Sociologie

Belleville au coeur, un journal de rue 2.0

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Droits réservés Jéremie Henry

Savoir se servir des réseaux sociaux quand on est sans-abri ne permet pas de sortir de la rue rapidement mais cela aide pour interpeller les gens. Surtout quand un tweet donne naissance à un livre : Belleville au coeur.

Christian Page s’est fait connaître par un tweet relayé 2000 fois où il dénonçait les barrières en fer anti-sdf sur les grilles d’air chaud ou encore quand un employé municipal l’a trempé volontairement un matin, Anne Hidalgo, maire de Paris, s’est excusée personnellement sur son compte Twitter…

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Les dispositifs anti-sdf en ville. Pas beaucoup de différence avec ceux contre les pigeons.

Comme quoi, Twitter n’est pas seulement un canal où l’on déverse sa haine, l’anonymat permet aussi de tendre la main. L’auteur raconte le geste de cette jeune femme inconnue qui lui a envoyé plusieurs fois de beaux colis, un homme l’a délogé de son abri de fortune pendant le grand froid pour lui offrir une nuit d’hôtel, la standardiste de l’hôtel lui a proposé gentiment de garder son sac toute une journée…

Christian Page les appelle les bons samaritains et il explique que leurs petites attentions gratuites valent toutes les douches, les repas et nuits d’hôtel.

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Belleville au coeur,

Christian Page

Slatkine et compagnie

2018

156 pages

15 €

Le résumé :

C’est le journal de rue de Christian, ancien sommelier suisse de 46 ans. Il a passé trois ans et demie dans la rue et redoutait un quatrième hiver dehors. Sa femme et son fils l’ont abandonné soudainement avec des poursuites judiciaires difficiles à vivre, et l’alcool l’a mené à la rue.

Il raconte au fil de ces 156 pages son quotidien dans le quartier de Belleville, ses frères et soeurs de rue : Nassim, Sarah, Nono et son chien Galak, Aldo, le bénévole de la mission évangélique des sans-logis, les gens qui s’entraident mais aussi ceux qui dépouillent les autres dans leur sommeil quand le RSA tombe en début de mois…

Mon avis :

C’est un livre rapide à lire tant son style est fluide, chaque chapitre n’excède pas quatre pages et donne ainsi un rythme à la lecture : on saluera le travail du contributeur Eloi Audoin-Rouzeau qui a écrit une préface pleine de tact. Il s’est senti investi d’une mission confiée par une jeune maison d’édition franco-suisse Slatkine et compagnie

Malgré les bons mots de l’auteur qui décrit ses moments un peu enchantés au parc des Buttes-Chaumont, c’est un livre éprouvant qui nous montre la violence de la rue de plein fouet.

J’avais vraiment envie de finir ce livre car il se termine bien : la géniale association Emmaüs lui trouve un toit le 6 août 2018 mais j’éprouvais de l’appréhension au fil des chapitres.

L’histoire de son ami Nassim qui perd pied en cure de désintoxication, qui se fait voler fréquemment ses affaires et à qui on refuse l’entrée à la maison de la radio pour un concert de musique classique, m’a vraiment révoltée. J’avais peur que l’auteur annonce son décès à un moment du livre. Les histoires de son amie Sarah ou encore du jeune Nono qui a pris pour sept ans de prison injustement étaient aussi sacrément rudes à lire.

« Je n’étais pas du matin mais, dans la rue, j’ai pris l’habitude de me lever aux aurores. Ça m’évite de croiser les gamins qui partent à l’école. Je ne veux pas qu’ils me voient. Je ne veux pas me voir dans leurs yeux. »

Notre regard posé sur ces milliers de personnes a son importance. Je souhaite que ce livre fasse évoluer les mentalités des personnes les plus hostiles aux sans-abris. Même les « bons » chrétiens aimants comme moi, ont des idées reçues un peu mesquines, des remarques complètement stupides : « S’il a un smartphone pour twitter, il ne doit pas être tant que ça dans le dénuement » ou alors « Trois ans et demie dans la rue, c’est rien, il y en a qui y sont depuis quinze ans ». 

Moi, je ne serais même pas capable de tenter l’expérience des journalistes de dormir une nuit sur le béton, même dans une station de métro avec le bruit et les gens qui me regardent. Hier, il neigeait à gros flocons dans Paris et j’ai pensé à tous ces sans-abris qui pataugeront la nuit dans la gadoue, avec leurs sacs de quinze ou vingt kilos qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu…

Cela m’a rappelé le chapitre particulièrement bien écrit sur le plan grand froid quand le vent glacial qui soufflait depuis Moscou nous a glacé les os pendant une dizaine de jours en février 2018. Christian Page y raconte avec beaucoup de justesse la soupe partagée à la mission des sans-logis où tout le monde est bien conscient qu’il va vivre seul une épreuve particulièrement difficile.

