Biographies et autobiographies

L’amour de Dieu plus fort que le napalm

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Quand j’avais dix ans, ma mère m’a expliqué ce que signifiait le grand dessin sur un cadre de bambou chez Marie, une amie vietnamienne de mes parents : la souffrance de familles anonymes qui ont vu les leurs mourir pendant la guerre et qui ont fui leur pays. On les appelait les boat-people, la situation se répète aujourd’hui depuis l’Afrique et le Moyen-Orient.

Qui ne connait pas la photographie de la petite fille vietnamienne (9 ans en 1972) qui hurle de douleur sur une route du Vietnam car un bombardement au napalm a brûlé ses vêtements puis sa peau. C’est l’une des photographies les plus célèbres de l’Histoire, prise par un photographe consciencieux et plein de compassion : Nick Ut.

La nudité de la petite fille a d’abord choqué ses supérieurs mais publiée en une du New York Times, elle fit le tour du monde et interrogea l’opinion publique quant au bien-fondé de la participation américaine dans la guerre du Vietnam.

Je lis beaucoup de biographies et d’autobiographies et celle- ci m’a particulièrement marquée :

Sauvée de l’enfer, la petite fille de la photo témoigne

Kim Phuc Phan Thi

2018

Ourania

398 pages

19€90

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Le résumé :

Quarante-cinq ans après le drame, Kim Phuc prend la plume pour expliquer comment Dieu lui a apporté la paix, la consolation et le pardon quand elle souffrait terriblement de ses brûlures, qu’elle voulait se suicider parce que son mal-être l’avait isolée et que la propagande communiste se servait d’elle en réinventant son histoire.

Dans cette autobiographie écrite avec sincérité et dénuée de tout esprit de revanche ou d’amertume, elle rend hommage à tous ceux qui ont été de précieux soutiens pour elle. Quatre photo reporters de toutes nationalités  ne se sont pas contentés de la prendre en photo, ils lui ont sauvé la vie en agissant rapidement dans les premiers moments.  Ensuite, ils ont pris soin d’elle des années plus tard en remuant ciel et terre pour qu’elle puisse sortir du bloc communiste et bénéficier des meilleurs soins.

Le journal français Le Monde s’était fait le relais de cette solidarité incroyable dans un article publié en 2012.

C’est un très beau livre qui montre la beauté de l’amour du prochain et qui démontre que seul Dieu peut apporter la vraie paix au corps et à l’esprit quand les hommes montrent leur limites.

Mon avis :

Ce récit  est structuré en quatre grandes parties : Le corps en feu, Une vie exploitée, A la recherche de la paix et Une vie restaurée.

Plus qu’un simple témoignage, c’est un livre très complet qui comprend une carte de l’Indochine en 1972 pour comprendre les enjeux militaires de l’époque, des photographies d’archives et qui explique aussi en quoi consiste la fondation de Kim envers les enfants victimes de la guerre.

Il m’est très difficile de résumer mon avis en quelques lignes à propos de ce livre qui m’a vraiment bouleversée : c’est tout sauf un témoignage d’apitoiement. Kim Phuc a puisé dans sa foi en Jésus-Christ la force de pardonner et d’être reconnaissante pour sa vie malgré ses souffrances physiques insupportables et le choc post traumatique.

Ce livre est tellement riche qu’il pourrait faire l’objet d’une conférence de quatre heures ( il est évident que si Kim Phuc vient en France dans le cadre de son rôle d’ambassadrice de bonne volonté de l’Unesco, je me débrouillerai pour y assister).

Alors pour la première fois dans la rédaction de ce blog, je ne peux pas juger ce livre en quatre ou cinq arguments. J’ai seulement envie de vous dire : lisez tout simplement, ce livre m’a émue aux larmes, il m’a beaucoup questionné sur la foi et la nature humaine.

Qu’on soit chrétien ou non, cette femme témoigne des miracles que Dieu a fait dans sa vie qui n’était que désolation et souffrances. Les chapitres où elle décrit sa vie difficile à Cuba après avoir réussi à fuir le Vietnam me désolaient mais la manière dont Dieu a transformé le mal en bien est vraiment source d’espérance.

Volontairement, je ne mettrai pas dans cet article la fameuse photographie mais je garde en mémoire le magnifique plan final du reportage de France 2 où on la voit de dos avec son premier enfant. Car malgré ses brûlures terribles, Dieu a fait la grâce à cette femme formidable d’avoir deux enfants.

Ma note :

5/5 sardines

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Ce livre est un excellent document d’Histoire, il explique bien les rouages de la propagande sous toutes ses formes. C’est un plaidoyer contre la guerre très efficace : le napalm est vraiment une arme perfide tant elle bousille les chairs humaines.

Kim Phuc reconnait dans son malheur que sa médiatisation internationale lui a aussi apporté quelques avantages comme l’accès aux meilleurs soins, pouvoir résider dans des chambres d’hôtels luxueuses et très confortables. On ne peut s’empêcher de penser à sa tante, ses cousins et tant d’autres qui ont eux aussi été brulés par le napalm et qui n’ont pas eu le même accès au soin et qui ont souffert dans le plu grand anonymat.

