L’an dernier, en petite section, ma fille a appris des comptines autour des galettes des rois de l’Epiphanie. L’occasion en or de relire le classique Roule galette publié en 1931 (la même année que Babar, le petit éléphant).
C’est l’un des classiques des albums du Père Castor, une collection historique et patrimoniale des éditions Flammarion. Les albums du Père Castor ont, comme les albums de Babar, apporté de vraies innovations révolutionnaires pour la littérature jeunesse.
L’éditeur Paul Fauché s’est appuyé sur les fondements d’une éducation nouvelle qui visait à encourager les enfants à être des lecteurs plus autonomes, sans forcément compter sur leurs parents. Avec l’institutrice de petite section de ma fille, j’ai compris que regarder une image c’était aussi apprendre à lire.
Roule galette est l’adaptation d’un conte traditionnel russe raconté par Natha Caputo et illustré par Pierre Belvès. Il met en scène un couple de vieux paysans qui habitent dans une petite maison dans les bois. Laissée sur le rebord de la fenêtre pour refroidir, la galette va se mettre en mouvement et fausser compagnie à tout le monde.
C’est ce que j’aime le plus dans ce conte (c’est avant tout pour moi que je le lis à ma fille, j’avoue). La galette est si belle toute dorée, elle est maline et rapide… jusqu’au moment où en rencontre plus malin qu’elle…
Pour écrire cet article, j’ai pu compter sur la mine d’or de contenus de France Inter notamment son émission bien connue L’as-tu lu mon petit loup de Denis Cheissoux.
Le choix des animaux comme personnages car les animaux ne racontent pas de bobards
Cette émission analyse que les animaux étaient omniprésents dans la littérature jeunesse des années 1930 : Roule galette, Poule rousse, Babar, Le lion de Kessel… car les animaux apportent une parole vraie, bien utile à l’enfant. A partir des années 1970, les animaux vont peu à peu perdre du terrain dans les albums jeunesse avec des enfants comme héros.
J’ai aussi lu que les albums jeunesse en France ont été inspirés par la nouvelle école du livre russe et le constructivisme de Malévitch et consorts… C’est le cas des Contes du chat perché de Marcel Aymé, de Michka, un autre classique des éditions du Père Castor…
J’aime beaucoup Roule galette pour le rythme assez entrainant de cette ritournelle, la stylisation des dessins totalement intemporels, la mise en page en médaillons et l’usage des doubles pages qui sert à captiver les enfants et leurs parents. Comme le souligne les journalistes de France Inter, « la façon dont la narration de l’image est amenée renforce la portée émotionnelle du texte « .
Enfin, cet album classique des années 1930 séduit encore les enfants au 21eme siècle grâce au travail de transmission fait par les enseignants, les parents et même les jeunes eux-mêmes sur Tiktok avec cette superbe chorégraphie d’un dessin animé phare des années 1990.
Retrouvez ici d’autres articles consacrés aux trésors que l’on se transmet de générations en générations.
Il y a une biographie qui me fait de l’oeil depuis des mois : La splendeur des Brunhoff, de Vogue à Babar, de la Résistance à Nuremberg, d’Yseult Williams. Elle est sortie cette année en 2020 et le petit éléphanteau sur la couverture m’a rappelée des excellents souvenirs d’enfance.
En moyenne section de maternelle, tous les enfants de ma classe étaient déguisés en Babar pour le carnaval et j’ai longtemps gardé la petite peluche dans ma chambre. Je relisais le soir les vieux albums de mon oncle qui a trente ans d’écart avec moi, notamment Babar chez le Père Noël et la fameuse double page qui montre l’atelier du vieux !
Vingt ans plus tard, je deviens libraire après mes études dans les métiers du livre. Babar est avec Martine et Caroline une référence incontournable de la littérature jeunesse européenne. Il fut même l’objet d’expositions universitaires ou grand public à la BNF ou au musée des Arts décoratifs en 2012.
Le résumé :
Cette biographie raconte le destin d’une famille arty à la fin du 19eme siècle jusqu’aux années 1950. Cette famille aristocrate d’origine germanique a l’édition dans le sang puisque le patriarche Maurice fit une belle percée aux Etats-Unis vers 1900 mais ce seront véritablement ses enfants qui feront un tabac sur la scène européenne. Michel de Brunhoff associé à son beau-frère Lucien Vogel révolutionnera la revue de mode en étant l’ambassadeur de la haute couture française à travers la revue Vogue, propriété du magnat américain Condé Nast. Le petit-frère de cette fratrie est Jean de Brunhoff, le papa de Babar, un génie de la littérature jeunesse qui s’éteindra en 1937 d’une tuberculose osseuse dévastatrice.
La maladie, le deuil, la déportation et les revers de fortune, rien ne sera épargnée à cette famille qui a traversé les deux guerres mondiales avec noblesse et bravoure à l’image de Marie-Claude Vaillant-Couturier, reporter de guerre engagée contre le fascisme dès les années 1930.
