Romans

J’aimerai tant que tu sois là : être bloquée dans un paradis quand l’autre patauge en enfer, le dernier roman de Jodi Picoult

Décidément l’algorithme d’Instagram me connait bien (c’est même flippant). Il m’ a rapidement montré une très belle couverture de livre : une carte postale d’une plage des Galapagos, écrit par une auteure que j’affectionne : Jodi Picoult.

J’aime beaucoup son style efficace et précis. Cette auteure américaine sait traiter les sujets de société avec beaucoup de sensibilité. Je l’ai découverte avec le pavé Mille petits riens (choisi également pour sa couverture) qui traitait du racisme dans une maternité.

Avec son dernier roman : J’aimerai tant que tu sois là, Jodi Picoult ne quitte pas le monde hospitalier mais s’évade tout de même du côté des Galapagos… Je m’explique.

Ce roman ultra contemporain raconte comment le tout début de la pandémie mondiale de coronavirus a pulvérisé tous les plans d’un couple de trentenaires new-yorkais.

Finn est chirurgien, Diana est l’assistante d’une grande spécialiste de l’impressionnisme chez Sotheby’s. Ils ont planifié un voyage inoubliable aux îles Galapagos où contre toute attente Finn devrait la demander en mariage.

Sauf que Finn est réquisitionné à l’hôpital pour soigner la plus énorme des pandémies, une maladie totalement inconnue : le coronavirus qui abat comme des mouches les Hommes du 21eme siècle qui se croyaient invincibles grâce à la modernité…

Pour moi, une lecture sera réussie et menée jusqu’au bout si la situation initiale me permet de nouer une alliance thérapeutique avec les personnages (je blague à peine). Si je les trouve pas rapidement attachants ou que l’auteur ne les présente pas assez bien, et bien j’abandonne mon livre comme une vieille chaussette.

J’ai beaucoup aimé le premier chapitre de ce roman où Jodi Picoult détaille la complicité de Diana avec son père, ancien peintre restaurateur d’une superbe fresque à la gare centrale de New-York (celle dans laquelle est tournée une scène de Gossip Girl, la pauvreté de mes références).

Diana a fait carrière dans le domaine du marché de l’art et je me suis régalée à suivre son ascension professionnelle jusqu’à son apogée et visiblement sa chute. Par un coup de poker, elle est arrivée à convaincre la veuve japonaise d’une rock-star (la ressemblance avec Yoko Ono est vraiment évidente) de confier à son entreprise la vente aux enchères d’un tableau inestimable de Toulouse-Lautrec : Le lit.

Sa côte vient du fait qu’il représente une scène sulfureuse dans un lupanar de Montmartre où l’on se transmet la syphilis sans retenue. Jodi Picoult raconte beaucoup mieux que moi la fascination qu’exerce ce tableau sur ses spectateurs.

C’est drôle parce que quinze jours avant de lire ce livre, j’étais au Crotoy et nous sommes passés devant la maison de convalescence de Toulouse-Lautrec.

Mais alors que viennent faire les Galapagos dans cette histoire ? J’y viens mais à pas prudents, de risque de vous spoiler l’intrigue. Finn, le beau chirurgien, convainc sa belle Diana de se rendre aux Galapagos plutôt que de rester confinée à New-York tant que les aéroports sont encore ouverts…

Ce choix pas évident va avoir une incidence déterminante sur l’avenir de leur couple. Qui dans le monde en mars 2020 avait une petite idée de la manière dont allait se dérouler son quotidien alors que la vie quotidienne s’est arrêtée brutalement, que tous nos repères ont été chamboulés…

Certains ont été en première ligne du covid comme Finn et les milliers de soignants qui ont dû affronter une maladie tellement puissante, inconnue et redoutable qu’elle a tué de manière violente. La radicale contamination de son entourage a plongé l’Homme dans un cercle vicieux de culpabilité, insécurité et paranoïa. Bien difficile de retrouver sa vie d’avant…

Paysage côtier aux îles Galapagos. © Getty Images

Finalement, j’ai décidé de ne pas vous dévoiler l’intrigue aux Galapagos pour vous inciter à lire ce très bon roman. Je l’ai trouvé déroutant mais très fin et sensible, fidèle à ce que j’aime lire avec Jodi Picoult. Mais sacrément déroutant…

C’est un roman très réussi qui aborde différents thèmes comme la culpabilité, l’instinct maternel, l’instinct de survie et comment on s’adapte. Le sujet de ce livre traite des mécanismes du cerveau quand il est attaqué par un ennemi fourbe comme Coco le virus. Comment il se défend ou comment il délire à travers des rêves ultra-réalistes.

Moi quand j’ai attrapé le variant anglais, j’ai déliré pendant trois jours avec des rêves farfelus et répétitifs (une même situation grotesque avec une fontaine de ma ville car c’est l’étymologie de ma ville).

Ce livre va vous rappeler des mauvais souvenirs communs que notre résilience nous a convaincu d’oublier rapidement pour ne pas sombrer. Les e-mails de Finn où il raconte sa lutte harassante et décourageante dans l’unité Covid sont déchirants. C’est le personnage le plus attachant qu’on a envie de consoler et de soutenir.

Je conclus cette chronique de livre fort décousue en dédiant cet article (tant pis s’ils s’en battent les steaks, c’est symbolique) à tous les soignants qui ont continué à exercer leur vocation avec des tenues de cosmonautes mais aussi les dentistes, les orthophonistes comme ma pote Marion… Ma dentiste m’a raconté que cette tenue complètement inconfortable, elle a dû la garder pendant un an…

J’aimerai tant que tu sois là, Jodi Picoult, Actes Sud, mai 2023, 400 pages, 23€

D’autres chroniques de romans à retrouver dans ce blog !

-Sauveur et fils, Marie-Aude Murail, L’école des loisirs : Thérapie de groupe

-Enquête policière en cours au Havre : Angie de Marie-Aude Murail

-Un dernier été et Un été à Nantucket : comment Paris-Match a façonné mon imaginaire littéraire.

Romans

Un jeudi saveur chocolat, éditions Nami quand la littérature se dévore…

J’ai découvert les éditions Nami grâce à la box Kube à laquelle, je collabore depuis 2017. J’ai eu un vrai coup de coeur pour Bienvenue à la charmante pension de Cécilia Duenas qui se déroule en Espagne. Kube m’a envoyé deux romans pour l’été Un jeudi saveur chocolat et Le restaurant des recettes oubliées.

Je lis très peu de littérature japonaise mais cette culture que je connais très peu, me fascine. Je me souviendrai toujours de l’extrême courtoisie et gentillesse des touristes japonais, leur amour de la France quand je les conseillais à la librairie du musée du Louvre.

J’ai découvert il y a peu une pâtisserie japonaise Snafle’s Paris, avenue Ledru Rollin qui est devenue ma nouvelle adresse goûter entre copines ! J’aime énormément les petits cafés bien décorés avec une belle carte de desserts et de boissons. Je rêve un jour d’en monter un avec des néons originaux, de la belle vaisselle à mi chemin entre librairie, café et concept-store…

C’est d’ailleurs ce qui m’a beaucoup plus dans ce roman Un jeudi saveur chocolat. Le cadre de l’histoire est un café très cosy où l’on se sent bien pour s’évader de son quotidien à Tockyo. Les effluves de café et de chocolat chaud sont propices à la rêverie, aux rencontres importantes et à l’introspection.