Cette photographie qui a bouleversé l’opinion publique met en valeur toute la noblesse du métier de photo reporter. Ces journalistes jouent un vrai rôle pour la société dans le monde.

 

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Mahtob et Betty Mahmoody

 

Ce livre est beaucoup plus efficace qu’un manuel d’Histoire impersonnel qui expliquerait la guerre du Viêtnam. C’est un récit personnel aussi passionnant et émouvant que d’autres témoignages de guerre comme Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody et le récit de sa fille Mahtob, trente ans plus tard dans le livre Vers le pardon, ou encore Rescapé malgré moi, le témoignage du pasteur cambodgien Koeun Path.

BLFR020Ces anonymes ont tous en commun d’avoir vécu l’oppression, la peur des bombardements ou encore une notoriété médiatique dont ils se seraient bien passés. Les hommes étaient dépassés par leur histoire pour pouvoir les aider au mieux, Dieu les a consolés, guéris pour qu’ils puissent se relever grâce à Sa paix !

Moments de vie

Bon été à vous !

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En ce mois de juillet, il fait bien chaud devant mon ordinateur et je n’ai pas du tout envie de bloguer. Mon esprit s’évade en quête d’une plage bulgare vers laquelle je m’envolerai dans moins d’un mois, boire une bonne citronnade dans le jardin public de Sofia tout en lisant de bons romans et cherchant une bonne adresse pour faire du stand-up paddle.

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Le bal littéraire des sardines s’accorde donc une belle plage de congés pour revenir toujours plus haut, toujours plus fort (je regarde beaucoup Fort Boyard chaque été) avec de nouveaux articles originaux. Je vous prépare deux carnets de voyage : un à Deauville et un autre à Sozopol. Mais aussi une chronique d’un roman qui m’a  plu Les Victorieuses, des bonnes adresses à Paris comme Kabul kitchen, une chronique d’album jeunesse …

A très bientôt à la rentrée, je mets un peu le blog en stand-by cet été pour me consacrer à un projet éditorial qui me tient à cœur. Je vous en dirais plus par la suite !

En attendant voici le top de mes articles écrits cette année :

Une chronique de Bonjour l’angoisse, à mi-chemin entre la BD et le bullet journal

Bonjour l'angoisse, mes années lycée ou un bullet journal en BD

Des DIY en lien avec mon nouveau statut de maman cette année.

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Mes meilleures adresses de ma patrie La Drôme

Les meilleurs spots si tu veux découvrir la Drôme

Un article pour faire découvrir la boutique de mon amie Mapu picchu

A la rencontre de Mapu picchu, créatrice sans frontières

La progression de l’expérience bullet journal :

6 mois plus tard, l'aventure bullet journal continue... (1)

Séries

Atypical, la série Netflix qui rappelle que chaque famille est atypique.

Le mois dernier, j’ai regardé d’une traite les huit épisodes de la première saison de la série U.S Atypical sur Netflix.

J’en avais entendu parlé via Télérama, mon référent séries pour Netflix mais ils avaient présenté cette série sous un angle assez caricatural : un adolescent autiste qui veut découvrir le sexe.

C’est bien le sujet de la série mais pas que cela : c’est le récit initiatique d’un jeune autiste qui est couvé comme un manchot de la banquise (sa passion) par ses parents et sa jeune soeur Casey. Il veut devenir adulte et il s’intéresse aux filles.

Il va découvrir avec moult quiproquo (tout l’effet comique de la série est dans ces décalages) les nuances sociales de l’amour et des relations en général. C’est une série très subtile et sensible qui nous questionne : qui est normal en fin de compte ?. Surement pas Zahid, l’ami complètement déjanté de Sam.

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Copyright Beth Dubber/Netflix

Le résumé :

Sam a 18 ans. Il vit dans le Connecticut avec ses parents Doug et Elsa et sa soeur Casey. Il suit une scolarité classique au lycée en terminale malgré son handicap. Là bas, il noue tant bien que mal des relations avec les autres élèves : sa petite amie Paige et surtout son ami Zahid qui est son collège au magasin d’électroménager où il effectue un petit boulot étudiant pour apprendre à gérer son argent.

Les scènes de cette série sont ponctuées par ses réflexions personnelles lors de ses séances chez sa psychothérapeute Julia, une jeune Sino-américaine très féminine qui l’aide beaucoup mais cela va déraper…

Mon avis :

Tous les personnages sont intéressants à étudier, il n’y a pas de seconds rôles. C’est ce qui fait la richesse de cette série. L’attention n’est pas focalisée sur Sam mais le sujet est bien de décrire les effets de l’autisme sur l’entourage, dans toute une famille avec ses difficultés particulières mais aussi sa grande richesse : la solidarité, l’entraide… Personne ne peut être individualiste dans cette famille.

Le personnage de la mère de famille Elsa, qui prend les choses à bras le corps pendant toute l’enfance de son fils et qui part à la dérive quand il cherche à acquérir son indépendance, fait toute la saveur de cette série.

