiques

René Goscinny, un génie créatif au-delà du rire

Ces derniers temps pour me décider à aller au musée (après cinq ans d’études à l’Ecole du Louvre, j’ai pris le large), j’ai privilégié les expositions consacrées aux dessinateurs et auteurs de BD, une déformation professionnelle de libraire sans doute. Je préfère désormais les expositions de société qui étudient la culture populaire grand public : celle qui parle à tous.

J’ai aimé chroniquer dans mon blog la rétrospective consacrée à Georges Rémy dit Hergé au Grand Palais en 2016-2017, vous parler du biopic de l’auteure de Mary Poppins qui a vendu les droits de son livre à Walt Disney raconté dans le film Dans l’ombre de Mary, ou encore vous raconter ma visite à l’exposition consacrée au Petit Nicolas, à la mairie du 4eme arrondissement quand les films familiaux sont sortis au cinéma.

Pour moi, René Goscinny est un génie au même titre que Walt Disney ou Tintin. Entouré des meilleurs dessinateurs de BD de l’époque que ce soit Albert Uderzo, Jean-Jacques Sempé ou Morris, il a su à chaque fois capter qui était son lectorat et comment l’émouvoir : les racines latines de nos ancêtres les Gaulois, les souvenirs d’enfance de la cour de récréation un peu comme les romans autobiographiques de Pagnol ou les photographies en noir et blanc de Robert Doisneau.

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René Goscinny, Au delà du rire, Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 2018.

C’est l’exposition qui m’a marquée en 2018. Elle retraçait le parcours d’un génie comique, un écrivain exigeant qui a opéré une vraie révolution culturelle avec sa galerie de personnages célèbres : Astérix et Obélix, Lucky Luke et les Dalton, Le petit Nicolas, Iznogoud… Ainsi Goscinny a effacé toute barrière entre culture savante et culture populaire : les élites et les classes laborieuses rient au même humour.

A chaque fois, le public a savouré ses histoires, ses jeux de mots et ses gags cocasses : 370 millions d’albums d’Astérix vendus dans 111 langues, 120 millions d’albums de Lucky Luke, 2120 personnages crées, 15 millions d’albums du Petit Nicolas . René Goscinny est un phénomène culturel de 500 millions d’albums vendus à travers le monde depuis 60 ans.

L’exposition du MAJH retraça le parcours personnel d’un fils d’immigrés juifs ukrainiens : un héritage juif d’Europe central, enrichi par un exil argentin et nord-américain, teinté du classicisme de la tradition française.

Les ancêtres de Goscinny sont arrivés en France en 1905, ils étaient imprimeurs. Ce n’est pas pour rien que son héros s’appelle Astérix comme un caractère d’imprimerie. Ils ont été naturalisés français en 1926. Sentant arriver la menace, la famille de Goscinny émigre en Argentine mais les oncles et tantes seront déportés.

En 1943, le père de René décède, s’ensuit un nouvel exil aux Etats- Unis, où il ne cessera de caricaturer les nazis par le dessin et l’humour. J’ai vraiment été touchée par la scénographie de cette exposition car on voit dans la cour, les noms de déportés sur une paroi du mur comme le mur des Justes, du mémorial de la Shoah.

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J’ai appris beaucoup de choses sur l’oeuvre de René Goscinny à travers cette exposition : notamment à travers la dernière partie intitulée Le zetser et le philosophe qui explique le geste du typographe : le zetser en yiddish avec sa mise en scène de machines à écrire (j’ai même retrouvé le même modèle Hermès que la mienne) et de caractères d’imprimerie.

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Mais globalement, j’ai trouvé cette exposition un peu trop intello avec ses planches en noir et blanc et ses développements philosophiques. Pour moi, Astérix, Lucky Luke et Iznogoud, c’est la culture populaire qui parle à tout le monde avec des planches colorées comme celle-ci.

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Surtout, qu’il se déroulait une exposition similaire à la Cinémathèque intitulée Goscinny et le cinéma, qui démontrait précisément en quoi René Goscinny avait été fortement inspiré par Walt Disney. Il aurait été judicieux d’organiser une grande rétrospective d’envergure comme celle consacrée à Hergé au Grand Palais.

 

 

BD & romans graphiques

Les wonder women laisseront la culotte gainante au placard !

J’ai découvert récemment Mathou sur une table de librairie grâce à son dernier livre, Et puis Colette, un roman graphique sensible et doux sur le deuil, écrit avec Sophie Henrionnet, édité par Delcourt. 

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J’aime bien suivre son compte Instagram car ses illustrations sont vraiment drôles, jolies à regarder et illustrent bien un quotidien qui nous ressemble : les petits mots des enfants qui affirment leur caractère, les addictions que l’on a tous lors de nos week-end glandouilles…

J’ai trouvé une de ses BD en version poche à la librairie Les nouveautés, une jolie librairie toute neuve, rue du Faubourg du temple, métro Goncourt. Ils organisent de nombreuses dédicaces comme celle de Tiphaine Rivière, la dessinatrice de Carnets de thèse, un roman graphique que j’avais adoré.

