Cinéma

Notre Dame brûle, un article fleuve pour un film magistral

Attention, article fleuve ! Je vais de plus en plus rarement au cinéma et il ne fallait pas passer à coté de Notre Dame brûle. Beaucoup de nos collègues de travail l’ont vu d’ailleurs.

J’aime l’Histoire de France mais pas au point d’être une inconditionnelle de Secrets d’Histoire comme bon nombre de mes amies (elles se reconnaîtront !).

Ce film raconte une aventure humaine exceptionnelle qui aurait pu échouer sans cet extraordinaire esprit d’équipe. D’ailleurs, ce film est lui aussi une œuvre collective bâtie sur la réunion de 28000 vidéos amateures collectées.

Une cathédrale médiévale qui émerveille les enfants depuis huit siècles

La pochette de l’album fait froid dans le dos

Comme la plupart des Français et des touristes du monde entier, j’aime Notre Dame de Paris depuis mon premier voyage à Paris en 1998.

J’avais onze ans, j’étais en CM2 et c’était la folie Notre Dame de Paris avec la comédie musicale.

On braillait Beeelle dans les cours de recréation après être allés voir le Disney : Le bossu de Notre Dame en 1996.

Ma tante Patricia m’avait offert un Découvertes Gallimard sur les cathédrales pour ma première communion, et je l’ai gardé dans ma bibliothèque depuis.

Puis, je suis montée à Paris faire mes études à l’Ecole du Louvre et vivre dans un foyer de filles : La Vigie sur l’île Saint-Louis. On allait se manger des glaces Amorino sur le pont Saint-Louis entre les deux iles en se disant qu’on avait une chance folle de vivre ici, dans le plus bel endroit du monde pour nos dix-huit ans.

Droits réservés Jacques Mossot, Structurae

Alors quand l’incendie s’est déclaré, j’ai tout de suite pensé à mes plus beaux souvenirs dans cet endroit familier pour tous les amoureux de Paris dans le monde entier.

J’étais chez moi en congé maternité, j’ai été alertée par la une du Monde, mes collègues qui travaillaient près du quai Voltaire étaient aux premières loges. C’était le lundi 15 avril 2019 pendant la semaine pascale, mes beaux-parents l’avaient visitée deux jours avant.

On s’est endormis l’esprit bien préoccupé. Le sommeil a été plus libérateur plus tard dans la nuit quand nous avons lu sur Internet que les deux tours étaient sauvées.

Un monument universel, aimé par le monde entier

J’ai beaucoup pensé à ces centaines de gens qui se sont massés sur les quais à Saint-Michel, sur l’Ile Saint Louis pour veiller sur leur église. C’est le monument touristique le plus visité d’Europe mais c’est aussi une église locale avec ses paroissiens.

Notre Dame est aussi un bâtiment éminemment politique : c’est là que Napoléon a été couronné comme le montre ce tableau gigantesque de David au musée du Louvre. Bien plus tard, le général de Gaulle a été acclamé par les cloches de Notre Dame lors de la libération de Paris en août 1944.

Ce film est un thriller qui raconte une journée hors-normes pour des milliers de gens. Certains étaient sur le terrain pour leurs premiers jours : l’agent de sécurité incendie, deux jeunes pompiers pour leur premier feu, d’autres travaillent depuis des années. Pourtant avec toute l’expérience possible, l’homme est limité. Il doute, il panique sous l’effet du stress ou il est coincé dans les embouteillages pour secourir Notre Dame.

Les premiers pompiers à intervenir viennent de la caserne de la rue de Poissy juste à coté du collège des Bernardins. La maire de Paris Anne Hidalgo et son directeur de cabinet sont également aux premières loges de ce désastre depuis leurs fenêtres de l’Hôtel de ville.

Copyright David Koskas

Le thème du film c’est de rendre hommage à cet esprit d’esprit d’équipe qui a permis de sauver un patrimoine historique, artistique et culturel commun au monde entier, que l’on soit chrétiens ou non. Ces pompiers sont des héros qui sont allés au bord de leurs limites pour faire leur métier. Avec Jean-Jacques Annaud, la réalité donne matière à un film de super-héros. Mais ici pas d’effets spéciaux, tout est véridique !

Mais les meilleurs moments du film montrent leur humanité : quand un pompier annonce une très bonne nouvelle pour le sauvetage des reliques alors qu’il s’agit de fac-similés, quand un pompier joue timidement des coudes parmi les gradés pour exposer son plan…

J’ai aimé leurs connaissances sommaires mais bien présentes de l’histoire de l’art occidental. Un des pompiers a eu une formation au musée du Louvre pour sauvegarder les plus beaux trésors de la chrétienté depuis le Moyen-âge. Le roi Saint Louis a endetté son pays pendant trente-cinq ans pour acquérir les reliques les plus précieuses de l’Occident. Il a même crée un reliquaire monumental sur l’île de la Cité : la Sainte-Chapelle.

Le plus beau moment de ce film est quand les pompiers sont portés par la louange des gens en bas qui monte dans les hauteurs : Amazing Grace. Moment de grâce.

Il faut dire que les pompiers sont alors bien fatigués par des heures de lutte contre le feu, à courir comme des déments dans des escaliers étroits avec quinze kilos de matériel dans des conditions extrêmes.

Le combat semble gagné par le feu, la cathédrale menace de s’effondrer comme les tours jumelles de New-York et de réduire en cendres l’Ile de la Cité, le joyau de Paris. C’est peu dire l’enjeu symbolique pour tout un pays. Pourtant, le commandant des opérations refuse de mettre en jeu la vie des pompiers pour des pierres même si elles ont 850 ans d’Histoire. On peut reconstruire une cathédrale mais pas la vie d’un pompier.

Quel réconfort d’entendre pareil discours face à la pression médiatique des réseaux sociaux, le risque de récupération politique lorsque que les autorités du pays accourent sur le parvis. J’ai beaucoup apprécié que l’action des pompiers soit unanimement saluée cette nuit là.

Le film se moque gentiment de Donald Trump qui a tweeté qu’il fallait envoyer des canadairs. Quand on ne connait que les gratte-ciels new-yorkais, on ne vient pas donner des conseils sur l’architecture médiévale européenne !

Copyright Guy Ferrandis

Comme quoi en France, on sait chérir ce que l’on a réussi à sauver quand on est à deux doigts de le perdre. Ce très beau film montre aussi combien la France est un pays très bien organisé et solidaire pour gérer des situations de crise majeures.