L’utilité de ce livre est de changer le regard des autres sur les clochards et il a vraiment réussi son pari. Cela tient beaucoup à la personnalité de l’auteur qui dénonce la dureté de la société sans aucun misérabilisme, ni acrimonie, avec même une pointe de second degré qui le rend très sympathique dès les premières pages.

Voici une vidéo de l’un de ses passages télé où il explique avec beaucoup de recul son quotidien, et exprime simplement sa reconnaissance à l’équipe de télévision qui l’a aidé discrètement pendant le grand froid.

Ma note :

5/5 sardines

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L’auteur rend un bel hommage à la mission évangélique des sans-logis qui est son port d’attache, place Sainte-Marthe. Cette oeuvre protestante existe depuis 1965 et offre aux sans-logis des repas, des douches, une adresse de domiciliation très importante et aussi un culte chrétien.

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Même s’il était éprouvant à lire, j’ai beaucoup aimé ce livre qui montre qu’il est encore possible de se montrer fraternel malgré la violence de la rue, ce message rejoint un peu celui d’un autre beau récit que j’ai lu et chroniqué il y a peu ici : Le prince à la petite tasse. C’est le récit d’une famille parisienne qui offre l’hospitalité à un migrant.

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Il existe d’autres récits d’amitiés qui sont nées dans la rue : Humains dans la rue, histoires d’amitié avec ou sans abri, édité par Première partie ou encore Je tape la manche de Jean- Marie Roughol écrit avec l’aide de Jean-Louis Debré.

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Cinéma·Sociologie

Le film de la semaine : I feel good ou la critique de l’individualisme forcené

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J’attendais de longue date la sortie du film Le poulain : la prestation d’Alexandra Lamy en directrice de campagne aux dents longues, m’avait convaincue en regardant la bande-annonce. Mais la chronique ciné de La croix m’a plutôt conduite à aller voir le film I feel good avec Yolande Moreau et Jean Dujardin.

Un film qui fait honneur aux communautés Emmaüs, cela avait plus de sens pour moi que le cynisme des communicants de la vie politique pendant une heure trente.

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Copyright Ad Vitam

Il est bien loin le temps où l’on considérait Alexandra Lamy et Jean Dujardin comme des acteurs de télévision de seconde zone, par comparaison avec le septième art. Chouchou et Loulou ont fait du chemin (chacun de leur côté) depuis une décennie.

Ils ont donné vie avec tout leur talent à des personnages qui nous font rire, sourire, qui nous émeuvent aussi que ça soit la jeune femme handicapée, l’ un des plus beaux rôles d’Alexandra Lamy dans le film Tout le monde debout de Franck Dubosc ou le lieutenant lâche et fourbe interprété par Jean Dujardin dans le film Le retour du héros dernièrement.

La carrière cinématographique de Jean Dujardin s’est envolée avant The artist, avec les films OSS 117 et son fameux rôle de crétin. Jacques, le personnage principal du film I feel good est le digne héritier d’Hubert Bonisseur de la Bath.

C’est la première fois que je regardais un film réalisé par Gustave Kervern et Benoit Délépine. Je n’étais pas bien rassurée car mon fraternel regardait régulièrement Groland sur Canal + et autant vous dire que cet humour bien gras et scabreux n’était pas du tout ma tasse de thé.

J’ai trouvé qu’ils avaient fait preuve d’un profond respect envers la communauté Emmaüs et leur fondateur l’Abbé Pierre, ce qui leur vaut l’intérêt de la presse chrétienne.

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Photo Patrice Terraz

Le résumé :

C’est l’histoire de Jacques, un éternel ambitieux qui a été mis à la porte par ses parents en pleine crise de la quarantaine, après une vingtaine d’années sabbatiques à vivre à leurs crochets.

Des années après leur décès, il refait surface dans la vie de sa sœur Monique, qui dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Ses parents comme sa sœur sont restés fidèles aux idéaux du communisme, Jacques lui, a cru en Bernard Tapie. Il n’ a pas le goût du travail, il cherche juste l’idée du siècle qui lui permettra de devenir très riche très vite : rendre les petites gens beaux. Il cherche alors à embobiner les compagnons d’Emmaüs pour les embarquer dans une formule low cost : faire de la chirurgie esthétique en Bulgarie….