Les wonder women aussi mettent une culotte gainante

Des dessins qui font du bien

Mathou

J’ai lu

2019

6€90

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Le résumé :

C’est un recueil de ses dessins publiés sur son blog Crayon d’humeur qui existe depuis 2007. Au début du livre, elle se présente ainsi que ses deux autres personnages principaux : son jules et leur petite fille. Ce recueil se divise en quatre grandes parties : Y’a pas de mal à se faire du bien, Girly mais pas trop, Comment tu m’aimes, Les dessins du mercredi (avec ou sans raviolis). Chaque dessin se tient sur une page avec un titre et un sous-titre qui annoncent la couleur…

Mon avis :

J’aime beaucoup le dessin de Mathou même si j’ai eu du mal au début à me faire à ses personnages aux grands yeux. Elle sait tirer toute la sève comique des petits riens de la vie de famille.

Mais en 2019, je me suis lassée de ce type de BD de filles qui compilent des dessins : parce que j’en ai déjà lu beaucoup : Ma vie est tout à fait fascinante de Pénélope Bagieu, la théorie de la contorsion de Margaux Motin….

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Droits réservés Mathou

Je prends beaucoup plus plaisir à lire ce format d’illustrations sur Instagram ou sur les blogs même si ce genre de livres en poche est bien pratique : je lirais avec plaisir Tout plaquer et prendre un bain de Mathou par curiosité. Ce sont de bons cadeaux à faire à vos copines qui connaissent peu ce genre de Bd feel good.

Mais moi, je suis vraiment devenue accro aux romans graphiques bien consistants (de 200 pages au moins). Je lirai forcément Et puis Colette bientôt et je chroniquerai sans faute Chute libre, carnets du gouffre de Mademoiselle Caroline, une sacrée baffe de lecture pour moi après avoir lu La différence invisible.

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Après avoir expliqué en dessins ce qu’était l’autisme et ses conséquences dans la vie d’une jeune femme, Mademoiselle Caroline a pris son courage à deux mains pour dessiner sa propre dépression avec une authenticité désarmante.

La BD au féminin connait un tournant : il y a dix ans, je lisais Ma vie est tout à fait fascinante, un blog léger et insouciant qui racontait la vie d’une jeune adulte, un peu dans sa bulle de fille.

J’ai trouvé que la première partie de cette BD Les wonderwomen aussi mettent une culotte gainante,  dénonçait à juste titre une société qui fait pression sur les femmes, les mères à travers leur poids, leurs peurs, le statut épanouissant de free lance sur le plan créatif mais précaire économiquement, le marketing qui nous crée de faux besoins mais qui nous aliène… On rit dans la première partie de cette BD mais on rit un peu jaune…

Heureusement, les deux parties consacrées au couple et à la maternité sont beaucoup plus tendres et réconfortantes. La femme et l’épouse y est beaucoup plus considérée. Au sein du cocon familial, personne ne demande à l’héroïne d’être une wonder-woman, elle est aimée telle qu’elle est !

Ma note :

3/5 sardines

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Avec ses BD, j’ai découvert une nouvelle illustratrice à suivre sur Instagram. C’est une bonne chose que les éditions J’ai lu propose ce type de BD en format poche car il faut bien le dire : la bande dessinée en général coûte cher quand on est passionné de lecture comme moi.

Dans la même collection, sont édités les BD Un autre regard et sa suite dessinés par Emma, la fameuse blogueuse qui a su évoquer la charge mentale des femmes dans la vie familiale avec beaucoup d’efficacité. En réaction à l’affaire Baupin sur le harcèlement sexuel vécu par les femmes dans le milieu politique, j’ai découvert un blog qu’elle illustre. Cela s’appelle Chair collaboratrice et ça dénonce le sexisme ordinaire.

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BD & romans graphiques

Guernica, un plaidoyer pour la paix en BD

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Droits réservés La boite à bulles

Elle vient de sortir en librairies. Sobrement et efficacement intitulée Guernica (ou bien Guernika en langue basque), cette bande dessinée historique retrace la vie paisible d’une petite ville de 5000 habitants avant qu’elle ne devienne un terrain d’entrainement de l’artillerie nazie et franquiste le 26 avril 1937.

Tout le monde connait le nom de cette ville grâce au tableau- plaidoyer de Pablo Picasso, le peintre le plus célèbre du 20eme siècle.

Tout l’intérêt de cette bande dessinée très bien documentée est de confronter la trajectoire artistique du peintre avec la vie toute en simplicité de ces habitants basques qui ne se sont jamais rencontrés. Picasso a apprit le génocide de Guernica par les informations dans un cinéma à Paris quelques jours plus tard.

Guernica

Textes et dessins de Bruno Loth, couleurs de Corentin Loth

La boite à bulles, 2019

80 pages en couleurs

19€

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Droits réservés La boite à bulles

Le résumé :

Pablo Picasso est choisi pour réaliser un tableau, vitrine de l’Espagne lors de l’exposition universelle de 1937 à Paris.

Militant communiste engagé, il soutient l’Espagne républicaine mais s’est un peu éloigné de son pays d’origine pour se consacrer tout à sa peinture avant-gardiste qui commence à lui apporter la gloire, après de nombreuses années de pauvreté et de bohème à Montmartre (très bien décrite par Clément Oubrerie et Julie Birmant dans la série Pablo, BD éditée par Dargaud).

