Cinéma

Une cérémonie des Césars 2025 sous le signe de la sincérité et de la vulnérabilité.

Vendredi dernier, c’était la cérémonie des Césars. Interminable comme d’habitude mais avec de beaux moments forts. Je la commente chaque année dans ce blog parce que j’aime ce petit cérémonial de février depuis que je suis au lycée.

J’allume la télévision une trentaine de minutes avant la cérémonie pour voir leur arrivée sur le tapis rouge, je me pâme d’admiration devant les belles robes ou je déplore le manque de style. Bref, je kiffe mon moment.

Jean-Pascal Zadi, un maître de cérémonie désarmant de sincérité

Jean-Pascal Zadi ne s’est pas foulé avec sa fanfare qui joue un air d’Astérix et Obélix mission Cléopâtre devant Julia Roberts à l’Olympia. Mais c’est peut -être cela qui fait son charme. Il est désarmant de sincérité, vanneur mais surtout authentique : « Le plus important c’est de partager des émotions avec le public  »

« Le cinéma m’a sauvé la vie, il m’a fait changer de condition, j’espère que ma présence ce soir pourra donner de l’espoir à tous ceux qui se disent que le cinéma ce n’est pas pour eux « .

Il est le second acteur noir à remporter le césar du meilleur acteur après Omar Sy. J’ai aimé son rôle de maître de cérémonie car il est conscient, même reconnaissant de la manière dont le cinéma a changé sa condition : « Niveau BTS, quelle réussite » .

Le discours d’ Abou Sangare récompensé pour son rôle dans L’histoire de Souleymane, a été l’un des plus beaux moments de la cérémonie. C’est un jeune homme de 23 ans qui vient de Guinée par l’un des chemins les plus dangereux qu’il soit. Il travaille dans un garage à Amiens et il vient de recevoir un titre de séjour d’un an. Il a livré à l’Olympia un vibrant discours qui célèbre la magie du cinéma quand l’espoir est rare quand on vit dans la précarité et la clandestinité.

Le César du meilleur espoir féminin a été attribué à Maïwène Barthélémy, pour son rôle d’agricultrice dans Vingt dieux. Comme Abou Sangare, elle débute totalement au cinéma car elle étudie dans un lycée agricole. Ce beau film qui se déroule dans le Jura a été récompensé du César du meilleur premier film. Il raconte un jeune un peu désœuvré qui se décide à participer à un concours agricole suite à la mort de son père.

Le bémol qui me vient à l’esprit : parfois les remettants de César ou les nommés sont vraiment pas bons dans l’exercice des remerciements ou de la remise des prix. Pio Marmaï et Raphaël Quenard ont été particulièrement lourdeaux alors qu’ils sont brillants dans le film L’attachement de Carine Tardieu.

Bouli Lanners et Alice Belaïdi mériteraient le César des meilleurs remettants car ils ont été à la fois tout en drolerie et en sobriété. C’est également Alice qui avait la plus belle robe de la cérémonie. Franck Dubosc s’est aussi particulièrement illustré avec la remise exceptionnelle du César de celui qui n’a jamais reçu de César (on dirait un titre d’épisode de Friends).

Un sketch hilarant qui se moque avec beaucoup de talent de l’Académie des Césars qui boude chaque année les comédies et leurs réalisateurs au profit de films plus intellectuels. Franck Dubosc est un acteur et réalisateur vraiment doué notamment dans la comédie Tout le monde debout. C’est un humoriste reconnu mais il a su varier les genres en devenant réalisateur et aussi en démontrant qu’il a aussi des talents d’acteur dramatique.

« J’ai aussi fait des comédies qui n’étaient pas drôles « .

Julia Roberts a été très bon public toute la soirée à rire et à sourire aux blagues bien françaises. Chapeau à Julia et son charme naturel, la girl’s next door que l’on aime tant depuis quarante ans de carrière. Coup de foudre à Nothing Hill, Le sourire de Mona Lisa, Erin Brokovitch, Pretty woman ce sont des films marquants des années 1990-2000.

La dernière heure des Césars est bien évidemment la plus intéressante selon moi car elle couronne les catégories meilleurs acteur, actrice, réalisateur et film.

Le discours de Karim Leklou, récompensé pour son rôle de Aymeric dans Le roman de Jim était un des moments forts de la cérémonie. Il y joue un homme qui prend soin dès sa grossesse d’une femme qu’il va aimer et chérir tout au long de l’enfance de cet enfant qui n’est pas le sien. Et un jour, son père biologique va ressurgir…

Karim Leklou est un acteur emblématique du cinéma français actuel : il jouait aussi un second rôle dans L’amour ouf ou la série Hippocrate. Il a eu l’élégance de saluer ses partenaires d’une autre équipe mais aussi ses concurrents au prix dont son ami Tahar Rahim, magistral cette année dans Monsieur Aznavour.

« Je dédie ce César à tous les gentils« . Ce genre de déclaration, nous y sommes tous très sensibles actuellement. Elle est tellement nécessaire dans cette société où on valorise de moins en moins la loi du plus fort (il était temps) mais où ceux qui forcent la main aux autres sont encore puissants.

J’ai aussi bien aimé le discours d’Hafsia Herzi, sacrée meilleure actrice cette année. Elle avait déjà reçu le césar du meilleur espoir féminin il y a douze ans pour le film La graine et le mulet. Depuis, elle est devenue réalisatrice et elle a tourné une quarantaine de films depuis.

Le cinéma français a de gros défauts mais il faut reconnaître aussi qu’il est un formidable ascenseur social pour les jeunes issus de l’immigration : Leïla Bekhti, Hafsia Herzi, Tahar Rahim, Jean-Pascal Zadi, Roschdy Zem… Et leurs discours de remerciements nous redonnent de l’espoir tout de même.

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© Cyril Moreau/Bestimage