Sociologie

Ces cinq rubriques de société qui m’incitent à lire Le Monde au quotidien.

Chaque année, à l’occasion des Journées du patrimoine, le journal Le Monde organise un festival sur son parvis avec un grand nombre de conférences, concerts et visites guidées de son siège situé près de la gare d’Austerlitz.

A travers cet article de blog, j’ai voulu revenir sur les multiples raisons qui me font aimer ce quotidien de référence qui a fêté en 2024 ses 80 ans.

Le Monde a été fondé en 1944 par Hubert Beuve-Méry dont le bureau a été conservé dans le lobby du pilier sud du siège du groupe. Ce quotidien est considéré comme la référence de la presse française à l’étranger. Mon frère qui vit en Australie est abonné au site depuis des années car c’est le moyen le plus synthétique de s’informer pour lui.

Enseigne d’un restaurant à Sozopol (Bulgarie) : le rayonnement du journal Le Monde en Europe…

Quand j’étais au lycée, je lisais plutôt Le Nouvel observateur car mes parents étaient abonnés. Mais depuis vingt ans et le début de mes études à l’université, l’algorithme des réseaux sociaux -Facebook et Instagram confondus- a bien compris mon intérêt pour les questions de société en me proposant des articles du Monde que j’enregistre dans mes favoris pour les lire quand j’ai le temps.

Savoir comment l’Homme fonctionne dans ses relations sociales, les tendances et les modes qui sont les plus populaires sur le long terme, sont autant de problématiques qui me fascinent.

Je pense que vous vous en êtes un peu aperçus en lisant ce blog. Bon nombre d’articles de mon blog ont pu être inspirés par ma lecture du Monde.

Saisir les moments de vérité lors des grands procès médiatiques

Les premiers articles du Monde que j’ai lu sont les récits de procès de Pascale Robert-Diard. J’aime énormément sa manière de raconter les moments de vérité qui se dénouent lors d’audiences très médiatiques et sa manière de montrer l’humanité des victimes comme des accusés, des avocats et des juges. On en apprend beaucoup sur les relations humaines à travers ses articles.

Je les lis avec avidité en ce moment comme elle suit le procès Jubillar. J’ai beaucoup aimé son papier sur le procès des papys braqueurs de Kim Kardashian. Je ne lis pas ses romans car je les trouve trop glauques. Mais j’ai lu que Pascale Robert Diard animait un cours du soir en cinq sessions sur les coulisses des procès et je trouve cela fascinant.

J’ai gardé les coupures de journaux de la série « 1945, un été français » où Pascale Robert-Diard a recensé cent nouvelles minuscules des journaux d’après-guerre pour saisir l’air du temps et les préoccupations des Français. J’ai beaucoup aimé cette série car elle collait beaucoup à tous les souvenirs d’après guerre que m’a raconté ma grand-mère née en 1937. Un filet de la chronique parle de la fin de la pénurie de cacao, une anecdote racontée par la guide de la chocolaterie Menier à Noisiel.

L’analyse de phénomènes de société suscités par le tourisme mondialisé.

J’aime aussi lire les articles de Jessica Gourdon. Sa spécialité est de détailler comment les excès du tourisme contemporain ont des effets directs sur la géographie et la sociologie des villes et des campagnes. Récemment, je me suis régalée à lire ses derniers articles consacrés au Giverny business ou encore à la disneylandisation de Montmartre. Nous étions sur la Butte lors du dernier lundi de Pâques et nous avons vu les banderoles des habitants excédés par le surtourisme dans leur quartier.

Depuis, je guette ses articles comme celui qui traitait des donuts, cookies et autres gaufres qui concurrencent sacrément la restauration traditionnelle. Comme je suis quelques comptes lifestyle qui parlent des quartiers de Paris : Le paris food d’Alex, Salut Brian, Florin de France… ces questions de société me passionnent.