« Tu sais que tu as un potentiel de séduction formidable.

Et si tu sortais de ta chrysalide ? « .

Mon avis :

C’était un film loufoque, absurde, parfois déprimant mais aussi avec beaucoup d’esprit, subversif pour donner matière à réfléchir sur le sens que chacun donne à sa vie. Il montre un homme aveuglé par la quête du profit, l’ argent facile. Il va droit dans le mur à vouloir gravir les marches de l’ascension sociale quatre par quatre.

Les deux réalisateurs dénoncent une société actuelle obsédée par l’apparence, la matérialité, la réussite. Avec I feel good, ce sont les ambitieux comme Jacques et son ancien camarade d’école Poutrin qui a fait fortune,  qui sont ridicules.

Les compagnons Emmaüs ont été confrontés à cette économie ultra-libérale qui ne laisse sa chance à personne. En ce qui concerne le pragmatisme et la sagesse, ils ont une bonne longueur d’avance sur Jacques et pourtant, ils ne lui donnent pas de leçons.

L’Abbé Pierre est mort en 2017 depuis plus d’une dizaine d’années, il est rare que l’on se souvienne de lui dans l’actualité médiatique. Pourtant, son oeuvre est plus que jamais un partenaire incontournable du paysage social et solidaire français et international avec ses 287 structures.

Cela me chiffonne un peu que ce film gomme toute la parenté chrétienne de ce mouvement, pour moi, on présente vraiment l’Abbé Pierre comme un altermondialiste. Ce n’est pas mal en soi d’être altermondialiste mais quand on sait qu’ aujourd’hui, cela ne veut plus rien dire d’être de gauche ou de droite, autant fonder son espoir sur les Évangiles que sur le Manifeste de Marx.

Ce grand ambitieux emmène ce petit groupe qui s’aime et se respecte sur les traces du communisme : le palais de Ceausescu à Bucarest en Roumanie, puis en Bulgarie à Buzludza.

C’est dans les montagnes, sur les hauteurs de Kazanlak, que le parti communiste a construit un gigantesque palais des congrès visible depuis la Roumanie et la Grèce. Il a été totalement vandalisé, les pilleurs ont désossé les mosaïques de pierres précieuses, tagué les fresques… Grâce à un film français, j’ai appris un peu plus de l’histoire de mon pays par alliance : la Bulgarie.

 

Ma note : 3/5 sardines

Mon avis est un peu mitigé. Gustave Kervern et Benoît Délépine ont trouvé un très bon sujet qui donne matière à réflexion : la solidarité, l’entraide comme remède à l’individualisme forcené.

Le gag final qui rend hommage à l’abbé Pierre  est savoureux. Jacques dit à son acolyte des coups foireux qu’il s’est rendu compte que les compagnons d’Emmaüs n’avaient pas besoin de chirurgie esthétique pour réussir car ils étaient beaux à l’intérieur.

C’est un film à voir mais il laisse une drôle d’impression. Je reste persuadée que le cinéma sert à enchanter les spectateurs, les aider à s’évader de la réalité et ce film comportait aussi quelques scènes peu esthétiques. On rit beaucoup avec ce film à cause de la médiocrité assumée de Jacques, magnifique Jean Dujardin !

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Sociologie

Profession prêtre

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C’est à travers un article dans l’hebdomadaire La vie en avril 2017 que j’ai connu l’histoire de David Gréa, un prêtre lyonnais qui a décidé de se marier . Je m’étais réjouie pour ce couple que je connaissais pas. Je me suis dit que c’était une bonne nouvelle que ce prêtre connaisse ce bonheur, au grand jour.

Six mois plus tard, je rencontre Magalie et David Gréa dans un week-end communautaire de ma paroisse.

Dans mon blog Le bal littéraire des sardines, j’affectionne aussi les essais qui questionnent la société actuellement. Cette autobiographie est l’un de mes coups de cœur littéraires de ce printemps pour son style très agréable à lire, les questions que l’auteur soulève et son talent à décrire le portrait d’une France catholique qui croit toujours en Jésus en 2018 avec foi et ferveur.

Ce sont les Arènes, une maison d’édition grand public qui a publié le livre de David Gréa. Cet éditeur donne la parole à un croyant qui cite la Bible, explique l’importance de la prière dans sa vie et raconte au grand public en quoi la messe est vivante !.

