Cinéma·Du livre à l'écran

J’écris ton nom, la suite épique et héroïque de La bataille De Gaulle.

Deux semaines après avoir vu L’âge de fer, le premier volet de La bataille de Gaulle, je me suis empressée d’aller voir sa suite J’écris ton nom, en référence au poème clandestin de Paul Eluard. Bon nombre de mes collègues ont également vu le premier film et on a débriefé plusieurs déjeuners de suite nos impressions saupoudrées d’un patriotisme inattendu.

Le second volet est beaucoup plus intense et dramatique que le premier volet où la musique grandiloquente jouait déjà un rôle majeur.

Reprenons le fil de l’Histoire : l’amiral Darland meurt assassiné à Alger par un jeune résistant, Fernand. Les Américains sous la houlette de leur président Franklin Roosevelt, le remplacent par un général de la vieille école : Giraud, sorte de mentor de Leclerc mais il s’est entouré de hauts dignitaires peu recommandables.

Il y a une scène très choquante où les hommes de Giraud vont rafler une famille de militants gaullistes à Alger. Contrairement aux hommes de Leclerc dans le premier volet, ceux-là ne font pas de cas de tuer leurs compatriotes français.

J’ai particulièrement aimé les scènes qui se déroulent dans des hôtels Art déco de Casablanca et d’Alger pour leur intensité dramatique. De Gaulle se trouve tenu en joue par les hommes de main du président américain, son allié supposé.

Comme dans le premier volet, De Gaulle se livre à des retournements de situations totalement inespérés qui mettent en valeur ses talents de stratège, c’est bien un diplomate de haut rang malgré ses colères homériques.

L’adaptation d’une biographie de De Gaulle écrite par un historien anglais.

Plus on avance dans la chronologie de la guerre et donc l’avancée du film, plus j’aurai du mal à chroniquer ce diptyque historique tant j’ai été saisie d’émotions. Dans le second volet, le personnage de Leclerc est beaucoup plus développé.

Catholique pratiquant comme le général de Gaulle, le général Leclerc a livré à ses hommes un vibrant discours déterminant :

« Certes, nous n’avons pas de nouvelles, mais nous avons tous un frère, une sœur, un cousin appuyé dans un mur dans une cave, qui essaie de couper la tête au sommeil pour essayer d’envoyer un renseignement à Londres. On a tous un ami chargé d’une mission de sabotage… »

« Voilà la diva » dixit le général Giraud pour désigner son rival qu’il appelle Gaulle pour le ridiculiser. Antonin Baudry a eu cette bonne idée de confier le rôle de Giraud à Thierry Lhermitte, qui jouait un ministre des affaires étrangères très exalté dans sa mission.

Ce film Quai d’Orsay est l’adaptation d’une BD autobiographique dans laquelle Antonin Baudry raconte son expérience de diplomate aux Etats-Unis. Il a aussi réalisé un second film très réussi Le chant du loup qui se déroule dans l’univers des sous-marins.

Un diptyque qui rend hommage à tous les héros de la France libre, pas seulement De Gaulle.

Ce beau diptyque m’a donné envie de lire des biographies historiques : celle de Félix Eboué, le gouverneur du Tchad qui a rejoint le général de Gaulle en tout premier. Ou bien l’incontournable Jean Moulin alias Rex. Ce film apporte une bonne piqure de rappel : Jean Moulin a fait preuve d’un courage sans limites puisqu’il a été torturé avec barbarie mais qu’il n’a rien dit à ses tortionnaires nazis alors que l’un de ses compagnons l’a trahi dans la banlieue de Lyon.

Des alliés par si fraternels que ça…

J’ai beaucoup aimé ce film, très critique vis à vis du gouvernement de Roosevelt. Ce fin stratège est un allié redoutable qui voit en la France un territoire économique à conquérir plutôt qu’à libérer. Le général de Gaulle a su être intraitable sur la souveraineté de notre pays. Un engagement qui résonne fort actuellement avec les critiques à peine voilées de la présidence Trump/ Vance qui se conduit comme des cow-boys avec la diplomatie européenne.

La fin du film m’a un peu frustrée car on est vite embarqué dans l’Histoire. Antonin Baudry a été un peu avare en scènes de liesse populaire : on aperçoit rapidement le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de ville alors que j’aurai aimé voir la fameuse scène où les cloches de Notre Dame sonnent le Te Deum mais que cela continue de tirer à feux nourris autour du général de Gaulle.