La devise de la ville de Paris inscrite sur les casques des sapeurs-pompiers de Paris montre alors toute sa force : « Il est battu par les flots mais ne sombre pas« . Quelle chance que Notre-Dame se trouve à proximité de la Seine pour alimenter les pompes à eau.

Copyright Mickael Lefevre – BSPP

Enfin, ce qui saute aux yeux quand on regarde ce film, ce sont les enchaînements d’avaries vécues par les pompiers, le régisseur des œuvres de la cathédrale mais pourtant la cathédrale est sauvée.

« Un miracle, cela ne s’argumente pas, ça se constate… »

Jean-Jacques Annaud est un réalisateur athée, spécialiste de films historiques qui respectent le recueillement, la foi et la spiritualité. Il a réalisé un chef d’œuvre que je me dépêcherai d’acheter en DVD pour garder mémoire du dévouement des pompiers de Paris dans ma bibliothèque. Une véritable leçon d’humanité !

Retrouvez-ici mes articles qui traitent de la foi chrétienne

Trois chaînes Youtube qui vont transformer ta conception de l’église le dimanche matin

-L’amour de Dieu plus fort que le napalm : Sauvée de l’enfer

A la rencontre d’un ami : Rendez-vous dans la forêt d’Alain Auderset

Sociologie

Le sens des traditions : le premier avril et ses poissons

Je respecte peu les traditions à la lettre mais celle-ci est de loin ma préférée quand j’allais à l’école avec mon petit frère, Ugo. Comme ma fille fréquente l’école cette année, j’avais à à cœur de lui transmettre cette tradition bon enfant.

On s’était préparées à dessiner des poissons pour la classe et comment on allait les scotcher dans le dos des gens sans qu’ils s’en aperçoivent. Malheureusement, la gastro et la neige sont passées par là et ma fille est restée à la maison.

L’an dernier, je travaillais encore en librairie et comme nous étions en inventaire, nous nous étions amusés à jouer le jeu pour nous changer les idées. Je vois cette tradition comme un acte de résistance contre la morosité après deux printemps pas bien rigolos.

J’ai voulu investiguer sur le sens et les origines de cette tradition si populaire. Au 17eme siècle, sous le règne de l’empereur Charles Quint, une unification des calendriers est décidée dans toute l’Europe : le Nouvel an débute désormais le 1er janvier et non plus le 1er avril. Cette date coïncide aussi avec l’ouverture de la pêche, quand les poissons sont encore difficiles à pécher.

Enfin, l’allusion religieuse parait également évidente : le poisson est le symbole des premiers chrétiens persécutés par l’empire romain. C’est une pleine période de Carême, celle où l’on mange du poisson car il faut manger maigre.

L’éclair de génie de Christophe Adam à Lafayette Gourmet

La France est l’un des pays qui respectent le plus cette tradition mais elle existe aussi en Angleterre, c’est une tradition médiévale : April fools’day : la fête des fous.

Le poisson d’avril inspire autant les pâtissiers que les blogueuses et créatrices de DIY à l’image de Laure de Papier papier papier qui propose un superbe atelier pour enfants. J’ai renoncé à le finaliser car mon poisson était trop moche mais je vous le recommande.

Enfin, je ressors un vieux billet de mes archives : dessiner des carpes koi !

Parentalité

Comment j’ai échappé à la corvée du spectacle de Guignol un dimanche après-midi sous chapiteau…

A voir leurs mines réjouies de ce moment père-fille, visiblement ce n’était pas une corvée ni pour l’une ni pour l’autre. Pour moi, Guignol c’est l’un de ces personnages désuets des spectacles de Chantal Goya que je fuis à toutes jambes .

Quand j’étais petite, nous transitions en train entre Valence et la Seine Maritime , en taxi devant l’Olympia et le quartier de la Madeleine. Je voyais les affiches des spectacles de Chantal et je voulais faire comme les enfants de ma génération, ceux qu’on collait devant Dimanche Martin dans les années 1990.

Je voulais aller voir Guignol, Bécassine, Le chat botté et les lapins qui tuent des chasseurs…

Trente ans plus tard, je suis maman d’une petite fille d’une double culture franco-bulgare qui commence à avoir une vie sociale et culturelle parisienne : le zoo, les fêtes foraines, les musées et les spectacles…

Aller voir Guignol à trois ans, c’est être cultivé car Guignol, c’est plus de deux cent ans d’Histoire ! Il faut reconnaître à Chantal Goya et Jean-Jacques Debout cette intelligence de capter ces personnages qui parlent aussi bien aux parents qu’aux enfants. Guignol, c’est le patrimoine culturel français !

Guignol est né à Lyon en 1809. Le spectacle se déroule dans un castelet dont l’un des plus célèbres est celui du parc des Buttes-Chaumont dans le 19eme arrondissement de Paris.

Avant d’être marionnettiste, le créateur de Guignol : Laurent Mourguet était arracheur de dents sur la place publique. Il a crée un personnage iconique, habillé dans la tradition de la commedia dell’arte italienne. Le répertoire de Guignol est fortement inspiré par la manière de parler à Lyon.

Mais au delà du jeu de marionnettes et de l’histoire qui est racontée (Gnafron et Guignol qui se donnent des coups de bâton, ça va bien cinq minutes), c’est tout le décorum qui donne envie d’emmener ses enfants au théâtre … dans un jardin public.

Jeudi dernier, j’étais au jardin du Luxembourg en fin de journée avec mes collègues. Ce théâtre m’a pas mal impressionnée par sa grandeur.

C’est d’ailleurs une des attractions majeures de ce jardin public emblématique de la rive gauche parisienne. Dès l’entrée boulevard Saint Michel, les horaires de spectacles sont annoncées.

J’ai bien envie d’aller découvrir le spectacle dans le castelet des Buttes-Chaumont, visité par Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso au début du 20eme siècle. Guignol est une vedette dans les squares des Champs-Elysées ou du 16eme arrondissement, au parc Floral de Vincennes ou encore au parc Montsouris. Bien évidemment, vous trouverez des représentations à Lyon : au parc de la Tête d’or par exemple. Mais pas de Guignol au parc Jouvet à Valence : trop petit et trop confidentiel…

Dans un prochain article, je vous parlerai de la tradition des poissons d’avril. Après deux ans de confinements successifs, comptez sur nous pour ne pas faire l’impasse sur cette tradition que j’aime tant !

Retrouvez-ici mes meilleurs articles des aventures rocambolesques d’une mère moderne !

