Romans

J’aimerai tant que tu sois là : être bloquée dans un paradis quand l’autre patauge en enfer, le dernier roman de Jodi Picoult

Décidément l’algorithme d’Instagram me connait bien (c’est même flippant). Il m’ a rapidement montré une très belle couverture de livre : une carte postale d’une plage des Galapagos, écrit par une auteure que j’affectionne : Jodi Picoult.

J’aime beaucoup son style efficace et précis. Cette auteure américaine sait traiter les sujets de société avec beaucoup de sensibilité. Je l’ai découverte avec le pavé Mille petits riens (choisi également pour sa couverture) qui traitait du racisme dans une maternité.

Avec son dernier roman : J’aimerai tant que tu sois là, Jodi Picoult ne quitte pas le monde hospitalier mais s’évade tout de même du côté des Galapagos… Je m’explique.

Ce roman ultra contemporain raconte comment le tout début de la pandémie mondiale de coronavirus a pulvérisé tous les plans d’un couple de trentenaires new-yorkais.

Finn est chirurgien, Diana est l’assistante d’une grande spécialiste de l’impressionnisme chez Sotheby’s. Ils ont planifié un voyage inoubliable aux îles Galapagos où contre toute attente Finn devrait la demander en mariage.

Sauf que Finn est réquisitionné à l’hôpital pour soigner la plus énorme des pandémies, une maladie totalement inconnue : le coronavirus qui abat comme des mouches les Hommes du 21eme siècle qui se croyaient invincibles grâce à la modernité…

Pour moi, une lecture sera réussie et menée jusqu’au bout si la situation initiale me permet de nouer une alliance thérapeutique avec les personnages (je blague à peine). Si je les trouve pas rapidement attachants ou que l’auteur ne les présente pas assez bien, et bien j’abandonne mon livre comme une vieille chaussette.

J’ai beaucoup aimé le premier chapitre de ce roman où Jodi Picoult détaille la complicité de Diana avec son père, ancien peintre restaurateur d’une superbe fresque à la gare centrale de New-York (celle dans laquelle est tournée une scène de Gossip Girl, la pauvreté de mes références).

Diana a fait carrière dans le domaine du marché de l’art et je me suis régalée à suivre son ascension professionnelle jusqu’à son apogée et visiblement sa chute. Par un coup de poker, elle est arrivée à convaincre la veuve japonaise d’une rock-star (la ressemblance avec Yoko Ono est vraiment évidente) de confier à son entreprise la vente aux enchères d’un tableau inestimable de Toulouse-Lautrec : Le lit.

Sa côte vient du fait qu’il représente une scène sulfureuse dans un lupanar de Montmartre où l’on se transmet la syphilis sans retenue. Jodi Picoult raconte beaucoup mieux que moi la fascination qu’exerce ce tableau sur ses spectateurs.

C’est drôle parce que quinze jours avant de lire ce livre, j’étais au Crotoy et nous sommes passés devant la maison de convalescence de Toulouse-Lautrec.

Mais alors que viennent faire les Galapagos dans cette histoire ? J’y viens mais à pas prudents, de risque de vous spoiler l’intrigue. Finn, le beau chirurgien, convainc sa belle Diana de se rendre aux Galapagos plutôt que de rester confinée à New-York tant que les aéroports sont encore ouverts…

Ce choix pas évident va avoir une incidence déterminante sur l’avenir de leur couple. Qui dans le monde en mars 2020 avait une petite idée de la manière dont allait se dérouler son quotidien alors que la vie quotidienne s’est arrêtée brutalement, que tous nos repères ont été chamboulés…

Certains ont été en première ligne du covid comme Finn et les milliers de soignants qui ont dû affronter une maladie tellement puissante, inconnue et redoutable qu’elle a tué de manière violente. La radicale contamination de son entourage a plongé l’Homme dans un cercle vicieux de culpabilité, insécurité et paranoïa. Bien difficile de retrouver sa vie d’avant…

Paysage côtier aux îles Galapagos. © Getty Images

Finalement, j’ai décidé de ne pas vous dévoiler l’intrigue aux Galapagos pour vous inciter à lire ce très bon roman. Je l’ai trouvé déroutant mais très fin et sensible, fidèle à ce que j’aime lire avec Jodi Picoult. Mais sacrément déroutant…

C’est un roman très réussi qui aborde différents thèmes comme la culpabilité, l’instinct maternel, l’instinct de survie et comment on s’adapte. Le sujet de ce livre traite des mécanismes du cerveau quand il est attaqué par un ennemi fourbe comme Coco le virus. Comment il se défend ou comment il délire à travers des rêves ultra-réalistes.

Moi quand j’ai attrapé le variant anglais, j’ai déliré pendant trois jours avec des rêves farfelus et répétitifs (une même situation grotesque avec une fontaine de ma ville car c’est l’étymologie de ma ville).