Ces musées parisiens dédiés à la seconde guerre mondiale à découvrir dans le prolongement des films La bataille de Gaulle :

Mémorial de la Shoah,17, rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4eme. Ouvert du dimanche au vendredi. Entrée gratuite.

Ce beau musée situé en plein coeur du Marais a été inauguré en 2005. Sa « décoration » nous percute dès l’entrée : le mur des noms taillé dans des pierres qui viennent de Jérusalem. Il sert à frapper les esprits et surtout à garder mémoire des 75568 Juifs français et étrangers dont 11400 enfants déportés de France. Les noms sont classés par ordre alphabétique et chronologique de 1942 à 1944. Le mémorial qui se déploie sur plusieurs sites : Clermont-Ferrand, Orléans, Drancy, Le Chambon sur Lignon, Pithiviers… organise des ateliers de médiation culturelle de qualité notamment pour les lycéens.

Musée de la libération de Paris, musée Jean Moulin, musée du général Leclerc, place Denfert Rochereau, Paris 14eme arrondissement. Collections permanentes gratuites. Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18 heures.

Ce musée municipal a été inauguré en 2019 dans un quartier plus central que la gare Montparnasse où il été situé auparavant. Ce musée d’Histoire a l’avantage de se trouver tout près du poste de commandement du colonel Rol Tanguy. Il fut l’un des acteurs majeurs de l’insurrection de Paris. Ce haut fait historique est bien representé dans le film et j’ai bien envie d’en savoir plus en visitant ce musée. J’avais parcouru l’exposition Les Parisiens sous l’exode en 2020 qui m’avait beaucoup émue car la famille de ma grand-mère a fui le Pas de Calais en juin 1940.

Il y a une statue emblématique du général Leclerc, place de la porte d’Orléans où on le voit avec sa fameuse canne exposée au musée de la Libération.

Musée de l’armée et musée de l’ordre de la Libération, hôtel des Invalides, Paris 7eme arrondissement, ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures. Billet d’entrée pour six lieux d’expositions de l’hôtel des Invalides.

J’ai découvert le musée de l’armée en visitant l’exposition temporaire La haine des clans sur les guerres de religion du 16eme siècle. J’ai très envie de visiter les collections permanentes du musée. Il y a une robe exceptionnelle qui appartenait à la femme du général Dio avec des insignes de la France libre : des drapeaux français en veux-tu, en voila, une affiche A tous les français, signée par le général de Gaulle.

Cette robe très originale en soie s’est inspirée de la tradition des boubous africains où l’on porte des motifs identitaires pour faire passer un message politique. Cette robe est hautement symbolique : le général Louis Dio a succédé au général Leclerc en 1945 après l’avoir secondé dans toutes les batailles de la France libre en Afrique depuis juin 1940.

Et bien entendu un peu plus loin, la maison natale de Charles de Gaulle à Lille

Cinéma

Pourquoi le film La Bataille de Gaulle inspire fierté nationale en 2026

Fin juin 2026, de nombreux spectateurs sont venus s’abriter de la canicule dans les salles de cinéma climatisées et obscures avant même la fête du cinéma.

La remontada inattendue du nombre d’entrées de La bataille de Gaulle.

Ces mauvaises conditions météo ont boosté le nombre d’entrées du film La bataille de Gaulle : l’âge de fer puis J’écrirai ton nom, une fresque historique en deux épisodes, réalisée par Antonin Baudry.

Voir ce film historique m’a fait beaucoup de bien car il exprime une sorte de fierté nationale dont nous avons bien besoin actuellement. Je n’ai pas voulu voir le film Les rayons et les ombres où Jean Dujardin incarne un journaliste collabo Jean Luchaire.

Redécouvrir la seconde guerre mondiale alors que j’avais de bonnes connaissances historiques.

Depuis toujours, l’Histoire est la matière dans laquelle j’ai brillé tout au long de ma scolarité grâce à de brillants professeurs qui m’ont donné confiance en moi alors que je n’en ramais pas une dans les autres matières. Mon frère était aussi sensibilisé à cette matière puisqu’il a été de nombreuses fois lauréat du concours de la Résistance. Je suis persuadée que l’influence de nos grands-parents Jean et Annette qui étaient de fervents gaullistes, a été marquante.

Ils nous ont emmené faire mémoire au mémorial de La Chapelle en Vercors, mon grand-père avait des tomes et des tomes de livres d’Histoire sur le général de Gaulle qui venait du Nord comme lui et qui avait étudié dans le même lycée parisien que lui.