Un jeudi saveur chocolat, Michiko Aoyama, traduit du japonais par Alice Hureau, 18€

Il s’agit d’un roman choral où une vingtaine de personnages convergent plus ou moins directement vers ce fameux café. Il y a le responsable du café qui tombe amoureux d’une cliente, une directrice d’école qui y retrouve une de ses plus anciennes amies. Autour d’une de ces petites tables en bois, les cœurs vont s’ouvrir pour verbaliser l’évident mais aussi ses frustrations, ses doutes et ses incompréhensions.

Ce roman très contemporain se structure en douze chapitres intitulés avec des couleurs, ils se déroulent entre Tokyo et Sydney. La proximité géographique et la confrontation culturelle entre ces deux villes est passionnante.

J’ai beaucoup aimé les premiers chapitres avec l’histoire de la publicitaire un peu perdue pour s’occuper de son fils pendant un voyage professionnel de son peintre de mari. Il a décidé d’être homme au foyer, les mamans de l’école l’apprécient beaucoup et sa femme se sent tiraillée entre ses choix et l’image que la société lui renvoie.

Cette lecture m’a fait sortir un peu de ma zone de confort sur mes lectures, elles racontent beaucoup ma petite société occidentale bien familiale. Avec ce roman, j’ai découvert une société japonaise qui ne fait pas de cadeau à ses membres. Il y a des carcans bien figés comme le fait de se vernir les ongles dans une école maternelle ou montrer des effusions de joie et de sympathie avec une amie dans un café…

J’ai aimé lire comment malgré ces règles ancestrales et assez sévères, les hommes et les femmes de ce livre exprimaient leurs doutes, leurs joies, leurs paradoxes pour affirmer leur identité. Le cadre rassurant du café les aide à tenir bon dans leurs positionnements.

Contrairement à son titre très efficace, ce roman parle peu de chocolat. Mais pourtant tout est savamment bien conçu. C’est une belle réussite marketing avec une couverture cocooning bien réconfortante (signée Léa LePivert) . Il y’a un chat dans le café et ce sont des animaux incontournables de la littérature japonaise.

Michiko Aoyama, son auteure a également écrit La bibliothèque des rêves secrets, best-seller : 300 000 exemplaires vendus comme l’indique le bandeau du livre. J’adore les bandeaux de livres, c’est vraiment chic !

La littérature japonaise fait partie de l’ ADN des éditions Nami qui signifie vague en japonais. Leur slogan c’est un voyage à soi. Cette maison d’édition du groupe Leduc et des éditions Charleston, célèbre la littérature de l’intime. Et cela me plait énormément.

Cette lecture m’a fait beaucoup pensé à la visite guidée que j’ai faite de la chocolaterie Menier à Noisiel début juillet. J’avais déjà écrit sur cette belle découverte architecturale en bords de Marne ici.

Cette fois-ci, je suis entrée dans le saint des saints : le siège de Nestlé et même le moulin Saulnier. C’était au 19eme siècle, la plus grande chocolaterie au monde.

La famille Menier a mis en place un empire industriel qui s’étendait des plantations de cacao au Nicaragua jusqu’à la Tamise, où étaient commercialisées les fameuses tablettes de chocolat.

Le voilier Le Belem a même appartenu à la famille Menier pour convoyait les fèves de cacao au port du Havre. Ce cacao est le motif phare de cette superbe façade Art nouveau avec une armature en acier tout à fait novatrice. Le monogramme M est inscrit partout, on dirait une malle Vuitton. Les briques roses en céramique sont purement décoratives.

J’ai vraiment adoré cette visite avec l’horloge du moulin, les épis de faitage en forme d’étoiles sur le toit. C’est un lieu unique et enchanteur où j’aimerai passer mes vacances au bord de l’eau.

Cela m’a forcément rappelé le moulin de mon arrière-tante Julienne à Wavrans sur Ternoise (toutes proportions gardées quand même).

Je laisse les étudiantes de la Sorbonne vous raconter bien mieux que moi l’histoire de ce lieu unique dans l’industrie agro-alimentaire française. Le guide de la ville de Noisiel, Sébastien, a su rendre cette visite passionnante alors que j’avais lu pas mal de choses sur la chocolaterie sur Internet en amont.

Moi je travaille dans l’industrie du livre mais j’ai vraiment adoré cette visite d’une célèbre marque française. Avec la construction de la cathédrale, la chocolaterie Menier a sans doute vu un peu trop grand car l’entreprise va décliner au cours du 20eme siècle avec les deux guerres mondiales et le crack boursier de 1929.

Mais Menier n’a pas pour autant disparu des rayons de supermarché sous la marque Nestlé.

Nous étions une vingtaine de personnes pour cette visite guidée (8 euros l’entrée) organisée par la ville de Noisiel.

La plupart des visiteurs étaient des retraités un peu nostalgique de leur enfance. Ils étaient touchants car ils avaient de grands yeux d’enfants quand on leur parlait de chocolat et ils espéraient même une dégustation à la fin de la visite.

Chacun était quand même un peu abasourdi de voir un si beau site avec un potentiel touristique si important, aussi peu valorisé. Nous avons visité une magnifique halle en parapluie comme le pavillon Baltard où je marierai bien ma fille dans vingt ans à moitié désaffectée. Rien n’est abimé ou dégradé mais c’est à moitié laissé à l’abandon.

Et il n’y a aucune boutique souvenir à la fin de la visite. Je suis sûre qu’une équipe de muséographie ferait un travail formidable pour créer une belle cité dédiée au chocolat à l’image de celle de Valrhona à Tain l’Hermitage. Monsieur Stéphane Bern, j’en appelle à votre concours !

Retrouvez ici mes précédents articles :

-La haine des clans, quand le musée de l’armée se penche sur un côté obscur de la Renaissance.

-Bienvenue à la charmante pension de Cécilia Duenas, éditions Nami

-Ma pile à livres, films et séries pour préparer l’été

-Fêter Kube avec un beau dîner au jardin des Plantes

Romans

Ma pile à livres et à films pour préparer l’été

Mi-mai, j’ai pris quelques jours de vacances. Je pensais dur comme fer que je rêvais d’arpenter de long en large les rues de mon Paris car depuis que j’habite en proche banlieue, je n’ai jamais le temps de flâner.

Au bout de deux-trois heures dans le quartier Opéra-Grands magasins, j’étais rassasiée de Paris car je n’avais pas anticipé le bruit des voitures, le monde dans les rues même un matin en semaine et le prix exorbitant de toutes les petites consommations sympas comme manger des pancakes en terrasse.

J’ai réalisé que la meilleure détente pour moi c’était d’acheter des bons romans à la FNAC des Halles et d’aller les lire sur mon balcon avec les oiseaux en fond sonore et une bonne citronnade maison.

La meilleure évasion pour moi : la lecture

Désenchantées de Marie Vareille, éditions Charleston, 2022

Très bon moment de lecture même si le premier chapitre du livre m’a glacé le sang. Mais connaissant la plume de Marie Vareille qui sait si bien montrer la profondeur des sentiments comme l’amitié, l’entraide entre femmes, j’ai persévéré. Il s’agit d’un roman générationnel qui se déroule dans les années 2000 dans une petite ville non loin du Cap Gris-nez face à l’Angleterre.

Il raconte une amitié qui a volé en éclats à cause d’une belle-mère franchement toxique et de très mauvais principes d’éducation quant à la masculinité et à la séduction sauvage qui n’a que faire du consentement.