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Copyright Beth Dubber/Netflix

Cela change des séries qui véhiculent l’image lisse des mères américaines en plein dans le perfectionnisme : elles préparent les lunch box, conduisent des mini van avec des mains parfaitement manucurées et tout au long du film ou de la série, on ne connait rien de leurs états d’âme. Même quand les scénaristes leur font péter les plombs dans des situations excessives, on est en plein dans la caricature superficielle qui n’apporte rien à notre réflexion.

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Copyright Beth Dubber/Netflix

Atypical est une excellente série car elle élabore les portraits psychologiques de ses personnages avec beaucoup de finesse. Le couple des parents est déséquilibré, on le voit dès les premières scènes de la série quand Elsa se confie à d’autres mères dans son groupe de parole.

Certains flashbacks expliquent les positionnements de chacun comme celui de la petite soeur Casey. Elle porte sur ses épaules le handicap de son frère même quand on ne lui demande rien. Elle se prend pour son sauveur, prête à se sacrifier et heureusement son frère se révolte en lui disant brutalement qu’il n’a pas besoin d’elle.

Ce n’est pas une série sur la découverte des premiers émois sexuels. Elle montre la possibilité de devenir adulte et indépendant quand on est autiste : gérer son propre argent, faire des études à l’université loin de ses parents alors que sa maman avait décidé depuis longtemps qu’il suivrait des cours par correspondance ….

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Je regarde cette série quelques mois après avoir lu une bande dessinée très efficace  La différence invisible qui expliquait déjà très bien les situations courantes qui mettent les autistes en difficulté : le bruit, la matière des tissus, ne pas maîtriser le second degré, parler sans filtre…

Les scènes où Sam perd pied dans le bus ou au lycée sont très réussies pour faire comprendre le malaise ressenti. Celle où Sam est agressé physiquement par la queue de cheval d’une jeune fille devant lui dans un stade est particulièrement parlante.

Ma note :

5/ 5 sardines

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Je trouve que cette série excelle dans l’étude des relations humaines : les réflexions très justes celles plus obsessionnelles de Sam sur ceux qui l’entourent donnent vraiment matière à réflexion, quelques jours après avoir vu un épisode. C’est le signe d’une excellente série.

Je ne regarde que des séries anglo-saxonnes sur Netflix : Charlie monte le son, The Crown, Call the midwife… qui ont une richesse d’écriture remarquable avec des personnages d’une grande subtilité psychologique  Alors que je trouve les séries françaises très limitées : le couple qui se délite et se retrouve, les faits divers…

Enfin, on a aussi des bonnes surprises avec Fais pas-ci, fais pas ça ou encore la série Marjorie sur France 2 que je viens de découvrir : l’histoire d’une coach de vie qui aide différents patients.

Atypical, Marjorie, autant de séries qui montrent que  le développement personnel, l’altruisme inspirent autant les spectateurs que les faits divers, les braquages et les super héros.

Sauveur et fils saison 4

Si comme moi vous aimez les séries ou les romans qui abordent le thème de l’alliance thérapeutique entre un psychothérapeute et ses patients, je vous invite à lire ma chronique de la série Sauveur et fils écrite par Marie-Aude Murail et publiée par l’Ecole des loisirs !

Mes précédents articles à propos des séries Netflix que j’aime regarder :

–  Charlie, monte le son

–  Call the midwife

–  The crown

Turn up Charlie

Du livre à l'écran

Venise n’est pas en Italie ou comment trouver une issue de secours à sa généalogie

Venise n'est pas en Italie

Je suis une inconditionnelle du jeu comique de Benoît Poelvoorde et Valérie Bonneton (il est belge, elle est du Nord, ils sont drôles par là haut, c’est évident). Alors quand j’ai su qu’ils jouaient ensemble dans l’adaptation du roman autobiographique Venise n’est pas en Italie, je l’ai noté dans mon bullet journal comme la sortie ciné à ne pas rater.

Et là stupeur et énervements, je me rends compte que moins d’une semaine après sa sortie en salles, il disparaît des rares écrans parisiens qui le projetaient. Heureusement, de petits cinémas intelligents de banlieue le projetaient encore mais j’ai jeté l’éponge cette fois-ci.

Je trouve cette uniformisation culturelle assez triste comme les derniers Marvel et autres Avengers trustent toutes les salles de cinéma à Paris et que trop de films sortent en même temps.

Alors, je lis le livre et après une centaine de pages, l’histoire aussi lente qu’un trajet avec une caravane, a pris un rythme de croisière qui m’a bien plu et m’a donné envie de vous en parler.

Venise n’est pas en Italie

Ivan Calbérac

Flammarion

2015

18€

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Le résumé :

Emile Chamodot a seize ans, il est amoureux d’une fille de son lycée, Pauline, qui l’invite à assister au concert de musique classique auquel elle participe à Venise. Emile et Pauline ne viennent pas du même milieu social.

Flanqué de ses parents un peu doux dingues et de son frère aîné un peu brutal sur les bords, Emile part pour un voyage initiatique dans la caravane familial à travers les Alpes. Choc des cultures garanti !