J’ai beaucoup aimé ce film parce que j’ai bien compris pourquoi mes grands-parents admiraient autant Charles de Gaulle : il a une forme de constance et d’intégrité hors du commun, toujours droit dans ses bottes quelques soient les circonstances. C’est un personnage à part dans l’Histoire de France.

Le résumé :

Juin 1940. La France s’effondre et signe l’armistice. Au milieu du chaos, un homme refuse de céder. Seul contre tous, ce général inconnu s’échappe vers Londres pour sauver ce qu’il reste d’un rêve : la liberté. Sans armée, sans appui, sans espoir. Mais avec une folle conviction : la France, sa France, n’a pas déposé les armes. Il tente un ultime pari : convaincre le monde que la bataille de France n’est ni terminée, ni perdue. La réalité est têtue, et lui donne tort. Mais peu à peu se lèvent autour de lui en Angleterre, en France et en Afrique des résistants de l’ombre, des lycéens révoltés, des soldats déterminés. Leur foi, leur audace, leur rage de liberté défient l’Histoire qui semblait pourtant écrite d’avance.

Mon avis :

Quand j’avais treize ans, j’ai regardé la mini-série en trois téléfilms La bicyclette bleue avec Laetitia Casta en 2000. Au Noël suivant, ma mère nous a offert les romans acheté chez France loisirs (RIP France Loisirs).

Ce roman historique très bien documenté raconte à la perfection le déroulé de la seconde guerre mondiale en France avec le départ des civils sur les routes de l’Exode (c’est l’histoire de ma propre famille), la mise en place de la collaboration sous le régime de Vichy, le rôle déterminant de l’amiral Darlan qui a considérablement compliqué la tâche de la France libre, les débarquements alliés en Afrique du Nord qui ont redonné du moral aux troupes et aux résistants de l’Hexagone…

Dernièrement, j’ai lu le précieux roman historique de Lauriane Bordenave, Donut girl qui explique toute la logistique de l’armée américaine qui préparait le débarquement de 1944 avec ses alliés anglais et français.

Ce roman raconte la génèse du formidable Chant des partisans composé par Anna Marly pour la musique, Joseph Kessel et son neveu Maurice Druon pour les textes.

La bataille de Gaulle débute avec une chanson de Charles Trenet : Boum composée en 1938. On est saisi par l’intensité de la guerre dès les premières scènes du film. Lors de la bataille de Montcornet le 17 mai 1940, le général de Gaulle montre la pleine mesure de son caractère téméraire et déterminé en défiant un char allemand avec sa voiture. Malheureusement c’est la débâcle en France, la France du maréchal Pétain se déshonore à collaborer avec Hitler (le même qui a lu les livres du maréchal de Gaulle tout de même).

L’Angleterre est totalement catastrophée par la mise en place du régime de Vichy. Winston Churchill invite donc le général de Gaulle à Londres et l’autorise à lancer son appel du 18 juin 1940 à la BBC.

Churchill lui donne sa chance car il admire son panache de soldat, ils ont de nombreux points communs. Mais son cabinet souffle le chaud et le froid : L’Angleterre, cette grande île avec son empire colonial est vulnérable. Les Anglais attendent fébrilement le soutien des États Unis et le général de Gaulle vient jouer les perturbateurs : en fait c’est un fin stratège qui est capable de faire des choix cornéliens ou d’être stoïque sur ses positionnements. Charles de Gaulle va se confronter à la dureté de la diplomatie dans les salons feutrés de Londres.

Il ne parle pas anglais, à part son ordonnance de Courcel (l’oncle de Bernadette Chirac), il ne représente que lui. Les Français de Londres ne lui font pas de cadeaux car il a désobéi à Pétain ( il est même condamné à mort par contumace). Bref on le prend pour un guignol et pourtant il va persévérer avec droiture. J’ai été très touchée par la scène où il descend dans une cour et qu’il découvre une cinquantaine de pêcheurs bretons de l’île de Sein qui ont tous quitté leur île avec leurs bateaux pour venir le rejoindre. J’avais déjà entendu cette histoire édifiante qui concernait le père de Jane Birkin, un résistant anglais.

« N’oubliez jamais qu’ils (les Anglais) ont brûlé Jeanne d’Arc » De Gaulle répondant à sa femme durant son exil forcé dans une banlieue huppée de Londres.