Ce n’est pas un pamphlet féministe qui met tous les hommes dans le même sac. C’est bien plus fort : un roman qui met en scène des adolescentes sans repères parentaux bien solides qui vont être confrontées à des situations insécures, même carrément dangereuses.

Le reflet d’une réalité sociale bien présente quand on entend dans les médias les féminicides de ces derniers mois.

Après l’océan de Laurence Peyrin,2022, Calmann-Lévy

J’ai découvert ce livre grâce au blog de My little pretty books (encore une fois). J’avais déjà lu Ma chérie que j’avais chroniqué ici, une lecture sympa mais pas inoubliable. Je repense souvent à ce roman Après l’océan pour la profondeur des thématiques qu’il traite.

Il raconte comment deux sœurs, rescapées du naufrage du Titanic ont tenté de se reconstruire à New-York les mois qui ont suivis cette onde de choc dans la société américaine. J’ai beaucoup aimé comment l’auteure française a analysé ce traumatisme terrible (reconnu comme tel plus de cinquante ans plus tard) et les réactions humaines plus que maladroites que Letta et sa sœur ont dû affronter.

C’est un très bon livre qui parle de santé mentale avec nuances et intelligence. Il s’agit d’une famille de boulangers anglais qui ont tout vendu pour vivre le rêve américain. Après l’océan n’est pas un livre feel-good où un commerce comme une pâtisserie ou une librairie donne un sens à la vie d’une trentenaire un peu désœuvrée.

Dans ce roman, les tourtes, les brioches et les petits gâteaux préparés en famille sont des souvenirs heureux qui aident à la guérison de l’âme. Un texte puissant et vivant !

Toujours là pour toi, série Netflix adaptée de La route des lucioles de Kristin Hanna.

J’avais déja chroniqué mon coup de coeur pour la saison 1 de Firefly Lane car c’était une belle histoire d’amitié contemporaine. Mais la saison 2 diffusée sur Netflix a pris un tour beaucoup plus profond et dramatique.

C’est d’ailleurs, ce que j’aime avec les séries, elles permettent de bien mieux connaître les personnages, de comprendre les enjeux et les relations qui les font sombrer ou grandir. Le roman permet de mieux comprendre ce qui se passe dans l’esprit de Tully qui a dû mettre en place une sacrée carapace face aux nombreux abandons qu’elle a subi.

FIREFLY LANE (L to R) ALI SKOVBY as YOUNG TULLY and ROAN CURTIS as YOUNG KATE in episode 109 of FIREFLY LANE. Cr. COURTESY OF NETFLIX © 2020

Des séries de qualité qui sondent le caractère féminin avec la charge mentale et les injonctions sociales face à lesquelles on doit se positionner.

Bardot de Christopher et Danièle Thompson, France 2, avec Julia de Nunez, Yvan Attal, Victor Belmondo… Mini série de six épisodes qui raconte la jeunesse de Brigitte Bardot.

Rien n’est plus difficile que réaliser un biopic sur la vie d’une personne encore vivante : Aline de Valérie Lemercier, Bardot… Pourtant Danièle Thompson et son fils ont une grande finesse pour construire des personnages forts en raison de leur complexité psychologique.

Je connaissais mal la vie de Brigitte Bardot. Sa notoriété précoce et soudaine, le fait qu’à partir de 25 ans, sa vie personnelle appartenait à la presse est un véritable drame qui a inspiré cette mini- série de six épisodes.

Des films qui montrent une femme et un homme complémentaires, en équipe pour réussir

Stillwater sur Netflix avec Matt Damon, Camille Cottin, Anne Le Ny et Abigail Breslin.

J’ai bien aimé ce thriller bien joué qui se déroule à Marseille. Bill, un ancien foreur de pétrole de l’Amérique profonde rend visite à sa fille emprisonnée à tort, depuis cinq ans aux Baumettes. On l’accuse d’avoir tué sa petite amie qui vient des fameux quartiers Nord de Marseille.

Aidée par une comédienne de théâtre française (Camille Cottin), Bill va être confronté à l’omerta, au racisme, à l’homophobie qui règne à Marseille et où le choc des cultures complique les choses au point de les rendre absurdes et bien difficiles à solutionner.

La vérité parviendra-t-elle à éclater?

On sourit pour la photo avec Jacques Gamblin, Pascale Arbillot, Pablo Pauly

Quand sa vie de famille menace de voler un éclat, un père tout juste retraité tente le tout pour le tout pour récupérer sa femme. Il joue sur la corde sensible : celle de la nostalgie d’un vieux road trip en Grèce en 1998. Il soudoie ses enfants devenus grands d’y prendre part. Ils vont jouer le jeu car la famille ça ne craint pas tant que ça, cela structure même.

J’ai beaucoup aimé cette comédie où les frères et sœurs se chamaillent comme avant alors qu’ils ont pris des chemins différents, la manie du papa de les emmener voir tous les sites touristiques… De toutes manières dans toutes les sélections Pile à livres, pile à films de ce blog, il y a toujours un film avec Jacques Gamblin

Couleurs de l’incendie avec Benoit Poelvoorde, Léa Drucker, Alice Isaaz et Clovis Cornillac

J’adore les adaptations littéraires au cinéma. C’est l’histoire d’une riche héritière qui se fait complètement plumer par son conseiller financier dans les années 1930. Elle va devoir quitter son hôtel particulier pour vivre chichement. Mais elle va fomenter une vengeance aussi brillante que jubilatoire.

La vengeance, ce n’est pas mon credo mais j’ai beaucoup aimé ce film qui fait beaucoup penser à Un long dimanche de fiançiailles . C’est un film très minéral qui se déroule la plupart du temps dans Paris, au milieu des hôtels particuliers de la plaine Monceau.

J’ai réalisé combien il était important pour moi de compiler dans mes différents bullet journaux les livres et les films qui m’ont vraiment marqué au fil des années. Cela fait aussi partie des moments de vie et des sources d’inspiration. Je suis en train de faire une rétrospective des lectures, films et séries que j’ai aimé depuis 2017, la création du blog.

Retrouvez-ici mes derniers articles :

Un dernier été, comment Paris Match a façonné mon imaginaire littéraire

Vive la sieste, non tu n’es pas forcément un #parent épuisé, tu vis un autre rythme !

Romans

Un dernier été, éditions Les Escales. Comment Paris Match a façonné mon imaginaire littéraire…

Cet automne, j’ai lu d’une traite un excellent roman Un été à Nantucket signé Elin Hilderbrand. J’ai découvert ce livre grâce à la rubrique livres du magazine féminin Elle. Déjà, j’avais adoré la couverture toute simple mais glamour…

J’aime beaucoup les romans historiques qui se déroulent dans les Etats-Unis dans les années 1960.

Un été à Nantucket raconte les vacances d’une famille bouleversée par le départ du cadet, parti guerroyer au Vietnam pendant que ses sœurs se débattent avec leur avenir : l’ainée Blair est enceinte mais son mari la néglige car il s’occupe de la mission Apollo qui doit marcher sur la Lune ce fameux été. Kirby a la vingtaine, elle milite pour les droits civiques et tente de se consoler d’un chagrin d’amour un peu dévastateur.

Enfin, la benjamine, Jessie fête cet été là ses treize ans et commence à devenir une adolescente à la recherche de ses origines, perturbée à l’idée de son grand frère soit tué au combat… Leur mère Kate s’est remariée après le suicide de leur père avec son avocat, un juif new-yorkais.