J’aime beaucoup leur ligne éditoriale puisque j’ai déjà chroniqué trois livres publiés récemment aux éditions Les Arènes : Le secret d’Adèle, Was ist das et London out of the box. C’est un bon choix d’éditeur car ce livre s’adresse au grand public, en dehors de nos milieux chrétiens.

Je suis persuadée que le prêtre a un véritable rôle de médiateur dans la société actuelle et c’est d’ailleurs le sujet central de ce livre : le récit d’une expérience spirituelle et professionnelle de dix-sept ans au service des autres.

Une vie nouvelle

Prêtre, marié, heureux

Père David Gréa,

avril 2018. Les Arènes

288 pages. 18€

Disponible à la librairie 7ici,

48 rue de Lille 75007 Paris

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Le résumé :

Avril 2017, les journaux et les radios d’informations nationaux font leurs gros titres d’un événement privé et personnel. David Gréa, prêtre médiatisé de l’église Lyon centre en pleine croissance, est contraint de quitter précipitamment sa paroisse à l’approche de son mariage civil avec Magalie.

Cette autobiographie retrace le parcours d’un homme qui a réussi avec toute une équipe de laïcs et un groupe de louange pop Glorious à opérer un véritable renouvellement générationnel dans son église en adaptant le langage religieux à ce que vivent leurs paroissiens quotidiennement.

Ce livre n’est pas un manifeste contre le célibat de tous les prêtres, il raconte une expérience personnelle qui démontre que les bancs des églises catholiques sont loin d’être vides en 2018.

Mon avis : 

J’aime beaucoup les autobiographies surtout quand elles sont bien écrites. C’est le cas de ce premier livre, ce n’est jamais évident de se raconter. David Gréa y parvient très bien dans un style fluide, empreint d’humilité et de grande sincérité.

Né juste après Mai 1968, enfant de la génération X, il raconte sa construction intellectuelle et spirituelle, héritée de son éducation issue du catholicisme social de ses parents dans la région de Lyon.

Lyon, c’est la ville d’où est partie la fameuse marche des beurs en 1986 avec le prêtre ouvrier Christian Delorme, interprété à l’écran par Olivier Gourmet dans le film La marche avec Jamel Debbouze. Ce film m’a marquée par la fraternité qu’il dégage.

David Gréa a été lui aussi un éducateur dans les quartiers populaires de Lyon, il s’attache à décrire avec vérité le quotidien d’un prêtre confronté directement à la réalité sociale, celle d’une société qui ne fait pas de cadeaux aux plus faibles.

Le prêtre apporte du lien social là où il n’y en a plus, il tente de pallier aux manquements des institutions, de s’adapter à la montée de l’individualisme dans les paroisses et parfois, il s’épuise.

J’ai beaucoup aimé ce livre qui raconte avec vérité les joies mais aussi les difficultés que rencontre un prêtre. La croissance de son église est très motivante mais elle demande beaucoup d’efforts d’engagement personnel pour écouter les paroissiens, les accompagner dans leurs difficultés ou se réjouir avec eux lors des baptêmes et des mariages, mais le soir, le prêtre se retrouve seul dans le presbytère.

David Gréa a dû se battre contre la solitude durant de longues années et son récit suscite beaucoup de compassion. Ce livre n’est pas un manifeste militant pour le mariage des prêtres même si c’est l’un des sujets centraux du livre. David Gréa raconte avec beaucoup d’estime l’écoute bienveillante de ses supérieurs, le cardinal Barbarin qui lui facilitera une entrevue avec le Pape François.

Un tribunal ecclésiastique lui a demandé de ne plus exercer son ministère de prêtre comme il s’est marié. L’une des forces de ce livre est de ne pas tomber dans le piège du livre à charge contre l’Eglise bien que ce témoignage mette en lumière l’absurdité des dogmes : exiger le célibat des prêtres est une règle mais pas une tradition biblique.

J’ai beaucoup aimé les citations de la Bible en début de chaque chapitre, elles expliquent aux lecteurs en quoi bon nombre de chrétiens comme David Gréa ou moi même, puisent dans la Bible des réponses à leurs questions, leurs choix de vie aujourd’hui.

Ma note : 5/5 sardines

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C’était une lecture passionnante à mi chemin entre l’autobiographie et l’essai de société. J’ai apprécié le fait que l’éditeur ne soit pas un éditeur chrétien spécialisé pour que ce livre touche un public beaucoup plus large. C’est un témoignage passionnant qui éclairera chacun sur les spécificités de la vocation de prêtre aujourd’hui.

