Romans

Ô vous, sœurs humaines. Le récit des féminités

Ô vous, soeurs humaines, Mélanie Chappuis

Editions Slatkine et compagnie, 2017

125 pages, 12 €

O vus soeurs humaines

 

Grâce à mon partenariat avec la Kube, les éditions Slatkine et Cie m’ont adressé un chouette cadeau : le recueil de nouvelles Ô vous, sœurs humaines de Mélanie Chappuis. Son titre fait référence au roman d’Albert Cohen, Ô vous, frères humains paru en 1972.

La couverture est illustrée par un tableau de Paul Gauguin dans sa période tahitienne. Il s’intitule Aha Oe Feii, Eh quoi tu es jalouse?.

Paul Gauguin est à la mode cet automne puisque le Grand Palais lui consacre une exposition et que Vincent Cassel lui donne ses traits dans un biopic consacré à sa période tahitienne.

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Le résumé :

Il s’agit d’un court recueil de nouvelles qui regroupe quarante portraits de femmes : mère, amie, fille, amoureuse, rivale…, des petits textes très brefs, divisés selon six grandes catégories : Rivalités, solidarités, dualités, complicités, fidélités et vanités.

Mon avis :

Autant j’attendais beaucoup du recueil de nouvelles Fendre l’armure d’ Anna Gavalda (je vous ai parlé de ma déception quand je l’ai lu, dans un précédent article) , autant Ô vous, sœurs humaines a été une agréable surprise, une jolie découverte.

J’aime bien le genre de la nouvelle et ce découpage thématique, original m’a bien plu. J’ai eu un peu de mal à entrer dans ce livre à cause du premier chapitre Rivalités qui m’a dérangée. Mais ensuite, j’ai beaucoup plus apprécié l’écriture fluide et savante de Mélanie Chappuis au fil des chapitres. On se rend rapidement compte que sa plume est aguerrie : elle a déjà écrit huit romans auparavant.

La tendance dans la littérature actuelle est d’envoyer balader les longues descriptions des personnages. Cela me déstabilise pas mal mais cela s’accorde bien au genre de la nouvelle, employée ici. Ces femmes sont des anonymes, leur identité importe peu car elles tendent à l’universalité.

Le texte qui m’a le plus émue est le récit d’une jeune femme qui parvient à sauver sa sœur cadette de la monstruosité de l’excision alors qu’elle en a été elle-même victime.

Un extrait :

« Sa cadette entre dans sa chambre, s’enquiert de ses larmes qui coulent sur son visage. Elle la serre contre elle, la console, la remercie. J’ai bien compris que tu m’avais sauvée, tu es mon héroïne, ma force, mon courage. L’aînée pleure de plus belle mais ses larmes ne sont plus amères. Elle a la reconnaissance de la petite ».

Ma note : 4/5 sardines

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Ô vous, sœurs humaines m’a emmenée en dehors des sentiers battus par rapport à ce que j’ai l’habitude de lire et ce fut une agréable découverte.

C’est d’ailleurs le principe de la Kube, la box littéraire à laquelle je collabore depuis janvier 2017 : faire découvrir la richesse littéraire des maisons d’édition indépendantes.

 

Romans

Un roman passionnant qui vous envoie directement dans le Sussex sans prendre l’ Eurostar.

La derniere conquete du major Pettigrew

La dernière conquête du major Pettigrew,

Helen Simonson, 2012

Éditions du Nil, 493 pages

21€50

Toutes mes pauses : le trajet quotidien aller et retour du métro, ma pause déjeuner…ont été mises a profit pour dévorer en cinq jours les 500 pages du roman La dernière conquête du major Pettigrew.

Cela fait quelques jours que j’ ai fini de lire ce livre et ses personnages hauts en couleur me manquent. Je me suis ensuite lancée dans la lecture du second roman d’ Helen Simonson mais sans grand enthousiasme pour l’ histoire, les personnages. J’ ai abandonné la lecture du livre Un été avant la guerre vers la centième page comme quelques lectrices d’ un club de lecture que je suis sur Facebook.

C est pourtant lors de la sortie en poche du livre L’ été avant la guerre que j’ ai découvert La dernière conquête du major Pettigrew grâce au blog littéraire My pretty books.