– #1 Des gigoteuses à la pelle

-#2 Dormir comme un marin du Vendée globe quand on est jeune parent

-#3 Au jardin public, la curiosité n’est pas un vilain défaut

Et puis aussi un de mes carnets de voyages à Lyon.

Foi chrétienne·Sociologie

Apprivoiser le deuil et chérir la vie

J’étais très contente de mon titre sur le coup mais au fond est-ce qu’on apprivoise vraiment le deuil? Cela change de mes articles détente sur mes coups de cœur Netflix ou de mes balades dans Paris, n’est-ce pas ?

L’actualité est pesante : des dizaines de jeunes de mon âge meurent dans des bombardements en Ukraine, le coronavirus frappe n’importe qui, les procès pour rendre justice aux victimes de terrorisme comme le Père Hamel se succèdent, un acteur talentueux comme Gaspard Ulliel a bouleversé tout un pays en perdant la vie de manière totalement absurde sur une piste de ski familiale…

En 2022, malgré l’allongement de l’espérance de vie, nous avons réellement pris conscience que nous ne sommes pas éternels, que la vie est à chérir et à préserver.

Sans vouloir plomber l’ambiance, j’ai aimé cette lecture : Conversations sur la mort, et donc sur la vie pour la profondeur d’esprit qu’elle m’a apporté. Bien que j’avais de très mauvaises notes dans cette matière, je regrette qu’on ne dispense des cours de philosophie que seulement durant la terminale.

J’ai lu les livres de Thérèse Hargot sur l’engagement en général et je trouve que la philosophie est le meilleur des appuis pour appréhender nos relations affectives en général. Le deuil signifie la fin d’une relation entre deux personnes mais il n’empêche pas le souvenir, bien au contraire il le renforce.

C’est ma grand-mère Annette qui m’a éduquée au deuil. Je m’explique, elle vient du Pas de Calais, une région où subsiste de solides traditions liées aux enterrements. Elle m’a expliqué la mise en bière, la veillée des défunts, ce temps de latence où l’on prend le temps de faire ces adieux.

Ainsi alors que c’était le premier mort que je voyais (et pas des moindres, c’était de loin mon adulte préféré), j’ai pu tenir la main froide de mon grand-père et me rappeler tous mes souvenirs heureux avec lui : quand il m’a appris à nager à Méaudre ou son dernier Noël quand il me montrait ses livres d’école du lycée Stanislas dans les années 1950. Il s’énervait qu’on n’étudie plus autant qu’avant Victor Hugo, j’aimais ses emportements théâtraux…

C’est un rite de passage important qu’il ne faut pas négliger (le premier confinement a été le théâtre de moments terribles pour de nombreuses familles privées de cet aurevoir).

Je vois ce livre comme un baume pour le cœur de toutes ces personnes endeuillées par la pandémie (138 000 familles endeuillées depuis 2020) ou ceux qui souffrent de l’absence de proches depuis longtemps.

Ce livre interviewe vingt quatre témoins qui ont expérimenté le deuil dans un cadre familial et professionnel. Je connaissais déjà certains parcours comme ceux de Marion Muller-Colard ou Anne- Dauphine Julliand, Jacques Arènes… mais j’en ai découvert deux autres passionnants : ceux de Nicolas Schittulli, maître de cérémonie et celui de Micheline Claudion, addictologue et veuve de longue date…

J’aime les témoignages de professionnels qui accompagnent les familles dans cette épreuve. C’est d’ailleurs, le rôle du service catholique des funérailles qui édite cet ouvrage.

Ce livre sélectionne les entretiens recueillis dans l’émission du même titre sur Radio Notre-Dame. Il questionne les spiritualités bouddhistes, musulmanes et chrétiennes pour montrer combien la mort est porteuse d’une pédagogie de vie ( comme indiqué dans la 4eme de couverture).

Ce livre est très fluide à lire en raison de l’effort porté à la mise en page des chapitres dès la table des matières sous forme de citations des auteurs. C’est un livre très élégant dans sa maquette : une couverture forte et éloquente illustrée par un tableau d’Augustin Frison-Roche : La nuit est un songe VIII.

La lecture de ce livre a rempli son défi : c’est une lecture solaire, pas du tout lugubre. Même si j’ai beaucoup de mal avec les récits de décès d’enfants, j’ai eu envie de lire aussi Consolation d’Anne-Dauphine Julliand, après avoir regardé cette belle vidéo de présentation tellement sincère et sans pathos.

J’ai lu en préparant cet article que des députés avaient proposé de faire entrer le mot-valise « parange » dans le dictionnaire pour désigner un parent ayant perdu un enfant. Je suis convaincue de cette nécessité même si ce mot me parait trop connoté pour des parents sans religion. A vos réflexions, l‘Académie française !

Enfin, pour être tout à fait transparente avec vous, j’ai découvert ce livre dans le cadre de mon travail au service d’un diffuseur de livres religieux : Théodiff . Son auteur, Christian de Cacqueray est venu le présenter en réunion de travail pour préparer son office en librairie.

A travers ce livre de qualité qui plaît aux libraires compte tenu des derniers chiffres reçus, j’ai envie dans un prochain article de blog de vous raconter un peu les coulisses du lancement d’un livre avec ma propre expérience professionnelle dans les métiers du livre.

Retrouvez-ici d’autres articles de mon blog consacrés à la foi en Jésus.

Romans·Séries

Trois coups de cœur séries et romans qui m’aident à attendre le printemps en février

Cette année particulièrement, j’ai vraiment hâte que l’hiver se termine, qu’on jette aux oubliettes nos masques et que le printemps reprenne tous ses droits. L’an dernier, la météo nous a bien arnaqué avec un printemps lamentable et un été passé inaperçu.

D’ici là, j’hiberne comme une vieille ourse sous ma couette avec de bonnes séries et de bons livres en attendant que mon balcon soit prêt pour de longues soirées à siroter des citronnades en contemplant les couchers de soleil avec mon mari. Tout un programme à venir !

Je me rends compte que mes collègues de bureau ont regardé les mêmes séries Netflix que moi en février, signe que c’était des bons moments de détente à partager avec vous sur ce blog !

A l’ombre des magnolias, saison 2 sur Netflix.

J’ai un peu honte d’avouer que j’ai compté les jours jusqu’à la diffusion de la saison 2 le 4 février alors que je n’avais pas été tendre avec la saison 1 ici même ! Ah ces bons vieux cliffhangers, ils vous donnent envie de replonger la cuillère dans le pot de Nutella même quand vous êtes pas mal écœurée.