Sociologie

Marée humaine à la plage, un véritable théâtre social

Le week-end dernier, nous étions à Marseille (ma ville de cœur) goûter aux joies du farniente le long de la corniche Kennedy car la plage des Catalans m’appelait de sa douce voix de sirène… (c’est mon endroit favori à Marseille…).

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Les bains militaires de l’anse de Malmousque

Je vous recommande le voyage avec le bus 83 depuis le rond-point du Prado, c’est vraiment formidable…

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Moi, j’aime beaucoup les productions des artistes marseillais autour de l’identité de leur ville. J’avais découvert une fois précédente les superbes stickers de Sardo Marsiho qui a eu la grande gentillesse de m’en envoyer quelques exemplaires. On se reconnaît entre sardines !

J’étais donc à la recherche d’autres objets dérivés de sardines, et là j’ai eu un vrai coup de cœur pour les baigneuses de Cécile Colombo au magasin Les toiles du large dans les arcades de la cathédrale de la Major, non loin du MUCEM.

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Copyright Cécile Colombo

Elles s’appellent Martine, Mireille, Yvonne, Nicole ou encore Margot comme la grand-mère marseillaise de l’artiste.

Elles portent des maillots de bain une pièce aux imprimés très graphiques, on dirait qu’elles sont en tenue de soirée avec leurs colliers et leurs chapeaux. Elles sont toujours coquettes car la plage est un théâtre social même quand on est bien en chair et qu’on a dépassé la cinquantaine.

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Ce sont les Marseillaises de l’enfance de l’artiste. Au début, elles ont inspiré des illustrations de recettes de cuisine éditées par Équinoxe, puis Cécile Colombo a décidé de les amener à la plage pour décorer des toiles mais aussi des assiettes de céramique et surtout des sacs en toile de voile en partenariat avec la boutique Les toiles du large.

A la plage, toutes les inégalités sociales disparaissent, on vient tous pour la même chose : se délecter des plaisirs du bain pourtant on met en scène son corps, son bronzage, son allure… C’est ce que j’ai retenu de mes études d’anthropologie sociale et culturelle de l’Europe avec les conservateurs du MUCEM.

Ces baigneuses m’ont beaucoup plu car elles sont les témoins d’une époque révolue ou non, d’une certaine classe populaire, celle que l’on ne remarque pas. On ne se retourne pas sur leur passage comme devant des petites jeunes en bikini mais elles sont tellement attachantes dans leur simplicité et leur sophistication recherchée. Cécile Colombo a peint une autre beauté.

Pascal Rabaté a un peu la même démarche dans le domaine de la BD puisqu’il aime chroniquer la vie des gens ordinaires dans ses albums : Les petits ruisseaux, La Marie en plastique ou encore Vive la marée. Il est aussi réalisateur de films et adapte au cinéma ses BD: Vive la marée est le scénario du film Ni à vendre ni à louer.

Vive la marée

Pascal Rabaté

Futuropolis, 2015

120 pages

20€

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C’est un album atypique sans personnages principaux. Pascal Rabaté raconte une saison estivale au bord du littoral atlantique à travers une galerie de portraits : des estivants d’un jour ou des vacanciers annuels, des locaux …

Le rythme est soutenu, il suit celui des voitures sur l’autoroute ou du train remplit de valises et de bouées…

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On suit les personnages le temps d’une anecdote très brève au fur et à mesure que le soleil tourne sur la plage ou que la marée monte. C’est la prouesse technique et narrative de cet album : on sent que l’élément naturel reprend sa place sur le théâtre social qui se joue à la plage.

Les citadins reviennent à l’état sauvage à l’image de l’enfant ou du père de famille qui cherche un crabe sous les rochers…

C’est un album très réussi à l’image de sa couverture un peu étrange qui remet bien en place toutes les stratégies humaines pour mettre son corps en valeur sur la plage : tous égaux face à l’inertie des corps sous l’eau !

En attendant l’été, je vous recommande d’autres lectures qui théorisent la plage comme les essais de Jean-Didier Urbain et de Jean-Claude Kauffmann ainsi que la BD Saison morte.

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Moi, je retourne rêver que je suis au bord de la plage des Catalans…

Sociologie

Londres, out of the box, la ville en dehors des sentiers battus.

En ce moment, je suis bien suspendue aux épisodes de The crown qui retrace les débuts du règne d’Elisabeth II sur Netflix. La saison 2 arrive le 8 décembre (chic, chic !!!) et donc je visite Londres avec cette excellente série.