Et grande surprise, je les ai trouve l’ un à côté de l’ autre, dans les rayonnages de la bibliothèque Marguerite Duras, comme s’ ils m’ attendaient sagement, à mon retour de vacances. Merci aux bibliothèques de la ville de Paris pour l’ étendue de leur offre de livres passionnants, j’ en profite à fond depuis dix ans !

J’ ai bien aimé  que ces livres soient disponibles en grand format, je commence à me lasser du livre de poche. Les couvertures de ces deux livres édités par les éditions Nil sont très originales.

Résumé :

5357998d72149af81cdaa827f2ce550b--east-sussex-gapCette histoire trépidante se déroule dans une petite ville balnéaire du Sussex : Edgecomb Ste Mary, un village fictif avec des falaises (ce détail aura son importance plus tard).

Le major Ernest Pettigrew vient de perdre son frère Bertie et il défaille à l’idée de se rendre à cet enterrement en voiture. L’ épicière pakistanaise du village, Mme Ali, qui a le cœur sur la main viendra à son secours.

Cette entraide va donner naissance à une belle amitié. L’ un comme l’ autre connaissent des déceptions avec leurs familles : le fils du major, Roger est prêt à toutes les petites lâchetés envers son père pour faire carrière tandis que le neveu de Jasmina Ali la cantonne à son rôle de veuve. Il lorgne le titre de propriété de son commerce aidé par sa famille.

Un extrait :

… Ma chère Madame Ali, j’aurais peine à prétendre que vous soyez vieille. Vous êtes dans ce que j’appellerais la toute première fleur de l’âge de la maturité féminine. »
C’était un peu grandiloquent, mais il espérait surprendre un rougissement. Au lieu de quoi, elle rit de lui, aux éclats.
« Je n’ai jamais entendu personne se donner tant de mal pour appliquer, à la truelle, une telle couche de flatterie sur les rides et l’empâtement d’un âge mûr déjà très avancé, major, fit-elle. J’ai cinquante-huit ans et je pense avoir basculé bien au-delà de la fleur de l’âge. Tout ce que je puis espérer désormais, c’est de sécher dans un de ces bouquets de fleurs éternelles.
– Eh bien, j’ai dix ans de plus que vous, répliqua-t-il, j’en déduis que cela fait de moi un vrai fossile. » Page 94

Mon avis :

Helen Simonson est une fine observatrice de la société anglaise même si elle vit actuellement à New York. Elle a su écrire un roman d’ amour original, qui est loin d’ être mièvre tant il montre les traits d’ une Angleterre à la fois multiculturelle et traditionnelle, qui a ses rituels inaltérables comme l’heure du thé.

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Mon personnage préféré est sans conteste le fils du major, Roger, un jeune Rastignac londonien qui va faire sortir le major de sa léthargie de retraité. Il concentre tous les défauts humains les plus énervants et parfois il sait aussi toucher son père par sa maladresse, son côté mal assuré qu’il essaye de masquer par un orgueil démesuré qui se retourne souvent contre lui.

J’ai aussi beaucoup apprécié le bagout de sa fiancée américaine Sandy qui est assez délurée mais qui témoignera au major beaucoup de respect et de tendresse…

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Les 5 moments forts

du roman :

 

–  Le conflit familial autour des fusils de valeur : le jeu psychologique entre les trois personnages : la belle-soeur Marjorie, la nièce hargneuse et le major . Le narrateur omniscient  raconte les bons cotés et les petites bassesses du major avouées au lecteur…. Cela crée un lien précieux : le lecteur est de connivence avec le major.

–  L’ amitié privilégiée avec Mme Ali : quand le colon anglais remet en perspective la politique de son pays avec une enfant du pays colonisé. Ils se réconcilient autour de leur passion commune pour Kipling et tombent amoureux. Ce roman critique notre société qui stigmatise les seniors. A-t-on le droit de retomber amoureux, avoir une sexualité quand on est veuf et âgé ?. J’ai eu beaucoup de tendresse pour le major lors de la scène avec son amie Grace mais je refuse de vous en raconter plus au risque de spoiler l’intrigue de ce livre passionnant.