Alors je persiste, ce n’est pas à la hauteur de Call the midwife, The crown, Mes premières fois et Atypical. Mais c’est une petite série qui fait le job malgré ses longueurs dans les dialogues ou ces postures chrétiennes un peu trop identitaires.

J’aime suivre l’évolution de la vie de ces trois femmes, au fil de leurs soirées cocktails avec leurs tenues inspirantes pour Maddy et Helen, leurs intérieurs à la mode. C’est une vision un peu idéale de la petite ville du Sud des Etats-Unis, où racisme et délinquance semblent ne pas exister.

Comme dans la première saison, les adolescents de cette série ont l’air plus matures sentimentalement que leurs parents.

Cette série montre des quadragénaires un peu blasées par leurs expériences conjugales bancales, elles rejettent les engagements sentimentaux au profit d’expériences ludiques et inédites tout en restant fleur bleue.

Mention spéciale au grand benêt qui sème des enfants partout dans la petite ville de Serenity. Cet épisode m’a vraiment sidéré, c’est l’un des grands points forts de cette saison. On aurait dit que la chanson Papaoutai de Stromae a été écrite pour lui.

Etre père est bien évidemment le thème central de cette deuxième saison, l’envie de maternité d’Helen l’illustre à la perfection. J’ai aussi bien aimé que la série développe la seconde chance que se donne le couple de Dana Sue et Ronnie. Cette chef cuistot est loin d’être un personnage que j’affectionne, la carapace qu’elle s’est forgée la rend assez antipathique. Mais ce revirement de situation est assez intéressant à suivre.

A l’ombre des magnolias est une adaptation littéraire d’une série de romans Arlequin où l’héroïne, Maddy, mère de famille admirable a une sacrée différence d’âge avec le coach Maddox, dixit Joëlle, mon homologue séries de filles. Pas sûr que j’aurais lu la série de romans tout de même.

Une fois A l’ombre des magnolias terminée, j’étais fort dépourvue. Heureusement, Netflix a fait jouer son redoutable algorithme avec Inventing Anna.

Au début, j’ai cru que c’était un documentaire (le générique me fait vaguement penser à la Joconde, va savoir pourquoi). J’avais lu l’histoire de cette fille, Anna Sorokin dans Elle dans quelques années. L’article décrivait bien le culot avec lequel elle avait arnaqué une bonne partie du gotha new-yorkais en devenant une amie bien fuyante quand il s’agissait de régler la note.

C’est une fiction librement adaptée d’une histoire vraie (c’est même mis en avant dans le générique à chaque épisode) en dix épisodes très bien structurés et tous aussi passionnants les uns que les autres. C’est une sacrée réussite tant les portraits psychologiques des personnages sont complexes et intéressants. Palme d’or à cette fameuse Anna qui fait froid dans le dos dans les trois premiers épisodes.

Elle se comporte vraiment mal avec Vivian, cette journaliste new-yorkaise qui s’intéresse à son histoire avec humanité mais aussi intérêt : avoir cet entretien exclusif lui permettrait de relancer sa carrière. C’est Vivian et Todd, l’avocat chargé de la défense d’Anna qui tiennent le beau rôle dans cette histoire.

Vivian est entourée d’une équipe de vieux routards de la presse qui vont lui donner un sacré coup de main. C’est cet hommage au journalisme d’investigation qui m’a plu dans cette série car les selfies d’une mondaine sur Instagram, ça va bien cinq minutes.

Copyright Nicole Rivelli/Netflix

C’est une série de grande qualité, très bien rythmée avec des retournements de situations passionnants. La roue tourne et les relations deviennent plus profondes quand Todd et Vivian prennent cette casse-pied de première sous leurs ailes. Car sous ses grands airs, c’est une gamine qui va se retrouver en prison une grande partie de sa vie, totalement abandonnée par ses parents restés en Allemagne.

J’ai été marquée par la scène où Todd fait la leçon à sa femme qui ne connait que le luxe et la vie facilitée par des parents présents dans son appartement de dingue à New-York : son dressing donne le vertige…

Cela a résonné avec l’une de mes lectures du mois : La villa aux étoffes, contribution de ma collègue Marine à notre future boite à livres au bureau qui verra bientôt le jour.

Malgré ses similitudes évidentes avec la série anglaise Downton Abbey, j’ai passé un bon moment de lecture avec ce roman car il était bien écrit. Il réussit à montrer les rapports sociaux entre une jeune aristocrate et sa femme de chambre.

Elles ont parfois le même âge, imaginent comment elles pourraient devenir amies sans réaliser l’abyme sociétal qui les sépare.

Ce roman parvient à décrire ce thème incontournable de rapports sociaux entre maîtres et domestiques par des mots bien choisis, là où la série a moins de facilités sur grand écran. J’aimé que ce livre soit un gros pavé avec des rebondissements. Le fait que l’histoire se passe dans une usine de tissus en Allemagne juste avant la première guerre mondiale était un bon prétexte pour donner de la profondeur au récit.

La petite échappée dans le Montmartre des avants-gardes en 1914 à Paris m’a beaucoup plu même si c’était un peu tiré par les cheveux. Le personnage de Katharina, la plus jeune des filles de la famille est passionnant. On a envie de la secouer comme un prunier pour lui dire « Mais reviens sur terre, rends toi compte de la situation dans laquelle tu te mets au lieu de rêvasser à ce point ».

La sœur ainée, Elisabeth, est totalement aigrie car la nature ne l’a pas dotée du même physique et donc elle est dans le contrôle permanent pour ne pas perdre la face. Un roman un peu profond sur le plan psychologique et me voila ravie !

Je ne sais pas encore si je lirai la suite (c’est un peu des romans à l’eau de rose quand même malgré la dimension historique). Il y a trois autres tomes à lire en attendant la sortie du second volet de Downton Abbey.

Lire la suite de La villa aux étoffes sera toujours une meilleure détente que le roman La colline aux esclaves édité par Charleston. Ce roman qui raconte les pulsions meurtrières des maîtres sur leurs esclaves noirs quand ils avaient un pet de travers m’a donné des cauchemars. J’ai vite abandonné cette lecture même si la force des mots pour traduire l’horreur m’a épatée.