Ce livre va vous rappeler des mauvais souvenirs communs que notre résilience nous a convaincu d’oublier rapidement pour ne pas sombrer. Les e-mails de Finn où il raconte sa lutte harassante et décourageante dans l’unité Covid sont déchirants. C’est le personnage le plus attachant qu’on a envie de consoler et de soutenir.

Je conclus cette chronique de livre fort décousue en dédiant cet article (tant pis s’ils s’en battent les steaks, c’est symbolique) à tous les soignants qui ont continué à exercer leur vocation avec des tenues de cosmonautes mais aussi les dentistes, les orthophonistes comme ma pote Marion… Ma dentiste m’a raconté que cette tenue complètement inconfortable, elle a dû la garder pendant un an…

J’aimerai tant que tu sois là, Jodi Picoult, Actes Sud, mai 2023, 400 pages, 23€

D’autres chroniques de romans à retrouver dans ce blog !

-Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, L’école des loisirs : Thérapie de groupe

-Enquête policière en cours au Havre : Angie de Marie-Aude Murail

-Un dernier été et Un été à Nantucket : comment Paris-Match a façonné mon imaginaire littéraire.

Bullet journal

Compiler ses lectures, les films, les expos et les séries qui m’ont marquée dans l’année dans mon bujo…

Ca y est ! Je suis enfin en mode vacances ! A moi bucket list et projets d’été en attendant que mon mari soit aussi en vacances pour pouvoir s’envoler en famille pour la Bulgarie !

Ce printemps, un projet d’envergure m’a mobilisé pour mon blog et mon bullet journal. Pour l’instant, je l’ai un peu laissé tomber car compiler cinq ans de lectures, films et séries sur une page de blog s’est avéré beaucoup trop ambitieux.

Mais je trouverai le bon format car quand j’entends au bureau la petite phrase « Je n’ai plus rien à lire, j’ai fini ma dernière série Netflix« , cela me motive pour la rentrée.

J’avais déjà fait cette petite liste de 15 romans marquants pendant le confinement. Mais elle ne demande qu’à être enrichie. Merci pour tous vos partages, vos échanges en commentaires qui me font découvrir de nombreux livres. Mes trajets quotidiens en RER A et RER B ont une toute autre atmosphère grâce à un bon roman !

Chaque mois je dessine des livres sur la tranche ou en piles et je note leur titre. Mais c’est beaucoup mieux quand j’y ajoute une miniature de leur couverture. J’ai une mémoire visuelle et sans la couverture, je vais rapidement oublier le livre en question.

Ces pages culture sont vraiment de bons aide-mémoires pour moi pour écrire des articles de blog. J’aime bien les agrémenter de tableaux ou de collages trouvés dans des magazines comme Flow ou Vanity Fair. Avec ces pages, je me suis rendue compte de l’importance de la culture dans ma vie. Avec une ville aussi belle et dynamique que Paris, je suis servie !

Pour les films et les séries, longtemps j’ai dessiné une pellicule en noir et blanc. Mais c’est un peu laborieux à dessiner et pas si joli que ça finalement. Je préfère dessiner désormais des tickets de cinéma qui sont beaucoup plus esthétiques et faciles à réaliser.

Enfin, j’ai même pensé à faire un carnet qui serait consacré seulement à mes lectures et les films et séries que j’ai regardé dans l’année. J’ai abandonné cette idée car j’ai déja cinq bujos depuis 2017 et cela prend de la place sur mon bureau.

Alors je fais attention à faire toute une page pour noter mes ressentis pour une lecture marquante (voir ci dessous mes impressions du roman Un dernier été, que j’ai reçu des éditions Les escales en service de presse en mai dernier).

Un grand merci à mon amie Sophie du foyer La Vigie pour ses encouragements. On s’est revues en juin après un bout de temps et j’espère que cet article lui donnera envie de sauter le pas pour créer son propre bullet journal !

Retrouver ici mes précédents articles qui parlent de bullet journal :

-Buller en dessinant dans son bujo

-Tenir un bullet journal autour de la naissance de son enfant

Romans

Mon bilan lecture et ciné de cet été : varier les genres et découvrir…

Cet été, j’ai pris les devants car j’ai réalisé que j’étais une véritable boulimique de lecture toute l’année : dans le RER quand je vais travailler, sur mon transat le soir depuis mon beau balcon fontenaysien et surtout à la plage au bord de la mer Noire, en famille en Bulgarie.

