Sociologie

Hommage à Antoni Lallican, pour son courage à témoigner en photo.

Vendredi 3 octobre, notre pays a eu la désagréable et effroyable mauvaise surprise d’apprendre la mort du photojournaliste Antoni  Lallican tué par un drone dans le Donbass en Ukraine. C’était en une  du journal Le Monde pour lequel il collaborait.       

Ce photojournaliste était un visage connu et apprécié du journal La Vie, la rédaction où je travaille. L’annonce de sa mort a été un vrai coup de massue pour moi car nous avons le même âge et j’avais eu l’occasion de correspondre un peu par email avec lui en mars dernier.

Antoni Lallican a réalisé de nombreux reportages photo pour l’hebdomadaire chrétien notamment en Arménie, à Bethleem et dernièrement en Syrie.  Il collaborait pour une quinzaine de médias français et étrangers tous plus prestigieux les uns que les autres : Le Monde, La Croix, La Vie, Médiapart, Le Figaro, Libération mais aussi des médias suisses et allemands… Il a été récompensé en 2024 par le prix Victor-Hugo.

Dans mon service, on s’occupe du suivi administratif des journalistes et des photographes en reportage en zone de guerre. On leur fournit des gilets pare-balles, des casques et une trousse d’infirmerie pour effectuer les premiers secours : faire un garrot, sécuriser sa chambre d’hôtel … mais on est impuissant si leur voiture estampillée presse est la cible de drones kamikazes.   

Un très beau reportage en Syrie encore disponible ici ! : ma photo préférée ce sont les enfants syriens qui jouent au baby foot.

Les parcours personnels de ces journalistes et photographes ce ne sont pas de simples dossiers dans une base de données. On échange par mails avec eux pour leur faciliter la vie avant leur reportage risqué. Et on est sur le qui vive quand on les sait sur le terrain.  Mais c’est tellement agréable quand le reportage est publié et qu’on peut s’émerveiller devant la beauté des photos et des textes.

Face à la désolation et à la douleur, les rédactions partenaires d’ Antoni Lallican ont fait ce qu’elles savaient le mieux faire : collecter ses plus belles photographies et recueillir les témoignages de ses confrères devenus des amis dans le métier. Ce superbe hommage signé Pierre Jova est à lire dans les pages de La Vie du 9 octobre.

Les articles du Monde et de La Vie montrent à quel point ses photographies étaient lumineuses car il savait capter les meurtrissures avec délicatesse et empathie pour les personnes qu’il rencontrait (article du Monde de Brice Laemle et Aude Dassonville ).

Je pense particulièrement à Pierre, son coéquipier de reportage qui est devenu un ami proche, à Perrine, Claire et Marie-Laure du service photo, à Judith, à Pascale qui est partie en reportage avec lui également, à Arnaud qui s’occupe de l’infirmerie, à ces photojournalistes déployés en Ukraine, à Laurence et Priscilia qui les envoient en reportage…

Je vous recommande cette vidéo passionnante où Antoni Lallican présente son métier de photojournaliste lors du festival Solidays interviewé par Maïtena Biraben.

Retrouvez ici la beauté de son travail photographique sur son site personnel et celui de son agence. J’espère vivement qu’un musée national dédié à la photographie aura la bonne idée de lui organiser une belle rétrospective avec un catalogue d’exposition le plus complet qui soit.