J’ai beaucoup aimé suivre sa série de l’été intitulée En croisière. En cinq épisodes, Jessica Gourdon détaille la vie quotidienne des passagers mais aussi de ceux qui travaillent sur ces énormes paquebots entre Marseille et Barcelone. Un large état des lieux qui m’a fait réaliser que la croisière ne s’amusait pas tant que cela en 2025…

Cet été, j’ai également lu au bord de la piscine, Successions 1 et 2, les recueils de portraits de familles de grands industriels français : Ricard, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré, Hermès,etc…

Raphaëlle Bacqué et Vanessa Schneider, journalistes au Monde ont retracé leurs enquêtes dans les séries d’été du journal. J’aime beaucoup les petites histoires people mais j’ai trouvé ces portraits très profonds et révélateurs de la société française en cols blancs.

C’est Albin Michel qui a publié ces deux livres de qualité. Edition et presse font souvent bon ménage puisque les journalistes du Monde sont souvent sollicités pour écrire des livres et c’est une caution de sérieux quand je lis un essai pour moi.

Ils aident aussi les sportifs ou les personnalités à accoucher de leurs mémoires ou leurs souvenirs. C’est d’ailleurs le cas de Violette Dorange, la benjamine du Vendée globe qui publie son premier livre : Mon premier Vendée Globe chez Gallimard le 9 octobre prochain.

Les séries de l’été du Monde : un autre regard plus doux sur l’actualité.

Enfin, la dernière série de l’été 2025 que j’ai énormément apprécie s’intitule Exils. Il s’agit d’une trentaine de portraits d’hommes et femmes de tous âges qui ont quitté leur pays pour s’adapter tant bien que mal en France. Rédigés par une équipe de journalistes d’horizons différents, j’espère que cette série sera adaptée en livre. Ces témoignages seraient un beau moyen de faire obstacle au racisme ambiant dans notre pays à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

J’aime aussi lire le magazine du Monde même si je goûte peu à la mode qui est omniprésente selon les numéros. J’ai beaucoup aimé le numéro consacré à l’héritage culturel de Marcel Pagnol et les remous que cela suscite avec la mairie de Marseille. Il y a eu aussi un vaste article consacré aux deux avocats de Gisèle Pélicot après le procès de Mazan.

Chaque lundi matin, je guette le supplément papier L’époque pour ses rubriques tourisme et ses témoignages du quotidien. Comme j’ai beaucoup les anecdotes people, je suis avec attention la rubrique Un apéro avec. Dernièrement, j’ai beaucoup aimé l’interview de Mayane, actrice porteuse de trisomie 21 qui a cartonné dans l’émission Danse avec les stars.

Je vous recommande la rubrique Intimités sur le site internet qui aborde la parentalité, l’amour et l’amitié. Je ne rate aucun article de séries comme Comment je me suis disputée, S’aimer comme on se quitte, Amours de jeunesse… car c’est le meilleur reflet de la société française contemporaine dans sa diversité selon moi.

Et vous quels journaux suivez-vous depuis longtemps? Est-ce que ce sont des titres que vos parents vous ont transmis ?

La Vie, Le Monde, Elle, Le Parisien, ces journaux patrimoniaux nés après guerre.

Sociologie

Bannir « Ok boomer » de son vocabulaire pour bénir l’expertise et l’expérience de nos ainés.

Le 5 mars dernier, c’était la fête des grands-mères. Il s’agit d’une opération marketing vieille d’une trentaine d’années. C’est la marque de café Grand’mère qui a lancé cette idée de fête, une véritable aubaine pour les fleuristes et les chocolatiers.

Je ris sous cape pour plusieurs raisons : il n’y a pas encore de fête des grands-pères d’une part (pourquoi donc, d’ailleurs ?) et surtout les seniors sont vite cachés par la publicité. C’est d’ailleurs ce que dénonce Laure Adler dans un documentaire percutant : La révolte des vieux dans l’émission Infrarouge. J’ai appris en regardant ce documentaire une expression affligeante : « Ok boomer » qui veut dire à peu près : « Cause toujours vieux ».