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Saviez vous qu’un immense smog avait recouvert la ville de Londres entre le 5 et le 9 décembre 1952, causant la mort de 12 000 personnes?. Les centrales à charbon carburaient à plein régime et le premier ministre de l’époque, le grand Winston Churchill, s’est retrouvé vite dépassé par la situation. Et malheureusement, il n’ y avait pas de Cop21 il y a 65 ans.

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J’ai toujours trouvé que Londres était une ville sombre et grise avec son architecture gothique massive et austère. Big Ben et le Parlement de Westminster sont de vrais joyaux architecturaux aux bords de la Tamise (il y a une sacrée ressemblance avec le Parlement hongrois de Budapest aux bords du Danube, c’est évident) mais Londres ne m’avait jamais vraiment emballée.

Mais j’ai reçu le guide Londres, out of the box, un envoi gracieux des éditions des Arènes (merci, merci, merci !) et j’ai découvert une ville très colorée grâce à ses quartiers : Notting Hill, Brick Lane, Greenwich….

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Sonia Delesalle Stolper, Hélaine Lefrançois

Collection Out of the box, éditions Les arènes

440 pages – 18,90 €

Londres Out of the box

J’aime beaucoup le parti-pris de ce guide qui sort des sentiers battus : il s’intéresse à six grandes zones autour de Londres. Ce sont principalement des quartiers résidentiels avec leurs pubs, leurs petites boutiques emblématiques qui montrent cette immense capitale européen avec humanité.

Ce sont ses habitants qui façonnent Londres : c’est une ville multiculturelle qui regroupe immigrés des colonies du Commonwealth, classes ouvrières des autres pays du Royaume-Uni, jeunes nantis … Autant de témoignages qui donnent à ce guide une dimension sociologique, vraie valeur ajoutée par rapport aux traditionnels guides touristiques.

Le maître-mot de ce guide est gentrification. Il montre le visage de Londres au 21eme siècle avec ses nouveaux quartiers, ses mutations démographiques en fonction des nouveaux bassins d’emplois…

Au lieu de retracer toute l’histoire de Londres, il nous parle de son actualité immédiate : la vie quotidienne depuis le Brexit, le défi écologique, la ville- monde. C’est aussi un formidable vivier de bonnes adresses : plus de 1400 lieux de vie pour faire de votre séjour à Londres, un moment unique.

Bien entendu, ce guide ne fait pas l’impasse du Londres touristique dans une petite partie du guide mais il propose aussi des adresses pour s’évader en dehors de la ville : dans la campagne ou sur la côte chez le major Pettigrew, l’un de mes personnages de fiction favoris…

J’ai découvert Londres à travers la littérature, les séries et les comédies romantiques : Oliver Twist, Orgueil et préjugés, Downton Abbey quand Lady Mary sort de sa campagne pour des mondanités, Love Actually et Coup de foudre à Notting Hill bien entendu…

Vivement les épousailles de Prince Harry et Meghan au printemps prochain pour regarder à la télévision le Londres du 21eme siècle…

Ma note : 5/ 5 sardines

J’ai beaucoup aimé ce guide pour l’exhaustivité de ses bonnes adresses, ses photographies originales qui montrent la vie quotidienne entre les fresques street-art et les devantures de boutiques, la multitude de cartes, les icônes qui fournissent des infos très pratiques pour voyager…

Autant de bonnes idées qui montrent que ce guide a été conçu par une équipe de journalistes et d’éditeurs aguerris aux voyages touristiques en milieu urbain. Out of the box est la collection de livres de voyage des éditions des Arènes, il existe aussi celui de New York...

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Romans·Sociologie

Les stagiaires, le roman d’apprentissage de la génération Y.

J’ai découvert ce roman grâce aux chroniques télé de Bulle Dop dans l’émission C’est au programme sur France 2.

Les stagiaires

Samantha Bailly, éditions Milady

2014 – 350 pages

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Je venais de terminer un très mauvais livre Les gentilles filles vont au paradis, les autres là où elles veulent : un vrai désastre littéraire. Une héroïne insupportable, une intrigue faible et fade, des personnages secondaires insipides… bref du feel-good tellement marqueté qu’il écœure les lecteurs compulsifs comme moi. J’ai envie d’écrire un article sur les feel-good books dans un prochain billet.

Donc, j’avais un peu peur que cette histoire de stagiaires soit superficielle et caricaturale. Et bien non, tout au contraire, c’est surement le roman le plus profond que j’ai lu : son analyse psychologique des personnages est très poussée.

Les stagiaires est tout sauf un feel-good book : il n’ y a pas d’happy end comme dans une comédie romantique (je n’en dirai pas plus…) C’est un véritable roman d’apprentissage dans un contexte tellement familier : le stage en entreprise.

