Biographies et autobiographies·Sociologie

Et la joie de vivre : cette autobiographie thérapeutique que j’ai failli abandonner de lire.

Le 17 février dernier, est paru en librairies l’ouvrage le plus attendu de l’année : l’autobiographie de Gisèle Pélicot, cette femme courageuse et vaillante, qui a décidé que la honte allait changer de camp lors d’un procès retentissant qui a marqué l’année 2025.

J’ai acheté l’autobiographie de Gisèle Pelicot par solidarité féminine : la soutenir financièrement par mon achat. J’ai suivi attentivement le procès des viols de Mazan, j’ai même lu l’autobiographie de l’avocate de la défense : Défendre l’indéfendable écrit par Béatrice Zavarro cet automne. Ces deux autobiographies m’ont brassée et même causé des nuits tourmentées.

Il est facile voire même tentant de qualifier Dominique Pélicot et ses suiveurs de monstres car ils se sont livrés à des actes monstrueux et abominables. Mais c’est toute la société qui doit s’examiner et prendre conscience de ses dérives, de ses silences complices quand elle ne protège pas des enfants.

La plaidorie de Maître Zavarro explique que Dominique Pelicot a assisté à des scènes insoutenables. Son père humiliait et violait à répétitions sa mère sans s’en cacher.

Son père forcera même une jeune femme handicapée qu’il avait adopté à se mettre en couple avec lui. Dominique Pelicot s’est longtemps révolté contre les abus de son père mais il reproduira ce schéma déviant en soumettant chimiquement sa femme Gisèle à des viols en réunion insoutenables et dégradants.

On connaît ce fait divers hautement médiatisé pourtant on ne s’habitue pas à la sauvagerie. Surtout quand c’est la victime qui la raconte. Les chapitres qui expliquent la déflagration de la cellule familiale suite à cette scabreuse découverte m’ ont fait très mal au coeur pour sa famille et ses amis.

Mais j’avais vraiment envie de faire connaissance avec cette Gisèle. Il faut louer le superbe travail d’écriture de Judith Perrignon pour retracer son parcours, celui d’une femme de la classe moyenne née dans les années 1950.

Elle a perdu sa maman très jeune à neuf ans et son foyer familial a été fragilisé par l’arrivée d’une belle-mère d’une grande acidité verbale. Sans doute, Gisèle Pélicot qu’elle s’est précipitée dans les bras de Dominique Pélicot à cause de l’insécurité affective instaurée par cette femme dépourvue d’amour.

La force de Gisèle Pélicot est de vouloir garder mémoire de ses belles années avec Dominique Pélicot malgré sa trahison indéfendable.

C’est un beau portrait de femme ordinaire qui a pris une décision extraordinaire avec des valeurs et des positionnements moraux courageux. Certains demeurés semblent penser que le nom Pélicot est devenue une machine à cash.

Et bien tant mieux si Gisèle gagne beaucoup d’argent avec l’a-valoir de son éditeur et les traductions de son livre dans vingt-deux pays. En plus des sévices physiques et psychologiques, Dominique Pelicot lui a laissé un bon petit dossier de surendettement à assumer.

Le livre de Gisèle Pélicot, c’est une thérapie collective dans un pays abasourdi par ce fait-divers. La première prise de parole de Gisèle Pélicot avec sa co-autrice Judith Perrignon m’a beaucoup émue. Augustin Trapenard, le présentateur de la Grande librairie a mené cet entretien avec grâce et dignité.

Un grand moment de télévision très solennel à La grande librairie

Il y avait une sorte de solennité collective à écouter cette femme qui parle tellement bien de son vécu en toute humilité, avec responsabilité mais sans aigreur. Elle est bien plus forte et puissante que ces 51 accusés qui l’ont méprisée, aidés lamentablement par leurs avocats qui ont cherché à les dédouaner de la façon la plus lâche et la plus lamentable alors que les vidéos les accablaient.

J’ai regardé l’interview de Gisèle dans les émissions Hugo décrypte et Quotidien. J’ai été très touchée par l’émotion contagieuse des journalistes Hugo Travers et Ambre Chalumeau qui étaient en totale empathie manifeste avec elle. Ce n’était pas du tout du buzz, c’était même rassurant pour notre société, cette empathie avec une femme qui a vécu une épreuve atroce qui suscite notre compassion. Je me suis dit que c’était ça aussi la fraternité dans notre pays.

Puis le livre est en train de vivre une aventure internationale puisqu’il a été traduit dans vingt-deux langues. Gisèle Pélicot a été reçue par le premier ministre espagnol qui l’a décorée. L’Espagne a envoyé un grand nombre de journalistes à Avignon pour le procès car notre voisin espagnol vit malheureusement un grand nombre de féminicides actuellement. Le Royaume-Uni a également réservé un accueil exceptionnel à Gisèle Pélicot : une audience avec Camilla d’Angleterre mais aussi une lecture des passages du livre par Kristin Scott-Thomas mais aussi Kate Winslet.

Le souhait d’une démarche restaurative pour Gisèle et sa famille meurtrie

Enfin, je souhaite à la famille Pélicot guérison et justice restaurative à l’image du film Je verrai toujours vos visages. Il est répété à plusieurs passages du livre que Gisèle Pélicot et ses enfants veulent se rendre à la prison des Baumettes à Marseille pour obtenir auprès du patriarche déchu, les réponses aux questions qui les hantent depuis 2020.

C’est d’ailleurs la conclusion du livre Et la joie de vivre. Merci Gisèle de montrer que ce n’est pas aux victimes de courber l’échine !

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