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Droits réservés Studio Canal

Mon avis :

Les cent premières pages ont été fastidieuses, j’ai sauté quelques chapitres pour y prendre goût avec l’arrivée du frère aîné dans l’histoire. Il s’appelle Fabrice, c’est un militaire aussi brute et simple qu’Emile est fluet et intelligent.

Les dialogues entre Fabrice et leur père sont savoureux, ils montrent très bien la finesse d’esprit d’Emile qui navigue en eaux troubles pour ne pas provoquer les réactions primaires de son frère et ses parents qui partent au quart de tour s’embrouiller vainement avec l’hôtesse de caisse d’une halte gastronomique qui n’ en est pas une.

Le talent d’Ivan Calbérac est de transformer les banalités du quotidien en  une oeuvre littéraire à la fois subtile et cocasse. On s’ y retrouve tout de suite dans ses descriptions d’aires d’autoroute où l’on a des habitudes en commun, cette manière de sonder la psychologie de personnages les plus simples.

Il serait réducteur et caricatural de traiter le père d’Emile de beauf mais avec ses petites citations toutes communes (chacun à sa philosophie de vie après tout) il en devient tout aussi intéressant qu’un grand personnage de la littérature française.

Pour moi, la littérature c’est avant tout un moyen de s’évader grâce à un livre. Et avec ce roman de gare par excellence (je l’ai découvert au Relay de la Gare de Lyon, c’est dire) on s’évade en caravane. Objectif réussi !

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Ma note :

3/5 sardines

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Même si je rigole bien avec les dialogues cocasses de cette famille déjantée, l’histoire se traîne en longueur. L’auteur déroule son intrigue vraiment à la vitesse d’une caravane. Pourtant, ce roman va me rester en mémoire tellement je suis scotchée par le bagout du père qui est vite fatigant à vivre, vraiment il n’y avait que mon cher Benoît pour interpréter un zèbre pareil. Je n’attribue à ce livre que trois sardines seulement car la forme du journal intime est vite ennuyeuse, l’adaptation cinématographique est beaucoup plus vivante.

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Droits réservés Studio Canal

Je ne pars plus en caravane mais je garde cette petite nostalgie de mes vacances avec mon frère et mes grands-parents en camping. Ils avaient économisé pour s’offrir une caravane neuve qui nous a fait découvrir de nombreux coins de France : dans la Creuse, à Villard de Lans, à Pont l’Évêque, à Trouville….

Il y a peu, j’ai découvert l’existence grâce à mes parents du musée de la caravane en Allemagne (celui de l’usine Hymer qui célèbre les voyages mobiles) et je trouve cela passionnant : comment les gens conçoivent leurs vacances. C’est un art de vivre différent qui a du plomb dans l’aile avec les vols low cost et les logements AirBNB.

Heureusement les petites caravanes vintage font le bonheur des magazines de déco, j’ai hâte de voir comment Marjolaine Solaro (une blogueuse pleine de talents que je suis depuis quelques temps ) va redécorer sa caravane Sakura

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Droits réservés Marjoliemaman

 

 

 

 

 

 

Lecture et autres challenges passionnants

L’heureuse invitée du dîner Kube

Dimanche soir, j’ai eu le privilège d’être invitée par la fantastique équipe de la Kube à leur premier dîner des libraires mais qui comptait aussi de nombreuses éditrices (la Kube collabore chaque mois avec un éditeur invité pour un thème) et aussi des lecteurs dits Kubers.

Je suis libraire partenaire de cette box littéraire depuis plus de deux ans : je recommande des livres pour répondre aux envies de lecture d’amateurs de livres francophones du monde entier.

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Ils ont mis les petits plats dans les grands puisque le dîner se déroulait dans un restaurant Art nouveau emblématique de la capitale : Bofinger, à deux pas de la place de la Bastille.

Tout était superbe : le cadre alsacien au premier étage avec les lampes cigognes, le menu ( Valrhona, la fierté de ma région était à l’honneur au dessert)… C’était tellement beau et bien organisé avec les fleurs sur les tables, je me croyais jurée du Goncourt dans un grand restaurant…

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J’avais découvert Bofinger à travers un livre que j’ai chroniqué : Was ist das ? éditions Les Arènes qui parle des différences et des similitudes culturelles entre Allemagne et France.

Mais cette invitation au restaurant était surtout l’occasion de célébrer la richesse du réseau de libraires et d’éditeurs qui collaborent à la Kube. Comme l’a rappelé Aurore, l’une des trois fondatrices de Kube avec Anthony et Samuel, l’objectif de cette box est de promouvoir la lecture.

On sent bien chez ces trois là, leur amour fou et passionné pour les livres quand ils envoient régulièrement leurs chroniques de livres. La Kube ce n’est pas une box marquetée qui marche au nombre de volumes vendus, elle se veut personnalisée selon les goûts des lecteurs tout en cherchant à leur faire découvrir de nouveaux horizons littéraires. C’est très agréable pour nous libraires de voir que notre premier savoir-faire : le conseil est reconnu.

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Enfin, les échanges à table avec deux éditrices de littérature m’ont vraiment rassurée quant au lien privilégié qui perdure entre éditeurs et libraires. Ces deux éditrices avaient une carte mentale de toutes les petites librairies de France et de Navarre et elles louaient le travail de médiation culturelle des libraires dans les petites villes auprès des écoles notamment. 