Le résumé :

C’est l’histoire de six stagiaires : Ophélie, Hughes, Vincent, Arthur, Alix et Enissa. Provinciaux ou Parisiens, ils viennent de milieux sociaux différents pour acquérir une expérience professionnelle à Pyxis, la boite de jeux vidéos. Qui sera finalement embauché? Quel tournant donner à sa vie personnelle?

C’est un roman d’apprentissage à travers le stage, un moment charnière de la vie que nous avons tous vécu.

Mon avis :

Samantha Bailly a choisi un mode narratif très efficace : au fil des chapitres, ce sont les deux personnages principaux Ophélie et Arthur qui racontent à la première personne du singulier, les situations de vie du groupe : quand ils se retrouvent entre eux à la cafétéria ou lors de leurs fêtes ou bien quand ils sont confrontés à leurs supérieurs dans l’open space de Pyxis….

L’organigramme de l’entreprise sert de situation initiale pour commencer la lecture et j’ai trouvé ça très bien vu. Je ne déteste rien de plus qu’un roman qui ne me laisse pas faire connaissance avec les personnages qui vont m’accompagner les 300 prochaines pages.

Je me suis vraiment attachée à eux dans ce roman, aucun n’est stéréotypé. Que ce soit Enissa, la jeune fille aux seins refaits dont le langage rappelle celui d’une Nabilla. Derrière sa superficialité, Enissa cache un regard désabusé sur elle-même, elle se met une forte pression pour réussir dans la vie. Quant à Alix, la grande fille ronde totalement geek est la plus accueillante du groupe. Fine psychologue, elle sait discerner qui porte un masque et sera la bonne personne pour écouter Ophélie et la conseiller.

Le personnage le plus intéressant est sans conteste Arthur. Petit-bourgeois issu d’une grande école de commerce, il profite de cette année de césure pour explorer un monde qui le fascine hors du chemin prestigieux tout tracé par sa mère, ses amis et son milieu social.

Il côtoie des jeunes de son âge comme Ophélie qui doivent réussir leur entrée sur le marché du travail sans les relations de leurs parents, ni aide financière. L’argent n’est pas un souci pour lui.

Pourtant c’est lui le personnage le plus tourmenté qui se réfugie dans l’alcool, la drogue et l’adultère car il a peur de construire son avenir. Alors il le détruit et fait de sacrés dégâts autour de lui… Même les filles les plus raisonnables et responsables se laisseront attirer dans ses filets…

Ma note :

5/5 sardines

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J’ai vraiment été emballée par ce roman car il raconte la recherche identitaire, la quête du grand amour de jeunes adultes qui se construisent dans un contexte de précarité professionnelle et économique.

J’ai découvert une auteure très talentueuse : Samantha Bailly. L’épilogue du roman est très surprenant par ses nuances et sa tendresse. C’est une auteure que je vais suivre par la suite, c’est évident. Elle a déjà écrit une dizaine de livres, principalement de la fantasy (tout ce que je n’aime pas du tout) mais une telle profondeur d’approche psychologique de ses personnages donne envie de lire.

Margaud liseuse, booktubeuse réputée a fait  le tour de l’oeuvre littéraire de Samantha Bailly et voila ce qu’elle en pense :

Je viens de découvrir qu’il existe une suite aux stagiaires : A durée déterminée… je crois que je vais prolonger le stage de cette auteure talentueuse !.

Sociologie

Astérisque en Germanie

Astérisque en Germanie

Même si j’ai eu un peu de mal à comprendre le titre de ce livre au début, Was ist das, le livre de chroniques de Pascale Hugues, publié aux Arènes cet été, m’a captivée.

was ist dasWas ist das? Chroniques d’une Française à Berlin

Pascale Hughes, éditions Les Arènes, 2017

240 pages – 18€

 

Sa couverture très contemporaine et son sujet : les chroniques d’une Française à Berlin ont attiré toute mon attention.

C’est typiquement le genre de livres que j’affectionne : mon dernier coup de cœur en la matière était le livre de Pamela Druckmann, Bébé made in France, publié par Flammarion. Cette journaliste américaine sondait le système éducatif français à travers Jean-Jacques Rousseau, Françoise Dolto….

bébé made in france

Je remercie le service presse des éditions des Arènes qui m’a gentiment adressé ce livre. Je suis avec attention leur ligne éditoriale très originale et contemporaine, un de mes précédents articles, chroniquait le roman historique Le secret d’Adèle de la journaliste Valérie Trierweiler.