Je suis assez catastrophée par cette société actuelle fort clivante, elle met en concurrence les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes alors que l’entraide est tellement plus constructive. Dans mes derniers postes, j’ai eu la chance de travailler avec des amours de collègues : Gérard, Brigitte et Joëlle…

Ils m’ont beaucoup appris sur mon métier et ont été de bons conseils quand je suis devenue propriétaire non sans mal… On a besoin de l’expérience des ainés, d’un historique pour traverser les moments difficiles car ils vont te dire, « t’en fais pas, j’en ai connu d’autres »…

Si demain on demande aux seniors de travailler jusqu’à 64 ans alors il faut changer vite fait d’état d’esprit et valoriser leur savoir-faire…

Personnalité médiatique reconnue, Laure Adler est l’une des animatrices de télévision les plus âgées du PAF. Cependant, elle a du se battre face à de nombreux stéréotypes. Elle est désormais septuagénaire et se sert de sa position pour dénoncer ces comportements.

J’ai beaucoup aimé dans son documentaire sa bonne idée d’aller interroger des collégiens de banlieue sur leurs grands-parents. Unanimement, ils reconnaissent que la vieillesse les dégoute mais que leurs grands-parents sont les adultes pour lesquels ils ressentent le plus d’affection.

Le mois dernier, j’ai lu Une vie heureuse de Ginette Kolinka, 98 ans. J’ai beaucoup regardé ses vidéos sur les différents plateaux télé avec des youtubeurs pour sensibiliser les jeunes générations à ne jamais oublier et accepter les génocides à travers son histoire.

Elle s’exprime à la perfection avec humour et répartie tout comme Edgar Morin, centenaire interviewé par Laure Adler dans son documentaire. Cela me chagrine beaucoup de réaliser qu’on n’écoute presque plus les vieux quand ils ont du mal à s’exprimer, quand ils butent sur les mots…

Valérian, Claude et Josette, 10, 6 millions de vues sur Tiktok, @valeriandh

Je les ai découvert un peu par hasard. Ils composent avec leur petit-fils Valérian un trio à la fois comique, drôle et attendrissant. Sans ses grands-parents octogénaires, Valérian (27 ans) serait un Tik -Tokeur parmi tant d’autres.

Avec eux, il joue sur les anachronismes, le décalage entre leurs habitudes de vie est savoureux et surtout la transmission qu’ils partagent, le temps qu’ils aiment passer ensemble, cela résonne très fort en nous… Après, tous nos papis et mamies ne sont pas des acteurs nés comme ces deux-là et je n’aurai pas le talent de vidéaste et de scénariste de Valérian.

Mais ils racontent ensemble le quotidien, les bonheurs tout simples un peu comme Scènes de ménages sur M6. Quand ils ont commencé à faire des partenariats rémunérés avec des marques, je les ai jugés à la va-vite, qu’ils incitaient leur audience à la consommation.

Mais en visionnant le documentaire La révolte des vieux, j’ai réfléchi. Si la publicité traditionnelle met les anciens au placard, autant crever l’écran sur Tiktok.

Les réseaux sociaux sont pétris de paradoxes. Instagram glorifie le corps jeune et lisse à grands renforts de filtres et autres images artificielles où l’on chasse le naturel.

Et le naturel revient au galop avec ces vidéos très second degré, pleines d’autodérision où l’on assume qui on est. Tik tok brise la barrière de l’âge tant qu’on est marrants. Mais avec d’autres injonctions comme celle de faire le plus de vues…

J’ai beaucoup aimé ce reportage car il raconte aussi les petites misères de devenir vieux. Claude et Josette savourent leurs 60 ans de mariage car ils sont très complices mais ils ont aussi leurs moments de mou.

Tous deux décrivent la vieillesse comme une expérience à vivre. Mais Josette parait plus anxieuse que Claude face à la vie qui décline. Ils s’estiment chanceux d’être ensemble alors que bon nombre de leurs amis sont veufs.

Le veuvage, c’est d’ailleurs le thème de ce roman américain adapté en film par Netflix : Nos âmes la nuit. C’est l’un de mes romans favoris que je recommande massivement pour la box littéraire Kube à laquelle je collabore. Il parle de complicité, de solidarité face à la solitude. Ces deux septuagénaires vont choquer tout le pâté de maison dans leur petite ville du Colorado.