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La crise politique et sociale révélée par le mouvement des gilets jaunes montre une vraie fracture sociétale et culturelle entre Paris et les petites villes, les villages. Comme il y a des déserts médicaux, il y a aussi des déserts culturels. Je trouve assez détestable cette ironie parisienne de se moquer de certaines villes dans des romans ou des essais : comme Michel Houellebecq qui dénigre Niort.

J’étais sceptique face à l’argument de la Kube que la vente de boxes par correspondance pouvait renforcer le lien social entre lecteurs et libraires. Deux ans après le début de cette aventure, j’en suis désormais persuadée à l’image de ce dîner avec des libraires de toute la France. J’ai bien envie d’aller visiter la Compagnie des livres, librairie à Vernon, la gare d’arrivée pour aller à Giverny.

Retrouvez tous mes articles concernant cette expérience géniale avec la Kube :

Deux ans de collaboration avec la Kube, ça se fête

–  Retour sur l’expérience Kube made in Montrouge

–  et enfin mon tout premier article quand j’ai découvert le principe de cette box : c’est par ici les amis !

 

 

Parentalité

La playlist pour ma fille : Une chanson douce

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Depuis la naissance de ma fille, j’écoute les berceuses et les comptines pour enfants avec beaucoup plus d’attention (l’air est assez redondant mais j’aime bien celle des crocodiles).

Les paroles d’Une souris verte me laissent assez perplexes mais nous avons eu un vrai coup de cœur familial pour Une chanson douce d’Henri Salvador, une berceuse intemporelle qui a plus de soixante ans.

Ma grand-mère Annette était une grande fan d’Henri et je connais assez bien son répertoire. Une chanson douce, je l’ai entendue de nombreuses fois sans m’y attacher particulièrement mais les réactions de ma petite fille quand il chante « Ouhouhouh » m’ont vraiment fait craqué.

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Retour sur l’histoire de cette berceuse iconique.

 

C’est l’histoire d’un comptable Maurice Pon qui compose à ses heures perdues des chansons pour Henri Salvador. Il a composé cette berceuse en une nuit en 1950.

J’aime cette chanson car je suis aussi sensible aux paroles qu’aux orchestrations et celle-ci est vraiment magistrale. Cette berceuse a plu à Henri Salvador car elle lui rappelait les berceuses antillaises de sa mère.

Il a composé une mélodie inspirée du boléro à laquelle il a ajouté au milieu un accord be-bop assez complexe car Henri Salvador est avant tout un chanteur de jazz. Comme quoi on peut initier les enfants à la grande musique dès le plus jeune âge. Avec sa voix tendre et son oreille de grand musicien, il a apporté beaucoup au genre de la berceuse : le demi-ton relance l’intérêt de la ritournelle.

Grâce aux bébés bercés par leurs mères, Henri Salvator a enrichit son répertoire éclectique avec cette berceuse qui se transmet de génération en génération alors que l’artiste est décédé depuis une dizaine d’années.

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Illustration de Marie Cardouat pour le jeu de société Dixit
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Annette, ma grand-mère qui aimait Brassens, Bénabar, Renaud et Trenet

Cette berceuse est un souvenir de ma grand-mère qui avait à cœur de me transmettre son amour pour la musique de qualité à travers la poésie des paroles et la beauté des arrangements musicaux. Parce que la musique électro et la techno, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé.

 

Une chanson douce est une chanson iconique de la chanson française, au delà du registre de la berceuse pour enfants.

Casterman a illustré en images cette chanson dans sa collection de livres musicaux Tralalalère.

En parlant de ma grand-mère, ma cousine Marie a crée une superbe marque de nappes baptisée en l’honneur de ses deux grands-mères Annette et Jeanne, deux Dieppoises qui aimaient réunir leur famille autour de grandes tables.

Romans

Les anges et tous les saints, la difficulté d’être une sœur.

En ce moment, je peine à trouver un bon roman à dévorer : un sujet thématique intéressant, des personnages qui évoluent au fil de l’histoire, un cadre historique et géographique qui me fait rêver… Je suis une cliente assez difficile pour la littérature, la BD actuelle répond mieux à mes attentes.

Alors je relis les romans de Marie-Aude Murail : Sauveur et fils, Oh boy tellement bien écrits pour leur empathie envers les enfants et aussi je découvre l’oeuvre de J.C Sullivan, une auteure et journaliste new-yorkaise qui excelle dans l’analyse psychologique de ses personnages.

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Elle a écrit quatre romans, j’en ai lu trois : Maine, Les liens du mariage et son dernier paru en français en 2018 : Les anges et tous les saints. J’ai abandonné la lecture de son premier livre Les débutantes (cet univers d’université de filles dans les années 1980 ne m’a pas passionnée).

J’ai lu Les anges et tous les saints il y a trois semaines dans le train et j’ y repense de temps en temps. C’est le signe d’un bon roman et c’est l’un de mes critères principaux pour chroniquer de la littérature dans ce blog.