Il y a eu deux ou trois films biographiques autour du général de Gaulle. Mais la force de ce nouveau long métrage totalement épique est d’avoir humanisé un monument national. Même quand on le ridiculise, je ne pouvais pas m’empêcher de l’admirer. Simon Abkarian l’incarne d’ailleurs avec brio. Je l’ai entendu raconter dans une interview que ses camarades de classe au Liban l’appelaient De Gaulle car il venait de France.

Un film historique burlesque qui reprend les codes de la BD

J’ai compris pourquoi ce nouveau film consacré au chef d’Etat français le plus populaire au monde plait autant au plus grand nombre. Le réalisateur du film, ancien diplomate devenu réalisateur de cinéma et auteur de BD a choisi de déboulonner la statue du commandeur avec des dialogues savoureux et drôles. Avec son épouse Bérénice Vila, qui est historienne, ils se sont basés sur la biographie anglaise de Julian Jackson pour rendre le général un peu gauche mais sacrément attachant.

L’une de mes scènes favorites du film est celle où le général anglais Spears sermonne vertement de Gaulle qui lui rétorque : « Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle » Et dans la scène d’après, comme la case de BD suivante, on voit de Gaulle au lit victime du paludisme.

Désormais, Bir Hakeim ne sera plus jamais une simple station de métro pour moi.

J’ai tout de même un petit reproche à faire à ce film : la musique magistrale tout au long du film devient quand même excessive pour décrire les seize jours de la bataille de Bir-Hakeim, dans le désert de Lybie. Je suis persuadée que les scénaristes de ce superbe film historique se sont considérablement inspirée de la série The crown sur Netflix qui raconte en six saisons le règne d’Elisabeth II d’Angleterre.

La bataille De Gaulle: savoureux comme un maxi épisode de The crown

Cette série anglaise est magistrale et elle m’a aidée à comprendre les ressorts de la seconde guerre mondiale à travers le personnage incontournable de Winston Churchill, ce fin stratège autant décevant qu’attachant. La bataille de Gaulle explique bien l’influence de son cabinet dont celle émergeante d’Anthony Eden, son successeur au 10 Downing street. Eden devra lui aussi porter la responsabilité de nombreux soldats de ses troupes lors de la nationalisation du canal de Suez en 1956 par Nasser.

Charles de Gaulle a une histoire personnelle tellement romanesque qu’il aurait été judicieux de créer toute une série historique autour de lui. Chaque ville même minuscule compte une rue à son nom. Quand je suis rentrée chez moi après le film, mon bus municipal annonçait la station Général de Gaulle…

Je vous recommande la visite de sa maison natale, rue Princesse à Lille. C’est l’une des plus belles maisons bourgeoises avec une multitude d’objets que j’ai visité.

Biographies et autobiographies

Monsieur Aznavour : ses amis, ses amours, ses emmerdes… en un biopic de grand cinéma

Ce biopic, j’attends sa sortie depuis au moins un an, mais je me rends compte que je ne connais pas si bien que cela ni la vie ni l’œuvre de Charles Aznavour.

J’aime les chansons d’Aznavour en souvenir de ma grand-mère Annette qui l’écoutait énormément comme tous les chanteurs à textes de sa génération. Elle avait vingt ans dans les années 1950 et elle allait écouter les chanteurs à la mode à Deauville-Trouville pendant ses vacances.

Je suis allée voir Charles Aznavour en concert avec ma mère qui fêtait ses 50 ans en 2011 à la halle Tony-Garnier à Lyon. Il avait à l’époque 80 ans bien tassés, mais il a réalisé un concert énergique qui a duré bien trois heures. Avec le film, je me rends compte que c’était vraiment un addict au travail dans la décennie 2010 (il est mort en 2018) puisqu’il donnait des concerts dans toutes les villes d’Europe.

Le résumé :

Fils de réfugiés, petit, pauvre, à la voix voilée, on disait de lui qu’il n’avait rien pour réussir. À force de travail, de persévérance et d’une volonté hors norme, Charles Aznavour est devenu un monument de la chanson, et un symbole de la culture française.

Monsieur Aznavour, biopic réalisé par Grand corps malade et Medhi Idir, avec Tahar Rahim, Bastien Bouillon, Marie-Julie Baup, 2h13, sortie en salles le 23 octobre 2024

Mon avis :

Ce biopic dure deux heures et quart mais je l’ai trouvé très bien structuré avec une narration en cinq grandes parties. Chaque titre est noté au crayon dans ses fameux carnets rouges où il notait ses chansons. Aznavour a composé plus de 1400 chansons depuis 1940.