Elle se débat contre son passé, sa mère Exalta règne en impératrice sur leur maison de vacances et elle juge toujours un peu rapidement ses petits -enfants.

J’aime beaucoup ces sagas familiales qui dressent des portraits psychologiques fouillés d’une large galerie de personnages. J’ai eu un vrai coup de coeur pour les livres de JC Sullivan : Maine, Les anges et tous les saints … qui parlent de la communauté irlandaise huppée de Boston…

Je n’ai jamais mis les pieds à Nantucket mais Paris-Match a bien fait son job : les Françaises de toutes générations sont fascinées par la côte est des Etats-Unis avec les photos de Jackie Kennedy ou de Michelle Obama en vacances à Martha’s Vineyard, l’île voisine.

Un dernier été reprend la même trame : Vivian, une mère de famille d’une cinquantaine d’années qui se donne du mal à maintenir son image dans la mini-société huppée où elle évolue, surtout quand ses enfants font des vagues.

C’est un roman contemporain à l’ère d’Instagram et de la communauté de lecteurs qui suit Vivian, romancière à succès sur l’île. Ce récit est ponctué de flash-back incessants qui expliquent que Vivian est une pièce rapportée à Nantucket.

Elle vient de l’Ohio et a vécu une jeunesse très morose marquée par le suicide de son père et la rigidité de sa mère. Une éclaircie va arriver dans sa vie avec un garçon : Brett Caspian qui va lui composer une chanson inoubliable : Petite chérie. Ils vont se perdre de vue…

La vie de Vivian s’arrête tragiquement puisqu’elle est percutée par un chauffard qui prend la fuite. Tandis que l’enquête policière va suivre son cours chapeautée par Ed, un flic au grand coeur; Vivian arrive aux portes du paradis où elle est guidée par Martha, une femme intraitable qui porte toute une collection de carrés Hermès.

Elle va lui accorder une fenêtre de visionnage pour observer l’avenir de ses trois enfants le temps d’un été ainsi que trois coups de pouce pour intervenir de façon bénéfique si besoin…

J’ai eu un vrai coup de coeur pour ce roman choral et sa galerie de personnages tous aussi intéressants les uns que les autres. J’avais peur d’un délire un peu new age avec le thème de l’au delà. Mais c’est traité avec retenue. C’est même un procédé littéraire efficace qui fait réfléchir sur le deuil, le sens de la vie…

J’adresse un grand merci aux éditions Les escales pour l’envoi de ce livre en service de presse. Il m’a permis de comprendre à quel point j’aimais l’écriture d’Elin Hilderbrand. Je vais étudier avec attention l’ensemble de leur ligne éditoriale.

J’ai lu sur Linkedin que la littérature étrangère était en perte de vitesse dans les librairies françaises. Je suis assez perplexe face à ce constat tant je trouve la littérature anglo-saxonne riche et inspirante.

En attendant, je commence à regarder les guides de voyage de la côte Est des Etats-Unis comme c’est notre projet avec mon mari d’aller fêter nos dix ans de mariage par un road-trip chez les Ricains.

Un dernier été, Elin Hilderbrand, Les escales, parution le 1er juin, 9782365697460,448 pages, 23 €,

Venetian pool, la piscine naturelle en Floride

Retrouvez-ici mes derniers coups de coeur romans :

– Bienvenue à la charmante pension de famille de Cécilia…

Comment le marketing a failli me faire passer à coté d’une très bonne lecture : moi aussi j’ai aimé Le jeu de la dame

15 coups de coeur romans dans ce blog

Romans·Sociologie

Sauveur et fils, série littéraire, superstar du festival du livre de Paris

Ce roman qui clôture une série de sept tomes, j’attends de le lire depuis au moins un an et demi… Un immense merci à l’Ecole des loisirs pour son envoi en service de presse.

J’ai découvert la série Sauveur et fils un peu par hasard via le blog littéraire Little pretty books écrit par Fiona, une bibliothécaire passionnée. Je me lance dans les romans de Marie-Aude Murail les yeux fermés. J’aime sa finesse psychologique pour cerner ses personnages et leur faire vivre des moments de pure émotion.

Les retournements de situations et les moments de vérité sont légions dans cette série. Il m’est souvent arriver d’avoir des frissons ou la larme à l’œil quand les petits patients de Sauveur dénouent les pelotes de leur vie et se libèrent de leurs fardeaux.

Je me revois en 2016 dévorer les deux premiers tomes de Sauveur et fils en quelques jours, lire au soleil au parc Monceau. Puis arpenter toutes les librairies du 20 eme arrondissement pour acheter en urgence le tome 3…

J’étais au chômage pendant quelques mois et cette lecture m’a apporté une forme d’évasion bien réconfortante. Ensuite, il a fallu patienter une année en moyenne pour lire les suivants à partir de la saison 4 car j’avais rattrapé mon retard.

Alors, j’ai relu les précédents tomes pendant mon congé maternité en 2019, pendant le confinement de 2020… Entre temps, j’ai aussi lu la trilogie Angie qui se déroule au Havre…

Les bouleversements sociétaux provoqués par la pandémie sont bien entendu traités par Marie-Aude Murail et sa fille Constance avec qui elle a écrit le livre.

Dans le septième tome, Sauveur et Louise se sont mariés lors d’une fête endiablée. Ils ont accueilli une petite fille Léopoldine et leur maison au 12 rue des Murlins à Orléans est pleine à craquer. On est d’ailleurs reconnaissants aux auteures d’avoir inséré un plan de la maison dessiné par Anne Beauchard.

C’est très utile pour localiser les nombreux personnages : Lazare et Paul désormais lycéens, Alice l’étudiante en fac qui n’a pas perdu sa répartie, Grégoire le petit garçon en vue d’être adopté par Sauveur et Louise, le fameux cabinet du psy et la cuisine qui est le théâtre de cette famille recomposée où ça rit, ça crie, ça se révolte … Bref la vie quoi ! Comme dit Lacan,  » le réel c’est quand on se cogne« 

J’avais un peu peur d’être déçue par ce roman final qui clôture une série de livres que j’ai tant aimé. Que nenni, c’est le plus beau tome de la série !

Sauveur retrouve d’anciens patients dans son cabinet, il suit la route d’autres de loin et il en rencontre de nouveaux… Comme Alix et ses parents qui se retrouvent dans deux camps opposés à cause de la pandémie : les vaccinés et les anti-vax.

Le dialogue est rompu, la confiance vacille dans cette famille. Ces joutes verbales autour de la vérité et de la liberté ont été passionnantes à suivre.

Sauveur se retrouve également à animer avec une médiatrice Ambre un atelier de prise de conscience des violences conjugales avec des prisonniers.

Ces mécanismes d’alliances entre les uns et les autres ont été également passionnants. Cela m’a fait immédiatement penser au film Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry sur le thème de la justice restaurative que je vais aller voir très bientôt.

Comme Jeanne Herry, Marie-Aude Murail mise sur le triomphe du collectif dans son écriture. C’est superbe de lire les collaborations que met en place Sauveur avec l’infirmière scolaire, l’assistante sociale, les médecins généralistes pour aider ses patients.

Ce qui est balèze avec ces romans, c’est que l’auteure se met dans la position du psychothérapeute pour écrire. Avec le personnage d’Ambre, elle décrit une jeune femme qui essaye d’apporter à des prisonniers machos un discours féministe assez engagé mais inaudible pour eux.