D’autres romans et séries que je vous conseille dans le blog pour attendre l’arrivée du printemps :

– Mes dix meilleures pépites trouvées sur Netflix

– Un roman aussi dépaysant qu’un trajet en Eurostar pour se retrouver dans le Sussex sur les traces d’un major anglais

Tout un été avec les personnages de Mitch Albom

Ile de France et Paris·Lifestyle

Fromaville, reconnecter le 9-3 à son passé campagnard

Le premier producteur de fromages du 9-3 est l’un des meilleurs potos de mon frère depuis le lycée. Il s’appelle Xavier et s’est reconverti fromager après une carrière à parcourir les hypermarchés français pour un grand groupe américain spécialisé dans l’industrie de l’hygiène et des cosmétiques.

Il a ouvert sa fromagerie urbaine en octobre 2021. Son pari a rapidement suscité l’engouement sur les réseaux sociaux. Xavier s’est appuyé sur une fidèle communauté de followers à qui il racontait l’histoire d’un fromage par jour sur Instagram. Puis il a mené une campagne de crowdfunding pour créer son commerce

Ce projet rencontre son public car il répond à bon nombre d’aspirations de consommateurs et d’entrepreneurs : privilégier les circuits courts quand on en a sa claque des supermarchés impersonnels où l’on ne sait pas si ce que l’on trouve dans son assiette n’a pas traversé la moitié de l’Europe par exemple.

Au départ, je reconnais que j’ai trouvé l’idée saugrenue. Mais le gars ne vient pas de nulle part, il connait les rouages de la grande distribution. Et surtout il a fait de sa passion, son métier. Cette dimension affective se ressent dans ses stories Instragram.

Son aventure entrepreneuriale m’a intéressée car récemment, j’ai pris le chemin contraire. Après dix ans derrière la caisse d’une librairie, je m’occupe de la diffusion de livres à une échelle industrielle. C’est à dire que je ne vois pas physiquement les produits que je vends. Je comprends tout à fait le sens de toutes ces reconversions professionnelles de cadres dans les métiers de bouche ou dans le domaine de l’épicerie fine.

Dans un commerce, on rencontre directement ses clients et on sait rapidement nos produits plaisent et pourquoi. Xavier a eu la bonne idée d’organiser son espace de vente attenant à son atelier de production de 75m² pour que les clients puissent voir la fabrication de leurs fromages. La pâtisserie Aux merveilleux de Fred a adopté la même stratégie gagnante.

Nous avons pu goûter un claquos de Saint Ouen, un pavé des Puces et surtout un excellent yaourt vanille. Le lait est collecté deux fois par semaine à moins de cent kilomètres de Fromaville dans un utilitaire-citerne chez des agriculteurs bio. Avec ces récoltes de lait, il produit 400 fromages.

Le claquos était vraiment délicieux, ma collègue Joëlle qui vient de Saint-Denis m’a dit que c’était un fromage connu dans le département. Mais j’ai moins aimé le pavé. Les yaourts étaient vraiment savoureux, nous allons y retourner pour tester d’autres parfums car bien sûr ma fille a adoré !

Une marque moderne qui s’appuie sur le passé

Cela m’a rappelé un de mes devoirs d’anthropologie qui portait sur les décors de commerces alimentaires parisiens entre 1850 et 1914 : Avant le supermarché, le décor du magasin alimentaire était un art . J’ai découvert qu’il y avait des laiteries à proximité de Paris dans les petits villages qui seront annexés après 1860 ou que le lait était convoyé par chemin de fer.

Les boulangeries, crèmeries ou encore charcuteries ornaient leurs devantures de panneaux peints et fixés sous verre, autant d’images d’Epinal pour rappeler les origines paysannes des Parisiens qui se sont massivement exilés en ville.

Fromaville s’est fondé sur l’histoire industrielle de Saint-Ouen comme ancrage de son identité. Un commerce, c’est comme une personne, on aime savoir d’où elle vient et les valeurs qu’elle porte. Ce sont les clés du succès du storytelling sur Instagram.

L’identité visuelle des produits Fromaville (la vitrine, le logo sur les sacs en papier, les étiquettes des fromages) a été confiée à l’agence de design Saguez et partners.

L’emplacement de la boutique n’a pas été non plus choisie au hasard. Fromaville se situe dans le quartier des Docks à Saint-Ouen. L’arrivée de la ligne 14 du métro parisien attire les familles et les jeunes actifs (ceux qu’on qualifie avec caricature de « bobos ») qui veulent vivre dans plus grand.

Je parie que Fromaville parviendra à réunir une clientèle de trentenaires qui aime préparer son apéro du week-end entre copains et une clientèle plus âgée et retraitée qui prend soin de choisir sa meilleure viande, son fromage et son pain comme sur l’esplanade de Maubert Mutualité ou place Gambetta dans le 20eme arrondissement.

Quel que soit son âge, le Français type comme vous et moi est un épicurien qui aime le bon pain, le bon vin et le bon fromage. C’est cliché à fond mais ce n’est pas près de changer. Son témoignage a fait l’objet d’un article de qualité dans Les échos, que je vous partage ici.

Fromaville, 10 rue des Bateliers, 93400 Saint Ouen. Ouvert du mardi au samedi.

DIY

Passion broderie

Quand j’étais petite, ma grand-mère nous a initié au point de croix pour nous occuper l’été au camping quand le désœuvrement était à son comble.

Puis, j’ai abandonné ce loisir même si j’allais de temps en temps faire un tour au magasin Modes et travaux, rue Saint Lazare pour regarder si je ne trouvais pas quelque chose à mon goût. L’air de rien !

Longtemps, j’ai trouvé la broderie trop classique, voire mémérisante dans ses motifs, ses coloris. Et puis Instagram est passé par là. Ainsi, j’ai découvert des blogueuses comme Ginacie, Britney Pompadour qui ont modernisé cette pratique avec beaucoup de talent.

Coeur brodé de Ginacie dans le blog Merci pour le chocolat

Cet hiver, en piochant dans les bacs dépareillés d’un Noz de zone artisanale, j’ai trouvé un trésor. Des petits motifs de verre à cocktail et de , très girly, une collaboration entre DMC et Octobre rose.

Un kit complet pour aider les pas dégourdies dans mon genre à se lancer. Je suis aussi une élève très peu dissipée carje ne respecte pas les consignes et j’aime expérimenter des points de broderie très peu réglementaires. Seul m’importe le résultat visuel final.

Prochainement, je vais aller encore plus loin hors des sentiers battus, me débarrassant de tout canevas pour aller à l’aventure : décalquer comme je peux de beaux motifs sur des tee-shirts bon marché mais de qualité.