Ses années d’enfance avec sa sœur Aïda et ses parents restaurateurs m’ont beaucoup émue. Notamment ces scènes de fête qui se télescopent avec des images d’archives du génocide arménien. Ils ont vécu la pauvreté, le racisme mais ils sont restés sacrément unis. Le couple qui joue les parents de l’artiste sont très touchants.

Copyright Tukimuri

Ils n’ont pas hésité à cacher le couple Manouchian pendant la guerre dans leur appartement du 6eme arrondissement avec l’issue tragique que l’on connait. La scène de liesse à la Libération est un moment fort du film avec ses drapeaux bleu-blanc-rouge même si on voit de loin que les immeubles parisiens sont des décors de studio.

Son amitié avec Pierre Roche, un pianiste issu de la bourgeoisie va lui permettre de rencontrer Edith Piaf, qui se montrera autant de bons conseils que de mauvaise foi un peu méchante et acide. Piaf est superbement jouée par Marie-Julie Baup qui apporte une toute autre interprétation que Marion Cotillard. Plus tôt en octobre, j’avais lu la biographie très authentique de Piaf par sa sœur de rue Simone Berteaut. Charles Aznavour a vraiment été bien fait de lui servir d’homme à tout faire pendant huit ans. La scène où il s’émancipe de Piaf est fascinante.

La France s’est aznavourée dans les années 1960 après lui avoir ri au nez pendant vingt ans

Ce biopic montre sa tenacité face aux salles à moitié vides, aux critiques déplacées sur sa taille, son physique, ses origines. Puis un soir en 1960, il a écrit une chanson géniale Je me voyais déja et sa carrière a enfin décollé à 36 ans.

Aznavour inspire les jeunes générations notamment le rap et le slam. Dr Dre a samplé Parce que tu crois écrit en 1966 et c’est magnifiquement rendu dans le film pour illustrer les années de vaches grasses d’Aznavour après les nombreuses années de vaches maigres.

La série Lupin de Netflix se termine avec un morceau d’Aznavour pour illustrer des retrouvailles familiales : Hier encore.

J’ai découvert qu’une chanson que j’aime tout particulièrement She reprise dans un de mes films favoris Coup de foudre à Nothing Hill a été composé par Charles Aznavour alors que je pensais que c’était un crooner américain. A l’apogée de sa carrière Aznavour est parvenu à obtenir le même cachet que Sinatra.

Et enfin, la plus belle transmission de l’oeuvre d’Aznavour, c’était ce petit moment suspendu cet été où j’ai entendu des fillettes africaines dans mon quartier qui chantaient For me, formidable après la prestation d’ Aya Nakamura avec la garde républicaine lors de la cérémonie d’inauguration des Jeux olympiques de Paris 2024.

Pour moi la magie du cinéma , c’est de donner au spectateur une émotion unique, intemporelle et universelle quand il découvre le processus de création : la genèse d’une chanson mondialement connue. Une chanson est réussie quand elle rappelle des souvenirs, des émotions au monde entier. Le cas du Boléro de Ravel.

Les biopics qui m’ont le plus émue :

Ray, avec Jamie Foxx, 2005

Encore un chanteur dont la musique m’a été transmise par ma grand-mère. Je crois qu’elle l’a vu en concert une fois au casino du Touquet. Il est né en 1930 comme mon grand-père. J’ai beaucoup aimé ce biopic qui raconte l’ascension d’un jazzman aveugle dans un pays sacrément raciste. Ce biopic parle de ses addictions, de ses drames enfant et aussi de la manière dont son Etat d’origine : la Géorgie a fait amende honorable avec lui. On a tous le superbe chant Georgia on my mind en tête.

Walk the line avec Joaquin Phenix, Reese Witherspoon, 2006

J’ai découvert ce biopic par hasard car je connaissais Johnny Cash et June Carter Cash que par leurs rôles dans les séries Docteur Quinn femme médecin et La petite maison dans la prairie. J’aime beaucoup la musique country et cette belle histoire d’amour avec une chanteuse country m’a beaucoup fait rêver. Comme Ray Charles, Johnny Cash a vécu une enfance difficile et précaire avec un accident dramatique qui a tué son frère. Longtemps, Johnny a été dépendant à la drogue pour exorciser son passé puis il a découvert la foi en Jésus qui sauve et restaure…

La môme avec Marion Cotillard, Sylvie Testud, 2007

Edith Piaf est une légende française par son histoire personnelle et sa voix qui a bouleversé le monde entier comme l’indique sa plaque de lieu de naissance rue de Belleville. J’ai vécu pendant cinq ans dans son quartier d’origine.