Marie-Aude Murail raconte l’incongruité de la situation sans se lancer dans un quelconque jugement de valeur. L’arrivée de sa fille Constance comme seconde plume est fort intéressante car elle apporte des problématiques actuelles moins préoccupantes à la génération de sa mère.

J’émets beaucoup de réserves sur la plupart des sujets de société traités dans ces romans : les alters, les questions sur le genre, les tentations de l’Homme vers l’occulte pour manipuler les autres et surtout les maudire avec des quimbois. Mais ce sont des réalités et j’aime l’espace de réflexion apporté par ces livres. La série Sauveur et fils est classée dans la catégorie Young adult.

J’apprécie beaucoup la qualité de ces romans à l’Ecole des Loisirs : Quatre soeurs de Malika Ferdjoukh fait aussi partie de mes coups de coeur…

Jeudi soir, je suis allée à l’inauguration du festival du livre au Grand Palais éphémère et je trouve que l’Ecole des loisirs est un éditeur majeur dans le domaine de la littérature.

Je suis en train de lire La guerre de Catherine écrit par Julia Billet et adapté en BD par les éditions Rue de Sèvres. Et j’ai adoré les illustrations de Chien Pourri en format géant pour fêter son anniversaire…

Retrouvez-ici toutes les chroniques des livres de Marie-Aude Murail que j’ai lu :

Opération policière et littéraire en cours au Havre : la trilogie Angie

Thérapie de groupe

Romans

Coup de coeur pour le roman Bienvenue à la charmante pension de famille…, une colocation de femmes un peu toquées mais terriblement attachantes !

Je remercie beaucoup Margaux et l’équipe de Kube pour la découverte de ce gros pavé de qualité. Il y a quelques années, la Kube m’avait fait découvrir La vie révée des chaussettes orphelines de Marie Vareille aux éditions Charleston.

Depuis ce groupe éditorial a aussi lancé les éditions Nami, la littérature de l’intime. Vous l’avez compris, j’aime lire des romans feel good mais si c’est plan-plan et fade, je le repère vite ! Moi j’aime les histoires romanesques avec des reliefs. Je suis d’ailleurs une lectrice intransigeante et difficile, capable de laisser tomber une lecture si elle ne me convainc pas les trois premiers chapitres.

J’ai une culture littéraire au ras des pâquerettes : je ne lis aucuns classiques alors que j’ai conseillé les livres de la Pléiade comme libraire… Mais j’ai bien suivi mes cours de français de sixième : les cinq sacro-saintes étapes du schéma narratif. Si la situation initiale est bien amenée avec une présentation intéressante des personnages pour s’attacher rapidement à eux, alors je vais passer un bon moment.

C’était un régal de lire ce roman que j’étais triste d’arriver à la fin du livre et que j’envisage même de le relire.

Il s’agit de l’histoire d’une avocate un peu toquée, Cécilia. Elle vit dans un luxueux appartement à Madrid qu’elle va quitter car son mariage est complètement raté. Elle va décider sur un coup de tête de transformer la maison de ses grands-parents en une pension de famille pour étudiantes. Elle convoque un entrepreneur aussi bourru que rustre. Il ne va pas prendre de gants pour doucher ses rêves de rénovation.

Mais un intéressant jeu romantique va s’instaurer entre eux. Cette pension de famille qui semblait être une idée complètement déjantée va rapidement prendre forme avec l’arrivée de trois colocataires : Noélia, une petite aristocrate à la peau diaphane et si fragile qu’on la croirait en porcelaine, Catalina, une jeune étudiante qui débusque vite quand les autres cachent un secret et Ivana, une jeune russe d’une beauté renversante mais très mystérieuse…

Cécilia va rapidement embaucher Azucena, une femme de ménage qui n’est peut-être pas là par hasard… C’est un beau roman choral qui réunit des personnages tous aussi intéressants les uns que les autres…

C’est un feel good qui parle du deuil, de nouveau départ mais il parle aussi de l’Espagne actuelle avec ses migrants africains qui traversent le détroit de Gibraltar au péril de leur vie pour aller travailler dans les champs de fraises ou vivre de petits boulots comme Justice, le jeune Kenyan d’une vingtaine d’années que Cécilia va recueillir…

Tout est réussi dans ce roman. Le style est fluide, on maintient le suspense avec ces personnages qui ont des vies rocambolesques. Ces femmes vivent des rivalités dans cette maison mais les épreuves de la vie vont les rapprocher…

J’ai beaucoup aimé ce livre que j’ai envie de recommander autour de moi. J’ai eu un vrai coup de coeur pour les éditions Nami dont je vais suivre la ligne éditoriale par la suite.

Retrouvez les éditions Charleston et Nami au festival du livre de Paris 2023 au Grand Palais éphémère du 21 au 23 avril, stand B6, entrée : 5 €

Romans

Le bureau d’éclaircissement des destins, rendre justice après la Shoah

Le mois dernier, j’ai lu Une vie heureuse, un petit texte de Ginette Kolinka avec Marion Ruggieri, court mais dense. Les récits de déportation sont insoutenables. La cruauté gratuite des hommes me choque, me dégoûte et me décourage.

Mais la manière dont les déportés qui ont pourtant été humiliés au plus profond d’eux mêmes, trouvent la force de se relever et de chercher le bonheur mérite le respect inconditionnel.

Je suis toujours perplexe face aux demandes de lecteurs de la box littéraire Kube qui me demandent que des témoignages de déportés. Avec la lecture du roman Le bureau d’éclaircissement des destins, j’ai mieux compris.

Gaëlle Nohant est une plume reconnue dans le domaine du roman historique. Elle a écrit La part des flammes qui raconte un incendie au bazar de la Charité.

Si vous n’avez pas la patate ou la frite en ce moment, passez votre chemin. Ce livre est dérangeant mais utile, nécessaire même. Je vais être honnête, j’ai sauté de nombreux passages dans ma lecture tellement c’était insupportable.

Je savais à travers les cours d’histoire-géographie au lycée que des médecins qui ne méritaient même pas ce titre se sont livrés à des expériences médicales expérimentales sur des femmes juives en bonne santé.

Mais ce roman a cette force émotionnelle de montrer à quel point l’acte est abominable en convoquant les sentiments, l’ironie à travers des dialogues percutants et sans appel. Cette lecture m’a fait pensé à un autre roman historique, une lecture marquante pour moi l’an dernier : Hôtel Castellana.

Le médecin en question dit aux femmes qui ont été capturées : « Soyez sages mes petits lapins« . J’ai refermé le livre avec violence tant j’étais indignée par la déchéance totale d’humanité. Puis, j’ai repris ma lecture car les pages qui racontent l’après guerre avec ces procès historiques m’ont redonné espoir.

Ces bourreaux protégés par le système concentrationnaire n’ont pas eu ce luxe de pouvoir dormir sur leurs deux oreilles dans leur vieillesse. Ils ont été pourchassés jusqu’en Amérique latine pour répondre de leurs actes devant les tribunaux.

La lettre qu’adresse Elsie, une ancienne kapo à sa petite fille pour lui avouer son passé au sujet d’un très beau médaillon est poignant. C’est d’ailleurs le sujet de ce roman. A partir d’une enquête pour restituer des objets spoliés à des déportés, ce roman traite du lourd fardeau de la seconde guerre mondiale que l’on transmet aux générations suivantes.