Ce n’était pas gagné au début car l’auteure a fait une sacrée impasse sur la situation initiale. Le roman débute sur les chapeaux de roue avec l’annonce faite à une vieille dame, Nora, que son fils de cinquante ans, Patrick, est mort dans un accident de voiture.

Je ne comprenais pas trop qui étaient ce Patrick et cette Nora, alors j’ai sauté un chapitre pour enfin m’attacher à l’histoire de Nora et sa sœur qui ont fui la précarité en Irlande dans les années 1950 pour tenter leur chance à Boston en rejoignant le fiancé de Nora, Charlie et sa famille.

Les anges et tous les saints

J.C Sullivan

Editions rue Fromentin

2018

413 pages

23€

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Le résumé :

Dans les années 1950, deux sœurs irlandaises aux caractères diamétralement opposés embarquent pour les Etats-Unis à la recherche d’une vie meilleure. Nora, l’aînée fera un mariage de raison avec Charlie, Theresa cherche à profiter de sa jeunesse avec insouciance et légèreté.

Le sens du devoir poussera Nora à prendre les responsabilités qui incombaient à Theresa. C’est un roman passionnant qui raconte les conséquences d’un secret de famille  non révélé aux trois enfants de Nora : Patrick, Bridget et John. A l’approche de la cinquantaine, les deux enfants survivants Bridget et John apprennent l’existence de cette tante à l’enterrement de leur frère aîné.

Comme le montre sa couverture, le thème central de ce roman parle de la difficulté d’être une sœur dans une fratrie mais aussi religieuse dans une communauté monacale retirée de la vie terrestre et de ses tentations.

Mon avis :

Même si ce nouveau roman comporte de nombreuses similitudes avec le précédent Maine : la sœur aigrie et difficile à vivre pour ses enfants car elle porte un secret de famille douloureux, les relations familiales tendues à cause des rivalités entre frères et sœurs qui se comparent entre eux…

J’ai trouvé que l’auteure allait encore plus loin dans l’exercice du portrait psychologique de grande qualité. J. C Sullivan excelle dans ce genre et c’est pour cela que je lis ses romans les yeux fermés.

Les tourments intérieurs que vit la jeune novice Théresa quand elle décide d’entrer dans les ordres sont le sujet principal de ce roman. Il explique comment cette fille- mère et son amie new-yorkaise ont renoncé aux plaisirs terrestres quand elles avaient vingt ans et suivre la règle de Saint Benoit toute une vie.

La couverture du livre illustre parfaitement la problématique du roman : la difficulté d’être une mère, d’être une sœur dans une famille mais aussi dans une communauté de religieuses. Cette manière de renoncer totalement à la vie civile m’a beaucoup questionnée, c’est assurément l’intérêt de ce roman si talentueux.

Ma note :

5/5 sardines

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Ce roman était captivant : à chaque chapitre, je trépignais d’impatience de savoir quand le fameux secret de famille allait être révélé. Je lui donne bien volontiers cette note magnifique : il m’a même conduite à faire des recherches sur l’immigration irlandaise aux Etats-Unis. J’ai compris pourquoi il y avait beaucoup de jeunes filles irlandaises comme Eilis (l’héroïne du roman Brooklyn de Colm Toibin) qui prenaient le bateau pour aller vivre en Amérique dans les années 1950.

La communauté irlandaise est très importante dans la région de Boston depuis 1870 : plus de 4,2 millions d’Irlandais ont émigré vers le Nouveau monde dont la famille du président Kennedy. L’identité américaine est la grande absente de ce roman. J.C Sullivan est une auteure de grand talent et il est sûr que je vais surveiller son prochain roman sur le site de son éditeur français Rue Fromentin.

Brooklyn

 

BD & romans graphiques

Le retour aux Ravenelles

C’est l’événement BD de ce printemps : la parution du tome 6 du Retour à la terre, la BD champêtre de Manu Larcenet au dessin et Jean-Yves Ferri au scénario après dix ans de silence. Manu Larssinet devait être dans la forêt à méditer avec l’ermite qui l’appelle Coeur-pur.

Je suis vraiment fan de cette couverture très poétique et marrante avec les fleurs de cerisiers et le papa merle qui apporte une boite de nuggets pour nourrir sa nichée !

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Comme des milliers de lecteurs, j’éprouve un fort attachement pour cette série. Si vous ne la connaissez pas, aucun problème à prendre le train en marche. D’ailleurs en parlant de train, il n’y en a plus depuis longtemps pour rejoindre le village de Manu, les Ravenelles, en profonde région parisienne. Il faut prendre un car Macron. Vous l’avez compris, c’est un album de BD très contemporain qui croque en dessins la réalité de bon nombre de Franciliens.

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C’est le cas d’Emma et Fabien, l’un des couples de la série comique à succès Scènes de ménages sur M6 ou la dessinatrice de BD Mademoiselle Caroline qui a raconté le fossé sociétal entre Paris et sa nouvelle vie en montagne dans le roman graphique Quitter Paris. Je lis d’ailleurs en ce moment un blog très bien fait Paris je te quitte mais de là à sauter le pas…

 

Le retour à la terre

Tome 6 : Les métamorphoses

Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet

Dargaud

Mars 2019

48 pages

12€

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Mon avis :

La structure bien rodée de cette BD vous fait rire ou sourire tendrement à chaque double page. Ce sont quatre vignettes qui déroulent le fil conducteur d’une situation grâce à des sous-titres brefs et efficaces.