–  La vision de l’amour du père et celle de son fils à des années lumières l’une de l’autre.   Avec ses manières chevaleresques le major Pettigrew fait mouche avec la plupart des femmes de l’ histoire : Mme Ali, Amina, Sandy, Grace , Alice… alors que son fils enchaîne déconvenue sur déconvenue en étant calculateur et opportuniste : il considère les femmes comme des trophées d’un tableau de chasse. Les joutes entre le père et le fils sont savoureuses tout au long de l’ histoire et atteignent leur sommet quand le major excédé par la désinvolture de son fils abandonne son élégance verbale pour le traiter de « trou du cul ».

–  Le choc des cultures évident quand le major, Roger et Sandy se retrouvent à table avec le neveu de Mme Ali, un musulman traditionnel. Les répliques fusaient  tellement entre ces quatre personnages que j’ai eu l’impression de me retrouver dans un match de ping-pong dans ma lecture (ça c’est tout le talent d’un excellent écrivain). Le fossé culturel est infranchissable entre le jeune épicier paki de campagne et le jeune loup de la City. Leurs aînés ont su mettre de côté leurs différences culturelles, sociales pour lier amitié, les plus jeunes en sont incapables.

–  Le poids des traditions, le seul véritable obstacle à l’histoire d’amour du major et de Jasmina. Il y a des scènes de l’histoire très tendues, où l’on sent le poids de stéréotypes qui ont la peau dure : le racisme décomplexé des membres du club de golf, anglicans pratiquants, les traditions patriarcales qui rendent fou le jeune neveu et l’empêchent de vivre en harmonie avec Amina et leur enfant…

 

Ma note : 5/5 sardines

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J’ai lu ce roman la semaine de la célébration des 20 ans de la disparition de la princesse Diana. J’ai donc lu beaucoup d’ articles sur cette société anglaise aristocratique qui m’ intrigue, me navre parfois mais m’ amuse beaucoup aussi.731-1998-diana3

Nous avons beau être voisins, cette histoire de monarchie nous rend bien différents . J’ai beaucoup aimé ce roman qui m’a fait connaître quelques détails du passé colonial de l’Angleterre : pourquoi il y a une importante communauté pakistanaise au Royaume-Uni, pourquoi des filles de la haute société portent des prénoms indiens comme Jemima, la nièce exécrable du major… Helen Simonson a réussi un portrait très attendrissant de l’Angleterre.

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L’ an dernier, la série Le diable vit à Nothing Hill m’ avait bien divertie à la plage avec le récit des bizarreries branchées des aristocrates londoniens mais c’ était de la littérature de poulettes très caricaturale et d’ une qualité littéraire assez médiocre.

Helen Simonson a réussi la prouesse d’ imaginer un premier roman drôle, touchant et passionnant, qui est devenu un phénomène de librairie. Il y a un projet d’adapter cette histoire sur grand écran. Je me réjouis à l’idée retrouver cette savoureuse galerie de personnages .

Roman d’ amour            Satire sociale         Traditions aristocratiques

                  Sussex                      Ville imaginaire                Racisme

Lutte des classes                                       Choc des cultures

                                             Angleterre                                       Colonialisme

Romans

Pourquoi Fendre l’armure, le dernier livre d’ Anna Gavalda m’ a laissée de marbre.

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Fendre l’armure, recueil de nouvelles,

Anna Gavalda, Le Dilettante,

2017, 284 pages

17€.

L’ engouement médiatique n’ est plus le même, je trouve : un petit encart annonçant la parution de Fendre l’armure d’Anna Gavalda dans Livres Hebdo, un court article dans Le Nouvel Observateur, ont tout de même aiguisé ma curiosité. Même si son dernier roman Billie m a bien découragée au bout de deux pages, Anna Gavalda est mon auteur de prédilection avec Marie – Sabine Roger.

Elles ont de nombreux points communs : avoir écrit pour les enfants dans un premier temps, leurs livres parlent de la société actuelle et mettent en scène des personnages de différentes générations qui s’ entraident : Ensemble c est tout, La tête en friche, leurs livres sont adaptés au cinéma.

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Me voilà donc partie a la recherche du bon plan pour lire ce nouveau livre rapidement.

J’avais bien prémédité mon coup. J’ aime beaucoup le travail sérieux de la bibliothèque Arthur Rimbaud qui commande toujours rapidement les nouveautés de littérature française.

Elle se situe dans la mairie du 4eme arrondissement à Paris si voulez y faire un tour. Donc, je me suis inscrite sur la liste de réservation du dernier roman d’ Anna Gavalda Fendre l’ armure. Et qui a été servie la toute première ? C est moi !