Qu’ils aient eu des choses à se reprocher ou qu’ils étaient victimes, les personnages de ce livre doivent vivre avec ce traumatisme. Certains s’enfoncent dans le secret et le déni, d’autres osent affronter le passé comme ces frères et ses sœurs qui se rencontrent pour la première fois soixante ans plus tard dans le parc d’une maison de retraite.

L’héroïne de ce roman s’appelle Irène. Elle est enquêtrice au centre de documentation des persécutions nazies dans une petite ville d’Allemagne ayant un lourd passé SS. Elle raconte les jeux de pouvoir au sein de l’institution qui a compté ses brebis galeuses jouant double jeu.

C’est un roman fascinant qui ne cesse de faire des flash- back entre la seconde guerre mondiale, les années 1990 et l’automne 2016. Il parle d’Irène et de sa vie de famille compliquée. Elle a divorcé de son mari allemand à cause de son obsession pour la vérité dans sa belle-famille alors que tout n’était ni tout blanc ni tout noir dans leur passé.

Ce roman raconte ses tourments, ses errements, ses doutes mais aussi ses certitudes les plus sûres pour mener à bien cette vocation, qui est beaucoup plus envahissante qu’un simple métier alimentaire. J’ai beaucoup aimé l’aspect psychologique de ce livre. Il évoque à un moment, l’attentat terroriste contre un marché de Noël à Berlin auquel échappe son fils Hanno. La peur que ressent cette mère se télescope forcément à celles des mères pour leurs enfants dans les camps de concentration.

Ce n’était pas une lecture très joyeuse mais il en faut aussi parfois. C’était une bonne piqure de rappel pour ne jamais baisser les bras, ne jamais capituler face à la cruauté. Car malheureusement, l’Histoire se répète. En ce moment, des enfants ukrainiens sont kidnappés et déportés en Russie.

Je remercie les éditions Grasset pour l’envoi de ce livre en service de presse. J’aime beaucoup cette maison d’édition pour les textes forts qu’elle publie.

Ile de France et Paris·Romans

Ce qui m’inspire en ce moment quand l’hiver est long et rude

D’habitude, l’hiver ne me pose pas vraiment problème. Cette année, c’est très pénible. Après un mois d’octobre historiquement doux et ensoleillé, nous sommes entrés dans un long tunnel nuageux depuis novembre en Ile de France.

Comme si d’épais nuages gris et bas maintenaient le ciel sous une cloche. Aucun rayon de soleil n’arrivait à percer certains jours.

Heureusement, il y a les livres, les séries, les films et les bons moments en famille pour me divertir en cette loongue période d’hibernation forcée.

De bonnes romcom pour mettre un peu d’amour dans cette actualité morose

Avant toi avec Emilia Clarke et Sam Claflin, adapté du roman éponyme de Jojo Moyes.

J’ai bien aimé cette romcom aux faux airs d’Intouchables. L’histoire se déroule dans une petite ville campagnarde en Angleterre. Elle réunit deux jeunes, la vingtaine, que tout oppose.

Lou, vient d’un milieu modeste qui multiplie les petits boulots pour joindre les deux bouts à la fin du mois. Will est un trader de la City, le fils du chatelain du coin. Mais il est coincé pour toute sa vie dans un fauteuil avec les douleurs atroces et quotidiennes de la tétraplégie.

Elle devient son aide-soignante, chargée de la lourde tâche de lui redonner goût à la vie. Cupidon va leur tomber dessus mais ils auront du mal à se projeter dans l’avenir…

Toi chez moi et vice versa avec Reese Witherspoon et Aschton Kutcher, Netflix

Encore une romcom au scénario très classique. J’ai beaucoup aimé le jeu de ces deux acteurs confirmés. Ils sont meilleurs amis depuis vingt ans. Lui a l’air de bien s’emmerder à New-York à faire de l’argent alors qu’il cherche un sens à sa vie. Il a un talent d’écrivain avec un beau manuscrit qu’il cache dans son four.

Sa meilleure amie de Los Angeles va occuper son logement une semaine pour faire une formation qui ne la passionne pas. Elle va renouer avec sa passion pour l’édition grâce à lui. C’est le genre de films que j’affectionne pour me détendre le week-end face à l’inflation et les galères de transport à Paris.

Comme j’ai un peu épuisé mes émissions de télévision fétiches sur France 2 : Ca commence aujourd’hui, Un dimanche à la campagne, La boite à secrets…

J’ai regardé Les rencontres du papotin avec le président Emmanuel Macron et je dois dire que j’ai été bluffée. C’est peu dire que le président de la République est rodé aux rouages de la communication.

En participant aux rencontres du Papotin, il est sorti de sa zone de confort et l’exercice l’a rendu plus sympathique. Ces aspirants journalistes parlent sans filtre, avec leur coeur, dans une démarche de sincérité et d’authenticité qui enrichit cette interview en groupe !

Il y a eu plusieurs moments d’émotions, bien plus en une heure trente d’émission qu’en six mois de campagne présidentielle !

Puis j’ai lu. Des livres assez profonds et graves mais marquants.

J’ai acheté à la librairie Eyrolles Le pavillon des combattantes sur les conseils du blog Little pretty books, ma référence ! Je reconnais que j’ai acheté le livre avant tout car sa couverture me plaisait pour mon fil Instagram.

Son sujet était aussi passionnant : comment une sage-femme un peu délaissée par sa hiérarchie a tenté de contenir une épidémie de grippe espagnole dans une maternité de fortune à Dublin en 1918. C’est bien écrit, l’intrigue est passionnante mais c’était une lecture sinistre pour l’hiver.

Sans vouloir spoiler, c’était décourageant de lire toutes ces femmes qui passent l’arme à gauche les unes à la suite des autres.

En regardant C’est à vous sur France 5, j’ai découvert que Ginette Kolinka avait écrit un second livre avec Marion Ruggieri : Une vie heureuse. Les éditions Grasset ont eu la grande gentillesse de me l’envoyer en service de presse pour écrire une chronique. C’est un récit de déportée lumineux. Cette dame de 98 ans ne s’est jamais départie de son humour pour affronter les épreuves. Elle a eu ses moments de dépression qu’elle n’élude pas dans ses deux autobiographies.

Mais elle a une manière de chérir la vie qui m’a beaucoup inspirée ces derniers temps. Je me plains du froid polaire certaines semaines alors que Marcelline, Simone ou encore Ginette, ces jeunes filles déportées, sous alimentées et humiliées tous les jours ont fait de longues marches en Pologne par des températures extrêmes.

Des expos qui servent de machines à remonter le temps dans l’Histoire.

Cet hiver, j’ai renoué avec les expositions seule ou en famille. Le 31 décembre, je suis allée voir Art déco, France/ Etats-Unis à la cité de l’architecture et du patrimoine.

C’était une belle machine à remonter le temps à l’époque de Downton Abbey quand les dames portaient des robes longues et un carré plongeant à la garçonne comme Lady Mary Crawley. Cette exposition met à l’honneur la mode, les paquebots transatlantiques et leur décoration… Un vrai rêve pour ceux qui aiment l’histoire de l’art.

Et puis gros coup de coeur pour cette exposition vue en famille : Tintin, l’aventure immersive à l’Atelier des lumières. Le prix est élevé mais l’expérience visuelle vaut le détour. Pendant quarante-cinq minutes, on se régale avec un film d’animation très réussi. Les chansons des Beatles, de David Bowie, des Cure nous replongent dans les années soixante même si on n’était pas né. Cela a révolutionné ma perception des musées.