Je ne promets même pas de me servir du cercle à broder (même si c’est l’idéal pour tendre le tissu) pour la bonne et simple raison que je ne sais pas comment le fixer convenablement.

Site commercial de Britney Pompadour

Ce printemps, je me suis régalée avec un kit prêt à broder acheté sur le site de Britney Pompadour. J’ ai rapidement abandonné toute consigne mais une fois le tee-shirt repassé, j’étais très contente du résultat.

Voici quelques idées de motifs que j’ai bien envie d’essayer ainsi qu’une courte bibliographie pour vous engager vous aussi sur la route sinueuse mais passionnante de la broderie !

Dans le domaine des loisirs créatifs, Eyrolles est mon éditeur de référence. Ainsi, j’ai découvert les livres de Julie Adore, Laure de Papierpapierpapier

Ce livre : Mots brodés, je l’ai découvert grâce au blog de son auteure Gina et cie. J’aime les motifs très modernes qui me donnent envie de me lancer à broder car c’est bien moins difficile que l’on ne pense. Il y a quarante-cinq motifs à broder dans ce livre.

Le blog est un excellent complément pour y trouver d’autres idées. Vous pouvez y télécharger des motifs comme la silhouette de la photographe Vivian Maier ou un dessin de la fameuse porte violette de la série Friends, à condition de citer la dessinatrice des motifs.




Biographies et autobiographies

Stromae, retour en 10 coups d’éclats marquants

Je me réjouis du retour sur le devant de la scène de Stromae. Il réussit la prouesse de faire l’unanimité auprès de chaque génération de ma famille : mes parents, mon frère et mon mari…. Une prouesse car nous avons des goûts musicaux très différents.

Son immense popularité vient du fait que Stromae n’est pas seulement un chanteur. Il est aussi un formidable danseur, un parolier hors pair et indéniablement un youtubeur qui sait capter au détail près la société actuelle pour la faire réagir.

Il se sert de la mode et même de ses cheveux pour bousculer les codes sociaux établis.

A travers cet article fort difficile à écrire, j’ai voulu exprimer en quoi l’œuvre de Stromae marque collectivement les décennies 2010-2020. Peu d’artistes parviennent à ce tour de force, tentons d’analyser en quoi sa musique est un véritable phénomène de société.

Des textes graves et profonds associés à une musique festive : Alors on danse, 2010

La force de Stromae est d’être authentique et drôle. Ses leçons de musique électro avec son synthétiseur portatif sont vraiment sympas à suivre car il y’a toute une mise en scène.

Stromae est un véritable personnage de BD, il sait jouer à la perfection le grand beta avec les Diables rouges dans Ta fête comme le dictateur bien méchant qui me fait peur, le gros macho ou la jeune femme vulnérable qui se déchirent…

Comme Angèle actuellement, Stromae est l’ambassadeur de la Belgique dans le monde entier, il impressionne les chanteurs américains comme Black Eyed Peas ou Chris Martin. Il assume son accent flamand dans son interprétation.

Son physique grand et sec, son phrasé, sa présence scénique par de grands gestes, sont autant de comparaisons avec Jacques Brel.

C’est facile comme comparaison mais ça me parait évident quand je regarde une vidéo Youtube de son concert à Montréal. Surtout que Jacques Brel chantait aussi des chansons pas toujours bien joyeuses mais qui racontaient la société des années 1950.

Le tournant de la carrière de Stromae c’est indéniablement Papaoutai en 2013. Sa chanson la plus personnelle mais dans laquelle bon nombre d’enfants peuvent s’identifier. Stromae a confié s’être inspiré de sa relation avec son propre père qui avait la mauvaise manie d’être un coureur alors qu’il avait une famille.

Comme Céline Dion, Stromae a cette capacité d’être totalement ouvert pour évoquer sa vie avec son public. Ainsi, il parle ouvertement de son père et le deuil qu’il a du vivre quand son père est mort à ses treize ans lors du génocide rwandais.

L’humour noir et méchant dont a fait preuve Charlie Hebdo en détournant sa chanson Papaoutai pour composer une couverture de bien mauvais goût m’indigne particulièrement.

Les références à la mode vestimentaire des sapeurs en Afrique

© Getty Images / Tony Barson

Stromae se sert aussi de sa double culture : européenne et africaine dans son travail. Il conjugue musique electro et élégance des sapeurs congolais. Il est grand et s’habille de manière colorée et élégante. Ses polos aux motifs géométriques ont même été commercialisés par son label Mosaert avec un défilé au Bon marché en 2018. Je suis fan du look décalé polos inspirés par l’Art nouveau belge associés aux chaussettes claquettes.

Tous les mêmes , Le grand journal, 2013

Cette performance d’acteur et de danseur je la regarde souvent tant je la trouve géniale. Elle montre bien le talent millimétré de ce génie qui est un fin observateur des rapports hommes/femmes. Il sait jouer à la perfection de son androgynie pour interpréter une femme bafouée et l’instant suivant un bon gros macho qui se met les doigts dans le nez (dans le clip hein, pas dans l’émission).

Ses choristes, tous des hommes en nœud papillon et chapeau melon, le lancent dans une superbe carioca qui se passe de mots car tout est dit dans le premier couplet :

« Cette fois c’était la dernière
Tu peux croire que c’est qu’une crise
Mate une dernière fois mon derrière
Il est à côté de mes valises
Tu diras au revoir à ta mère, elle qui t’idéalise
Tu n’vois même pas tout c’que tu perds
« 

Santé, 2021

A la première écoute, j’ai trouvé les paroles de cette chanson pleines de bons et nobles sentiments mais je n’étais pas convaincue. Puis, j’ai vu le clip et j’ai réalisé que la réussite d’un morceau de Stromae, c’est un tout.

Il y a une chorégraphie très savante qui fait corps avec la musique , c’est une ronde entrainante avec une trentaine d’hommes et de femmes. On dirait des marins ou un corps professionnel laborieux comme ceux décrits dans la chanson Santé.

Les choristes de Stromae sont vêtus comme lui, d’une sorte de chemisier immaculé, dessiné par sa femme, Coralie Barbier, styliste. Depuis Papaoutai, c’est Marion Motin qui signe la plupart de ses chorégraphies. On se croirait à la grande époque du Grand journal. Chapeau bas l’artiste !