Il y a dix ans, Anna Gavalda m’ a captivée durant une nuit entière où je ne pouvais pas m’ endormir sans finir ce gros pavé d’ Ensemble c est tout. J’ai passé un délicieux moment avec L’ échappée belle et elle m’ a bien divertie de mon stress les deux derniers jours avant mon mariage avec La vie en mieux.

Il fallait donc que je lise Fendre l’armure, en souvenir de ces bons moments passés avec l’écriture d’Anna Gavalda.

Le résumé :

Dix-sept ans après Je voulais que quelqu’un m’attende quelque part, Anna Gavalda renoue avec le recueil de nouvelles. Fendre l’armure raconte sept aventures de vie : celles de deux femmes et cinq hommes. Les nouvelles L’amour courtois, La maquisarde, Mon chien va mourir, Happy meal, Mes points de vie, Le fantassin et Le garçon racontent chacune à leur manière une forme ultramoderne de solitude, celle qui fait céder la dureté du cœur.

Mon avis :

Premier constat, il n’ y a pas de 4eme de couverture. Peu d’ auteurs peuvent se permettre ce luxe tant cet élément est déterminant pour vendre un livre. Mais le titre est accrocheur malgré la couverture minimaliste. Même le court résumé m’ a donné envie de me plonger dans ce livre même si j étais prévenue : ce livre sert à faire pleurer dans les chaumières. Et moi j’ aime les romans joyeux, avec des personnages attachants qui me font éclater de rire avec leur répartie.

Les personnages de Fendre l’ armure en ont de la répartie mais ils sont cyniques, blasés d’ eux mêmes, et du monde qui les entoure.

J’ai lu les trois premiers chapitres de la première nouvelle : une jeune banlieusarde de milieu populaire, rencontre dans une fête un jeune aristocrate du 16eme arrondissement Il la suit dans le dernier RER en lui déclamant de la poésie.

J’ ai fait une pause pour souffler tellement j’ étais déconcertée. Pas de situation initiale, donc une occasion perdue pour moi lectrice de faire connaissance avec le personnage, une écriture dense et haletante. Je me suis sentie malmenée tant le personnage de Ludmilla était acerbe avec des dialogues mêlés d’argot et de vulgarités.

Ma note : 1/ 5 sardines

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Je mettrais la note d’une sardine à ce livre pour trois nouvelles qui m’ont touché. Ce sont trois histoires d’hommes : Mon chien est mort, Mes points de vie et Un garçon. Avec ces trois histoires, j’ai retrouvé l’originalité, le talent d’Anna Gavalda que j’apprécie. Mais comme les douze nouvelles de Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part formaient un tout, l’ensemble formé par Fendre l’armure est boiteux, c’est le mariage de la carpe et du lapin avec toutes ces histoires mal assorties.

Il y a même une histoire : Le fantassin (la plus longue du livre) où je n’ai rien compris du tout alors je ne l’ai pas lue.

Plutôt que de m’ étendre sur les nombreux éléments à charge à propos de Fendre l’armure, je préfère vous concocter une recette de cocktail afin de vous donner tous les ingrédients qui ont donné toute la saveur des cinq plus grands succès littéraires d’Anna Gavalda.

–  Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, Le Dilettante, 1999

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Dix ans après la lecture de ce recueil de douze histoires, je me souviens encore de sa galerie de personnages : la vétérinaire, la mère de famille qui subit un IIG, le jeune militaire, Junior celui qui croise la route d’un sanglier avec la voiture de son père.

La phrase du titre, ce n’est pas une petite midinette qui la prononce mais un jeune militaire en permission qui évite de jouer au canard (comme dirait mon frère) : il évite de montrer tout sentiment amoureux.

Je l’aimais, Le Dilettante, 2002

Je l'aimaisUn huit -clos très original entre un beau-père et sa bru dans une maison de campagne. Son fils a brutalement quitté femme et enfants pour une autre femme. Il essaye de consoler sa belle-fille dont il se sent responsable en lui racontant sa propre aventure adultère avec une femme Mathilde, sur son lieu de travail en Asie.

Bien que je déteste le message de ce roman : la passion amoureuse qui brise tout sur son passage même les promesses d’engagement conjugal, d’exclusivité affective ; je reconnais la grande originalité du sujet : le dialogue entre un beau-père et sa belle-fille, un sujet rare en littérature.