En Bulgarie, c’est un peu compliqué car les romans et la presse française ne courent pas les rues malgré les librairies francophiles. Alors j’ai pris deux gros pavés qui j’espère, me tiendront les deux semaines de congés. J’avais même prévu d’emprunter la liseuse Kobo de mon père mais je me suis dégonflée. Cependant, en tant que vraie lectrice, je tenterai un jour l’expérience numérique…

Les heureux élus de cet été sont :

Une grande partie de cette sélection à lire et à visionner vient de ma médiathèque à Fontenay sous bois. Je salue leur travail de qualité pour nous proposer de quoi nous évader l’esprit l’été, on sous-estime le rôle socioculturel de ces bibliothécaires : voici un article de blog qui présente leur métier.

A visionner avec une bonne glace quand la brise du soir chasse la canicule.

Holy Lola de Bertrand Tavernier en 2005 avec Isabelle Carré et Jacques Gamblin

Un couple auvergnat rejoint le Cambodge et tout un hôtel avec d’autres adoptants français pour rencontrer leur petite fille : Holy Lola. On suit leur parcours du combattant où les nerfs et les émotions sont mises à rude épreuve face à la corruption qui monnaye avec cynisme et intéressement le désir d’enfant. Je l’ai revu ces jours-ci alors que je suis devenue maman depuis et ma compréhension de leurs ressentis était indéniablement plus forte.

La lutte des classes de Michel Leclerc avec Leïla Bekti et Edouard Baer.

Je suis avec attention tous les films de Michel Leclerc, l’un des réalisateurs de ma série préférée Fais pas ci, fais pas ça car je trouve qu’il décrit avec beaucoup de justesse la société actuelle. Et puis, c’est comique mais habitant l’est parisien populaire, je pourrai me retrouver dans la situation de ces parents dans quelques années.

Un bon film poil à gratter pour questionner notre xénophobie ordinaire. J’aime beaucoup le jeu authentique et sensible de Leïla Behkti. Ne la cantonnons pas à son rôle de psychopathe mal dégrossie dans La flamme et Le flambeau

Ces deux films étaient dans ma liste à voir, j’ai hâte de regarder Antoinette dans les Cévennes, Elvis et puis Downtown abbey une nouvelle ère grâce à Eureka, la formidable plateforme numérique des bibliothèques du Val de Marne…

A lire dans un bon transat en ville, à la plage ou dans un pré qui sent bon l’herbe coupée.

Encore une fois, je salue l’initiative de tous ces maires qui développent les initiatives estivales comme Paris plages, Fontenay sous soleil ou l’été anti-rouille à Créteil. C’est très agréable de lire des revues prêtées par la médiathèque en attendant que son enfant ait fini de se dépenser sur un château gonflable.

Pour cet été, j’ai décidé de sortir de mes habitudes de lectures avec une enquête policière sur Action directe, un roman historique pendant la dictature de Franco en Espagne, un feel-good un peu plan plan mais qui décrit bien Brighton et l’Italie, un autre roman historique sur les biens artistiques spoliés aux familles juives pendant la seconde guerre mondiale et surtout le dernier roman de JC Sullivan…

Les âmes sélectives, J.C Sullivan, éditions Les escales, 23€

Je vais commencer par celui-ci car c’est celui que j’avais le plus envie de lire. Malheureusement, grosse déception. Je n’ai pas retrouvé la finesse psychologique des personnages que j’avais tant aimé dans Maine, Les liens du mariage ou encore Les anges et tous les saints. Les dialogues entre les personnages étaient soporifiques et creux.

Je ne me suis attachée à aucun des personnages tant ils respiraient le cynisme et la déprime. Cette amitié entre Elisabeth et Sam, la mère de famille et la étudiante nounou ne m’a rien apporté de fécond. D’ailleurs, cela se termine en eau de boudin entre elles. Oups, spoiler. J’ai même sauté 400 pages pour lui donner une ultime chance mais cette vision sinistre de la maternité m’a beaucoup rebutée. Mais je remercie beaucoup la maison d’édition Les escales pour l’envoi de ce livre en service de presse.

Heureusement, je me suis régalée à regarder sur Netflix le film Journal d’une baby sitter. C’est une comédie de qualité qui étudie sous un angle anthropologique les riches familles de New-York dont les rejetons pourraient s’appeler Blair, Serena ou Chuck dans Gossip girl.

Dans un tout autre genre, j’ai lu La fille de Deauville de Vanessa Schneider, éditions Grasset, 20€

Ce n’est pas un coup de cœur mais j’ai trouvé fort intéressante cette traque policière qui devient obsessionnelle pour un policier, Luigi Pareno. Ce roman raconte la trajectoire de Joëlle, une jeune fille de la haute bourgeoisie qui hait au plus haut point ses parents et d’où elle vient. Elle rallie l’autre camp, celui des violents qui abat les riches d’une balle dans la tête sans sommation, en se planquant dans un coin sombre de leurs allées privées.