L’enfer , journal de 20 heures de TF1 de Anne-Claire Coudray, 2022

Cette performance à la fin du journal de 20 heures a crée un buzz sans précédent qu’il est intéressant d’analyser. Cette prestation m’a laissée perplexe, je suis admirative du courage de se livrer autant quand on connait la période de désert par laquelle le chanteur est passé mais j’ai trouvé la mise en scène sinistre et dérangeante.

Cette fois-ci, la sobriété était de mise car Stromae portait un costume cravate très classique, comme un homme politique… Et je pense que ce n’était pas anodin.

Les réactions des journalistes étaient vraiment passionnantes à lire. Stromae a ainsi révolutionné l’exercice de la promotion médiatique tout en libérant la parole sur la santé mentale.

Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que Stromae a fait appel aux choristes traditionnelles bulgares d’Orenda pour illustrer le chaos dans la tête d’une personne totalement en proie à des pensées suicidiaires.

Ce gars-là est sacrément talentueux pour associer les musiques du monde entier. Il le doit à sa mère, une globe-trotter qui emmenait ses enfants, hors des sentiers battus, dans des autobus déglingués sur les routes du monde entier pour découvrir des paysages, des sonorités différentes.

Il réussit la prouesse d’élargir notre culture musicale au service de la chanson française. Grâce à Stromae, j’ai découvert l‘ehru, une vièle chinoise employée dans le morceau Santé.

Il y a d’ailleurs un musée à Bruxelles que j’ai très envie de visiter : le superbe musée Art nouveau dédié aux instruments de musiques.

Prochainement dans ce blog, j’ai bien envie de créer une rubrique dédiée chanson française pour me souvenir avec vous des chansons qui ont marqué ma vie personnellement : celles de Bénabar, Jean-Jacques Goldman depuis que j’ai vu le film Envole-moi.

Et vous, quelle est votre chanson préférée de Stromae ?

Retrouvez ici mes articles qui traitent de la vie d’artiste des chanteurs que j’aime :

Demain, j’irai mieux, la musique inspirée d’Andrée Grise

Aline, les coulisses de la vie d’artiste

-Sister soul, comment Aretha Franklin a démocratisé la musique gospel

Bullet journal

Transformer nos moments de vie en collages éclectiques dans nos bullet journaux

Alors que le premier confinement touchait à sa fin en mai 2020, je me suis lancée dans un joli challenge #30 jours de collage lancé par Julie adore.

C’était un moyen salutaire pour moi de mettre en images ce mois de renouveau un peu étrange. Une case à illustrer tous les jours avec ce que je trouve sous la main.

C’est un bon moyen de se souvenir de nos petits moments de vie perso qui se télescopent avec la société en général. Ainsi, j’ai voulu coller une attestation de déplacement dans mon bujo en mars 2020.

Pas forcément car c’était un bon souvenir mais pour mieux apprivoiser ces constantes adaptations que l’on nous demande depuis deux ans. D’ailleurs, il y a un musée de société à Marseille : le Mucem qui recueille les objets du confinement.

En 2021, j’ai commencé à le faire sur les mois d’été où je me suis découverte une véritable passion pour les étiquettes de produits alimentaires et de boissons en Bulgarie. J’ai voulu recommencer timidement en novembre et en décembre. En 2022, je me lance sur douze mois, on verra si je me lasse.

Quelques conseils pour vous aider si cette lubie vous prends aussi…

J’utilise une double page où je colle deux feuilles de Canson pour pouvoir dessiner avec des feutres aquarellables. Je divise en 30 ou 31 cases assez grandes pour pouvoir mettre des légendes et respecter un équilibre entre texte et image.

L’astuce est de créer une respiration avec des cases colorées pour un peu aérer l’espace et ménager son œil. L’horreur du vide n’est jamais agréable à regarder et vous vous lasserez vite de votre composition.

Il faut aussi alterner entre éclectisme et uniformité. En décembre, mois le plus exigeant du bullet journal, j’ai failli me décourager car je me suis lancée dans un thème calendrier de l’Avent et branches de houx trouvé chez Sostrene Grene trop uniforme à mon goût.

Je suis arrivée à m’en sortir à la fin du mois en bricolant. Je ne suis pas mécontente du résultat.

Quels supports pour ce genre de collages ?

Rapidement, je me suis rendue compte que l’industrie agro-alimentaire mettait le paquet sur les étiquettes et les packaging pour donner faim à des bons clients comme moi.

Alors, si je ne voulais pas me retrouver avec que des étiquettes de biscuits ou de boissons, il allait falloir ruser. J’y colle donc des timbres, des emballages de jouets : la première Barbie de ma fille, un très beau emballage d’un parfum de mon chéri, un sticker de papeterie avec un dessin du Panthéon, une carte de visite d’un restaurant ou d’un magasin que je viens de découvrir…

En janvier, j’ai voulu y mettre une photographie de Gaspard Ulliel pour ne pas oublier cet acteur talentueux du film Un long dimanche de fiançailles. Sa disparition tragique a suscité une grande émotion dans le pays, signe que notre société est encore capable d’empathie et de compassion.

J’ai aussi mis l’étiquette d’un autotest anti-Covid puisque ce genre d’objets onéreux et contraignants ont fait l’apparition massive et soudaine dans nos foyers avec des écoliers.

J’aime beaucoup ces premières pages de chaque mois de mon bullet journal. Tous ces moments de vie nous inspirent à l’image des vlogs de Léna situations ou des chouettes recueils de souvenirs de Virginie Grimaldi dans deux titres : Chère Mamie et Chère Mamie au pays du confinement.

Je me suis régalée avec ses billets très bien écrits. Ils m’ont décroché de bons fous rires tant l’humour et l’autodérision sont à l’honneur !

Elle parle de son poids, de sa condition de mère qui la pousse dans ses derniers retranchements ou dans des situations franchement cocasses sur des toboggans aquatiques avec ses copines et ses enfants.

Cet équilibre entre courts billets et photographies du quotidien en Polaroïd m’a beaucoup divertie au parc dimanche dernier ! Et pour couronner le tout, la couverture est très graphique !

Ce genre de petits collages du quotidien est un excellent moyen de vous démontrer que vous savez créer du beau mais aussi dessiner des petites choses toutes simples. Se souvenir et prendre du recul sur ses joies et ses peines est un moteur sacrément encourageant en ces temps particulièrement usants !