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Pablo, éditions Dargaud

Ses muses, Marie-Thérèse Walter et Dora Maar, l’encouragent à dénoncer le fascisme qui est en train de se développer en Europe comme une gangrène en 1937.

L’actualité politique de son pays le rattrapera finalement à travers ce génocide. Ce n’est pas tant le nombre de victimes qui provoqueront sa rage mais bien l’acharnement ennemi à déclencher un acte barbare et atroce : plus de 5500 bombes incendiaires ont été envoyées sur le village de Guernica…

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Droits réservés La boite à bulles

Mon avis :

C’est une bande dessinée passionnante qui vous tient en haleine de la première à la dernière page car elle sait ménager une forme de suspens dramatique, au service d’un message : dénoncer la guerre.

L’auteur Bruno Loth se sert de ce qui s’est passé à Guernica pour souligner à son public que les bombardements de villes se répètent tout au long du 20eme siècle et du 21eme siècle : rien n’a changé. Cette BD forme avec son supplément documentaire un excellent support pédagogique pour les collèges et les lycées qui étudient l’Histoire mais aussi l’histoire de l’art.

J’ai été très touchée par le témoignage du dernier survivant de Guernica, Luis Iriondo et surtout la reproduction d’un tableau qu’il a réalisé et qui représente les retrouvailles poignantes avec sa mère à la fin du bombardement quand il était enfant.

Ce supplément documentaire a aussi reproduit la correspondance entre l’association des survivants de Guernica et les autorités allemandes qui ont reconnu leur responsabilité lors du 60eme anniversaire de cette tragédie.

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Ce n’est pas une BD sur Pablo Picasso, il est l’un des personnages principaux de cette histoire bien sûr, mais le sujet est vraiment le devoir de mémoire envers ce village basque qui a connu l’horreur par manœuvres politiciennes. L’ armée de Franco a voulu faire porter le chapeau de ce massacre aux républicains. Guernica était un symbole de la liberté basque.

Pablo Picasso a montré la frayeur pendant le bombardement, le cheval dans la ville en flammes, la mère qui pleure son enfant mort… Bruno Loth raconte dans cette BD,  l’histoire d’un jeune couple qui se rencontre à Guernica juste avant le drame et qui verra son avenir conjugal voler en éclats par les mutilations et même la mort, une minute plus tard…

Cela m’a rapidement rappelé le roman Pour qui sonne le glas d’Hemingway, que j’ai lu au lycée et j’ai eu la chance de voir le tableau Guernica au musée de la reine Sofia à Madrid.

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Pour qui sonne le glas, éditions Gallimard

L’Espagne est organisé en autonomies qui recherchent de plus en plus leur indépendance politique et culturelle vis à vis du pouvoir central de Madrid. Le fait que ce tableau du massacre d’une ville basque soit exposé dans un musée national en fait un symbole politique évident d’unité nationale.

« La peinture doit aller plus loin que la photographie »

Pablo Picasso

Il n’est pas nécessaire d’être un expert en histoire de l’art pour lire cette histoire. Elle met en valeur le génie de Picasso  à réaliser une oeuvre monumentale de 7m50 x 3m50 dont se dégage un véritable cri de douleur à travers la dominante de gris, les ombres, on devine le sang, les flammes…

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Droits réservés, La boite à bulles

La collaboration photographique de Dora Maar a aidé le peintre à structurer les éléments de son tableau, peint en trois semaines… Pour Picasso, ce tableau représentait une arme contre Franco et le fascisme. Je vous laisse découvrir la légende qui clôture la fin de l’histoire. Douze ans plus tard, son ami Louis Aragon l’encouragea à dessiner la colombe de la paix en 1949…

Ma note : 5/5 sardines

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J’ai lu cette bande dessinée d’une traite, Bruno Loth a choisi un sujet passionnant : je connaissais assez bien Pablo Picasso et Dora Maar à travers leurs nombreuses biographies. Mais c’était vraiment important de découvrir l’histoire de cette petite ville et toutes les démarches liées au devoir de mémoire entreprises depuis 1937, bien détaillées dans le supplément documentaire.

Cette BD a été éditée en partenariat avec la fondation Picasso. J’avais déjà chroniqué un ouvrage un peu similaire, lui aussi édité par la Boite à Bulles : John Bost, un précurseur qui suit la même démarche patrimoniale : sensibiliser le grand public aux actions d’une oeuvre à travers la BD.

Enfin, j’aime beaucoup le dessin de Bruno Loth associé aux couleurs choisies par son fils. Ensemble, ils savent entraîner leurs lecteurs dans une machine à remonter le temps à travers les BD historiques de Bruno Loth qui ne manquent pas de rendre hommage à la classe ouvrière. Son trait  me rappelle celui d’Yvan Pommaux et de ses livres Véro en mai, Avant la télé…

Je vous recommande cette BD qui est l’un de mes coups de cœur à la fois BD et livre d’art.

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Droits réservés La boite à bulles