Ensemble c’est tout, Le Dilettante, 2004.

9782842630850Enfin une belle histoire d’amour, d’amitié et d’entraide intergénérationnelle avec de la mixité sociale, de l’émotion…

Camille, une fille très douée en dessin et cultivée, passe ses nuits à nettoyer les bureaux et se morfond dans une chambre de bonne d’un immeuble bourgeois. Philibert, un jeune aristocrate bègue lui ouvre sa porte, il héberge déjà Franck, un cuisinier bourru qui se méfie des femmes depuis que sa mère l’a abandonné enfant. Leur amitié les conduira à accueillir Paulette, la grand-mère de Franck, qui a perdu son indépendance et son autonomie dans un mouroir pour personnes âgées… Un chef d’œuvre d’humanité !

L’échappée belle, Le Dilettante, 2009

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C’est l’histoire d’une fratrie : Simon, Garance et Lola qui partagent un trajet en voiture avec Karine, l’épouse pénible de Simon pour se rendre à un mariage. Cette fratrie va s’enfuir du mariage pour rejoindre Vincent, le petit dernier de la famille, devenu guide dans un château, au fin fond d’une campagne au milieu des « vrais gens ». J’ai bien aimé cette petite lecture divertissante mais déjà les personnages féminins d’Anna Gavalda, révoltés de la vie ont commencé à me gonfler.

Un défaut qui s’est avéré de plus en plus handicapant pour lire ses livres suivants : La vie en mieux et Fendre l’armure.

J’aimerai retrouver la plume d’Anna Gavalda pour écrire un texte aussi beau qu’Ensemble c’est tout, une grande saga familiale, en costumes, avec des envolées lyriques et des grands et beaux sentiments qui me feraient rêver.

L’action de certaines nouvelles de Fendre l’armure se passe, soit dans un RER qui sent mauvais ou dans un Mac Donald’s, vous me comprenez ?.

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D’autres chroniques de romans :

Bullet journal

J’ai testé pour vous le bullet journal et voici mon avis :

Grâce à un article paru dans Elle, j’ai découvert le phénomène des booktubeuses dont la chaîne Youtube d’ Emilie alias Bulle Dop. Elle chronique des livres et fait des tutos bullet journal !

Ses vidéos sont très bien réalisées avec toute une mise en scène et un ton très pédagogue. Bref, elle m’a convaincue de me lancer dans la grande aventure du bullet journal.

Le bullet journal, c’est un carnet pour organiser son quotidien avec des normes et des symboles pour lister ses to do list mais aussi ses objectifs personnels. J’ai la chance d’avoir une vraiment très bonne mémoire donc j’ai l’habitude d’envoyer valdinguer mon agenda alors j’ai adapté le bullet journal à ma sauce.

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Mon nouveau challenge : rédiger un bullet journal pendant un an sans le délaisser !

Je suis sur Instagram et Pinterest tout ce que publient le créateur du bullet journal (un designer américain) mais aussi ses suiveurs internationaux qui ont la générosité de donner plein d’astuces et d’idées originales.

Aux premiers abords, l’ampleur de la tâche : créer un bullet journal, seule face à ma page blanche m’avait bien découragée avant même de commencer. Alors, un bon vieux tableau vaut mieux qu’un long discours, voici une courte synthèse des avantages et des inconvénients du bullet journal.

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– Un plaisir pour tous ceux qui (comme moi !) aiment le matériel de papeterie : les beaux carnets, les stylos pinceaux dans toute la gamme de couleurs, les masking tapes…

Je me suis trouvée (sur les conseils avisés de Bulle Dop) un magnifique carnet doré Leuchtturm 1917 au BHV mais malheureusement je l’ai pris à lignes car je n’ai pas pu vérifier s’il y avait des pointillés.

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Mes coups de coeur lectures de cet été, un plaisir !

– La possibilité de donner libre cours à sa créativité quand on aime le dessin, le coloriage, la calligraphie. Le bullet journal est un produit de son époque comme en témoigne le vif engouement des éditeurs pour ce phénomène : Albin Michel, Eyrolles, Marabout…

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Le guide du parfait daily bullet, parait le 27 septembre 2017 aux éditions Albin Michel !