Quelques articles écrits pendant les confinements en 2020 et 2021

-Ma meilleure routine pendant le confinement : lire et dessiner la Bible

-J’ai réussi mon challenge collages

Espérer en Jésus, le meilleur remède contre la sinistrose

Romans

Pourquoi je suis une bonne cliente de la littérature de poulettes

Maintenant que je n’exerce plus le métier de libraire, je peux bien le dire : je n’ai jamais lu un roman récompensé par un prix Goncourt et je n’aime pas particulièrement les classiques littéraires.

Cela ne m’a pas empêchée de promouvoir le catalogue de la Pléiade dans une librairie stéphanoise en 2011 grâce à une solide culture générale. J’ai eu pendant deux ans une passionnante professeure de littérature à l’IUT qui m’a fait découvrir avec passion Proust, Céline, Duras, Ernaux

En 2008, j’ai rédigé un mémoire de fin d’études dans le cadre du DUT métiers du livre sur la littérature au féminin, partant du constat que le lectorat de romans mais aussi le porte-monnaie est principalement … féminin.

Je ris sous cape car il y a dix ans de cela, émergeait dans le paysage éditorial français, la chick-lit anglo-saxonne (traduisez littérature de poulettes) : Le diable s’habille en Prada ou Les confessions d’une accro au shopping… Désormais ce type de lectures a acquis ses lettres de noblesse : on parle de feel-good book, des livres qui font du bien mais ce n’est pas leur qualité littéraire qui éveille l’âme.

Récemment, j’ai constaté que je suis accro à la lecture surtout depuis cette pandémie. Quand je finis un bon livre et que je n’ai rien à lire pour la semaine dans le RER ou le soir, c’est vraiment la loose.

Comme au cinéma, je ne raffole pas des films primés au festival de Cannes, j’aime la culture populaire, celle partagée par le plus grand nombre.

Je suis spécialement allée chercher un petit pavé de 330 pages à la librairie Eyrolles pendant les fêtes. Je suis l’excellent blog littéraire de Fiona, bibliothécaire et rédactrice de My pretty little book depuis des années.

Grâce à elle, j’ai découvert Mille petits riens de Jodi Picoult alors que je n’avais pas du tout envie de prendre en compte les sentiments de suprématistes blancs complétement rageux.

Echange loft londonien contre cottage bucolique est une lecture beaucoup plus légère que Mille petits riens, pourtant elle m’a donné matière à réflexion sur la société actuelle et pourquoi un tel genre de livres m’a plu.

La littérature de poulettes, la poule aux œufs d’or de l’édition : une stratégie marketing au cordeau

La couverture ne paie pas de mine mais elle est efficace. Elle me rappelle une vraie bonne daube qui m’avait bien divertie sur la plage, un été : Le diable habille Nothing Hill de Rachel Johnson, la sœur du fameux Boris.

Ensuite le titre réussit un tour de force. Il m’a convaincue d’acheter le livre. Il résume les aspirations de bon nombre d’urbains occidentaux depuis le début de cette longue pandémie : opérer un retour aux sources quand on en a sa claque de la ville.

Même moi (citadine jusqu’au bout des ongles), je rêve parfois d’un cottage bucolique au fin fond de la Seine maritime. Le sujet de ce livre est original et très moderne, il reflète les vlogs Youtube très populaires sur la toile : échanger de vie avec ses amis pendant une semaine.

Je rêve aux valleuses de Fécamp dans le RER A quand il y a un colis suspect qui perturbe mon trajet…

Le résumé

Leena est consultante dans une boite londonienne pour qui elle est prête à sacrifier son épanouissement personnel, sa santé mentale et toutes autres formes de loisirs.

Un jour, elle s’écroule devant ses supérieurs et ses clients lors d’une réunion très importante. Elle n’arrive plus à donner le change. Elle a perdu sa petite sœur brutalement, son petit ami n’est qu’un soutien émotionnel, une collègue lorgne sa place…

Sa planche de salut, c’est d’échanger de vies avec sa grand-mère Eileen, 80 ans qui vit dans un petit village du Yorkshire, au nord de l’Angleterre.

Le Yorkshire, patrie de Downton Abbey

Eileen accepte ce challenge complètement toqué car elle aussi a des regrets. Son mari, ce pleutre, l’a larguée comme une vieille chaussette pour une professeure de danse après plus de cinquante ans de mariage. Elle saisit la perche que lui lance sa petite-fille pour vivre une expérience à Londres qu’elle a dû sacrifier dans sa jeunesse.

Mon avis :

Ce roman se structure autour d’un récit écrit à la première personne du singulier (un atout narratif). Tour à tour, Eileen et Leena prennent la parole pour exprimer au lecteur en quoi cet échange bouleverse leurs vies.

Rapidement, le personnage d’Eileen capture toute la lumière, c’est elle la véritable héroïne de cette histoire. Elle est beaucoup moins paumée que sa petite-fille car elle a pris de la maturité à une autre époque, elle sait ce qu’elle veut et qui elle est. J’ai bien ri quand Eileen se fait avoir par un brouteur qui l’amadoue grâce à sa passion pour Agatha Christie.

L’intérêt de ce roman est qu’il parle sans détour de la sexualité des seniors et de leurs sentiments : « Vais-je encore plaire, séduire à mon âge?  » A quel âge on s’arrête de penser au sexe ? C’est le genre de débats intéressants que j’aurai aimé avoir avec ma grand-mère Annette. Cela me rappelle une publicité que j’ai vu dans le métro il y a quelques années et qui m’avait fait réfléchir bien plus que je ne le pensais.

Les hommes en prennent pour leur grade dans ce roman, Leena qualifie son grand-père de con et sa grand-mère fait peu de cas de son gendre, le père de Leena et Carla. Je n’aime pas ce message féministe rageux où l’on essaie de faire croire qu’on peu très bien se passer des pères car ils sont trop nuls.

Même si ce roman n’est pas d’une grande qualité littéraire, il a le mérite de traiter du deuil avec beaucoup de tact et de profondeur. C’est d’ailleurs pour cela que la littérature de poulettes a été élevée au noble rang de romans feel good, l’un des secteurs de l’édition occidentale les plus porteurs actuellement.

Le problème avec ces romans, c’est que je repère vite un schéma d’écriture qui se répète dans la production d’une même auteure : Sophie Tal Men, Adèle Bréau, Virginie Grimaldi, Marie Vareille

Pour finir, voici une liste de mes romans et films favoris made in England !

Un roman passionnant qui vous envoie directement dans le Sussex sans prendre l’ Eurostar.

La piscine de Rosemary, plongez tout habillés dans ce grand bain littéraire

Last Christmas, une romcom qui renoue avec le merveilleux !