L’expo a plu à toute la famille : ma fille de quatre ans comme les parents trentenaires et les oncles et tantes, la soixantaine.

On a célébré cette journée ensoleillée par un chouette brunch chez Clint. C’est une chouette adresse savoureuse mais comme elle est victime de son succès, on vous presse un peu à débarrasser le plancher… Pas terrible comme accueil.

Cet hiver, nous avons mis à profit certains dimanches matins pour aller nous balader à Paris (le seul vrai moment de la semaine si on veut être peinards tranquilles). Je suis retournée à Montmartre après plus de cinq ans sans visite. On s’est trouvé un chouette restaurant de cuisine française Le basilic, rue Lepic où nous avons été très bien reçus par le patron.

La décoration de cet ancien bureau des postes avec sa cheminée classée, sa pendule avec pierres précieuses et surtout ses plats à poissons m’ ont rappelé la maison en colombages noirs et blancs de mes grands-parents en Seine-Maritime. Dans la rue Joseph de Maistre, il y a deux bonnes adresses à partager : La Bossue pour le goûter et Terrasse Hôtel pour la vue inoubliable sur tout Paris.

A l’heure où je vous parle, l’air est polaire, il y a beaucoup de vent.

Mais le soleil m’éblouie dans le salon. Et le printemps est dans un mois !

Biographies et autobiographies·Romans

Une reine, être femme dans le mellah de Casablanca des années 1930

En novembre, la famille de Gad Elmaleh était à l’honneur avec la sortie du film Reste un peu. C’est un film très autobiographique où l’humoriste a invité ses parents et sa sœur à jouer leur propre rôle. Il raconte l’expérience spirituelle qu’il est en train de vivre et comment il a osé entrer dans une église catholique avec sa sœur Judith quand il était âgé de sept ou huit ans à Casablanca…

Elle travaille dans l’ombre de ses frères Arié et Gad qui sont tous les deux comédiens. Elle participe à l’écriture de ses sketchs et scénarise également. Le sujet de son premier roman m’a vraiment intéressée et m’a permis de mieux la connaître à travers les émissions de télé et les articles de presse.

C’est d’ailleurs, l’article de Paris Match qui m’a vraiment donné envie de lire ce roman. On les a photographié unis, en famille, dans la cuisine des parents. L’article titre : « Il n’y a plus de secrets chez les Elmaleh » et reproduit un portrait de Simha pour raconter son histoire.

Judith sous les traits d’Anna, son double littéraire, se réfugie quelques jours chez sa grand-mère à Casablanca car elle divorce à nouveau. Avec beaucoup de tact et de douceur, elle va aider sa grand-mère Simha surnommée Mimi et jamais Mamie à lui raconter sa vie. J’ai aimé ce roman car il m’a rappelé mes conversations avec ma grand-mère Annette.

Elle m’a transmis son optimisme et sa joie de vivre : relativiser et profiter de ce qui est bon et joyeux quand on saute dans le fossé avec son petit vélo pour se protéger d’un bombardement ennemi dans les années 1940 dans le Pas de Calais.

Ce livre parlera à tous ceux qui ont été enrichis par la transmission de souvenirs et d’expériences personnelles avec leurs ascendants. J’ai eu cette chance avec ma grand-mère et mon arrière tante Julienne, qui ont pris les routes de l’exode ensemble alors que Julienne était enceinte de son premier enfant (pour accoucher sereinement, on a connu mieux).

Simha était une toute jeune fille de quatorze ans dans le mellah de Casablanca dans les années 1930. Sa famille était très pauvre et vivait dans une vraie promiscuité. Pour améliorer le quotidien et fournir des enfants à sa tante stérile et son mari, on lui a organisé son propre mariage sans qu’elle ne comprenne rien.

Dans les premiers chapitres du roman, la narration est confiée à Simha pour se livrer en employant la première personne. Le talent de Judith Elmaleh est d’avoir su retranscrire avec précision et authenticité tous les non-dits, les regards lourds de sens quand on la prépare pour son mariage. C’est une gamine qui ne comprend rien à ce qu’il se passe, elle se demande pourquoi on lui accorde autant d’importance en l’emmenant au hammam pour la préparer comme une reine.

Et ensuite, une fois mariée, on nie carrément son intégrité, son consentement en l’envoyant dans le lit d’un homme bien plus âgé qu’elle : vingt-cinq ans d’écart. Heureusement, elle est tombée sur un homme bon et attentionné qui va aimer deux femmes à sa manière. La situation de Simha aura pu être vraiment catastrophique car comme elle était jolie et très pauvre, le proxénète du quartier commençait à roder dans le quartier.

La bigamie est un sujet sulfureux qui fait glousser sous cape. Mais dans ce roman, il met en lumière les rivalités entre femmes en sourdine, mais bien réelles. Cela devait être acrobatique ces sept enfants brinquebalés entre deux mamans et deux maisons car bien sûr dès que Simha mettait au monde un enfant, on l’envoyait vivre avec la première épouse. Le récit de son premier accouchement quand le couple attend derrière la porte le bébé est déchirant.

En tant que maman, j’ai eu le cœur serré pour cette toute jeune fille qu’on a propulsé dans le monde des adultes sans pouvoir grandir à son rythme. Le vrai sujet du livre, ce n’est pas la bigamie, c’est la construction personnelle pour devenir une femme face au poids de la tradition. Forcément, l’histoire d’Abraham qui prend pour maîtresse sa servante Agar pour avoir une descendance fait écho ici.

Judith Elmaleh fait aussi référence à une autre histoire vraie beaucoup plus contemporaine. Celle de Lady Diana et c’est assez dingue. Comme Simha, Diana a été choisie pour sa jeunesse, sa virginité et sa généalogie pour donner un héritier au futur roi d’Angleterre qui en aimait une autre : Camilla Parker Bowles. Encore une fois, la tradition a été la plus forte. Pour Diana, le traumatisme a été dévastateur car elle mangeait de manière compulsive pour noyer son chagrin.

La grand-mère de Judith, Simha est parvenue à trouver sa place dans cette situation familiale sacrément cocasse. Mais on réalise que dans les échanges avec sa petite fille, elle porte en elle le poids de l’amertume d’avoir été utilisée. La scène où elle regarde un chanteur à la télévision avec l’enthousiasme d’une midinette est touchante, on dirait qu’elle retombe dans l’enfance dont on l’a privée.

L’unité de cette grande famille juive marocaine de sept enfants est assez extraordinaire. C’est l’un des oncles de Judith qui lui confie certains aspects de ce secret de famille pour s’en délester car son père n’ose pas lui en parler vraiment.

Judith Elmaleh décrit avec beaucoup d’affection cette famille que l’on connait de mieux en mieux grâce à Paris Match (ma lecture hebdomadaire favorite).

Le rire est aussi une religion chez eux, il faut être drôle et se répéter pour bien raconter une blague. C’est leur fameux grand père Eliahou qui a transmis cette obligation. Il a bien fait puisque tous les membres de cette famille sont talentueux. Le jeu d’acteurs des parents de Gad Elmaleh dans Reste un peu est assez exceptionnel. J’aime aussi beaucoup Arié Elmaleh dans la plupart des rôles comiques qu’il interprète.