Moi ce qui m’a tout de suite plu, ce sont les lettres super graphiques que l’on trouve dans les cafés sympas type Costa Coffee. Cela donne un petit côté convivial à la calligraphie (ma maman est une experte en calligraphie, elle m’a inoculé le virus !)

– J’aime dessiner des petits pictogrammes visuels très vite repérables et compréhensibles : un ticket de cinéma, un paquet de pop-corn, un logo You tube ou Instagram. Bref que des codes très conformistes de la société de consommation dans laquelle on vit et à laquelle je suis carrément accro !

– La possibilité d’exprimer tout ce que l’on aime faire : les voyages faits dans l’année, les motifs qui m’inspirent dans l’art ou sur des vêtements, les films que j’ai vu, ma Pile à Lire, les chroniques de livres que j’ai aimé… Une totale liberté de créer comme on l’entend son carnet. J ‘ai pensé acheter un carnet déjà pré-rempli mais l’aspect personnalisable fait partie de l’ adn du bullet journal !

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– Le bullet journal c’est une organisation vraiment martiale (oui, oui j’ose le mot !) si on adopte les normes au pied de la lettre. Je goûte peu aux joies des trackers mensuels (je vous laisse découvrir sur Youtube ce dont il s’agit) pour se donner des objectifs d’entreprise pour la vie personnelle. Cela ressemble un peu aux listes de bonnes résolutions du 1er janvier qui me découragent bien.

– Une activité éditoriale artisanale qui encourage bien malgré moi mon perfectionnisme maladif : la peur de faire un dessin trop moche, de ne savoir calligraphier qu’un seul type de titres, d’oublier de penser à insérer tel ou tel intercalaire pour indiquer le mois en cours. Bref, tenir un bullet journal, cela nécessite de faire des brouillons voire même un chemin de fer comme pour publier un livre.

J’en viens à la conclusion que tenir un bullet journal journal c’est sympa, palpitant, addictif… mais aussi frustrant de passer plus de temps à faire des cases à la règle que de créer, dessiner et colorier.

Malgré tous ses arguments très séduisants, les quelques inconvénients qui perdurent : un loisir chronophage et exigeant pour ceux qui ne sont pas nés avec un crayon dans la main comme moi. Même si on progresse vite en dessin et en calligraphie, je ne suis pas sûre de trouver le temps pour tenir efficacement ce bullet journal.

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Un mini carnet de voyage dans mon bullet journal

Cet article est un petit clin d’ oeil à ma voisine dans l’avion au retour de Sofia. Elle tient aussi un bullet journal ainsi qu’un futur blog !

Mes articles consacrés au bullet journal :

 

Romans

Adele Bloch-Bauer, muse de Gustav Klimt, icône intemporelle de l’histoire de l’art de la littérature.

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Le secret d’Adèle, roman de Valérie Trierweiler,

éditions les Arènes, mai 2017,

320 pages, 20€.

Mon coup de coeur pour le film La femme au tableau en 2015 m’a beaucoup marquée. C’est l’histoire de Maria Altmann, héritière désargentée à cause des nazis qui se bat contre son pays d’origine pour qu’on lui restitue un tableau de famille.

C’est le portrait de sa tante Adèle Bloch-Bauer peint en 1907 par Gustav Klimt, le chef de file de la Sécession viennoiseJ’ai écrit une chronique au sujet de ce film et j’ai été surprise du nombre de visites. Adele Bloch-Bauer passionne les internautes au même titre que la jeune fille à la perle de Vermeer.

Avec Le secret d’Adèle, Valérie Trierweiler  a donc choisi le personnage idéal pour construire un roman mêlant histoire de l’art et littérature érotique. Klimt comme d’ autres peintres de la Sécession viennoise (Egon Schiele en particulier, son élève) ont fait de l’ érotisme un élément iconographique incontournable de leur mouvement artistique.

Je remercie les éditions des Arènes de m’avoir envoyé le livre en service de presse pour ce blog. La couverture est magnifique : quand le roman décrivait le tableau, je revenais vers la couverture pour regarder tous les détails : les motifs géométriques, la signature du peintre, les zones où l’or est employé…mini-carte-klimt-lot3-2

Le thème central de ce roman est la complicité affective et sensuelle entre le peintre Gustav Klimt et son modèle Adèle Bloch-Bauer. Dans le film La femme au tableau, les souvenirs de Maria racontaient cette tante, qui était morte en 1925 d’une méningite à 42 ans.

