BD & romans graphiques

Dali avant les moustaches, un biopic surréaliste en BD

Quelle joie pour moi de découvrir que le duo de talent Birmant/Oubrerie s’est lancé dans l’écriture d’un biopic BD de la vie de Salvator Dali, douze ans après la série consacrée à Pablo Picasso. Les peintres avant-gardistes espagnols ont la côte !

Leur projet s’est même sacrément étoffé et il a gagné en qualité puisque les couvertures des deux premiers tomes de Dali sont saisissantes de beauté et d’efficacité. Bien évidemment, je vais leur consacrer un petit encart dans ma nouvelle rubrique Emballée par la couv.

Revenons pourtant à Salvador !. Cette série BD est exceptionnelle car on le reconnait tout de suite même sans ses moustaches dans sa jeunesse. Le génie de ces biographies BD que ce soit pour Picasso ou Dali est de montrer l’évolution psychologique de l’homme, artiste en devenir.

Ils sont géniaux et précurseurs mais ils sont surtout sacrément fougueux et exaltés. Ce sont leurs emportements permanents, leurs tourments qui rendent leur vie romanesque.

J’aime ces biographies BD pour le trait génial de Clément Oubrerie. On reconnait tout de suite les peintres des avant-gardes. La palette chromatique est tellement belle.

Ce dessinateur sait magnifier le Paris perdu entre 1900 et 1930 avec ses monuments des expositions universelles disparus, sa vie de bohême entre Montmartre et Montparnasse…

J’ai étudié l’histoire de l’art au lycée puis à l’Ecole du Louvre. Dali et Picasso sont des peintres avant -gardistes mais aussi des célébrités du star-system. On les connait pour leurs innovations picturales mais aussi pour leurs personnalités volcaniques, leurs muses et leurs coups d’éclat.

Ces albums plairont au grand public comme aux connaisseurs d’histoire de l’art. C’est un vrai régal de lire une BD qui magnifie nos imaginaires, qui fait référence à des connaissances apprises pendant notre scolarité.

Droits réservés éditions Dargaud

Et puis ce duo Birmant/Oubrerie donne aussi de l’importance aux personnages de l’ombre comme Fernande Olivier, la première femme de Picasso ou bien Gala, la muse de Dali.

Dali, tome 1 : Avant Gala, Julie Birmant et Clément Oubrerie, 88 pages, septembre 2023, 20.00€

Le résumé :

Nous sommes en 1930 dans l’atelier de Picasso de la rue de la Boétie. Arrive Éluard, radieux. Dali dîne enfin avec sa femme, Gala. « Éluard n’est pas jaloux ? ? Non. », répond le poète.

Picasso est sidéré et met en garde son ami : pour lui, Salvador Dali, du haut de ses 25 ans, est un drôle de coco, vieux et jeune à la fois, un peintre au talent sidérant, à l’intelligence vrombissante, prêt à tout…

Et Picasso de croquer Dali en chat Mephisto, un chat qui prend vie, se frotte aux jambes d’une Gala qui se baisse et le caresse, et le chat aussitôt de l’emmener avec lui dans son passé, sa jeunesse, et pour commencer à Figueras, ville de Catalogne.

Feuilletez l’album ici

Dali, tome 2 : Gala, Julie Birmant et Clément Oubrerie, 88 pages, août 2024, 20€

Le résumé :

Paris. 1929. Salvador Dali s’enfuit avant la projection du « Chien Andalou » qu’il a co-écrit avec son ami Buñuel. Ignorant tout du succès retentissant du film, il quitte Paris, en quête de gloire et de femmes, et embarque ses angoisses avec lui pour retrouver sa catalogne natale. Cet été là, à Cadaquès, il fait la rencontre de Gala Eluard dont l’obsédante existence va changer sa vie.

Feuilletez l’album ici

J’espère que cet article vous aura permis de belles découvertes BD qui se prolongeront par une visite du musée de Montmartre. En 2014, le musée avait organisé une superbe exposition Picasso à Montmartre autour de l’univers de la BD. J’avais beaucoup aimé la maquette du quartier et les crayonnés de la BD. L’exposition se terminait par un audio d’époque où Fernande Olivier, très âgée racontait ses souvenirs de 1900.