Cette structure assez décousue m’a un peu déstabilisée mais elle illustre bien la perte de tous repères, cette vie clandestine et meurtrière dans laquelle se perdent les terroristes d’Action directe.

J’aime beaucoup la plume de cette journaliste judiciaire du Monde qui a réussit son coup : montrer l’errance des êtres quand ils épousent une cause idéologique violente qui mène à avoir du sang sur les mains. Ce n’était pas une lecture très joyeuse mais elle m’a permis une saine réflexion philosophique.

Puis j’ai lu Hôtel Castellana (écrit par Ruta Sepetys, Gallimard Jeunesse, 19€), un roman historique que j’avais envie de lire depuis un bon moment. Lui aussi parle d’idéologie qui enferme les gens dans la souffrance mais à l’échelle d’une dictature d’Etat.

A travers une histoire d’amour contrariée entre Ana et Daniel, on comprend toute la pesanteur psychologique vécue par des millions d’Espagnols sur plusieurs générations entre 1936 et 1975. Ils ont la vingtaine mais portent le poids du monde sur les épaules.

Il est un riche héritier texan d’origine espagnole, elle est une très jolie fille pauvre qui va se sortir toute seule du ruisseau. Ce roman passionnant et bien écrit m’a tellement parlé sur une époque noire de l’Histoire en Europe que je réfléchis à un article pour chroniquer en détail ce roman. Pour résumer, ce roman donne la parole à tout un peuple meurtri à l’image des martyrs de Guernica, immortalisés par Picasso.

Ne sous-estimez jamais la richesse de la littérature young adult, j’avais vraiment envie de rajouter à ce bilan lecture deux très bons livres que j’ai lu en juin : Angie et Souviens-toi de septembre de Marie-Aude Murail, éditions Ecole des loisirs.

Chaque tome raconte une enquête policière menée par un trio de choc : Augustin Maupetit, commissaire beau gosse de la brigade des stupéfiants, Angie sa petite voisine de quinze ans et surtout Capitaine dite Capi, le berger allemand qui renifle les containers du port pour faire tomber les trafiquants de drogue du port.

C’est une trilogie ultra contemporaine qui se déroule pendant le grand confinement, celui du printemps 2020. La France était sidérée, éloignée de ses repères. Les policiers, les infirmières à domicile continuaient de travailler tout comme les acteurs d’une économie parallèle bien connue au Havre : la drogue. Avec de l’argent facile, on corrompt les dockers pour qu’ils mettent à l’abri de la douane un container.

Ces romans racontent avec talent la lutte des classes : la bourgeoisie havraise qui vit dans les villas sur les hauteurs comme dans un tableau de Monet à Sainte-Adresse et les prolos qui vivent dans les quartiers pauvres.

Et enfin, je ne pouvais pas finir ce bilan lecture sans une chronique BD : Les beaux étés de Zidrou et Jordi Lafebre, éditions Dargaud, 35€.

J’ai découvert cette saga familiale en six tomes dans le journal gratuit de Dargaud, trouvé à la Procure (ils font tous les deux partie du groupe Média participations). C’est exactement le genre de roman graphique que j’aime lire. Cela allie nostalgie, vacances, Histoire grande et petite, souvenirs et beau dessin attachant.

Cela raconte par de nombreux flash-back le départ en vacances d’une famille belge qui attend que le père ait fini ses planches de BD pour décoller de leur Belgique pluvieuse direction le sud de la France et le soleil… Cela m’a fait pensé au film Bienvenue à Marly Gomont de Kamini qui se passe dans le même coin et à la même époque mais aussi c’est l’antithèse de Boule et Bill.

Ici, les parents Falderault sont des soixante-huitards qui s’aiment goulument devant leurs enfants, ils pratiquent une vie bohême teintée d’humour et de naturisme alors qu’on se demande ce que font les parents de Boule et Bill au lit.

J’aime beaucoup cette saga qui explique comment la génération née après guerre s’est débrouillée pour se débarrasser des traumatismes de leurs parents : l’un des grands père est un réfugié espagnol de la dictature franquiste alors que l’autre papi a travaillé au STO.

Enfin, je vais continuer sur ma lancée de l’été en me sélectionnant à nouveau sept-huit romans et films pour l’automne. Pendant mes congés d’été, on a appris le décès de Jean-Jacques Sempé, sans doute l’un des dessinateurs les plus connus et apprécié en France depuis plus de soixante ans. Il est impensable pour moi de ne pas lui rendre hommage dans ce blog dans un prochain article.

Retrouvez-ici mes derniers articles BD et romans :

-Des chroniques familiales sous forme de bulles de BD

Entretenir le devoir de mémoire en BD : Guernica, éditions La boite à bulles

-Marie Vareille, spécialiste du genre feel good et young adult