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Cette BD commence par un rébus, c’est Manu Larssinet qui raconte la vie de sa petite famille qui tend à s’agrandir. Mais l’auteur est tellement pris dans sa rêverie personnelle, son introspection, qu’il tarde à s’en rendre compte…

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Heureusement, il peut compter sur une amitié improbable : celle de Madame Mortemont, sa voisine atypique qui découvre dans le tome 6 Les métamorphoses les fonctionnalités qu’offre son smartphone. Comme si la technologie pouvait aider les campagnards à faire pousser leurs patates alors qu’ils connaissent la nature depuis la nuit des temps.

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Mon avis :

5/5 sardines

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C’est cette gentille moquerie réciproque entre les néoruraux et les locaux des Ravenelles qui fait tout le sel de cette gentille comédie dessinée. C’est tendre et drôle mais aussi très révélateur de la fracture sociale et technologique que nous vivons à l’ère des gilets jaunes. A l’heure des zones blanches et des déserts médicaux, sommes-nous toujours compatriotes nous autres citadins et campagnards?

BD & romans graphiques·Bullet journal

Bonjour l’angoisse, une BD colorée de la douce époque du lycée

Bonjour l'angoisse, mes années lycée ou un bullet journal en BD.png

Je réfléchissais tout haut (oui oui ça m’arrive) à un nouvel article sur le bullet journal quand je l’ai repérée… une vraie pépite ! Un OVNI éditorial au rayon BD adulte de ma médiathèque.

Bonjour l’angoisse, mes années lycée ça s’appelle. C’est son format hors du commun qui m’a attirée : un cahier d’écolier à petits carreaux écrit comme au stylo à plume, qui se lit dans un autre sens.

Publié en 2018, ce roman graphique s’adresse à son public-cible : les millenials qui passent le bac cette année mais cela m’a aussi replongée dans mes souvenirs de terminale il y a douze ans maintenant.

Cette BD n’est pas donnée (20€) mais sachant que le pouvoir d’achat d’un lycéen est assez conséquent (entre l’argent de poche des parents, les étrennes de Mamie et quelques baby-sitting) ça serait dommage de passer à coté d’un bon moment de lecture.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Bonjour l’angoisse, mes années lycée

Lucile Gomez

104 pages

2018

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20€

 

Le résumé : 

Il s’agit du journal intime d’une adolescente Marie- Pierre dite Mary-Stone, une sorte de Fifi Brindacier rock n’roll. Elle vient d’une famille un peu bourgeoise qui forcément la flique et ne la comprends pas. Il semble qu’elle soit fille unique et ses lacunes sociales (elle débute laborieusement à utiliser Facebook vers Toussaint) seront vite comblées par la rencontre d’une amie formidable : Plume, une vaporeuse jeune fille beaucoup plus assurée qu’elle avec son look et sa coupe afro. Plume parait beaucoup plus adulte et féminine que Mary-Stone.

Elles délirent à chaque cours, se vannent quand elles sont amoureuses… bref le quotidien de milliers de lycéens à l’heure du web 2.0 dessiné en BD par une illustratrice fort talentueuse : Lucile Gomez.

Cette auteure a déjà publié plusieurs BD de filles avant Bonjour l’angoisse : Tout est possible mais rien n’est sûr, La naissance en BD…. Elle a développé sa chronique de Plume et Mary-Stone, publiée chaque mois dans le magazine pour ados Phosphore en 104 pages de BD.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Mon avis :

Tout d’abord ce roman graphique est une mine d’or à doodles (ces petites icônes qu’on dessine pour illustrer un bullet journal : un cactus, des flèches, un paquet de pop corn, le logo de Facebook…).

Ces petits dessins reflètent une société très occidentale et surtout très consumériste. C’est une BD très générationnelle où les millenials vont vite retrouver en dessins leur quotidien mais qui va vite paumer les vieux de la génération Y comme moi.

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Pourtant les thèmes de cette BD sont intemporels : les cours, les garçons, les copies Canson qu’on stabilote et qu’on gribouille… J’ai beaucoup aimé l’originalité de cette BD mais je reconnais qu’au bout d’une trentaine de pages l’intensité graphique et le fourmillement d’idées m’ont perdues en chemin. C’est aussi dense en lecture que le discours ultra rapide d’un adolescent sur sa chaîne Youtube. Mais qu’est ce que c’est réussi !

Lucile Gomez est assurément une illustratrice à suivre dans la lignée de Pénélope Bagieu, Margaux Motin, Mademoiselle Caroline, Mathou...