Et puis je pense qu’une visite en Catalogue va bientôt s’imposer à nous pour notre prochaine escapade en famille. J’ai visité le musée Dali de Figueras il y a une vingtaine d’années et c’était une visite inoubliable en raison de l’architecture exceptionnelle du lieu.

A quand une série BD sur l’oeuvre d’Antoni Gaudi, un autre génie de l’histoire de l’art en Espagne ?

Retrouvez ici mes précédentes chroniques BD :

Guernica, un plaidoyer pour la paix, éditions La boite à bulles

-Ana Ana, la poésie de l’enfance, éditions Dargaud.

Droits réservés La boite à bulles
Romans

Coup de coeur pour le roman Bienvenue à la charmante pension de famille…, une colocation de femmes un peu toquées mais terriblement attachantes !

Je remercie beaucoup Margaux et l’équipe de Kube pour la découverte de ce gros pavé de qualité. Il y a quelques années, la Kube m’avait fait découvrir La vie révée des chaussettes orphelines de Marie Vareille aux éditions Charleston.

Depuis ce groupe éditorial a aussi lancé les éditions Nami, la littérature de l’intime. Vous l’avez compris, j’aime lire des romans feel good mais si c’est plan-plan et fade, je le repère vite ! Moi j’aime les histoires romanesques avec des reliefs. Je suis d’ailleurs une lectrice intransigeante et difficile, capable de laisser tomber une lecture si elle ne me convainc pas les trois premiers chapitres.

J’ai une culture littéraire au ras des pâquerettes : je ne lis aucuns classiques alors que j’ai conseillé les livres de la Pléiade comme libraire… Mais j’ai bien suivi mes cours de français de sixième : les cinq sacro-saintes étapes du schéma narratif. Si la situation initiale est bien amenée avec une présentation intéressante des personnages pour s’attacher rapidement à eux, alors je vais passer un bon moment.

C’était un régal de lire ce roman que j’étais triste d’arriver à la fin du livre et que j’envisage même de le relire.

Il s’agit de l’histoire d’une avocate un peu toquée, Cécilia. Elle vit dans un luxueux appartement à Madrid qu’elle va quitter car son mariage est complètement raté. Elle va décider sur un coup de tête de transformer la maison de ses grands-parents en une pension de famille pour étudiantes. Elle convoque un entrepreneur aussi bourru que rustre. Il ne va pas prendre de gants pour doucher ses rêves de rénovation.

Mais un intéressant jeu romantique va s’instaurer entre eux. Cette pension de famille qui semblait être une idée complètement déjantée va rapidement prendre forme avec l’arrivée de trois colocataires : Noélia, une petite aristocrate à la peau diaphane et si fragile qu’on la croirait en porcelaine, Catalina, une jeune étudiante qui débusque vite quand les autres cachent un secret et Ivana, une jeune russe d’une beauté renversante mais très mystérieuse…

Cécilia va rapidement embaucher Azucena, une femme de ménage qui n’est peut-être pas là par hasard… C’est un beau roman choral qui réunit des personnages tous aussi intéressants les uns que les autres…

C’est un feel good qui parle du deuil, de nouveau départ mais il parle aussi de l’Espagne actuelle avec ses migrants africains qui traversent le détroit de Gibraltar au péril de leur vie pour aller travailler dans les champs de fraises ou vivre de petits boulots comme Justice, le jeune Kenyan d’une vingtaine d’années que Cécilia va recueillir…

Tout est réussi dans ce roman. Le style est fluide, on maintient le suspense avec ces personnages qui ont des vies rocambolesques. Ces femmes vivent des rivalités dans cette maison mais les épreuves de la vie vont les rapprocher…

J’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai envie de recommander autour de moi. J’ai eu un vrai coup de coeur pour les éditions Nami dont je vais suivre la ligne éditoriale par la suite.

Retrouvez les éditions Charleston et Nami au festival du livre de Paris 2023 au Grand Palais éphémère du 21 au 23 avril, stand B6, entrée : 5 €