Cela va vite se savoir qu’ils se rejoignent tous les soirs en catimini pour affronter la nuit ensemble. Partager l’intimité d’un lit est plus taboue que d’avoir une liaison. Aux Etats-Unis, Jane Fonda et Robert Redford jouent dans de nombreux films alors qu’en France, les vieux ne sont pas cinématographiques.

Pire, imaginer qu’ils puissent encore avoir une sexualité choque dans le pays de Mai 1968. Les jeunes peuvent multiplier les plans cul, se mettre en trouple au nom de la liberté, mais on sépare les couples dans les Ehpad en les mettant en chambres individuelles. C’est révoltant.

Il y a des années, j’ai lu le livre de Thérèse Hargot, Une jeunesse sexuellement libérée ou presque, édité par Albin Michel. Thérèse intervient dans les collèges et lycées mais aussi auprès des parents, elle consulte en tant que sexologue dans son cabinet parisien. Elle explique dans son livre que depuis mai 1968, la sexualité est enchainée à la notion de performance physique à cause de la pornographie, manuel éducatif dévastateur des adolescents.

Au lieu de se sentir libres et épanouis, les jeunes ont la trouille de passer pour un mauvais coup. Alors des seniors qui ont une hanche en titane ou un corps flétri, les imaginer faire l’amour cela dérange.

Car la sexualité induit la performance physique dans l’imaginaire collectif. Et alors quid de la tendresse, de l’affection, de l’engagement ?.

La dernière conquête du major Pettigrew, est l’un de mes romans favoris. Il raconte comment un vieux major, aristocrate anglais va tomber amoureux de l’épicière pakistanaise de son village. Tous les deux sont veufs, ils se rencontrent dans un grand moment de vulnérabilité du major qui vient de perdre son frère.

Ce roman parle du deuil mais aussi de la filiation quand père et fils ne se comprennent en rien. Les joutes verbales entre le major et son fils sont formidables. Elles expriment deux formes de masculinité où les égards envers les femmes sont considérés comme ringards mais tellement essentiels pour garder une femme auprès de soi.

Enfin, cette réflexion sur la vieillesse à travers ce documentaire est indissociable d’une BD formidable Le plongeon éditée par Grand angle. Elle raconte l’histoire d’une femme âgée qui va vivre en maison de retraite.

Elle va y rencontrer une bande de copains qui ont envie de revivre leur jeunesse avant de tirer leur révérence. Cette lecture m’a beaucoup émue, j’ai pensé à ma grand-mère Annette qui a vécu les derniers mois de sa vie en maison de retraite. Cette BD montre comment on infantilise les personnes âgées en les coupant de leur indépendance financière, affective, sensuelle tant leur dépendance physique est terrifiante.

Mais même à quatre-vingt dix ans dans une maison de retraite, on a besoin de sensualité. Le désir n’est pas seulement d’ordre sexuel, c’est un moteur de vie pour aider à avoir envie de se lever le matin.

J’ai beaucoup aimé dans le reportage d’Infrarouge le témoignage d’une petite dame qui quitte sa maison pour aller vivre dans un béguinage pour ne pas être isolée. On sent toute l’émotion qu’elle ressent dans ce changement de vie douloureux mais nécessaire. Elle mesure à quel point c’est difficile de quitter ses amis surtout les bons.

Ce documentaire La révolte des vieux m’a montré une peur terrible : j’ai peur de vieillir car la société ne vous fait pas de cadeaux quand on aborde l’autre versant de la vie. Je traque le moindre cheveu blanc car ma mère et mon grand-père ont eu la chance de ne pas voir leurs cheveux blanchir.

Je me rends compte qu’à chaque décennie de l’existence qu’on ait 20 ans, 30 ans, 40 ans, 50 ans… il y a des rythmes différents et que tu n’as pas intérêt à louper le coche. Heureusement que Dieu me donne la foi pour voir les choses autrement. La grande erreur de cette réforme des retraites est de se focaliser sur un chiffre : un âge alors que chacun vit un rythme de travail différent, avant même de parler de pénibilité.

Retrouvez sur mon blog les articles consacrés à la maternité, ce milieu de vie passionnant mais bien fatigant aussi…