Mon avis :
Soyons honnêtes, cette biographie historique parle peu de Babar (trois ou quatre sur la vingtaine de chapitres du livre), elle parle beaucoup de la haute couture française et de son histoire moderne. On peut dire que Babar et son créateur Jean de Brunhoff sont des personnages secondaires de cette saga familiale.
Mais pourtant, ce sont eux que l’Histoire retient parce que Babar est intemporel, il séduit toutes les générations d’une famille. C’est Jean de Brunhoff qui a rendu si populaire son nom de famille à travers son oeuvre enfantine tellement attachante.
Mais ce sont son frère Michel et son beau-frère Lucien Vogel qui l’ont lancé de manière industrielle en coulisses.
Ces deux-là sont deux mondains incontournable du paysage culturel, politique et artistique des années 1920. La splendeur des Brunhoff est un véritable Who’s who à chaque page.
On se moque un peu de savoir le nom du Président de la République de l’époque (Daladier? Reynaud? Doumergue?). Entre 1920 et 1940, ce sont les peintres des avant-gardes, les couturiers, les photographes… qui révolutionnent la société française.
Cette biographie est du même tonneau et très contemporaine de l’histoire d’Hélèna Rubinstein que j’ai chroniqué dans ce blog dernièrement. Ils côtoyaient les mêmes personnalités : Coco Chanel, Jean Cocteau, Picasso… mais les Brunhoff ne se cantonnaient pas aux crèmes de beauté. Ils avaient un impact considérable sur le journalisme, la presse de mode, le mécénat artistique… à travers les revues Vogue et Vu.
Avec eux, on voyage aussi entre Europe et Etats-Unis. Je me suis régalée avec ce livre qui raconte les artistes exilés à New-York comme Man Ray, André Breton, Marcel Duchamps, ça m’a rappelé mes cours d’art moderne à l’Ecole du Louvre. Décidément, le sujet de l’exode durant la seconde guerre mondiale me poursuit (voir mon avis sur l’exposition 1940, Les Parisiens dans la guerre). C’était intéressant de réaliser que même les plus fortunés ont vécu la misère sur ces routes de France dans des conditions abominables.
Les parents de Marie-Claude Vaillant-Couturier : Cosette de Brunhoff et Lucien Vogel COLLECTION PERSONNELLE THOMAS GINSBURGER
Ce n’est pas un livre joyeux joyeux à lire en ce moment. Mais c’est un livre très utile, un manuel d’Histoire de l’intime. J’ai découvert la vie de Marie-Claude Vaillant Couturier, une résistante héroïque et totalement altruiste.
Un quai de Seine porte son nom dans le 4eme arrondissement. Comme dirait ma grand-mère Annette, elle en avait dans le sac cette Maïco. Je vous détaille ici un passage du livre qui a failli me faire tomber de mon siège dans le métro. Il raconte l’interview manquée de Lucien et sa fille d’ Adolf Hitler en 1933 à Berlin.
« L’équipe de Vu se rend à un meeting d’Hitler au palais des sports de Berlin la veille de l’interviewer. Juste à côté de Lucien, une petite dame aux cheveux gris pique une crise d’hystérie. Elle a l’air ensorcelée. La transe se propage comme un virus considérablement contagieux« .
C’est un livre sur l’engagement autant en amitié qu’en politique, une saga familiale d’une famille bourgeoise avec des idéaux forts comme la loyauté, l’entraide familiale. On se dispute peu dans cette famille mais on sent qu’on s’y aide beaucoup. C’est un livre qui raconte des choses tristes mais avec beaucoup d’espoir et de poésie.
C’est d’ailleurs la conclusion de l’auteure dans l’épilogue du livre. L’auteure raconte l’émotion des deux frères de Brunhoff, Laurent et Matthieu qui redécouvrent le manuscrit original de Babar à la Morgan library de NewYork. Une histoire du soir qui a séduit les enfants du monde entier. Le mot de la fin revient à Babar dans ce livre.
Babar a été traduit dans vingt-six langues, ses vingt-quatre albums ont été vendus à plus de treize millions d’exemplaires. Les petits écoliers de Chessy ont une école qui s’appelle Cornélius en hommage à la famille de Brunhoff qui habitait dans une belle villa. Babar c’est une superbe réussite française un peu à l’image d’Astérix d’un autre grand génie, René Goscinny avec Albert Uderzo.
Ma note : 5 sardines
Ce n’est pas mon meilleur article car j’ai eu beaucoup de mal à synthétiser en quoi ce livre m’a passionnée. Mon ami Anthony de la box littéraire La Kube me l’a recommandé comme l’un de ses coups de cœur.
C’est une biographie « éléphantastique » pour reprendre le bon mot d’un critique d’art, que je vais me dépêcher de transmettre à ma mère. C’est elle qui m’a transmis le goût pour l’Histoire et la culture générale. Comme elle était de corvée de costume Babar pour le carnaval en maternelle, je pense que c’est une belle récompense de lui offrir ce livre.
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