Le résumé du livre :

A l’occasion des élections allemandes, Pascale Hughes, correspondante diplomatique depuis trente ans et écrivain, dresse une trentaine de chroniques sur ce qui nous sépare outre-Rhin : le rapport aux hommes politiques, le naturisme dans les lieux publics, l’écologie, les vieilles bombes qui explosent parfois dans les centres-villes totalement reconstruits après guerre…

Mon avis

Pascale Hughes a choisi le ton du flâneur anthropologue pour écrire ce livre beaucoup plus personnel qu’il n’y parait. Et c’est ce qu’il m’a vraiment plu.

A vrai dire, je ne connais que très mal la culture allemande, alors que cette nation est notre voisine au même titre que l’Allemagne ou l’Espagne. Mais j’aime les livres qui étudient les différences culturelles ainsi que les biographies politiques très récentes.

La politique européenne a une place de choix dans ce livre. On ressent toute l’expérience politique de l’auteur dans les premiers chapitres. Ce livre a été écrit dans un contexte électoral décisif pour Angela Merkel et Emmanuel Macron, à quelques mois d’intervalle.

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Le Tiergarten, un personnage important de ce livre de chroniques.

Ces chapitres politiques ne sont pas les plus simples à lire mais la plume de Pascale Hugues sait vous emmener en promenade. J’aime beaucoup le recul sur l’actualité immédiate que permet le livre : le chapitre sur le modèle allemand vanté par la presse et la classe politique française est savoureux.

Mais ce qui me passionne, ce sont ses chroniques plus sociologiques (comment vivent les gens au quotidien) : l’écologie, le naturisme et la sexualité, les souvenirs de l’ancienne RDA, le fait de porter des Birkenstock, comment se comporter dans les jardins publics…

L’auteure est une femme française qui interviewe des célébrités comme Christian Louboutin, Alice Schwarzer, une célèbre féministe allemande… Son livre est aussi léger quand elle oppose les macarons parisiens à la forêt-noire berlinoise, Mona Lisa à Nefertiti.

Pascale Hugues raconte les ambiances aux antipodes de deux jardins publics : le jardin du Luxembourg à Paris et le Tiergarten de Berlin, deux notions diamétralement opposées de l’ordre et de la nature.

Mais attention, bien que l’ illustration de couverture signée Roxy Lapassade soit très girly (marketing oblige), ce livre ce n’est pas du même niveau que Les pintades à  Paris. C’est un véritable essai de sociologie, qui retrace aussi la construction de l’Europe.

les pintades à Paris

Ces chroniques prennent alors tous leurs sens quand Pascale Hugues questionne l’Histoire avec ses souvenirs d’avant 1989, quand Berlin était divisée en deux, entre communisme et capitalisme. Plusieurs fois, j’ai reposé ce livre en me disant « Tiens c’est vrai, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle « .

Je me suis demandée comment le peuple allemand est parvenu à se reconstruire psychologiquement après la dictature du 3eme Reich et l’occupation soviétique d’une partie du pays.

J’ai retrouvé la description du choc des cultures qui m’avait tellement plu dans le film Good bye Lénine, l’histoire de ce jeune homme Alex, qui cache à sa mère, militante communiste, la chute du mur de Berlin quand elle se réveille du coma.

Ma note : 4/ 5 sardines

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Je mets cette note pour le ton personnel de l’auteur très agréable à lire, le fait qu’on réfléchisse vraiment grâce à ce livre, on rit aussi et surtout on actionne la machine à remonter le temps dans une époque révolue : l’ Europe communiste.

Moi qui visite chaque été l’Europe de l’Est par mes attaches familiales, j’aurais pu mettre cinq sardines à ce livre s’il n’y avait pas eu quelques longueurs dans les premiers chapitres.

Cela me donne bien envie de lire la biographie d’Angela Merkel, publiée par les éditions Empreinte temps présent. Cette biographie a été écrite par un journaliste spécialisé Resing Volker. Il  a mené une enquête minutieuse pour retracer le parcours de cette fille de pasteur devenue physicienne dans la RDA, avant de devenir la première femme chancelière.

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On ressent dans ce livre de chroniques, une forme de sympathie collective pour cette chancelière qui en impose dans ces sommets du G7 majoritairement masculins. J’ai du mal à croire que les Allemands l’appellent vraiment Mutti.

Et si le vrai modèle allemand ce ne serait pas d’oser élire une femme à la tête d’une des principales puissances mondiales?