Enfin, ce livre m’a donné envie d’aller visiter Casablanca, cette ville mythique au bord de l’Atlantique. Judith Elmaleh a su écrire un roman sensoriel et tactile qui capte avec excellente l’atmosphère d’un quartier emblématique, le choc entre les cultures françaises et marocaines…

Je remercie les éditions Robert Laffont pour l’envoi de ce beau roman en service de presse. La couverture de ce premier roman est très efficace. Elle donne envie d’aller visiter le Maroc et de mieux comprendre la culture juive du Maghreb par un saut au musée d’art et d’histoire du judaïsme dans le Marais à Paris.

Retrouvez ici d’autres articles consacrés à d’autres personnalités enrichies par la culture juive :

René Goscinny, génie de la BD

-Helena Rubinstein, un empire industriel à la force du poignet

-Adèle Bloch Bauer, muse de Gustav Klimt pour l’éternité.

Romans

1969, été plus dramatique qu’érotique : Un été à Nantucket

Ce roman, je l’ai trouvé bon dès les cinq premières pages et je l’ai dévoré en quelques jours pendant notre week-end en famille à Lille. Je me souviens plus comment j’ai découvert ce livre, je crois que c’était dans les pages littéraires du magazine Elle.

J ‘aime énormément la littérature étrangère surtout quand l’histoire se déroule aux Etats-Unis dans les années 1960. C’est le premier livre d‘Erin Hilderbrand, que je viens de lire et je vais sans aucun doute continuer sur ma lancée. J’apprécie beaucoup sa manière de sonder ses personnages et de créer dès la situation initiale une proximité entre le lecteur et ses personnages.

Cet été, j’ai lu Les affinités sélectives de JC Sullivan car j’ai aimé ses précédents livres : Maine et Les anges et tous les saints que j’ai chroniqué dans ce blog. Ben, c’était nul et creux, ça ne décollait pas même au bout de 400 pages de lecture alors que ses précédents romans étaient très bons.

Un été à Nantucket est également publié par les éditions Les escales. J’aime ces gros pavés en grand format très agréables à lire par leur mise en page. Chaque chapitre porte le titre d’une chanson de cet été là comme par exemple Ring of fire de mes chouchous chrétiens Johnny Cash et June Carter Cash… Le biopic Walk the line est un de mes films favoris.

Ce roman se déroule en deux parties et l’auteure sait ménager son suspens pour tenir ses lecteurs en haleine jusqu’au bout. Il m’arrive souvent de deviner une intrigue deux cents pages avant la fin et c’est très frustrant. Ici, ce n’est pas du tout le cas.

On pourrait définir ce roman comme une chronique de mœurs. C’est une saga familiale qui raconte les tourments personnels d’une mère, Kate et ses trois filles : Blair, Kirby et Jessie. Blair a une trentaine d’années, elle est brillante et aurait pu faire une très belle carrière en poursuivant ses études universitaires. Mais elle s’est mariée à un homme plus âgé qu’elle et sacrément vieux jeu. Il lui donne une fin de non-recevoir quand elle lui annonce vouloir travailler. Elle se désole elle même de ne pas avoir eu le reflexe de se rebeller.

Kirby a la vingtaine. Elle étudie dans une université de Boston et vient d’une famille assez privilégiée. Elle milite activement pour les droits civiques et son militantisme lui a valu quelques arrestations au poste de police. Les conséquences dans sa vie personnelle sont lourdes. Elle a décroché un poste de réceptionniste dans un hôtel de Martha’s Vineyard et tente de prendre un nouveau départ….

Jessie fête ses treize ans durant ce fameux été et pourtant pas grand monde ne fait attention à elle. Par intermittences, sa mère Kate et sa grand-mère Exalta l’emmènent au restaurant ou au club de tennis mais elles se soucient plus de leur renommée sociale sur l’île que d’entretenir une relation personnelle avec elle. Cette pré-adolescente se sent abandonnée par ses sœurs et sa mère alors qu’elle est effrayée à l’idée de perdre son grand frère Tiger qui combat au Vietnam.

Cet été là va être fondateur pour elle car Jessie va expérimenter les premier émois amoureux, l’arrivée de ses règles et surtout la construction de sa personnalité. Elle va éprouver pour sa grand-mère une colère froide et puissante qui va bouillonner sans exploser car ils sont reçus chaque année en vacances chez elle.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il sonde avec beaucoup de justesse la complexité des relations familiales avec cette matriarche Exalta Nichols qui domine sa fille, Kate alors qu’elle va bientôt avoir cinquante ans. Ses petits-enfants qui ont pourtant du caractère font des choix amoureux ou professionnels en fonction de son approbation. Cette famille vit dans un cadre assez huppé entre Boston et Nantucket. Le grand-père a étudié à Harvard, il faut perpétuer la lignée…

En regardant les vlogs touristiques, ce n’est pas dit que j’ai envie d’aller visiter Nantucket car je trouve ça trop classique comme quoi. Mais l’architecture de Martha ‘s Vineyard et ses maisons me plait bien. Il se trouve que mon mari et mon beau-frère ont travaillé plusieurs étés comme saisonniers dans des restaurants ou des hôtels pour tondre la pelouse ou faire la plonge…

C’était une excellente lecture à laquelle je donne la note de cinq sardines (le graal) car je ne me suis pas ennuyée pendant quatre cents pages. J’ai même été tourmentée par les errements de ces femmes de tous les âges : la grand-mère, la mère et ses trois filles. Elles forcent pas mal sur les cocktails car l’alcool leur permet d’édulcorer les moments les moins drôles de leur vie mais on se demande si elles ne vont pas aller droit dans le mur.

A la fin du roman, un nouveau personnage féminin fait son entrée et provoque un beau bazar dans cette maison de famille déjà sans dessus dessous. C’est une jeune femme hippie aussi irresponsable que désagréable qui m’a fait pensé au personnage de Cloud dans la série Netflix, Toujours là pour toi. Je trouve cela intéressant d’aller à l’encontre de la culture du bon hippie peace and love.

J’ai beaucoup aimé ce roman car il met un petit scud à une idée reçue entretenue par les manuels d’Histoire sur les prétendues Trente Glorieuses. Certes, il y a eu le baby boom, l’essor de la société de consommation qui donnait accès à tout un tas de loisirs, de voitures, de produits ménagers pour améliorer le confort des maisons.

Mais le matérialisme n’effaçait pas la violence au quotidien dans les Etats du Sud, les traumatismes de la seconde guerre mondiale vécus par les familles de soldats en Corée ou au Vietnam… Ce roman raconte les vacances d’une famille aisée de Boston qui dîne de homards et boit des cocktails sur les plus belles plages de l’île. Cela ne leur évite pas de sacrément cogiter pour chercher un sens à leur vie.

Il se trouve qu’en lisant ce roman, j’ai lu une interview de l’actrice Julia Roberts qui est née en 1967. Elle raconte que ses parents étaient un peu saltimbanques, un peu fauchés mais avec un sacré bon cœur. Ils vivaient en Géorgie, un Etat pas des plus rigolos à l’époque et ont lié amitié avec le couple King. Ils ont accueillis dans leur école de théâtre, leurs enfants sans discriminations.

Et le couple King a payé les frais d’hôpital à la naissance de l’actrice. Cette amitié qui ne se laisse pas impressionner par la bêtise me fait penser à celle de Darren et Kirby à cette époque…

Retrouvez-ici d’autres chroniques sur de bons romans, de la littérature de qualité.

Maine, quand la maison de vacances cristallise les tensions familiales

-Angie, enquête de police en cours menée par Marie-Aude Murail au Havre

– Mon bilan lecture et ciné de cet été !