
C’est l’exposition phare de ce printemps pour célébrer les quarante ans du musée d’Orsay. Il s’agit d’une grande rétrospective consacrée à Renoir, le peintre du bonheur et de l’amour. La dernière exposition d’envergure qui lui fut consacrée date de 1985.
Je suis un peu partagée au sujet de l’œuvre de Renoir. Pour moi, ce peintre impressionniste, mondialement connu, s’est retrouvé associé aux boites à gâteaux de mamies avec ses scènes de genre un peu surannées.
Mais c’est aussi un des chefs de file de l’impressionniste dont les tableaux sont partis dans les plus grands musées du monde ou dans les collections privées car leur prix se sont envolés sur le marché de l’art. On évalue la production artistique de Renoir à plus de 4000 tableaux, il était également sculpteur et dessinateur.
Je n’étais pas la seule à aller voir l’expo Renoir et l’amour, un vendredi midi…
Comme je le craignais, j’ai visité l’exposition Renoir et l’amour dès les premiers jours d’ouverture, un vendredi à la pause déjeuner avec 250 paires d’yeux qui se posaient sur les mêmes tableaux que moi, au même moment. Nous n’avons pas joué des coudes (on est civilisés tout de même) mais je ressens vraiment une sorte de frustration face à ce surtourisme constant dans les musées.
J’ai voulu aller voir cette exposition car Renoir est le peintre du bonheur, la joie de vivre exprimée dans les guinguettes et les bals populaires. Dès le 19eme siècle, Renoir a su capter la solitude croissante de la vie urbaine, un des effets néfastes de l’industrialisation de la société.
J’ai donc choisi deux tableaux emblématiques de cette exposition pour analyser en quoi ils sont révélateurs de cette modernité heureuse, revendiquée par Renoir les vingt premières années de sa carrière (1865-1885).
La grenouillère (1869)
J’aime beaucoup ce tableau qui se déroule sur une petite île de Croissy sur Seine, non loin de Chatou. La composition est vraiment audacieuse et la manière dont sont représentés les mouvements de l’eau sont ingénieux : c’est le génie de l’impressionnisme. Ce tableau est révélateur d’une société parisienne qui vient s’amuser sur les bords de Seine : les fameuses guinguettes !

Le déjeuner des canotiers, 1880-1881 : la plus belle scène de genre de l’histoire de l’art selon moi.
Il fait bon vivre du coté de l’ile des impressionnistes à Chatou, sur les bords de Seine. Le restaurant Fournaise où cette mythique scène a été peinte est toujours en activité, on peut même visiter le hangar à canots et autres yoles, comme à l’époque.

Renoir en révait depuis longtemps d’un tableau avec des canotiers. Lui qui aime tant les fêtes galantes peintes par ses ainés du 18eme siècle : Watteau, Fragonard et Boucher. Parmi les treize convives de la plus belle scène de genre de l’histoire de l’art selon moi, on reconnait Aline Charigot, la maîtresse du peintre avec son petit chien, mais aussi Gustave Caillebotte
Ce tableau me fascine depuis le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Amélie a pour voisin Raymond Dufayel, un homme retranché chez lui à Montmartre car il souffre de la maladie des os de verre. Il reproduit chaque année le tableau Le déjeuner des canotiers, conservé à Washington dans une collection privée américaine. Amélie se lie d’amitié avec lui et il va l’aider à briser sa carapace grâce aux personnages du tableau, prétextes pour évoquer l’enfance et les sentiments d’Amélie.
Je voudrais écrire une thèse en quarante pages sur le film Le fabuleux destin d’Amélie Poulain tant il est représentatif du Montmartre de carte postale que nous aimons tant.
Mais le sujet c’est Renoir ! Je pense que Jean-Pierre Jeunet, le réalisateur du film a choisi un tableau de Renoir car il a longtemps vécu une vie de bohème à Montmartre à l’image de l’un de ses tableaux les plus connus : Le bal du moulin de la galette, conservé au musée d’Orsay. Par ailleurs, la balançoire qui a inspiré son tableau du même nom est conservée au musée de Montmartre dans le jardin.
2026, c’est aussi l’année du centenaire de la mort de Claude Monet. Renoir et Monet étaient de la même génération, ils ont tous les deux connus cette gloire sur le tard. Ils étaient amis et Auguste Renoir a réalisé de nombreux portraits de la famille de Claude Monet.
En fin de compte, je réalise que même si je trouve souvent qu’une énième exposition sur l’impressionnisme manque d’originalité, je m’y déplace quand même, c’est affectif. Ce sont des scènes du quotidien familières qui nous rassurent et qui continuent tout de même de nous émerveiller.
Je vous recommande la visite de la maison de Monet à Giverny dès les premiers jours d’ouverture quand le printemps pointe tout juste son nez.

Renoir et l’amour, La modernité heureuse (1865-1885), Musée d’Orsay, du 17 mars au 19 juillet 2026. Nocturnes le jeudi soir jusqu’à 21h45 : tarif réduit 12€.
Ces expositions parisiennes que j’ai vu durant l’hiver 2025 :