Adèle était alors un personnage incontournable mais secondaire du film : la belle disparue, le personnage d’un tableau mondialement célèbre dans les catalogues d’expositions. Valérie Trierweiler nous offre la possibilité de faire plus ample connaissance avec Adèle.

Le résumé du livre :

Adèle Bloch-Bauer est l’épouse de Ferdinand Bloch, un riche industriel ayant fait fortune dans la fabrication et le commerce du sucre en Europe centrale. Leur couple connait à plusieurs reprises le drame de perdre des enfants à la naissance, plongeant Adèle dans une profonde mélancolie.

Leur amour commun pour l’Art Nouveau redonnera le sourire à la jeune femme éplorée, aussi son époux financera Gustav Klimt, le chef de file de la Sécession viennoise pour peindre le portrait de sa femme en 1907.

Gustav Klimt est alors le peintre que toute la bourgeoisie de la ville sollicite pour peindre leurs épouses même si sa réputation sulfureuse auprès de ses modèles est connu de tous à Vienne.

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Mon avis :

Voici trois bonnes raisons de lire ce lire même si j’émets des réserves sur les thèmes du roman peu originaux et le style mièvre qui caricature Adèle Bloch-Bauer.

1. Grâce à ce roman, j’ai voyagé en Europe centrale, dans la Vienne Belle époque.

L’atmosphère de la Mitteleuropa est très bien décrite dans ce roman. Il montre toute l’effervescence intellectuelle, artistique et sociale dans les grandes réceptions mondaines qui se tenaient chez le couple Bloch-Bauer dans leur luxueux appartement, d’une artère bourgeoise de la ville.

Adèle était amie avec Sigmund Freud, Stefan Zweig, Gustav et Alma Mahler… Elle s’intéressait à la mode parisienne, aux avants-gardes artistiques en France : Picasso, Braque, Matisse…

J’ai appris beaucoup de choses avec ce roman sur le contexte historique de l’époque : la montée de l’antisémitisme, les déplacements de populations juives ainsi que les tourments territoriaux vécus par l’empire austro-hongrois entre 1900 et 1914. Même s’il était très fortuné (il terminera sa vie dans un grand dénuement, spolié par les nazis), Ferdinand Bloch devait sans cesse se démarquer des élites viennoises qui le stigmatisaient à cause de sa nationalité, sa religion…

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Le Burgtheatre à Vienne

 

2. Les descriptions des caractéristiques de l’art de Klimt sont passionnantes :

Ce roman a su retranscrire avec fidélité certains traits caractéristiques d’une oeuvre novatrice et esthétique. Le recours aux feuilles d’or, référence à l’art byzantin antique donne à Adèle Bloch-Bauer une dimension éternelle. Ses motifs géométriques et figuratifs tellement originaux se réfèrent aussi à l’art égyptien.

Je vous recommande la lecture d’un livre d’histoire de l’art très complet : Gustav Klimt, l’or de la séduction d’Eva Di Stefano, édité par Gründ en 2007.

set-a-cafe-gourmand-klimt-le-baiserKlimt a marqué l’art occidental, comme en témoigne la quantité de produits dérivés dans le monde entier : les posters, les tasses à café à l’effigie du Baiser…

Il a produit une dizaine de tableaux incontournables de l’art occidental, rendant un fort hommage allégorique à la femme (chez Klimt, les hommes sont des personnages secondaires).

 

Klimt est le peintre de cycles iconographiques complets à l’image de ses décors pour le palais Stoclet à Bruxelles (assurément ma prochaine visite culturelle après la maison Horta à Saint-Gilles).

Le secret d’Adèle raconte comment le couple Bloch-Bauer a été subjugué par l’exposition de la frise Beethoven à Vienne au tout début du siècle. Adèle rend un bel hommage à son mari qui a su comprendre à quel point Gustav Klimt était un artiste génial qu’il fallait financer même si Ferdinand Bloch ne comprenait pas toute la portée du message du peintre.