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Bonjour l’angoisse, mes années lycée, Lucile Gomez, Vraoum

Ma note : 4/5 sardines

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J’octroie quatre sardines bien méritées à ce roman graphique plein d’humour et très original. C’est un véritable OVNI éditorial très réussi au niveau du dessin. Tous les petits aspects du cahier d’écolier sont bien là : c’est aussi une belle prouesse d’édition pour publier dans un autre sens de lecture. On actionne volontiers la machine à remonter le temps avec cette BD même si l’intensité des doubles -pages m’a un peu perdue en route (comme les Egyptiens, Lucile Gomez pratique l’horreur du vide) .

Cela m’a fait penser à un roman d’apprentissage que j’ai beaucoup aimé et qui a été adapté au cinéma : Le journal d’Aurore écrit par Marie Desplechin, édité par L’école des loisirs.

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BD & romans graphiques

Mon père ce poivrot, une BD qui botte le cul de l’alcoolisme festif

Mon père, ce poivrot.pngCette BD je l’ai découverte par hasard chez mon marchand de journaux, rue Belgrand dans le 20 arrondissement, pas très loin de la place Edith Piaf où l’on croise des hommes et des femmes tellement abîmés par l’alcool qu’ils dorment parfois à même le sol.

Je connaissais déjà la maison d’édition Grand angle pour avoir chroniqué avec bonheur la BD normando-climatique Jamais qui a reçu un prix de lecteurs récemment ! J’aime beaucoup leur ligne éditoriale et cette tendance actuelle : peindre la société dans des petites cases de BD.

J’ai trouvé que cette BD librement inspirée de la vie de son auteur était bien plus efficace qu’une campagne de santé publique pour les jeunes. Allez, je vous raconte son histoire sous la forme d’un résumé.

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Mon père, ce poivrot

Stéphane Louis et Daviet

Editions Grand angle

Janvier 2019

70 pages

16€90

Le résumé :

Lucien vit à Saint-Denis en région parisienne. Il a bien soixante-dix ans et a perdu tout contact avec son ex-femme et son fils Rémy, un jeune adulte d’une vingtaine d’années qui vit dans la région de Nantes. Il traîne son ennui dans un vieux bouge du quartier entouré d’amis de beuverie, le gagne-pain du patron qui doit aussi les chaperonner pour qu’ils rentrent sans danger chez eux.

C’était la cuite de trop puisque cette BD prend la tournure d’une enquête policière avec des flash back où l’on interroge le patron et les piliers de bar. Un événement médiatique a fait sortir Lucien de sa torpeur et de sa léthargie alcoolique mais on ne sait pas ce qu’il est devenu : disparition inquiétante ou l’occasion unique de prendre sa vie en main après de nombreux errements ?.

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Mon avis :

Cette BD a réussit le tour de force d’exprimer en dessins la grande détresse physique et psychologique de Lucien. Il se retrouve complètement désorienté sur le quai de la gare Montparnasse avec ses bruits, les va et viens de la foule nombreuse. On se doute bien que le personnage a fait un effet surhumain pour se lever de son lit et sortir de son quartier? Va-t-il abandonner ou prendre ce fameux train pour endosser ses responsabilités parentales ?

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Je vous recommande de lire deux fois cette histoire (70 pages en tout) en évitant de lire l’avant-propos personnel de l’auteur lors de votre première lecture. Votre seconde lecture aura une saveur toute particulière. Celle de la fiction autobiographique, du ressenti personnel, de l’émotion de l’auteur qui se transmet avec contagion à son lecteur.

C’est une BD beaucoup plus utile qu’un vague essai foireux de développement personnel. Cette forme de préface m’a vraiment marquée, j’ y ai vu un hommage à un père où la BD permet de rendre justice aux qualités de quelqu’un masquées par cet ennemi pernicieux : l’alcoolisme.

« Nous ne sommes pas que nos faiblesses. Nous sommes ce que nous essayons d’en faire ».

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Son titre accrocheur tranche avec l’adage Mon père, ce héros. La puissance visuelle de la couverture évoque le capharnaüm d’une maison délabrée mais aussi la confusion des pensées que provoquent les vapeurs de l’alcool quand on s’est enchaîné à cette addiction depuis des décennies.

On a tous dans notre entourage amical ou familial quelqu’un qui s’est fait prendre au piège de l’alcoolisme festif ou mondain. Au lieu de fédérer, il isole des autres, il fait plonger dans la solitude. C’est le cas de Lucien, sa femme l’a quitté, son fils ne veut plus entendre parler de lui.

Ma note :

4/5 sardines

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J’ai beaucoup aimé cette histoire, cette fiction aux éléments biographiques. Le scénario patine un peu au fil des soixante-dix pages. Ce n’est plus un secret dans ce blog que je préfère de loin les romans graphiques aux albums de BD car ils développent beaucoup plus le portrait psychologique des personnages.

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Mais cet album a le mérite d’avoir su mettre en relief la détresse psychologique du héros très profonde et très ancienne avec ce nom d’emprunt très difficile à porter, qui l’a plongé dans une confusion identitaire sérieuse.

Enfin, c’est une BD très contemporaine qui parle des jeunes militants engagés dans les ZAD. Sans juger leur engagement, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a traité cette situation. Compte tenu des dommages collatéraux, cette BD incite ses lecteurs à réfléchir avant d’aller tout feu tout flammes se rebeller contre les forces de l’ordre.

 

Sardines

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