
Comment tirer un bilan de 2024 sans parler du procès historique des viols de Mazan ou affaire Pélicot ?
J’ai découvert cette affaire sordide il y a quelques années dans Paris-Match et j’ai mis un mouchoir dessus : j’espérais tellement que ce soit un canular, une fake news tant une telle trahison dans un mariage uni me paraissait scabreuse. Et qu’ on trouve une telle quantité de gros pervers dans un rayon de 50 kilomètres pour participer à cette déviance m’a vraiment découragée de l’humanité. Mazan, c’est un petit village tranquille du Vaucluse.
Un procès historique car la victime de ces viols de masse est une septuagénaire qui proclame que la honte va changer de camp.
Début septembre, la France entière découvre le visage et le nom de Gisèle Pélicot bien protégée un premier temps par ses lunettes de soleil toutes rondes. Les artistes de street art vont rapidement en faire une icône dans leurs collages dans les grandes villes françaises. J’avoue que cela m’a fait du bien de voir les collages de Ladamequicolle à Toussaint à Lille.
Cet article ne va pas s’étendre sur les horreurs perpétrées par Dominique Pélicot et ses co-accusés. J’ai envie de souligner le rôle de tous ces anonymes qui ont refusé de laisser le champs libre aux violeurs, à ceux qui intimident les femmes dans la rue par leurs propos graveleux ou ceux qui filment sous les jupes des femmes dans les supermarchés.
Ce vigile de supermarché qui a permis l’arrestation de Dominique Pélicot n’est pas un héros, il a fait son métier avec conscience professionnelle. Il n’a pas tergiversé, il a nommé un chat un chat et surtout il a encouragé une des clientes à porter plainte.
En septembre, souvent nous parlions du procès Pélicot à table entre collègues car nous avions besoin de digérer ce que nous entendions au journal télévisé et de se révolter ensemble sur cette forme de deshumanisation totalement banalisée.
J’espère que ce procès fera prendre conscience qu’un corps n’est pas un objet mais une personne dont on cherche le regard et donc le consentement.
Dans tout ce désordre éthique, j’ai beaucoup aimé l’éditorial d‘Antoine Nouis, qui est théologien : « La sexualité humaine diffère de la sexualité animale en ce que le partenaire n’est pas qu’un objet sexuel, il est d’abord un visage. Bibliquement, la sexualité n’est pas l’assouvissement d’un besoin, elle est la rencontre de deux solitudes, de deux visages qui se cherchent et se désirent, se rencontrent, s’unissent et parfois se réjouissent« .
Plus tôt dans l’année, j’avais lu l’essai de Thérèse Hargot sur les dommages irrémédiables de la pornographie dans l’imaginaire personnel des adolescents mais aussi des adultes.Il serait grand temps que la société fasse le tri dans son héritage idéologique hérité de Mai 1968 concernant la liberté sexuelle. La thèse de Thérèse Hargot que je partage c’est que la liberté sexuelle aliène beaucoup qu’elle épanouit. Quand elle part en cacahuètes, elle fait surtout de gros dégâts.
On a inventé la justice pour dépasser la vengeance, Béatrice Zavarro.
Trois femmes se sont détachées du lot dans ce procès historique : Gisèle Pélicot bien sûr mais aussi sa fille Caroline Darian, fondatrice de l’association M’endors pas contre la soumission chimique et Maitre Béatrice Zavarro, l’avocate de Dominique Pélicot. Dans son style sobre et authentique, cette petite dame d’1m45 a eu une stature morale remarquable et elle en imposait par ses mots et sa droiture.
Tout comme les avocats de Gisèle Pélicot : maîtres Stéphane Babonneau et maître Antoine Camus, cette avocate marseillaise qui a une longue expérience derrière elle, a plaidé avec humanité comme une équilibriste sur un fil bien des fois.
Les interventions de ces avocats et des journalistes de terrain ont aidé une France abasourdie par ce fait-divers à retrouver ses repères sur les notions de consentement, d’intimité conjugale, de sexualité.
En 1978, a eu lieu le procès de trois hommes qui ont violé deux femmes en couple dans les calanques marseillaises. Défendues par Gisèle Halimi, elles ont refusé le huit clos pour la même raison que Gisèle Pélicot : que la honte change de camp. Elles ont été insultées, menacées mais ce procès a permit une évolution sociale majeure sur la perception du viol.
« Ce qu’a fait Gisèle Pélicot, c’est un legs pour l’avenir«
Elle a toujours dit que dans son malheur, elle avait une chance, c’est que les preuves concrètes de ce qu’elle a vécu existaient, car c’est beaucoup plus complexe dans d’autres dossiers. Elle n’a pas cessé, tout au long de ce procès, de nous dire qu’elle avait une pensée pour toutes les femmes, éventuellement les hommes, qui en ce moment font face, seuls, à la justice«

En ce moment, a lieu le procès de Christophe Ruggia, le réalisateur qui a découvert la talentueuse actrice Adèle Haenel. Il l’a prise sous son aile d’une manière tout à fait déplacée et traumatisante. Gageons que les leçons du procès des viols de Mazan provoquent une onde de choc bénéfique pour les victimes de violences sexuelles comme Judith Godrèche ou Adèle Haenel.
Cela prend vraiment aux tripes d’entendre Adèle Haenel déclarer à la barre : Qui était là autour de cet enfant pour lui dire : ‘Ce n’est pas de ta faute. C’est de la manipulation. C’est de la violence’ ? », s’est interrogé l’actrice, en costume noir. « Tout le monde me demande de pleurer sur le sort de M. Ruggia. Mais qui s’est soucié de l’enfant ? Agresser des enfants comme ça, ça ne se fait pas. Ça a des conséquences. Personne n’a aidé cette enfant ».
Rappelons qu’ Adèle Haenel a été assez isolée dans son combat contre les violences sexuelles lors de la cérémonie des Césars en 2020. Aujourd’hui, il faudrait que toutes les actrices du cinéma français se lèvent et se barrent de la salle car elles ont ensemble un pouvoir qu’elles ne soupçonnent pas. Gisèle Pélicot l’a bien fait !









