3. Un roman aussi bien documenté qu’une biographie historique.

L’histoire débute en 1904 pour dérouler une grande partie de la vie d’Adèle jusqu’ à sa mort en 1925 à 43 ans. J’ai beaucoup aimé le fait que ce roman fasse le lien avec le combat juridique de Maria Altmann en 2006 car ainsi je connaissais désormais toute l’histoire d’ Adèle Bloch-Bauer et de son portrait.

La bibliographie à la fin du roman est très fournie, cela me donne envie de lire d’autres ouvrages sur le même thème et les biographies des personnes citées : Alma Mahler, Rilke, Stefan Zweig…

Ma note :  2/ 5 sardines

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Je mettrai la note de deux sardines sur cinq à ce livre pour quelques réserves :

– Je n’ai pas aimé que l’intrigue du roman soit basée sur la relation adultérine entre Klimt et Adèle car c’était ennuyeux à lire, peu original et superficiel. Il est bien possible que cette liaison soit véridique mais peu importe la relation, l’intimité entre les époux Bloch-Bauer m’a beaucoup plus passionnée.

Comment cet homme attend des années et dépense sans compter pour deux portraits (Adèle Bloch-Bauer fut le seul modèle de Klimt à poser deux fois pour le peintre) afin de redonner le sourire à sa femme. J’ai vu une photographie de Gustav Klimt, avec son étrange kimono, il ressemblait plus à un sauvageon sorti de la forêt qu à un tombeur de ces dames.

– Valérie Trierweiler n’est pas historienne de l’art (moi oui) et cela se ressent dans ce roman. Même si le livre est très bien documenté historiquement et juste, on ressent qu’elle cultive une certaine distance avec le personnage d’Adèle, qu’elle exprime dans l’épilogue. Je ne comprends pas du tout ce parti-pris très curieux. Je trouve dommage qu’elle ait su cerner certains traits de la personnalité de son sujet mais sans leur donner toute la profondeur psychologique que le genre de la biographie historique requiert.

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Portrait par Klimt d’Emilie Flöge, sa compagne et alter ego artistique. Elle était créatrice de haute couture à Vienne.

– J’ai regretté la structure de ce roman qui se concentre sur les émotions d’ Adèle Bloch-Bauer. Une biographie historique avec le croisement des parcours de Gustav Klimt, Emilie Flöge et Ferdinand Bloch-Bauer aurait été un livre vraiment passionnant pour tous les passionnés d’histoire de l’art comme moi. Cependant, ce roman m’a permis de découvrir Emilie Flöge, créatrice de mode à Vienne et muse de Klimt dont voici son portrait peint.

Chanel s’est d’ailleurs inspiré d’une de ses robes pour habiller la princesse Caroline de Monaco lors du bal de la Rose 2017 :

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La princesse Caroline de Monaco au bal de la Rose 2017, habillée par Chanel. Getty images

Si comme moi, la Sécession viennoise vous passionne, je vous recommande le biopic de la vie d’ Egon Schiele, sorti au cinéma le 16 août dernier.

Similairement au roman Le secret d’Adèle, le thème de ce film est la relation entre le peintre Egon Schiele avec ses modèles. Klimt, Egon Schiele, deux génies qui peignaient les femmes avec une même attitude, celle de l’artiste : la recherche de l’art prime sur les sentiments humains.

Pour en savoir plus :

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Film La femme au tableau avec Helen Mirren et Ryan Reynolds, 2015.

Klimt, l’or de la séduction, Eva di Stephano, Gründ.

Les Juifs viennois de la Belle époque (1867-1914) de Jacques Le Rider, Albin Michel http://www.lemonde.fr/livres/article/2013/01/03/juifs-de-la-vienne-fin-de-siecle_1812451_3260.html

A la toute fin du  secret d’Adèle, j’ai repéré une page que j’ai rarement vue dans un livre. L’éditeur des Arènes cite toute l’équipe qui a participé à l’élaboration mais aussi la commercialisation de ce livre : des graphistes aux attachés de presse, des diffuseurs aux comptables, mettant en avant un travail d’équipe évident mais qui valait la peine d’être souligné . Chapeau pour cette marque de reconnaissance professionnelle !.

 

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« Ah qu’est ce qu’on est serré, au fond de cette boite, chantent les sardines ». C’est en haut à droite !

 

D’autres articles consacrés à l’histoire de l’art :

Monet, ambassadeur de Giverny dans le monde entier

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–  René Goscinny, un génie créateur de BD