On pourrait la qualifier aujourd’hui de personne toxique mais elle reste tout de même assez attachante pour la manière dont elle vivait ses chansons. Elle ne trichait pas et elle a su faire aimer son Paris populaire dans le monde entier : Etats-Unis en tête.

Cloclo avec Jérémie Rénier et Benoit Magimel en 2012,

Ce biopic je l’ai vu avec mon frère, grand fan des chansons de Claude François. Avec ce film on a réalisé que l’homme était vraiment imbuvable et zinzin. Mais c’est un très beau film qui commence par un exil forcé, le revers de fortune du papa en Egypte.

La famille sera obligée de revenir en France sans rien. La performance de danseur et de chanteur de l’acteur est exceptionnelle, elle aurait mérité un César.

Boléro avec Raphaël Personnaz, 2024

C’est plutôt l’histoire du Boléro qui est intéressante ici que celle de Maurice Ravel. C’est l’un des morceaux de musique classique le plus écouté au monde. Sa lente élaboration tout au long du film m’a passionnée.

J’ai vraiment hâte de voir les deux biopics consacrés à Johnny Hallyday . D’ailleurs, Johnny fait une courte apparition dans le film Monsieur Aznavour.

Et vous quelle est votre chanson favorite de Charles Aznavour?

Retrouvez ici mes précédents articles de la rubrique Toute la musique que j’aime et autres hommages :

– Le loup, la biche et le chevalier d’Henri Salvador dans la playlist de ma fille

-Hommage à Jane Birkin, la meilleure ambassadrice de la poésie de Gainsbourg

-La Bébel mania, la nostalgie d’une France où tout allait bien

Biographies et autobiographies·Cinéma

Reprendre le gouvernement de sa vie : Bernadette, mon icône féministe !

Pour finir en beauté ce beau week-end d’automne, je suis allée voir la biographie Bernadette de Léa Domenach avec l’incontournable Catherine Deneuve, Michel Vuillermoz, Sara Giraudeau, Denis Podalydès…

J’avais un peu peur que toutes les bonnes idées du film soient concentrées dans la bande annonce et que le film retombe comme le brushing de Bernadette au bout de quinze minutes. Mais non, on passe un excellent moment pendant 1h32 à revivre les deux mandats de Jacques Chirac.

Quand il a été élu en 1995, j’avais huit ans et je ne connaissais rien du tout à la politique. Dans la cour de récréation, mes copines me demandaient pour qui on votait à la maison. Moi comme j’étais en admiration béate devant mon grand-père qui était un fervent gaulliste, j’ai répété bêtement Chirac. J’ai vite compris en primaire qu’être de droite c’était mal vu et ma popularité à l’école est un peu revenue quand j’ai rassuré mes copines en leur disant que ma mère votait aussi pour Lionel Jospin.

Qu’importe qu’on soit de gauche ou de droite, cette Bernadette incarnée par Catherine Deneuve rassemble tout le monde autour de la nostalgie de la décennie 1990-2000. Quel plaisir de se souvenir des 2Be3, des Musclés et de leur Merguez party, des téléphones portables gros comme des cabines téléphoniques…

Droits réservés Bernadette

Le véritable couple de cette comédie ce n’est pas Chirac et sa femme mais véritablement Bernadette et son conseil en communication, Bernard Niquet (de manière platonique cependant). C’est beau de voir la revanche de ces deux loosers que l’on a relégué dans un bureau placard dans les greniers de l’Elysée. Denis Podalydès joue tellement bien dans ce film.

Copyright Warner Bros. France

On rit beaucoup dans ce film mais il y a des moments qui sont franchement gênants et où Bernadette suscite vraiment compassion et admiration pour toutes les couleuvres que son mari et sa fille lui ont fait avaler.

Bernadette Chirac et Catherine Deneuve sont les deux grandes gagnantes de cette comédie populaire : elles ont 80 ans bien tassées et pourtant elles crèvent l’écran par leur répartie. Je vous recommande cet excellent moment de cinéma !

Retrouvez-ici mes précédents articles de blog :

-Les aventures (rocambolesques) de Margot en Guyane

-Carnet de voyages à Lille, la perle des Hauts de France

-Hommage à Belmondo et cette France quand tout allait bien.